Le tout pour le tout.

Titre du 23/05/2024 : Le tout pour le tout

Poisson : Neal Cassidy / Baelfire (OUAT)

N : Neal Cassidy

Créature 38 : Sorcière

Prénom 41 : Neal

Défi Sarah & son cerveau n°248 - Votre perso est un héros

Trente septième défi extrême : Terminer 5 défis en une fanfiction et écrire 5 000 mots

Quatre aspects de… Répliques de Sheldon (TBBT) : Toc toc toc : Écrire sur quelqu'un qui n'ose pas entrer quelque part ou sur un couple surpris pendant l'acte

137) 100 façons d'écrire du drama

44) 50 nuances de OUAT

10 défis fusionnés (titre du jour, horoscope, alphabets, bestiaire fantastique, elles ont dit, Sarah & son cerveau, défis de l'extrême, quatre aspects, 100 façons, 50 nuances)

Hé !

Ce chapitre sera plus long que les autres et est même le plus long à ce jour parce que mon cerveau a pété un câble apparemment et voulait absolument que le chapitre se termine à un moment précis mais sans avoir prévu que les scènes d'avant seraient plus longues qu'elles n'auraient dû l'être, alors enjoy j'imagine.

Contrairement à ce qu'il aurait cru au premier abord, lorsqu'il entendit son grand-père s'adresser à Killian Jones, ce ne fut pas de la colère que Neal ressentit.

Ni un potentiel sentiment de trahison alors que Peter Pan lui faisait son offre, et qu'il aurait dû s'attendre à ce que sa première pensée soit que le pirate allait les trahir sans la moindre hésitation, parce que c'était ce qu'il aurait fait, avant.

Non.

Ce fut uniquement de la peur.

Même pas la peur que Peter Pan ne découvre qu'il était là, puis qu'il ne décide de s'en prendre à lui, chose qu'il aurait pu faire sans la moindre difficulté, il était un sorcier là où Neal n'était qu'un être humain.

Il avait peur pour Crochet.

Alors qu'il aurait dû penser à lui-même, ou aux autres, à ce qui se passerait si le pirate s'alliait avec Peter Pan, aux conséquences hypothétiques terribles à venir, il ne pouvait s'empêcher de craindre qu'il ne lui arrive quelque chose si l'immortel n'appréciait pas son refus.

Enfin si refus il y avait, et une part de lui-même ne parvenait pas vraiment à y croire.

Mais il allait lui dire non, pas vrai ?

Donc, réalisa-t-il tout en suivant leur conversation, il avait plus peur que Killian soit blessé que par le fait qu'il les trahisse potentiellement.

Il avait vraiment un problème…

Il fut ainsi au moins autant stupéfait par la réponse du pirate que le fut Malcolm.

Non.

Il avait dit non.

Et pas seulement ça, ce refus, il était logique, surtout connaissant Killian et les arguments qu'il venait de fournir étaient censés, non, ce qui l'étonnait le plus c'était cette affirmation qu'il n'aurait jamais rêvé pouvoir entendre un jour et encore moins voir devenir réel.

Il avait renoncé à sa vengeance.

Après avoir passé des décennies à poursuivre sa quête, sa vengeance, il avait finalement accepté de…

Il ne tenterait plus de tuer Rumplestiltskin.

Sur le visage hébété de Neal Cassidy, un sourire se dessina alors finalement.

Il n'avait, étrangement, aucun doute sur le fait que son ancien ennemi n'avait pas menti.

Il n'avait aucune raison de dire une telle chose à Peter Pan si ce n'était pas vrai, un simple non aurait été suffisant, et ça avait l'air bien trop sincère, bien trop réfléchi pour ne pas être la vérité.

Neal avait envie d'y croire en tout cas.

C'était peut-être naïf, et son lui de quatorze ans, qui avait fait confiance à un pirate et avait cru à ses mensonges avant de tomber de haut quand la vérité avait éclaté, l'aurait sans doute réprimandé pour ça.

Mais il n'avait plus quatorze ans.

Il connaissait le pirate, ses secrets, ses mensonges, son passé, tout ce qu'il lui avait caché autrefois, et depuis qu'ils se trouvaient sur l'île, il ne lui avait jamais menti, ne lui avait jamais donné de faux espoirs, n'avait jamais prétendu qu'il ne mettrait pas tout en œuvre pour venger la mort de Milah, obtenir justice.

Jusqu'à maintenant en tout cas, et ce n'était même pas à lui qu'il l'avait dit.

Alors qu'il retournait au camp, en tentant de ne pas se faire voir du pirate, il fut frappé par à quel point ça avait été… facile d'entendre cette conversation, il était parti marcher pour calmer son angoisse grandissante, et il n'était pas supposé tomber sur eux.

Pas de sort de silence, et ils étaient un peu trop près du camp, si Peter Pan avait voulu que ça reste secret, il aurait sûrement téléporté le pirate avec lui dans un autre endroit de l'île, rien que ces détails rendaient cela suspect.

Ce n'était peut-être qu'une simple coïncidence, mais s'il y avait bien une chose que Baelfire avait appris depuis qu'il était revenu dans ce monde, c'était bien à ne pas croire aux coïncidences quand celles-ci se produisaient au Pays Imaginaire.

Donc il était probable que Peter Pan l'avait orchestré, comme pratiquement tout le reste.

Mais dans quel but ?

La réponse le frappa telle la foudre.

Parce qu'il s'attendait à ce que Killian Jones dise oui.

C'était logique en un sens, le marin était le seul à être venu par égoïsme et par intérêt personnel, le seul à ne pas avoir d'attachement envers Henry ou envers Wendy, le seul à ne pas avoir quelqu'un à sauver, le seul qui n'avait rien à perdre.

Et vu son passé, sa haine du Ténébreux, il aurait été évident pour tout le monde le connaissant un tant soit peu tel qu'il était avant qu'il les aurait trahis sans la moindre hésitation.

Peter Pan avait sans doute voulu qu'il l'apprenne, lui ou quelqu'un d'autre de l'opération Cobra, afin d'enfin parvenir à atteindre son but, fragiliser l'unité de leur groupe.

Sauf que Killian n'était plus le même qu'autrefois, et que Neal le savait mieux que personne, il l'avait vu changer, évoluer, chose dont Pan ne s'était sans doute jamais rendu compte, ou peut-être n'avait-il jamais réalisé à quel point il était différent.

Rien d'étonnant là aussi, il était celui qui avait tout abandonné pour redevenir enfant et conserver sa jeunesse à jamais, il était l'enfant qui ne voulait pas grandir, qui repoussait tout changement.

(Alors même qu'il avait été adulte autrefois.

Cette situation ne cesserait jamais de lui apparaître comme étant autrement qu'affreusement perturbante.)

Neal avait entendu l'étonnement et la surprise dans sa voix, il avait senti qu'il ne s'attendait pas à une telle réponse, et son sourire s'agrandit.

Son grand-père avait tenté de les diviser une fois de plus, et il avait échoué, et savoir que l'homme qui avait ruiné sa vie des siècles plus tôt, qui avait tout fait pour qu'ils se trouvent précisément où ils étaient, ici et maintenant, n'avait pas totalement réussi à reprendre le contrôle de leurs vies, le réjouissait grandement.

Ils n'étaient pas des marionnettes qu'il pouvait manipuler à sa guise.

Ils n'étaient pas des pions qu'il pouvait manier sans s'attendre à ce qu'ils ne ripostent pas.

Il n'était pas invincible ou infaillible, contrairement à ce qu'il s'acharnait à leur faire croire.

Ils avaient une chance d'arranger les choses, de le vaincre.

Mais ce n'était pas seulement ça qui lui donnait envie de hurler de joie à pleins poumons, non, alors qu'il faisait tout pour faire semblant de dormir et cacher l'immense sourire qui lui dévorait actuellement le visage parce qu'ils étaient à deux doigts de partir en guerre et qu'il n'était pas censé être heureux.

C'était tout simplement le fait qu'il avait enfin obtenu ce qu'il voulait depuis si longtemps.

Killian avait abandonné sa vengeance.

Il ne tenterait plus de tuer son père, il avait fait un choix, celui que Neal avait désespérément voulu qu'il fasse des années plus tôt, sur le pont du Jolly Roger alors qu'il n'était qu'un adolescent en colère et trahi.

(Ça n'aurait sans doute pas suffi à arranger les choses, parce que le fait qu'il veuille tuer son père n'était pas le seul problème, il y avait les mensonges aussi, les secrets, et la manipulation, puis l'abandon.

Maintenant, tout était différent.)

C'en était presque terrifiant, de le constater, de se rendre compte soudainement que tout avait changé, que…

Si Killian n'avait pas menti sur ses intentions, s'il était sincère, s'il voulait vraiment essayer de changer, d'aller de l'avant, alors…

Alors Neal n'avait plus de raison de le détester.

La colère était toujours là, bien sûr, parce que malgré les excuses et les actions du pirate, il n'avait rien oublié, mais il pouvait le pardonner, sans avoir peur d'avoir eu tort, de risquer de découvrir qu'il avait eu tort de lui faire confiance à nouveau, sans craindre de perdre ce qu'ils avaient.

Il pouvait…

Il pouvait l'aimer, sans être en colère ou énervé ou triste, il avait le droit, même si ça ne changerait rien, même s'il n'avait aucune chance que ça aboutisse à quoi que ce soit entre eux, même si ça ne serait jamais réciproque.

Il aurait sans doute le cœur brisé parce qu'il n'y aurait jamais de quelconque eux dans le futur, ça n'existerait pas et il le savait pas bien.

Mais Killian ne lui briserait pas le cœur en lui arrachant un membre de sa famille ou en le trahissant.

Et rien que ça c'était suffisamment réconfortant pour qu'il parvienne en pensant à lui, à ressentir de la joie qui ne soit pas amère pour une fois.

§§§§

L'esprit humain fonctionnait d'une manière bien étrange.

Neal avait pensé qu'après ce qu'il avait entendu et appris, il dormirait paisiblement et serait prêt à affronter une nouvelle journée de plus sur cette île, voire à enfin pénétrer avec les autres dans ce camp dans lequel aucun d'entre eux n'avait envie d'entrer.

Évidemment, ça aurait été trop simple comme ça, et il n'arriva finalement même pas à être surpris lorsque le premier cauchemar le frappa.

Sans doute que s'il avait revécu les pires moments de son passé, ça aurait été moins pire en un sens.

Lorsque sa mère l'avait abandonné, quand son père en avait fait de même, la trahison de Killian, la perte de Wendy et de ses frères alors qu'ils venaient tout juste de devenir sa famille, son existence emplie de souffrances au Pays Imaginaire, le moment où il avait abandonné Emma, l'instant où Henry avait été enlevé sous ses yeux et où il n'avait rien pu faire pour le sauver.

La liste des possibilités était longue…

Parce qu'au moins, même si c'était réel, même si c'était douloureux, même si c'était arrivé, c'était du passé, derrière lui et il savait bien que plus jamais il n'aurait à revivre ça, que l'histoire ne se répéterait pas.

Mais non, ce n'était pas ce qu'il s'était passé.

À la place, il avait seulement vu ses pires craintes se réaliser, tout ce qu'il espérait ne jamais voir advenir dans le futur.

Il s'était vu mourir, sans avoir réussi à sauver Henry et Wendy, il avait vu les autres mourir sans parvenir à faire quoi que ce soit, il avait vu le sourire suffisant et goguenard de Peter Pan au milieu des ombres, il avait vu leur mission échouer.

Et la mort, en un sens, n'était pas véritablement ce qui l'effrayait le plus dans toute cette histoire, ironiquement.

Non, ce qui lui faisait le plus peur c'était la trahison, l'abandon.

C'était que malgré tous ses efforts pour s'éloigner le plus possible de son passé, celui-ci ne revienne pour le hanter et le narguer en se reproduisant à nouveau, que Killian ou son père ou Emma ou n'importe qui d'autre dans le groupe ne le trahisse d'une manière ou d'une autre pour une raison ou une autre.

C'était absurde et insensé, bien sûr, il le savait bien, que ça n'arriverait jamais.

Mais les cauchemars n'avaient pas besoin d'être logiques pour réussir à le terrifier, bien au contraire.

Au bout du compte, dans ces visions d'horreur, il se retrouvait seul, abandonné, parce qu'il n'en valait pas la peine, parce qu'il n'était pas suffisant.

Parce qu'il ne l'avait jamais été et ne le serait jamais.

S'il avait été éveillé et que cette pensée lui avait traversé l'esprit, il aurait su que c'était un mensonge.

Wendy était allée au Pays Imaginaire pour le ramener, son père avait tout fait pour le retrouver, Emma ne lui en voulait plus autant qu'avant, Killian n'était plus son ennemi, il avait un fils qui avait besoin de son aide, il n'était pas seul et il le savait.

Mais perdu dans les brumes du sommeil, forcé de voir ses peurs prendre vie, il avait bien du mal à s'en convaincre.

Quand il se réveilla, ce ne fut pas en hurlant.

Il avait hurlé bien des fois, autrefois, quand il vivait encore sur l'île et qu'il revivait en songes ses traumatismes, à cause de la douleur qui refaisait insidieusement surface, à cause de la peur, de la colère ou de la solitude.

Il avait fini par arrêter de hurler à force, il avait appris, s'était retenu de le faire pour éviter d'être retrouvé par les garçons perdus, il avait gardé ça pour lui et plus tard en rencontrant Clochette puis Emma, ses cauchemars s'étaient apaisés alors il n'avait plus eu besoin de contenir ses hurlements.

Maintenant, c'était comme si son corps avait été programmé pour le forcer à se taire.

Ce n'était pas la première fois qu'il faisait des cauchemars depuis son retour sur l'île mais ils n'avaient jamais été aussi douloureux jusque-là.

Il ne put s'empêcher de soupirer.

Est-ce qu'un jour il pourrait passer une nuit de sommeil paisible sur cette île de malheur ?

§§§§

Killian dormait encore quand il entendit Neal se réveiller en sursaut.

Ce n'était pas vraiment surprenant, non seulement lui aussi dormait mal (comme tout le monde autour d'eux, sans surprise là aussi) mais également parce qu'il se trouvait non loin de lui, pas vraiment par hasard d'ailleurs.

Il n'avait pas spécialement envie de s'installer à proximité des autres membres du groupe, qu'il ne connaissait pas ou peu ou qu'il détestait (ce qui ne concernait d'ailleurs que Rumplestiltskin), et qui ne l'appréciaient pas vraiment, et la seule autre option qui restait était Regina.

Et vu qu'elle se trouvait juste à côté de la Sauveuse, il avait le sentiment qu'il valait mieux pour lui de ne pas les déranger et de les laisser se rapprocher sans s'en mêler.

Surtout que de toute façon, son but était d'arranger les choses avec Neal, alors dans le fond il était gagnant.

Par contre, être réveillé par un de ses cauchemars, ça, il ne l'avait pas vraiment prévu.

Parce qu'il venait de faire un cauchemar, de toute évidence, vu la lueur qu'il lut dans ses yeux quand il se réveilla complètement et observa attentivement le New-yorkais, emplie de peur, de tristesse et de souffrance et il eut un pincement au cœur.

Il ne savait pas quel genre de cauchemar au juste il venait de faire mais ça devait sans nul doute concerner le Pays Imaginaire.

Et sans doute des choses qu'il lui avait faites, et il ne put empêcher une vague de culpabilité de le traverser.

C'était de sa faute.

Et il n'y avait absolument rien qu'il puisse faire pour arranger les choses d'une quelconque façon.

« Ça va ? Demanda-t-il par réflexe, avant de réaliser la stupidité de sa question.

Neal ne sembla pas s'en formaliser et eut un sourire amer.

- Oh, la routine de mes nuits depuis qu'on est ici. Des cauchemars, encore et encore, parce que le réel n'étant bien sûr pas assez effrayant, il faut que mon cerveau décide de me pourrir la vie en empirant les choses !

Killian ne put s'empêcher de sourire.

- Tu… lança-t-il d'une voix hésitante. Tu fais des cauchemars toutes les nuits depuis qu'on est arrivés ?

En fait, songea-t-il avec horreur, c'était sans doute même pire que ça.

Peut-être même n'avait-il jamais réellement cessé de faire des cauchemars depuis que sa mère était partie.

Il se souvenait des siens en tout cas, tous ceux qui avaient suivi la mort de sa mère, le départ de son père, la disparition de Liam puis celle de Milah, tous les cauchemars qu'il avait tenté de faire disparaître, parce que ça faisait trop mal,et il ne pouvait qu'imaginer quelles horreurs pouvaient le hanter la nuit quand il se trouvait seul et impuissant face aux monstres qui peuplaient son passé.

Savoir qu'il était l'un deux ne rendait définitivement pas les choses plus faciles.

Neal hocha la tête, semblant faire comme si c'était sans importance.

La situation était tout de même assez surréaliste.

Ils étaient là, sur l'île qui leur avait tant pris, allongés à seulement quelques pas l'un de l'autre, alors même que peu de temps auparavant, quelques semaines et mois plus tôt, ils étaient encore ennemis.

Pourtant, ils discutaient comme si de rien n'était, comme si le pirate n'avait pas essayé à maintes reprises de tuer le Ténébreux.

Il n'aurait jamais penser que ça puisse arriver un jour.

D'un autre côté, il n'aurait jamais cru abandonner sa vengeance alors tout pouvait arriver apparemment.

- Souvent oui. Soit ça, soit je ne dors pas du tout.

Ça expliquait ses cernes et son air constamment fatigué, mais comme c'était un état partagé par tout le monde (hormis le Crocodile. À nouveau, foutue magie.) il n'y avait pas fait attention plus que ça et ne l'avait pas relevé.

Mais il était vrai qu'il leur était arrivé plusieurs fois de discuter durant la nuit à un moment où ils auraient dû tous les deux dormir, et si le pirate restait souvent éveillé pour observer la carte et songer au trajet qui allait suivre, ce n'était pas le cas de Neal, et…

Et est-ce que toutes les fois où il l'avait vu réveillé c'était parce qu'il venait de faire un cauchemar, ou parce qu'il n'arrivait pas à dormir ou parce qu'il ne voulait pas dormir tout court ?

- Ça a duré combien de temps ? Après ton départ du Pays Imaginaire, précisa-t-il.

- C'était moins pire ici quand Clochette était là, savoir que je n'étais plus seul aidait beaucoup et une fois que j'ai capturé… enfin une fois que l'ombre a accepté de se laisser capturer, corrigea-t-il en éclatant d'un rire cynique, ça s'est arrangé. Surtout quand j'ai rencontré Emma et que j'ai compris que l'ombre ne reviendrait pas me chercher, que j'étais libre. Quand elle était là la nuit et que j'étais dans ses bras, les cauchemars fuyaient la plupart du temps. Après quand je l'ai abandonnée, ça a repris mais moins violemment et puis… puis je suis tombé dans un portail magique et… ça a recommencé. Ça a encore empiré depuis qu'on est ici. »

Le pirate sentit la tristesse l'envahir en entendant cela, ce qui mélangé à la culpabilité (parce que c'était lui qui l'avait abandonné à Peter Pan, il était responsable c'était une chose qu'il ne pourrait jamais nier) ne donnait pas une sensation très agréable et sans réfléchir, il voulut tendre la main en direction de son interlocuteur, se rapprocher de lui, pour…

Pour quoi exactement ?

Qu'est-ce qu'il allait faire au juste ?

Qu'est-ce qu'il voulait faire ?

Il ne le savait même pas.

Ou plutôt si.

Il voulait le prendre dans ses bras.

Ce n'était pas la première fois qu'il y pensait, que l'idée lui traversait l'esprit, qu'il voulait le faire mais qu'il se retenait, parce que les choses étaient compliquées entre eux.

Mais il y avait une forte chance que dans les jours à venir ils finissent par tous y passer et il serait trop tard pour tenter d'arranger les choses à ce moment-là et il avait le sentiment qu'ils étaient sur la bonne voie, alors…

Si ça devait se passer de cette manière, il ne voulait pas mourir en ayant des regrets.

Et au cours de cette nuit-là, Neal s'attendait à bien des choses, mais définitivement pas à ce que Killian Jones décide de le prendre dans ses bras pour l'enlacer.

Qu'est-ce que…

Quoi ?

« Qu'est-ce que tu fabriques ?

Surtout qu'ils étaient allongés et que c'était tout sauf confortable comme position.

- Ça ne se voit pas ? Je te fais un câlin.

Sa réponse était tellement logique en un sens que Neal ne put pas s'empêcher de pouffer et le pirate le serra encore plus fort contre lui.

- Ah. Oui c'est pas faux. C'est juste que j'ai pas vraiment l'habitude que tu… Pourquoi ?

Neal ne savait pas vraiment s'il était en train de rougir, mais si c'était le cas, alors pour une fois il bénissait la nuit et les ombres du Pays Imaginaire parce qu'il n'avait vraiment pas envie que Killian s'en rende compte.

- Je voulais que tu arrêtes d'être triste, lui avoua simplement le brun, avec une telle sincérité que Neal se figea, interdit.

Comment est-ce qu'au juste il allait empêcher son cœur de battre à tout rompre si l'autre lui sortait des phrases comme ça ?

D'ailleurs en parlant de son cœur, est-ce qu'il l'entendait s'affoler dans sa cage thoracique ?

Il espérait vraiment que non.

- Oh… se contenta-t-il de répondre, ne sachant pas au juste quoi dire d'autre. Je… merci.

Il ne put pas s'empêcher de bailler, parce que dieux qu'il était fatigué mais si jamais il fermait les yeux alors les ombres allaient revenir et…

En réalisant que Neal était à deux doigts de s'endormir, Killian fut frappé par une idée soudaine et voulut la chasser de son esprit quelques secondes plus tard, mais elle s'accrocha, persistante.

- Je sais que ça va sans doute paraître stupide, mais… tu veux que je reste à côté de toi jusqu'à ce que tu t'endormes ? Comme ça si jamais tu fais de nouveau un cauchemar, au moins je serai là pour te réveiller si besoin.

Il n'allait pas lui proposer de dormir avec lui, il doutait que Neal apprécie l'idée.

- Je… je veux bien oui. Ça pourrait m'aider.

Il serait bien resté là, allongé ici, dans ses bras, mais c'était tout sauf une bonne idée, alors, après une dernière étreinte, il s'éloigna à regret de lui avant de s'installer de nouveau là où il était quelques minutes plus tôt.

Maintenant, il n'avait plus qu'à prier pour réussir à dormir sans que quoi que ce soit ne vienne perturber son sommeil…

§§§§

C'était la première fois qu'il le regardait dormir.

Lorsqu'il était arrivé sur le Jolly Roger, lors de cette sombre nuit, il avait simplement attendu qu'il reprenne connaissance, alors que cette fois-ci, il veillait sur son sommeil, s'assurait qu'il ne ferait pas de cauchemars, et surtout il savait qui il était.

Ce n'était plus un gosse inconnu dont il venait de sauver la vie, c'était quelqu'un qu'il connaissait et qui était devenu son ami et pour qui il avait décidé d'abandonner sa vengeance.

Rien que ça montrait bien l'évolution de leur relation, tout ce qui avait changé depuis leur première rencontre (enfin deuxième rencontre en un sens même s'ils n'avaient pas réellement de souvenirs de la première) et que les circonstances n'étaient définitivement plus les mêmes.

Et Neal avait l'air presque paisible comme ça.

Sans doute parce que les cauchemars n'étaient pas encore revenus, et Killian espérait sincèrement que ça allait durer parce qu'il méritait de se reposer et il redoutait le moment où il le verrait froncer les sourcils et s'agiter dans son sommeil et il ne put s'empêcher de serrer le poing de rage.

Il aurait voulu pouvoir arranger les choses, effacer tout ce qu'il avait fait de mal au jeune homme par le passé, tout ce qu'il avait subi à cause de ses parents, de Peter Pan, tout ce qu'il avait enduré et qui rendait son sommeil si agité si souvent, et il savait déjà qu'il tenait à lui avant cela.

Mais jusqu'à cet instant précis il n'avait jamais réalisé à quel point, et c'en était presque effrayant.

La dernière fois qu'il avait à ce point voulu protéger quelqu'un remontait à Milah et par la suite il ne s'était plus jamais attaché à qui que ce soit, pas aussi intensément et viscéralement que maintenant en tout cas.

Il y avait bien Regina, bien sûr, mais il ne s'était pas autant rapproché d'elle et s'il voulait préserver son ami des ombres qui le hantaient, sans doute parce qu'il était en partie responsable, ce n'était pas le cas avec l'ancienne méchante reine.

Probablement parce qu'elle ne semblait pas avoir besoin de l'être, ou parce qu'il avait le sentiment qu'elle n'avait pas besoin de lui, après tout elle avait Emma à ses côtés.

Alors que cette pensée lui traversait l'esprit, il fronça les sourcils.

Quelque chose n'allait pas dans ce raisonnement.

Certes, la brune avait Emma, mais en dehors de ça, elle était plutôt isolée, Rumplestiltskin et Clochette n'étaient pas très proches d'elle à cause de leurs passifs respectifs, et les autres membres du groupe, en dehors des Darling, avaient subi les effets de sa malédiction, ou la connaissaient mal comme Baelfire.

Ce qui n'était pas le cas de Neal.

Neal avait son père, son ex, Clochette, Jean et Michel et il ignorait à quel point il était proche ou non des autres habitants de Storybrooke mais il savait qu'il n'était pas leur ennemi, et dans les faits il n'avait pas besoin du pirate.

Alors dans ce cas-là pourquoi ?

Pourquoi est-ce que ça lui tenait tellement à cœur de veiller sur lui, d'être celui qui se trouvait là à ses côtés à s'assurer qu'il allait bien, pourquoi n'aurait-il pas laissé sa place à quelqu'un d'autre, pourquoi lui avait-il proposé ça alors qu'il avait lui aussi besoin de dormir ?

Pourquoi est-ce que ça lui semblait si important ?

Pourquoi fallait-il que ce soit si compliqué ?

Il n'avait aucune idée de la réponse et pour le moment il ne savait pas pourquoi mais il n'était pas sûr de vouloir la trouver.

§§§§

Au bout du compte, il n'avait pas dû attendre longtemps avant que ce qu'il craignait ne se réalise, et alors qu'il voyait Neal serrer les poings, sans doute pour ne pas hurler (et il avait hurlé autrefois, quand Félix et les autres le torturaient, il le lui avait dit. Est-ce que pendant qu'il faisait des cauchemars il avait hurlé aussi et que personne n'était jamais venu ?) et il ne sut soudainement pas quoi faire.

Il savait qu'il était supposé le réveiller, il avait dit qu'il le ferait, mais soudainement ça ne lui semblait plus être une bonne idée, peut-être parce qu'il ne voulait pas que cet instant fugace et volé à cette mission interminable ne se termine brusquement.

Aussi, sans réfléchir une seule seconde, il se rapprocha de lui et avant de se raviser, il prit son courage à deux mains et l'attira contre lui, l'allongeant à côté de lui, la tête de Neal reposant désormais contre son torse, et Killian maudit l'absence de lits sur cette maudite île, ça aurait rendu toute cette opération bien plus confortable.

Ça ne changerait sans doute rien, ça ne chasserait sans doute pas les cauchemars, peut-être que ça empirerait même les choses.

Mais il devait au moins essayer.

Et si ça lui permettait de calmer les cauchemars de Neal, alors ça lui convenait parfaitement.

Ainsi, quelques secondes plus tard, Neal finit finalement par se calmer et par même instinctivement le serrer dans ses bras, et Killian ne put empêcher un sourire de fierté de se dessiner sur son visage.

Ça signifiait qu'il se sentait en sécurité avec lui, qu'avec lui il n'avait plus peur, qu'il lui faisait confiance même dans son sommeil, et c'était une chose qu'il aurait pensé impossible et inimaginable quelques temps auparavant.

En entendant sa respiration, bien plus régulière et moins erratique qu'elle ne l'était jusque-là, il continua de l'observer, craignant que d'un moment à l'autre il ne recommence à s'agiter, ou de l'entendre hurler voire de le voir pleurer en silence comme il avait dû le faire pendant si longtemps parce qu'il était seul, et sans même s'en rendre compte, il passa sa main valide brièvement dans ses cheveux.

Ce ne fut qu'à ce moment qu'il réalisa ce qu'il venait de faire, depuis le moment où Neal avait commencé à faire un cauchemar et où son cerveau avait décidé de se mettre en pause, le poussant à agir sans trop savoir ce qu'il faisait, mis à part que ça lui semblait être la bonne chose à faire.

Mais qu'est-ce que je fabrique ?

Il avait justement songé peu de temps avant que lui et Neal n'allaient définitivement pas dormir ensemble parce que ça aurait été ridicule, mais maintenant qu'il était là, il n'avait plus envie de bouger, il se sentait… bien.

Et même si son cœur battait à toute vitesse et que ça lui faisait presque peur, ça ne changeait rien au fait qu'il voulait rester là.

Même si c'était absurde, insensé, même si ce n'était pas supposé arriver, peu importe.

Il préférait ne pas y réfléchir et il finit par fermer les yeux.

Après tout, lui aussi il avait bien le droit de dormir.

§§§§

Quand Neal se réveilla, il se sentit relativement reposé.

Et au bout de seulement quelques secondes, il se rendit compte que quelque chose n'allait pas, sans doute le fait que, à tout hasard, il n'était plus allongé à la même place que durant la nuit et aussi parce que…

Oh.

Oh.

Est-ce qu'il était encore en train de dormir et de rêver ou bien est-ce qu'il avait vraiment passé la nuit dans les bras de Killian Jones, alors que ce n'était absolument pas ce qui était prévu ?

Apparemment oui.

Bordel de…

Heureusement qu'ils étaient déjà par terre parce qu'il avait le sentiment qu'il serait tombé à la renverse en réalisant où il était et bon sang il n'avait même pas envie de savoir ce qu'il s'était passé alors il tenta de se lever le plus vite possible sans réveiller qui que ce soit.

Par il ne savait pas quel miracle, cela fonctionna.

Le pirate dormait toujours, de même que les autres et il faisait sombre comme toujours au Pays Imaginaire, et il reprit sa place, comme si de rien n'était en priant pour que personne ne se soit aperçu de quoi que ce soit.

Et surtout que son père qui était le seul parmi eux à ne jamais dormir, n'ait rien vu du tout et en y pensant, Neal eut bien du mal à retenir un rire nerveux.

Sérieusement comment aurait-il pu expliquer ça au Ténébreux ?

Il préférait ne pas le faire, faire comme si rien ne s'était passé, parce qu'en un sens c'était le cas.

Rien n'était arrivé.

Le fait qu'il le regrette montrait bien à quel point il était irrémédiablement foutu.

§§§§

Emma fit quelques pas, ne sachant pas réellement ce qu'elle était en train de faire.

Sans doute ce qu'elle aurait dû faire depuis le début, se rendre dans ce camp qui retenait son fils, trouver un plan d'attaque et vaincre Peter Pan.

Elle fit quelques pas, malgré la peur, malgré les regards des enfants perdus posés sur elle et soudainement, elle se figea.

Henry.

Il était là, devant elle, à à peine quelques mètres, semblant bien plus réel que via le miroir utilisé par Regina pour communiquer avec lui, et elle aurait presque pu le toucher.

Le prendre dans ses bras, le rassurer, et elle pouvait peut-être le faire, Peter Pan n'était pas là, et tout aussi effrayants soient-ils, les garçons perdus n'étaient que des enfants armés d'armes mortelles, peut-être pourraient-ils en venir à bout si leur chef n'était pas là et accomplir la première étape de leur plan.

Récupérer Henry.

Un sourire se dessina sur ses lèvres et elle continua d'avancer, jusqu'à l'entrée du camp et…

Son sourire s'effaça brusquement.

Une barrière venait tout juste de la repousser, une barrière magique semblable à celle qui entourait Storybrooke durant la malédiction, une barrière qu'elle ne pouvait pas détruire ou mettre en pièces.

Ils ne pouvaient pas entrer…

Ils étaient juste à côté du camp et ils ne pouvaient même pas y entrer.

Non loin d'elle, Félix lui offrit un sourire suffisant et empli de morgue qui lui donna envie de le frapper.

A suivre…