Niwe anginn : Chapitre 5
Le Fondateur ramassa son livre et ajusta sa cape avant de quitter les quartiers du jeune garçon. Il laissa un soupir s'échapper, long et mesuré, alors qu'il refermait doucement la porte derrière lui. Peut-être allaient-ils enfin avancer. Peut-être allaient-ils cesser de piétiner, de tourner en rond autour de cet enfant brisé sans jamais parvenir à l'approcher véritablement.
Un sourire fugace, à peine perceptible, effleura ses lèvres en repensant à l'instant paisible qu'il venait de vivre. La chaleur de la pièce, la lueur du feu dansant sur la peau pâle du garçon, son souffle lent et régulier alors qu'il s'abandonnait au sommeil... C'était la première fois qu'il le voyait ainsi, aussi vulnérable et pourtant… en paix.
Salazar détourna les yeux avant que ce flot de pensées ne vienne fissurer la carapace qu'il s'efforçait de maintenir en toute circonstance. Il se mit en marche, prenant la direction opposée à ses propres appartements.
Il avait besoin de voir Thalion.
Quand il arriva devant la porte aux ferrures dorées, il prononça le mot de passe et entra sans cérémonie…
… Pour tomber sur un Thalion en serviette, trempé, qui lâcha un glapissement de surprise.
— Sal… Salazar ? Tu… Euh… Peux-tu… Hum. Je vais m'habiller.
D'une vitesse impressionnante, le fils de Godric s'éclipsa en trombe, les joues rouges, laissant derrière lui un Salazar qui arqua un sourcil en l'observant s'enfuir. Un sourire goguenard étira ses lèvres, amusé par la réaction du plus jeune.
Thalion ne tarda pas à revenir, cette fois vêtu d'un pyjama de soie blanc cassé. Il tenta un regard noir, mais abandonna rapidement en s'écroulant dans le fauteuil devant le feu, les bras croisés sur sa poitrine.
— Hm. Que me vaut ta visite si tardive dans mes quartiers ? J'espère que c'était pour autre chose que de jouer les voyeurs, lança-t-il, tentant de garder une contenance.
Salazar roula des yeux avant de s'installer à son tour sur le canapé.
— Bien sûr. La vision de ton corps n'est pas suffisante pour me faire venir si tard, répliqua-t-il avec une pointe de sarcasme avant de reprendre son sérieux. J'ai trouvé Harry en train de jouer dans la neige. Il était transi de froid. J'ai fini par le raccompagner, il a pris une douche chaude, puis il a mangé.
Salazar fit une pause, son regard se perdant un instant dans les flammes.
— Il a un problème avec la nourriture, souffla-t-il. Je ne crois pas qu'il fasse son difficile. Il a souffert de malnutrition pendant des années, et je pense que cela a laissé des séquelles bien plus profondes que ce que nous avions prévu. Pourtant, il s'est détendu, suffisamment pour s'endormir sur le canapé… Il ne m'a pas repoussé quand je l'ai porté jusqu'à son lit.
Thalion fronça légèrement les sourcils, réfléchissant aux implications de ces paroles.
— Les tests montrent qu'il a au maximum douze ans, Salazar. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de le materner trop…
— Justement ! s'emporta Salazar en se redressant brusquement. Il a douze ans, et pourtant… Il souriait en jouant dans la neige comme un enfant de dix ans. Comme la fille de Rowena lorsque nous sommes arrivés ici pour la première fois et elle avait seulement 6 ans !
Il se mit à faire les cent pas devant la cheminée, ses traits tendus par une colère froide qu'il peinait à contenir.
— Tu as vu ce parchemin, Thalion ! Tu as vu l'état de son corps ! Il n'a sans doute jamais eu d'enfance digne de ce nom !
Sa voix tremblait d'une rage contenue.
— Oh, il a reçu un enseignement magique, c'est certain. Mais par qui ? Et à quel prix ? La magie a dû être la seule chose qui l'a sorti de son enfer… Pour mieux le plonger dans un autre.
Il s'arrêta, les poings serrés.
— Des sorts ont abîmé ses nerfs. Il aura toujours ces tremblements, et cela l'handicapera à jamais en potions ou dans toute activité demandant une précision absolue. Maintenant il pourra subir des crises de tremblements assez violentes à causes de ça. Et encore… Ce n'est rien comparé à ce qu'il aurait pu subir. Si cela avait été pire, c'est son cerveau qui aurait été touché, Thalion !
Il se tourna vers lui, la voix vibrante d'une émotion qu'il peinait à masquer.
— Si cela avait été pire… nous aurions trouvé un enfant sans âme, incapable de penser, incapable de parler…
Un frisson de dégoût et de fureur parcourut son échine.
Thalion, jusque-là silencieux, se leva et agrippa doucement sa manche, l'obligeant à lui faire face.
— Je te comprends, Salazar. Moi aussi, j'ai lu le dossier qu'Helga a préparé. Moi aussi, ça me révolte.
Salazar ouvrit la bouche, mais Thalion le coupa avant qu'il n'ait pu répliquer.
— Mais peut-être qu'il veut juste vivre comme un enfant normal maintenant, murmura-t-il.
Le regard assassin que lui lança Salazar aurait pu glacer n'importe qui.
D'un geste brusque, il fit venir la cape de Thalion et la lui jeta au visage.
— Suis-moi. J'ai quelque chose à te montrer.
Le fils de Godric soupira avant de s'exécuter, enfilant rapidement sa cape avant de suivre Salazar presque en courant. L'homme marchait vite, poussé par une énergie que seule la colère semblait alimenter.
Arrivés dans le hall, Thalion comprit enfin leur destination. Il jeta un sort d'imperméabilité à ses vêtements avant de suivre Salazar à travers la neige. Le vent était mordant, mais l'homme ne ralentit pas, son pas aussi assuré qu'intraitable.
Puis, brusquement, il s'arrêta net.
Thalion, surpris par l'arrêt soudain, lui rentra dedans avant de retrouver son équilibre.
Il ouvrit la bouche pour râler… mais son regard tomba sur le paysage enneigé, et il se figea.
— …Attends.
Ses yeux s'écarquillèrent devant les bonhommes de neige, les anges dessinés dans la poudreuse, et surtout…
— C'est… C'est Poudlard, ça ?!
Il s'avança d'un pas, détaillant la sculpture miniature du château avec stupeur.
— Il n'est jamais sorti… Comment peut-il connaître l'extérieur du château ?
Salazar, le visage fermé, croisa les bras sur sa poitrine.
— Thalion, je t'ai dit qu'il connaît très bien la magie.
Il marqua une pause avant d'ajouter, plus doucement :
— Je pense qu'il sait magnifiquement collaborer avec elle… sans utiliser de conducteur.
Le silence retomba entre eux, seulement troublé par le vent soufflant sur la neige.
Thalion, pour la première fois depuis leur conversation, ne trouva rien à répondre.
Thalion prit une longue inspiration, observant les sculptures de neige avec un mélange de fascination et de respect. Son regard s'attarda sur le petit dragon roulé en boule, les ailes repliées contre son corps, comme s'il dormait paisiblement sous la lumière nocturne.
— C'est incroyable… souffla-t-il.
Salazar, toujours à ses côtés, hocha doucement la tête.
— Il n'a peut-être jamais vu de dragon de ses propres yeux… mais il en a déjà imaginé un. Ou alors, la magie qui l'entoure a façonné ces souvenirs à sa place.
Thalion passa une main dans ses cheveux, son souffle formant un nuage blanc dans l'air froid. Il se tourna vers Salazar, leurs épaules se frôlant légèrement.
— Tu crois qu'il comprend tout ça ? Qu'il sait qu'il est… spécial ?
Salazar réfléchit un instant avant de répondre, ses yeux verts suivant les moindres détails des sculptures enneigées.
— Il doit en avoir conscience, oui… Mais il n'en mesure sans doute pas encore toute l'ampleur.
Il marqua une pause, son ton devenant plus grave.
— Ce que je sais, c'est qu'il veut vivre comme un enfant normal. Et pour ça, sa psyché va naturellement chercher à rattraper ce qu'il a perdu.
Thalion baissa les yeux vers les traces de pas dans la neige, songeur.
— Tu veux dire… qu'il va revivre les étapes qu'il n'a jamais pu traverser ?
Salazar esquissa un fin sourire, presque triste.
— Exactement. Mais contrairement à avant, il n'aura plus à craindre des punitions démesurées pour avoir simplement voulu être un enfant. Il va grandir à son rythme, sans la peur constante de la douleur ou du rejet.
Thalion soupira doucement, se frottant les bras pour se réchauffer.
— Et tu penses qu'il pourra suivre les cours avec les autres bientôt ?
Salazar hocha la tête.
— Dans quelques semaines, oui. Mais il faudra être attentif. Il sera brillant dans certains domaines… et bien plus en difficulté dans d'autres.
Il se détourna légèrement, observant le château au loin, ses pierres illuminées par la lueur des torches.
— Regarde tout ça, Thalion. Il a sculpté Poudlard dans la neige. Il en connaît chaque détail, chaque courbe… Alors qu'il n'a jamais mis un pied à l'extérieur.
Un silence pesa entre eux, seulement troublé par le vent soufflant sur la neige.
— Il pourrait être un génie en métamorphose, reprit Salazar après un instant. Mais un piètre élève en duel rapproché. Pour les potions…
Son regard se durcit légèrement.
— Je vais devoir l'aider à maîtriser ses mains, à compenser ses tremblements.
Thalion tourna la tête vers lui, captant l'intensité de son regard.
— Tu veux vraiment t'occuper de lui, hein ?
Salazar ne répondit pas immédiatement. Il laissa le silence s'étirer avant de murmurer, presque pour lui-même :
— Je refuse qu'il soit brisé une seconde fois.
Thalion sentit une étrange émotion lui serrer la poitrine. Il n'avait jamais vu Salazar aussi… investi. Aussi touché.
Il esquissa un léger sourire et donna une tape amicale sur l'épaule du Fondateur.
— Eh bien… Tu ne seras pas seul pour ça.
Salazar tourna enfin la tête vers lui, une lueur de surprise dans les yeux.
— J'espère que tu en es conscient, continua Thalion en haussant un sourcil. On parle d'un enfant avec une affinité magique rare, une enfance dévastée, et une capacité à se forger une réalité à partir de presque rien. Ça ne va pas être de tout repos.
Salazar souffla un rire bref, avant de secouer légèrement la tête.
— Je n'en attendais pas moins.
Thalion sourit en coin avant de frissonner.
— Bon, c'est pas que je veux gâcher ce moment, mais j'ai les pieds gelés.
Salazar roula des yeux avant de lever sa baguette, lançant un discret Focillo pour réchauffer l'atmosphère autour d'eux.
— Tu es pire qu'un enfant, lança-t-il, moqueur.
— Et toi, tu deviens presque attendrissant, répliqua Thalion avec un sourire narquois.
Salazar leva les yeux au ciel, mais un léger rictus amusé trahissait son amusement.
— Rentrons, conclut-il enfin. Il va falloir que je trouve un moyen de lui apprendre à maîtriser tout ça…
Thalion hocha la tête avant de suivre Salazar en direction du château, laissant derrière eux les sculptures enneigées d'un enfant qui, pour la première fois, avait laissé son imagination s'exprimer librement.
Les deux hommes se séparèrent devant les grands escaliers, chacun plongé dans ses réflexions sur leur jeune invité. Salazar, malgré la fatigue qui alourdissait ses membres, abandonna rapidement l'idée de dormir. L'esprit encore troublé, il prit place à son bureau, allumant une lampe enchantée d'un mouvement de baguette avant de tirer à lui le dossier médical de Harry.
Il parcourut les lignes avec attention, notant les points qu'il connaissait déjà mais s'attardant sur d'éventuelles complications futures. Ses doigts tapotaient distraitement le bord du parchemin pendant qu'il réfléchissait. Certains traumatismes physiques pouvaient être surmontés avec du temps et des soins adaptés, mais la rééducation des mains du garçon serait plus complexe. Ses tremblements n'étaient pas seulement une question musculaire ou neurologique ; il y avait une part de mémoire du corps, une réaction profondément ancrée qui ne disparaîtrait pas d'elle-même.
Salazar se pencha, saisissant une plume pour commencer à élaborer un programme destiné à améliorer la motricité du garçon. Il inscrivit plusieurs exercices simples pour commencer : mouvements précis, exercices de coordination, écriture progressive... Mais il savait que cela ne suffirait pas. L'idée lui vint alors d'exploiter la magie de Harry comme une béquille, un soutien qui pourrait prendre le relais lorsque ses tremblements deviendraient trop prononcés.
Son écriture s'interrompit lorsqu'un elfe apparut soudainement à ses côtés, le tirant de ses pensées. Il sursauta légèrement avant de se détendre en entendant l'annonce du petit-déjeuner. Il n'avait pas vu le temps filer.
Se massant brièvement la nuque, il quitta son bureau et traversa son salon d'un pas mesuré avant de sortir pour se rendre aux appartements de Harry. Arrivé devant la porte, il toqua et attendit une minute avant d'entrer.
L'enfant sortait à peine de sa chambre, les paupières mi-closes, ses cheveux déjà en bataille malgré son réveil récent. Il lui jeta un regard à moitié endormi avant de hausser les épaules, puis il bâilla largement avant d'aller s'affaler sur une chaise, visiblement encore engourdi par le sommeil.
Salazar referma doucement la porte et s'approcha.
— Bonjour, Harry. Je voulais savoir si cela te disait de manger en ma compagnie ce matin ?
Le garçon releva la tête, l'observant quelques secondes comme pour peser le pour et le contre. Il semblait hésiter, pas par méfiance, mais par habitude, comme s'il lui était étranger de simplement accepter une proposition sans avoir à en évaluer les conséquences. Finalement, il hocha la tête en signe d'acquiescement.
Salazar allait prendre place lorsqu'il remarqua un changement subtil dans l'attitude de l'enfant. Son regard s'était posé sur le plateau déjà préparé devant lui, et l'odeur du porridge fumant l'avait fait légèrement grimacer. Lentement, presque mécaniquement, il poussa le bol du bout des doigts, détournant à peine la tête, mais Salazar ne manqua pas la crispation fugace de sa mâchoire.
L'adulte fronça légèrement les sourcils en prenant mentalement note de ce qui venait de se passer.
Un claquement de doigts fit apparaître un elfe qui attendit patiemment ses instructions.
— Apporte un petit-déjeuner plus léger, demanda-t-il. Des fruits frais de la serre, du lait et quelques tartines beurrées. Rien de trop lourd.
L'elfe hocha la tête avant de disparaître en un "pop" sonore. Quelques instants plus tard, les plats demandés apparurent sur la table : deux bols de pommes et de poires juteuses, un verre de lait pour Harry, une tasse de thé pour Salazar, et deux tartines beurrées dorées à la perfection.
Salazar vit l'envie traverser brièvement le regard de l'enfant en voyant ce nouveau repas, mais quelque chose dans son expression le troubla. Harry semblait à la fois soulagé et… hésitant.
Il prit une gorgée de lait avant de tendre lentement la main vers un quartier de pomme. Mais au moment de le porter à sa bouche, il eut une seconde d'arrêt, imperceptible mais bien réel. Comme s'il s'attendait à ce que quelque chose se passe.
Salazar l'observa sans un mot, les doigts posés autour de sa tasse de thé. L'enfant mangeait, oui, mais il jetait de temps en temps de petits coups d'œil à l'endroit où se trouvait le porridge un instant plus tôt, ses sourcils se fronçant légèrement à chaque fois.
Le fondateur réfléchit.
Harry avait manifestement un problème avec ce plat, et cela ne semblait pas seulement lié à une question de goût. Était-ce un simple rejet dû à la monotonie des repas qu'on lui avait imposés ? Possible. Après tout, il savait que la majorité des petits déjeuners du garçon avaient consisté en ce même porridge insipide.
Salazar ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer combien de fois Harry avait dû se forcer à manger ce plat par nécessité plus que par envie. Même lui, qui était un adulte responsable, rechignait à manger trop de fois de suite la même chose.
Il ne fit cependant aucun commentaire à ce sujet, se contentant d'observer l'enfant finir lentement sa tartine, son expression se détendant légèrement à mesure que le repas progressait.
Salazar nota cela dans un coin de son esprit. Il n'insisterait pas sur le porridge. Et il veillerait à ce que les repas du garçon soient plus variés à l'avenir.
Sans un mot de plus, Salazar se concentra sur son thé, laissant à Harry le temps de manger à son rythme. Il ne fit aucun commentaire lorsque l'enfant hésita encore à chaque bouchée, ni lorsque son regard dérivait sporadiquement vers l'endroit où se trouvait le porridge un instant plus tôt. Il nota simplement tout cela en silence.
Quand enfin ils eurent terminé leur petit déjeuner, Salazar se cala plus confortablement contre le dossier de sa chaise et observa l'enfant. Il ne voulait pas brusquer la conversation mais savait qu'il devait aborder le sujet.
— Tu sais, ce que tu as fait hier dans la neige m'a fait réfléchir cette nuit.
Il regretta instantanément sa formulation en voyant Harry se figer brusquement. Ses doigts, qui étaient en train de lisser machinalement un coin de sa tunique, s'arrêtèrent net. Son corps tout entier sembla se raidir, et Salazar, intérieurement, s'insulta pour son manque de tact.
Il ne laissa pourtant rien paraître sur son visage et continua sur sa lancée, se mordant la langue pour ne pas soupirer de dépit face à sa propre maladresse.
— Tu sais que j'ai travaillé avec Helga pour te soigner, reprit-il d'un ton plus mesuré. J'ai donc pu constater que tes nerfs avaient été très gravement touchés. Nous avons fait de notre mieux pour te soigner, mais comme tu l'as remarqué, tu as gardé de légers tremblements un peu partout, et plus particulièrement dans les mains.
Il marqua une pause, laissant le temps à l'enfant d'absorber ses paroles. Harry ne bougea pas, mais ses épaules, légèrement crispées, trahissaient son attention.
— Je voulais savoir si cela te dirait de travailler avec moi pour apprendre à vivre avec ces tremblements. Pour qu'ils ne te handicapent pas si tu veux faire des potions ou d'autres travaux qui demandent de la minutie.
L'enfant leva légèrement les yeux vers lui, sans pour autant le fixer directement. Salazar se retint de froncer les sourcils. Il connaissait ce regard. C'était celui de quelqu'un qui se préparait à être jugé, à entendre qu'il n'était pas assez bon, pas assez capable.
— J'ai déjà remarqué que ta magie pouvait grandement t'aider à compenser, poursuivit-il. Ce qui serait bien, ce serait de réussir à la maîtriser pour que tu puisses faire appel à elle n'importe quand, pour n'importe quoi.
Harry semblait suspendu à ses mots, son expression toujours insondable, mais ses doigts recommencèrent doucement à bouger. Un tic nerveux ou un moyen inconscient de tester ce qu'il venait d'entendre ?
Salazar haussa légèrement un sourcil.
— Hm. Vu ton regard, j'imagine que tu sais déjà plus ou moins le faire.
L'enfant baissa légèrement la tête, laissant quelques mèches sombres cacher son visage. Puis, après un instant d'hésitation, il tendit lentement la main vers la table.
Salazar l'observa avec attention.
Les tremblements étaient là, toujours présents, mais... quelque chose d'autre se produisit. Comme la veille, il y eut cette sensation presque imperceptible de magie se glissant autour de ses doigts. Un frisson de puissance diffuse, subtile, à peine visible à l'œil nu, mais bien là.
Les doigts de l'enfant frôlèrent le bord de sa tasse de lait. Elle vacilla un instant, et au lieu de tomber, elle sembla se stabiliser d'elle-même, comme guidée par une force invisible.
Pas un seul instant Harry ne regarda la tasse. Il fixait obstinément la table, les épaules légèrement contractées, comme s'il redoutait que Salazar le réprimande ou lui dise qu'il faisait mal.
Le fondateur ne dit rien. Il prit son temps, analysant, réfléchissant.
Puis, lentement, il hocha la tête.
— C'est intéressant.
Harry releva légèrement les yeux, surpris par l'absence de reproche.
Salazar effleura son menton, pensif.
— Tu le fais instinctivement. Ta magie vient naturellement compenser, mais ce n'est pas encore entièrement maîtrisé. Tu la laisses venir quand c'est nécessaire, mais elle ne répond pas encore à ta volonté consciente, pas vrai ?
L'enfant détourna le regard, mais cela confirma à Salazar qu'il avait raison.
Il posa doucement sa tasse, avant de joindre ses mains devant lui.
— Ce que tu fais est impressionnant, Harry. Mais imagine si tu pouvais le contrôler pleinement. Si, au lieu d'attendre que ta magie intervienne d'elle-même, tu pouvais l'appeler volontairement, au moment précis où tu en as besoin.
Il attendit une réaction, une lueur de compréhension.
L'enfant resta silencieux, mais cette fois, son regard s'attarda un peu plus longtemps sur lui.
— Ce n'est pas un don qu'il faut craindre ou réprimer, ajouta-t-il plus doucement. C'est une force qui peut être affinée, perfectionnée. Et si tu es d'accord, je peux t'aider à le faire.
Il laissa l'offre en suspens, ne cherchant pas à arracher une réponse immédiate.
Harry finit par baisser lentement les yeux sur sa main, comme s'il évaluait ce qu'il venait de faire. Son autre main, nerveuse, froissait le tissu de sa tunique.
Salazar patienta.
Puis, après plusieurs longues secondes, il vit l'enfant hocher imperceptiblement la tête.
Un simple mouvement, à peine perceptible, mais il était là.
Un accord silencieux.
Un premier pas.
Salazar esquissa un léger sourire, à peine visible, mais bien réel.
— Bien. Nous commencerons bientôt, alors.
Harry regarda le fondateur avec les yeux légèrement écarquillés. Pendant un instant, un frisson de déjà-vu le traversa. La posture, l'intensité du regard, même la façon dont Salazar avait haussé un sourcil en l'observant… Il aurait presque cru revoir Snape juste devant lui.
Un petit gloussement lui échappa malgré lui, un son à peine audible, mais suffisant pour attirer l'attention du fondateur. Ce dernier arqua davantage son sourcil, intrigué.
— Hm ?
Harry écarquilla les yeux, réalisant ce qu'il venait de faire, et porta précipitamment une main à sa bouche comme pour étouffer tout autre bruit suspect. Son regard chercha instinctivement une échappatoire et, sans même réfléchir, il se leva d'un bond, manquant de renverser sa chaise. Dans un mouvement vif, il se précipita vers le porte-manteau, attrapant en vitesse une cape chaude, une écharpe et des chaussures adaptées au froid.
— Neige !
Puis, avant même que Salazar ne puisse réagir, l'enfant disparut à toute vitesse par la porte.
Le fondateur resta figé un instant, le cerveau bloqué sur un seul détail.
Il avait parlé.
Il avait parlé !
Un seul mot, mais bon sang, c'était déjà énorme !
L'onde de choc le frappa si violemment qu'il se leva trop brusquement, se prenant les pieds dans sa chaise et s'écroulant avec elle dans un bruit sourd. Il pesta, la repoussant d'un mouvement impatient, et jaillit hors des appartements en courant.
— Un elfe ! ordonna-t-il en pleine course, appelant la magie à son aide. Apportez-moi un manteau et des gants ! Et prévenez Helga, immédiatement ! Qu'elle vienne dans le Hall, vite !
L'instant suivant, il attrapait au vol les vêtements que l'elfe venait d'apporter et tentait tant bien que mal de les enfiler sans ralentir sa course. Il slalomait entre les élèves, qui s'écartaient précipitamment sur son passage, éberlués par le spectacle improbable qui s'offrait à eux.
Salazar Serpentard, d'ordinaire si digne et mesuré, courant comme un dément dans les couloirs tout en se débattant avec sa cape.
Un spectacle des plus perturbants.
Et ce ne fut que le début.
À un croisement, il prit un virage trop serré et percuta de plein fouet un obstacle inattendu. Un choc brutal, une perte d'équilibre et, avant même qu'il ne comprenne ce qui se passait, il se retrouva au sol, écrasant une autre silhouette sous lui.
— Par Merlin, Salazar ! gronda une voix familière.
Relevant la tête, encore sonné, il croisa le regard exaspéré de Thalion, qu'il venait littéralement de plaquer au sol.
— Mais où cours-tu comme ça ? s'écria Godric, qui les regardait, abasourdi. Tu viens de percuter mon fils !
Salazar se redressa à moitié, leva une main dans un geste évasif signifiant clairement je n'ai pas le temps, puis se releva sans attendre et repartit comme une furie vers le Hall.
Thalion, à peine remis de l'impact, échangea un regard avec son père avant de hausser les épaules et de le suivre, visiblement intrigué.
Quand Salazar arriva dans le Hall, Helga l'y attendait déjà, les bras croisés et l'expression sérieuse.
— Salazar, que se passe-t-il ? L'elfe qui est venu me voir avait l'air paniqué !
L'homme s'arrêta à peine pour reprendre son souffle, l'adrénaline battant à ses tempes.
— Il a parlé, Helga ! s'exclama-t-il sans préambule. Juste un mot, mais il a parlé ! Il a dit "Neige" !
Les yeux d'Helga s'arrondirent sous le choc, avant qu'un sourire ému ne vienne doucement étirer ses lèvres.
— C'est merveilleux…
— Et ce n'est pas tout ! Il faut que je te montre ce qu'il a fait hier soir !
Helga haussa un sourcil, intriguée.
— Tu veux parler des sculptures miniatures dont certains élèves parlent ? Et des bonshommes de neige ?
Salazar ouvrit la bouche pour répondre, mais Thalion, qui venait de les rejoindre, s'incrusta dans la conversation avec un enthousiasme débordant.
— Helga, c'est bien plus que ça ! C'est magnifique ce qu'il peut faire avec sa magie ! De véritables chefs-d'œuvre !
Helga porta une main à sa poitrine, l'émotion se mêlant à la curiosité.
— Alors allons voir, dit-elle doucement.
Salazar hocha vigoureusement la tête avant de se précipiter vers la sortie, son cœur battant à tout rompre.
Car pour la première fois depuis qu'il avait rencontré Harry…
Il avait entendu sa voix.
Les trois autres le suivirent en échangeant des regards entendus et des sourires discrets. Le Salazar digne et froid, l'homme calculateur et implacable, avait soudainement disparu. À sa place, ils voyaient un homme fébrile, à la fierté à peine contenue, presque comme un père empressé de montrer au monde les premiers pas de son enfant.
Helga et Thalion durent se faire violence pour ne pas éclater de rire devant ce spectacle rare. Seul Godric gardait une expression plus sérieuse, plissant les yeux d'un air pensif, comme s'il essayait de résoudre une énigme complexe.
Salazar, qui venait de tourner la tête pour voir où en étaient ses compagnons, croisa le regard du rouquin et s'arrêta net. Pendant une seconde, il le fixa intensément, puis un sourire narquois étira ses lèvres.
— Par pitié, Godric, cesse donc de trop solliciter ton esprit. Tu risques fort de te froisser quelque muscle oublié et, par Morgane, ce serait un malheur que tu sois encore plus diminué que tu ne l'es déjà, hm ?
Godric écarquilla les yeux avant d'ouvrir la bouche, outré.
— Dimin… Comment oses-tu, vil serpent ?! Je suis en parfaite possession de mes moyens, et ce bien plus que toi avec tes artifices et tes sombres manigances ! Et ne t'avise point de railler ainsi mon intelligence, car sache que…
Il continua sur sa lancée, élevant la voix comme un marchand vociférant sur le marché, gesticulant et déblatérant sur l'insolence légendaire de Salazar. Ce dernier, habitué depuis longtemps aux accès théâtraux de son vieil ami, fit la sourde oreille et se tourna plutôt vers Thalion.
D'un geste mesuré, presque trop lent, il laissa un sourire langoureux glisser sur ses lèvres avant de lui adresser un regard ouvertement suggestif, accompagné d'un léger haussement de sourcil.
L'effet fut instantané.
Godric se figea au beau milieu de son monologue en voyant l'audacieuse expression de Salazar. Il balbutia un instant, la bouche entrouverte, puis, dans un réflexe protecteur, attrapa son fils par l'épaule et le tira brusquement contre lui, comme s'il tentait de le soustraire à une menace invisible.
— Vil serpent ! s'écria-t-il avec véhémence. N'essaie point de pervertir mon fils avec tes sourires perfides et tes intentions douteuses ! Il est encore trop jeune pour tes fourberies !
Salazar haussa un sourcil, l'air faussement innocent.
— Entre nous, mon cher Godric, il est le premier à me faire des réflexions pour le moins… suggestives. Je ne fais que lui rendre la politesse.
Godric cligna des yeux, abasourdi, avant de pivoter lentement vers son fils, l'expression sévère.
— Thalion ! Explique-toi sur-le-champ !
Le jeune homme leva les mains dans un geste faussement candide, un sourire angélique aux lèvres.
— Oui, père ? fit-il d'un ton suave. Je ne vois point de quoi veut parler le noble professeur Serpentard. Il me semble qu'il exagère fort ses dires.
Helga, qui jusque-là était restée silencieuse, porta une main à sa bouche pour masquer son rire, amusée par l'échange.
Salazar, lui, ne put retenir un ricanement léger.
— Oh, je suis certain que tu ne vois point, jeune serpent. Certain, en effet.
Thalion haussa un sourcil avant d'échanger un regard complice avec Salazar, un sourire mutin flottant sur ses lèvres.
Godric, quant à lui, grogna en serrant son fils un peu plus fort contre lui.
— Point de manigances, vil Serpent, gronda-t-il. Mon fils restera hors de ta perfide influence !
— Allons, allons, Godric, fit Helga en posant une main apaisante sur son bras. Cesse donc ton tintamarre et viens admirer ce pourquoi nous sommes ici.
Le rouquin grogna encore, jetant un regard méfiant à Salazar et Thalion, avant de céder et de les suivre à l'extérieur.
Thalion, quant à lui, inclina légèrement la tête vers Salazar, un sourire moqueur aux lèvres.
— Un point pour Serpentard, murmura-t-il avec amusement.
Salazar, cachant à peine son sourire, répondit à voix basse :
— Et nous ne faisons que commencer.
Dans un souffle glacé, ils franchirent enfin les portes du château pour rejoindre Harry.
L'enfant se tenait légèrement à l'écart, assis sur ses talons, les mains tendues au-dessus de la neige. De petits filaments de magie argentée et dorée ondulaient doucement autour de ses doigts, s'enroulant et se déroulant dans l'air froid comme des rubans de lumière liquide. La neige elle-même semblait frémir sous cette danse éthérée, formant de légères vaguelettes avant de s'élever et de se modeler avec une délicatesse fascinante.
Le regard de nombreux élèves se tourna vers lui. Même les plus âgés, ceux qui avaient demandé asile aux fondateurs et qui, pour certains, frôlaient l'âge adulte, observaient la scène avec une attention troublée. Leur perplexité était palpable : comment un enfant si jeune pouvait-il manier la magie brute avec une telle aisance, presque instinctivement ?
Harry, quant à lui, ne prêtait guère attention aux murmures ou aux regards curieux. Il était absorbé par son œuvre, la tête légèrement inclinée en avant, une mèche sombre tombant sur son front. Ses lèvres, rougies d'avoir été mordillées sous l'effort de la concentration, laissaient parfois passer un bout de langue lorsqu'il réfléchissait intensément.
Salazar s'arrêta à quelques pas, observant la scène avec un sourire fugace qu'il réprima bien vite. Il se redressa, redevenant le sorcier austère qu'il se devait d'être aux yeux de ses élèves, puis avança d'un pas mesuré vers l'enfant.
Harry leva brièvement les yeux vers lui et lui adressa un petit sourire, avant de retourner aussitôt à son travail.
Voyant cela, le fondateur décida de ne pas l'interrompre et recula légèrement. Il trouva une pierre dégagée de la neige et s'y installa, le regard attentif.
Thalion ne tarda pas à le rejoindre, s'installant avec aisance à ses côtés. Lui, avait déjà vu les sculptures de neige la veille et était bien plus intéressé par la réaction des autres que par l'œuvre elle-même. Helga, debout non loin, regardait la scène avec une douceur attendrie, tandis que Godric, lui, restait bouche bée, les bras ballants et les yeux écarquillés.
— … Il fait cela naturellement, murmura Thalion après un moment de silence.
— En effet, répondit Salazar, son regard toujours fixé sur Harry.
Thalion jeta un coup d'œil à l'homme à ses côtés.
— Il ne parle guère, et pourtant, il semble que sa magie s'exprime pour lui.
— Ce n'est point surprenant, commenta Salazar. Lorsqu'un être est privé de mots, son essence cherche une autre voie d'expression. Chez lui, cette voie est d'une évidence déconcertante.
Thalion croisa les bras, se penchant légèrement en arrière.
— Son affinité avec la magie est rare, pour ne pas dire unique. Même moi, je n'ai jamais vu une telle harmonie entre un enfant et son pouvoir.
Salazar acquiesça doucement.
— Ce n'est pas seulement de la puissance, mais une compréhension innée, presque inconsciente. Il ne force pas la magie, il l'invite. Elle danse pour lui sans qu'il ait besoin de la contraindre.
— Une âme qui chante à l'unisson avec la magie, murmura Thalion, songeur.
Le silence s'étira entre eux, seulement troublé par les voix des quelques élèves jouant dans la neige plus loin. Helga, qui avait entendu leur échange, se rapprocha doucement.
— Ce don, dit-elle doucement, est autant une bénédiction qu'un fardeau.
Salazar tourna les yeux vers elle, attendant qu'elle poursuive.
— Un enfant avec un tel pouvoir… Il devra apprendre à le maîtriser entièrement, ou il en deviendra l'esclave.
— Je le sais, concéda Salazar. Mais je doute que quiconque ici puisse lui enseigner ce qu'il semble déjà comprendre par lui-même.
Godric, qui s'était enfin remis de sa stupeur, grogna en croisant les bras.
— Je n'ai jamais vu une telle chose… Pas même chez toi, Salazar.
— Et pourtant, elle est devant tes yeux, répondit simplement le Serpentard.
Godric renifla, comme s'il n'aimait pas être ainsi pris de court.
Mais avant qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit, Harry bougea.
L'enfant se redressa lentement, ses petites mains couvertes de gants fins encore levées comme s'il hésitait. Ses yeux parcoururent les visages autour de lui, puis il tourna la tête vers Salazar.
Hésitant une seconde, il s'avança doucement, ses pas crissant sur la neige fraîche.
Il s'arrêta devant le fondateur, levant les yeux vers lui.
Salazar le regarda avec patience, attendant qu'il prenne l'initiative.
Après un moment, Harry tendit une main gantée et attrapa doucement la manche du mage, la tirant avec précaution. Puis, après une courte hésitation, il tendit l'autre main vers Thalion et l'attrapa également.
Thalion cligna des yeux, surpris, puis échangea un regard intrigué avec Salazar.
— Il semblerait que nous soyons convoqués, murmura-t-il avec amusement.
Salazar se leva sans un mot, se laissant guider par la petite main de Harry. Thalion fit de même, suivant l'enfant avec curiosité.
Harry les mena de quelques pas plus loin, à l'endroit précis où il travaillait.
Là, au creux d'une petite dépression dans la neige, se trouvait une forme parfaitement circulaire. De la neige y avait été compactée pour former une paroi lisse, et au centre de cette cavité, un chaudron miniature semblait avoir été sculpté avec un soin extrême.
Mais ce n'était pas cela qui attira leur attention.
Sur la surface de la sculpture, de petites bulles translucides se formaient et éclataient avec douceur, comme si un liquide invisible était en train de frémir dans le chaudron. La neige ne fondait pas, et pourtant, il était évident que la magie simulait le processus d'ébullition avec un réalisme troublant.
Salazar s'accroupit lentement, ses yeux s'étrécissant légèrement tandis qu'il observait l'œuvre de l'enfant.
Thalion, lui, laissa échapper un léger sifflement admiratif.
— Par les Anciens… souffla-t-il.
Harry, silencieux, tourna ses grands yeux verts vers Salazar, attendant visiblement une réaction.
Le fondateur de Serpentard tendit une main vers la sculpture, ses doigts effleurant à peine les contours du chaudron enneigé.
— Tu as… reproduit un véritable processus d'alchimie… uniquement avec ta magie…
Sa voix était presque un murmure.
Harry hocha la tête, ses petits doigts serrant encore la manche de Salazar, comme pour chercher une forme d'approbation silencieuse.
Un silence respectueux s'installa, seulement troublé par les bulles éclatant doucement dans la neige.
Salazar, toujours accroupi devant la sculpture enneigée, laissa distraitement ses doigts glisser dans les mèches sombres de Harry. Un geste naturel, presque inconscient, pourtant empreint d'une douceur rare venant de lui. Il sentit l'enfant se figer légèrement sous le contact, non par crainte, mais plutôt par surprise.
Le fondateur retira sa main avec un léger sourire en coin, avant de tourner son regard vers Harry.
— Il me faut revoir mon enseignement, déclara-t-il enfin.
Harry le fixa, attentif, son regard curieux cherchant à comprendre où Salazar voulait en venir.
— Je pensais devoir t'apprendre à modeler ta magie, à la faire obéir à ta volonté… Mais, à l'évidence, elle te répond déjà avec une aisance déconcertante. Tu n'as pas seulement du talent, Harry, tu es en harmonie avec ta magie d'une manière que peu de sorciers atteignent au cours de leur vie.
Thalion, toujours debout à côté d'eux, hocha lentement la tête.
— Il ne la commande pas, il l'appelle, et elle vient à lui naturellement, comme un bras qui se tend ou un souffle qui s'exhale sans y penser.
Salazar acquiesça, ses yeux clairs brillant d'une intelligence affûtée.
— Et c'est justement là que réside le danger.
Harry pencha légèrement la tête sur le côté, perplexe.
— Ta magie est une extension de toi-même, Harry. Comme un membre, un bras ou une jambe. Ce qui signifie qu'elle peut réagir à tes émotions sans que tu le veuilles vraiment. Si elle agit trop violemment dans un moment de stress ou de peur, elle pourrait causer bien plus de mal que tu ne l'imagines.
L'enfant mordilla légèrement sa lèvre, réfléchissant à ces paroles.
Salazar poursuivit d'un ton plus posé :
— Voilà donc ce que nous allons travailler ensemble. Apprendre à muscler ce « membre », à le contrôler pleinement. Non pas en l'étouffant ou en le retenant, mais en choisissant les moments où il doit s'éveiller, et ceux où il doit rester en sommeil.
Il marqua une pause, cherchant à s'assurer que Harry comprenait. L'enfant fronça légèrement les sourcils, puis, après un moment de réflexion, il hocha la tête. Il comprenait l'idée, ou du moins, il en saisissait l'essence.
Salazar esquissa un sourire satisfait.
— Bien. Dans ce cas, nous allons revoir ensemble ce que je comptais t'enseigner. Nous adapterons les leçons à ce que tu sais déjà faire, et nous verrons comment t'aider à décider quand ta magie doit venir à toi, et non seulement comment elle doit le faire.
Thalion croisa les bras, amusé.
— Voilà qui promet d'être intéressant.
Harry leva les yeux vers Salazar, puis vers Thalion, avant d'étirer un sourire discret. Il était prêt.
Bonjour, bonsoir !
Vous allez bien ? Alors, elles ne sont pas beaucoup trop drôles ou mignonnes, les réactions des personnages ? Je voulais faire un deuxième chapitre plus léger, juste pour montrer les relations entre les personnages.
J'ai remarqué que je pouvais répondre en privé aux reviews. Je sais que, pour le moment, je ne répondrai pas sur les chapitres (je peux encore changer d'avis dans le futur). Alors, si vous attendez une réponse à votre review, dites-le-moi dans votre commentaire, et je répondrai en privé.
Oui, c'est vrai, c'est un nouveau chapitre de cette histoire, à la place des Larmes du Maître de la Mort, mais il se trouve que le prochain chapitre du crossover couvre l'entièreté de la scène de la Moria des livres/films. C'est difficile de revoir la scène du film en boucle, en plus de lire la version écrite pour repérer tous les détails qui ne peuvent pas être retranscrits au cinéma. Le prochain chapitre du crossover prendra donc plus de temps à sortir, mais j'espère vraiment qu'il sera à la hauteur de vos attentes.
En attendant, quand j'ai envie d'écrire mais que je ne peux pas avancer sur Les Larmes du Maître de la Mort, je travaille sur ce qui est pour l'instant un OS (vu mon inspiration, ça peut se transformer en petite ou grande histoire). On reste toujours dans l'univers d'Harry Potter, mais on se rapproche beaucoup plus des films et des livres ! À quelques années près.
À la prochaine !
