TU PEUX TOI AUSSI COMMANDER TA FICTION
Oui tu peux toi aussi commander une fiction en te rendant sur notre histoire "Commandes de fictions" ou sur notre forum, et review le mois en cours !
Hé ! Bien le bonjour (ou le bonsoir) à toi qui arrive sur cette histoire !
Lady d'Acticiel, une des auteurs de notre collectif, a écrit ce texte et vous passe ce message :
Bonjour tout le monde !
Conformément à la demande de RoseRogers95, on part ici du principe que le Métatron est bien descendu sur Terre pour se prendre un café chez Nina. Mais juste après ça, il est retourné au Paradis. Tout seul. Il n'a donc pas rencontré Aziraphale, et la saison deux ne s'est donc pas terminée de la manière que vous connaissez.
On va dire qu'il fait ça souvent, le Métatron. Que le café est son petit péché mignon.
Bonne lecture !
En effet, RoseRogers95 nous a commandé la fic suivante : "J'aimerais bien voir une histoire qui se déroulerais apres l'apocalypse et qui montrerai leur vie a tout les deux sans tenir compte du départ d'aziraphale vers le paradis. Ils seraient rester tout deux sur terre et vivrai plus ou moins ensemble."
Disclaimer : Good Omens est l'oeuvre de Terry Prachett et de Neil Gaiman.
Résumé: Ou la vie d'un ange et d'un démon après l'Apocalyspe.
La lente valse saveur coco
PARTIE I
La conversation s'arrêta et bientôt, le libraire entendit la tonalité caractéristique qui signifiait que l'interlocuteur avait raccroché. Désormais, c'était à lui de jouer… L'être en costume clair prit une profonde inspiration, les yeux fermés.
Allons, vieille laitue. C'est à toi de jouer, songea-t-il. Tu raccroches ce téléphone et tu expliques la situation calmement, comme à l'entraînement. Une prestidigitation, ni plus ni moins.
Pour s'aider à rentrer dans la peau de son personnage, il repensa à des choses tristes. C'était une petite astuce de théâtre qu'il avait glanée, au gré de ses rencontres avec les plus grands dramaturges. Différents souvenirs se hâtèrent de remonter jusqu'à lui, dans le désordre. La Première Guerre, qui avait irrémédiablement séparé sa famille en deux clans distincts. Le restaurant de la rue Whittaker, fermé lors de la pandémie de 2020, et qui avait été remplacé par une école de conduite. L'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie. Cette petite fille polonaise qui était décédée dans ses bras. Le dernier exemplaire de la première édition japonaise de la Bible, irrémédiablement perdu dans un naufrage.
Oh. Cela fonctionnait. Le visage de son enveloppe humaine se fermait. Et son pouce frottait nerveusement la bague qui ceignait son auriculaire.
Repense à ce que tu aurais pu perdre, si jamais l'Apocalypse avait eu lieu.
Les souvenirs de cette journée-là revinrent, toujours aussi vifs.
Cette fois, il était prêt.
L'antique téléphone à cadran fut reposé sur son socle, avec la délicatesse hésitante que traduisait une grande émotion. Pour parfaire son rôle, le libraire passa sa main aux doigts potelés sur son visage et la tint là quelques secondes. Puis il redressa la tête et se racla délicatement la gorge.
Il lança quelques mots d'une voix attristée.
Aucun des deux clients ne s'opposa à la décision qu'il venait de prendre. Tous échangèrent un regard désolé et déçu, avant de se diriger vers la sortie.
D'un air préoccupé, le libraire devança de quelques pas la vieille dame et le jeune étudiant, et leur ouvrit la porte de la librairie. Un rai de lumière matinale s'engouffra dans la salle poussiéreuse. Galamment, il offrit sa main à la plus âgée pour lui faire descendre les quelques marches. Sitôt dehors, l'étudiant eut la décence de partir à grandes enjambées, après un signe de tête de connivence. Ne restait plus que la dame âgée…
- Merci d'être venue, entama le libraire d'un air peiné. Merci de votre compréhension, et toutes mes excuses de devoir vous mettre à la porte de cette manière... C'est… c'est un tel drame, vous savez…
- Je compatis, mon pauvre . Pourrai-je revenir demain pour revoir le livre ? chevrota-t-elle en claudiquant sur sa canne. Je suis vraiment très intéressée à l'idée de vous le prendre…
L'être aux yeux clairs eut un air gêné et tordit ses mains.
- Oh, heu… Je pense malheureusement qu'une telle histoire va prendre plusieurs jours à régler. Avec toutes ces… heu... formalités administratives, vous savez… Ces choses que l'on doit faire lorsqu'on perd un … heu, proche.
Resté adossé au chambranle de la porte, le collègue du libraire, vêtu de son sempiternel costume sombre, eut un sourire devant la maladresse affichée. Il décida de lui venir en aide et, depuis son perchoir, renchérit à l'attention de la dame âgée :
- Régler les droits de succession, vendre la maison, tout ça. On devrait en avoir pour quelques jours. Ou semaines.
La vieille femme eut un air concerné et hocha la tête avec compassion.
- Je suis passée par là pour mon Edward. Courage. Et toutes mes condoléances, Mr. Fell.
Elle le salua poliment et jeta un signe du menton à ce rouquin efflanqué - mais particulièrement charismatique, elle devait bien l'avouer - qui semblait désormais travailler à ses côtés. Puis, elle boitilla loin de la librairie, s'enfonçant dans les rues animées de Soho.
Fin de l'alerte.
Avec un geste indécemment trop joyeux pour une personne qui venait d'apprendre la perte d'un proche, le libraire baissa la main qu'il avait agitée pour la saluer, avant de se tourner vers son collègue. Ce dernier eut un sobre mouvement du bras, l'invitant à monter les marches pour entrer dans le bâtiment.
Sitôt la porte fermée, main sur la poignée, l'homme roux remonta ses lunettes de soleil sur son front et prit une expression faussement chagrinée.
- Paaaaauvre grand-tante Susan. Vraiment, Aziraphale, toutes mes condoléances. Ça fait combien de fois qu'elle décède, depuis le début du siècle dernier ? Huit ? Neuf fois ?
Avant de lui répondre, l'interpellé souleva avec un soin religieux l'ouvrage que la dame âgée avait eu l'intention d'acquérir. Il en caressa tendrement la tranche avec un sourire doux et fit quelques pas, le rangeant à sa juste place, bien en sécurité.
Cette cliente fréquentait la librairie depuis sa jeunesse. Techniquement, elle avait même connu le précédent propriétaire de la boutique, le père de M. Aziraphale Fell (nom transmis de fils en fils dans la famille, d'après le libraire…). Cela remontait déjà à une cinquantaine d'années…
Malgré le soin incroyable que l'ange mettait pour dissuader les clients de se porter acquéreurs de ses précieux ouvrages, cette dame essayait à chacun de ses passages. Et l'âge la rendait effrontée et insistante. Aziraphale n'était pas fier d'avoir dû en arriver à de telles extrémités, mais il avait toujours sur lui un plan de secours.
Alors il se retourna vers son complice et dit, d'un air sévère et élégant :
- Crowley, très cher, je te prierais de respecter le sommeil éternel de la pauvre tante Susan.
- J'essaie juste de souligner l'idée, pourtant intelligente, de renouveler le nom de tes défunts bidons, de temps à autre. Un de ces quatre, un client régulier finira par te poser des questions.
Sous les boucles claires, le regard se fit farouche.
- Mon cher Crowley. Si un client devenait 'régulier' dans cette librairie, c'est que toi et moi ferions bien mal notre travail.
- Mmmh, tu marques un point, capitula l'autre avec un sourire plein de dents. Bon. Faisons le point sur notre petite mascarade, tu veux ? Comment j'étais, à l'autre bout du fil ?
- Oh ! Parfait, comme d'habitude. Tu joues particulièrement bien le rôle du veuf en souffrance. Je pensais qu'on entendrait ta voix depuis l'arrière-boutique, mais non. C'était très bien. Et moi, dans mon rôle de l'endeuillé ?
Crowley eut un geste théâtral.
- Beaucoup mieux depuis qu'on a revu le scénario. Cette fois, tu as su parfaitement capter l'essence de la surprise et de la douleur. Le petit bégaiement sur la fin était parfait. Tu t'améliores.
Sous les compliments, la silhouette dodue se tortilla de plaisir.
- Allons, allons ! Cesse-donc tes flatteries, vilain reptile ! J'ai été à bonne école. Mais il me faudra encore un peu de temps pour parvenir à faire pleurer mes yeux, comme font les acteurs de cinéma. J'ai peur d'avoir été trop stoïque devant cette dame âgée. De nos jours, ne serait-il pas plus judicieux de montrer davantage ses émotions?
Tous les deux échangèrent un regard. Le regard de deux créatures qui avaient assisté à la naissance du théâtre et l'évolution du cinéma. Et à d'autres moments plus intimes et personnels.
Crowley eut un sourire carnassier :
- Tu joues pas pour gagner un Oscar. D'ailleurs, cette petite dame n'a même pas percuté que, comme c'est TOI qui a reçu la nouvelle avec ton vieux téléphone, JE ne pouvais pas être au courant, et donc lui en parler quand tu l'as raccompagnée.
L'ange hocha la tête avec un sourire. Puis, il tordit sa bouche en une expression amusante et désigna à Crowley la porte de la librairie.
- On ferme, alors ? demanda le démon. Dès dix heures du matin ?
En réponse, Aziraphale agita les poings avec bonheur :
- Oui ! Fermons la librairie pour aujourd'hui, et peut-être même pour le reste de la semaine ! (Il toussota et ajouta avec plus de solennité) C'est le temps dont nous aurons besoin pour prendre soin des possessions de la grand-tante Susan.
Et pour appuyer ses dires, Crowley verrouilla à clé sa boutique et retourna religieusement la pancarte "Sorry, We're closed !". Le libraire arborait sur le visage une expression de profond ravissement.
Aziraphale se sentait toujours extrêmement satisfait lorsqu'il empêchait la vente d'un de ses précieux ouvrages. Ce n'était, évidemment, pas par perfidie qu'il faisait cela. Bien sûr que non. Il était un ange, voyons. Un représentant du Bien. Mais les livres étaient des ouvrages si fragiles, et Les Gens, si maladroits… Aziraphale se disait qu'il ne faisait, après tout, que protéger le patrimoine de l'Humanité... en l'empêchant de tomber entre n'importe quelles mains.
De temps en temps, lorsqu'un client se montrait particulièrement intéressé par un livre et que les techniques habituelles de dissuasion ne suffisaient plus, Aziraphale s'en désolait et se résolvait à employer sa liste des «Grands Moyens». L'annonce impromptue du décès de la grand-tante Susan en était d'ailleurs l'entrée numéro 25.
Pour le spectateur extérieur, ce plan pouvait paraître vil et honteux. Mais lorsqu'un relent de regrets angéliques envahissait l'ange, Aziraphale arguait que refuser la vente de ses livres contribuait à préserver le savoir de l'Humanité. Et au besoin, il se rassurait; il était certainement contaminé par les effluves démoniaques sécrétés par son collègue.
Car Crowley était de loin son meilleur allié et sa plus belle excuse pour rester campé sur ses positions.
