Chapitre IX — Vengeance quand tu nous tiens


Lorsque le tirage de la Gazette spécial week-end arriva dans la boîte aux lettres d'Hermione le lundi matin, celle-ci dormait encore profondément.

Seules quelques âmes bien matinales pouvaient au choix s'insurger ou s'émouvoir de la nouvelle qui prenait toute la première page. Harry, qui avait été réveillé aux aurores par James, et Ginny faisaient partie des grands chanceux ; Assis dans leur petite cuisine de Godric Hollows. Harry relisait la première page en regardant par-dessus l'épaule de Ginny.

— Ça ne va pas lui plaire.

— En même temps, monter sur scène, c'était certain que Skeeter se délecterait de ça.

Sur la première de la gazette s'étalait en grand une photo d'Hermione et de Draco en pleine danse, les deux riaient. Dans le coin inférieur droit, il y avait une autre vignette où l'on pouvait apercevoir Cormac écrasant de son poing le nez de Malefoy.

Mais ce que le lecteur ne pouvait décemment pas louper, c'était le titre racoleur, écrit de toute évidence par une Rita Skeeter vengeresse.

"La Lionne ajoute une nouvelle proie à son tableau de chasse !"Et en tout petit dessous, on pouvait lire un avertissement à destination de la gent masculine et une invitation à lire l'intégralité de l'article en page 3.

Ginny écarquillait les yeux à chaque nouvelle ligne qu'elle découvrait dans l'article. Skeeter racontait que suite à la bagarre qui avait dû mobiliser le bureau des Aurors et mis fin prématurément à la soirée ; Hermione avait été vue pleurant à chaudes larmes son nouvel amant blessé dans les couloirs de Sainte-Mangouste.

Elle devait admettre qu'il y avait un fondement de vérité dans ce qui était dit dans cet article ; Mais que la plupart des faits étaient assemblés pour rendre la vérité plus accrocheuse qu'elle ne l'avait vraiment été.

Suite à la bagarre, Hermione et Ginny avaient gentiment accompagné Malefoy à Sainte-Mangouste, enfin, elles n'avaient pas eu le choix ; Blaise avait complètement disparu de la soirée ; La jolie inconnue avait été emmenée loin de la scène par son groupe d'amies ; Harry avait été occupé à gérer un Cormac alcoolisé et nerveux, ce que Skeeter avait traduit par "La brigade des Aurors".

Lorsqu'elles étaient arrivées dans le hall, portant un Draco Malefoy couvert de sang, Hermione avait interpellé le jeune homme qui s'occupait de l'enregistrement ; Et pendant qu'elle discutait, Ginny avait accompagné un Malefoy chancelant au service des blessures physiques, avant de disparaître dans les toilettes de l'étage supérieur. Elle avait appris en passant devant une salle d'urgence du couloir, à travers les cris et les gémissements qui en sortaient, qu'un homme venait d'être admis juste avant pour de sérieuses blessures ; Dans la page 6 de la gazette, on pouvait apprendre le lundi que c'était après une explosion massive d'un stock illégal de cornes d'Éruptif.

Par un malheureux concours de circonstances, Hermione était arrivée dans le couloir du même service, juste après que Ginny en fut sortie. Après s'être assis deux minutes, sur l'un des sièges d'attente, un Guérisseur était venu la voir pour lui demander si elle était là pour quelqu'un. Elle avait répondu qu'elle voulait avoir des nouvelles du jeune homme qui était arrivé plus tôt.

C'était dans un profond souffle et une main sur son épaule qui l'avait informée de la mort du jeune homme.

"Je suis désolé, avait-il dit, c'était votre compagnon ?"

— Non, renifla Hermione que le choc et les relents d'alcool avaient fait pleurer, on était presque ami. Mais il s'est passé quoi, c'était si grave que ça ?

— L'hémorragie était trop importante. Il avait perdu trop de sang.

— Mais c'était qu'une petite blessure de rien du tout !Elle s'était remise à pleurer, le nez dans son écharpe, persuadée d'être la responsable du malheur de Malefoy. Le Guérisseur s'en était allé en la regardant les yeux pleins de pitié, appelé par une autre urgence. C'est ainsi que Malefoy l'avait retrouvé en sortant de la salle juste derrière elle.

— Pourquoi tu pleures Granger ? S'était-il étonné, puis en caressant son nez de son index. Tu as vu, mon nez est parfait !

Ginny était réapparu au moment où Hermione avait sauté au cou de Malefoy, en proférant un nombre incalculable de jurons. Elle avait dû la ligoter pour la calmer, avant que son amie ne lui raconte tout en détail, sous les rires bruyants d'un Malefoy encore éméché. Ginny avait tout raconté à Harry quand elle l'avait retrouvé au petit matin leur offrant un fou rire matinal bienvenu.

Quand Hermione avait finalement découvert le vomi journalistique de Skeeter, elle avait préféré organiser la rencontre du jour chez elle ; Au moins ici, Malefoy n'aurait pas à s'enregistrer à l'accueil et indiquer avec quel praticien il avait rendez-vous. Ils évitaient ainsi de jeter de l'huile sur le feu des ragots.

Il était arrivé pile à l'heure couvert d'une cape noire qui le couvrait intégralement, évitant ainsi d'éventuels paparazzis, selon Hermione.

— T'en fais pas un peu trop Granger ? Dit-il en se débarrassant de sa cape sur le dossier du canapé.

— Tu as vu la gazette, Non ? ! S'insurgea-t-elle en lui versant une tasse de thé fumante. Je n'ai plus rien contre Skeeter depuis qu'elle s'est dénoncée.

— Laisse-les penser que je suis ta nouvelle proie, si ça leur chante ! Il s'affala sur le canapé. On s'en fout.

— Et passer pour la cocue de service, quand tu vas t'envoyer en l'air avec la première venue ? !

— Voilà pourquoi je suis dans ton canapé un lundi après-midi Granger ! Dit-il en écartant les bras et en pointant ses pouces dans sa direction.

Il leva le menton, les yeux fermés et prononça d'un ton mélodramatique : "Fais de moi un nouvel homme Granger !".

— D'ailleurs c'est quoi le programme du jour ?Pour leur première vraie session, Hermione avait pensé faire un travail de terrain. Elle voulait l'étudier au contact de la gent féminine, analyser avec lui son comportement afin d'adapter au mieux son programme. Elle avait en premier lieu pensé au chemin de traverse, mais après les évènements du week-end, elle avait dû changer subitement de plan.

— On va aller dans le Londres moldu. Dans un centre commercial.

Sous ses protestations, elle transplana sa main fermement accrochée à son bras. Ils atterrirent derrière un énorme container poubelle qui sentait le carton humide. Hermione tira Draco par le bras pour le faire avancer dans le centre commercial, alors que celui-ci marmonnait son exaspération.

Tout en faisant ça, elle lui expliqua le déroulé de l'heure qui allait suivre. Après au moins dix bonnes minutes de négociations, Draco accepta à contrecœur de se prêter au jeu. Il se mit en mode séduction pendant qu'Hermione alla s'asseoir sur un banc, non loin, son carnet d'études dans les mains ; Elle commença à prendre des notes quand il aborda la première femme de la journée.

Les deux sessions suivantes se firent de la même manière, et Draco ne savait pas dire si cela était utile ou si c'était pour le bon plaisir de Granger ; Il la voyait ricaner chaque fois qu'il se faisait rembarrer ou insulter. Lors de la troisième séance le vendredi, il lui demanda qu'elle réalise elle aussi l'exercice, lui procurant un bonheur immense.

C'était un peu une vengeance pour tous les soirs de la semaine. Elle avait débarqué chaque soir au moment où il s'apprêtait à sortir pour le forcer à envoyer un message d'annulation à son rencard. Il suspectait fortement Blaise de lui vendre la mèche. Seuls sa galanterie et son honneur, qu'elle avait à cœur de lui rappeler, l'avaient empêché de l'envoyer bouler. Cela ne l'avait tout de même pas empêché de faire hurler de plaisir deux ou trois employées du ministère entre midi et deux.

Draco regardait Granger échanger joyeusement avec un homme d'à peu près leur âge et qui était, en toute honnêteté, sauf celle de Draco, aussi beau que lui. Le jeune inconnu avait pris la main d'Hermione alors que celle-ci en riant, replaçait une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Draco se leva brusquement et s'interposa entre Hermione et le jeune inconnu en lui tendant la main.

— Salut, moi c'est Draco.

— Euh… Salut, hésita le jeune homme, c'est qui ? Dit-il en lançant un regard à Hermione.

— Je suis son ami ! Il avait dit ça en posant volontairement une main dans le bas dos d'Hermione. Je t'attends là-bas.

Il avait murmuré ça à l'oreille d'Hermione sous le regard du jeune inconnu, avant de s'éloigner tout aussi abruptement.

Il regarda le jeune homme bafouiller des excuses devant une Hermione désemparée, avant de s'en aller sans demander son reste.

— T'abuses Malefoy, lui reprocha-t-elle, alors qu'ils sortaient du centre commercial, il voulait m'inviter à dîner.

— C'est moi qui cherche l'amour, Granger ! Il souriait intérieurement, ravi que l'invitation à dîner ait échoué. Tu dragueras pendant ta soirée entre copines.

Elle s'était arrêtée en se plantant devant lui, un air suspicieux collé au visage.

— Comment tu sais pour ma soirée entre filles ?

— Tu as dû me le dire durant un de tes monologues.

Il leva les yeux au ciel, et la contourna pour se diriger vers l'arrière du container. Il mentait, elle ne lui avait pas dit. Il l'avait lu dans un des courriers qui traînait sur sa table basse, pendant qu'elle était partie refaire du thé. Le courrier mentionnait une soirée chez une de ses amies de l'université magique, elle priait Hermione de venir habiller de la manière la moins prude possible. Le courrier mentionnait une potentielle sortie dans une soirée étudiante, organisée par l'association de Quidditch de la fac dans une résidence au nord de Londres.

— Je ne crois pas que…

— C'est ça ! La coupa-t-il. À plus Granger !Et, il transplana, la laissant en plan et énervée.

Draco Malefoy détestait s'ennuyer, surtout un soir de week-end. Le samedi soir quand il reçut pour la troisième fois un refus d'une de ses anciennes conquêtes à qui il avait demandé s'il pouvait passer, il se dit qu'il irait bien s'incruster à la soirée de Granger. Après tout, c'était à cause de son histoire de thérapie, cumulée au mensonge de la gazette, que ses conquêtes habituelles refusaient désormais de le voir. Alors qu'il mettait du parfum et lançait un sort anti-transpirant sur sa chemise, Blaise s'adossa contre le chambranle de la porte de la salle de bains.

— Tu vois qui ce soir ?

— Personne ! Je vais faire chier Granger, tu veux venir ?

— Ça dépend, est-ce…

— Soirée étudiante. Association de Quidditch. Alcool à volonté… Énuméra Draco.

— OK ! Je vais me changer.

Ils transplanèrent tous les deux devant un grand portail en fer forgé qui s'ouvrait sur une énorme bâtisse à trois étages. Ils suivirent le chemin les séparant de l'entrée ; Le jardin à l'anglaise était éclairé de lucioles et des petits groupes étaient dispersés sur la pelouse, installés sur des canapés ou autour de petites tables. De petites flammes bleues brûlaient dans des pots en verre un peu partout dans le jardin, répandant une vague de chaleur.

La musique assourdissante provenait de la grande porte d'entrée qui était grande ouverte et laissait passer un flot incessant d'étudiants.

Draco et Blaise se faufilèrent et trouvèrent presque aussitôt le bar, et au moins, chacun de leur côté, une personne à charmer.

Quand Hermione et son groupe d'amies arrivèrent à la soirée, celle-ci était déjà bien entamée. Elles avaient passé un temps fou à se préparer ensemble, buvant des bièraubeurres et se racontant les derniers évènements marquant de leurs vies. Hermione avait fait hurler de rire ses amies avec ses histoires.

Hermione remarqua très vite, Draco Malefoy le bras appuyé contre le mur et le visage collé à l'oreille d'une étudiante en dernière année de Maîtrise des potions. Elle se demandait comment il avait su pour la soirée. En regardant vers le bar, elle remarqua également Blaise en grande discussion avec l'un des coachs de l'équipe amateur de Quidditch.

Alors qu'elle maudissait sur 5 générations les attributs masculins de Malefoy pour ne pas passer une soirée tranquille, elle le vit faire un signe à la fille, en direction du bar, avant de s'éloigner.

Hermione se précipita vers la jeune fille et l'aborda directement et en toute discrétion.

"Le grand blond avec qui tu étais, c'est le mari de ma sœur, et il a un enfant. Ne te laisse pas avoir."

Elle s'éloigna tout aussi rapidement pour rejoindre ses amies dans un coin de la pièce. Elle leur raconta rapidement et ensemble, elles regardèrent Malefoy se prendre le contenu du verre, qu'il avait ramené à la jeune fille, en plein visage.

Pendant plus d'une heure, chacune leur tour, sous les indications d'Hermione et à l'aide de ses sortilèges de métamorphose, firent échouer les tentatives de séduction de Malefoy. Hermione se fit attraper par Blaise quand elle s'éloigna d'une petite rousse à forte poitrine ; Elle avait fondu en larmes en lui disant qu'elle l'avait vue avec son fiancé et qu'elle était sûre, maintenant, qu'il la trompait.

Blaise la regarda, les bras croisés, un large sourire placardé sur son visage, alors que les cheveux d'Hermione reprenaient leur couleur naturelle.

— Granger, Granger, Granger…

— Zabini, Zabini, Zabini… Rétorqua-t-elle en se dirigeant vers le bar du deuxième étage.

— Je ne t'aurais jamais cru aussi… Il hésita. … Machiavélique.

Elle ria et leur servit un petit verre de gin.

— Ça fait une heure que Draco cherche une ex qui veut se venger…Il riait désormais ouvertement.

— Si seulement il savait ! Il trinqua avec le verre d'Hermione.

— Tu ne vas pas lui dire ?

— Oh non, par Merlin… Enfin pas ce soir !

— Comment as-tu su ?

— Tes chaussures, ton manteau… Un peu tout. Je suis même surpris qu'il n'ait pas encore deviné.

— Moi aussi… Moi aussi.

Même si cela l'avait fortement amusé, elle ne comprenait pas comment il n'avait pas pu encore faire le lien. Les ruses avaient tout de même été bien grossières. Blaise la laissa en plan, lorsque le coach, avec qui elle l'avait vu discuté, passa devant eux, en lui lançant une œillade appuyée.

Toutes ses amies étaient désormais dispersées dans la grande maison et sûrement occupées à danser, flirter, ou discuter. Hermione était appuyée contre la rambarde du balcon extérieur du deuxième étage et regardait un groupe faire une partie de bavboules. Un des hommes de sa promo vint lui tenir compagnie et lui proposa une bouteille de Bièraubeurre qu'elle accepta volontiers.

Elle était en plein flirt quand Malefoy se glissa soudainement et sans gêne entre Thomas et elle. Il avait son corps et sa tête, tournés vers elle.

— Je ne te dérange pas Granger, j'espère ? Il souriait allégrement.

— Malefoy !

— Euh mec… Commença Thomas en tapotant l'épaule de Malefoy.

— Tut tut-tut… Le playboy il va aller voir ailleurs si j'y suis, je parle avec ma copine. Dit Malefoy d'un ton pompeux en se retournant brusquement.

— Whoa… OK ! Thomas avait levé les mains en faisant un pas en arrière. Tu aurais dû me dire que tu étais en couple Hermione.

Il avait dit ça avec un regard déçu.

— Bah oui Her-mi-Ône… Rajouta Draco. Pourquoi tu ne lui as pas dit que nous étions fous amoureux ?

— Malefoy… Dit d'un ton menaçant Hermione.

— Elle adore jouer la méchante. S'amusa Draco et s'adressant à Thomas qui reculait encore. Tu verrais au lit… Grrr ! Une vraie tigresse ! N'est-ce pas ma lionne ?

Il avait dit ça en donnant une claque légère sur le postérieur d'Hermione qui hoqueta sous la surprise. Thomas était parti avant qu'Hermione ne puisse répliquer.

— Mais ça ne va pas la tête ! Qu'est-ce qu'il te prend ?

— Parce que toi tu as le droit, peut-être, de niquer tous mes plans ?

— Tu… Tu… Tu es en thérapie, Abruti ! Se ressaisit-elle. C'est pour ton bien !

C'était vrai, après tout. Il était censé trouver l'amour, pas se pavaner comme il le faisait dans SA soirée étudiante un samedi soir. Hermione essayait de se persuader que ce qu'elle avait fait était par conscience professionnelle et non pas par mesquinerie enfantine.

— Tu ne déments même pas... Elle a bon dos la thérapie, Granger !

— Ça ne te donne pas le droit de faire ce que tu as fait. Elle râlait en s'éloignant de lui. Thomas était totalement mon type en plus !

Il la rattrapa en deux enjambées et l'accula contre le mur le plus proche.

— C'est un pauvre type. Il fit un pas de plus dans sa direction.

— Tu ne le connais pas !

— Toi non plus, Granger. Il avait maintenant les bras de chaque côté de sa tête. Toi non plus.

— C'est un homme intelligent… Drôle… Et incroyablement sexy ! Elle releva la tête pour le défier du regard.

— Moi aussi je suis…

Il plongea sa tête dans le cou d'Hermione.

— Intelligent…

Il effleura son cou de ses lèvres.

— Drôle…

Son nez caressait sa jugulaire.

— Incroyablement sexy…

Il embrassa doucement le lobe de son oreille.

Hermione avait arrêté de respirer. Son encore entier était parcouru de frissons et elle sentait son cœur battre là où les lèvres de Malefoy étaient posées.

— La prochaine fois que tu es jalouse, dit-il sa bouche près de la commissure des lèvres d'Hermione, son nez contre le sien, son souffle chaud et humide se diffusant sur ses lèvres, viens me voir directement !

Et de manière soudaine, il avait disparu dans les escaliers laissant Hermione pantelante contre le mur ; Sous le regard amusé de Zabini qui avait regardé la scène depuis le canapé de la mezzanine. Elle le regarda en lui offrant une grimace, persuadée qu'il avait averti Malefoy ; Puis secoua sa tête comme pour se réveiller d'un mauvais rêve.

— Je n'étais pas jalouse… Marmonna-t-elle pour elle-même en se dirigeant vers la sortie.