Chapitre VI – Le cheval de Trois ans
— Il a dit quoi du coup Goldstein ?
Ron avait posé la question entre deux énormes bouchées de pizza. Ils s'étaient retrouvés tous les trois sur le chemin de traverse le vendredi suivant, quand Ron était rentré de mission.
Le restaurant bar Le Dobbiz, ouvert par Dean et Seamus en l'honneur de Dobby, était leur nouveau refuge du vendredi ; C'était un lieu qui mixait parfaitement la culture moldu et sorcière. Et comble du bonheur pour Harry et Ron, Dean et Seamus avaient réussi à inventer la retransmission télé pour les matchs de Quidditch.
— Il a trouvé ça bidon au début. C'était sûr !
— Mais, il a accepté non ?
— Ouais ! Hermione a été bluffante ! Tu aurais dû voir ça !Si Goldstein avait accepté leur énorme mensonge, c'était en grande partie grâce au plaidoyer exceptionnel d'Hermione.
Elle avait affirmé haut et fort, que Malefoy ne pouvait pas être plus humilié que maintenant. Et, elle avait rajouté que s'il sombrait encore plus dans ses travers dans les prochains jours, ce serait uniquement la faute du Directeur. Elle avait pointé un doigt accusateur en direction de Monsieur Goldstein et puis dans un grand geste vers Malefoy, elle avait déclaré.
"Monsieur, cet homme que vous voyez se tenir là, devant vous, n'est pas le Draco Malefoy que vous imaginez. Cet homme… "
Et en disant cela, elle avait posé sa main sur le torse du jeune homme, comme pour appuyer ses dires.
"... n'est plus que l'ombre de lui-même. Il est diminué, honteux…, envahit de remords… C'est une victime de ses pensées perverses, un cracmol du sens moral… "
Draco s'était forcé à prendre un air contrit, alors qu'au fond il bouillonnait. Elle en avait fait un peu trop quand même. Harry lui s'était retenu de rire.
La fin de son discours avait fini d'achever Draco. Un jour, il lui ferait payer, ça, il se l'était promis.
"...Tant que je serais sa médicomage, je l'aiderai Monsieur. J'aiderai Monsieur Malefoy à devenir un homme sain d'esprit, même si ça doit me prendre toute ma carrière".
Le regard plein de pitié que lança Goldstein à Draco, failli le faire renoncer. Tout autant que la phrase qu'il prononça ensuite.
"Madame Granger, je dois dire que… Finalement ça ne me surprend pas ! J'aurais dû deviner que ce jeune avait des soucis."
— Chacun son métier, Monsieur Goldstein.
— Je pense pouvoir faire le nécessaire et informer Monsieur Weasley. On devrait pouvoir adapter son temps de travail. Sourit-il étrangement. Combien de séances faites-vous par semaine déjà ?
Elle lança un regard interrogateur à Draco du coin de l'œil.
"Trois, Monsieur ! " Dit-il. Il était convaincu qu'il venait de gagner trois après-midis de libre chaque semaine.
— Ah, oui. Mmh, Gros suivi. Gros suivi. Vous me ferez un rapport, Madame Granger ! Disons… Tous les mois ?
Il avait, ensuite, serré les poings et tenté un sourire, qui se révéla effrayant.
"Qu'on fête tous ensemble sa progression ! "Bien entendu, Malefoy n'avait pas gagné trois après-midis de libre par semaine ; Et Hermione avait désormais un patient régulier trois fois par semaine. Goldstein, sûrement toujours un peu méfiant, avait scellé leur sort avec un parchemin enchanté.
Hermione et Malefoy avaient hésité à signer ; Mais avouer la vérité, après un tel plaidoyer, était pire pour leurs ego.
Harry avait également dû signer, comme témoin et garant du protocole.
En sortant, ils avaient été tous les trois boire un whisky pur feu au chaudron baveur avant de se séparer ; Hermione avait donné rendez-vous à Malefoy le mardi suivant, 14 heures, pour leur première "séance".
— N'empêche pauvre Malefoy quand même ! Dit Harry.
— Pourquoi ?
— On n'avait pas tout anticipé avec Hermione.
Hermione savait très bien de quoi il en retournait. Dès le lendemain, la totalité du ministère de la magie avait appris, par les secrétaires du niveau 2, que Malefoy avait de gros problèmes psychiatriques.
Harry avait même entendu un sorcier dire à un autre, qu'il pensait que le jeune Malefoy avait dû attraper une variante extrêmement rare de la Dragoncelle du cerveau ; Une maladie totalement imaginaire.
Hermione quant à elle, avait reçu de la part de Blaise, un énorme panier garni de chez Honeydukes ; Il contenait un petit mot écrit de sa main.
"Un petit remerciement, au nom de toute la communauté sorcière. Merci de nous sauver du très dérangé mais sexy Draco Putain de Malefoy. "
Visiblement, toute cette histoire avait le don de faire rire Blaise.
Affublée de son pyjama vert en pilou, Hermione s'était enfermée chez elle et avait décrété qu'elle méritait un week-end d'hibernation. Loin de Harry, loin de Malefoy, loin de la Babille ; Du calme, elle voulait du calme. Il était à peine 18 heures et déjà elle était lovée dans son canapé sous un tas de plaid ; Un énorme bouquin ouvert sur ses genoux.
"Tu lis quoi Tata ? "
Hermione poussa un hurlement strident et en sautant sur ses pieds, renversa au passage son livre et son mug remplit de thé posé sur la table basse. Elle se prit les pieds dans le tas de plaid et s'étala de tout son long sur la même table basse dont les pieds cédèrent sous le choc.
Au-dessus d'elle, un petit garçon de 3 ans et demi la regardait, curieux.
"Moi aussi, je peux m'allonger ? " Avait-il dit, en joignant le geste à la parole.
Elle tourna la tête, et regarda son neveu James Potter qui lui souriait la tête entre les mains. Elle se rassit et il l'imita.
"James… Où sont papa et maman ? "
— J'sais pas !
— Et comment es-tu rentré chez Tata Hermione ?
— Bah c'est maman qui m'a emmené.
Hermione se releva et appela, en fouillant le rez-de-chaussée de sa maisonnette, "Gin ? Ginny ! Ginevra Potter ! "
"Maman, elle est pas là ! T'es bête tata ! " Il la regardait debout sur le canapé et adossé au dossier, son petit nez se retroussant sous ses rires.
Au moment où Hermione vit un amas de sac de voyages dans son entrée, un hibou tapa au carreau de la cuisine ; C'était un hibou qu'elle ne connaissait pas. Elle récupérera la lettre accrochée à sa patte et la déroula.
Dans sa lettre qu'elle avait commencée par "Surprise Mione ! ", Ginny l'informait que, Harry et elle, étaient partis en amoureux ce soir. Elle lui expliquait également, qu'aucun de ses frères n'était disponible et que ses parents passaient quelques jours de tranquillité à la chaumière aux coquillages.
Elle avait terminé en lui affirmant que de toute façon, James ne réclamait que sa tante.
Le petit garçon s'était penché au-dessus de l'épaule d'Hermione pendant la lecture.
"Dis Tata, je peux prendre des bonbons ? " Il désignait l'énorme panier de Zabini.
— Ah… Super Zabini… Non, James ! Il est trop tard pour les bonbons.
Du haut de ses trois ans, le petit Potter se rassit et croisa les bras. Hermione aurait juré cru voir Ron quand on lui refusait une autre part de dessert.
"De toute façon, moi je voulais aller chez Papy et Mamie ! "Il ne réclamait que sa tante ? C'est ça ! Hermione apprendrait à Ginny que les enfants disent toujours la vérité.
Après avoir bataillé avec le petit garçon pour lui faire prendre son bain, le faire manger et le coucher dans la chambre d'ami ; Hermione se résolut à aller se coucher. Il était passé 22 heures.
— Granger ! Hey Granger ! Réveille-toi ! "
— Elle s'appelle tata Hermione…
— Je… Bon… OK… HERMIONE Debout !
— Ahhhhhhh… PAF ! Draco Malefoy venait de se prendre une énorme gifle.
Il alluma la lumière d'un coup de baguette, en se tenant la joue.
— Mais ça ne va pas ou quoi ? Tu es folle !
Hermione Granger, les cheveux dans un chignon éclaté, un masque de nuit au travers de son front, le regardait ; Elle était complètement pétrifiée et serrait contre sa poitrine nue sa couette.
— Malefoy… Mais qu'est-ce que tu fais chez moi ?En tâtonnant, elle trouva le petit réveil mécanique sur sa table de chevet.
— Il est 2 heures du matin !
— Je sais Madame l'énervé ! J'essayai d'être sympa. Je t'ai ramené… Ça !Il pointa du doigt, un petit garçon qui mangeait une glace assit au bout du lit. Il avait l'air totalement ravi. Hermione voyait de la glace menthe chocolat tomber au goutte-à-goutte sur sa couette.
— Tu m'expliques ?
— Ouais, Mais on ne peut pas aller ailleurs avant ?
— … ?
— C'est bizarre d'être dans ta chambre.
Hermione tenta de lui faire comprendre d'aller l'attendre dans le salon le temps qu'elle s'habille. Il lui fit un grand sourire et un petit non de la tête.
— Hey James, tu peux dire à tata Hermione, qu'on attend qu'elle sorte de son lit.
— C'est petit ça Malefoy ! Très petit…Hermione n'était pas très organisée et quand elle s'était couchée la veille, elle avait littéralement jeté son tee-shirt et son pantalon de pyjama au pied de son lit.
Dans sa grande gentillesse, Draco avait éloigné le petit tas de vêtement du bout de ses chaussons. Pour éviter de se dévoiler, Hermione avait plongé sous sa couette et tentait, en tendant le bras, de récupérer ses vêtements.
Draco remarqua qu'elle avait changé de technique, quand il vit le bras disparaître et une jambe nue se tendre pour essayer de choper entre ses orteils les morceaux de tissus.
C'était un spectacle fascinant, bourré de suspense.
Quand enfin elle sortit de dessous la couette, fière d'elle, le teint rouge et les cheveux encore plus en pagaille, il éclata de rire.
— Tu ne connais pas le sortilège d'attraction, Miss-je-sais-tout ?!Elle le poussa hors de sa chambre et en le doublant lui lança "Crétin ! ".
James les attendait assis dans le canapé et léchait toujours avidement sa glace.
— Alors, tu m'expliques ?
— Le monstre là, il m'a réveillé chez moi… Dans mon lit, Granger. Dans mon lit !
— Mais comment il a fait pour arriver chez toi ?Elle s'abaissa au niveau du petit garçon.
— James… Comment as-tu fait pour aller chez Malefoy ?
— J'ai donné le nom du marchand de bonbon à la cheminée. Maman, elle fait ça pour aller chez mamie.
— Le marchand de bonbon ?
— Bah oui… Zabini !
Hermione regarda Malefoy, qui scrutait son salon, en fronçant les sourcils. Il était encore en pyjama, elle venait seulement de le remarquer.
— Et tu l'as vu Zabini ?
— Bah oui c'est lui, dit-il en montrant Draco avec sa glace. Et en fait tata, le marchand il s'appelle pas Zabini, hein, il s'appelle Monsieur Draco !
— Bah bien sûr !
Elle se releva en se frottant le visage. Cette semaine ne se terminerait jamais. Elle proposa du thé à Malefoy qui accepta l'air aussi dépité qu'elle.
Ils regardèrent, en silence, un James couvert de chocolat, sauter du canapé ; Puis remonter sur le canapé ; Sauter du canapé ; Puis remonter sur le canapé.
Elle allait tuer Ginny c'est sûr.
— Bon… Je vais y aller Granger. Merci pour le thé !Elle le regarda disparaître dans les flammes vertes de la cheminée. Le petit James Potter avait dû faire de la magie intuitive parce qu'elle était persuadée d'avoir éteint le feu en allant se coucher ; Enfin presque sûre ?
Le petit garçon de trois ans tira sur son pantalon de pyjama et leva des yeux embués vers elle.
— Pourquoi il est parti le marchand de bonbons ?
— James, dit-elle en se mettant à son niveau, mon chéri… Il est allé dormir le marchand de bonbon.
— Mais moi, je veux pas !
Et là, ce fut le chaos. James Potter avait, c'est certain, hérité du caractère explosif de sa mère, au grand malheur d'Hermione.
Il se mit à hurler, attrapa un coussin et le lança en direction d'Hermione.
Elle avait beau élever la voix, le menacer de la pire punition, rien ne fonctionnait. Le petit garçon hurlait à s'en déchirer les poumons. De grosses larmes roulaient sur ses joues.
Hermione était à bout. Elle se mit à sangloter, elle aussi. Fatiguée nerveusement, physiquement, Hermione ne voyait qu'une seule solution.
Elle prit de la poudre de cheminette, qu'elle lança dans le feu.
Elle saisit sous son bras, un petit Potter hurlant et gesticulant, franchit le mur de flamme et hurla :
"Appartement Malefoy ! "
Hermione arriva dans l'immense salon de la colocation. Par chance, Draco Malefoy n'était pas couché. Il était affalé sur son divan en train de lire.
Il pointa par réflexe sa baguette vers Hermione et James en se levant, avant de la baisser aussi vite.
James gesticulait tellement, qu'il était presque à l'envers dans ses bras. Hermione franchit la distance qui la séparait de Draco Malefoy et lui mit sans plus de cérémonie le gamin hurlant dans les bras.
Elle s'effondra ensuite sur le divan en pleurs.
— Je… Je… Te le… sniff… Laisse… J'en peux… plus… SniffEt là miracle ! Alors qu'elle était là reniflant, les joues baignées de larmes, s'essuyant le nez avec sa manche ; James s'arrêta net de pleurer. Lui et Draco la regardaient avec de grands yeux ronds. Et Hermione était prête à parier que ce n'était pas pour les mêmes raisons.
— Je fais quoi de ça, Granger ?
— M'en fous, ce n'est pas le mien… Je vais dormir un peu…
— Monsieur Draco, on peut jouer aux cartes qui explosent ?Hermione s'était allongée sur la méridienne du canapé, la tête reposant sur le dossier.
Et pendant que Draco la regardait, outré, tout en essayant de contenir un enfant drogué au sucre, Hermione s'endormit.
Quel idiot il avait été de filer cette glace au gamin. À l'origine, Il voulait faire chier Granger, mais là, il s'était pris un violent retour de karma. La nuit allait être longue.
Ginny et Harry arrivèrent paniqués à la colocation Zabini/Malefoy. Blaise leur avait envoyé un patronus d'urgence en leur disant que leur fils était actuellement en train de repeindre leur salon.
Quand ils entrèrent dans le salon, leur fils était en train de faire du coloriage sur la grande affiche de la gazette. Zabini le regardait faire, adossé au comptoir de la cuisine, tout en buvant un café. Harry voulut ouvrir la bouche mais Zabini lui fit signe de se taire et pointa de son pouce le canapé.
Hermione était toujours allongée sur la méridienne, sa tête avait un peu glissé sur le côté et reposait sur l'épaule de Malefoy. Lui, avait la tête qui reposait en arrière sur le dossier et visiblement, il dormait la bouche ouverte.
Sur leurs visages, étaient dessinées au feutre noir, des lunettes rondes et des moustaches guidon. Malefoy avait le droit, en plus, à un petit bouc en triangle sur le menton.
Harry ne put que rire quand il vit que les deux, avaient également une cicatrice en forme d'éclair sur le front.
— Ton fils est fan de toi, Potter. C'est lui qui a insisté pour la cicatrice et les lunettes. La moustache, par contre, c'est moi !
Il rajouta avec un immense sourire en coin : "Ne vous inquiétez pas, j'ai pris plusieurs photos ! " ; Pour le plus grand bonheur des époux.
