Ce texte est écrit dans le cadre du calendrier de l'avent organisé par Almayen, qui consiste à offrir tous les jours un OS à quelqu'un. Il est donc pour Dina, j'espère qu'il te plaira sincèrement ! ENJOY !
- Dites donc, ma fille, nota Seli, vous avez grise mine aujourd'hui ! Vous n'auriez pas par hasard abusé du vin lors de la réunion des dames de Kaamelott hier soir ?
- Moi ? Oh non, vous pensez bien… répondit Guenièvre d'une voix pâteuse.
Arthur leva discrètement les yeux au ciel mais ne releva pas. Guenièvre était revenue dans leur chambre à une heure avancée, soutenue par deux domestiques qui l'avaient trouvée errante dans le château sans pouvoir retrouver son chemin. L'absence exceptionnelle de sa mère à cette réunion avait dû débrider la reine qui avait arrêté de compter les verres autour du quinzième.
- Non mais à quoi ça ressemble, je vous le demande ! reprit Seli sans la croire une seconde. La Reine de Bretagne incapable de se tenir convenablement ! Et je n'ose imaginer quelles prouesses vous avez pu accomplir dans cet état ! Ah il est beau, le royaume, c'est moi qui vous le dis !
- Mais je vous dis, mère, que je n'ai pas abusé du vin ! protesta Guenièvre en tentant d'élever la voix sans y parvenir. Je n'ai même pas bu un seul verre !
- Pas bu un seul verre ! répéta Seli. Ben voyons, plus c'est gros plus ça passe ! Vous êtes pâle à rendre jaloux un mort, vous ne pouvez rien manger sans avoir des haut-le-cœur…
- Oui enfin ça pardon, mais avec ou sans picole, je crois qu'il vaut mieux chercher du côté de ce qu'il y a sur la table… commenta Arthur en désignant la tarte que Seli avait préparée pour le dessert.
- Oh vous quand on aura besoin de votre avis, on vous écrira ! Ça ne vous choque pas, que votre femme se mette dans des états pareils ?
- De une, ma femme fait bien ce qu'elle veut, de deux, je ne vois pas pourquoi je ne la croirais pas quand elle dit ne pas avoir bu hier soir !
Arthur avait hésité à suivre Guenièvre dans son mensonge mais il devait se rendre à l'évidence : Le conflit avec sa belle-mère serait de toute façon inévitable, tandis que faire front avec Guenièvre pourrait lui apporter une certaine tranquillité pendant quelques soirées, quand il devrait la retrouver pour aller se coucher.
- Nous sommes au royaume des aveugles, ma parole ! Regardez-la, quel genre de maladie rend incapable de dormir et de becqueter autre qu'une gueule de bois ?
- Si vous tenez tant à le savoir, s'écria Guenièvre, je suis enceinte, voilà ! Je porte l'héritier du royaume, voilà la raison de mon état !
Arthur s'étouffa dans le verre de vin qu'il était en train de boire et Seli resta sans voix. Ce fut Leodagan qui fut le premier à réagir :
- Alors celle-là c'est la meilleure de l'année ! Votre toquard de mari aurait enfin réussi à vous mettre un polichinelle dans le tiroir ? Je crois que même le fait que vous n'ayez pas bu, c'était plus crédible !
- Vous savez ce qu'il vous dit, le toquard de mari ? protesta Arthur.
Guenièvre se tapit légèrement sur sa chaise en assistant à la dispute entre Arthur et Leodagan, mais Seli, elle, ne toucha plus un mot de tout le repas.
Arthur entra dans la chambre en claquant la porte derrière lui et fit face à Guenièvre, déjà couchée. Elle avait repris quelques couleurs par rapport au midi même et son regard vague était désormais embarrassé.
- Ôtez-moi d'un doute, finit par lancer Arthur. Vous n'êtes pas véritablement enceinte ?
- Bien sûr que non, répondit Guenièvre. Comment voulez-vous que ce soit possible ?
- Oh je ne vous en voudrais pas si vous vouliez aller chercher votre bonheur ailleurs. Maintenant, qu'est-ce que vous comptez faire ? La supercherie va tenir quelques semaines mais votre mère risque de s'en apercevoir quand vous n'aurez ni pris un gramme ni accouché dans neuf mois.
- J'avoue ne pas avoir poussé la réflexion aussi loin… avoua Guenièvre, honteuse.
- Ça m'aurait étonné, grommela Arthur. Bon, c'est pas comme s'il fallait prendre une décision ce soir, on a quelques semaines pour aviser et faire croire que vous l'avez perdu, ou que les médecins se sont trompés, ou je ne sais quoi encore. D'ici là jouez le jeu et abstenez-vous de picoler !
Arthur s'empara d'une part de tarte aux abricots et croqua un bout minuscule avec réticence. Fronçant les sourcils, il en mangea un plus gros bout et, une fois avalé, releva les yeux vers sa belle-mère :
- C'est pas vous qui l'avez faite, cette tarte ?
- Pourquoi, elle ne vous revient pas ?
- Bah si justement. Elle est sacrément bonne, c'est pour ça que ça me surprenait.
- Avec la venue de mon premier petit-enfant, je me suis dit que je devais mettre un coup de collier dans l'apprentissage de la cuisine, pour lui préparer des tartes, et j'ai demandé à une boniche de m'apprendre une recette.
- Quoi, s'exclama Léodagan, parce que jusqu'à maintenant vous mélangiez plein d'ingrédients aléatoirement ?
- Ça explique bien des choses, concéda Arthur.
- Au moins je m'améliore ! protesta Seli. Et je vous demanderai de ne pas crier, c'est mauvais pour le bébé, ajouta-t-elle en désignant Guenièvre. A partir de maintenant je vous demanderai de ne pas lever le ton lorsque nous discutons ensemble.
- On change de plan, décréta Arthur en rentrant dans sa chambre le soir. On ne change rien. On continue à affirmer que vous êtes enceinte.
- Mais… Je croyais que…
- Y a pas de mais, coupa Arthur. Vos parents qui sont aimables et passent des repas sans gueuler ni casser la vaisselle, c'était inespéré. Je veux que ça continue, moi.
- Et dans neuf mois alors ? Quand il n'y aura toujours pas d'enfant en vue ?
- On va gagner du temps avec des coussins à mettre sous vos robes. Le reste, on verra plus tard.
- Vous savez… Si vraiment cet état, bien que fictif, vous arrange, il serait peut-être possible de… Disons, si nous avions de la chance et que cela arrivait rapidement…
Arthur resta silencieux quelques secondes avant de comprendre où elle voulait en venir.
- Ouais mais… Mais non. On va trouver autre chose, vous inquiétez pas.
- Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il se fait attendre, cet enfant ! commenta Seli avec un sourire attendri devant le ventre de sa fille.
- Ça fait combien là, au moins dix ou onze mois ? compléta Léodagan.
- Merlin a dit n'être pas sûr de la date de début de grossesse, répondit Guenièvre d'une petite voix. Mais en effet, il ne devrait plus rester longtemps ! Il me tarde !
Elle s'éclipsa à la recherche d'Arthur qu'elle trouva au détour d'un couloir.
- Vous pensez qu'on a gagné suffisamment de temps ? demanda-t-elle. On fait quoi, maintenant ? Mes parents sont devenus aimables mais pas stupides pour autant !
- Je sais, grommela Arthur, je sais… Je dois filer en séance de doléances mais je vous promets que d'ici ce soir, j'ai une solution ! Rentrez dans notre chambre, dites à quiconque que vous devez vous reposer, ça vous évitera d'avoir à vous justifier encore.
- Vous avez intérêt à en avoir une de brillante, de solution ! murmura Guenièvre avant de filer vers l'étage des chambres.
Arthur soupira profondément et rejoignit Lancelot et Bohort qui l'attendaient déjà dans la salle du trône.
- C'est quoi la liste des doléances, aujourd'hui ?
- Juste Guethenoc, le paysan, qui demande à vous voir.
- Encore ? ! Bon au moins cette fois, c'est sans l'autre crétin avec qui il s'engueule tout le temps, on a peut-être une chance que ça aille vite…
Les gardes laissèrent entrer Guethenoc qui portait dans ses bras un paquet de couvertures. D'un regard plus avisé, Arthur constata qu'il s'agissait d'un bébé, d'à peine quelques jours, emmitouflé contre le froid.
- Sire, annonça-t-il, permettez-moi de vous présenter tout ce qu'il me reste de ma fille bien-aimée, ma regrettée Judith.
- Qu'est-ce que… commença Bohort.
- Il me semble que vous la connaissiez bien puisqu'il y a de ça neuf mois, au cours de la Grande Fête du Printemps, vous vous êtes éclipsé en sa compagnie, lui laissant ce fardeau auquel elle a succombé en lui donnant la vie !
- Vos propos sont honteux ! s'exclama Lancelot.
- Croyez bien que nous compatissons à votre douleur, renchérit Bohort, mais cela ne vous donne aucun droit de tenir des propos diffamatoires et insultants envers notre roi !
- Attendez, attendez, soupira Arthur. Guethenoc, je ne comprends rien à ce que vous me chantez, quel est le motif de votre doléance ?
- Il se trouve que neuf mois après votre aventure avec ma fille, me voilà avec un orphelin sur les bras, et par votre faute ! J'attends donc de savoir comment je suis censé cultiver mes terres pour nourrir la moitié de Kaamelott et gérer à la fois un nourrisson qui ne survit pour l'instant que grâce au lait de mes chèvres ?
- Cela suffit ! s'exclama Lancelot. Le roi ne saurait souffrir de telles accusations ! Gardes, faites-le…
- Non non non ! coupa Arthur en levant la main. Guethenoc, soyez certain que je compatis à la douleur de la perte de votre fille. Vous désirez une aide financière pour élever cet enfant, c'est bien cela ?
- Une aide financière ? ! Je dirais pas non mais je sais surtout pas quoi faire d'un gamin, moi ! Ma fille a rejoint ma femme dans la tombe et j'ai jamais élevé autre chose que des vaches et des chèvres ! Seul l'amour que j'avais pour ma fille m'empêche de le jeter dans un fossé ! Mais puisque tout laisse à penser que cet enfant a malgré tout un père, j'attends une solution pour le maintenir en vie ce pauv' gosse !
Bohort allait protester mais Arthur se leva et s'approcha de Guethenoc pour mieux voir l'enfant. Il se souvenait de cette aventure avec sa fille neuf mois auparavant. Il n'y avait aucune preuve… A part les cheveux bruns et touffus de l'enfant déjà si semblables aux siens, à part une forme de visage qui lui évoquait celle de sa mère… A part l'envie irrésistible de prendre cet enfant dans ses bras et de ne plus jamais le lâcher. Il pensa quelques secondes à Guenièvre et à sa réaction s'il ramenait un enfant d'un autre lit. Guenièvre, qui attendait désespérément une solution pour se sortir de la grossesse fictive inventée sur un coup de tête. Le déclic se fit soudainement. Observant les regards anxieux de Bohort et Lancelot, il reprit contenance :
- Guethenoc, je réfute fermement les accusations selon lesquelles cet enfant serait de mon sang. Cependant, je suis sensible à votre douleur et aux rudes efforts que vous menez en toute saison pour fournir Kaamelott en nourriture. Vous recevrez une importante somme d'argent pour assurer les frais de funérailles de votre fille et en compensation de votre douleur. Si vous y consentez, je peux prendre cet enfant sous mon aile et me charger de lui trouver une famille aimante dans laquelle il s'épanouira pleinement. Ces termes vous conviennent-ils ?
- Je… souffla Guethenoc sous le choc. Alors ça… Oui, bien sûr Sire, oui merci infiniment… Ah on râle, on râle, mais faut bien le dire des rois y en a pas deux comme vous… Je… Je peux faire un dernier bisou au petiot, tout de même ?
- Je dois bien avouer, assura Léodagan en regardant l'enfant que tenait Guenièvre, que quand vous m'avez annoncé être enceinte je me disais que j'attendais de voir un marmot pour y croire. Mais là…
- Grands-parents de l'héritier du trône de Bretagne… dit doucement Seli. Je dois le dire, mon gendre, c'est un honneur pour nous !
- Honneur partagé, belle-maman ! assura Arthur. Ma descendance est assurée, vos tartes sont devenues bouffables, nous n'avons plus besoin de bouchons de cire pour participer aux repas de famille, tout va pour le mieux !
- Je peux même recommencer à boire de l'alcool désormais ! sourit Guenièvre en attrapant son verre de la main qui ne tenait pas le bébé.
- Non. Non, coupa Arthur, il… Il ne vaut mieux pas, croyez-moi.
Deux regards étonnés et interrogateurs le fixèrent mais Guenièvre sembla comprendre. Arthur n'aurait probablement pas autant de chance deux fois de suite pour couvrir le résultat d'une consommation excessive d'alcool et du mensonge en ayant découlé.
En espérant que ça t'ait plu, Dina !
