Dans la salle de bain, Lars fixait le gant mouillé dont l'eau s'était presque entièrement échappée. Il savait que son ami en avait besoin mais il n'avait pas envie d'y retourner dans l'immédiat. En ouvrant très légèrement la porte deux minutes plus tôt, il avait constaté que James s'était rallongé sur le dos. Il acceptait les antalgiques mais ne voulait pas se poser longtemps sur la zone atteinte. S'il se rallongeait ainsi, c'était pour la protéger en la rendant inaccessible à tous. Pour tenter de chasser sa peur, sa femme avait entrepris de lui caresser le visage d'une main, et de l'autre le torse. Placée de dos et lui masquant son meilleur ami, elle lui avait semblé procéder en douceur. Cela avait fonctionné si bien que James avait attiré son visage vers lui pour l'embrasser, forçant Lars à refermer la porte afin de ne pas les déranger. James avait avant tout besoin de contacts physiques doux, voire intimes si cela pouvait l'aider à surmonter son traumatisme, et seule Francesca pouvait les lui apporter. C'était un passage primordial s'il ne voulait pas se braquer à chaque fois qu'une personne poserait la main sur lui. Lars ayant toujours connu James comme étant le plus timide du groupe, il avait peur que son retour ne bloque sa réceptivité aux élans charnels de son épouse.
Deux minutes plus tard selon son estimation du temps, il expira et rouvrit doucement la porte. Cette fois, il haussa les sourcils sous la stupeur. S'il ne fallait que des contacts, James allait progresser très rapidement. En plus d'un baiser vorace qui lui valait bien des gémissements, ses mains étaient en train de caresser de façon osée la poitrine de sa femme. Bien qu'assise au bord du lit et lui tournant le dos, Lars n'avait pas besoin de voir nettement les bras de James pour le savoir, la hauteur de son coude gauche était suffisante. Il referma la porte et souffla, envieux de son amie. Il tenta de se souvenir du nombre de fois où il avait fantasmé sur James, mais il était si démesuré qu'il abandonna. Après ce qu'il venait de voir, il commençait déjà à rêvasser sur divers scénarios et même à ressentir une vague de chaleur dans son ventre.
- Tu en mets du temps !
La porte ouverte sur Francesca, il sortit brusquement de ses pensées, la surprenant autant qu'il ne l'était.
- Tu vas bien ?
- Très bien !
Voyant qu'elle s'inquiétait, il voulut répondre mais elle ferma la porte sans lui en laisser l'occasion. Alors qu'elle le dévisageait gentiment, il déglutit et sentit le feu envahir ses joues mais il souffla en désignant la porte fermée.
- Je voulais juste vous laisser un peu de temps. J'ai ouvert la porte et vous étiez en train de vous tr... embrasser, alors j'attends un peu.
Il avait failli dire "tripoter" mais lorsqu'il y songea, il ne savait qui de lui ou Francesca aurait été le plus embarrassé. Heureusement, elle ne remarqua rien et lui tendit les mains.
- Ce n'est rien voyons ! On aurait arrêté, tu n'es pas venu pour rester à part. James a besoin de toi aussi.
Elle s'approcha de lui complètement, puis murmura sur un ton plus sérieux :
- En plus, rien que s'embrasser peut vite partir en live avec James, même dans un lieu public.
Perdu sur le coup, le batteur pencha la tête.
- En live ?
- Oui ! Par exemple, au moment où tu as trouvé Jamie devant son lit à la maison, on venait de se disputer à cause d'une de ses manies, qui peut être à la fois cocasse et énervante.
Ne sachant pourquoi elle avait fait un bond temporel au lieu de répondre directement, Lars fronça les sourcils mais resta patient en espérant qu'elle ne développe.
- Ça, je l'avais deviné. Je l'ai vu te rejoindre dans la cuisine et quand il est ressorti, il n'était plus du tout le même. Déjà que je l'avais un peu refroidi en insinuant qu'il avait bu... je ne sais pas ce que vous vous êtes dit mais...
Il s'abstint d'évoquer les baisers que James lui avait donnés dans le cou et fit une pause, le temps que son amie puisse exprimer sa réaction quant au reste. Ce n'était pas accusateur et il espéra qu'elle ne le prendrait pas comme tel, mais Francesca lui sourit. Elle savait qu'il voulait et méritait une réponse. Il était celui qui avait le plus soutenu James, à la fois depuis le drame mais aussi toute sa vie.
- Tu vois pourquoi il a besoin de toi ? Tu le connais mieux que personne et c'est pour ça que je dois te le dire... Il y a une chose importante que tu dois savoir, c'est que ton meilleur ami a une puissante addiction au sexe.
- Euh... quoi ?
Bien qu'il toussota pour pallier sa perte d'oxygène suite à cette anecdote croustillante, Ulrich se demanda si elle n'était pas en train de se moquer de lui.
- Tu peux répéter ?
- Tu as bien compris. Tout à l'heure, tu m'as demandé si tout allait bien sexuellement, et je n'y ai pas franchement répondu parce que j'ai parlé de Bud. Alors je te réponds maintenant, ton meilleur pote est accro au sexe. Il en est véritablement malade ! C'est pour ça qu'il avait l'air complètement perdu dans la chambre, ça arrive souvent qu'on se dispute après ça et il a des remords. Il en a tout le temps besoin et ça peut être extrêmement dérangeant pour moi. La fréquence de ses pulsions bat tous les records, il a tout le temps envie. Les très rares fois où j'arrive à l'en empêcher, c'est en restant là où il y a du monde. Sauf s'il me voit aller à l'écart ou vers un endroit clos, là je n'ai plus aucun moyen de lui échapper. Comme quand il m'a rejointe dans la cuisine.
Lars haussa les sourcils, la bouche grande ouverte. Gênée, Francesca ne put que sourire légèrement en s'excusant.
- Oui, tu étais juste derrière avec les petits. Crois-moi, j'ai bien essayé de le calmer mais il n'est pas du genre à écouter dans ses instants de délires. J'ai l'impression que ça l'excite plus qu'autre chose, ou alors il s'en fout et veut juste me montrer que c'est lui qui commande. C'est sa queue qui passe avant et il n'en a rien à foutre du reste. Comme de mon avis d'ailleurs !
Toujours silencieux à cause du choc, le batteur sentit les doigts de son amie lui refermer la bouche. Il était révolté et n'en revenait pas. "C'est pour ça qu'il ne la lâchait pas du regard" pensa t-il, sachant que Bud y était aussi pour quelque chose ce jour-là. Une partie de lui s'en fichait royalement car ses amis étaient chez eux, excepté que faire ça à proximité d'enfants était tout à fait malsain à son goût. Mais d'un autre côté, il avait compris que Francesca ne l'avait pas choisi. Que son meilleur ami ne prenait jamais en compte ses contestations et la prenait contre son gré. Afin d'être sûr de ce qu'il en était, il reformula de façon à clarifier les faits, mais certains mots lui faisaient peur.
- Ma belle ! Je ne sais pas si tu te rends compte de la façon dont tu dis les choses. J'ai l'impression que tu me dis... qu'il lui arrive de te forcer ?
Elle adopta une posture indéchiffrable mais éloquente. Scandalisé, Lars se tourna vers le lavabo avant de se passer de l'eau sur le visage en maugréant.
- Putain, mais quel pervers !
- Non, ce n'en est pas un ! intervint l'épouse.
Davantage irrité, Ulrich se tourna brusquement vers elle et désigna du doigt la porte derrière laquelle son ami se tenait sur un lit.
- Attends, mais il te viole !
- C'est mon mari et je l'aime, évite ce mot.
- Ah ben pardon d'être franc, mais tu viens pratiquement de me le dire toi-même. Tu refuses la réalité ou quoi ? Parce que lui, il sait ce qu'il fait.
- Je sais bien. Jamie me dit tout le temps qu'il m'aime dans ces moments-là, alors il est conscient mais il n'arrive pas du tout à se contrôler. C'est comme une façon de s'excuser pour lui. Je m'y suis faite il y a longtemps. Il est plus grand et beaucoup plus fort que moi. J'ai essayé de lui en parler mais il se tait. Il n'assume pas du tout sa faiblesse, il ne sait sûrement pas ce qu'il a. Dès qu'il en finit avec moi, il redevient un amour et je me retrouve presque incapable de lui en vouloir. Mais quand je me débats, il insiste comme une bête. Entre nous, au lit, ça ne me dérange pas. Mais pas quand il y a du monde tout près.
D'insidieuses images s'infiltrèrent dans l'esprit de Lars, avant de clignoter comme des alarmes. Son meilleur ami faisait d'abord preuve d'une tendresse infinie envers celle qu'il disait aimer, avant de la coincer contre un mur pour la faire hurler de détresse par ses assauts malvenus et impudiques. Mais dans les cas où elle résistait...
- Jure-moi au moins qu'il n'a jamais levé la main sur toi !
Il ne s'étonna pas vraiment du fin sourire qu'il aperçut à cet instant, lui qui avait oublié cet infime détail confié par James.
- Jamais, il n'est pas violent avec moi. C'est le seul point positif. Il n'y a qu'une seule partie de lui qui peut se montrer violente, si tu vois ce que je veux dire.
- Ne le prends pas mal mais se servir de son gabarit pour te dissuader, c'est utiliser la force. Ça reste du viol pour moi.
Il resta silencieux ensuite, mais elle aussi. Il savait qu'elle n'avait pas besoin d'y réfléchir, elle était entièrement d'accord au fond d'elle. Elle refusait d'entendre ce mot parce qu'elle aimait James, ainsi qu'admettre qu'il abusait d'elle malgré ses sentiments.
- Plus d'une fois je lui ai dit. Il a un grave problème, mais ça lui fait peur de l'entendre et il prend la fuite à chaque fois. Il me sort juste qu'il a envie de sa femme, l'excuse bien macho. Pourtant je sais qu'il se sent mal. Pas autant que moi de subir ses envies animales des fois, mais bon ! Il y a des moments où je suis réceptive à certaines choses, et d'autres pas. C'est pour ça que je n'ai pas su lui imposer des barrières dès le début, c'est un peu de ma faute.
De plus en plus curieux, Lars ne s'était même pas rendu compte que plus aucun d'eux ne parlait à voix basse.
- Parce que ça fait longtemps que ça dure ?
- Pour lui je ne sais pas, mais moi je l'ai toujours connu comme ça.
Cette fois, ses yeux exorbités affrontèrent ceux de Francesca, plus détendue. Foudroyé, Lars se passa durement les mains derrière la tête et tourna en rond.
- Oh putain de merde ! Mais si ça date du début, quelle poisse ! Un détail à part, que tu y trouves ou non une part de responsabilité là-dedans, il a ordre de s'arrêter quand tu lui dis non. Putain, Jamie ! Je vais lui faire bouffer la page du dictionnaire où il y a le mot "consentement", et je le forcerai à le chier avec un laxatif.
Rieuse, Francesca s'étonna de le voir si sérieux et énervé alors qu'elle avait pris son parti de ce problème depuis très longtemps.
- N'en fais pas trop quand même ! Et puis il chie déjà sur le consentement alors...
Malgré la situation, ils partagèrent un rire en se serrant l'un contre l'autre.
- On était plus jeunes et plus fougueux, alors ses envies semblaient moins intenses et moins graves autrefois. On n'avait pas d'enfant, et puis il n'allait pas jusqu'à m'isoler vu qu'il y avait rarement du monde à la maison. Maintenant... ah oui, c'est un petit peu à cause de ça aussi que je le croyais du genre à papillonner entre les groupies, ou que j'ai rejeté la faute chez toi ou les autres après. James ne peut pas du tout se passer de rapports sexuels. Ça peut être n'importe où et n'importe quand. Ce qui me fait peur, c'est qu'il ne met aucun préservatif et il ne se retire jamais. J'ai beau prendre la pilule mais ce n'est pas fiable à cent pour cent.
Hagard, Lars était resté bloqué sur le fait que son ami était "obligé" de faire quelque chose parce qu'il ne pouvait pas se passer de sexe.
- Mais attends, c'est dingue quand j'y pense ! C'est mon meilleur pote et je n'ai jamais rien remarqué d'obscène dans son comportement. Il ne faisait rien avec les groupies et c'est vrai, il semblait tout à fait normal et pas en manque. Alors comment il faisait pour se retenir avec les femmes ?
Un silence des plus perturbants s'installa, durant lequel ils gardèrent la tête baissée pour réfléchir à la question.
- Je me touchais.
James les avait fait sursauter en ouvrant la porte aussi silencieusement que possible. Ils auraient dû s'en douter avec le temps qu'ils avaient mis à bavasser dans la salle de bain pour juste mouiller un gant de toilette. D'abord Lars et ensuite tous les deux... Par reconnaissance et réflexion, ils ne purent rester sans le regarder avec intérêt pour une fois que cet homme se confiait.
- Eh ouai, je me branlais. Et quand c'est devenu la mode, j'allais sur des sites pornos.
Ils regardèrent James, avec tristesse pour Francesca et colère pour Lars. Mais aucune de leurs émotions ne put battre la sienne à cet instant. Le chanteur était tellement humilié et ravagé d'avoir entendu son problème être ouvertement révélé à son meilleur ami qu'il repartit à son lit en refermant la porte sur eux.
- Hé, viens par ici ! attaqua Lars.
Malgré son besoin de réponses, Francesca lui barra la route car ce n'était pas en l'agressant qu'il obtiendrait quoi que ce soit de lui. Elle en savait quelque chose.
- Pas maintenant ! Rappelle-toi qu'il faut d'abord le faire sortir d'ici.
Elle veilla à ce que son ami ne reprenne son calme, puis rouvrit la porte. James s'était rallongé sur le côté avec les yeux tournés en direction de la porte. Ils en vinrent à espérer qu'il ne souhaitait pas les voir partir. Afin de contourner cette éventualité, Francesca vint s'asseoir face à lui et Lars resta à ses pieds pour ne pas le forcer à se retourner sous la peur.
- Pardon mon frère ! murmura t-il en lui remuant les orteils.
Tourné vers son épouse, James souffla.
- Il fallait que tu balances ça, franchement !
Blasée, sa femme décida de se libérer de toutes ses préoccupations. Contrairement à lui, elle n'avait rien à se reprocher et mit en avant ce qu'elle vivait depuis trop longtemps à cause de son addiction.
- Jim, j'en ai marre et tu le sais. Il fallait que j'en parle à quelqu'un puisque tu refuses de le faire avec moi. Tu as recommencé à l'instant alors que tu es à l'hôpital, fais-toi une raison... Heureusement que ton store est baissé, sinon ton ange-gardien Diego aurait eu un joli spectacle !
D'un air innocent, James bouda et regarda entre ses seins avant de lui dire d'un faux air triste :
- J'ai le droit de les aimer eux aussi !
Francesca leva les yeux au plafond et Lars éclata de rire, avant de soutenir son ami en prétextant que quand un homme aimait sa femme, il aimait tout chez elle. Participant quelques secondes à leur plaisanterie, l'épouse retrouva son sérieux de peur de voir son mari échapper encore à sa culpabilité en se servant de l'appui de Lars.
- Moi aussi je t'aime, monsieur Hetfield ! Mais j'aime surtout quand on a toute notre intimité pour faire l'amour, c'est-à-dire dans notre lit. Tu ne crois pas que tu me dois des réponses depuis tout le temps que je subis ça ?
Elle tendit un doigt vers le batteur afin qu'il ne rajoute rien qui permettrait à James de "s'échapper". Le silence de son mari s'avéra plutôt encourageant car il la regarda avec une lueur émotive, mais positive.
- Dès notre rencontre, j'ai vite remarqué certaines choses chez toi. Rien de négatif ! Tu ne voulais jamais qu'on s'éloigne l'un de l'autre. Les fois où ça arrivait, j'avais l'impression que tu avais peur. Ça a failli me briser le cœur et je pensais que tu avais un manque affectif. Alors je veillais à rester avec toi autant que possible, et c'est ce qui nous a amenés à des contacts physiques un peu trop fréquents. Ça ne me gênait pas parce que j'avais un tempérament moins calme et ça me plaisait, mais tu t'es mis à prendre de plus en plus de risques avec le temps. Et on avait les amis, la famille...
James inspira difficilement alors que Lars faisait le lien avec sa main mal placée précédemment. Le blond hocha négativement la tête, blasé, mais ne répondit rien. Ses proches ne se gênèrent donc pas pour répondre à sa place.
- Eh ben mon grand, moi qui te prenais pour un timide...
- Tu veux rire ? C'est un véritable loup dans ces moments-là, à la fois obscène et coquin...
- S'il vous plaît ! coupa James, rouge comme une tomate.
- Même dans son langage, tu ne le reconnaîtrais pas.
- Bébé ! couina le blond en la regardant de façon désespérée.
Lars avait envie de rire, mais il se retint pour ne pas paraître trop moqueur envers son meilleur ami. En revanche, son amie comptait bien dire tout ce qu'elle avait envie de dire.
- "Bébé" en a marre et elle se venge à sa manière. Et puis regarde Lars, ce n'est pas comme si ça avait l'air de le déranger !
Ce fut au tour de ce dernier de rougir, perturbé en réalisant qu'elle venait de parler de lui.
- Hein ?
En effet, entendre ce genre d'anecdotes sur James le faisait intérieurement fantasmer, mais il valait mieux qu'il se taise devant le couple. La blonde se baissa et embrassa doucement celui qu'elle aimait. À la fois gêné et jaloux de supporter la vue des lèvres sexy et tentantes de son meilleur ami en train de caresser celles de sa femme, Ulrich déglutit en détournant le regard.
- Écoute, chéri ! J'adore ton côté dominant, et parfois aussi ton côté "trop envieux". Et quand je refuse une nouvelle pratique, c'est bien que tu n'ailles pas la tester avec une autre femme. Mais j'ai mes limites quand même. Avant ou maintenant, tout le monde a le droit d'aller sur des sites classés X, tant que ce n'est pas criminel ou glauque. Mais si ce n'est pas un abus de porno qui t'a rendu comme ça dès le départ, ça a pu nourrir ton addiction. Tu demandes souvent des choses qui ne me plaisent pas.
L'air un peu perdu et affichant une nervosité plus que certaine, James fronça les sourcils.
- Euh... pourquoi tu dis ça ? C'était avant !
- Ah c'était avant ?
Lars se tut et observa, ne sachant pas de quoi ils parlaient précisément à ce moment-là. Il se contenta de tapoter doucement le pied de son ami, allant jusqu'à caresser sa cheville, pour lui montrer qu'il était toujours là pour lui. Francesca se pencha jusqu'à se tenir à quelques centimètres de son mari, puis lui exposa un grand sourire. Elle lui tapota sur les lèvres et lança :
- Tu n'es pas prudent mon gros bébé, tu n'effaces jamais ton historique.
James rougit violemment et se prit un regard à la fois coquin et provocateur. Il se sentit stupide comme jamais. Il n'y avait rien de plus basique que d'effacer un historique, tout de même !
- Pris en flag, Jamie.
Ulrich lui tapa doucement dans le pied et lorsque son meilleur ami le regarda, il leva son pouce en murmurant :
- Je plaisante, gros nounours. Bienvenue au club ! Le sexe, c'est la vie.
- Merci, tu m'aides beaucoup ! dit Francesca.
Cependant, elle redevint sérieuse le temps d'aborder une des branches les plus épineuses du problème.
- James, ça te dirait d'avoir un nouvel enfant ?
Ce dernier comme Lars furent pris de court par cette question, presque choqués. Évidemment, sa réponse négative fut partiellement révélée dans ses mimiques mais cela permit au moins à sa femme de clarifier sévèrement les choses sur son manque de conscience.
- Maintenant, tu sais ce que je ressens quand tu largues la sauce sans protection ni autorisation.
- Joliment dit ! soutint Lars, alors que James baissa les yeux.
- La pilule n'est pas un contraceptif fiable et les hommes le savent. On voit que ce n'est pas vous qui passez par la case "accouchement". Je te dirais bien d'y repenser la prochaine fois que tu auras une envie de faire des câlins au mauvais moment, mais je ne sais même pas si ça servirait à quelque chose.
Le voir impuissant fut pour elle une petite victoire, car son machisme en prenait un coup. Lars resta muet puisqu'il savait que James avait besoin d'une leçon. Là-dessus, il était du côté de Francesca.
- Alors revenons en arrière, tu veux !
James savait de quoi elle parlait mais là, elle gardait le silence en le fixant. Il devait donc parler, voire il avait intérêt.
- La consommation de porno m'a donné d'assez mauvaises idées en matière de pratiques, c'est vrai. Mais ça ne m'a pas rendu exubérant, et ce n'est pas ce qui me rend agressif et gourmand parfois. Je ne suis même pas sûr, je pense que ça vient un peu de... de ma première fois.
Voyant qu'il avait murmuré ces derniers mots à l'adresse de son épouse, Lars se demanda si sa présence le gênait à propos de la conversation à venir. "Décidément, tu es plus que timide" pensa t-il, attendri. Il resta attentif à chaque expression, prêt à les laisser s'ils lui demandaient. Mais même s'il resta focalisé sur celle qu'il aimait, Hetfield demeura embarrassé et lui serra la main.
- C'est un bon début. Continue !
Sentir une caresse dans ses cheveux en bataille l'aida à se sentir en confiance.
- Parfois, quand je parais de mauvaise humeur, c'est parce que je crève d'envie de le faire et que je sais que c'est impossible. Mais c'est pire quand j'ai la possibilité de le faire ! Ou plutôt, je la prends.
- C'est pour nous éviter à tous ta mauvaise humeur que tu me sautes dessus comme un ogre ? C'est ça que tu veux dire ?
Outrée alors qu'elle n'en crut pas un mot car c'était trop léger comme excuse, Francesca fut soulagée de voir James hocher négativement la tête, et se traita d'idiote.
- Non, ça n'a rien à voir. Je te dis, c'est en partie lié à la première femme avec qui je l'ai fait.
Au moins, il restait stable sur les éventuelles origines de son comportement hypersexuel et déviant. Cette fois, Lars s'attarda dessus afin de savoir si la blonde était la seule à avoir subi des élans sexuels à répétition de sa part.
- Ta toute première copine aussi, elle t'a connu comme ça ? Parce que si tu es "affamé" depuis si longtemps, le porno n'a rien à voir là-dedans.
- Ma première copine ? répéta James.
- Oui, la première chérie avec qui tu as couché. Celle avec qui tu as franchi le pas.
James partagea un regard attristé avec son épouse et déglutit avant de gigoter. Sachant qu'il n'allait plus rien dire, Francesca s'abaissa près de lui et parla à sa place en caressant ses mains.
- En fait, sa première fois s'est passée avec une prostituée.
Lars écarquilla les yeux, ébahi. Ils s'étaient connus très jeunes et n'avaient pourtant pas manqué de filles dans leur entourage. Son meilleur ami se cachant le visage, il lui secoua doucement un pied.
- Ah bon ? Jamie, t'étais désespéré à ce point ?
En espérant qu'il n'allait pas le taquiner sur le sujet alors que son mari s'en voulait, la blonde lui vint en aide.
- N'ébruite pas ça, s'il te plaît.
Il avait bien senti l'ordre et la menace dans le ton de son amie, mais jamais Lars ne trahirait un secret de toute manière.
- Parole d'honneur ! Mais pourquoi une travailleuse du sexe ? On voyait suffisamment de filles pourtant ! Tu as toujours été beau garçon en plus, tu n'aurais eu aucun mal à en trouver une. Je n'étais vraiment pas attentif quand j'y pense, je n'ai rien capté.
L'aîné se posa l'oreiller sur le visage pour se confier plus aisément, ses yeux étant ainsi à l'abri de tout jugement.
- J'avais dix-neuf ans et je n'avais pas encore eu de copine. Belle gueule ou pas, j'étais trop timide même si j'en avais pas l'air, je n'avais jamais embrassé une fille. J'avais peur de leur parler d'autre chose que de musique. Dès que ça devenait personnel, je paniquais à mort et je fuyais. Elles ont été plusieurs à avoir fait un pas vers moi, mais j'avais peur. Alors un jour, j'en ai eu marre d'être le puceau de la bande et je suis allé aux putes. Désolé si je suis grossier ! Je n'ai rien contre ces femmes, c'est à moi que j'en veux depuis ce jour-là.
- Tu n'as pas à t'en vouloir, vieux. Tu n'es sûrement pas le seul au monde à qui c'est venu en tête de liste, hommes ou femmes, c'est la vie. La timidité n'est pas sélective, elle tombe au hasard. Mais aussi malchanceuses que soient les personnes atteintes, cette femme de l'époque peut aujourd'hui être fière de s'être envoyée une star mondiale du metal. Si elle s'en souvient !
Puis Lars regarda Francesca en désignant son meilleur ami, cherchant à savoir si cette confession était venue de façon spontanée chez lui. Apparemment oui, mais pas dans l'immédiat. James avait commencé à être mal à l'aise lorsqu'ils évoquaient leurs relations passées. Les hommes ayant en général un peu plus de "fierté" à énoncer leurs aventures, lui n'en avait aucune et le fait de voir son homme se renfermer avait mis Francesca sur la voie. Alors elle avait procédé en douceur. Trouvant cela courageux comme elle à l'époque, Lars passa de l'autre côté du blond et posa une main dans ses cheveux ondulés. Déglutissant, Hetfield se positionna d'une façon inédite depuis son arrivée : sur le ventre. Peut-être fut-ce inconscient, mais son envie de dissimuler son mal-être lui avait fait oublier sa fragilité physique. Les deux autres se regardèrent après l'avoir constaté. Tentée par le fait de tester ses réflexes pour accélérer sa guérison, sa femme posa une main dans son dos, avant de la faire descendre tout doucement. Lars commença à serrer les dents car il appréhenda un mauvais réflexe chez James, et celui-ci sursauta justement. Sans ôter sa main, Francesca murmura :
- C'est moi, mon chéri. C'est juste ma main.
Elle passa lentement et en douceur cette main au niveau des fesses de son mari, tout en restant sur la couverture. Il commença à trembler en se concentrant sur ce léger contact sur sa zone intime, alors Lars décida de l'aider à accepter cette présence. Il remit la main dans ses cheveux et rapprocha sa tête de la sienne.
- Je ne regarde pas, d'accord ? Tiens, prends ma main ! Respire et pense à vos bons moments à tous les deux. On va tout faire pour que tu puisses sortir de là le plus vite possible. Déjà, on est vraiment fiers de toi. Les médecins ne s'attendaient pas du tout à ce que tu acceptes le contact aussi vite.
L'aîné serra sa main, d'abord assez fort puis se calmant au fur et à mesure que ses pensées l'apaisèrent. Ulrich honora sa parole et ne regarda que son visage, James étant rougi par la gêne de se faire ainsi toucher devant lui.
- J'étais content de ne plus être vierge, mais je m'en suis toujours voulu depuis. Je me suis dit que je n'étais pas quelqu'un de normal. Alors quand j'ai ressenti des envies à tout-va, ça n'a fait qu'aggraver mon jugement parce que je ne savais pas si ça venais de là. Alors le porno... ben j'y allais pour me distraire au début et pour me... voilà ! J'avais de plus en plus honte parce que je devenais accro, et il m'en fallait beaucoup plus pour m'exciter. Alors j'ai rejeté l'idée d'avoir une copine. J'avais peur qu'elle découvre tout et qu'elle décide de m'humilier. Et un jour, j'ai connu la femme qui a réussi à changer quelque chose chez moi. Ma puce, je suis différent de celui que j'étais avant.
- Je veux bien te croire, mais il va falloir qu'on parle de ces pratiques que tu adores quand on fait des galipettes.
Son embarras revenu au grand galop, James se demanda desquelles elle parlait en particulier. Mais pour son plus grand malheur, elle en cita à haute voix sans que Lars n'eut le temps de faire comme s'il n'était pas là. Faire l'amour allongés sur la table de la cuisine ou sur la pelouse, à l'arrière du pick-up ou sur les motos, ou encore dans certains lieux publics. Puis au milieu des déviances en pratique se trouvaient le ligotage au lit des pieds et des mains, le fait de parler au téléphone en pleine action, pratiquer la strangulation... et sans oublier le sexe forcé. Et Comme Francesca le précisa ensuite, il n'y en avait même pas la moitié de révélée.
Après avoir assimilé tous ces détails, dont deux avec une vive inquiétude, Lars s'appuya sur le lit avec ses coudes pour se rapprocher de James. Il le fixa avec un sourire diabolique et taquin sur le visage, signe que James n'avait pas fini de regretter ses fantasmes.
- Ben mon cochon, moi qui me croyais tordu... Non, j'exagère. Moi aussi, j'ai un imaginaire débordant quand il s'agit de faire la bête à deux dos. Mais la strangulation, c'est trop dangereux. Je ne testerais jamais cette merde, même si une femme me suppliait. C'est trop risqué, il y a parfois des décès parce que l'homme ne contrôle pas sa force, ou parce que l'un ou l'autre est trop excité à l'idée de frôler l'inconscience.
- Inconscience, tu peux le dire ! ajouta son amie.
- Je ne suis pas de ceux-là ! grogna James sans les regarder.
La blonde se pencha sur lui et lui caressa les cheveux pour chasser son malaise.
- Je te crois, ne ronchonne pas. Tu ne serres pas les mains, tu fais souvent semblant, et c'est pour ça que je te fais encore confiance. J'ai remarqué que c'est juste pour te sentir plus dominant encore, parce que ça s'accommode avec ta façon de me parler dans ces moments-là. Tu sais, tous ces petits mots qui peuvent être à la fois excitants mais aussi dégradants !
James la regarda, ressentant autant de honte que d'excitation dans les moments intimes. Elle lui en voulait et il le savait.
- Pour les rapports brutaux, eh bien... j'imagine que c'est souvent dans les moments où tu y as recours de façon excessive ? demanda Lars.
Voyant ses amis étonnés, il continua avec sérieux.
- Tu m'avais un peu soufflé le problème quand on était dans la chambre, quand j'essayais de t'empêcher de boire.
- Hein ?
Lars fit une pause en se demandant si, au point où ils en étaient, il devait parler à James de sa confession.
- Eh oui ! Tu sais, un homme bourré ça parle beaucoup. Ça m'étonnerait que tu t'en souviennes mais... un gros besoin de dominer et de baiser, tu m'en as parlé.
- Génial ! ironisa le blond.
Il soupira en fermant les yeux et se replaça sur le dos. Cependant, il sentit des lèvres se poser sur les siennes et réagit en attrapant immédiatement la tête aux cheveux longs, et sans rouvrir les yeux. Les voyant s'embrasser goulûment, Lars demanda en ricanant :
- Papa, maman, vous voulez que je me retourne ?
Les mariés rirent doucement en se séparant, par pudeur et respect. Voir James aussi enjoué et l'esprit libre fut encourageant pour les deux autres.
- Tu vois que tu reconnais un peu ton problème, chéri !
Par solidarité masculine, Ulrich regarda la blonde et brisa la glace.
- Alors comme ça, tu aimes qu'il te gifle en faisant l'amour ?
Un silence s'imposa durant lequel le chanteur devina encore qu'il avait trop parlé en buvant. Outrée, Francesca le regarda avec la bouche grande ouverte.
- Quoi ? Mais Jimmy !
- Mais... mais je...
Ce dernier ne sut plus où se mettre et les regarda chacun leur tour. Rougissant puis se cachant le visage sous son oreiller, le chanteur entendit son meilleur ami rigoler alors que Francesca restait interdite en le grondant. Ressortant sa tête car il manquait d'air, James murmura :
- Lars, je vais t'emplâtrer mais d'une force...
Pour pallier et étouffer ce déclenchement imprévu de dispute collective, le batteur le détendit avec un peu d'humour :
- Tu m'excites là ! De quelle façon ?
James ressortit un visage rougi de derrière ses mains.
- D'une façon dont le mur se souviendra.
- Outch ! Ça va faire mal.
- Putain, pourquoi il a fallu que tu balances ça comme ça ?
Riant, Ulrich s'abaissa et adopta un ton ainsi qu'une gestuelle tenant à le rassurer.
- Ta femme vient de confier des pratiques qui l'embarrassent et sur lesquelles tu dois réfléchir. C'est comme une façon pour moi de me ranger un peu de son côté. Ce n'est peut-être pas agréable à entendre pour toi, mais n'importe qui sait que l'excès de porno peut diminuer le désir d'une personne envers son ou sa partenaire. La façon dont tu t'emportes contre ta râleuse là-bas...
- Hé ! l'interpella Francesca depuis la salle de bain.
Mais Lars poursuivit avec un grand sourire.
- ... ou quand tu lui demandes des choses sans pour autant que ton corps en ait vraiment envie, tu ne crois pas que ça peut venir de là ?
- Je n'en sais rien, tu sais, je vois des liens partout maintenant.
James bâilla et cligna des yeux plusieurs fois tellement la fatigue le rattrapait. Il se redressa et se rassit correctement, afin de se forcer à rester éveillé suffisamment pour ses visiteurs. Lars s'en rendit compte lorsque son ami piqua du nez à nouveau, avant de secouer la tête. Reconnaissant face à sa volonté, Ulrich se soucia surtout de sa santé. Il lui demanda de se rallonger et proposa même de revenir dans l'après-midi avec les autres. Mais le blond s'en tint à la situation présente, ne pouvant supporter une trop grande pression sociale pour le moment. Il ne voulait pas aller trop vite. Cela arrangea Lars, qui devait s'occuper d'arranger la chambre avec Francesca.
- Rassure-toi pour ce que tu m'as dit, je ne vais pas le crier sur les toits. Tu étais bourré je te rappelle. Et c'est pour ça que tu as été aussi franc en me disant que ça venait de toi.
Alors qu'elle revenait, la concernée expira doucement en regardant son mari.
- Eh ben... j'aurai dû te faire boire moi-même. Peut-être que tu m'aurais parlé ! Lars n'était au courant de rien, et il t'a suffi d'une cuite pour tout lui jeter comme ça.
- Non, il a parlé cette fois parce qu'il avait peur que tu te tires avec Bud à cause de sa conduite.
Attrapant sa main, l'épouse se pencha sur lui.
- Bébé ! Tu peux être un peu limite avec moi, mais c'est uniquement quand il s'agit de sexe, alors ce n'est pas pour ça que je chercherai quelqu'un d'autre. Je n'ai qu'un homme dans ma vie et je suis très bien avec lui. J'aimerai juste qu'il ait confiance en moi.
- C'est le cas !
- Ah oui ? Pourquoi tu n'essaies jamais de parler de ton problème ?
- Qu'est-ce que tu recherches dans ces moments-là ? intervint Lars.
Étonné par cette question aussi curieuse qu'audacieuse, James déglutit et ne put le regarder.
- Tu es sexologue maintenant ?
- Non ! Mais en plus du risque que vos enfants te voient agir comme un obsédé, tu fais vivre ta femme dans une atmosphère délétère jour après jour. Mets-toi à sa place, elle évite de s'éloigner des autres de peur de te savoir sur ses talons. Ça te plairait qu'elle t'épie pour te sauter dessus dans tous les recoins ?
Il regretta sa question, autant que personne ne fut surpris de voir James arborer un sourire pas très innocent à ce moment-là en regardant dans le vide. Lars baissa les yeux en riant mais Francesca garda son sérieux.
- Bon ! À l'évidence, ma question a été mal posée.
Après plusieurs secondes durant lesquelles les amis pensèrent qu'ils n'obtiendraient aucune réponse, ils entendirent :
- J'ai honte. Je le sens, j'ai honte. Mais mes envies sont si fortes qu'elles prennent le dessus. Je ne réfléchis pas, bébé, je ne pense qu'à moi. Tu peux me traiter d'égoïste, parce que c'est ce que je suis. Je te veux et c'est tout.
Au moins, ces mots convainquirent les autres que James avait toute sa tête dans ces moments-là, et assumait parfaitement ses actes. L'épouse affirma que Robert s'en était rendu compte dans la cuisine. Leur épuisement, la buée sur la fenêtre, leurs vêtements désordonnés, et le fait qu'il ne soit ressorti immédiatement en souriant ne l'avaient pas trompée. Acquiesçant silencieusement, Ulrich aborda le dernier point urgent avec son meilleur ami.
- Au fait, arrête de te jeter dans l'arène sans épée. C'est un coup à se faire très mal, alors arrête avant de ne plus pouvoir t'en servir du tout. Pour faire opérer la magie, tu as besoin d'une baguette.
Sachant qu'il parlait de ses fréquentes absences d'érection, James souffla :
- Bonjour la métaphore !
Au moins cette fois, son épouse riait totalement et l'ambiance fut moins tendue.
- Si tu ne veux pas me laisser t'aider, ou te confier à moi, j'aiderai Francie parce qu'elle est aussi mon amie. Comme elle, je veux que tu rentres chez toi. Tu peux lui murmurer autant de fois que tu veux que tu l'aimes dans ces moments-là, mais tu la traites plus comme une poupée qu'autre chose. Ne me regarde pas comme ça, je pèse mes mots en plus. Apparemment, tu ne t'es pas encombré de détails et tu lui as sauté dessus dans la cuisine, c'est bien ça il me semble ?
Alors que les deux hommes la regardèrent, Lars pour confirmer et James pour soupirer, Francesca acquiesça. Cette fois, Hetfield s'emporta légèrement et décida de répondre tout en contournant le sujet.
- Oui ! Si tu parles de ce moment où tu t'es planqué pour ne pas faire la vaisselle avec tes potes, c'est arrivé juste après.
- Je te rappelle que j'étais sur ton canapé en train de border les petits. Je m'étais dévoué, Karmen voulait le faire.
Peu crédule, James leva les mains en l'air pour applaudir.
- Bravo champion ! Mais si tu voulais te sacrifier pour la cause des femmes, tu aurais été mieux avec nous.
- Tu as bien vu que le petit me bloquait. Il a fallu que ta femme me dise que je pouvais bouger sinon, j'y serais encore.
- Ça ne t'aurait pas dérangé, j'en suis sûr. En plus, je ne me souviens pas avoir entendu Karmen dire qu'elle allait s'en occuper. Je suis sûr que c'est venu de toi.
- Ce n'est pas de ma faute si monsieur avait la tête ailleurs à ce moment-là, si ?
Cette fois, Lars avait grogné sous la hargne. Il savait que James avait marqué un point mais il était comme lui, il ne reconnaissait jamais ses torts. En tout cas, jamais tout de suite. Chacun d'eux voulait toujours avoir le dernier mot tels des enfants impétueux. La seule femme dans la pièce avait reculé pour s'asseoir, sentant arriver une dispute peu amicale et immature. "Et dire qu'ils badinaient il y a cinq minutes" pensa t-elle. Les jambes croisées, elle les regarda se chamailler pendant plus d'une minute jusqu'à ce que l'inévitable arrive.
- Si tu voulais à tout prix que je vous aide, il fallait m'y forcer. Tiens, ça n'aurait pas été nouveau pour toi... oh, oh !
- Jamie ! Lars !
Naturellement, James l'avait très mal pris et avait essayé d'attraper le bras de Lars. Ce dernier ayant aussi rapidement esquivé que regretté ses paroles, il garda ensuite le silence en regardant son ami. James étant totalement buté, il s'était levé de son lit et ils s'étaient tous les deux retrouvés avec Francesca au milieu.
- Regardez-vous, bon sang ! Vous vous énervez inutilement et ça devient n'importe quoi. On dirait des ados qui se battent pour une fille.
Sans se quitter des yeux, les deux meilleurs amis finirent par réaliser qu'ils faisaient une bêtise. Ils hochèrent la tête avant de s'excuser mutuellement, tout en se donnant des tapes dans le dos. Alors qu'ils s'étaient ressaisis et avaient accepté leurs culpabilités propres, Lars repoussa doucement son ami à son lit.
- Tu ne m'avais vraiment pas vu dans le canapé alors ?
- Juste en ressortant de la cuisine.
Après avoir reçu un baiser de sa bien-aimée, James fixa le vide devant lui avec un air mystérieux alors que Lars repensait aux baisers qu'il avait déposés dans son cou.
- Et encore, j'ai dû insister sur mes yeux. Faut dire que tu ne dépassais pas de beaucoup non plus.
- Alors toi...
Lorsque le batteur se jeta sur son lit, James passa les bras autour pour l'immobiliser en rigolant. Pendant que Lars grognait en le menaçant de façon peu crédible, James le chatouillait. Malgré le coté enfantin de cet instant, voir son mari rester proche des autres et oublier un temps son agression remonta le moral à Francesca. Elle les laissa faire, car cela faisait aussi disparaître les débuts de leur accrochage précédant.
Une dizaine de minutes plus tard, le chanteur était rasséréné. Il tenait et caressait les doigts fins de son épouse, qu'il avait invitée à s'allonger près de lui. Par décence, celle-ci avait laissé ses jambes en dehors du lit. Quant à Lars, il prévenait par message Robert et Kirk pour leur visite de l'après-midi. Il pensa ensuite à les laisser un peu seuls, mais il savait que son amie lui interdirait toute fuite hors de cette pièce. De plus, il ne voulait pas que leur intimité provoque en James un désir de laisser-aller en ce lieu. Mais James finit par penser lui-même à autre chose.
- J'ai envie de fumer, je veux un cigare.
- Eh oui ! Mais non ! Tu ne peux pas fumer ici sauf pendant les promenades à l'extérieur. Et comme tu t'appelles James Hetfield, je ne pense pas qu'ils prendront le risque. Si tu demandes aux médecins, ils accepteront peut-être de t'ouvrir l'issue de secours au bout du couloir ! Tu cacheras ta tête et hop...
- Ça, ça m'étonnerait.
À leur grand surprise, le chanteur avait méchamment froncé les sourcils. Il rétorqua tout simplement qu'il ne se permettrait jamais de leur faire une seule demande, car il ne s'en donnerait pas le droit lui-même. Il avait discuté avec une des infirmières la veille, et lui avait demandé chaque détail concernant son arrivée. Il lui semblait avoir fait quelque chose de mal car il avait certaines images en tête. Bien sûr, la professionnelle s'était montrée honnête tout en lui rappelant qu'il était ivre. Peiné pour lui comme il l'avait été pour le personnel ce jour-là, Ulrich vérifia l'humeur du couple avant de balancer son argument.
- Ne t'en fais pas pour elle. Elle t'a pardonné sinon elle ne serait pas à tes soins. Si ça se trouve, tu l'as même rendue folle de toi.
- Oh Lars, tu peux dire de ces conneries ! s'esclaffa Francesca.
Quand vint l'heure de quitter le patient qui commençait à céder à la fatigue, Lars chercha à savoir avec humour s'il voudrait bien "revoir sa sale tête" le lendemain. Le regard azur du chanteur, attristé mais plus rassurant qu'à leur arrivée, leur échappa le temps de répondre :
- Ne m'en voulez pas, mais je pense que je vais rester seul quelques jours.
Les autres se regardèrent, incertains comme s'ils le suspectaient de prévoir quelque chose.
- Tu es sûr ?
Hochant la tête, Hetfield les attira tous les deux contre lui.
- Je ne sais pas pour combien de temps je vais encore en avoir ici, et c'est dur pour moi de vous voir repartir à chaque fois. Être entre quatre murs comme ça, je n'aime pas alors c'est encore plus dur de voir des présences temporaires. J'ai l'impression d'être en cure de désintoxication, ça me rappelle trop de mauvais souvenirs. En plus si les enfants apprennent que vous venez tous les jours, ils vont trouver ça bizarre.
Ses arguments de poids semblèrent convaincants pour eux, et chacun l'embrassa à sa façon. Fouillant ensuite dans le sac d'affaires de toilette qu'elle avait apporté, la blonde sortit un portable avec son chargeur et l'agita sous ses yeux.
- Dès que tu as besoin, appelle-moi et je viendrai te voir. Si tu veux parler, appelle-moi. Tu me le promets ?
- Je te le promets.
Lars l'étreignit une fois encore pour lui dire au revoir, avant de sortir de la chambre pour laisser les mariés en toute intimité. "Allez Jamie, tu es sur la bonne voie" pensa t-il avec un sourire aux lèvres. Il parla deux minutes avec Diego avant que son amie ne le rejoigne, puis ils le saluèrent avant de sortir de l'hôpital. Sur le parking, ils se mirent d'accord pour se revoir l'après-midi et transformer la chambre.
à suivre...
