Moi : Salutations ! Ca faisait depuis décembre, cette fic commençait à me manquer n_n
Kyoya : Ouais bah bizarrement, moi je me portais très bien !
Moi : Eh franchement, je vois pas pourquoi tu râles autant alors que je t'ai rien fait dans la fic ! T'es juste là c'est bon, il t'est rien arrivé que je sache ! T'as même pas de ship !
Kyoya : Avec toi je me méfie ! Un jour j'arriverai à te voler ton carnet pour voir ce que ton cerveau de folle a imaginé, tu verras !
Gingka : Mec sur ça t'as aucune chance, crois-moi que j'ai essayé ! Ses carnets c'est chasse gardée, c'est juste impossible de lui piquer...
Kyoya : C'est ce qu'on verra.
Chris : Ouais enfin vous râlez mais en attendant, c'est pas sur vous que se porte la majorité du chapitre hein !
Moi : Chuuut, spoile pas ! Laissons les lecteurs découvrir n_n
Chris : Oops, pardon !
Ryuga : Bon, on agrège ?
Moi : Quelle bande d'impatients ! Mais allez, je vous laisse tous profiter de ce ma foi long chapitre de retour !
Gingka : Où il se passe plein de trucs cette fois !
Moi : Comme promis, héhé ! Bonne lecture ~
— Attention la branche !
Cet avertissement de Hyoma jaillit juste à temps pour avertir Bao ; malheureusement pour lui, Aguma n'eut pas la même chance et les feuilles fouettèrent son visage. Pendant que Gingka s'amusait avec gentillesse de cette scène, Kyoya analysait leur environnement. Ils marchaient depuis moins d'une demi-heure et pourtant, il avait l'impression que le décor s'était transformé. Les arbres se serraient davantage à chaque mètre qu'ils parcourraient, avec pour résultat que la lumière filtrait de moins en moins à travers leurs épais feuillages. Ils y voyaient comme au crépuscule alors que la matinée n'avait pas encore tiré sa révérence.
— Kyoya, ça va ? T'as l'air pensif.
Bao rattrapa le bladeur légendaire du printemps pour lui poser cette question inquiète. Leurs pérégrinations n'amenaient à rien pour le moment, pourtant Kyoya n'était pas le seul à demeurer sur ses gardes. L'adepte du Poing de Beylin avait également remarqué le changement naturel, sans pour autant le juger assez alarmant pour le transmettre aux autres. La paranoïa les hantait déjà suffisamment, inutile d'en rajouter plus que nécessaire…
— C'est cette atmosphère, j'l'aime pas, lui répondit son interlocuteur. J'ai l'impression qu'un ennemi va nous tomber sur la gueule d'une seconde à l'autre.
Il aurait tout aussi bien pu prononcer une formule magique d'invocation.
Des bruits de course se firent entendre sur le côté, semblables à ceux que feraient une personne pour qui les feuilles mortes crissaient sous ses pas accélérés. Le quintet se rassemblait à peine, sur leurs gardes, qu'une aura sombre enveloppa soudain les environs, les plongeant dans une obscurité factice.
— C'est quoi ce bordel ? s'étonna Aguma. Qui est là ?
— Moi…
Une voix basse lui répondit, si faible que Hyoma et Gingka, les plus éloignés de son origine, ne l'entendirent pas. Aussi, lorsqu'une silhouette émergea des bois, ils sursautèrent, ne s'y attendant pas. Kyoya fronça les sourcils ; à lui, il ne fallut pas plus d'une seconde pour reconnaître l'acolyte de Lance… Dont ils ne connaissaient pas le prénom, maintenant qu'il y pensait. Pas que ce soit une donnée importante : dans le meilleur des cas, elle servirait à mieux diriger les insultes à son égard.
— Je suis Alistair…, se présenta l'intrus, comme s'il lisait dans les pensées du bladeur de Leone. Je suis le serviteur personnel de Maître Lance…
Il s'exprimait avec un timbre privé de toutes ses émotions, à l'image d'une intelligence artificielle récitant un texte préprogrammé. Quelque part, cette façon de parler s'accordait avec ses cheveux qui dissimulaient la moitié de son visage pâle et son kimono bien trop large pour lui, si bien que l'on pouvait se demander par quel miracle il ne tombait pas. Tout chez cet être donnait l'impression de ne pas être à sa place, qu'il aurait préféré se terrer plutôt que de les confronter.
Kyoya fronça les sourcils. C'était vraiment ça, tout ce que Lance avait trouvé pour le servir ? Au moins Lucina avait un peu de gueule, elle.
— Et t'es venu pour nous combattre ou pour retourner courir dans les jupes de ta mère ? le railla t-il, nullement impressionné.
— Vous feriez mieux… de pas me sous-estimer, articula Alistair, la main resserrée autour d'un lanceur sorti d'ils ne savaient où.
— Tu vas vraiment te battre contre nous cinq ? questionna Hyoma, un sourire confiant aux lèvres. Tu penses avoir une chance ?
Leur groupe se composait de trois bladeurs légendaires, après tout ! Et même s'ils n'en étaient pas, ce serait une erreur de penser que Bao et lui ne représentaient aucune menace dans un combat. La capacité de Lucina qui lui permettait de tenir un long combat contre un grand nombre d'adversaires lui était unique ; sans elle, cet Alistair ne ferait pas long feu.
Ou du moins, dans des conditions ordinaires. Car, malgré sa confiance, Hyoma n'oubliait pas que leurs ennemis divins avaient plus d'un tour dans leur sac.
— Vous verrez bien, éluda le serviteur maléfique. Maintenant, battez-vous…
— On fait quoi ? chuchota Bao. On est là pour les gosses, pas pour se battre ! C'est sûrement un piège…
— Justement, c'est le meilleur moment pour se battre, lui répondit Aguma sur le même ton. Les dieux n'ont pas encore moyen de se battre, c'est maintenant ou jamais !
— Et puis pas question de se dégonfler ! lança Kyoya en armant son lanceur.
Gingka approuva d'un vive « Tu l'as dit ! » qui amusa Hyoma. Une fois ses cinq adversaires en place, Alistair recula d'un pas, pour laisser suffisamment d'espace au combat. L'absence de stadium ne dérangeait pas ; il ne s'agissait d'une première pour personne, et de toute façon le sol n'avait pas assez d'irrégularités pour que ce soit un obstacle particulier.
Pendant qu'il accrochait Pégasus à son lanceur, Gingka jeta un coup d'œil à la toupie d'Alistair et fut surpris de découvrir sa forme. Noire, parsemée de motifs jaunes qu'il ne parvenait pas à identifier à cette distance, son facteur surprise reposait surtout dans sa taille. La légende vivante ne se souvenait pas d'avoir déjà aperçu une toupie aussi petite ; elle devait bien faire plusieurs millimètres de moins que les leurs.
Comment comptaient-ils les attaquer avec ça ? Cette toupie volerait en éclats à la moindre collision !
— Préparez-vous ! tonna Alistair, le coupant court dans ses réflexions.
Et c'était lui, où son expression faciale avait radicalement changé ? D'effacée, elle devenait concentrée et surtout, plongée dans une ombre surnaturelle. Peut-être qu'il ne les avait pas prévenus d'éviter de le sous-estimer pour rien…
— Hyper vitesse ! propulsèrent-ils tous en chœur.
Les six toupies tombèrent toutes dans le même coin ; si les leurs restèrent groupées, celle d'Alistair fila à toute vitesse dans un arc de cercle parfait. Bon, au moins, elle ne tournait pas vers la gauche, voilà une potentielle difficulté en moins à gérer.
Elle entamait tout juste son premier virage qu'un éclat dans le regard de l'ennemi changea. La profonde obsidienne de ses pupilles s'illumina d'une lueur rougeâtre tandis qu'il aboyait :
— A toi de jouer, Thunderbolt Indra !
La dénommée Indra pila pour partir en un angle droit optimal, si rapidement qu'aucune toupie ne parvint à la rattraper à temps. L'adversaire réitéra cette manipulation deux fois ; le temps que Leone passe à l'attaque la première et lui fonce dessus, elle avait formé un triangle dont les traits de construction brillaient déjà d'or. Alistair frappa ses paumes l'une contre l'autre et cria :
— Énergie de Thanatos ! Noirceur Inéluctable !
— Pas si vite ! intervint Aguma.
Bien mal lui en prit ; la tentative d'intervention de Kronos se résultat par un échec. Dès que la toupie de Saturne frôla Indra, un puissant éclair jaillit du ciel et s'abattit sur elle. Elle ne s'arrête pas de tourner pour autant, mais vacilla, et la détonation résonna si fort aux oreilles des alliés qu'ils les couvrirent par réflexe.
— Si vous vouliez vous échapper, c'est trop tard ! s'exclama Alistair.
Des parois d'énergie jaune se formèrent à la base du triangle. Dès qu'elles commencèrent à former des murs solides, Gingka envoya Pégasus prendre de l'élan pour s'en échapper ; malheureusement, même les ailes du pégase ne battirent pas assez vite pour empêcher la prison de se refermer sur lui. Kyoya et Aguma s'allièrent pour tenter de forcer le passage, soutenus par Bao et Hyoma qui surveillaient Indra, en vain. Les trois murs se rejoignirent et ne formèrent plus qu'un ; dès qu'ils se touchèrent, ils virèrent du jaune au noir et un pilier de lumière s'en dégagea pour pointer vers les plus hautes destinations célestes.
— On peut savoir ce que tu fiches ? s'énerva Bao. Je croyais que tu voulais nous combattre !
— C'est ce que je fais, rétorqua Alistair, ses cheveux volant sous la pression de l'énergie qu'il dégageait. Je n'ai jamais prétendu que je le ferai durer. Ne me prenez pas pour Lucina !
— Espèce de… !
Le bladeur de Hadès Crown ne compléta jamais son insulte. Avant cela, Alistair brandit la paume vers le ciel et au même instant, deux autres piliers de lumière identiques au sien jaillirent du néant. L'énergie qui émanaient d'eux pulsa à plusieurs reprises, agitant leur environnement et accélérant les rythmes cardiaques des cinq alliés. Ces pouvoirs leur étaient familiers ; il ne leur fallut qu'une pulsation supplémentaire et un soupçon de logique pour comprendre ce qui se déroulait sous leurs yeux.
— Les deux autres piliers, c'est Pluto et Lucina ! avertit Aguma.
— Bien vu, le complimenta Alistair avec ironie. Maintenant, vous allez goûter au résultat de nos trois pouvoirs réunis.
Sur ces mots fatidiques, il ferma le poing. Alors un dôme d'énergie d'un noir pur se déploya au dessus de leurs têtes et le monde plongea dans l'obscurité.
Quand Hyoma rouvrit les yeux, alors qu'il ne se souvenait pas s'être endormi, le monde avait radicalement changé.
Le lancement présent dans ses muscles lui arrachèrent une grimace lorsqu'il se redressa ; ses propres jambes tanguèrent, l'obligeant à tendre les bras pour conserver son équilibre une fois debout. Quand il s'assura qu'il pouvait se déplacer sans que son corps ne le lâche au passage, le bladeur d'Aries leva la tête… Et l'environnement qu'il découvrit ne partageait aucun point commun avec celui dans lequel il se trouvait à l'origine.
Envolée, la forêt crépusculaire du Royaume Perdu. Autour de lui ne s'étirait que la sécheresse d'une terre craquelée et poussiéreuse, qui n'avait pas connu d'eau depuis une éternité. Un ciel obscur remplaçait la couleur céruléenne de l'horizon matinal ; d'ailleurs, peu importait où il posait les yeux, Hyoma ne percevait plus la moindre couleur. S'il ne ressentait pas toutes ses sensations corporelles à leur paroxysme, il aurait pu théoriser de rêver, tant le décor ressemblait davantage à une photo retouchée avec un filtre de noir et de blanc qu'à la réalité. Seul le gris tirait son épingle du jeu, dominant. Le coupable de cette monochromie brûlait dans le ciel : un Soleil noir, qui y trônait fièrement comme s'il s'y était toujours trouvé.
— Qu'est-ce qui se passe, se murmura t-il pour lui-même.
Les derniers souvenirs qu'il gardait avant son évanouissement montraient le début de leur affrontement contre Alistair. Ils avaient à peine pu réagir que l'agent des divinités destructrices avait employé un étrange coup spécial pour former un dôme jaune, devenu noir… Un noir qui s'était propagé à leur champ de vision. Combien de temps s'était-il écoulé depuis cet événement ? Où se trouvait-il ? Et surtout, où étaient passés ses amis ?
— Gingka ? appela t-il dans le néant.
Sa voix résonna avec un écho, témoin du vide aux alentours.
— Kyoya ? Bao ? Aguma ?
Aucune réponse.
A quoi s'attendait-il, de toute façon ? Si ses amis se trouvaient dans les parages, il les verrait forcément ; il n'y avait rien à des kilomètres aux alentours. D'ailleurs, l'île n'était pas si grande en temps normal, si… ? A ce stade, Hyoma ne comptait plus les anomalies. Alors qu'il plissait les yeux, à la recherche du moindre signe de vie, une lumière blanche attira son attention, un point clignotant au loin. A présent qu'il s'y focalisait, il pouvait percevoir la silhouette d'un bâtiment. La distance l'empêchait d'en distinguer la forme, mais… C'était la seule piste dont il disposait à l'heure actuelle.
Chacun de ses pas lui paraissait peser une tonne, au point qu'il finit par se demander si la gravité avait augmenté, dans cet étrange espace. Très vite, la fraîcheur ambiante devint du véritable froid, au point qu'il se frotta les bras pour essayer de se maintenir un minimum au chaud. Hyoma déglutit à plusieurs reprises, définitivement mal à l'aise vis-à-vis de cette situation. Il n'avait pas besoin de réfléchir des heures pour comprendre que le coup spécial d'Alistair créait tout ceci. Avait-il pénétré dans une illusion contre son gré ? Si oui, quel type ? Et comment en sortir ? Tant de questions à laquelle il n'avait aucun moyen de trouver des réponses pour le moment.
Aussi, il avança. Sa priorité était de retrouver les autres pour qu'ils se rassemblent. Ils fonctionnaient ainsi, personne n'opérait seul dans son coin pour l'éternité. Leur force se puisait dans leur collectif impeccable, et de plus… Hyoma ne se faisait aucune illusion. Si n'importe lequel des serviteurs du mal se pointait et l'attaquait, il ne ferait pas le poids.
En effet, tu es impuissant.
Une voix glaciale murmura ces mots au sein même de son esprit, faisant sursauter le jeune homme. Lorsqu'il sentit un frôlement au niveau de ses épaules, comme si des doigts s'amusaient à l'attraper, tels des serres capturant leur proie, il resserra les pans de son manteau autour de lui et accéléra.
C'est ça, accélère, va retrouver tes chers amis.
Mais si tu les retrouves, crois-moi que tu désireras avoir choisi de rester dans l'ignorance.
Le cœur de Chris battait la chamade avec tant de vigueur qu'il redoutait que les ombres l'entendent. Ses réflexes athlétiques d'ancien mercenaire lui avaient permis de se cacher dans une interstice juste avant qu'elles ne jaillissent dans le couloir, dans leur simulacre de marche militaire. Depuis son réveil dans cet étrange bâtiment, l'élu de l'hiver déambulait à la recherche de la moindre forme de vie. Si techniquement, ces créatures accomplissaient son objectif, il n'était pas idiot au point de croire que ces choses ne l'attaqueraient pas dès qu'elles l'apercevraient. Il ignorait où Lucina les avait téléportés, mais il la retrouverait et lui ferait payer !
Cette femme était une véritable plaie ! Alors qu'il arpentait la plage avec Madoka, Tithi, Yu et Dynamis, à la recherche des adolescents enlevés, cette peste avait jailli de nulle part pour les agresser sans offrir la moindre chance à la discussion. Madoka s'était reculée pour les laisser combattre, mais ils avaient à peine propulsé leurs toupies que la nymphe avait lancé un drôle de coup spécial, et à présent, le voici isolé, dans une ambiance inconnue. Au moins, il avait toujours Orion à ses côtés, accrochée en sécurité à sa ceinture de bladeur.
Chris agit dès que le cortège des ombres se dissipa. Ces créatures humanoïdes, semblables à des êtres humains que l'on aurait recouverts d'obscurité, ne lui inspiraient guère confiance. Elles se déplaçaient comme des personnes ordinaires, sauf qu'aucune personne ordinaire ne se composait que de noir, sans ni visage, ni cheveux, ni habits, ni rien du tout ! Seulement un corps qui bougeait de manière mécanique, fonctionnelle, sans âme. Voir de telles bizarreries l'aurait choqué des années auparavant ; aujourd'hui, après avoir affronté un dieu et vécu d'autres aventures improbables ces dernières quarante-huit heures, il n'était plus à ça près.
Cependant, sa chance ne se montra pas aussi clémente que sa compréhension. A la seconde où il tourna pour emprunter un autre couloir, toujours en courant, une ombre émergea de la pénombre ambiante juste sous son nez.
— Maître Chris ! s'exclama t-elle d'une voix désarticulée.
Le dénommé trébucha et manqua de s'écraser par terre sans la moindre élégance, ce qui devint la dernière de ses priorités lorsque le sens des mots qu'elle venait de prononcer parvint jusqu'à son cerveau.
Comment ça « Maître ? »
— Nous vous cherchions, Maître Chris ! répéta t-elle dans le plus grand des calmes. Madame vous attend pour l'interrogatoire ! Ça ne vous ressemble pas d'oublier…
Chris cligna des yeux, éberlué. En cas de rencontre avec l'une de ces créatures, il se préparait à se battre, avec ses poings si nécessaire ! Or, l'ombre ne dégageait aucune hostilité, au contraire. Son absence de visage ne l'empêchait pas de saisir qu'elle l'observait, dans l'attente docile d'une réponse. Là, il avait beau réfléchir, il ne comprenait pas. Pourquoi diable le considérait-elle comme son chef ? D'accord, il avait d'abord accepté de se mettre au service des forces du mal avant que Gingka ne le ramène dans le camp du bien, mais le mal ne pouvait pas confondre les époques, tout de même ! Puis à ce moment-là, il n'avait aucun rôle qui méritait que l'on l'appelle « maître »…
Respire, Chris, s'ordonna t-il. Ta priorité, c'est de comprendre ce qui se passe et de retrouver tout le monde.
Et pour ça, la solution la plus intelligente qu'il voyait pour le moment, c'était de jouer le jeu. Surtout que s'il attendait trop, l'ombre finirait par se douter qu'il n'était pas celui qu'elle croyait.
— Tu penses vraiment que j'aurais oublié ? répliqua t-il. J'avais autre chose à faire, c'est tout. Maintenant, mène-moi à Madame.
— Oh, oui, bien sûr ! Suivez-moi, je vous en prie.
Elle se retourna et lui fit signe de lui emboîter le pas, ce à quoi il obtempéra. Son soupir de soulagement osa s'échapper de sa bouche dès qu'il eut la certitude qu'elle ne le remarquerait pas. Son coup de bluff avait fonctionné, toutefois ça n'inaugurait rien de bon. A chaque seconde qui se perdait dans les limbes du temps, son estomac se contractait davantage, au point qu'il s'étonnait de ne pas encore avoir le cœur au bord des lèvres. L'atmosphère grisâtre le pesait autant que la situation, le froid mordait sa peau et il nageait dans la confusion la plus extrême. Son seul espoir actuel était soit de croiser l'un de ses amis en route, soit que la rencontre avec cette « Madame » lui permette d'obtenir des explications. En espérant qu'il ne s'agissait pas de Destra !
L'ombre le guida dans les couloirs, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent dans une cour extérieure. Le bâtiment se révéla être une sorte de château d'un style architectural si ancien que le jeune homme ne parvenait pas à l'identifier. Ce qui l'interpella le plus fut cependant la musique dont les notes enveloppaient l'extérieur : plutôt douce, une voix chantait dans une langue qu'il ne parlait pas. Les sonorités n'agressaient pas son oreille, mais une étonnante ressemblance entre elles les rendaient entêtantes et vite bourdonnantes, rendant sa tête lourde.
— Cette musique…, ne put-il s'empêcher de commenter, la bouche tordue en une grimace.
— Oh, vous parlez du chant d'Eris ? pépia l'ombre, toute joyeuse. Elle chante tous les matins, c'est l'un des lieux où on peut l'entendre le mieux ! N'est-ce pas sublime ?
— Ouais, magnifique…
En vérité, il mentirait en prétendant que cette mélodie ne présentait aucune qualité esthétique ; sans cette étrange sensation avec laquelle elle s'assaillait, il aurait pu bien l'aimer. Il n'était de toute façon par ici pour écouter de la musique, surtout si elle provenait de Destra ! Cette donnée d'ailleurs l'étonnait : le timbre portant ces mots ne ressemblait en rien à celui de la déesse. Qui plus est, Chris se souvenait qu'elle honnissait que l'on la désigne par le nom « Eris ». Alors pourquoi une ombre visiblement dévouée à elle le faisait-elle ? Ça n'avait aucun sens !
Ignorante des pensées qui tiraillaient son « Maître », la créature l'emmena dans un autre bâtiment, jusqu'enfin s'arrêter devant une porte alourdie d'un imposant verrou et d'une chaîne battant contre le bois. Elle se retourna vers lui, dans l'expectative évidente de quelque chose. La gorge de Chris se noua. Elle n'attendait tout de même pas qu'il ouvre une porte visiblement close… Si ? Il doutait qu'elle apprécie qu'il la défonce à l'aide d'Orion !
— Comment je suis censé ouvrir ça ? finit-il par oser.
— Comme toujours, Maître Chris ! répondit-elle avec surprise. La porte vous reconnaîtra, c'est la même chose pour toutes…
— Bien. Je vérifiais simplement que tu te tenais informée.
— Oh ! C'est très intelligent de votre part !
Chris se retint de justesse de lever les yeux au ciel. Ces ombres ne possédaient pas une intelligence bien développée, pour gober un mensonge aussi usé jusqu'à la corde que celui-ci… A moins qu'il n'ait eu de la chance et soit tombé sur un spécimen particulièrement stupide.
Il suivit donc son instinct et se contenta de poser sa main sur la poignée. Le contact de sa peau avec le bois créa une lumière qui parcourut toute la porte avant qu'un petit « clic » ne se fisse entendre. L'instant d'après, le battant s'ouvrait dans un grincement lugubre ; le cliquetis de la chaîne en particulier lui donna des sueurs froides. Chris se retourna vers l'ombre par réflexe, pour découvrir qu'elle avait filé à l'anglaise.
— Super, marmonna t-il.
Plus d'excuse pour reculer maintenant, Chris, s'encouragea t-il. L'ancien mercenaire ne se considérait pas comme un lâche, cependant… Sa nausée continuait de s'amplifier avec son mal-être et il ne s'étonnerait pas de découvrir que ses jambes tremblaient. Il se savait capable de gérer tout type de situation, mais comment trouver un plan alors qu'il ne comprenait rien de ce qu'il se passait ? L'inconnu, le facteur le plus propice à accentuer sa peur, le hantait. Il ne lui restait plus que son espoir que des réponses se cachaient derrière cette porte.
Toute l'appréhension du monde n'aurait pu le préparer à ce qu'il découvrit dans la pièce.
Des silhouettes recroquevillées contre le sol, toutes plus amochées les unes que les autres. Des traces de sang séché le marquaient, la première couleur que Chris voyait depuis ce qui lui paraissait une éternité. Les déchirures de leurs vêtements montraient suffisamment de peau pour que les blessures évidentes qui les recouvraient deviennent apparentes. Des bleus, des coupures, voire des angles anormaux dont la vision faisait chuter la température corporelle d'un bladeur légendaire dont le froid aurait dû être symbole d'espoir, lien à la saison dont il tirait sa puissance. Or à cet instant, il n'évoquait qu'une peur sourde de comprendre ce qu'il avait sous les yeux.
Car ces silhouettes, ils les connaissaient. C'étaient celles de ses amis.
— Les gars ! s'écria t-il.
Il se précipita vers la personne la plus proche de lui, Gingka. Il glissa ses mains sous le corps de son ami pour l'aider à se rasseoir ; il ne put retenir un soupir de soulagement en le sentant se crisper sous ses manipulations. Il ne croyait pas vraiment qu'ils étaient morts, mais… Les voir dans cet état, après leur séparation soudaine… Il n'avait pas pu freiner la progression du doute dans son cœur.
Des égratignures inondaient le visage de la légende vivante, dont les yeux à moitié clos peinaient à demeurer ouverts. Un gémissement de douleur jaillit de sa bouche alors que tous ses muscles se tendaient. Sa jambe droite pendait d'une telle manière que Chris jugea préférable de ne pas y attarder son regard.
Bon sang, pourquoi ses amis étaient-ils aussi blessés ? Et combien de temps s'était-il écoulé avant qu'il se réveille ? Ils ne pouvaient pas avoir subi autant de dégâts en un si court laps de temps !
— Eh, mon pote, qu'est-ce qui s'est passé ? Tu m'entends ? s'inquiéta t-il.
— C-Chris… ?
— Ouais t'inquiète c'est moi ! Je vais vous sortir de là, attends…
— P… Pourquoi ?
Cette question figea Chris dans son élan ; lui qui s'apprêtait à aider Gingka à s'appuyer sur lui pour le sortir de la pièce… Son ami le regardait avec de la surprise colorant ses yeux noisette, voire du choc ? C'était sûrement juste parce qu'il ne s'attendait pas à ce qu'il lui vienne en aide après que leurs ennemis les aient torturés, parce qu'il le croyait capturé aussi, ou un scénario similaire. Malgré ces théories probables, l'élu de l'hiver n'aima pas la manière dont son homologue de l'automne tenta de se dégager de sa prise.
— Pourquoi tu nous as fait ça… ? articula t-il.
— Q-Quoi ? De quoi tu parles ?
— N'est-ce pas évident ?
Les deux amis sursautèrent à l'entente de la voix féminine qui résonna derrière eux. Chris pesta tout bas : dans sa surprise d'avoir vu ses camarades dans un tel état, il avait oublié la « Madame » mentionnée par l'ombre ! Il reposa délicatement Gingka et se tourna vers la femme apparue… Et si ce n'était pas Destra, Chris serra tout de même les dents.
Lucina lui souriait ; toutefois elle semblait différente de celle qu'il avait affrontée plus tôt. Un carré bouclé remplaçait sa longue chevelure habituelle et elle avait également troqué sa blouse scientifique contre une combinaison violette. Les traits de son visage ne différaient pas, pourtant l'espace d'une seconde, Chris eut l'impression d'avoir affaire à une version de la nymphe plus âgée de quelques années.
— Voyons Chris, je sais que tu es capable de beaucoup de malice, mais quand même, faire le gentil après tout ce que tu leur as fait… Tu peux pas t'étonner qu'il n'y croit pas, rigola t-elle en haussant les épaules.
— Comment ça, ce que je leur ai fait ?
Chris se releva, son sang battant dans ses tempes. Il avait une vague idée de ce qu'elle sous-entendait, mais il refusait d'y croire. Ce n'était juste pas possible !
— Bah, la trahison, enfin ! répondit Lucina. Les ombres m'avaient bien dit que tu paraissais un peu à côté de tes pompes ce matin, mais je m'imaginais pas que c'était autant ! Tu t'es cogné la tête ou quoi ? s'amusa t-elle.
Donc, s'il résumait bien sa situation, Chris se réveillait dans un monde inconnu, plongé dans l'obscurité, dans lequel ses amis agonisaient et à présent, Lucina débarquait et le traitait comme son ami, en plus de l'accuser d'avoir commis ces atrocités ! Ses cauchemars n'auraient su écrire de scénario plus alambiqué et surtout, plus glaçant. Son cerveau rejetait en bloc ne serait-ce que la possibilité qu'elle dise la vérité, parce qu'il savait que ce n'était pas le cas, sinon il s'en souviendrait ! A tous les coups, elle l'avait téléporté dans un monde illusoire pour le heurter mentalement. Voilà, c'était la seule explication logique. Rien de tout ceci ne provenait de la réalité.
— Fallait venir me voir si t'as un trou de mémoire, poursuivit son ennemie, souriante. Je ne sais pas que soigner les maux du corps, tu sais !
— Tu mens, protesta t-il.
— Enfin, je sais quand même de quoi je suis capable… T'es vexant !
— Mais non pas sur ça, je m'en fiche de tes soins ! Je parle d'eux ! précisa t-il en désignant ses amis du bras. Tu sais très bien que c'est pas moi qui ai fait ça, j'en aurais été incapable !
— Ah ouais, c'est pas qu'une petite amnésie que tu nous fais, diagnostiqua t-elle sur son insupportable ton médical. T'as vraiment oublié ces sept dernières années ?
— Essaie pas de me faire croire que ça fait sept ans, je te croirai pas. Tu nous a piégés dans ton coup spécial chelou y'a moins d'une heure, j'en suis certain.
Tout ça n'est pas réel, se répéta t-il. Tout ça n'est pas réel. Les talons de Lucina claquèrent contre le sol quand elle s'approcha de Chris.
— Mon pauvre, lamenta t-elle. Ne t'en fais pas, je vais t'aider à te souvenir.
Et avant qu'il puisse bouger, elle leva la main et posa deux doigts sur le front du mercenaire. Aussitôt, ce dernier eut l'impression qu'une perceuse venait de lui perforer le crâne : une douleur violente explosa sans prévenir, si forte que ses jambes ployèrent sous son poids. Il ne fallut qu'une seconde à la souffrance pour se propager dans tout le reste de son corps, devenu faible et tremblant. Son rythme cardiaque et son souffle accéléraient, ses muscles se tendaient tant qu'ils lui paraissaient menacer d'exploser et sa tête s'alourdissait !
Alors la première image jaillit. Le Royaume Perdu de Némésis, à l'instant précis où celui-ci ressurgissait des abysses pour les affronter à nouveau, alors qu'ils pensaient l'avoir scellé pour de bon. Puis des dizaines, non des centaines d'autres suivirent, récapitulant les sept années qui avaient suivi un événement qu'il connaissait par cœur, pour l'avoir revécu un nombre indéfinissable de fois en rêves. Sauf que l'événement qui se joua différencia de celui qui lui revenait encore parfois la nuit.
Cette fois-ci, au lieu du triomphe de Gingka épaulé par la planète entière, cette victoire inespérée qui lui avait valu son surnom de légende vivante et de sauveur de l'humanité, Chris le vit perdre. Il vit une explosion d'énergie qui les avait tous dispersés aux quatre coins d'un monde plongé dans les ténèbres, au plus grand dam de Némésis. Il vit plusieurs années de lutte pour survivre dans cet univers devenu hostile, là où le Soleil Noir remplaçait le leur et annihilait toutes les formes d'espoir qui essayaient de naître. Il vit les serviteurs du mal les traquer nuit et jour, jusqu'à ce qu'ils le retrouvent lui en premier, caché dans la jungle Amazonienne. Ses souvenirs n'amenaient pas le son avec eux, pourtant Chris lisait sur leurs lèvres, à croire qu'il avait assisté à ces horreurs à l'époque.
Tu veux vraiment passer ta vie à fuir comme un rat ? Viens avec nous. Aide-nous à retrouver tes anciens amis, et tu auras tout ce que tu désires.
Il se vit accepter.
Il se vit débusquer Gingka, qui, naïf et heureux de le revoir en vie après quatre ans de séparation forcée, courait le serrer dans ses bras sans se douter de rien.
Il vit le choc, la trahison sur son visage lorsqu'il indiqua aux hommes de Némésis comment l'attraper sans qu'il ne parvienne à se défendre. Et ce scénario se répéta avec Dynamis, Yuki et King, tandis que les autres tombaient un à un à cause des efforts infatigables de leurs ennemis. Ne manquait que Kenta, le seul rescapé – le seul qui justifiait que les autres demeuraient en vie, parce qu'ils savaient, parce qu'il fallait qu'ils leur disent où ce sale gamin se planquait !
La vision de Lucina qui s'accroupissait devant lui le ramena brutalement à la réalité – ou à l'illusion ? Chris se raccrochait à cette hypothèse depuis le début, cette parcelle de rationalité qui empêchait la peur de le consumer.
Ce n'était pas réel. Ce n'était pas réel !
— C'est… C'est pas possible, bégaya t-il.
Jamais il n'aurait trahi ses amis de la sorte, pas après avoir autant souffert de la solitude ! Chris se connaissait des défauts ; « traître » n'y figurait pas ! Gingka lui avait montré le chemin, l'avait confronté à son erreur de s'engager sur la voie du mercenariat lorsqu'il s'était retrouvé seul, cette destinée qui n'avait fait que l'isoler davantage des autres, encore et encore. Il avait appris à connaître ses nouveaux alliés pour combattre le Dieu de la Destruction, tous plus hauts en couleurs les uns que les autres. La combativité de Kyoya, la joie de vivre de Tithi, la gentillesse de Yuki, le calme de Dynamis, tant de caractéristiques qui l'avaient fait s'attacher à eux à vitesse grand V. Rien que l'idée de leur causer du tort lui tordait les entrailles.
Lucina avait-elle un pouvoir d'injection de faux souvenirs ? Expliquerait-ce pourquoi tout ceci lui paraissait beaucoup trop réel ? Nyx ne les aurait-elle pas prévenus, si elle possédait une telle capacité ? Peut-être qu'elle l'ignorait, ou qu'elle avait jugé plus opportun de ne pas le leur révéler, pour des raisons qui la regardaient. La douleur physique avait cessé, remplacée par une confusion mentale à son paroxysme.
— C'est pourtant la vérité, répondit Lucina avec une douceur mielleuse, écœurante. Il ne t'a pas fallu longtemps pour retomber dans tes anciens travers. Tu t'éclatais bien à t'occuper d'eux ! Tu répétais souvent que tu étais finalement heureux que nous ayons gagné. En t'incluant dans le « nous », bien entendu.
— Tu mens, répéta t-il. Je les aime, mes amis ! Je leur aurais pas fait ça ! Tout ça n'est qu'une illusion !
— L'amour est une force aussi destructrice que créatrice, tu sais, éluda la nymphe. Le monde que nous avons créé est le résultat d'un amour fraternel, après tout ! L'amour de Maîtres Rago et Lance et de Dame Destra a permis tout ça. Maintenant mon cher ami, je pense que tu as besoin de te reposer un peu. Nous reprendrons l'interrogatoire quand tu te sentiras mieux, veux-tu ?
Son corps réagit au quart de tour quand elle leva le bras pour réitérer son geste précédent. Ses jambes le propulsèrent en arrière et il tendait déjà la main pour l'attraper par le poignet. Malheureusement pour le jeune homme, le contrecoup de toutes les émotions vécues et du traitement imposé par Lucina le rattrapèrent en un puissant vertige qui le cloua au sol.
L'incompréhension la plus totale était tout ce que son peu de lucidité restante lui permit de ressentir, avant qu'il ne sombre dans l'inconscience.
Kyoya : Ah ouais c'était pas ton chapitre hein Chris.
Chris : Nan sans dec'... Fairy, tu penses vraiment que j'aurais été un traître si Némésis avait gagné... ?
Moi : Mais noooon, enfin ! Les "vous" de l'histoire ne sont pas vraiment "vous", vous savez ! Bon techniquement si, mais vous m'avez comprise... Puis vous finirez par comprendre ce qu'est Noirceur Inéluctable exactement, foi de Fairy !
Chris : Ouf...
Ryuga : Le passage avec la musique, ça sert vraiment à quelque chose ou c'est pour l'ambiance ?
Moi : Tu verraaaaas ~
Ryuga : J'aime pas quand elle répond comme ça...
Gingka : Alistair, on dirait un peu le résultat que t'aurais eu si t'avais passé celui de Pokémon et Reiji au mixeur...
Moi : ... Alors j'y avais pas pensé, mais maintenant que tu le dis-
Kyoya : Ca va qu'Hyoma y a pas pensé non plus, sinon vlà les PTSD.
Moi : Ouais... En tous cas j'ai très hâte de continuer à écrire cette histoire, car ce mini arc de Noirceur Inéluctable marque le vrai début des choses sérieuses ! Le rythme va accélérer et je suis impatiente de vous présenter tout ce que j'ai imaginé n_n Croyez-moi, on en a pour un petit moment...
Kyoya : Pas étonnant, s'il te faut ONZE CHAPITRES pour arriver au "vrai début des choses sérieuses".
Moi : Eh !
Gingka : Pendant qu'ils se chamaillent encore, je ne dirais qu'une chose : n'hésitez pas à commenter !
Chris : A plus !
