Fontaine du destin.
Assise au bord de la Cherry Hill Fontain dans Central Park, Emma Swan se sentait lasse. Bien plus lasse que d'habitude. Encore une fois, elle se retrouvait seule, comme ça avait été le cas tout au long de sa vie. Encore une rupture, encore un échec. Rien ne fonctionne et tout fini par se briser dans sa vie. C'est comme ça depuis qu'elle est toute petite. L'orphelinat, les foyers, les familles d'accueil qui finissaient toujours par la renvoyer à l'assistance public. Sa vie, ça n'avait toujours été que ça… une succession d'échec et de malheur.
Ce soir, plus que tous les autres soirs, elle se sentait vide, totalement vide, plus rien ne la raccrochait à un quelconque espoir, plus rien ne lui faisait envie. Elle voulait que tout s'arrête là. Elle voulait presque en finir avec cette vie qui ne lui avait jamais apporté que des emmerdes.
Les yeux dans le vide, elle laissa sa main effleurer l'eau de la fontaine, elle était gelée, glacée même et elle se mit à penser que peut-être le froid engourdirait son corps et anesthésierait la douleur qu'elle ressentait. Elle y songea. Mais le bassin de la fontaine n'était pas assez profond pour s'y noyer. Elle soupira, elle shoota dans son sac à dos posé à ses pieds où elle avait rassemblé dedans le peu de bien auquel elle tenait. Elle ne savait pas où aller, elle ne savait plus quoi faire. Elle reculait l'inévitable mais dans quelques heures, elle allait se résigner à se rendre dans un foyer pour sans-abri, au moins pour cette nuit.
Elle en était arrivée là.
La place autour de la fontaine était déserte, les huit globes lumineux en verre dépoli qui trônaient en haut de la structure en granit s'allumaient doucement, la nuit prenait place et plus que tout, Emma se sentait seule au monde. Elle n'avait personne à qui faire confiance, elle n'avait plus un sous en poche, il devait rester 20 dollars sur son compte en banque. Son patron l'avait viré parce qu'elle avait giflé un client qui avait osé lui mettre une main aux fesses, elle refusait ses avances depuis des mois et il n'attendait qu'un faux pas de sa part pour la mettre à la porte. C'était chose faite. Quant à son compagnon, elle l'avait surpris en train de la tromper alors elle s'était barrée de son appartement en emportant le peu qu'elle possédait. En quelques jours, tout avait basculé. Bon ce n'était déjà pas la grande vie mais c'était déjà plus que tout ce qu'elle avait eu auparavant.
Au fond du trou. Voilà où elle était.
Elle plongea sa main dans sa poche de jeans pour en sortir le dernier paquet de cloque qu'elle avait, elle en sortit la dernière cigarette, un peu tordu, elle la porta à sa bouche et en cherchant un briquet dans l'autre poche et sentit une pièce de monnaie sous ses doigts.
«Hm, voici toute ma fortune.» Soupira-t-elle en faisait rouler la pièce entre ses phalanges.
«C'est parfois juste ce qu'il faut pour repartir à zéro.» Dit une voix mystérieuse derrière elle.
Elle sursauta et aperçu un homme étrange, calfeutré dans le noir, costume impeccable et canne à la main.
«Je ne crois pas pouvoir m'en sortir avec ces dix cents.»
«Essayez toujours.»
«Et comment?»
«Faites un vœu.»
«Un vœu?»
L'homme approcha de quelques pas, entrant dans la lumière d'un réverbère et Emma se tendit légèrement. Il n'était pas très grand et sa silhouette était fine, les cheveux mi-long, un beau costume sur le dos avec un long manteau et une canne au pommeau rond à la main. Il avait un demi sourire un peu sournois sur les lèvres, une expression qui ne semblait jamais le quitter. Il était étrange à non pas douter mais certainement pas dangereux.
Emma resta tout de même sur ses gardes, elle ne faisait confiance à personne et encore moins aux étrangers. Réflexe d'enfant du système, se méfier de tout, en toutes circonstance. L'homme porta son regard vers le fond de la fontaine où brillait des dizaines de pièces jetées là par les touristes et les superstitieux.
«Je m'en sortirais mieux si je volais toutes ces pièces au fond du bassin et si j'allais me payer un hot-dog avec.» Rationnalisa Emma.
«N'en soyez pas si sûr. Allez-y, lancez votre pièce, faites un vœu.»
«…»
«De toute façon, vous n'avez plus rien à perdre non?»
Emma haussa les épaules, il n'avait pas tort.
Elle n'avait jamais cru à toutes ces histoires de souhaits magiques, toutes ces superstitions, tous ces contes de fée, le destin, le karma, non elle ne croyait pas en tout ça. Pour elle, la vie n'était qu'une succession de choix, de hasard, de timing, bon ou mauvais, pour elle la vie ce n'était qu'une suite sans fin de déboires. Elle était née défavorisée et depuis rien n'avait pu la sortir de cette spirale infernale.
Emma contempla la pièce dans la paume de sa main. Après tout, elle n'avait effectivement plus rien à perdre. Alors gagner quelques secondes d'espoir, même futile, pourrait peut-être lui permettre de gagner un petit moment de répit au milieu de ses sombres idées morbides.
Emma ferma les yeux. Elle inspira profondément en serrant la pièce au creux de sa main. Elle ne souhaitait pas la gloire et la richesse, elle ne souhaitait pas le grand confort et la vie de Château, mais juste une vie un peu meilleure, avec un boulot sympa et une personne à ses côtés qui la soutiendrait et l'aimerait vraiment. Elle soupira tristement, n'y croyant pas vraiment mais elle jeta la pièce par-dessus son épaule.
Elle entendit le plouf de l'objet plongeant dans la fontaine et elle resta là, les yeux fermés, attendant que quelque chose change enfin.
SQ
Emma ne sentit rien de significatif se produire alors elle finit par rouvrir les yeux. L'homme au costume avait disparu. Elle ronchonna en silence, elle venait de gâcher une pièce.
«Chérie, tu viens?» S'exclama une voix de femme.
Emma leva la tête et toisa la personne postée à quelques mètres d'elle. Une femme, sublime, tailleur chic et brushing parfait la regardait. Emma tourna la tête à droite et à gauche, tentant de comprendre à qui cette femme pouvait bien s'adresser mais Emma était seule dans le square, assise sur le rebord de la fontaine.
«Emma, tu viens, on va être en retard.» Insista la jeune femme.
«Euh… pardon mais… c'est à moi que vous parlez?» Interrogea Emma.
«Oui, à qui d'autre?»
Emma resta incrédule, la voix de cette femme, son regard, tout était en train de la transpercer de part en part. Elle était figée sur place, incapable de raisonner correctement. Cette mystérieuse inconnue, qui semblait pourtant la connaitre, fit par quelques pas vers elle et lui tendit la main.
«Allée viens, tu ne veux pas être en retard au tout premier concert que ton fils donne avec sa classe de musique?»
«Mon fils?»
«Oui, Henry…. Emma, tu es sûr que ça va? Tu as une petite mine tout d'un coup. Tu n'es pas malade?»
«Euh, non je ne crois pas.» Répondit Emma, en pensant intérieurement que la folie avait pris enfin possession d'elle et qu'elle était en plein délire.
«Alors dépêchons nous!Henry était si excité et anxieux à la fois quand je l'ai déposé à la salle de spectacle tout à l'heure. Il a tellement travaillé sur ses harmonies et ses accords, j'espère qu'il ne va pas trop le connais, il est si exigeant avec lui-même. »
«Hm, hm.» Répondit Emma, tentant de cacher son incompréhension.
La jeune femme face à elle s'approcha d'un pas de plus. Elle glissa lentement sa main sur la joue d'Emma et replaça derrière son oreille une de ses mèches blondes et rebelles. Emma ferma les yeux, ce geste était si tendre et il lui paraissait étrangement familier. Pourtant elle ne connaissait pas cette femme, elle en était certaine.
Elle lui tendit une nouvelle fois la main et Emma s'en empara pour se redresser.
«Allée, viens, je ne veux pas arriver en retard.»
La brune en tailleur chic ouvrit la marche et Emma suivit le pas sans broncher. Main dans la main, elles marchèrent pendant moins de cinq minutes avant d'atteindre une petite école de musique dans un quartier chic de New-York, elles entrèrent dans la salle de spectacle et s'installèrent à leurs places.
«Bien, nous sommes pile à l'heure. La salle est déjà bien remplie. Henry et ses camarades doivent trépigner d'impatience mais j'espère qu'il n'est pas en train de se ronger les ongles.»
«C'est un jeune garçon anxieux.» Répondit Emma, la voix molle, sans trop savoir de quoi elle parlait.
«Oui, je suis désolé mon amour, il doit tenir ça de moi. Je suis toujours si névrosée et angoissée à propos de tout… Toi, tu es tellement plus sereine, tellement plus joyeuse, tu es notre rayon de soleil… mais il tient aussi de toi, tu le sais bien, il est parfois nerveux, c'est vrai, mais il est aussi tellement souriant et débordant d'énergie. Il est si enthousiaste à propos de toutes ces nouvelles choses qu'il apprend et découvre tous les jours. Et cet appétit de vivre, ça lui vient de toi.»
Emma ne put s'empêcher de la regarder avec beaucoup d'incrédulité. Était-ce bien d'elle dont cette femme parlait? Ce serait elle la femme sereine et joyeuse? Etrange. Emma était une femme vive oui, elle était spontanée et coriace. Elle ne se laissait pas marcher dessus, elle pouvait même être une vraie tête brulée parfois, mais sereine et joyeuse n'avaient jamais été des qualificatifs qu'on lui avait attribués. Non, Emma avait été une enfant butée et renfrognée, toujours en conflit avec l'autorité, toujours méfiante, toujours en retrait et la femme qu'elle était devenu était toute aussi ombrageuse.
Emma était une enfant du système, trimbaler de foyer en foyer, mal aimé. Elle avait dû, dès l'âge de 16 ans, enchainer petits boulots et jobs merdiques pour pouvoir garder la tête hors de l'eau. Elle avait malheureusement fait un tas de mauvaises rencontres, elle avait fréquenté un tas de gars un peu louche qui n'avaient fait que la tirer vers le bas. Voilà comment à l'aube de ses 28 ans, elle s'était retrouvée assise au bord d'une fontaine, à la limite de vouloir se noyer dedans.
«Emma?»
«Hein?»
«Tu en fais une tête, tu es sûr que ça va?» Questionna la brune en venant passer sa main sur sa joue.
«Oui, oui.» Souffla Emma, toujours dans un état de confusion totale qu'elle tentait de cacher.
«Ne t'inquiète pas, notre petit prince va très bien s'en sortir.»
La brune se pencha vers Emma, qui resta figée sur place avant de fermer les yeux instinctivement. La seconde suivante, elle sentit les lèvres pulpeuse et douce de cette magnifique femme se poser délicatement sur les siennes. Son cœur loupa un battement et une douleur explosa au plus profond d'elle-même. Ce baiser était la chose la plus douce qu'elle n'ait jamais reçu. La moindre fibre de son corps se crispa sous le plaisir intense que ce simple baiser lui provoqua.
Les lumières se tamisèrent, le silence raisonna dans la salle de spectacle. Emma ne s'était toujours pas remise de ce baiser mais, par mimétisme, elle se cala dans son siège et se tourna vers la scène pour voir les épais rideaux rouges s'ouvrir et laisser place à une bande de gamins bien aligné, tous armés de leurs instruments de musique.
SQ
Etrangement, Emma su reconnaitre tout de suite de qui parlait la brune lorsqu'elle avait évoqué leur fils. Un petit bonhomme de 10 ou 11 ans, brun aux yeux clairs, un épi rebelle sur le sommet de la tête et un violon calé sous le menton était en première ligne. Elle suivit le regard adorateur de la brune et c'était bien ce petit garçon qu'elle observait.
Henry c'était donc lui. C'était donc lui son supposé fils.
Emma se laissa emporter par la musique pendant quelques instants, ça lui octroya un moment de répit dans la tourmente de ses pensées. Le rythme n'était pas si mauvais, la cadence un peu maladroite parfois, quelques fausses notes, quelques contre-temps de la part du tambour au fond de la scène mais c'était un orchestre de jeunes enfants, alors dans l'ensemble c'était même plutôt réussit. Le professeur de musique faisait de grand geste pour les remettre dans le tempo et les accompagner chacun dans leur suite de notes. C'était moins désagréable que ça aurait pu l'être.
Mais Emma était tout de même un peu perdue et ses questionnements intérieurs revinrent au galop. Qu'est-ce qui lui arrivait? Il y a moins d'une heure, elle était au bord de la dépression nerveuse, à la rue, sans plus rien à quoi s'accrocher. Et un homme étrange l'avait persuadé de jeter cette foutue pièce dans la fontaine. Et maintenant, elle se trouvait en compagnie d'une femme magnifique qui l'appelait «chérie» et qui l'avait entrainé à un concert que donnait leur soi-disant fils. Était-elle en train de divaguer? Était-elle toujours au bord de cette fontaine? Avait-elle fini par s'y noyer?
Tout ceci n'était peut-être qu'une illusion, un mirage, l'ébauche d'une vie qu'elle n'aura jamais mais qu'elle aurait aimé avoir?
Dans sa tête, elle était au bord de l'implosion, mais elle se reprit et imita tout le monde quand le morceau fut fini et que toute la salle se mit à applaudir. Quand la troupe de jeunes enfants commença un nouvel air, elle dévisagea discrètement la brune à ses côtés. Ses yeux brillaient d'admiration pour leur jeune fils, son profil était sculpté avec harmonie, les traits de son visage avaient une symétrie parfaite, ses sourcils étaient finement dessinés et son sourire était radieux et envoutant. Emma s'attarda sur ses lèvres, d'un rose exquis et d'une forme pulpeuse réellement appétissante.
Dieu que cette femme était belle.
Si c'était ça la folie, si c'était ça de devenir dingue, alors elle voulait bien signer tout de suite. Si c'était pour rester auprès de cette femme, alors oui elle était prête à signer n'importe quel pacte, même avec le Diable en personne.
SQ
Le foule de spectateurs, des parents et de la famille des jeunes musiciens pour la plupart, se remirent à applaudir et firent sortir Emma de sa transe. Les enfants quittèrent la scène, excepté Henry et une jeune fille qui s'installa au piano.
La jolie brune à ses côtés se tendit et attrapa la main d'Emma afin d'entrelacer ses doigts aux siens. Emma du déglutir difficilement et ralentir le rythme de sa respiration qui s'accélérait. La brune se pencha à son oreille sans quitter la scène des yeux.
«Il a énormément répété avec Grace pour ce morceau. Être choisi pour le duo de fin de spectacle s'était quelque chose. Tu te souviens comme il était excité quand il nous l'a annoncé.»
Emma hocha simplement la tête pour dire oui mais, en réalité, elle ne se souvenait de rien. Elle ne se souvenait pas être la mère de ce jeune garçon, elle ne se souvenait pas faire partie de cette famille. Elle ne se souvenait pas de partager sa vie avec cette femme magnifique, bien trop magnifique et surement trop intelligente pour elle.
Elle sentit les doigts de la brune se resserrer entre les siens et elle porta son regard sur leurs mains jointes. Une bague. La brune portait une sublime bague à son annulaire alors Emma porta son regard sur sa propre main gauche. Elle portait une alliance elle aussi. Elles étaient mariées!
Jamais elle n'aurait pu oublier un truc pareil.
Elle était mariée à cette sublime femme. C'était totalement dingue. Elle se perdit un instant dans ses souvenirs, il était vrai que sa première expérience avait été avec Lily, une jeune fille rencontrée dans un de foyer qu'elle avait fréquenté adolescente, mais après elle, elle n'avait connu que des garçons. Aucun de bien fréquentable cela-dit: Neal, un petit voleur à la sauvette qui avait fini par la laisser en plan; Walsh, illusionniste au chômage et pickpocket; et enfin Killian, baratineur, arnaqueur et même dealer à ses heures perdus.
L'homme au costume près de la fontaine avait dû l'ensorceler. Elle ne voyait plus que ça. Elle était victime d'un sort. Puissant. Parce que tout ceci semblait tellement réelle. Ou alors, elle était comateuse, perdue quelque part dans le Parc, flirtant avec la mort et tout ceci n'était qu'une divagation de son esprit malade.
Elle tenta de se ressaisir en sentant la nausée lui monter dans la gorge. Elle sentait la crise de panique arriver alors elle se concentra sur le jeune garçon en train de jouer du violon sur la scène. Et soudain, elle put sa radoucir, poser les yeux sur cet enfant lui réchauffa le cœur en un instant et elle sembla soudain comblée de bonheur. Une impression étrange. Un sentiment que jamais elle n'avait connu lui gonfla la poitrine et sans qu'elle ne s'en rende compte, des larmes lui montèrent aux yeux.
Elle crispa ses doigts autour de ceux de la brune et le morceau se termina tout en douceur. La foule se leva d'un même élan pour applaudir les deux petits virtuoses et Emma les imita en essuyant au plus vite ses larmes qui coulaient toutes seules sur ses joues rosies.
Les enfants remontèrent tous sur scène pour le salut, ils étaient tous souriants et apparemment fiers de leur prestation. Tous les parents applaudissaient et sifflaient encore dans une joyeuse ambiance jusqu'à ce que la foule ne se disperse lentement.
Emma du se rassoir quelques instants pour se remettre de ses émotions. La brune, debout à côté d'elle, saluait quelques parents qui remontaient l'allée, elle échangeait quelques mots avec certains qu'elle semblait bien connaitre mais Emma était ailleurs et n'écoutait pas. Ce qui la sortit de sa stupeur, fut la voix d'un homme qui interpella sa compagne.
«Regina!Bonsoir.»
Emma regarda alors cette femme à côté d'elle. Regina. Elle ne se rendait compte que maintenant qu'elle ne savait même pas son nom. Elle l'avait suivi aveuglement jusque-là, sans rien savoir, comme perdue dans un labyrinthe, simplement tiré par la main par cette femme mystérieuse et totalement envoutante. Regina. Elle s'appelait donc Regina.
«Chérie, tu te souviens de Jefferson? C'est le papa de la petite Grace avec qui Henry vient de jouer le dernier morceau.» Déclara la brune en se tournant vers Emma.
«Oh! Euh… oui, oui, bien sûr! Bonsoir, comment allez-vous?» Improvisa Emma en se levant d'un bond de son siège.
«Bien. Merci. Ils ont assuré non?! Je ne suis peut-être pas impartial mais Mozart et Beethoven ont du souci à se faire! La relève est là!» Plaisanta l'homme au sourire trop large et aux yeux un peu fous.
Emma ricana volontiers en hochant la tête.
«Ils ont très bien joué, effectivement. Les heures passées à répéter ont porté leurs fruits.» Répliqua Regina.
«Tout à fait mais il y en a eu des fausses notes qui m'ont vrillé les oreilles durant ces derniers mois!»
«Ne m'en parlez pas!»
«Eh bien, au plaisir de vous revoir Mesdames, passez une bonne fin de soirée.»
«Merci, à vous aussi.» Répondit-elle poliment avant que ce Jefferson ne poursuive sa marche vers la sortie de la salle.
Emma se laissa lourdement retomber sur son siège et Regina reprit sa place auprès d'elle.
«Tu as l'air bouleversée. Quelque chose ne va pas?»
«Non, non, tout va … bien.» Murmura Emma.
«Il a bien joué, n'est-ce pas?»
«Oui, très bien.»
«Finalement on a bien fait de ne pas lui imposer d'instrument et de le laisser choisir… Tu te souviens, il trouvait que les pianos avaient beaucoup trop de touche, que les trompettes faisaient trop de bruit et que la clarinette c'était clairement un truc de fille.» Raconta Regina en riant.
«Le violon c'est doux et fort à la fois.»
«C'est exactement ça. Et c'est comme ça qu'est notre fils… doux et fort à la fois.» Répondit tendrement la brune.
Emma esquissa un sourire. Bon Dieu, c'est de cette vie qu'elle aurait voulu. Mais quelque part au fond d'elle, elle savait que tout ceci n'était qu'un leurre et qu'à un moment donné, tout s'arrêterait brusquement pour la ramener à la réalité. Sa réalité. Celle où elle n'était qu'une épave, une fille sans famille, sans passé et sans avenir non plus.
«Allée, viens, allons retrouver Henry.»Lança la brune en se relevant mais Emma la rattrapa par le poignet.
«Attends!Embrasse-moi.»
Regina esquissa un délicieux sourire, surprise et amusée par cette demande, et sans un mot de plus, elle se pencha vers Emma et déposa ses lèvres sur les siennes. Emma agrippa sa nuque pour prolonger le baiser quelques instants de plus, jouant légèrement avec la pulpe de ses lèvres pour y gouter. Regina répondit à son envie avec tendresse.
Le souffle d'Emma resta coincé dans sa poitrine et dans sa tête, tous ses neurones explosaient les uns après les autres. Pour elle, c'était un premier baiser et la volupté de ses lèvres contre les siennes venait de la mettre au tapis. Le baiser prit fin, lentement.
«Emma?»
«Hm?» Répondit la blonde, les yeux encore clos.
«J'aime quand tu m'embrasse comme ça… comme si c'était la première fois.»
Emma se ressaisit et secoua la tête.
«Que veux-tu, tu me fais toujours le même effet, depuis le premier jour.» Inventa Emma pour couvrir son embarras.
«Allée, jolie blonde, viens, notre fils va nous attendre!» Répliqua Regina en prenant la main d'Emma et en l'entrainant hors de la salle pratiquement vide à présent.
SQ
Emma joua le jeu, un peu dans un état second. Elle serra le petit garçon dans ses bras quand ce dernier se jeta sur elle pour l'enlacer de ses petits bras. Elle le félicita avec des mots qui lui venaient naturellement. Elle porta son étui à violon quand il lui confia pour aller dire au revoir à ses camarades dans le hall de l'école de musique. Elle passa sa main dans le dos de Regina pour s'y accrocher comme à une bouée de sauvetage alors qu'elles traversaient la foule.
Elle joua le jeu et elle s'en sortait plutôt pas mal.
Puis elle monta dans une Mercedes, Henry à l'arrière, Regina au volant. Le petit ne cessait de parler et racontait à ses mères le trac qui l'avait eu juste avant que les rideaux ne s'ouvrent puis comment son trac avait disparu quand ils avaient tous commencer à jouer. Il raconta qu'un de ses camarades avait carrément vomi avant de monter sur scène alors il s'estimait heureux que son trac à lui ne se manifeste que par une légère agitation. Il raconta qu'un autre avait pris son étui à trompette mais que l'instrument était resté chez lui alors sa mère avait dû faire un aller-retour au dernier moment pour lui apporter et que leur professeur n'était pas très content.
Mais après ça, Emma ne se souvenait plus de rien. Le regard fixé par-delà la vitre de la voiture, sur les rues et les lumières de la ville qui défilaient, elle était perdue dans ses pensées désorientées. Une vie comme celle-là, jamais elle n'avait osé l'espérer, ou ne serait-ce qu'effleurer l'idée. Jamais elle n'avait osé rêver si bien pour elle. C'était totalement insensé.
C'était bien trop parfait pour elle. Elle, la petite fille délaissée, orpheline, celle dont personne n'avait jamais voulu. Celle qui avait dû tirer un trait sur sa scolarité, trop sauvage, trop turbulente, celle qui enchainait les petits boulots et les aventures avec des ratés, des mecs pas super fréquentables, voleurs, arnaqueurs ou mythomanes. Le choc de ses deux mondes était bien trop brutal, l'un était dur et amer, l'autre était doux et sucré. Tout ça faisait trop à encaisser.
Regina remarqua l'air absent de sa femme mais elle ne fit rien remarquer. Et Emma finit par sortir de sa torpeur quand Regina coupa le moteur. Le gamin était déjà sorti de la voiture et courait vers le porche d'une jolie maison de ville de l'Upper East Side.
Emma suivit le mouvement et tenta d'être le plus naturel du monde quand elle pénétra dans cette jolie demeure. Elle imita Regina qui accrochait son manteau à la patère de l'entrée et se déchaussait sur le paillasson avant de ranger ses chaussures dans un placard encastré. Elle retint son regard émerveillé en découvrant l'intérieur de la maison: parquet en chêne, cheminée en pierre, meubles en bois brut mais au design moderne et large canapé en cuir un peu éraflé par le temps. C'était cosy, chaleureux et en même temps très chic.
Il y avait tout un mur de bibliothèque rempli de livres et de quelques éléments de décorations. Il y avait des tableaux d'Art modern accrochés aux murs du salon – qui lui rappelait vaguement le style qu'elle-même avait pu peindre à ses heures perdues – et il y avait des photos de famille dans l'escalier, en un coup d'œil rapide, elle distingua des clichés d'elle et Regina en mariées, et d'Henry tout bébé. Plus loin, il y avait une cuisine toute équipée dans des tons de bois plus clair et des plans de travail en pierre grise; et tout au fond, il y avait une véranda, surement inondée de lumière en pleine journée, qui abritait un tas de grandes plantes vertes et des petits fauteuils en rotin.
C'était idéale. C'était la première fois qu'elle y mettait les pieds et pourtant, elle s'y sentait chez elle. Bizarrement, elle trouva ses marques sans efforts. Elle suivit Regina dans la cuisine alors qu'Henry était grimpé à l'étage, dans sa chambre, pour y ranger avec soin son violon et ses partitions.
«J'ai promis à Henry qu'on mangerait des pizzas ce soir.»
«Et de la glaceen dessert?» S'enquit Emma dans la foulée.
«Evidement.» Se mit à sourire Regina.
«Alors ça me va!»
«Le contraire m'aurait étonné.» Ria la brune avec un charmant sourire.
Elle sortit le menu de leur restaurant italien préféré d'un tiroir et le laissa à côté d'Emma, accoudée au plan de travail.
«Commandez ce qui vous fait plaisir, pendant ce temps-là, je vais prendre une douche.»
«Je prends quoi pour toi?»
«Comme d'habitude.» Répondit la brune avant de déposer un baiser sur son front et de s'éclipser.
Emma resta-là, la tête dans les nuages, autant préoccupée par ce qu'elle devait commander que par l'idée de cette femme, à l'étage au-dessus, surement déjà sous la douche.
«Hey Mam' tu rêves ou quoi?!» Coupa Henry.
«Hein? euh… ouais… désolé. On commande quoi?» Répondit-elle en lui tendant le flyer.
«Alors… Hmmm… moi, j'veux une calzone, supplément jambon, ils n'en mettent jamais assez… Maman voudra surement les tagliatelles au saumon sauce à l'aneth comme d'habitude et toi… bah… j'sais pas… tu as envie de quoi ce soir?»
«Euh… et bien… comme toi.» Répondit Emma qui avait déjà bien d'autres questions en tête pour se préoccuper de choisir quel genre de pizza elle voulait manger, n'importe laquelle ferait bien l'affaire.
«Cool!»
«Tu veux passer la commande tout seul, comme un grand?»
«Quoi? Sérieux j'ai le droit?»
«Oui, si tu peux monter sur scène et jouer devant une foule de spectateur alors tu peux commander des pizzas. Vas-y, je supervise.» Inventa Emma sur le coup en se rendant compte qu'elle n'avait aucune idée de l'adresse où elle se trouvait.
Le gamin attrapa le combiné du téléphone avec fierté et s'employa à faire le numéro correctement. Il était un peu nerveux mais c'était drôlement attendrissant.
«Tu demandes poliment les trois menus et tu donnes l'adresse. Ok?»
Il hocha vivement la tête en attendant que l'on décroche à l'autre bout du fil. Il passa la commande, donna l'adresse qu'Emma retenu en mémoire puis il remercia son interlocuteur.
«Ça arrive dans une demie heure!» Lança-t-il en raccrochant.
«Parfait!» Déclara Emma en ébouriffant les cheveux du garçon dans un geste maternel qu'elle n'avait pas prémédité.
«Dis Mam'?»
«Oui?»
«J'étais comment?» Demanda-t-il timidement.
«Bah bien, tu as retenu la commande et tu as été poli…»
«Pas pour commander les pizzas!» Railla-t-il en levant les yeux au ciel.
«Oh… sur scène tu veux dire?»
«Oui.»
«Tu as été … parfait.»
«Mais je tremblais un peu au début.»
«C'est normal ça, mais ça ne s'est absolument pas entendu. Et tu verras, le trac, on l'a toujours avant de monter sur scène mais avec le temps, on apprend à mieux le gérer.»
«J'espère ne pas vomir comme Nicolas!»
«J'espère aussi.» Ria-t-elle.
«Alors quand est-ce qu'on mange?» Coupa Regina en revenant dans la cuisine, habillé d'un peignoir blanc, les bout de mèches de cheveux un peu mouillé dont les gouttes lui tombait dans le cou.
«Bientôt! Et c'est moi qui ai passé la commande au téléphone!» Annonça Henry fièrement.
«Ah oui? Vraiment?»
«Oui!»
Regina lança un regard intrigué vers Emma qui haussa simplement les épaules.
«Hm… tu grandis beaucoup trop vite à mon gout petit bonhomme!» Soupira la brune avant de se caler dans le dos d'Emma, toujours accoudé à l'ilot central de la cuisine.
Emma se redressa de quelques centimètres, le corps un peu crispé, légèrement surprise par l'étreinte de la brune tout contre elle. Regina enfouie son nez dans la chevelure blonde d'Emma puis elle déposa un baiser dans son cou et Henry grimaça.
«Beurk!» Railla-t-il.
«Beurk? Comment ça beurk? Tu penses que mes bisous sont beurk?!» Lança Regina, faussement outrée.
«Oui carrément!»
«Petit insolent, tu vas voir!»
Henry anticipa l'attaque et bondit du tabouret pour partir en courant dans le salon, poursuivit par Regina. Emma les regarda de loin, ils riaient aux éclats et son cœur à elle, se serrait lourdement dans sa poitrine. Mon dieu, cette vie. Elle tuerait pour avoir cette vie, pour de vrai.
SQ
Plus tard dans la soirée, Emma se retrouva dans la jolie salle de bain attenante à la suite parentale. Henry était endormi dans sa chambre depuis un moment, Regina lisait, déjà installée dans leur lit et Emma se retrouvait seule face au miroir. Elle venait de prendre une douche et avait machinalement enfilé un bas de pyjama à carreaux et un grand t-shirt qui semblaient lui appartenir.
Face au miroir, après de longues minutes les yeux perdus dans le vide, elle osa enfin relever le regard et fixer son reflet.
Elle se reconnaissait mais elle avait vieilli. Mieux que ce qu'elle aurait imaginé d'ailleurs.
Ce matin encore, Emma Swan avait les traits tirés et de larges cernes sous les yeux. Son teint était pâle, ses cheveux longs un peu terne et emmêlés, son regard était triste, ses mains étaient abimées par le travail et son corps fin et musclé était tendu par un stress qui ne la quittait jamais. Ce matin encore, Emma Swan était fatiguée, rongée par l'angoisse et au bord de la dépression.
Pourtant, ce soir, son reflet dans le miroir ne ressemblait plus à cela. Elle avait bien dix ans de plus mais elle était radieuse, son teint était étincelant, son regard était clair, quelques rides rieuses ornaient le coin de ses yeux, ses cheveux était d'un blond éclatant mais ils étaient plus court, coupé en un carré ondulé qui lui allait plutôt bien, sa peau avait pris quelques taches de rousseur et ses mains étaient plus douces. Emma avait toujours été jolie mais la dureté de sa vie avait eu raison de sa beauté, elle était l'ombre de la femme qu'elle aurait pu être mais ce soir, elle était bel et bien resplendissante.
Elle prit le temps de s'analyser, ne comprenant pas très bien qui elle avait devant elle. Son propre reflet lui était étranger.
Elle finit par sortir de la salle de bain, sans savoir exactement combien de temps elle y était restée. Elle découvrit Regina, endormi, son livre et ses lunettes posés sur son ventre. Emma ôta avec précaution les objets et tira la couverture jusqu'à ses épaules. Elle l'observa un moment, elle éteignit la lumière mais elle n'osa pas se coucher à ses côtés. Ça lui semblait encore bien trop bizarre alors elle descendit à la cuisine, se préparer une tisane et resta là, plongé dans le noir, avec pour seule compagnie la petite lumière de la hotte.
Qu'est-ce qui lui arrivait? La folie? Ses nerfs qui avaient lâché? Peut-être était-elle en ce moment même, attachée à un lit d'hôpital et bourrée de sédatif? Ou bien vivait-elle un événement surnaturel? L'illusion d'une vie qu'elle n'aurait jamais? L'hypothèse d'un futur possible? L'expérience d'une réalité alternative? Tout ça été bien trop bizarre mais ça semblait tellement réel.
Plongée dans ses pensées, elle n'entendit pas Regina descendre les escaliers et la rejoindre. Elle sursauta quand la brune se colla à son dos et passa ses mains tendrement autour de sa taille.
«Que fais-tu là? tu n'arrives pas à dormir?»
«Quelque chose comme ça, oui.»
«Je t'ai senti ailleurs toute la soirée. Quelque chose ne va pas?»
«Si, tout va bien, c'est juste que parfois… j'ai l'impression que tout ça est trop beau pour être vrai.»
Regina tiqua et vint s'assoir sur le tabouret à ses côtés, elle se tourna pour être face à elle, entremêlant instinctivement ses jambes aux siennes.
«Comment ça? Trop beau pour être vrai? De quoi tu parles?»
«Eh bien, de tout ça…» Fit Emma avec un geste désignant tout ce qui l'entoure.
Puis elle soupira, le regard un peu dans le vague, ne sachant comment exprimer ce qu'elle ressentait sans passer pour une folle à lier.
«Tu sais, des fois, je me dis que je ne mérite pas tout ça… Toi, Henry, cette maison, cette vie.»
«Mais enfin mon amour, bien sûr que tu le mérite. Personne ne mérite plus que toi d'avoir tout ça. Tu t'es battue pour tout ça, on s'est battu ensemble pour trouver l'équilibre et le bonheur qu'on partage aujourd'hui, et je ne l'échangerais pour rien au monde.»
«Je… je ne suis pas celle que tu crois…»
«Je te connais Emma, je connais tout de toi, tu ne m'as jamais rien caché de ton passé. Et je t'aime. Comme tu es.»
«Mais j'étais… une épave. J'étais seule, au bord du gouffre et… je ne sais plus trop comment j'en suis arrivée là, avec toi.»
«Tout a changé quand on s'est rencontrées.»
«Comment?»
Regina tiqua, il lui sembla soudain qu'Emma ne se souvenait vraiment pas. Mais elle connaissait sa femme, elle savait que parfois, de plus en plus rarement avec les années cela dit, ça lui arrivait de redescendre en Enfers, de ressasser son passé, de ressasser ces moments terribles où elle était seule, perdue, à la limite de faire une connerie. Elle savait que parfois, les affres de ses douleurs rejaillissaient sans prévenir.
«Emma, mon amour…tu connais cette histoire. » Commença Regina en posant sa main sur son visage, effaçant une larme qui s'apprêtait à rouler sur sa joue.
Entendre ses mots doux avait un effet dévastateur sur le cœur d'Emma, ça l'assommait autant que ça le faisait rebattre à un rythme frénétique, un rythme presque douloureux mais aussi terriblement bon.
«Raconte-moi… s'il te plait.J'ai besoin de l'entendre de ta bouche. »
«Très bien… C'était, il y a près de douze ans maintenant… j'étais venu voir Kathryn, mon amie qui tient une galerie d'art. En tant que décoratrice d'intérieur, je faisais souvent appel à elle pour des clients un peu plus pointilleux que les autres et ce jour-là, elle était en pleine négociation avec un jeune homme, un type un peu louche avec un look de vieux rockeur, qui voulait lui vendre une série de tableau tout à fait prometteurs.»
Emma l'écoutait, suspendue à ses lèvres.
«Kathryn était convaincue qu'il n'était pas l'auteur de ces œuvres et il refusait de divulguer l'identité de l'artiste qui avait peint ses toiles. Elle était embêtée parce que la convention ne lui permettait pas d'acheter ses toiles par le biais d'un intermédiaire sans savoir s'il avait l'accord de l'artiste. Il était en train de s'emporter et je suis intervenue. Avec Kathryn on a vite remarqué la signature ES, très discrète, qui apparaissait en bas de chaque tableau. On ne pouvait pas vraiment le retenir et il allait repartir avec ces œuvres tout à fait fascinantes alors nous avons passé un compromis. Je lui ai proposé d'acheter l'ensemble de cette collection à la seule condition qu'il nous mette en relation avec l'artiste. Il refusait. Alors j'avoue que je me suis, peut-être, un peu emporter contre lui et Kathryn a dû intervenir... On a fini par doubler la somme qu'il demandait et il a enfin lâché le morceau. Son ex petite-amie, dont il n'avait plus de nouvelles depuis des semaines, avait laissé ses toiles chez lui. Il voulait s'en débarrasser et se faire un peu de pognon au passage si possible. Il est reparti avec une liasse de billet, il a laissé les œuvres et il nous a donné ton nom. Emma Swan.»
«…»
«Kat a exposé un de tes tableaux dans sa vitrine et un jour, tu es apparu. Tu l'avais reconnu en passant devant. Tu es entrée et j'étais là ce jour-là. J'ai tout de suite su que c'était toi qui avais peint ça, j'ai tout de suite su que tu étais quelqu'un de spéciale. Je … j'étais tombée amoureuse de tes toiles et en te voyant, là devant moi, je… je suis tombée amoureuse une deuxième fois.»
Regina stoppa son récit quelques instant pour s'empêcher de rougir à cet aveu, qui n'était plus un secret depuis longtemps entre elles, mais le souvenir de leur première rencontre était toujours aussi fort à évoquer pour elle.
«Et peu de temps après ça, tu as signé un contrat avec la Galerie de Kathryn mais tu n'avais aucun endroit pour travailler alors je t'ai proposé l'atelier que j'avais au-dessus de mes bureaux sur la 34ème rue, un local dont je ne me servais que pour entreposer quelques chutes de tissu et des dossiers d'archives. Et puis, une chose en entrainant une autre… on est devenue bien plus proche que ce que j'avais pu espérer …» Conclu-t-elle avec un sourire mutin sur les lèvres.
«Wow…» Souffla Emma, un peu perturbée.
«Et depuis, il ne se passe pas un seul jour où je ne me félicite pas d'avoir insisté et payé ce type bizarre pour récupérer tes toiles.»
«Mais alors les toiles dans le salon?»
Regina tiqua de nouveau, sa femme était vraiment bizarre ce soir.
«Oui, chérie se sont les tiennes, voyons.»
«Je… je suis artiste peintre?»
«Tu as ouvert ta propre galerie il y a trois ans et ton dernier vernissage a été un véritable succès. Emma qu'est-ce qui t'arrive?»
«Rien, rien… je … je crois que des fois j'ai du mal à réaliser… je suis parti de si bas…»
«Hey, arrête, tu as toujours eu du talent… c'est juste que pendant longtemps tu n'as eu personne pour te donner le petit coup de pouce qu'il te fallait.»
«Jusqu'à ce que je te rencontre, toi.» Devina Emma, émue.
«Je suppose, oui.» Répondit Regina avec un brin de timidité dans la voix.
«Comment je pourrais te remercier pour tout ça?»
«Oh mais tu l'as déjà fait Emma.»
«Comment?»
«On s'est marié un an après notre rencontre et … comme je suis stérile, tu as porté notre enfant. Tu m'as offert un merveilleux petit garçon, tu m'as offert une famille Emma et rien que pour ça, je t'aimerais tout le reste de ma vie.»
«Je…»
Emma était au bord des larmes, tentant d'assimiler toutes ces nouvelles informations.
«Je t'aime doute jamais de ça.» Murmura Regina avant de déposer ses lèvres sur les siennes avec une tendresse inouïe.
«Je… je…»
Emma ne pouvait pas encore articuler ses mots pourtant son cœur explosait dans sa poitrine, un tel sentiment de bien-être n'avait encore jamais réussit à l'atteindre, personne dans sa vie n'avait jamais été aussi tendre et sincère avec elle. Emma empoigna sa nuque et prolongea ce baiser un peu plus fiévreusement qu'elle ne l'aurait voulu. Le souffle de Regina se saccada sous l'impulsion de sa femme et très vite leurs deux corps se pressèrent l'un contre l'autre.
Emma calma le jeu quelques instant après, sentant que son désir était en train de lui faire perdre pied.
«Allons-nous coucher, chérie, tu m'as l'air épuisé.»
Emma suivit docilement Regina jusqu'à leur chambre à coucher et sans un mot, elles se glissèrent sous les draps, Regina enlaça Emma le plus doucement possible, sentant la fragilité certaine de sa femme. Et déposa un baiser sur son front, elle serra son corps contre le sien et Emma s'endormie un peu plus paisiblement que prévue.
SQ
Le lendemain, Emma accompagna Henry à l'école et sur le chemin, elle ne pouvait arrêter de le fixer du coin de l'œil. Ce petit était adorable, vif d'esprit, intelligent et tendre. Jamais elle n'aurait cru vouloir un enfant, ayant grandi dans des foyers et des familles d'accueil toutes plus ou moins minables, elle ne se voyait pas élever un enfant, elle ne sentait pas à la hauteur d'une telle responsabilité, jamais elle n'y avait songé sérieusement, après tout, elle avait déjà du mal à se gérer elle-même. Et pourtant, sur la route de l'école, la main d'Henry dans la sienne, il lui sembla que c'était là, le plus beau rôle de sa vie.
Et puis, après l'avoir laissé à l'entrée de l'établissement, clef en main, elle alla découvrir sa galerie et son atelier. La galerie en elle-même n'était pas très grande, mais lumineuse et épurée. C'était bien son nom sur la devanture, c'était bien ses œuvres accrochés aux murs blancs, sa technique avait évolué, son talent s'était affirmé mais c'était bien son travail et sa signature qui était exposé là. L'effet était terriblement étrange, elle reconnaissait son style mais elle se trouvait devant des toiles qu'elle n'avait pas peintes… ou du moins, pas encore.
C'était déroutant et totalement enivrant.
A l'étage se trouvait son atelier, un lieu plus sombre, éclairé par des gros spots de chantiers. Il y avait des bâches au sol recouvertes de tâches de peinture, des toiles peintes et d'autres vierges entassées un peu partout, des étagères, des caisses et un grand plan de travail regorgeant de pots et de tubes de peinture ainsi que des bocaux où trempaient des tas de pinceaux usés. Sous la verrière du plafond, il y avait un canapé usé, une table basse et une chaine hifi avec de grosses enceintes. C'était sa tanière, sans aucun doute, un lieu unique où elle pouvait exprimer son art en toute liberté. C'était si étrange de se sentir chez soi dans un endroit où l'on mettait les pieds pour la première fois pourtant, tout transpirait d'elle ici.
Elle resta plantée là, au milieu de cet atelier où résonnait le silence.
Alors comme ça, il y avait une potentiel chance pour qu'elle réussisse dans la vie? Qu'elle ait un tant soit peu de reconnaissance, qu'elle ait un entourage et une famille qui l'aime? L'idée était vertigineuse et encore une fois, elle se sentait flottante entre deux états-d'âmes. Comment était-ce possible?
Elle passa la journée dans son atelier, à fixer une toile inachevée, tentant encore de comprendre ce qui lui arrivait.
Quand elle rentra le soir, elle ne fut pas étonnée de trouver Henry assis à la table en train de faire ses devoirs et Regina, téléphone coincé entre l'oreille et l'épaule, dossier en main, en train de finaliser quelques détails sur un gros projet avant de profiter du week-end. On était vendredi soir, il y avait un rôti et des pommes de terre dans le four, une musique jazzy en fond sonore et le cœur d'Emma se retrouva une nouvelle fois conquis par la vision devant ses yeux.
Cette vie-là était parfaite.
Un pincement dans sa poitrine la rappela à l'ordre. Elle se sentait à sa place, mais le méritait-elle? Peut-être pas encore. Et puis, elle savait, que ce n'était peut-être qu'un rêve et que bientôt, elle se réveillerait, surement au pied de la fontaine, en pleine nuit, gelée des pieds à la tête car l'hiver et les températures en baisse arrivaient à grand pas. Elle s'installa dans le canapé et regarda cette femme et ce fils avec des yeux plein d'amour. Elle venait à peine de les rencontrer mais une chose était certaine, elle était déjà complètement dingue d'eux.
Si c'était une blague, elle était cruelle.
Si c'était un aperçu de l'avenir, il était sublime.
Emma soupira, se laissant aller à profiter de ses instants tout particuliers pour elle. Elle aida Henry quand il lui posa une question sur un exercice où il n'était pas sûr de s'y prendre correctement. Elle alla vérifier la cuisson du rôti quand elle vit que Regina n'arrivait pas à se dépêtrer de son client récalcitrant. Elle mit la table en fredonnant l'air qui passait en sourdine dans les enceintes. Elle déposa un baiser sur le front de Regina alors que celle-ci tentait de garder son calme alors que son client était en train de remettre en question des semaines de travail.
Et puis, plus tard dans la soirée, après avoir diné et couché leur fils, Emma se retrouva allongé dans ce grand lit auprès de sa femme qui était en train de griffonner des croquis dans son carnet en vue de satisfaire son client. Regina marmonnait son mécontentement mais voulait finir ses esquisses. Emma la regardait faire, admirative. Regina le remarqua et posa son stylo.
«Tu as raison, je devrais laisser ça de côté, j'aurais bien le temps de me pencher sur ce dossier lundi matin.»
«Non, continue, j'aime bien te regarder travailler.»
«Mais je ne devrais pas ramener du travail à la maison, surtout un vendredi soir.»
« C'est un client important, fait-le tant que c'est frais dans ton esprit.»
«Ça ne te dérange pas? tu es sûre?»
«Absolument.» Répondit Emma en se redressant pour déposer un léger baiser sur la bouche de Regina.
La brune lui offrit un charmant sourire et se remit au travail. Quant à Emma, elle n'osait pas fermer les yeux, de peur de se réveiller, ailleurs, sans eux.
SQ
Emma avait trouvé le sommeil tard dans la nuit malgré la fatigue mais elle se réveilla dans la douceur, de la plus agréable des manières. Blottie dans des draps de qualité, la tête reposant sur un oreiller de plume d'une légèreté sans pareil, elle sentit les ongles de Regina agripper le col de son t-shirt pour dénuder son épaule et y déposer ses lèvres. Même ses rêves les plus fous n'avaient jamais été aussi doux.
Elle grogna de plaisir, tentant de réveiller son corps et son esprit encore alourdit par le sommeil. Elle sentit les lèvres de Regina se frayer un chemin vers son cou, en dégageant ses courtes mèches blondes en pagaille. Elle sentit son souffle s'appesantir près de son oreille et cela eut un effet immédiat. Emma se réveillait avec un coup de chaud.
Elle se retourna sous les draps et elle sentit le corps de Regina se blottir étroitement au sien. C'était un mouvement si instinctif, si charnel, qu'il lui sembla que leurs deux corps savaient parfaitement comment se presser l'un contre l'autre. Pour elle, c'était la première fois mais pour son corps ce n'était que l'élan naturel d'une intimité déjà installée depuis de nombreuses années. Le cœur battant la chamade, elle trouva le regard brillant de la brune planté sur elle. De la tendresse mêlée de désir. Personne auparavant ne l'avait jamais regardé ainsi. Une légère panique s'empara d'elle. Et si en allant plus loin, Regina se rendait compte qu'elle n'était pas vraiment la femme qui partageait sa vie, si en s'engageant dans un ébat physique, elle découvrait qu'Emma n'était pas vraiment son Emma.
Regina poursuivit son ascension, elle embrassa la clavicule d'Emma, mordant légèrement sa peau au passage et Emma ne put faire autrement que de lâcher un soupire. Elle sentit les mains de la brune se glisser sous son t-shirt et caresser son ventre puis ses flancs pour remonter doucement vers sa poitrine. Le rythme cardiaque d'Emma s'accéléra et sa gorge se noua, sa respiration devenait lourde. En quelques secondes à peine, les mains d'une extrême douceur qui se posaient sur elle, la rendait déjà folle d'impatience.
Emma retint son corps de basculer contre elle et stoppa Regina dans son élan.
«Henry?» Fut le premier prétexte qu'elle trouva pour ralentir le rythme.
«Il est déjà parti.»
«Quoi? Où ça?»
«A son entrainement de soccer comme tous les samedis matin…» Expliqua Regina, avant de reprendre le court de son ascension.
Emma se figea, elle n'avait aucune échappatoire et à bien y réfléchir, elle n'avait pas vraiment envie d'échapper à ce que Regina prévoyait de faire. Elle sentit les mains de Regina soulever son t-shirt et se pencher pour déposer ses lèvres humides sur son ventre, ses abdos se contractèrent immédiatement, son corps entier se tendit de nervosité. Mais la tendresse mêlée à la dévotion sans limite dont faisait preuve Regina à son égard eut vite fait de faire passer sa réticence au second plan. Emma lâcha un gémissement quand elle sentit la jambe de Regina se caler entre les siennes.
Elle se mordit la lèvre et oublia tous ses principes. Après tout, elles étaient mariées, elles semblaient heureuses alors même si ce n'était qu'une illusion bientôt vouée à s'évaporer, il fallait au moins vivre cela à fond. Emma attrapa la nuque de Regina et lui intima de remonter pour s'emparer de ses lèvres dans un baiser fiévreux.
«Hmmm, Madame ma femme se réveille enfin.» Murmura Regina entre deux baisers.
«C'était si doux que je pensais être encore en train de rêver.»
«Non, tu ne rêves pas.»
Accompagnant ses gestes à la parole, Regina se souleva et surplomba Emma, elle glissa sa cuisse le long de son entre-jambe et approfondit leur baiser d'une manière tout à fait voluptueuse. Emma ne put que subir cet assaut tant son cerveau disjoncta quelques secondes. C'était trop. C'était terriblement bon et cette femme, sa femme, au-dessus d'elle prenait les choses en mains sans détour. Elle sentit une vague de désir la submerger et cela la réveilla pour de bon.
Le court-circuit dans sa tête ne dura pas, Emma reprit ses esprits et glissa ses mains sur les hanches de la brune, elle passa sous le caraco en satin qu'elle portait et sentit enfin sous la paume de ses mains la douceur de sa peau. C'était fascinant. Elle voulait graver cela dans sa mémoire et quand elle sentit que Regina accélérait un peu trop les choses à son gout, elle décida d'intervenir.
Emma serra sa femme dans ses bras et lentement, elle la bascula sur le côté puis elle se redressa. Elle entremêla leurs jambes, elle prit ses poignets pour les plaquer sur le matelas, elle cala son bassin contre le sien et plongea son regard dans ses beaux yeux noisette. Regina voulu se redresser pour trouver ses lèvres mais Emma s'éloigna. Elle voulait la regarder juste un instant, là, entièrement abandonné à elle. Regina grogna et Emma esquissa un sourire.
«Putain, qu'est-ce que tu es belle… je suis la femme la plus chanceuse de toute cette foutue planète.»
«Tu n'exagère pas un peu?» Ricana Regina.
«Absolument pas.»
Emma laissa ses yeux glisser sur ce corps qu'elle tenait sous son emprise. Caraco en satin et dentelle bleu nuit, shorty assorti assez ample laissant ses cuisses à découvert, des bras fins, des formes parfaites, une poitrine ferme et une peau légèrement halée et douce. Regina était une femme magnifique. Vraiment magnifique.
Regina eut la sensation étrange qu'Emma la regardait pour la première fois avec ses yeux là. Il y avait quelque chose de l'ordre de la découverte et de la fascination dans ses yeux gris-verts si expressifs et si profonds.
«Emma?»
«Hm?»
«Est-ce que tout va bien?»
«Oui.» Murmura Emma, légèrement bouleversée.
«Alors embrasse-moi… vite.» Ordonna Regina.
Emma se mit à déglutir difficilement, la gorge nouée par le désir et la peur de l'inconnue. Il lui sembla n'avoir jamais eu autant envie de quelqu'un dans sa vie et ça la rendit légèrement nerveuse. Elle se pencha pour capturer les lèvres de Regina avec douceur. La brune suivit son mouvement, calant son rythme sur la tendresse dont semblait vouloir faire preuve sa femme ce matin. Elle n'avait rien contre, bien au contraire. Leurs relations avaient toujours été tendre, parfois plus sauvage, parfois plus pressée, et même un peu brusque quand l'humeur de l'une était à la tempête, mais toujours avec une certaine tendresse, un profond respect et une alchimie naturelle.
Emma relâcha ses poignets et passa sa main sur la joue de Regina tout en l'embrassant avec beaucoup de délicatesse. Puis leurs jeux de lèvres se fit un peu plus taquin et les mains de Regina glissèrent dans le dos de la blonde, relevant son t-shirt dans le but de lui retirer. Emma laissa faire, tout en glissant ses lèvres sur l'épaule de la brune, puis sur sa clavicule, puis elle alla effleurer le bout de ses lèvres sur un téton pointé sous le satin du pyjama. Elle se recroquevilla pour aller embrasser le ventre de Regina dont elle venait de soulever le haut. La douceur de sa peau sous ses lèvres lui tira un gémissement presque animal. Elle laissa ses lèvres et sa langue goûter à sa chair, puis descendit mordre l'os de sa hanche, ce qui fit sursauter Regina.
Emma emporta le caraco vers le haut et Regina leva les bras pour s'en débarrasser. Emma resta quelques secondes immobiles, les yeux rivés sur ce corps à moitié nue devant elle. Regina passa ses bras autour d'elle et vint presser son corps contre le sien. La rencontre de leurs peaux nues fit chavirer Emma pour de bon.
Elle emprisonna la bouche de Regina dans un baiser tendre et passionnel. Elle explora son corps comme si c'était la première fois avec des gestes lents, en savourant le moindre baiser, la moindre caresse. Elle glissa son corps le long du sien, elle attrapa avec ses dents le tissu du shorty et le fit glisser le long de ses cuisses, son regard était celui d'un prédateur et elle en fit même rougir Regina qui avait l'impression que sa femme était muée d'un désir nouveau, ou plutôt ancien. Un désir émotionnel, qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps, sans doute parce que la routine et la vie de couple avaient légèrement assagit leurs ébats avec les années. Elle retrouvait la Emma, un peu sauvage mais fragile des premières fois.
Emma déposa des baisers tout le long des jambes de Regina, puis à l'intérieur de ses cuisses, elle y mordit la peau sensible puis elle posa ses lèvres sur l'intimité brulante devant elle et le corps de Regina se cambra par reflexe. Soupirs, gémissements, grognements commencèrent à emplir le silence et le calme de leur chambre à coucher. Emma goûtait la liqueur de sa femme et prenait un plaisir fou à le faire en lenteur. Elle commençait même à sentir Regina s'agiter et s'impatienter alors elle lui fit relever les jambes et bascula leurs corps. Elle inversa leur position et Regina se retrouva à genoux avec la tête d'Emma toujours entre ses jambes. Emma inséra sa langue en elle et Regina se cambra encore un peu plus.
«Emma!» Sursauta-t-elle.
«Hm?» Bafouilla la blonde, la bouche pleine.
«Non, rien… continue…» Haleta Regina.
Regina se redressa, poussant sur ses cuisses et ses abdominaux, tout en laissant libre accès à Emma pour qu'elle continue ses attentions terriblement excitantes. Elle se cambra et laissa une de ses mains vagabonder dans son dos et trouver le ventre d'Emma, puis elle trouva la lisière du pyjama à carreau qu'Emma portait toujours et glissa sa main dedans. Emma la sentit approcher et elle releva les genoux et le bassin pour lui permettre de mieux l'atteindre. Regina étira son bras et ses doigts trouvèrent la source humide et chaude, pleine de désir, de sa femme. Sans perdre une seconde, elle glissa deux doigts en elle et Emma hoqueta, abandonnant quelques instant les attentions qu'elle portait à la brune. Elle se mit à gémir et du reprendre son souffle avant de reporter sa langue vers le clitoris gonflé devant elle.
Les caresses durèrent un moment puis Emma eut besoin d'air, elle libéra une de ses mains et vint caresser la boule de nerf de sa femme avec ses doigts, Regina recula légèrement et Emma se redressa. D'un instinct commun, leurs deux corps se retrouvèrent collé l'un à l'autre. Regina retira sa main et débarrassa Emma de son bas de pyjama, et la seconde suivante, elle était sur elle, en train de relever la jambe d'Emma sur son épaule et de coller son sexe au sien. Trempées et brulantes, leurs deux intimités se trouvèrent le plus naturellement du monde et le rythme de leurs coups de reins s'intensifia tout comme leurs respirations se firent de plus en plus haletantes.
Quand Emma sentit son orgasme approcher, elle empoigna les fesses rebondit de sa femme et ralentit le rythme tout en approfondissent le geste. Plus lent mais plus ferme. Elle voulait faire durer encore le plaisir, elle voulait faire monter Regina le plus loin et le plus haut possible. Regina se pencha en avant pour l'embrasser et lui transmettre tout ce que des mots ne pouvaient pas faire à cet instant précis, du plaisir intense, fulgurant et de l'amour à l'état brut.
Emma glissa sa main entre leurs deux corps soudés l'un à l'autre et sans effort, elle pénétra Regina qui ne put retenir un cri. Habilement et en quelques minutes, elle sentit sa femme se tendre, tous ses muscles se contractaient et sa voix resta bloquée dans sa gorge. Regina exulta dans un gémissement sourd, le corps entièrement tendu par la force de son extase. Emma la soutint et l'emporta aussi loin que possible, gardant le rythme pour prolonger son orgasme à son paroxysme jusqu'à ce que ce soit la brune qui, dans un dernier soubresaut, se dégage de son emprise.
Regina s'écroula dans les draps défaits, la main sur le cœur, le souffle court, les yeux rivés au plafond. Totalement épuisée mais aussi totalement satisfaite. Emma calma les pulsations de son propre cœur et ravala son sourire autant que ses larmes. C'était si bon. Mais c'était aussi beaucoup trop d'émotions. Elle attrapa la main de sa femme pour y déposer un baiser puis tenta de se relever pour s'assoir au bord du lit et cacher son malaise mais Regina la rattrapa et la fit s'allonger sur elle.
«Putain qu'est-ce que je t'aime!» Lança Regina, encore essoufflée et sous le coup de l'émotion.
Emma lui offrit un tendre sourire. Son cœur se serra fort dans sa poitrine avant de pouvoir articuler ses mots.
«Moi aussi, je … je t'aime.» Avoua-t-elle dans la douleur.
SQ
Usurpatrice. Voilà, comment elle se sentait, comme dans la peau d'une usurpatrice. Cela avait beau être d'elle-même, elle n'était pas la Emma que Regina avait épousée, elle était une jeune femme paumée, seule, à la rue et à deux doigts de faire une connerie. Voilà qui elle était il y a quelques jours.
Alors, là, allongée dans ce grand lit, dans une belle demeure, avec une femme plus que magnifique à ses côtés avec qui elle venait de faire l'amour d'une manière totalement renversante, Emma se sentait mal. Entre la joie et la nausée. Elle ne savait pas comment gérer ce trop plein d'émotions qui la traversait.
Tout ceci était trop pour elle. Trop fort. Trop insensé. Trop bon. Trop intense. Trop délirant.
Elle n'arrivait plus à gérer, elle sentait le poids de ce qu'elle était l'étouffer. Elle devait respirer où bien c'était la crise de panique assurée. Elle enfouie son visage dans le cou de Regina, tentant désespérément d'étouffer un premier sanglot. Regina sentit le corps de sa femme se tendre contre elle, elle sentit sa pression et l'angoisse s'emparer d'elle alors elle la serra un peu plus fort dans ses bras mais cela n'eut que pour conséquence d'ensevelir Emma un peu plus dans son tourment.
«Pardonne-moi…» Murmura Emma, en ravalant difficilement ses premières larmes.
Elle se leva d'un bond, quittant l'étreinte douce et chaude de sa femme. Elle s'engouffra dans le dressing pour trouver des sous-vêtements et un jean qu'elle enfila en vitesse.
«Emma, chérie, qu'est-ce qu'il y a?»
«Rien, j'ai juste besoin de prendre l'air…» Dit-elle depuis le dressing.
Regina se redressa dans le lit, rabâtant les draps sur elle et affichant une mine inquiète.
«Emma?»
«Je… je vais chercher des bagels! ça te ditpour le petit déjeuner? Je meurs de faim!» Lança la blonde en enfilant un sweat avant de quitter la chambre.
«Attends!»
«Quoi?» Répondit Emma en repassant sa tête dans l'entrebâillement de la porte.
«Tu reviens vite hein?»
«Oui. Promis.» Dit-elle avec un sourire.
Emma avait réussi à faire bonne figure face à Regina, elle avait réussi à retenir ses larmes, sa peine et sa colère. Elle quitta la maison et une fois sur le trottoir, elle hurla de rage. Elle avait besoin d'expulser toutes ses émotions qui s'enchevêtraient les unes aux autres sans lui laisser de répit.
Elle avait perdu son job parce que son patron était un enfoiré et un harceleur. Elle avait surpris son petit-ami avec une autre fille. Elle avait rassemblé ses affaires et était partie, sans aucune perspective, sans aucun plan de secours. Ce n'était pas la première fois qu'elle partait sans se retourner mais il lui avait semblé ne plus avoir la force de s'en remettre cette fois-ci. Et puis, tout un coup, le jackpot, une vraie vie. Un job fabuleux grâce à ses peintures – qu'elle pensait tout juste bonne à jeter à la poubelle – une femme extraordinaire, un fils adorable, une superbe maison. Son ascenseur émotionnel venait de rompre les câbles et elle avait l'impression de tomber dans le vide. Elle avait besoin d'air frais et de réponses.
Elle se mit à courir, direction le parc et la fontaine. Une fois sur place, essoufflée mais légèrement calmée, elle tourna sur elle-même, scannant les environs à la recherche de cet homme en costume étrange qui lui avait fait faire un vœu en jetant sa pièce dans le bassin.
Elle perdait espoir de le retrouver, son cœur battait fort, son esprit en surchauffe ne voulait plus rien comprendre, elle était folle de rage autant que totalement perdue. Elle se passa les mains sur le visage et mordit son poing pour ne pas hurler devant tous ses gens qui se promenaient aux alentours, quand, tout à coup, elle se retrouva nez à nez avec lui.
«Putain! Vous voilà vous!» Grogna-t-elle.
«Bonjour Mademoiselle.»
«Qu'est-ce que vous m'avez fait?!»
«Moi? Absolument rien.»
«Mais qu'est-ce qui m'arrive alors?! je suis devenue complétement dingue c'est ça?!» Cria-t-elle.
«Dingue? Non, pas le moins du monde.»
«Vous êtes quoi? Une sorte de magicien, de génie qui exauce les vœux, un farfadet?»
«Un farfadet? Grand dieu non!»
«Alors quoi? Qu'est-ce que vous m'avez fait?»
«Rien de bien méchant. Je vous montre juste ce que pourrait être votre vie si vous ne renoncez pas maintenant.»
«Comment ça?»
«Ce que vous avez vécu ces derniers jours, c'est un aperçu d'un futur possible. Si vous ne baisser pas les bras, si vous ne vous noyez pas dans l'absurdité de cette pensée idiote, celle qui vous fait dire que vous ne valez rien et que personne ne pourra jamais vous aimer, alors vous avez peut-être encore une chance de vous en sortir.»
«Mais je ne vaux rien!»
«C'est faux. Chaque vie a de la valeur et la vôtre aussi.»
«Mais c'est trop tard pour moi…» Murmura Emma.
«Non, vous pouvez encore changer votre vie, en mieux. Ce soir-là, près de cette fontaine, vous n'avez pas renoncé, vous avez jeté la pièce dans l'eau. Cela veut dire que vous y croyez encore.»
«Alors tout ça, ce n'est qu'un aperçu de ce que je pourrais avoir?Rien n'est réel. »
«Ça le sera, si vous vous en donnez les moyens.»
«Mais comment?» Demanda-t-elle, sa voix trahit de désespoir.
«Vous savez déjà comment.»
Emma fronça les sourcils, elle avait l'impression d'être dépassé par tous ces événements puis soudain, une lumière illumina son regard. Killian, les tableaux, la galerie. Il fallait qu'elle trouve cette galerie. Il fallait qu'elle trouve Regina.
«Vous avez encore jusqu'à demain matin. Après ça, vous vous retrouverez de nouveau au pied de cette fontaine avec l'envi irrésistible d'en finir avec la vie… mais vous avez d'autres choix, maintenant vous le savez.»
«Pourquoi avoir fait ça?»
«Hm, je ne sais pas… Il y a quelque chose en vous qui me fait penser que vous pourriez mériter mieux que ce que la vie vous a offert jusque-là.»
Sur ces dernières paroles, l'homme se recula et disparu dans l'ombre des grands arbres qui entouraient le square et la fontaine, comme s'il n'avait jamais été là. Emma était encore un peu paumée, est-ce qu'elle venait de rêver la présence de cet homme? Était-il bien réel? Est-ce que tout ça avait réellement un sens?
Mais si elle croyait en ses paroles alors elle n'avait plus que quelques heures et ensuite, retour à la case départ.
SQ
Emma quitta le parc, l'air hagard. Folieou magie? Était-elle dingue de croire les paroles de cet homme étrange ou bien serait-elle folle de justement ne pas y croire. D'après lui, elle n'avait plus beaucoup de temps alors d'un coup, son cœur s'accéléra. Il fallait qu'elle rentre auprès de Regina, vite.
Elle passa à la pâtisserie, en marmonnant rageusement devant la longue file d'attente devant elle, mais elle ne voulait pas rentrer sans rapporter le petit-déjeuner qu'elle lui avait promis en s'enfuyant lâchement après leur fabuleuse étreinte. Elle se mit à rougir toute seule rien qu'en y repensant et quand vient son tour de commander, elle tenta de calmer son esprit et le feu de ses joues.
Elle rentra ensuite directement et trouva Regina, en peignoir, dans la cuisine, assise devant une tasse de café.
«Tu en as mis du t…»
Regina n'eut pas le temps de poursuivre sa phrase que déjà Emma avait lancé le paquet de bagels sur le comptoir pour venir l'enlacer et s'emparer de sa bouche avec une certaine impatience. Elle encercla son visage de ses deux mains et l'embrassa encore et encore, jouant avec ses lèvres, taquine et sensuelle à la fois. Regina ne se fit pas prier pour répondre à ses baisers et elle passa même ses jambes autour de sa taille et laissa ses mains vagabonder sur son corps. Emma allait passer les siennes entre les pans de son peignoir pour découvrir ce qu'elle portait en dessous mais un grognement les interrompit.
«Mais enfin… vous pourriez faire ça quand j'suis pas là quand même!» Râla Henry qui venait de revenir de son entrainement de soccer, raccompagné comme tous les samedis matin par l'une des mamans bénévoles de l'équipe.
«Oh crois-moi, gamin, c'est ce qu'on fait!» Lança Emma avec un clin d'œil.
«Dégeu!»
«Langage, jeune homme.» Réprimanda Regina en reprenant une position décante sur son tabouret.
Emma se servit un café et agita le paquet de bagels sous le nez d'Henry.
«Qui a faim?»
«Moi!»
«Hey, je croyais que les bagels étaient pour moi!» S'insurgea Regina.
«Il y en aura assez pour tout le monde!» Répondit Emma.
«Oui, mais tu m'as abandonné ce matin pour ces foutus bagels alors sers moi en premier.»
«Hm… à vos ordres, votre Majesté!»
«C'est la moindre des choses.» Répliqua Regina avec un haussement d'épaule et un regard digne d'une reine.
Emma lui fit un sourire, plein d'amour et de tendresse. Elle prépara le petit-déjeuner, tartinant les bagels de confiture ou de fromage, coupant quelques fruits frais pour en faire une salade, servant un chocolat chaud à Henry en lui rajoutant un zeste de cannelle et ils passèrent le reste de la matinée tous les trois, dans la bonne humeur.
Emma passa le restant de la journée entre deux états, entre deux émotions. Elle hésitait entre profiter et se résigner, et cette étrange sensation ne la quittait plus. Savoir que tout allait s'arrêter bientôt était affreusement déroutant, même si elle l'avait toujours soupçonné, même si elle avait toujours su que ça ne durerait pas, que ça ne pouvait pas être aussi facile. Elle se sentait triste. Elle partageait cette journée avec eux deux mais elle se sentait comme en retrait, elle les observait comme s'ils étaient une illusion.
Un fin sourire triste sur les lèvres, le regard un peu perdu, elle n'arrivait pas à rire clairement aux farces de son fils, elle n'arrivait pas répondre aux sourires de sa femme sans avoir l'envie de pleurer. Elle finit par se reprendre et tenta de profiter au maximum de leur présence. Elle grava chaque geste, chaque mot, chaque regard dans sa mémoire, elle s'en imprégna comme pour trouver la force de continuer et pouvoir les retrouver une fois que le charme sera rompu. Il y avait une chance pour que cette vie existe vraiment et elle allait tout faire pour que ça arrive.
Le soir venu, elle tenta d'effacer sa petite mine triste et de garder le sourire. Elle passa un long moment dans la chambre d'Henry, il n'avait plus trop l'âge pour qu'on lui raconte des histoires et c'était même souvent lui qui en inventait. Alors ce soir, ensemble, ils échafaudèrent un scénario sur une belle princesse kidnappée par un méchant pirate et un chevalier à l'armure étincelante qui parcourait le monde pour la retrouver. Henry finit par fermer les yeux et Emma déposa un long baiser sur son front.
«A bientôt, bonhomme.» Murmura-t-elle, une larme coulant sur sa joue.
SQ
Elle retrouva ensuite Regina dans leur chambre. Cette dernière lisait tranquillement mais elle releva la tête quand Emma se glissa sous les draps. Emma se colla contre elle puis passa une jambe autour de son corps pour venir s'assoir à califourchon sur ses cuisses en dégageant les couvertures au passage. Elle attrapa le livre que tenait Regina et le ferma avant de le reposer sur la table de chevet. Délicatement, elle fit de même avec les lunettes de vue que portait sa femme. Regina la laissa faire en haussant un sourcil.
«Une idée dernière la tête peut-être?» La questionna-t-elle.
«Pas qu'une, en réalité.» Avoua Emma.
«Pourquoi tu es partie si précipitamment ce matin… alors que j'avais clairement quelques ambitions à ton égard ?»
«Hm… oui, désolé pour ce matin, j'ai… j'ai eu besoin de pren…»
«De prendre l'air, oui, tu me l'as déjà dit.» Ronchonna Regina, peu convaincue.
Emma grimaça. Elle ne pouvait clairement pas lui dire qu'elle avait dû partir en courant, au bord de la crise de panique, pour retrouver un homme en costume qui l'avait envoyé dans un futur potentiel pour lui prouver qu'elle ne devait pas en finir avec la vie et qu'elle devait s'accrocher encore un peu et que tout pourrait changer.
«Emma… j'ai remarqué ton regard ces derniers jours. J'ai bien vu que quelque chose te -moi, s'il te plait.»
«Je… je sais, je suis désolé, j'étais un peu ailleurs mais … rien de méchant.»
«Emma, je sais que parfois ton passé te rattrape, que la maltraitance et la solitude qui étaient tes seules compagnes durant ton enfance reviennent te hanter… mais on est là aujourd'hui, Henry et moi, on est là.»
«Je sais…» Murmura Emma, la voix étranglée.
«La dualité qui règne en toi, c'est ce qui fait de toi une artiste si talentueuse et je sais que… rien de ce que je pourrais faire n'effacera les blessures du passé. Je sais que ça fait partie de toi et que c'est ce qui te pousse à te dépasser tous les jours et que ton art est ton exutoire mais… je t'en prie Emma, ne me laisse jamais en dehors de tes souffrances. Partage-les avec moi, je suis capable de les entendre.»
«Tu m'as sauvé la vie.» Souffla Emma.
«Comment ça?»
«Je ne sais pas si je te l'ai déjà dit mais… peu de temps avant que l'on se rencontre… je… je vivais…»
«Dans la rue, oui je tu as atterri à la galerie en reconnaissant ta toile dans la vitrine, Kathryn t'a donné une avance sur commande pour que tu n'es plus à dormir dehors.»
«Ce que tu ne sais peut-être pas… c'est que le premier jour où… je me suis retrouvé dehors… je… je voulais en finir…»
Le cœur de Regina se serra dans sa poitrine, elle avait toujours su les difficultés qu'avait vécu Emma avant de la rencontrer, elle lui avait raconté son passé en foyer, ses déboires de jeune femme et les moments difficiles. Mais quelque part au fond d'elle, elle avait toujours soupçonné une douleur plus aigüe. Elle avait toujours su que derrière la ténacité et la force de caractère de la blonde, il y avait eu un jour une faille et qu'elle n'était pas passé loin de donner sa démission à sa propre existence. Emma ne l'avait jamais clairement dit mais Regina avait toujours su.
Depuis des années, dans le regard pétillant de la blonde, lorsqu'elle riait ou qu'elle peignait, il y avait toujours une noirceur fragile et timide. Le fantôme d'un geste qui ne l'avait jamais vraiment quitté.
«Mon amour…» Murmura Regina, en portant sa main à sa joue.
Emma retenait ses larmes. Digne.
«Tu regrettes?»
«Pas un seul instant.» Répondit Emma.
Regina soupira de soulagement.
«Mais, je me dis qu'il y a un univers parallèle où cette Emma que j'étais à l'époque, a dû sauter d'un pont. Ou bien qu'il y a une Emma qui ne t'a jamais rencontré parce qu'elle n'ait jamais passé devant cette foutue galerie. Ou bien, une Emma qui est morte de froid durant l'hiver en dormant dehors, ou bien qui s'est faite agresser par…»
«Emma… ne te torture pas comme ça…» Supplia Regina.
«Je sais… c'est idiot. Je suis là avec toi et … notre fils… j'ai la vie dont, petite, je n'aurais jamais osé rêver… J'ai…»
«Emma tu as la vie que tu mérites, tu es une mère formidable, une incroyable compagne et une artiste talentueuse. Oui, tu as eu des moments difficiles dans ta vie, oui tu as probablement encore des séquelles de ce temps-là, mais tout ce que tu as aujourd'hui, tu t'es battu pour l'avoir. Et tu le mérites amplement.»
La blonde soupira, une larme perlant le long de sa joue, scintillant sous la lueur de la lampe de chevet. Regina prit son visage entre ses mains et récupéra cette larme entre ses lèvres, dans une bise extrêmement tendre. Le cœur d'Emma loupa un battement. Tant d'amour, tant de douceur. Elle n'avait jamais connu ça.
«Ne me quitte pas Regina, ne me quitte jamais. Je n'y survivrai pas.» Souffla Emma dans une plainte.
«Non jamais… j'ai prêté serment, dans la joie comme dans la peine, dans la richesse comme dans la pauvreté, jusqu'à ce que la mort nous sépare.» Répondit Regina.
Emma ravala ses larmes et elle se pencha sur les lèvres de sa femme pour l'embrasser.
SQ
Ce baiser, follement tendre et empreint d'une douleur sourde se transforma rapidement. Emma avait besoin de plus, de beaucoup plus. Elle chassa ses vieux démons et ses mains trouvèrent le premier bouton du pyjama en soie que portait Regina, celui du bas. Emma courba le dos pour venir embrasser la peau de son ventre qu'elle venait de découvrir, elle déboutonna le bouton juste au-dessus et déposa ses lèvres, un peu plus haut. Et ainsi de suite.
Regina soupira et bascula la tête en arrière dans les gros oreillers. Elle sentait sa femme fragile mais elle la sentait aussi étourdit par un désir urgent et nécessaire. Et elle n'allait nullement le lui refuser.
Emma déboutonna tous les boutons mais en laissa un seul, celui qui permettait que la poitrine de Regina soit encore couverte. Elle passa le bout de ses doigts le long de ses hanches, de ses flancs et de ses côtes, tellement lentement que Regina en frissonna. Elle effleura la rondeur de ses seins et la respiration de Regina s'accéléra. Elle déposa ses lèvres dans son cou, sentant son pouls sous sa bouche avant de glisser sa langue tout du long de cette artère battant la chamade.
Les mains de Regina s'agrippèrent aux cuisses d'Emma, toujours assise à califourchon sur ses genoux et sans le contrôler son bassin s'invita plus près du sien. Ce simple mouvement, alluma une étincelle dans la tête d'Emma. Elle dégrafa le dernier bouton et se jeta sur la poitrine de sa femme, enfermant un téton déjà dressé dans sa bouche et l'une de ses mains se glissa dans le pantalon de pyjama en soie assorti à la chemise qu'elle portait. Regina exulta un soupire et elle laissa Emma la titiller quelques instants avant d'avoir envie de la sentir nue contre elle.
Regina s'empara de son bras et dégagea la main de la blonde de sous son vêtement, elle se redressa et l'embrassa à pleine bouche pendant que ses mains s'emparaient de son t-shirt pour le relever. En quelques minutes, elles avaient retrouvé la même position mais leurs pyjamas avaient disparu. Emma surplombait Regina, les jambes de chaque côté de ses hanches, son pubis plaqué sur le sien mais c'est Regina qui menait la danse, contrairement aux apparences, c'est elle qui rythmait leurs mouvements. Leurs mains jointes, leurs doigts entrelacés, elles se regardaient dans les yeux pendant que leurs corps ondulaient ensemble d'un commun accord.
C'était tendre et intense. Sans compromis, sans mensonge.
Regina sentit le plaisir de sa femme grimper en flèche et elle posa sa main sur son ventre puis elle tira légèrement sur le haut du pubis d'Emma avec son pouce pour que leurs deux sexes s'accordent un peu plus l'un contre l'autre. Leurs deux glands clitoridiens se frottant l'un à l'autre sans retenu, humides et gonflés.
Puis, très vite, elle sentit que cette position ne leur suffirait pas. Elle encercla la taille d'Emma avec ses bras et elle la fit basculer sur le côté. Elle emmêla leurs jambes, plaçant son sexe sur le sien et l'embrassa avec gourmandise. Elle glissa sa main entre leurs jambes et d'un geste doux mais ferme, elle pénétra Emma qui retint difficilement son gémissement. Couchées sur le côté, enlacées dans les bras l'une de l'autre, une jambe relevée sur sa hanche, une main agrippée à son sexe, deux doigts en elle, elle sentait Emma basculer son bassin dans un rythme ravageur. Lent mais profond.
Entre baisers et respirations lourde, les deux amantes se donnaient l'une à l'autre sans retenue. Leurs deux corps s'élevaient dans une extase pure, secoués de mouvements bientôt chaotique, imbriqués ensemble comme une seule et même entité.
Regina sentit l'étreinte autour de ses doigts se resserrer. Emma était au bord de l'orgasme, il grandissait à chaque mouvement, à chaque pression.
«Retiens-toi encore…» Murmura Regina à son oreille.
Le corps entier d'Emma se raidit à ses paroles, elle se concentra, elle retenait le plaisir alors que Regina ralentissait légèrement son rythme pour laisser le corps de son amante s'accoutumer à ce plaisir latent. Puis doucement, elle réappuya plus fermement ses gestes et Emma sentit son désir se décupler, magistralement.
Regina bascula son corps sur celui de sa femme, elle sentit sa jambe s'enrouler autour de sa taille, elle se sentit avoir plus d'aisance dans ses mouvements et en quelques coups de reins, avec ses doigts recourbés en elle, elle la fit jouir dans un cri étouffé. Elle sentit la douleur de la morsure sur son épaule, elle sentit le corps entier d'Emma se cambrer et se tendre dans un ultime sursaut, elle sentit ses doigts être emprisonnés dans cette caverne humide et délicieuse qu'elle ne voulait pas quitter.
Puis dans un gémissement serein, elle sentit Emma se radoucir et presque s'évanouir dans le confort de cet orgasme qui lui sciait les jambes. Regina la laissa respirer et reprendre quelque peu ses esprits, elle parsema son cou et son torse de léger baisers mais elle était restée en elle et sans prévenir, elle réapprofondit sa prise. Emma écarquilla les yeux, un son sourd sortit de sa bouche, elle dévora Regina du regard en comprenant ce que sa femme avait en tête, c'est-à-dire: ne pas en rester là.
Regina appuya son pouce sur la zone sensible d'Emma qui ne put réfréner un tremblement, puis elle relança le rythme de ses doigts en elle, doucement, lentement, sans la brusquer, et Emma sentit l'orgasme qui venait de la vriller se réveiller immédiatement comme s'il avait encore été là, prêt à se décupler encore une fois.
C'était presque de trop mais elle ne pouvait s'y soustraire, c'était réellement divin et même au bord de la rupture, elle ne voulait pas réprimer cette sensation grandissante en elle. Regina laissa Emma mener la cadence, elle la laissa onduler son bassin à son rythme, lui laissant ses doigts à disposition, profondément en elle. Puis elle se glissa le long de son corps et lorsque sa bouche atteignit son sexe et s'empara de cette petite boule de nerf ultra-sensible, Emma se mit à gémir sans retenu. Regina passa son bras autour de sa taille pour la soutenir sentant le dos d'Emma s'arquer de plus en plus, elle la tenait étroitement contre elle, ses muscles bandés au maximum pour soutenir l'effort et le poids d'Emma. Cette dernière releva une jambe, la posant sur l'épaule de Regina et s'abandonna totalement, elle releva la tête et elle vit la brune entre ses jambes se délecter d'elle avec plaisir, et là, Emma décolla, complétement.
Les nerfs à vifs, le corps tremblant, sa peau irradiant d'une chaleur féroce et presque moite, Emma venait de jouir dans un long soupire, et cet orgasme ne semblait même pas vouloir redescendre, la laissant planante tout en haut d'une extase salvatrice. Après un dernier assaut des doigts de Regina, Emma se retira brutalement, son corps entier ne pouvant plus en supporter davantage.
Elle s'écroula dans le lit, accompagné par un bras protecteur, puis d'un corps brulant qui vint se serrer tout contre le sien. Emma était au Paradis et si ce n'était pas le cas, c'est à ça qu'elle voulait que ça ressemble.
«Wow… je… c'était… j'ai pas les mots…» Fut tout ce qu'Emma réussit à articuler après un long silence où seul le bruit de sa respiration haletante témoignait de sa survie.
Regina esquissa un sourire.
Leurs ébats avaient toujours été torride, tant dans l'émotion que dans l'intensité et elle était heureuse qu'après tant d'années de mariage et de vie commune, elles soient encore capables de se donner entièrement et de faire vivre ses sensations à sa femme. Regina l'aimait plus que tout au monde, dès le premier regard, elle avait su que cette femme aux yeux de jade et aux cheveux blonds sauvage allait changer sa vie à tout jamais. Elle avait su lire sa force et sa fragilité, elle avait su se retenir pour ne pas lui faire peur mais elle avait su dès le premier jour qu'elle voulait d'elle à ses côtés. A cette époque Emma était paumée, elle survivait comme elle pouvait, alors elle avait dû se reconstruire avant de pouvoir s'abandonner à un tel sentiment, mais pour Regina, elle, elle l'avait su dès le départ, dès l'instant où Emma avait passé l'entrée de la galerie de son amie Kat.
Emma soupira en étirant son corps encore transit des traces de son extase. Elle se blottit dans les bras de Regina et glissa ses mains sur son corps chaud. Elle redessina du bout de ses doigts les courbes parfaites de son amante, puis elle fit suivre le même trajet à ses lèvres. Regina expira lourdement, son corps avait été échaudé par les orgasmes de la blonde et elle savait qu'il en ferait peu pour la faire monter et prendre un grand plaisir à son tour. Emma le savait aussi, c'est pour cela qu'elle décida de prendre son temps et parsemer son corps entier de baiser, plus ou moins léger, plus ou moins humide.
Dieu que cette femme était douce.
Emma gravait dans sa mémoire chaque infime détail, son grain de peau sucré, la rondeur de son sein, la courbure de sa hanche, la cicatrice sur sa lèvre, la finesse de ses poignets, la douceur de cette peau fine juste en haut de ses cuisses. Et Regina frissonnait sous chaque caresse. Emma s'installa au beau milieu de leur lit et elle intima Regina à se redresser et à venir s'assoir en face d'elle, passant ses jambes de chaque côté de son corps. Emma emprisonna les lèvres de Regina et passa ses mains sous ses fesses pour la soulever et la caler sur ses hanches. Regina retint un petit rire avant de répondre de nouveau aux baisers fiévreux mais tendre de sa femme.
Son corps se mit à onduler de lui-même et très vite, elle sentit la main d'Emma se frayer un chemin jusqu'à son antre. Elle lui mordit la lèvre quand elle sentit les doigts d'Emma entrer en elle, sans difficulté aucune. La brune balança la tête en arrière, la blonde baissa la sienne et rencontra la petite poitrine ferme et parfaite de sa femme. Elle nicha son visage entre ses deux seins, embrassant la peau fine de son sternum et Regina enfoui une main dans la chevelure d'Emma et l'autre s'agrippa à ses épaules.
Regina se déhanchait et Emma tendait les muscles de son bras pour garder son emprise et permettre à son amante de faire monter le plaisir en elle. Le rythme s'accéléra, la cadence prit de l'ampleur, Regina retrouva les lèvres d'Emma et entre deux baisers, l'orgasme éclatant en elle, elle lui murmura un «Je t'aime» totalement bouleversant.
Le cœur d'Emma faillit déborder de sa poitrine tant elle était comblée à cet instant précis. C'est de cette vie qu'elle souhaitait, c'est de cette femme qu'elle voulait tomber amoureuse, encore.
Le corps de Regina tomba à la renverse et les bras musclés d'Emma l'accompagnèrent. Elle se glissa tout contre elle en rebattant les couvertures sur leurs deux corps brulants, elles se blottirent l'une contre l'autre dans une étreinte sourde et puissante. Regina retrouvait peu à peu une respiration plus calme et Emma embrassait son front, dégageant les mèches de cheveux collés par la sueur. L'étreinte était magique, forte et tendre à la fois.
Emma la serra contre elle, souhaitant de toute son âme que cet instant perdure à jamais. Elles restèrent ainsi un long moment et puis le souffle et le corps de Regina s'alourdirent, elle s'endormait. Emma serra les dents, elle savait que cette nuit ne pouvait être éternelle, elle savait que le plus dur resterait à faire. Elle la regarda longtemps, elle refusait encore que la nuit s'achève et quand elle fut sûr que sa belle brune était endormie, blottis dans ses bras, Emma lui murmura:
«Regina, mon amour, je te promets de te retrouver, je te promets de faire en sorte que ce présent soit notre futur. Je te promets qu'on aura cette vie-là. Je te promets de ne pas baisser les bras, de ne pas rester planté-là, au pied de cette fontaine, à me laisser mourir. Je te promets qu'on va s'aimer et construire notre vie ensemble. Pour toi et pour Henry… je te promet de trouver cette galerie. Je te promets de te retrouver…»
Elle laissa ses larmes s'échapper, elle savait que tout serait bientôt fini. Elle ne voulait pas s'endormir mais, comme si la fatigue était plus forte qu'elle, comme si un charme magique se rependait inévitablement en elle, elle finit par fermer les yeux et s'assoupir.
SQ
Emma se réveilla au pied de la fontaine. La foule défilait de bon matin, chacun vacant à ses activités, se promenant ou bien se rendant d'un pas pressé au travail. Un peu sonnée, il lui fallut quelque secondes pour remettre ses idées en place. Tout était un peu confus, son corps était courbaturé et son esprit embrumé.
«Hey jeune fille. Faut pas rester là hein!» Fit une voix d'homme juste au-dessus d'elle.
Un policier en uniforme lui disait de sa voix grave de bouger de là, mais il n'était pas menaçant, juste prévenant.
«Il y a un food-truck de l'autre côté de la rue, allez prendre un café et un truc à manger.» Lui dit-il en lui glissant un billet de 5 dollars dans la main.
Emma refaisait doucement surface. D'un seul coup, des flashs d'images l'assaillirent, une femme brune au sourire affolant et un petit garçon au regard espiègle, lui revenait en mémoire. Regina. Henry.
«Quel jour ont est?» Demanda-t-elle en se relevant péniblement.
«Le 5 novembre pourquoi?»
«Merde! Il s'est passé … 3 jours depuis que j'ai … mais comment c'est possible?»
Emma regardait autour d'elle en marmonnant, l'air perdue. Elle réajusta le col de sa veste et replaça la bretelle de son sac sur son épaule puis elle se passa la main dans les cheveux comme pour se recoiffer correctement, comme si à tout moment elle allait rencontrer quelqu'un d'important. Le policier la regardait étrangement, ne comprenant pas ses divagations. Elle n'avait pas l'air très en forme certes, mais elle n'avait pas l'air d'une droguée non plus, même si son comportement le fit douter pendant un instant. De toute évidence, cette jeune femme était perturbée.
«Hey mademoiselle, vous allez bien?»
«Oui! Oui! il faut juste que … il faut que je la retrouve!»
Il n'eut pas le temps d'en demander plus, Emma partait déjà en courant.
SQ
Bouleversée, paniquée, Emma s'était mise à courir sans même savoir où elle allait.
Elle finit par s'arrêter, à bout de souffle. En relevant la tête, elle croisa son reflet dans la vitrine d'un magasin et elle se fit presque peur. Que lui était-il vraiment arrivé? Avait-elle divagué pendant tout ce temps ? Est-ce que tout ça avait été bien réel ou seulement le fruit d'un délire?
Et puis les souvenirs de la nuit dernière, dans les bras de Regina, lui remontèrent dans le corps et l'attrapèrent au cœur. Oui, c'était réel, le gout de sa peau et de ses baisers, son sourire, ses murmures. C'était réel. Il fallait que ça le soit.
Tant pis pour sa dégaine, il fallait qu'elle cherche un moyen de retrouver Regina. Vite.
Elle déambula sur le trottoir et son regard fut attiré par un plan encadré près d'un arrêt de bus. Elle le scruta minutieusement mais seuls les grands musées de la ville étaient indiqués. Il lui fallait une carte oui, mais une carte des galeries d'art. Elle ne savait même pas si cela existait.
Elle revint sur ses pas, elle savait qu'il y avait un kiosque à journaux près de l'entrée du Park, elle y trouverait une carte de la ville et s'il le fallait, elle allait arpenter toutes les foutues rues de New-York pour la retrouver.
Et c'est ce qu'elle fit pendant plus d'une semaine, elle s'était renseignée et elle avait quadrillé les quartiers où se trouvaient le plus de galeries de ce genre. Carte et magazine spécialisé en main, elle cochait chaque adresse qu'elle avait déjà vérifié. L'étau se resserrait, elle finirait bien par tomber dessus. Il en allait de sa santé mentale et de sa propre vie, il n'y avait plus que cela qui comptait pour elle: retrouver la galerie appartenant à cette certaine Kathryn, où devait normalement être exposé l'une de ses toiles. Si elle trouvait cette galerie, elle trouvait Regina.
Le froid mordait ses joues et ses doigts mais elle continuait chaque jour, sans relâche, à chercher cette foutue galerie. Elle tentait aussi de ne pas trop avoir l'air d'une sans-abri, elle s'efforçait de faire bonne figure et de soigner au mieux son apparence pour le jour où enfin, elle ferait face à la brune de ses rêves. Tous les soirs, elle dinait au centre du secours populaire, elle passait ensuite par les salles de douches des foyers pour SDF puis elle se trouvait un coin tranquille pour dormir quelques heures. Elle s'était trouvé des fringues de remplacement dans la friperie du surplus de l'armée, on lui avait fait dons d'une paire de rangers avec de grosses chaussettes, d'un pantalon cargo marron, d'un sweat épais et d'un gros blouson kaki bien chaud. L'hiver allait être rude et heureusement il y avait encore quelques personnes qui se donnaient la peine d'aider les gens dans sa situation.
Elle ne perdait pas son objectif de vue, il n'y avait que cela qui la faisait avancer, l'espoir que sa vision se réalise un jour, l'espoir qu'elle la retrouve, et même si cela prenait encore des semaines et des semaines, elle ne renoncerait pas. Chaque soir, avant de s'endormir, elle se repassait en boucle ces moments de pur bonheur qu'elle avait vécu auprès de Regina et d'Henry, elle avait gravé en elle chaque détail de ces quelques jours passé avec eux, et chaque soir, elle s'y accrochait comme à une bouée de sauvetage.
Et puis, un matin de ce mois de Novembre particulièrement rude, elle se figea enfin devant une vitrine.
C'était là.
''Kathryn Abigail Nolan Galery'' était inscrit en petites lettres d'or sur la devanture et dans la vitrine, une toile, sa toile.
Emma faillit en perdre l'équilibre, pendant quelques secondes, elle crut qu'elle allait s'évanouir. Tout son corps et ses nerfs se relâchaient enfin, elle avait trouvé, elle y était. Elle respira profondément pour faire passer son vertige et elle observa la toile derrière la vitre. Grand format, fond noir, balayé de jet de peinture. Elle se souvenait très bien de son état d'esprit quand elle avait fait ça, de la colère, de la peine, un trou béant dans sa poitrine. C'était son mal-être à l'état brut qui avait peint cette toile et il en ressortait une force énorme, une volonté de s'accrocher à la moindre espérance, continuer de lutter quoiqu'il arrive. Et c'est ce qu'elle avait fait toute sa vie malgré le nombre de moment où elle aurait pu abandonner le combat.
Puis son regard se porta alors au-delà de la toile, vers l'intérieur de la galerie. Elle était là. La brune de ses rêves. Elle était bel et bien là.
Le cœur d'Emma loupa un battement, Regina était là, perchée sur une jolie paire de talons, habillée d'un tailleur pantalon et veste grise très élégant, brushing parfait et maquillage subtil. Elle était en pleine discussion avec une blonde au regard perçant, classeur sous le bras et stylo aux lèvres, elles avaient l'air en pleine négociation et Emma hésita. Son cœur s'affolait, c'était la chance qu'elle attendait, c'était le point de départ de sa vision du futur qui était là, à portée de mains. Elle paniqua, était-elle vraiment à la hauteur pour cette vie-là?
Et puis, comme poussée par le destin lui-même, un énorme coup de vent lui fit faire un pas en avant et mettre la main sur la poignée. Elle inspira profondément et elle entra.
Elle pénétra dans la galerie, l'éclairage mettait en valeur des tableaux d'art moderne sur des murs blancs et Emma, un peu timide, s'avança d'un pas. Elle ôta sa capuche, replaça une mèche de cheveux sauvage et releva enfin le regard. Elle croisa directement celui de Regina et son cœur s'arrêta de battre.
La brune la regardait avec une intensité qui la transperça presque de part en part.
Un regard, un frisson, un coup de foudre. Emma le savait, elle avait réussi, elle l'avait retrouvé comme promis. Elles se dévoraient du regard comme si leurs deux âmes se reconnaissaient et puis soudain, Emma ne se souvint plus de rien.
Soudain, tous les souvenirs de ce potentiel futur qu'on lui avait offert s'envolèrent. Leur couple, leur fils, leur vie, leur maison, sa galerie, tout disparu de son esprit. Elle était de nouveau Emma, la jeune femme un peu paumée, qui venait seulement de remarquer en passant par-là que sa toile était exposée ici.
«Est-ce que je peux vous aider?» Demanda gentiment Kathryn.
«Euh… ouais, je crois… en fait, c'est … c'est moi qui aie peint ça.» Répondit Emma en lançant son pouce par-dessus son épaule pour désigner la toile en vitrine.
Et c'est ainsi qu'Emma rencontra Regina, un matin de Novembre, dans une galerie d'Art.
F.I.N
Spéciale dédicace à EvilQueen2370 qui m'a soumis l'idée de départ.
