Chapitre XI — Les mots de la nuit


Draco n'en menait pas large, il était là les bras ballants dans le salon d'Hermione Granger, écoutant, sans rien dire, une chanson l'insulter.

Il regarda, par la fenêtre du salon, les lumières de Noël s'allumer, dans le village en contrebas. Il passa une main sur son visage, un air las placardé sur celui-ci. Il ramassa par reflexe une bouteille vide de bièraubeurre qui avait roulée près du canapé, éteignit la chaine Hifi qui s'était mise à passer un slow moldue. Il faudrait qu'il demande à Granger, un de ces jours, comment elle faisait pour enchanter ces objets moldus.

Alors que le séjour était maintenant plongé dans la pénombre et dans un silence pesant, il se dirigea vers la porte d'entrée pour transplaner. Il entendait des carillons, provenant du village, qui devait organiser une parade pour les fêtes. Il resserra son écharpe et posa sa main sur la poignée.

— Malefoy... appela une petite voix dans son dos.

Il se raidit instinctivement. Il n'avait plus la tête de supporter ses cris pour ce soir, un mal de crâne lui titillait déjà la tempe gauche. Il resta dos à elle la main figée sur la poignée.

— Tu peux rester avec moi ce soir ? Demanda-t-elle dans un murmure. S'il te plaît...

Il se retourna pour la regarder, surpris par autant de timidité de la part d'Hermione Granger. La vision qu'il eut d'elle augmenta d'un cran sa surprise. Elle était à deux mètres de lui, éclairée seulement par les rayons de lune et les petites lucioles du sapin de Noël.

Ses cheveux avaient fui de leur attache et tombaient en cascade sur ses épaules. Elle ne portait plus les lunettes qu'il avait vu un peu plus tôt. Ses yeux et son nez étaient rougis, et bouffis. Elle avait passé un grand gilet en laine sur son tee-shirt qu'il trouvait autant mignon que moche. Elle renifla et s'essuya le nez dans sa manche. Cette fois, elle avait enfilé un short bleu nuit sur lequel étaient floqués des petits chatons blanc.

Il leva le sourcil, personne n'aurait pu parier qu'Hermione Granger lui aurait demandé de rester un vendredi soir avec elle.

— Je... Je... Je ne veux pas rester toute seule. Bégaya-t-elle devant son air interrogateur.

— Pourquoi tu n'appelles pas Weaslette ? Lui répondit-il un peu trop abruptement. Il s'en rendit compte quand il vit ses épaules se soulever sous l'accélération de sa respiration et ses yeux se remplir de larmes.

— Je vais rester Granger ! Dit-il en lâchant la poignée. Mais je t'en prie ne fonds pas en larme...

— M-M-Merci ! Se retint-elle en mordant violemment sa lèvre inférieure et en lui tournant le dos pour se diriger vers la cuisine. J-Je vais faire – snif – du thé.

Alors qu'elle s'affairait autour de la bouilloire dans une cuisine éclairée par le clair de lune, il la regarda en se disant que si lui était perdu, la grande Hermione Granger n'était pas mieux.

Quand elle eut fini de faire le thé, dans un silence quasi religieux, elle posa les tasses et un tas de friandises sur un petit plateau de bois. Elle lui fit un petit signe de la tête et il la suivit sans rien dire. Elle les conduisit vers une petite porte cachée derrière l'escalier. Quand elle ouvrit la lourde porte en bois Draco fût agréablement surpris. Si il n'avait pas été un sorcier, il se serait écrié "C'est magique", en voyant le patio.

Alors qu'elle s'asseyait parmi un amoncellement de coussin multicolores, Draco regarda bouche bée la décoration du lieu ; Il était resté sur le pas de porte.

L'espace était petit, mais une grande baie vitrée un peu biscornue donnait sur le paysage vallonée extérieur. Des plantes vertes étaient disposées un peu partout. Tout était fait de bois, de briques, ce qui rendait le lieu très chaleureux. Là où était installée Hermione, se trouvait un amoncellement de coussins, des petits, des gros, avec ou sans fanfreluches. Des tentures étaient étalées au sol, elles semblaient douces au touché.

Le lieu était baigné de la lueur de la lune jusqu'à ce qu'Hermione dans un élégant geste de sa baguette fasse s'envoler en suspension des centaines de lucioles.

Alors qu'il allait entrer dans la pièce, elle lui montra avec un petit sourire désolé ses chaussures. Il soupira pour se donner un genre et retira ses souliers qu'il positionna près de la porte.

Alors qu'il s'asseyait à côté d'elle en s'enfonçant agréablement dans les coussins, il remarqua le plafond enchanté, exactement comme celui de la grande Salle mais en plus petit.

— C'est quoi ce lieu Granger ? Chuchota-t-il alors qu'elle lui tendait une tasse de thé qu'il prit.

— C'est mon petit coin de paradis... Quand je suis triste je me réfugie ici.

— Tu vas encore pleurer ? Demanda dit-il doucement en la regardant du coin de l'œil.

Elle rit en silence.

— Non, enfin je ne crois pas...

— C'est marrant je croyais que dans ton refuge secret, il y aurait un labyrinthe de livres., se moqua-t-il gentiment en regardant autour.

— Un labyrinthe de livres ?

— Au moins ça ! Ils sourirent tous les deux en buvant leurs thés.

— C'est toi qui a fait ça ? Dit-il en pointant du doigt le plafond enchanté.

— Oui. Elle s'allongea dans les coussins pour regarder le plafond, après avoir reposé sa tasse, et il l'imita. Poudlard me manquait, et j'ai toujours trouvé réconfortant le plafond de la grande salle.

Elle avait murmuré ses mots.

— Sauf les jours d'orage. Dit-il en grimaçant. C'est de la belle magie Granger.

— Merci. Elle tourna la tête pour le regarder. J'aimais les jours d'orage. J'ai toujours trouvé ça fascinant...

— Le mot que tu cherches c'est effrayant !

Elle regarda de nouveau le plafond en riant.

— Moi aussi, Poudlard me manque. Confessa-t-il. Ça a été ma seule vraie maison depuis mes 15 ans.

— C'était notre famille aussi, lui confia-t-elle, et maintenant c'est fini.

— Ne dit pas ça, dit-il en haussant un peu le ton, tu as encore tes parents !

— Non, je les ai perdus. Ses yeux se remplirent de larmes qu'elle retenait. Je me suis fait disparaître de leur mémoire.

— Mais... Il s'était relevé sur son coude pour la regarder.

— C'est permanent, Malefoy. J'ai déjà tout essayé. Ajouta-t-elle pour couper court à une remarque qu'elle avait déjà entendue 1000 fois. D'où mes études de psychiatrie.

Elle fit un petit mouvement de sa baguette et les lucioles bougèrent comme si elles étaient un courant marin.

— Tu vois toujours ta mè-maman ? Hésita Hermione.

— Non...

— Ah...

— Moi aussi je n'ai plus mes parents Granger.

— Mais ta...

— Elle est morte à l'aube de mes 16 ans. Il leva la main pour la passer dans le flux de lucioles qui passait devant lui. Elle est morte intérieurement le jour où je me suis fait marquer. Si tu avais vu son regard ce jour-là... Elle...

Il inspira profondément.

— Je ne l'avais encore jamais vu pleurer. Ce soir-là, elle est venue dans ma chambre, elle s'est allongée dans mon lit. Je m'en souviens ça m'a réveillé.

Il lâcha un rire froid, au souvenir qui lui revenait, et à la pensée d'adolescent qui l'avait traversé à cette nuit-là, celle que sa mère était vraiment trop protectrice.

— J'ai fait semblant de dormir. J'avais 16 ans et je trouvais ma mère trop collante. J'étais idiot.

Il inspira une nouvelle fois. Hermione était hypnotisée par cette histoire. Une de celles que personne ne saurait, parce que comme on lui avait toujours dit "C'est les gagnants qui font l'histoire".

— Elle m'a caressée les cheveux, la joue, avec une douceur que je n'avais jamais vue d'elle. Elle n'arrêtait pas de répéter "mon bébé", "mon tout petit".

— Malefoy...

— Je sentais ses larmes tomber sur mes tempes. La voix de Malefoy se serra un peu. Je l'entends encore me dire tout bas "Je ne veux pas que tu meures, reste avec moi. Je t'en supplie... Tu es encore mon tout petit garçon."

Les larmes coulaient silencieusement sur les joues d'Hermione.

— J'ai fait semblant de dormir jusqu'à ce qu'elle parte, et après ça, elle n'a plus jamais été la même... Tu n'imagines pas comment je rêve de revenir en arrière.

— Tu aurais fait quoi ? Dit-elle en s'essuyant les yeux dans sa manche.

— Je crois que... Il hésita. Je l'aurais appelé avant qu'elle ouvre la porte de ma chambre. Et je l'aurais appelé maman. Chose que je n'ai jamais fait, ça a toujours été mère.

— ...

— Je me serais sûrement levé. Il avait les yeux fixés sur une étoile et Hermione était sûr qu'il vivait la scène dans son imaginaire.

— Je l'aurais serrée dans mes bras. J'aurais peut-être même pleuré un peu. J'aurais respiré ses cheveux. . Il lâcha un petit rire. J'adorais son parfum et, tu sais Granger, à 16 ans j'étais déjà plus grand que ma mère.

— Oui, je sais... dit doucement Hermione.

— Cette nuit-là, j'aurais dû fuir avec elle.

Hermione émit un bruyant reniflement qui fit tourner la tête de Malefoy.

— On avait dit que tu ne devais pas pleurer, Granger. Lui dit-il en souriant en coin, l'œil encore triste.

— Je plaide coupable... Renifla-t-elle, en lui souriant.

Le silence s'était réinstallé entre eux d'eux depuis 5 minutes. Ils regardaient les lucioles virevolter dans le patio.

— Pourquoi tu as voulu que je reste ?

— Comment ça ? S'étonna Hermione qui somnolait un peu.

— On n'est pas vraiment amis toi et moi... Enfin je crois.

— Je ne sais pas tu étais rassurant à ce moment-là... J'étais triste !

— Et tu ne l'es plus ?

— Non, enfin encore un peu mais ça va mieux.

— Tu veux dire que mon adorable compagnie ne t'a pas rendue heureuse ?

— Je dirais qu'elle m'a rendue moins triste, ria-t-elle. C'est un bon début pour des gens pas vraiment amis...

Il rit en acquiesçant.

Hermione alluma un petit feu dans l'une des lanternes non loin d'eux. Une douce chaleur se diffusa autour d'eux, pendant que des flocons tombaient doucement du ciel magique.

— Est ce que tu crois qu'on aurait pu être amis à Poudlard ? Demanda Hermione en se couvrant d'un plaid, et en tournant la tête vers lui.

— Je ne sais pas. Il s'était tourné sur le ventre et s'était mis à regarder dans les tiroirs du meuble bas qui était contre le mur.

— Tu étais un peu chiante quand même. Elle lui donna une tape sur l'épaule. Mais j'aimais quand même la manière que tu avais de me tenir tête.

— Il fallait bien... tu étais un petit con.

— Parce que je ne le suis plus ? Il la regarda avec un grand sourire, en tenant un de ses cahier de dessins.

— Non. Ria-t-elle. Maintenant tu es un GRAND con.

— C'est toi qui dessines ça Granger ? Il montrait les croquis qui noircissaient la page du cahier. Elle acquiesça.

— Moi aussi je dessinais beaucoup à Poudlard. D'ailleurs je te paris que je peux retrouver un portrait de toi, le bras levé ou le nez dans les bouquins, dans un de mes carnets.

Il s'était rassis et essayait de la dessiner, en râlant, parce qu'elle n'arrêtait pas de bouger.

Il s'amusèrent aussi à faire un dessin à deux mains le cahier posé entre eux.

Après avoir ri, beaucoup, en dessinant des caricatures de leurs anciens professeurs. Ils parlèrent beaucoup, un peu, et plus encore de littérature.

Hermione se mit à lui lire à haute voix, le petit prince de Saint Exupéry. D'origine sorcière, il n'avait pas pu connaître cette histoire qui avait bercée l'enfance d'Hermione.

Elle terminait le chapitre huit.

— ...Mais j'étais trop jeune pour savoir l'aimer.

La respiration lente de Malefoy, lui indiqua qu'il s'était endormi. Elle le regarda encore un peu et ferma doucement le livre avant de le ranger sur le meuble bas.

A côté était ouvert le carnet de dessin qui les avait bien fait rire.

Hermione arracha une page de du carnet et griffonna rapidement au marqueur sur celle-ci avant de se blottir sous son plaid et de s'endormir.

Elle se réveilla une fois au milieu de nuit, le corps entièrement encapsulé par celui de Malefoy. Le visage dans son torse. Sa respiration lente faisait bouger ses cheveux. Elle se rendormit quasiment aussitôt.

Quand Draco se réveilla aux aurores, il tenait dans ses bras une Hermione Granger entièrement assoupie qui produisait de petits bruits de respiration en guise de ronflement.

Cela le fit sourire. Il la libéra doucement et se releva sans faire de bruit.

Au moment, où il allait partir et franchir la porte en lui lançant un regard, celui-ci tomba sur le mot griffonné d'Hermione.

Il fit marche arrière, et saisit le message sur lequel était écrit en grosse lettre.

"Draco Malefoy, veux-tu être mon ami ?"

En souriant, il cocha la case "Oui" qu'Hermione avait dessinée et à côté de laquelle il y avait un smiley heureux. Il reposa le message là où il était allongé 2 minutes auparavant, et sur la pointe des pieds s'en alla dans la brume du petit jour.