Mieux vaut tard que jamais ! Mais oui, le goût de cet inachevé me laissait un goût amer.
Alors oubliant la débâcle d'un chapitre perdu dans les limbes d'un ancien ordinateur, j'ai enfin pris le temps de le recommencer !
Doutez-vous bien que le style a un peu changé avec les années :/
Les anciens chapitres ont été remaniés (très légèrement).
Il y a peut-être quelques fautes dans celui-ci, je relierai en temps voulu.
Et le chapitre 16 sonnera le glas de cette histoire !
LE GARÇON A LA MOTO
- Saison 2 -
CHAPITRE 15
Et le temps s'était dilué… Une nuit infinie dans laquelle il se plongerait à coeur et à sang avec sa moto. Drago avait enfourché sa Yamaha lustrée de noir et avait roulé vers une destination incertaine.
Il s'était pris un coup de massue en pleine tête en apprenant qu'Hermione voulait le faire couler. Couler-aider du moins. Quelle blague. Tout le monde choisissait pour lui, jamais il n'avait son propre mot à dire et pourtant, il demandait quelque chose de si simple : rouler, rouler et encore rouler. Ils étaient tous jaloux de cette simplicité, Drago en était persuadé. Mais, serrant ses doigts sur le guidon, il se promit que cette fois-ci, personne ne lui ôterait sa passion.
Hermione s'était relevée après le départ de Drago et avait rebroussé chemin, espérant croiser la route de Ron, rapidement. Elle n'avait pas fière allure, avec son visage tuméfié, mais elle le méritait. Avait-elle fait le bon choix en séduisant ce journaliste pour qu'il révèle à qui mieux-mieux l'identité du garçon la moto ? Elle doutait à présent.
Elle tritura compulsivement son téléphone. Après qu'Harry ait raccroché, elle avait tenté de le joindre une nouvelle fois, mais il refusait de répondre. Chercherait-il à rejoindre Drago ? Peut-être. Mais il n'avait ni moto, ni aucune information sur la destination de ce dernier.
Ça faisait beaucoup de peut-être, hein.
Mais Harry était un téméraire. Il appela Drago dont il était parvenu à arracher le numéro au cours de leurs entrevues durant ces deux semaines. Mais il ne lui répondit pas, il était en pleine course contre le vent et le monde entier.
Plus tard, vers cinq heures du matin, alors qu'Harry tournait en rond, qu'Hermione se faisait soigner par Ron et que Blaise mis au courant in fine, tentait de remettre toutes ces informations dans l'ordre, Drago appela finalement Harry. Il s'isola, jouissant secrètement du plaisir de n'avoir sa voix que pour lui seul.
- Putain, t'es où ?!
Drago ne répondit pas de suite, laissant planer un drôle de silence, théâtral en quelque sorte.
- Trouve une moto et rejoins-moi sur la falaise de la dernière fois.
- T'es sérieux ? T'es vraiment sérieux ? J'ai pas de moto… Comment tu veux que j'en trouve une en plus à cinq heures du mat ?
- Démerde-toi, Potter. Je ne t'attendrai pas longtemps.
- Bon Dieu Drago… !
- À toute.
Il raccrocha, laissant Harry dans un état de fébrilité insupportable. Il fonça comme un bélier sur Blaise et le saisit aux épaules.
- Me faut une moto Blaise, tout de suite !
Blaise secoua à peine la tête et le repoussa.
- Qu'est-ce que tu veux faire sur une moto à cette heure-ci ? C'est lui qui t'a appelé c'est ça ? (Hermione tourna la tête vers eux). En plus c'est ridicule, depuis l'accident t'as quasi pas roulé sur un bolide…
- Je me débrouillerai ! J'ai besoin d'une moto là, maintenant ! Tu comprends pas ? Tu comprends pas que c'est une question de vie ou de mort !
Hermione vint finalement suivit de Ron. À trois, ils essayèrent de calmer Harry qui paraissait au bord de la crise d'angoisse.
- Il est où Harry ? demanda doucement Hermione.
- Oh toi, tu peux rêver que je t'en dise quelque chose ! Tout ça… Tout ça c'est de ta faute, merde, merde, merde !
Hermione se recula, finissant par se mettre totalement derrière Blaise et Ron, qui la protégeaient de cette bombe humaine qu'était devenue Harry. Il avait les cheveux ébouriffés, les yeux cernés. Il rattrapait en un instant, des années à avoir cru Drago mort, à l'avoir cru de nouveau à lui ces deux semaines, puis de nouveau loin…
Blaise inspira à fond et finit par le tirer par le coude, plus loin. Il posa lourdement ses mains sur ses épaules et lui intima de respirer profondément. Ron soupira et s'apprêta à faire un commentaire sarcastique, qu'il ravala quand Hermione éclata en sanglots, empirant davantage encore, tout ce… Cette hécatombe.
Blaise ferma les yeux. Tout s'enchaînait beaucoup trop vite. Tout était… totalement décadent depuis leur arrivée ici. C'était pourtant i peine deux semaines.
. . .
Le soir de leur arrivée, sur le toit du Panama, il ne faut pas croire que Drago ignorait tout de leur présence. Au contraire. Il était au courant bien en amont, quand il avait récupéré la liste des invités, sur demande de Jédusor. Son regard avait négligemment glissé le long des noms et forcément, le dernier de la liste : Zabini Blaise l'avait interpellé. Davantage encore en voyant l'alinéa avec ses deux invités : Harry Potter et Hermione Granger. Il avait cru rêver. Cru à une blague de Jédusor même, avant de se prendre la vérité en pleine face : Harry Potter allait réellement venir au Panama et… Ils se verraient.
Comme à son habitude, il eut de terribles angoisses et mal de ventre. Il cacha sa fébrilité derrière ses courses à moto à travers la ville et sur la falaise. On ne lui tenait pas rigueur de ses disparitions et frasques tant qu'il menait à bien ses missions. Plus tranquille que n'importe quel autre, il distribuait ses marchandises sans s'inquiéter. Il avait appris à ne craindre ni rien ni personne hormis le fameux Voldemort. Parfois, il se demandait même si la police ne faisait pas exprès de le laisser s'échapper. C'était sans doute dangereux de venir s'attaquer à Jédusor et sa bande. Autant le laissait faire, le temps de ces quelques semaines en France. C'était risible… Drago trouvait ce principe stupide et ceint d'une hypocrisie dégoûtante et ça, bien qu'il en jouisse totalement.
Le fait est que le soir au Panama, quand il arriva peu après minuit, il se doutait que quelque part, autour de la piscine, son passé l'attendrait. Il avait entendu le verre d'Harry se briser lorsque ce dernier l'avait remarqué. Drago avait retenu son sourire et son envie de le regarder. Il aimait savoir qu'il marquait à ce point là les esprits ! Cinq ans étaient passés, mais il persistait à provoquer quelque chose chez lui. Ça le rassura. Drago n'aurait pas supporter d'être le seul à se traîner le fantôme de leur relation.
Trépignant de pouvoir lui parler, il avait fait mine de recevoir un appel et était parti. Harry avait mordu à l'hameçon le rejoignant au pas de course. Drago, dans une pose étudiée l'attendait non loin de l'ascenseur qu'il avait appelé. Il avait les bras croisés et le détailla, la tête haute.
Harry avait vieilli. Il pâtissait encore de son accident, cela se devinait dans un léger boitillement de jambe. Sans mot, il s'approcha fébrilement de Drago, n'y croyant pas.
Ce dernier renifla légèrement, prit la parole en premier :
- Eh bien ? On dirait que tu as vu un fantôme.
Cela arracha un rire à Harry. Un rire un peu fou. Il vint aussitôt le saisir aux épaules, avec une brutalité qui crispa Drago.
- C'est bien toi ? C'est réellement toi ? Oh putain, Drago… Drago ?
Drago ne bougea pas, gardant sur son visage un masque de froideur. Il se sentait loin de la scène qui se déroulait devant ses yeux. Ces retrouvailles qu'il imaginait depuis quelques jours maintenant, lui parurent d'un vide abyssal maintenant que c'était réel. Cinq ans étaient passés, se dit-il encore. Et, devant les années en plus d'Harry, Drago ne sut s'angoisser que d'une chose : avait-il l'air d'avoir pris de l'âge, lui aussi ? Drago se pensait toujours comme l'adolescent du Local, n'avait jamais réfléchi à autre chose. Mais là… Oui, là.
Cinq ans, pensa-t-il encore.
Harry le secoua légèrement, pour le ramener à lui.
- Dis quelque chose, bordel !
- Oui, c'est moi, lâcha-t-il prudemment.
Harry le lâcha pour mieux l'entourer, dans une étreinte brûlante à laquelle Drago ne daigna même pas répondre, gardant même les bras croisés, qu'il resserra autour de lui. Il n'était pas insensible à son contact, mais il craignait qu'en cillant maintenant, il ne s'écroule totalement, ne soit plus capable de faire le moindre pas. Les gens de l'hôtel le connaissaient, rapporteraient cette histoire aux oreilles de Jédusor, c'était dangereux pour lui et cette mince stabilité qu'il possédait depuis quelques temps.
L'ascenseur s'ouvrit alors, mais ils ne bougèrent pas.
- Je suis tellement heureux de te revoir, bredouilla encore Harry. J'avais fini par croire que… que tu étais mort. Je suis tellement con, je m'en veux tellement ! Pourquoi tu me dis rien ? Pourquoi t'es si… froid ?
Doucement, Harry s'écarta, pour mieux poser ses mains sur ses joues, le contemplant, le touchant, pour s'assurer qu'il était bien là. Drago plongea son regard dans le sien et inspira profondément. Les portes de l'ascenseur s'étaient refermées, mais il était toujours là, à cet étage, comme eux.
- Allons parler dans un endroit plus calme, proposa-t-il lentement.
Il sortit de sa poche un pass.
- Viens… J'ai réservé une chambre deux étages plus bas.
Il se voulait calme et mesuré, mais sa voix, ses gestes étaient crispés. Il appuya sur le bouton de l'ascenseur et entra dedans. Harry l'y suivit, somme toute déboussolé. Drago s'observa dans le reflet du miroir de l'ascenseur. Il se demanda encore, s'il avait le même air qu'il y a cinq ans. En tout cas il était beau, au moins ça.
Harry à côté le dévorait du regard, essuyant ses yeux rougis, sous ses lunettes.
Ils furent tous les deux silencieux alors qu'ils se dirigèrent dans la chambre que Drago avait alloué, spécialement pour leurs retrouvailles. Un endroit calme, à l'abri des regards, pour laisser s'épancher… s'épancher quoi d'ailleurs ? Des exclamations de surprise ? De l'amour ? Des cris de haine peut-être aussi. Drago l'était, haineux. Des années à penser à cet immonde crétin qui avait ruiné le peu de carrière qui lui restait. Harry l'avait forcé à l'exil, aux pires des humiliations. Pourtant, dès qu'ils furent dans cette chambre, Drago vit sa rage s'évanouir et le besoin d'être rassuré, prégnant. Il inspira tout doucement et vint serrer Harry contre lui à son tour. Il étreignait et respirait son passé comme un damné. Harry referma ses bras autour de lui aussitôt, le berçant contre lui, le menton appuyé sur sa tête.
- J'arrive pas à y croire… Toi, ici. Toi… Drago j'sais pas quoi dire, mais… J'ai tellement de trucs à te demander, ça me tue de t'avoir là… Là contre moi.
Harry était incapable de se taire. Il continua sa litanie absurde, répétant son prénom, racontant sa surprise. Il lui posa plusieurs questions, pour savoir comment il allait, sans lui laisser le temps de répondre pour autant. Et Drago de toute manière restait silencieux d'une manière quasi insupportable.
Ils s'écartèrent l'un de l'autre. Drago eut un brusque besoin d'espace, d'air. Il traversa la chambre à grandes enjambées, pour aller ouvrir la fenêtre, mais fut rattrapé violemment par Harry qui le tira en arrière.
- T'éloigne pas !
Quelque chose dans l'air se modifia. D'instinct, Drago sut que la scène, comme il l'avait imaginé, ne se produirait pas. La colère qu'il devait abattre sur Harry lui serait volé par ce dernier. Dans la voix d'Harry, il reconnut l'accent sourd de la violence. De celle qui lui faisait vraiment peur, comme lorsqu'il l'avait étranglé, un jour.
Il se tourna vers lui, toujours sans parler. Une sorte de sidération le rendait muet.
- T'éloigne plus jamais de moi, je t'en supplie.
Il posa une main ferme à l'arrière de sa tête et serra ses doigts sur ses cheveux. Drago résista un instant, puis se fit tirer jusqu'à lui, fort. Harry lui donna un baiser, auquel il ne répondit pas. Cela recommença deux, trois fois. Des baisers qui laissaient Drago figé.
D'incompréhension, Harry s'écarta pour le fixer, mains sur ses joues.
- Qu'est-ce que tu as ? T'es pas content de me voir ? Ça ne te fait rien ? Tu m'aimes plus ?
- J'ai besoin d'air, murmura enfin Drago.
Une boule d'angoisse grimpa du fond de son ventre, jusque dans sa gorge. Mais Harry refusa de le laisser s'échapper. Il lui embrassa le front, les yeux, puis les joues. Il le regarda droit dans les yeux et l'embrassa encore sur la bouche, jusqu'à ce qu'il cède pour davantage. Cela ne ressemblait pas à leurs étreintes adolescentes. Jamais Drago ne s'était senti aussi faible face à quelqu'un.
Lentement, Harry le poussa à s'asseoir sur le lit. Drago se rendit dès lors compte qu'il se sentait cotonneux, il avait cessé de respirer. Harry posa une main sur lui, qu'il glissa sous son t-shirt, pour mieux le sentir.
- Tu n'imagines pas comme j'ai rêvé… Rêvé de toi. De te revoir. J'arrive pas à y croire. Qu'est-ce que t'es beau…
Drago releva les yeux au compliment. Il était beau, encore. C'était quelque chose qu'il contrôlait, l'apparence. Mais était-il aussi beau que lorsqu'il était libre, sur son deux roues, Harry pas loin ?
Harry passa encore quelques doigts sous ses lunettes, pour essuyer ses larmes naissantes.
- Je suis… Je sais même pas ce que je suis. Un mélange de joie, j'crois… Et j'y crois tellement pas, non plus. T'es là Drago, t'es là devant moi.
Drago pencha légèrement la tête sur le côté. Il était là, avait survécu à un monde d'enfermement et d'enfer. Il était le sous-fifre d'un dealer de drogue, mais il était là. Il était tout bonnement vivant et avait même le luxe de rouler sur de magnifiques bolides.
- Et t'es… On dirait que tu es le même qu'hier.
Drago soupira de soulagement.
- Le même qu'hier, hm ? Je suis vraiment… Comme avant ? Je n'ai pas changé ? osa-t-il enfin.
Harry resta un instant silencieux et continua ses caresses sous son t-shirt.
- Le même qu'hier, en mieux. J'suis tellement heureux de te voir. J'ai envie de toi, de te bouffer entièrement. Laisse-moi te dévorer. J'veux plus te lâcher. Sois à moi.
Disant cela, il se jeta avec fébrilité sur lui, l'allongeant dans le lit. Drago n'y résista aucunement, se laissant emprisonner sous ses doigts.
- Dis-moi au moins que t'es heureux de me voir, lui glissa Harry.
Drago ferma les yeux.
- Je… je te hais à mort.
Il laissa échapper un mince rire, un filet d'air comme un songe. Incrédule, Harry éclata d'un rire plus franc et l'embrassa pour le faire taire.
. . .
Après cinq années à s'imaginer les plus beaux scénarios ; les pires, les impossibles, les romantiques… Drago ne se serait pas douté que flotterait entre eux, un tel calme.
Ils avaient l'amour d'une manière plutôt chaotique, Harry en voulant trop et Drago ne voulant rien… Plutôt ne sachant pas comment réagir face à lui. Après quoi, une forme de sérénité post-sexe avait calmé les ardeurs d'Harry. Et Drago lui, s'était levé, enfilant simplement son pantalon de toile par pudeur et avait enfin ouvert cette foutue fenêtre pour respirer. Il avait attrapé une bouteille d'eau et s'était allumé une cigarette dans la foulée, regardant au loin, la mer.
Harry resta nu dans le lit, mais s'assit, le regardant, détaillant sans se lasser son corps. Il revint à lui-même et à la cicatrice de sa hanche qui le laissait boitillant. Il se trouva diminué face à l'incarnation de perfection que Drago incarnait. Il devinait pourtant que tout ça n'était qu'un jeu de façade. Le silence de Drago, sa difficulté à lâcher prise quand ils avaient fait l'amour… Il soupira.
- Qu'est-ce… que tu as fait ces cinq années ? demanda-t-il en se traînant au bord du lit pour mieux s'asseoir.
Drago se tourna lentement vers lui, une main sur la hanche. Il eut un bref haussement d'épaules.
- Et toi ? Pourquoi tu es ici, ce soir ? Hum… Non, en fait je m'en doute déjà. Blaise a ses entrées dans ce milieu, tu l'as suivis… Je n'aurai jamais cru que toi et lui seriez de si bons amis, lâcha-t-il avec sarcasme.
- Tu sais… Ta disparition nous as rapproché.
- Tu m'en diras tant…
- Tu m'en veux, encore ?
- Tu te fou de ma gueule Harry ?
Harry se passa une main nerveuse à l'arrière du crâne. Drago lui parlait sans hausser le ton, mais un frémissement animait la main qui tenait sa cigarette. Il se demanda s'il ne fomentait pas l'idée de lui écraser son mégot sur le visage.
- Je ne sais pas quoi te dire. Vraiment.
Drago rejeta la tête en arrière et ferma les yeux. Il prit le temps d'achever sa cigarette, qu'il jeta par le balcon et alla se laisser tomber dans un fauteuil, qui trônait dans le coin de la chambre.
- T'es doué pour faire des choses irréparables, commenta Drago en se passant un doigt sur le cou, rappelant le jour où il l'avait étranglé. Mais après, il n'y a plus personne hein. Tu aurais dû assumer jusqu'au bout et me tuer, plutôt que ça.
- Tu as l'air de bien t'en sortir, remarqua naïvement Harry.
- Tu as raison, j'ai passé cinq années de pur divertissement…
- Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Mais… Regarde-toi, tu portes de beaux habits, tu… es dans un hôtel de luxe, tu…
Harry se tut et pinça les lèvres. Il avait vu ce drôle de type, Jédusor, poser une main dans le bas du dos de Drago.
- Tu te prostitues ?
Drago s'alluma une nouvelle cigarette, sans le quitter des yeux.
- C'est l'image que je renvoie ?
- Non, mais… C'est qui ce type qui te touchait ?
- Ça ne te concerne pas.
- Ce n'est pas ton amant, tout de même ?
- C'est qui l'invitée de Blaise en plus de toi ? J'ai vu son nom sur la liste, éluda Drago.
- Hermione… Hermione Granger. Tu ne te souviens pas ?
Drago prit le temps de réfléchir et secoua la tête.
- Tu l'as rencontré sur le bord de la route, avant de disparaître.
- Aucun souvenir.
Et il ne mentait pas. Sans doute que la rencontre avait moins façonné ses cinq années, que pour Hermione. Si elle savait !
Harry eut un petit sourire incrédule, mais répondit :
- En tout cas, tu lui as raconté notre histoire… Tu l'as envoyé à moi, à l'hôpital, Drago.
- Ah bon…
- Oui. Oui. Et à force on est devenus proches, elle et moi.
Devant l'hésitation d'Harry, Drago se redressa :
- C'est ta copine ?
Harry haussa les épaules, détourna les yeux vers la fenêtre. Il se leva enfin, nu et alla fouiller ses propres affaires pour trouver ses cigarettes. Comme un faucon, Drago ne le lâchait pas des yeux.
- C'était difficile… Ta disparition, ma convalescence, tout ça. Hermione était là… Elle s'intéressait à toi, à moi.
- Tu tournes autour du pot, c'est bien ta copine. Tu fais ce que tu veux hein…
Drago fut hérissé d'une jalousie mêlée à un profond dégoût. Alors-même que lui avait couché avec Théodore, avec Jédusor, il avait du mal à admettre qu'Harry ait put avoir une vie sexuelle et à fortiori de couple hors de lui.
- Oui, confessa-t-il à regret. Mais elle ne sera jamais aussi importante que toi !
La confession étonna Harry lui-même. Pourtant il ne regretta aucunement ses paroles.
- Bien sûr…
Harry enfila son boxer et approcha de Drago. Avec une certaine délicatesse, il se pencha tout sur lui pour l'intimer d'allumer sa cigarette de la sienne.
- Depuis quand tu fumes, Potter ?
- Depuis que tu es parti… Je voulais avoir le goût de ton tabac dans la bouche.
Ils se regardèrent dans les yeux. Harry lui passa quelques doigts dans les cheveux.
- J'arrive pas à croire que tu sois vraiment là. T'es si beau. T'es un vrai ange.
Drago dégagea légèrement sa tête de son toucher.
- Un ange est une chose morte.
- Arrête.
- Je dis la vérité. Je suis un souvenir pour toi. T'es en couple, t'as refait ta vie.
- Je n'ai fait que penser à toi. Blaise en est témoin et… Hermione, c'est ça qui te dérange, c'est elle ? Je la quitte quand tu veux.
- Oh pitié, écarte-toi, laisse-moi respirer.
Drago le poussa d'une main légère. Harry se redressa et fit quelques pas en respirant plusieurs fois.
- Tu fais encore de la moto ? éluda-t-il à son tour. Je suis sûr de t'avoir vu… Sur une moto noire, en ville.
- Hum, hum. Oui.
- T'es incroyable, tu sais ? J'veux dire… J'admire ça chez toi.
- Quoi donc ?
- Tu as toujours adoré la moto et je sais pas… Je ne sais pas ce que tu as fait ces cinq ans, mais tu es encore sur une moto. T'es incroyable.
Un mince sourire anime les traits de Drago. Il tira sur sa cigarette, longuement.
- Je te l'ai dit à plusieurs reprises, je crois. Tant que je suis sur une moto, c'est impossible pour moi de mourir. C'est comme ça.
Ils se sourirent tous les deux.
- Moi… Je ne peux plus trop en faire de la moto. Depuis l'accident, j'ai beaucoup de douleurs. Dans le dos, dans la cuisse. J'ai régulièrement des séances de kiné.
- Tu cherches ma pitié en disant cela ? Tu l'as cherché ton malheur, remarqua Drago sans tact.
- Tu pourrais au moins admettre que tu m'y as un peu poussé.
- Hum…
Ils se turent de nouveau.
Ils passèrent un moment sans se parler, à juste fumer et se contempler, pour graver l'un comme l'autre l'image de leurs corps après cinq ans sans s'être vus.
Le téléphone de Drago vibra finalement et il se leva pour aller le chercher. Il consulta le message et fit rouler ses épaules.
- Il faut que j'y aille.
- Quoi ? Déjà ?
Drago haussa les épaules et enfila déjà son t-shirt. Il prendrait le temps de se doucher plus tard, pensa-t-il.
- Hé Drago, attends, réponds au moins. Tu as un numéro ? On va se revoir, hein ? Je te laisse pas partir sinon.
Harry vint l'attraper par le bras et l'accula contre le mur. Drago remarqua encore une fois la violence dans ses gestes. Il le voulait, le désirait tout en essayant de l'écraser de sa présence.
- On peut se revoir oui… Je vais te donner mon numéro, mais lâche-moi bon sang.
Il repoussa Harry et remit bien en place son t-shirt et ses cheveux au passage. Il dicta son numéro et souffla fort.
- Demain soir, ici ? Dans cette chambre, vers minuit… Je serai libre. On continua de discuter de… De tout ça, je suppose.
- Tu me manques déjà. Qu'est-ce que je t'aime putain.
- Ouai, c'est ça. Faut que j'y aille.
Drago prit le reste de ses affaires et s'en alla, ne laissant pas le temps à Harry de lui donner un baiser ou d'avoir une dernière approche. Il le laissa seul, au milieu de cette chambre défaite. Et pourtant, loin d'être triste, Harry se sentit euphorique.
. . .
De l'euphorie peut naître la peine…
Les émotions en vracs de retrouver son premier amour, de croire en un renouveau entre eux puis de contempler ce bonheur lui être volé par les mauvais choix d'Hermione.
Mais Blaise en bonne fée parvint à lui dégoter une moto à cinq heures du matin, usant de stratagème que seul un peu de renommé et d'argent sont capables de débloquer.
Harry abandonna la suite dans laquelle ils logeaient, Blaise, Ron et Hermione sur ses talons.
Ils allèrent tous au pied de l'hôtel pour retrouver un type au regard encore ensommeillé qui se tenait près d'une moto. Blaise paya en liquide en grommelant qu'il était bien sympa de faire ça, mais qu'Harry aurait tout intérêt à lui rembourser. Ce dernier ne l'écouta pas, arrachant des mains du bonhomme le casque qu'il enfila.
- Je vais retrouver Drago, dit-il à ses amis. J'vais le sauver de la merde que tu as créé, Hermione !
- Je voulais pas… Mais… C'était peut-être la meilleure chose à faire, bredouilla-t-elle.
- Tais-toi ! Tu n'avais aucun droit de faire ça. Tu le mérites pas, t'entends ? Tu mérites même pas qu'il t'ait consacré de son temps. Tu… tu n'avais pas le droit de le détruire comme ça.
Il grimpa sur la moto, alors que Ron posait une main sur l'épaule d'Hermione.
- Il est sous le coup de l'émotion, l'écoute pas trop, Hermione, la rassura-t-il.
Blaise croisa les bras et la regarda à son tour, après s'être détaché de la pétarade de la moto qu'Harry avait démarré pour mieux filer à toute allure.
- Ron, tu ne ferais mieux de ne pas commenter une telle situation. Tu ne sais pas quel cataclysme Hermione a déclenché. J'espère vraiment que tu n'as pas créé une situation irrémédiable.
- Oh allons Blaise, c'est un peu exagéré, t'abuses, osa Ron avec légèreté.
- Tu ne comprends pas Ron… C'est la seconde fois que ce garçon est condamné par le choix d'un tiers… Franchement, je ne comprends pas pourquoi vous refuser de le laisser… Je ne comprends pas.
- Je ne lui voulais aucun mal, contra Hermione la voix chevrotante. Enfin… Je voulais juste… Juste mettre un point final à tout ce drama !
- Hum. Un drama hein ? Tu vas l'avoir ton final en tout cas.
Blais sortit ses cigarettes et quitta le parvis de l'hôtel. Le regard de Ron alla d'Hermione à Blaise, puis il amorça un pas vers lui. Il osa un regard vers Hermione qui lui envoya un pâle sourire.
- Vous m'abandonnez tous, hein… C'est vraiment pas drôle d'être votre bouche trou.
- Hermione, je…
- T'embête pas en pardon. On ne se connait même pas, Ron. Moi je ne connais aucun d'entre vous.
Elle se détourna et serra ses bras autour d'elle, avant de retourner à l'hôtel.
Ron s'ébouriffa les cheveux d'une main et rattrapa Blaise qui, étonnamment, l'attendait.
- Tu mérites des claques tu sais ? Pour t'être mêlé d'une telle affaire, remarqua Blaise. Pourquoi tu as fait ça ? J'espère que le cachet que tu vas empocher en vaut le coup…
- Non. Enfin, ce n'est pas pour l'argent tout ça, souffla-t-il.
- Hum ? Alors explique ?
Ron n'osa pas s'exprimer de suite, mais son regard descendit lentement sur Blaise. Moins guindé qu'à son habitude, il avait un pantalon léger et une paire de claquettes. Son visage était brouillé du manque de sommeil, alors qu'il tirait fiévreusement sur sa cigarette. Un geste qui en disait beaucoup sur la nervosité que Blaise essayait de contenir en lui.
- J'crois que… Je voulais t'impressionner.
- Pardon ?
- J'en sais rien dans le fond, se morfondit Ron. C'est totalement stupide, mais je me disais qu'en faisant un truc fou comme ça, tu me regarderais.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? J'ai pas l'air de te tourner autour depuis deux semaines, déjà ? Tu pouvais pas simplement venir dans mon lit, au lieu de ça ?
Il parla en faisant un grand geste de la main. Pris en faute, Ron baissa les yeux.
- Tu me regardes comme une proie à ajouter à un tableau de chasse. Je voulais avoir l'air d'être plus qu'un nom sur ta liste.
- Tu imagines bien que tu t'es foiré, là, non ?
- Oui. oui, totalement.
Il eut un rire nerveux et se passa les deux mains sur le visage, avant de reprendre :
- Je suis désolé Blaise. Enfin, je crois.. Enfin j'en sais rien. Je ne sais même pas qui est ce type qui vous obsède autant, mais j'ai l'impression qu'il m'a permit d'aller au-delà de ta façade, non ?
- Tu n'avais pas besoin de ça, Ron. Vraiment pas.
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise d'autre ? De toute manière, ce qui est fait est fait…
Blaise opina de la tête et regarda au-delà d'eux, la ville qui doucement se réveillait.
Qui sait, se demanda-t-il, s'il ne valait pas mieux se confronter une bonne fois pour toute au fantôme de Drago, pour passer à autre chose. Il regretta juste de n'avoir pu lui parler qu'une fois depuis ces deux semaines. Si au moins… Il pouvait le revoir une dernière fois pour lui dire qu'il aimerait bien boire un coup dans un bar avec lui, comme jamais ils n'avaient pu le faire.
En attendant, il posa une main sur l'épaule de Ron.
- Allez viens, on va trouver un café… Je suis sûr qu'il y en a déjà un d'ouvert pour les gens qui commencent tôt.
- Ou ceux qui ne dorment pas, hein.
- Oui… Oui aussi Ron. Un café pour ceux qui ne trouvent pas le sommeil.
Ron lui donna une gentille tape dans le dos en retour, puis fourra les mains dans les poches de son pantalon.
