Ce texte a été écrit lors des Nuits du Fof, un événement organisé par le Forum francophone. Il s'agissait d'écrire en temps limité autour du verbe "pleuvoir". Il répond aussi au prompt 10 du Whumptober de Tumblr.
S'évanouir de douleur
L'orage avait éclaté tard dans la nuit, provoqué par la chaleur qui avait pesé toute la journée sur les tribunes de la Troisième tâche.
Les violentes bourrasques ne répondaient pas à la gravité des événements qui venaient de se produire.
Dumbledore avait trop vécu pour ne pas savoir que la force du monde est d'ignorer toujours les turpitudes humaines. Il n'aurait jamais le détachement des centaures, mais il avait vu une femme mourir sous le ciel bleu de Crête pour protéger un vieillard moldu des meurtriers de Grindelwald, il avait entendu les parents d'un jeune cracmol hurler sous les tortures infligées par des mangemorts dans leur propre jardin, qui embaumait la rose de juillet.
Ces éclairs qui zébraient le terrain de Quidditch ne se préoccupaient pas du retour de Voldemort, ni de la mort du jeune Cedric Diggory. Mais comme ils les ponctuaient terriblement !
Il y avait pourtant des avantages à ce temps inclément.
D'abord, aucun élève ne traînait dans le parc, et même les jumeaux Weasley avaient remis à plus tard leur incursion dans la Forêt interdite. Cela permettait de déterrer les restes de Barty Croupton Sr en toute discrétion.
Ensuite, Hagrid et Dumbledore avaient pu conférer avec Firenze à la lisière des arbres sans être aperçus par les élèves de Karkaroff, depuis leur navire sur le lac.
Enfin et surtout, une météo aussi dissuasive avait évité qu'un Griffondor trop zélé découvrît le professeur Rogue évanoui derrière un buisson, près des portes ornées de sangliers. Albus ne savait pas exactement combien de temps Severus avait passé dehors, allongé sous la pluie, après être revenu de ses retrouvailles avec Voldemort. Une nouvelle fois, il s'était dit qu'il faudrait ensorceler les suidés pour leur donner la parole, puisqu'ils veillaient sur l'entrée de Poudlard.
À en juger par les traînées des limaces sur sa cape noire, le Mangemort était resté plus d'une heure dans la boue, avant que Minerva ne le repérât et n'alertât Albus. Elle l'avait cru mort, au début, et Albus le comprenait facilement, tant il était pâle, les ongles gris et les yeux noircis.
Mais Poppy l'avait ramené à la vie et, bien qu'il fût agité de violents frissons, qui l'empêchaient de se tenir debout au point qu'Albus avait dû annuler les cours de potion de la journée – annonce qui, pour une fois, avait été accueillie sans joie par les élèves, tous apathiques et terriblement choqués par la mort de Cedric Diggory –, il avait conservé sa raison, malgré la colère de Voldemort, dont l'expression favorite ce soir-là avait été le sortilège Doloris, et il avait rendu à Albus un rapport détaillé de la rencontre.
Il en ressortait que, même si les soupçons du mage noir demeuraient prononcés et la position de Rogue en conséquence très précaire, Albus avait de nouveau un espion dans la place.
Ce second affrontement prenait une allure curieusement semblable à celle du premier, comme une bizarre renaissance : que faire alors, sinon refonder l'Ordre du Phénix ?
