Chapitre VII – Tout le plaisir de l'amour est dans le changement
Hermione était arrivée tard le mardi matin de la première séance. Quiconque l'aurait croisé dans le hall de Sainte-Mangouste, ne l'aurait pas reconnu. Elle était emmitouflée dans un épais manteau de laine rouge cerise ; Ses cheveux étaient recouverts d'un bonnet de la même couleur, deux pompons mordorés bougeaient au rythme de ses pas. Elle avait fait remonter jusque sous nez, son épaisse et très vieille écharpe de Gryffondor.
De ses mains gantées, elle replaça ses énormes lunettes de soleil. Cet accoutrement, très particulier, servait autant à se protéger du froid mordant qui était arrivé en cette fin du mois de novembre, que du regard de potentiels curieux.
Se faire réveiller par ses meilleurs amis, chez celui qu'elle avait tant haï pendant son adolescence, n'était pas ce qu'elle appelait un week-end tranquille. Elle était rentrée chez elle comme une furie, sans un mot pour ses amis, Zabini ou Malefoy. Elle avait passé son samedi enfermé chez elle, et avait éteint son feu de cheminée pour être sûr de ne pas être dérangée. À aucun moment, elle ne s'était vue dans un miroir.
Elle avait même utilisé une potion de soin dentaire, qu'elle s'était jurée de garder pour les urgences ; Ses parents lui auraient fait la morale c'est certain. Ainsi, elle n'avait pas eu à sortir de son lit.
Le dimanche n'avait guère été mieux. Après une longue grasse matinée, elle s'était préparé un brunch et avait fini par se caler près de la bow-window pour lire un livre. Elle avait vu Ginny apparaître dans son allée, et prendre le chemin de la porte d'entrée. Ginny Weasley avait toqué pendant au moins 15 minutes à la porte de sa meilleure amie. Elle l'avait supplié de lui pardonner. N'ayant pas de réponse, elle s'était pointée devant la bow-window et l'apercevant en train de lire, avait toqué dessus tel un hibou enragé. Hermione avait feint de ne pas la voir, ni l'entendre.
Ginny était alors retournée près de la porte, et s'était agenouillée au sol, pour essayer de passer la tête par la chatière, celle de feu Pattenrond ; Tout du long, elle n'avait pas arrêté de proclamer des excuses.
Hermione avait tenu bon, déterminée à ne pas flancher avant au moins 3 jours. Ils lui avaient abandonné leur fils quand même ; Même si abandonner était un bien grand mot.
Elle augmenta ce délai à une semaine quand le dimanche, elle se vit enfin pour la première fois dans le miroir. Les traits n'avaient pas bougé, seulement un peu bavé. Elle tenta de se lancer un recurvite, tenta un tergeo mais rien n'y fit. Elle essaya la pratique moldu mais rien ne fonctionna ; Les traits de marqueurs restaient sur sa peau. Il avait fallu qu'elle se fasse plusieurs gommages intensifs pour commencer à voir disparaître les marques noires.
Le lundi de sa reprise avait été un enfer ; Elle avait découvert son bureau miteux, coincé entre la salle des archives et l'escalier qui menait à la maintenance de l'hôpital, le tout au premier sous-sol. Elle avait découvert au passage qu'il existait une salle de maintenance, mais surtout qu'effectivement, Monsieur Gregory était mort il y a déjà 10 ans. Cela l'avait grandement arrangé d'être seule toute la journée. Elle avait appliqué en grosse quantité un masque réparateur sur son visage, pour réparer les gommages un peu trop vigoureux.
Quand elle enleva son écharpe ce mardi matin, elle tira une grimace. Une des croûtes de la fausse moustache s'était accrochée dans la laine de l'écharpe. Elle saisit le petit miroir de poche, qu'elle s'était maintenant juré de garder dans son sac à main ; Apparemment, les produits du masque et les derniers pigments de l'encre donnaient une réaction surprenante.
Elle avait désormais une moustache guidon et deux cercles pas terminés, composé d'une croûte noircie ; Le reste ayant disparu.
Elle appela une collègue, via le système de note d'urgence, qui bossait dans le service d'empoisonnement. Celle-ci, lui confirma la réaction allergique et lui suggéra de prendre quelques gouttes d'une potion antihistaminique pendant le reste de la semaine.
Hilda Derwent, descendante de l'une des guérisseuses les plus célèbre de Sainte-Mangouste, s'était retenue de rire devant le visage de son amie ; Mais elle n'avait pas pu s'en empêcher quand, en début d'après-midi, un homme de l'âge d'Hermione était arrivé, complètement paniqué, avec les mêmes symptômes. Malheureusement pour lui, ses cicatrices avaient enflé beaucoup plus que celles de la jeune sorcière. Avec sa coéquipière de service, elles s'étaient quand même dit que c'était un sacré gâchis ! Un si bel homme.
Si Draco Malefoy avait fait l'effort de consulter ce mardi en début d'après-midi, c'était surtout parce qu'il devait voir Hermione pour sa séance ; Et puis un peu parce que ça lui faisait un mal de chien. Depuis le samedi, il vivait reclus dans son appartement, sous les rires des Blaise. Il avait dû annuler pas moins de trois rendez-vous ; Le samedi soir ; Le dimanche soir ; Le lundi soir.
Il avait été convaincu par Blaise, après une cinquantaine de Recurvite, de Tergeo, le double de jurons et trois crises de larmes, que les méthodes moldues pouvaient l'aider. C'est ainsi que le dimanche soir, Blaise avait parcouru le Londres moldu à la recherche du Graal.
Draco avait passé son lundi à effectuer, ce que Blaise appelait des gommages. Il avait fini par s'endormir couvert d'une espèce de pâte blanche qui sentait la menthe.
C'est en se lavant le visage, le mardi, qu'il avait découvert la catastrophe. Son magnifique visage était méconnaissable. Il avait deux cercles rouges boursouflés autour des yeux ; La moustache et le bouc avaient gonflé eux aussi mais en moindre mesure. Et ces enflures étaient parsemées de croûtes noires. Il avait, et par Merlin il espérait que personne ne le verrait, une cicatrice à la Harry Potter au-dessus de son sourcil droit. Toute la matinée il s'était caché de Blaise et avait transplané dès que possible à Sainte-Mangouste, aussi couvert qu'Hermione. Avant de se rendre à son bureau, il se remémora le visage de la guérisseuse Derwent retenant son éclat de rire, et ajouta Blaise sur sa liste de vengeance.
Il ne pouvait malheureusement pas échapper au rendez-vous d'aujourd'hui, condition sine qua non pour rependre son poste le lendemain. C'est le visage meurtri et l'ego en miettes que Draco Malefoy frappa sur la petite porte en bois qui portait les inscriptions : "Hermione Granger, interne en psychiatrie".
— Salut Grang…
Dire que Draco Malefoy fût surpris, était un euphémisme. En entrant, il découvrit une Hermione camouflée autant que lui dans un bureau pourtant surchauffé à cause du feu qui ronflait dans la cheminée. L'idée qu'elle souffrait du même mal que lui, lui vint tout de suite à l'esprit.
— À trois, on dévoile nos visages… OK Granger ?
— Humpf… Entendit-il.
— Un… Deux… Trois…
D'un coup de baguette, ils firent sauter leurs déguisements, pour se révéler aussi atteint l'un que l'autre.
— Ça se voit un peu moins chez toi que chez moi, Granger ! Tu as vu mon visage… Mon si beau visage… Souffla-t-il en s'affaissant sur une chaise.
— Excuse moi de ne pas avoir pitié de toi Malefoy, mon visage aussi est défiguré et ce, par la faute de ton ami.
— Et de ton neveu.
— Et de mon neveu… Et par extension de ses parents.
— Et de Weasley ! Je suis certain qu'il était là aussi.
Hermione aurait voulu répondre que non mais, depuis le samedi, elle en avait plus la force.
— Bon du coup on fait quoi pour la séance
— Rien, j'ai des recherches à faire en salle d'archive pour mon mémoire de fin d'année. Tu peux rester là une heure et t'en aller.
— …
— De toute façon, tu n'es pas vraiment malade si ?
— Non, mais je me disais que tu pouvais m'aider sur… Enfin tu vois quoi ! Il jouait avec une petite balle en mousse, les avant-bras posés sur le bureau et le regard baissé.
— Non Malefoy, je ne vois pas
— Ne fais pas ta prude Granger, tu vois de quoi je parle…
— Non sérieusement !
— Je ne sais pas dire non à… hmm… Euh… une bonne baise ? Une partie de jambes en l'air ? La bête à deux dos ? La parade de l'Éruptif ? Appelle ça comme tu veux.
Elle lui fit signe de continuer.
— J'ai couché avec ma voisine mariée, parce qu'elle m'a demandé. Je ne lui ai parlé que deux minutes Granger.
— Un écart, une seule fois, ce n'est pas ce que j'appelle pathologique Malefoy, moi aussi j'ai couché avec un inconnu.
Il leva le sourcil surpris mais enchaîna tout de suite.
— Non mais tu ne comprends pas… C'est tout le temps, rien que la semaine dernière, j'ai eu... 27 partenaires différentes.
Cette fois ce fut à Hermione de hausser les sourcils. Elle se demandait comment il pouvait enchaîner 27 partenaires différentes et surtout quand avait-il le temps pour ça.
— Granger ! Pas 27 le même jour ! Je ne suis pas un gnome.
Il rit quand même à l'idée.
— Tu vois Blaise, il m'a parlé du grand amour l'autre jour… Et je me suis dit… Enfin ça fait longtemps que j'y pense… Peut-être que…
— Tu veux devenir monogame !
— Voilà ! Alors tu peux m'aider ?
Hermione se mit à réfléchir quelques minutes, en feuilletant un bouquin sur la gestion des angoisses par l'hypnose, particulièrement utile sur les mandragores.
— Je ne sais pas, Malefoy. En gros, il faudrait que je t'aide à trouver l'amour ?
— Oui c'est un peu ça… Mais surtout m'empêcher de sauter surtout ce qui bouge.
— mmm… Il faudrait que je te suive partout pour ça !
— N'exagère…
— Ou que je t'enferme chez toi après le boulot.
— T'es sérieuse ? Elle est sérieuse… Je n'y crois pas !
— Au ministère au moins tu ne tenteras plus rien avec Goldstein dans les parages. Elle lui envoya un sourire machiavélique.
Après une pénible négociation pour les deux, ils tombèrent d'accord sur plusieurs points.
Elle devait l'aider à trouver l'amour pas le rendre moine. Il lui avait rétorqué que quand elle s'achetait des fringues, avant, elle les essayait. Ce qui lui avait value un coup brusque sur le bras et un regard noir.
Draco avait insisté sur le fait qu'il n'était pas nécessaire de divulguer l'information. Il ne souhaitait pas donner raison à Blaise et surtout il voulait se donner le droit de changer d'avis. Ce qui était beaucoup plus dur quand tout le monde était au courant.
Cela va sans dire qu'il devait maintenir au minimum 3 rencontres par semaine pour ne pas tomber sous le coup d'un contrôle de Goldstein. Mais le point sur lequel Hermione et Draco tombèrent en total accord fut celui de ne commencer cette aventure que le lundi prochain quand leurs visages auraient repris une apparence normale.
Quand Draco Malefoy s'échappa du bureau de la jeune médicomage 2 heures plus tard, celle-ci attrapa un cahier et nota sur la page de garde : "Étude d'un Casanova en quête de monogamie".
Hermione adorait faire des listes ; Des listes d'objectifs ; Des listes de courses ; Des listes de Vengeance ; Tout un tas de liste qu'elle consignait dans un petit bouquin. Lorsqu'elle était partie en mission de recherche des Horcruxes avec Harry et Ron, elle avait noté tout un tas d'objectifs à atteindre si elle survivait ;
Au-delà de sa carrière professionnelle, elle avait noté tout en haut de sa liste : "tomber amoureuse" ; Il y avait aussi si l'on regardait 3 lignes plus bas : "pardonner à Malefoy", surligné en doré comme tous les objectifs atteints.
Elle s'était donnée du mal et s'était fait du mal pour atteindre son objectif de romance, notamment lors de sa première déconvenue avec Ron ; Et puis, elle avait enchaîné plusieurs hommes, avant Cormac. Elle avait presque atteint ce qu'elle voulait avec William un né-moldu, plus âgé qu'elle de 4 ans. Mais quand il avait parlé de s'installer ensemble, de se fiancer, elle était partie pleurer dans les bras de Ginny. Elle ne l'aimait pas.
Cormac était arrivé quelque temps, plus tard et Hermione avait fini par abandonner la romance pour le plaisir.
Alors quand Malefoy avait quitté le bureau, elle s'était mise à faire une liste de tous ce qu'ils devraient faire pour que le jeune homme tombe amoureux.
Objectifs :
Le rendre moins fier
Faire ressortir son empathie
Le sevrer des femmes
Lui faire un cours sur la sexualité féminine ? (C'est sûr, c'est un égoïste au lit ! )
Lui faire découvrir le monde moldu ? Pourquoi pas ? Magasin)Le briefer sur le "rendez-vous galant"
L'emmener à un speed dating
Faire taire les rumeurs sur sa maladie mentale ?
Avant qu'elle n'y pense, 17 heures étaient déjà arrivées et Hermione n'avait rien à faire de plus dans son petit bureau. Elle remit son camouflage d'hiver et se rendit guillerette sur le chemin de traverse pour récupérer une nouvelle potion antihistaminique.
Elle s'était arrêtée au Dobbiz pour boire un grand chocolat chaud à la paille, puisqu'elle n'avait pas voulu enlever son écharpe et ses lunettes malgré l'assurance des garçons de ne pas se moquer. Alors qu'elle discutait un peu avec Seamus, elle regardait Dean accrocher de grandes affiches colorées sur la devanture du bar.
— C'est quoi ?
— C'est notre évènement de samedi, lui sourit-il, ce sera le premier week-end de décembre.
— On diffuse le match de Quidditch Angleterre France dans l'après-midi. Poursuivit Seamus.
— Et ensuite, on organise une soirée, Dean lui tendait un flyer, tiens regarde !
Sur l'affiche aux couleurs des fêtes de fin d'année, ceux qui semblaient être les deux attrapeurs des équipes citées, s'étaient lancés dans un duel de regard. Au-dessus d'eux brillait aux couleurs de leur drapeau le nom des deux équipes, de petites gerbes d'étincelles explosait en arrière-plan.
De temps en temps, les deux attrapeurs lançaient un coup d'œil anxieux à la mandragore qui se trouvait sur l'image d'en dessous et qui tenait un micro en chantant "Jingle Bells" d'une voix aiguë ; Elle portait une guirlande rouge et or et un bonnet de Noël. En lisant le programme Hermione s'exclama :
"Un karaoké ! "
— Ouais ! J'ai fait découvrir ça à Seamus et il a adoré. Ris Dean. Alors on a importé le concept.
— Et il y aura des musiques sorcières et moldues.
— Vous êtes des génies, les gars !
— Oh tu sais, on a eu un peu d'aide… Tu viendras ?
Après avoir assuré à Dean et Seamus qu'elle serait là pour le karaoké, si, et seulement si, son visage avait repris forme humaine, elle rentra chez elle.
NOTA BENE:
Merci pour les reviews ! j'espère que cela vous plait toujours autant.
