Le moment tant espéré était enfin arrivé. Après avoir déchargé leurs après-midi respectifs de leurs obligations, Lars et Francesca s'étaient retrouvés au domicile de la famille. Accueillant son ami, elle lui servit une boisson fraîche de son choix et ils discutèrent le temps de se donner du courage pour ce qui les attendait. Étant donné leurs statures, ils étaient prêts à y passer au moins deux heures s'il le fallait. Et ce n'était qu'une partie du travail, car il leur faudrait ensuite aller acheter un nouveau matelas.
- Il est vraiment costaud, ton mari. Je me noierais dans un verre d'eau si ça m'était arrivé, et je tuerais quiconque oserait m'approcher. Je ne pourrais plus tolérer la présence des gens, même pas ma famille. Je ne sortirais plus de chez moi. Alors que lui... Bon, il fait des cauchemars et il a des sursauts assez violents, mais c'est normal. Mais il s'est laissé approcher, et même toucher. James a les nerfs vraiment solides. Il ne faut surtout pas qu'on le lâche, pour éviter qu'il développe des phobies comme le noir, ou juste l'agoraphobie.
Partageant son point de vue, la blonde trinqua tristement avec lui. "Au retour de James" clamèrent-ils. Être dans cette cuisine créa pourtant le même malaise que l'appréhension de se retrouver dans la chambre où le drame avait eu lieu. Les disputes avec son mari, leur moment d'amour "partiel", ainsi que la révélation sur Bud... Voyant à quel point le batteur vidait sa bouteille plus vite qu'elle, Francesca lui demanda une chose qui la démangeait de peur qu'il ne monte trop vite à l'étage.
- Quand on était ici l'autre jour, pourquoi tu lui as dit qu'il risquerait de ne pas pouvoir s'arrêter ?
Vraisemblablement peu ravi de ce retour en arrière, Ulrich ne se rappela pas tout de suite de ce moment évoqué.
- Comment ça ?
- Quand il a serré le poing devant moi.
- Ah !
Ceci étant plus clair à ses yeux, le batteur garda la bouche ouverte sans répondre. Il semblait embarrassé.
- Ça s'est déjà produit, c'est ça ?
Lars fronça les sourcils, puis il ferma les yeux et soupira.
- Je maintiens ce que j'ai dit, alors arrête de douter de lui. Ton mari est un homme exemplaire.
Il n'aimait pas que quelqu'un doute de sa parole mais il s'adapta, puisque dans ces conditions il ne pouvait juger personne.
- Même dans ses pires jours, il n'a jamais levé la main sur une femme. S'il avait osé, les autres et moi on l'aurait laissé par terre et ça vaut pour chacun d'entre nous. Il peut facilement se mettre à grogner parce que c'est dans son caractère, il est comme ça. Et encore, il n'est pas le pire d'entre nous. Mais tu l'as vu avec ton voisin, James n'est pas une brute du tout. Il est incapable de donner un coup. Il a eu ses coups durs, mais c'est un vrai nounours quand tout va bien dans sa vie. Il n'y a aucune violence en lui, même s'il est très doué pour déclencher les disputes. Vous les femmes, vous vivez avec l'idée qu'un homme doit savoir se battre s'il doit être viril et masculin. Peut-être pas toutes tu me diras, mais une grande majorité quand même. C'est difficile pour nous de ressentir cette pression quand on rencontre une femme. On se demande toujours ce qu'elle attend de nous, et si on sera capables de la défendre si quelqu'un l'embrouille sous nos yeux. Certaines femmes le veulent, mais d'autres n'aiment pas du tout qu'on riposte par la violence parce que ça fait macho. Une raison en plus de s'y perdre avec vous ! Quand une personne choisit la non-violence comme ton mari, c'est très difficile de ne pas cogner. Surtout quand tu viens à t'enrager au point de sortir les pires insultes au monde ! Parce que l'envie, tu la ressens. Tu as les poings qui te démangent et qui tremblent, mais rien ne vient. C'est frustrant, mais il y a beaucoup de facteurs qui empêchent l'explosion. Il y a parfois la morale, la peur de la douleur, le risque de t'abîmer la main quand tu es guitariste... et enfin l'adrénaline. Certains ont suffisamment de sang-froid pour donner un coup puissant et revenir au calme, parce qu'ils savent que ce coup aura suffi à clouer le bec à la personne visée. Mais d'autres comme le tien ont un tempérament doux, et ils n'aiment pas la violence. Ils accumulent les mauvaises émotions à l'intérieur. Si un seul coup de poing part, c'est mort. L'adrénaline empêche toute marche arrière. Tu te sens si bien que tu frappes encore et encore, jusqu'à plus soif. Parce que tu as peur de ne pas pouvoir recommencer si tu marques un arrêt trop long, et aussi pour combler toute cette frustration. Tu sais que tu fais du mal, mais c'est tellement libérateur que tu ne peux plus t'arrêter. Alors tu te défoules sur la personne qui t'a provoquée et tu ne fais même plus attention aux dégâts que tu causes.
Son amie l'avait écouté sans l'interrompre, impressionnée par cet aspect de la personnalité de Lars. Un long silence s'installa dans la cuisine et ils n'osèrent plus se regarder. Ils se contentèrent de rester assis à se repasser cette longue analyse à leur façon, bien que Lars chercha à s'en distancer. Francesca le sonda alors qu'il cherchait à se faire oublier, fixant la dernière gorgée qu'il lui restait. Par sympathie car il avait aiguisé sa curiosité, elle lui rouvrit une bouteille et la posa devant ses yeux hagards. Après avoir dégluti sous la surprise, il la regarda de façon suspicieuse puis la remercia d'un hochement de tête.
- Lars ! Tu parlais en connaissance de cause, je me trompe ?
Lui qui espérait qu'elle n'aurait rien cherché de trop sentimental le liant à James... Il ferma les yeux et expira doucement, quelque peu soulagé d'un poids.
- La fin m'a semblé très personnelle. D'ailleurs, c'est déjà arrivé. J'ai entendu parler de ce fameux coup de poing à l'estomac que t'a mis James quand vous étiez jeunes.
Un sourire aux lèvres, Ulrich saisit cette chance de s'éloigner de ce qui pourrait avoir l'air, aux yeux de son amie, d'une amitié douteuse.
- Oh ma chère... Crois-moi, il y a une énorme différence entre un petit coup de rien du tout à l'estomac, et un uppercut au visage à pleine puissance. Si tu veux, tu lui en parleras. Il en rigole maintenant, mais tu n'imagines pas comme il s'en est voulu après ça. Mais il était franchement énervé contre moi. Il s'est défoulé et ça lui a fait du bien, mais après il l'a regretté. Comme je viens de te le dire, c'est irréversible si tu passes par là. Le mal reste fait, peu importe le nombre de fois que tu t'excuseras.
- Tu ne m'as pas répondu là-dessus. Ça t'est arrivé à toi ?
Après avoir voulu s'éloigner du sujet, Lars grommela d'y être revenu sans avoir repensé à sa propre implication. Il acquiesça alors et décida de combler les vides dans leurs petites confessions entre amis. À l'époque où il était encore un trentenaire nerveux et mentalement bloqué dans sa vingtaine, Lars avait infligé de graves blessures à un homme qui s'était amusé à se moquer de sa taille.
Flashback
Il était en compagnie de James ce soir-là, donc lui seul était au courant. Ils buvaient des bières dans un club de strip-tease en encourageant les danseuses, lorsqu'un trio d'agitateurs avait commencé à les fixer depuis un coin. L'un d'eux plus particulièrement. Il désignait Lars du doigt, tout en riant bêtement. Ses amis ne le suivaient qu'à moitié. Ils ne semblaient pas comprendre son intention, mais le toléraient car il était ivre. Le jeune semblait s'en prendre uniquement à Lars.
James, remarquant l'air tendu de son ami, avait fini par sentir le problème. Après lui avoir promis de régler cela lui-même la minute prochaine si rien n'avait changé, il avait de nouveau tourné la tête. En fait, il était juste hypnotisé par la gente féminine de la soirée. De plus, il était d'un naturel jovial et n'aimait pas voir leurs soirées fichues en l'air par un ou plusieurs imbéciles.
L'agitateur avait alors commencé à faire des doigts d'honneur à Lars, ses amis ne faisant plus attention à lui. Par des gestes explicites, il le raillait également sur sa taille en mimant un batteur qui aurait eu des bras trop courts pour atteindre ses cymbales. Alors que James encourageait la chanteuse, il n'avait pas vu la place de son meilleur ami se vider au bout de quelques minutes.
Lorsqu'un vacarme avait retenti dans les toilettes des hommes, une foule s'était amassée devant et avait appelé la sécurité. De manière justifiée, Lars avait perdu patience et attaqué celui qui avait gâché sa soirée. Il avait juste attendu qu'il ne s'éloigne de son groupe. James avait dû se frayer un chemin pour intervenir car son meilleur ami était littéralement en train de le massacrer. Mais Lars l'avait violemment repoussé avant d'attaquer à nouveau, hors de lui. Les autres avaient accouru en même temps que le chanteur mais contrairement à lui, ils avaient peur d'intervenir. Il y avait du sang par terre, sur le bord du lavabo et le miroir était brisé. Quant à leur ami, son visage était méconnaissable. Au moment où James avait réussi à l'arrêter, Lars était sur le point de lui entailler le visage avec un morceau du miroir. Son poing tremblait et il s'était mis à hurler alors que tout le monde était terrifié.
Fin flashback
Lars n'en révéla pas plus, mais son visage s'assombrit gravement alors qu'il détourna le regard. "On va changer de sujet" pensa Francesca, très mal à l'aise. Alors qu'elle lui avoua son inquiétude à ce que James reste seul plusieurs jours, Lars sembla reprendre un teint ordinaire. Il reconnut également avoir eu des doutes au moment de sa demande. Toutefois, avoir parlé avec Diego ensuite l'avait rassuré sur le fait que son meilleur ami était entre de bonnes mains. Diego se servait de son physique avantageux dans son travail afin d'aider le personnel pour les cas difficiles ou particuliers. Il avait commencé à partir du moment où son père s'était mis à souffrir de démence, au point d'être admis dans l'aile psychiatrique de cet hôpital. Étant aujourd'hui décédé, son fils avait choisi d'aider autant de gens "traumatisés" que possible.
Le quart d'heure rafraîchissant étant terminé, ils montèrent à l'étage et commencèrent à transformer la pièce. En premier lieu, ils débarrassèrent le lit de son matelas souillé et de sa parure impossible à nettoyer. Elle avait juste été laissée dessus afin de couvrir le plus gros des traces de sang. Elle fut mise à la poubelle, et le matelas fut balancé sur la pelouse arrière en attendant d'être débarrassé. Les emplacements du lit, des meubles et de la décoration furent changés. La fenêtre ouverte, ils s'étaient ensuite occupés de l'atmosphère afin de la rendre moins oppressante pour James. Le but était de l'adoucir et la rendre accueillante, comme nouvelle. Sprays d'ambiance accompagnés de cristaux, pierres et minéraux furent posés par Francesca. Voyant l'air curieux de Lars, elle sourit.
- Ça va te surprendre, mais ton meilleur ami est quelqu'un qui a recours à ce genre de choses quand il se sent vraiment au bord du gouffre. La nature et ses arômes sont sources de bienfaits pour lui.
Ulrich hocha la tête, avant de perdre son sérieux.
- C'est vrai. D'ailleurs, on aurait dû lui aménager une tanière de chasseur. Un fusil trônant sur un bois de cerf, une collection de couteaux sur la commode, une bouteille de Jägermeister sur la table de nuit... vide, bien sûr ! Il serait parfaitement dans son petit monde, non ?
Éclatant de rire, Francesca lui secoua les épaules.
- N'importe quoi ! Mais mon pauvre...
Ils passèrent quelques minutes à rire là-dessus, puis ils terminèrent assez rapidement. L'harmonie de la chambre était vraiment revenue et Francesca elle-même n'en revenait pas. Suite à cela, ils se concentrèrent sur le débarras du matelas en se rendant à la plus proche déchetterie. Comme par miracle, aucune question ne leur fut posée et lorsqu'ils se regardèrent avec un regard dubitatif, l'employé brisa la glace. Un certain inspecteur Camden était venu les avertir qu'un élément leur serait amené d'ici peu, lié à une violente agression. Par respect puisqu'il avait vu sa plaque, il n'avait pas posé de question en retour. Ils débattirent sur tout le chemin du retour, en se demandant comment Camden avait su qu'ils choisiraient cet endroit précis. Mais c'était évident : la distance.
Les jours suivants, ils avaient fait plusieurs ajouts dans la chambre. Lars avait repeint le bois de la fenêtre en couleur crème, rendant la nuance de couleurs avec la décoration moins agressive. Une fois sec, un fin rideau avec des nénuphars en motifs avait été ajouté. Lars et Francesca n'aimaient pas rester inactifs car ils pensaient trop à James, seul dans sa chambre d'hôpital. N'ayant aucune nouvelle, ils étaient anxieux à l'idée qu'il aille mal sans le leur dire. Alors ils s'occupaient et se voyaient chaque jour. Même leurs amis vinrent les voir afin de donner une touche personnelle ou un avis sur toutes ces modifications. Les enfants ne se doutaient de rien et donc ne posaient pas de question. Quant à Becca, bien qu'elle avait cherché à fuir certains regards, sa présence avait été acceptée et elle avait pu apporter son aide pour se faire pardonner. Karmen avait d'ailleurs réussi à lui obtenir un contrat d'apprentissage dans le salon de coiffure où elle travaillait.
Le jour J se manifesta la semaine suivant la fin de leurs "travaux". Ils eurent enfin une proposition de date de sortie pour James. Peut-être avait-il eu raison en disant qu'il devait prendre ses distances avec ses proches afin de se stabiliser ! En tout cas, les médecins le jugeaient apte à sortir. C'est pourquoi, nerveux mais sûrs d'eux-mêmes, Francesca et Lars vinrent lui rendre une visite surprise la veille de son jour de sortie, afin de se rendre compte du changement.
Ils se firent d'abord une idée en se tenant derrière la baie vitrée. Il ne faisait aucun doute pour eux que James était plus détendu, car il se montrait réceptif à tout contact avec les médecins. Ces derniers étaient autour de lui à l'examiner et il se montrait patient. Les deux invités se regardèrent en souriant, puis par respect pour les professionnels, ils attendirent et discutèrent avec Diego afin de savoir si James était réellement stable. Le jeune colosse fut tout à fait honnête.
- Pour les médecins, oui. Mais même si je ne suis pas du métier, j'hésite un peu. Il fait encore un peu de cauchemars, et ça c'est normal. Qu'il dorme la nuit ou le jour. Je le vois se réveiller de façon violente de temps en temps. Il se met à respirer calmement et à réguler son souffle. Quand c'est le matin, il se lève et il marche un peu. Je suis relayé à partir de vingt heures, mais je me suis renseigné. Les médecins m'ont dit qu'il n'allume plus forcément la lumière à chaque fois. Ça peut arriver, mais c'est rare. Il en fera pendant un bon bout de temps, mais sa capacité à les gérer s'est nettement améliorée. Alors même si les médecins le pensent redevenu "sociable", moi je sais que c'est uniquement parce qu'il a fini par se faire à leur présence. Un inconnu qui viendrait à poser la main sur lui, je suis sûr qu'il ne le regarderait pas de la même manière. C'est de là que vient mon hésitation. Il faut lui éviter la foule pour le moment. Il peut voir des gens, parce qu'il en a besoin, mais...
- Lentement mais sûrement ! compéta Lars.
- Exactement !
Par respect pour le travail fourni pour le rétablissement de James, il donna sa parole de faire ce qu'il faudrait pour l'aider une fois dehors.
Lorsque la porte se referma derrière eux, ils saluèrent les médecins qui les autorisèrent à entrer. Avant, ils exposèrent à leurs yeux les efforts effectués par leur patient ces derniers jours. Il ne craignait plus le contact et n'avait plus besoin d'aucun produit pour l'aider à dormir, ni contre une quelconque douleur. La fréquence de ses cauchemars avait d'ailleurs changé, car il en faisait moins. Regardant dans la chambre, Francesca le vit refermer les yeux et bâiller. Elle demanda donc quel était son rythme de sommeil des derniers jours. Malheureusement, James avait refusé tout loisir depuis qu'il avait choisi la solitude, que ce soit télévision ou livres. N'ayant rien à faire de ses journées, il lui arrivait de dormir, ce qui perturbait son cycle nocturne. Il allait donc pouvoir reprendre son propre rythme en sortant.
Diego alla vérifier les escaliers menant à cet étage après y avoir entendu une voix, et le personnel médical s'éloigna. Le duo entra alors doucement dans la chambre, mais Hetfield ne les entendit même pas. Il semblait vraiment sur le point de s'endormir. Ou alors pensait-il que les médecins revenaient, puisqu'il en avait l'habitude, et restait donc passif. À la fois curieux et taquin, Lars souffla doucement dans les cheveux de son ami, ce qui ne provoqua aucune réaction. Il ne les avait vraiment pas entendus. Il caressa inconsciemment la tête de son ami sous les yeux de sa femme. Il voulait juste attirer son attention en douceur, ce qui fonctionna. James sursauta légèrement à ce contact intime, puisqu'il ne s'attendait pas à leur venue.
- Surprise ! murmura Lars en souriant.
James passa de l'un à l'autre en affichant immédiatement sa joie de les revoir.
- Vous êtes venus ? Coucou mon trésor !
Pendant qu'il embrassa celle qui s'était penchée sur lui, Lars lui prit la main de façon fraternelle en répondant :
- Évidemment ! On voulait savoir si tu es d'attaque pour te faire la malle demain.
Se détachant des lèvres de sa moitié, le blond hocha la tête comme un enfant plein d'espoir. Son visage était stable et serein, ce qui fut tout à fait rassurant et convaincant.
- Oh oui, je le suis. Toi aussi, viens là.
Ulrich émit un petit cri de surprise lorsque son meilleur ami lui attrapa le cou avant de le faire descendre vers lui. Le lit étant assez haut par rapport au bassin du batteur, il tomba en avant et dut s'accrocher au cou de James pour ne pas retomber en arrière. Lorsque l'aîné daigna le libérer, Lars massa une certaine partie de son anatomie qui avait pris un coup contre le rebord du lit, avant de serrer le poing devant le visage du chanteur de façon peu crédible. Riant, James regarda derrière le dos de Lars mais ce dernier, pensant à une ruse pour l'attraper à nouveau, recula d'un pas sans se tourner. Pourtant, Hetfield lui prit le bras en restant sérieux et lui demanda de se rapprocher, s'attirant un air soupçonneux.
- Ça va ? demanda Francesca, dubitative également.
Innocemment, le chanteur souleva juste la casquette de Lars.
- C'est bien ce que je pensais, tu as coupé tes cheveux.
"Ah c'était ça" pensa Lars. Alors qu'elle n'y avait pas fait attention, la blonde fit cette constatation en même temps que son époux.
- Bof... je voulais le faire avant la tournée de toute façon.
Alors que James lui passait étrangement une main dans les cheveux tout en lui faisant remarquer qu'il avait pris dix ans de moins, Francesca ne le lâchait pas des yeux.
- Lars ! Pardonne-moi mais les deux dernières fois que tu as fait ça, je me souviens que tu avais rompu avec une femme.
Admiratif devant la capacité d'observation de celle qu'il aimait alors que lui n'avait jamais fait un tel lien, James resta silencieux en attendant de voir si son meilleur ami allait faire de même, ou bien révéler ce détail de sa vie. Alors qu'il hocha les épaules de façon à répondre implicitement, James espéra qu'il ne l'avait pas mal pris et il l'aida à détourner la conversation.
- Tu as vu ça ? Blonde mais pas tant ! dit James.
- Hé ! Tu es brun peut-être ? Sale gosse !
Après avoir pincé le bras de son mari, elle l'embrassa doucement.
- En fait, j'ai la tête en vrac mais ça faisait un moment que j'y pensais. Mais tu as raison sur une chose. Lucy et moi, on n'est plus ensemble.
- Non... Comment ça se fait ? demanda son amie.
Peu envieux à l'idée de rabâcher les détails déjà racontés à son meilleur ami, Ulrich resta lointain et révéla seulement qu'en dehors de l'amitié, lui et Lucy ne ressentaient plus rien l'un pour l'autre. La blonde témoigna ses regrets et son respect, et évita d'étendre le sujet, surtout en voyant que James avait passé ses mains derrière sa tête, rien que pour les écouter. Elle lui reprocha légèrement le fait d'écouter un ami "raconter ses malheurs" en paraissant trop détendu, comme s'il était en train de bronzer tranquillement sur la plage.
- Tu as complètement récupéré, c'est génial ! Tu vas rentrer à la maison avec moi, les enfants, et même Becca... Tu peux encaisser un petit choc alors ?
- Un choc ? J'imagine que ouai.
- On va voir ça.
CLAC
Outré alors qu'elle venait de gifler James sous ses yeux, Lars plaqua immédiatement les deux mains sur son ventre et l'épaule la plus proche. Pour un imprévu...
- Bordel, Francie ! Qu'est-ce que tu fais ?
Blessé alors qu'il n'avait pas eu le temps de réagir, James serra les dents. Les yeux larmoyants sous la colère, la joue rouge, il resta passif en attendant que Francesca ne vide son sac. De son côté, Lars se tourna pour vérifier la posture de Diego. L'esprit alerte, prêt à agir si la situation se détériorait, ce dernier s'était approché de la porte et les regardait avec une main posée sur la poignée. Il ne faisait aucun doute qu'il n'avait pas du tout apprécié ce geste, et qu'il interviendrait si les esprits s'échauffaient une fois de plus. James était un patient à protéger et que ce soit Diego ou les médecins, c'était leur travail de sécuriser son environnement. Il leva l'index pour indiquer à Lars qu'il lui laissait une seule chance de tempérer la situation. Il resta à l'extérieur mais surveilla toute altération dans le comportement de James. Par remerciement pour son écart, Lars le remercia d'un hochement de tête. Essayant de ne plus franchir la ligne rouge, Francesca adopta un ton neutre.
- Je t'ai pardonné pour la petite. Mais crois-moi, on va quand même en parler à la maison.
- Becca a dix-huit ans, alors maintenant tu me lâches la grappe. C'est pas vrai...
Ce grognement contrastait avec le ton aimable que James avait l'instant d'avant. Toutefois, il sembla à Lars que ce n'était pas la première fois que son couple d'amis se disputait car en effet, l'épouse ne semblait pas du tout troublée par cette agressivité.
- Elle les avait les dix-huit ans à ce moment-là ?
Lars soupira et les regarda tour à tour.
- Sérieux, vous allez régler vos histoires ici ?
Il aurait voulu laisser passer cet orage, mais c'était risqué pour la stabilité de James. La moindre rechute émotionnelle entraînerait sans conteste une prolongation de son séjour dans cet hôpital, par leur faute. Sachant que Diego les surveillait, il ne pouvait rester spectateur face à la dispute de ses amis. James plaça ses bras de façon à se redresser, pour que son visage se retrouve à quelques millimètres de celui de sa compagne. Il ne faisait aucun doute qu'il allait répondre d'une façon toute aussi abrupte.
- Si tu veux vraiment savoir, c'était le jour de son dix-huitième anniversaire. Alors si "madame Bud" veut savoir autre chose...
Son épouse serra les lèvres et fit un pas en arrière. Elle se doutait que lui aussi aurait frappé sous la ceinture en lui rappelant sa propre trahison.
- J'ai été voir ailleurs, je sais que je ne suis pas en reste. Mais je l'assume maintenant, alors que Becca était innocente. C'était encore une enfant du haut de ses dix-huit ans, majeure ou pas. Tu ne crois pas que tu aurais pu te contenir ?
- Je n'arrive plus du tout à vous suivre ! souffla Lars, lassé de ce sujet.
Le couple l'ignora, le regard encore méchamment soudé.
- J'aurai dû m'en douter puisqu'elle n'avait jamais eu de copain à cause de Bud. Tu savais très bien qu'elle n'avait jamais eu de rapport sexuel avant.
Lars sursauta sans même s'en apercevoir, et son cœur manqua un battement.
- Elle était encore vierge ? Oh mon con ! s'exclama Lars, ahuri.
Il regarda celui qui lui dévisageait sa femme comme s'il cherchait à la faire s'enfoncer de force dans le sol. Finalement, elle l'embrassa chastement comme si rien ne s'était passé, puis se rendit dans les toilettes en refermant la porte assez fort. Encore assommé par l'information, le batteur ne lâcha pas son ami du regard alors que celui-ci évitait de croiser le sien. Il fit les cent pas durant une minute d'un silence pesant, avant de s'arrêter en face du lit en posant les mains sur le rebord.
- Tu ne fais pas les choses à moitié, vieux couillon.
Lars regretta immédiatement ce reproche inutile, mais rien de positif n'aurait émané de lui et il le savait. Il avait juste tenu à ne montrer aucune émotion négative en gardant ses traits habituels.
- Oui, et alors ? Madame vient de le dire, son père ne la laissait jamais voir un garçon. Le fait qu'il l'ait empêchée d'avoir une vie normale n'a rien à voir avec moi. Becca m'a dit qu'elle voulait que je sois son premier, et je l'ai été.
Exaspéré face à tant de désinvolture, Ulrich haussa les sourcils.
- Alors parce qu'elle te le demande, tu acceptes ? Merde, mais t'as une bite à la place du cerveau ? Regarde-toi, t'as une femme super et tu ne trouves rien de mieux que de dépuceler une gamine.
Outré, James ouvrit la bouche mais il n'eut pas le temps de lui jeter quoi que ce soit au visage. La porte des toilettes se rouvrit et Francesca en ressortit, immédiatement désignée par un index accusateur.
- Ah ben tiens, voilà la "femme super" dont tu me causes ! Qui je te rappelle, a été trouver le voisin pour se satisfaire pendant mes absences. Alors s'il te plaît, tu gardes ta morale pompeuse.
Lars ferma les yeux alors que leur conversation précédente était volontairement exposée, mais Francesca garda sa maîtrise et usa d'ironie en fixant son mari.
- Je vois que tu as pu relever le niveau de la conversation...
Lars la regarda avec un air gêné. Parler dans le dos des autres était une chose, même si c'était en bien. Mais se retrouver au milieu des disputes conjugales en était une autre, surtout lorsque les torts étaient partagés. Il souhaitait uniquement que chacun reconnaisse ses fautes et que leur couple reparte sur de bonnes bases.
- Bon d'accord, elle a regardé ailleurs parce que tu lui manquais. Mais toi, c'est arrivé comment avec la petite ? Je parle de conditions, pas du fait qu'elle te l'a demandé. Qu'est-ce qui fait que ça a pu arriver ?
Ce fut à James de fermer les yeux, mais sa compagne ricana immédiatement en sachant qu'il avait bien plus à se reprocher à ce sujet. D'ailleurs, elle se fit un plaisir de réponse pour lui car il s'en abstint.
- Si je considère que c'est arrivé le jour même de l'anniversaire de Becca, c'était à une période où on était tous à la maison. On a eu une belle année dès le printemps, c'était l'idéal pour sortir alors on allait souvent se promener. On aime mêler les enfants à la culture, et on fait en sorte qu'ils restent toujours proches des gens. Alors il y a eu une petite période où on sortait presque tous les jours. Un jour, James était fatigué et il a préféré rester. Je n'allais pas lui en vouloir ! Il est resté et nous on est partis. Alors comme tu l'as dit, ce n'était peut-être pas "prévu" de faire ça avec Becca, mais en une journée où ta famille t'a laissé seul, il a fallu que tu te laisses amadouer par une gamine.
Lars se retint de pousser l'épaule de son ami alors que l'envie le brûlait.
- Tu accuses ta femme de te tromper pendant nos tournées, alors qu'il a passé des années avant que ça ne se produise... Mais toi il t'a suffi d'un putain de jour ? Tu parles d'une mauvaise foi !
Assez timidement, James baissa les yeux et révéla qu'à cette période-là, il avait ressenti une envie de rapports bien plus forte et dérangeante que jamais.
- Pour un jour, tu aurais pu attendre ! lui reprocha Lars.
- Non, parce que je ne faisais jamais rien à cause de nos constantes balades. Je suis même sûr que tu cherchais à nous faire bouger exprès pour me distraire.
- Ça ne peut être que bénéfique pour ton addiction, alors ne va pas t'en plaindre !
Blasé, Lars se posa tranquillement sur la chaise près du lit de James. Il croisa les jambes et décida de les laisser faire, puisqu'ils semblaient calmes. Après tout, ici ou chez eux, il fallait que cela sorte. De plus, la présence de Diego était assez persuasive pour que les mariés ne montrent un peu de retenue alors que chez eux, ils laisseraient libre cours aux cris.
- J'aimerais ne plus me sentir obligée de coucher avec mon propre mari. Regarde le jour du barbecue, tu as encore fait le dingo dans la cuisine.
- Je profite des occasions. C'était quand la dernière fois qu'on l'a fait au lit ?
- Tout le problème est là, lit ou pas. Plusieurs fois par jour ça te prend et je ne sais plus où me mettre. Alors ça me lasse des rapports et au lit, je dois trouver des excuses pour éviter ça. Je n'y arrive pas toujours parce que monsieur me saute dessus, même quand je ne veux pas. Si tu viens à me forcer hors du lit, tu te doutes bien que je vais refuser ! J'en ai parfois l'occasion, ou la force... mais je me sens rabaissée quand tu refuses de m'écouter, comme si mon avis ne comptait pas et que je ne servais qu'à ça. J'aimerais juste que ça vienne de moi de temps en temps, mais tu es si demandeur que ça m'en coupe l'envie. J'ai l'impression d'être ton jouet.
Par le regard de James, elle savait que même si ses derniers mots étaient fermes mais justifiés, elle avait dû se montrer blessante. En effet, il n'ouvrit plus la bouche et regarda droit devant lui. Il ne lui avait jamais paru aussi vulnérable. James était un homme qui refusait toujours d'avoir tort, cela ayant engendré ses conflits d'ego avec Lars il y a plusieurs années, ainsi que le besoin d'une thérapie au sein du groupe. La présence de Lars en cet instant n'arrangeait rien, car elle l'empêchait de s'exprimer sur son comportement. Francesca avait raison et même s'il le savait, James ne contrôlait pas ses pulsions et n'était pas sûr de vouloir le faire car il ne s'en sentait pas capable. Le seul à se sentir véritablement mal à l'aise en cet instant était le batteur, public de ce choc marital. Il aimait ses amis, les voir se disputer de cette façon lui donnait mal au cœur. Il se promit de les aider, mais à condition que les deux acceptent de reconnaître leurs fautes, et bien sûr acceptent son aide.
- Tu n'aurais pas plutôt fini par avoir des sentiments pour ta chère crevure de Bud ? Parfois je me faisais des films sur vous deux mais je me les justifiais, parce que je vous voyais trop souvent vous regarder comme des petits amoureux de vacances. Et à d'autres moments, je m'en voulais de douter de toi alors je me traitais de parano. Mais finalement j'étais dans le vrai.
Celle qu'il aimait soutint son regard d'une façon si dure que l'atmosphère de la chambre en vint à s'alourdir désagréablement. Ulrich commença à craindre que quelque chose ne commence à couver entre eux, et cela ne devait pas arriver la veille de la sortie de l'hôpital de James.
- Je n'aime pas ta manie de tout mettre sur mon dos ! commença Francesca.
- Arrêtez, les amoureux ! tenta Ulrich.
- Je n'aime pas ci, je n'aime pas ça...
Le chanteur dégagea son drap et commença à se lever en détendant légèrement ses muscles. Sans pour autant la regarder dans les yeux, il s'approcha d'elle et lui posa les mains sur la nuque en jetant un regard désintéressé par la fenêtre alors que Lars se tendit sur sa chaise.
- On va se taire un instant si tu veux bien.
Il tapota légèrement la lèvre de celle qui s'était raidie sous cet "ordre".
- Tu sais, un jour il faudra vraiment que tu me dises ce que tu aimes chez moi.
Suite à cet ajout, James se dirigea d'un pas traînant vers les toilettes. Lars regarda Francesca et hocha négativement la tête, sachant qu'elle ne demandait qu'à développer sévèrement la discussion pour l'éclaircir. Mais seul le silence pourrait faire cicatriser cette vague de mots accusateurs et instables avant qu'elle ne dégénère. Il la rejoignit près de la fenêtre, de façon à murmurer sans être entendu depuis l'autre côté de la porte.
- Je ne veux pas prendre son parti avec son côté "obsédé", mais il n'a pas tous les torts.
- Il a raison, je ne fais que souligner ses erreurs et ses défauts depuis tout à l'heure.
- D'après ce que tu m'as dit, tu l'as toujours connu avec cette dépendance. Pourquoi tu ne lui as jamais demandé de refréner ses pulsions ? Même si comme tu dis ça ne te dérangeait pas quand vous étiez plus jeunes, tu aurais dû lui imposer des barrières. En t'y prenant maintenant, il ne comprend pas ton rejet et il n'arrive pas à s'arrêter lui-même. Je ne dis pas que c'est trop tard mais il est si borné à son âge... Et s'il insiste autant depuis quelques temps, tu te doutes bien que ta façon constante de le repousser a son impact ? Plus tu le repousseras et plus il aura envie, c'est un cercle vicieux. Je ne suis pas le meilleur conseiller matrimonial du monde alors ça vaut ce que ça vaut... Il faudrait établir des compromis et si vous n'y parvenez pas, suivre une thérapie de couple.
Ce second conseil les avait rendus tous les deux plus anxieux. Le batteur tendit l'oreille vers la salle de bain, et aucun bruit n'en parvint. Après avoir attendu quelques minutes encore, et rejeté l'hypothèse d'un lavage au lavabo ainsi que d'un besoin pressant, il finit par s'exaspérer du silence ainsi que de l'isolement de James. Il l'appela à maintes reprises mais ce dernier ne réagit pas, par oppression ressentie ou par provocation. Lars décida de le déranger autrement, toquant à la porte jusqu'à ce qu'il ne réagisse. Ce qui arriva au bout de la septième fois.
- Je crois pouvoir encore pisser sans qu'on me la tienne. Mais rassure-toi ma chérie, il n'y a aucune fille à genoux devant moi.
Francesca ouvrit la bouche, outrée mais amusée alors que c'était sur elle que les bousculades de Lars étaient retombées. Ce dernier la regarda d'ailleurs en riant avant de rappeler à son ami qu'il était étrangement long pour uriner. La porte s'ouvrit alors sur un James énervé, qui était effectivement en train de se soulager. De façon éloquente, il demanda en grognant :
- Et je fais quoi là ?
Lars se gonfla la lèvre supérieure pour ne pas rire, mais tous deux savaient que ce n'était plus le moment de plaisanter.
- Vous êtes venus pourquoi hormis chercher la petite bête ? Si vous vouliez que je reste ici ou que j'aille voir ailleurs une fois dehors, il fallait me le dire par téléphone. De toute façon je n'ai plus qu'une envie pour demain, c'est d'aller me cacher dans le premier hôtel venu.
Les deux autres se regardèrent, inquiets. Bien qu'il était franchement susceptible, il ne fallait pas lui donner envie de rester seul alors qu'il avait besoin d'être soutenu. Alors que Lars se dénonça pour les tambourinements intempestifs à la porte tout en précisant que c'était par humour, Francesca entra dans les toilettes alors que son mari n'était pas recouvert. Tournant son visage, elle remarqua que son regard fatigué s'humidifiait.
- Mon cœur, j'avoue que j'en ai fait un peu trop. Mais je voulais crever l'abcès pour la gamine, c'était pour éviter de le faire à la maison. Tu ne peux pas nier que tu vas avoir besoin de calme ! À part ton bien je ne veux rien, mais tu ne nous aides pas à t'aider toi-même.
Au bout de plusieurs secondes, elle essuya un début de larme sur le visage du blond, et le batteur tourna la tête afin de ne pas lui imposer le poids de son regard.
- Tu l'autorises à dormir chez nous alors ?
James semblait émotionnellement touché, mais la positivité était palpable.
- Elle sait qu'elle devra garder ses distances avec toi, mais oui. Elle est en apprentissage de coiffure et ça lui plaît, alors elle aura ses horaires pour l'occuper. Maintenant c'est à toi de me parler. Pourquoi tu as fait ça avec elle ? Dis-moi au moins que ce n'est pas arrivé dans notre chambre, ni dans celles des enfants !
Sans la quitter des yeux, il hocha la tête.
- Au départ, on a fait ça sur le lit de la chambre d'ami vu qu'elle est vide. Après, j'ai voulu réfléchir et j'ai été me laver. Mais elle m'a rejoint alors, je l'ai faite entrer dans la douche et on a recommencé. La journée s'est résumée à faire ça de toutes les façons possibles, et partout.
Un silence des plus désagréables s'installa, durant lequel Francesca pensa à nettoyer la douche une fois rentrée. Cependant, Lars sentait venir une foule de questions irritantes mais par respect pour le maintient du couple, il préféra les garder pour lui.
- Eh ben cette Becca n'a pas perdu sa journée ! souffla t-il.
Ne pensant toujours pas à remonter son caleçon, James se défoula verbalement sur lui.
- Écoute-moi bien ! Cette fille était tellement recluse à cause de son père qu'elle a fait son éducation sexuelle sur des sites pornos. Un peu comme moi, sauf que la sexualité des jeunes est beaucoup plus débridée et malsaine de nos jours. Elle en a vu beaucoup trop pour son âge. Je le sais à cause de tout ce qu'elle m'a demandé. Elle voulait tout connaître. Imagine si elle était tombée sur un sadique qui y aurait été trop fort avec elle ! Alors oui, ce n'est pas une excuse. Mais j'allais mal et j'étais en manque de baise. Elle avait confiance en moi alors j'ai accepté certaines choses, mais pas d'autres. J'ai juste laissé parler ma frustration ce jour-là. Ce type l'a tellement étouffée qu'elle n'avait aucune vie sociale, peu d'amis et aucun petit copain. On connaît les ados de maintenant, ils se moquent les uns des autres. Être vierge à son âge l'embarrassait. J'ai essayé de lui dire qu'elle aurait dû être fière de se démarquer des autres en gardant sa dignité. Elle m'a répondu que son père faisait fuir le peu d'amis qu'elle a, il était trop protecteur qu'il allait jusqu'à les surveiller. Ce type est barje, il lui fout la honte et c'est pour ça qu'elle est j'avais envie et qu'elle le voulait à tout prix...
Il tourna alors un regard fragile et blasé vers celle qu'il aimait. Il se sentait exposé et nu face à eux, mais libéré au fond de lui d'avoir tout déballé d'un seul coup.
- Bud ne te regardait plus de la même façon depuis qu'il avait sa fille. C'est tout de même sous ton encouragement qu'il a décidé d'adopter, alors... il est sorti de sa bulle, il te regardait de plus en plus mais moi j'ai commencé à voir rouge. J'ai même pensé qu'il te voulait comme la mère de Becca à une époque.
La blonde ne cacha pas son choc devant cette pensée.
- Tu crois vraiment que j'aurai pu te laisser tomber pour lui ? Que j'aurai pu abandonner ma famille pour une autre ? Ou toi seulement ?
Alors que Lars leva l'index dans le but de demander à son ami de se revêtir, mais également pour calmer cette discussion qu'il sentait mal, James continua.
- Tu l'as dit, je ne suis jamais là. Tu aurais très bien pu prendre les enfants et emménager chez lui !
Lars resta interdit en se demandant comment l'autre homme avait pu imaginer une telle chose.
- James, mais... ça n'a pas de sens, est-ce que tu t'en rends compte ?
Après un silence durant lequel la honte et l'embarras primèrent chez le chanteur, Francesca lui posa une main dans les cheveux en le remerciant de lui avoir dit tout ça avec franchise. Lars s'avança alors et les incita à se montrer plus enjoués.
- Allez mon grand, tu vas rester zen et tu rentreras chez toi tout gaillard demain.
Ce dernier oublia finalement sa pensée d'un hôtel loin de tout et tout le monde, car sa colère était redescendue. Il hocha la tête avant de se renifler et de grimacer à cause de son odeur de sueur due à ses derniers cauchemars.
- Je n'ai qu'une envie, c'est prendre une vraie douche.
- Tu m'étonnes ! C'était quand la dernière fois que tu as rasé cet endroit-là, toi ?
Voyant par son regard de quelle zone parlait son meilleur ami, James haussa les sourcils avant de rétorquer :
- Pourquoi ? Tu voulais me la sucer ?
Il constata ensuite l'outrage dans les yeux de sa femme. La bouche grande ouverte, Francesca ne savait pas si elle devait être choquée par son langage ou alors désolée pour Lars. Ce dernier ne cachait pas son amusement, bien qu'il en fut excité intérieurement.
- Oh ça va, je plaisante ! s'expliqua James après s'être fait pincer le bras par son épouse.
De toute façon, Lars avait prévu de répliquer et désigna les parties intimes de son ami.
- En plus, ce n'est pas comme si j'avais de quoi être rassasié.
La blonde leva les yeux au plafond alors que son mari et son meilleur ami, après s'être fixés comme deux adversaires lors d'un duel, éclatèrent de rire.
- Les hommes entre eux, ça ne parle que de sexe.
James remonta enfin son caleçon puis se lava les mains avec insistance. Bien qu'il pouvait tenter le reste du corps au savon, le lavage comme le rinçage n'étaient pas aussi complets que sur les mains seules. Il sentit une tape amicale dans son dos et lorsqu'il eut vainement tenté d'ébouriffer les cheveux de Lars avant de se souvenir qu'ils étaient courts, il vit Francesca passer les bras autour de lui et en fit autant. Sentir son parfum et sa chaleur lui donna envie de pleurer, à la fois sur ses actes et sur son bonheur. À la place, il chercha en lui le courage de demander une chose précise.
- Je veux juste un bisou, s'il te plait.
Il la vit peu à l'aise et reçut un avertissement.
- Rien de plus, hein !
Il hocha positivement la tête en affichant de grands yeux brillants, tel un enfant faisant une promesse à un parent. Lorsque leurs lèvres se scellèrent suavement, le batteur sentit son cœur se réchauffer et sourit. Il leur tourna gentiment le dos dès lors qu'il vit une langue se frayer un passage de l'autre côté, bien qu'il entendait toujours.
- C'est bon, je vous laisse.
De toute façon, il savait si son ami perdait ou non son calme car il gardait les mains là où elles pouvaient être vues : dans la chevelure dorée de son aimée.
- Je t'aime ma puce.
Savourant ces mots prononcés innocemment pour une fois, Francesca fut soudainement prise par l'envie de le mettre elle-même sous la douche une fois qu'il serait rentré. Souriante et envieuse à cette pensée, elle caressa son dos et susurra :
- Je t'aime aussi mon amour, et je suis désolée.
Bien qu'il l'aimait, Lars ne se sentait pas du tout jaloux de ce qu'il voyait. Il voulait juste que son meilleur ami le reste, et qu'il soit heureux également. Il était prêt à tout pour lui, y compris cacher ses sentiments.
à suivre...
