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"Enlevez tout. Tout, d'accord, vous pouvez tout enlever ? Le médecin va bientôt arriver."

Bella regarda fixement la porte qui se refermait derrière l'infirmière trop aimable. Elle souffla, indignée, et enleva ses chaussures d'un coup de pied rageur. "Ça va être comme ça, hein ?" Elle retira sa chemise. "Ce n'est pas en me déshabillant pour un joli visage que je suis arrivée ici ?" Elle enleva son soutien-gorge et déboutonna son jeans. "C'est gentil de ta part d'avoir choisi quelque chose de sexy pour moi. Manifestement, tu es un homme à fesses." Elle enfila la robe fine, ouverte dans le dos, et baissa ses sous-vêtements. Elle la secoua vers la porte. "Je garde mes chaussettes."

Quelques minutes plus tard, Bella essayait de ne pas se sentir comme un chien dans une exposition canine pendant que le médecin évaluait les différentes parties de son corps. "Tout a une forme correcte et adéquate," annonça-t-il, deux doigts toujours en elle.

Quelques minutes plus tard, il hocha la tête en signe de satisfaction. "Vos mamelons sont normaux."

"Merci ?" dit Bella en essayant de ne pas grimacer.

"Il ne devrait pas y avoir de problème pour prendre le sein sur le côté." Le médecin lui couvrit le dos. "Vous avez l'intention d'allaiter ?"

"Hum. Oui ?" Elle n'avait pas vraiment pensé à quoi que ce soit en rapport avec le bébé. Le fait de savoir qu'elle était enceinte ne s'était pas traduit par l'idée qu'elle allait avoir un bébé dans sept mois environ. Elle cochait des cases. Arrêter de manger et de boire des choses qu'elle ne devrait pas. Le dire au père. Aller voir le médecin.

"D'accord, alors. Il est temps de jeter un coup d'œil. Voir comment va le bébé." Il se dirigea vers une machine qui se trouvait sur le côté et en retira une baguette sur laquelle se trouvait un préservatif. Bella arqua un sourcil et le médecin sourit. "A ce stade, le bébé est généralement trop petit pour qu'on puisse voir tout ce qu'il faut voir." Il fit un geste sur son ventre. "Alors on passe en dessous." Il fit un geste pour mettre du lubrifiant sur la sonde.

"Alors, de retour dans les étriers ?" demanda Bella, faisant de son mieux pour ne pas grimacer.

"Et avancez vos fesses jusqu'au bord," indiqua le docteur tout en travaillant. "Vous allez sentir un peu de pression, d'accord ?"

Bella garda son attention sur l'écran pendant que le médecin faisait aller et venir la baguette à l'intérieur d'elle. Il bougea sur le côté et deux trous apparurent au milieu de l'étrange masse grise et noire sur l'écran. Il tapota celui de gauche. "C'est votre vessie." Il réajusta pour que le trou de droite soit au centre de l'écran. "Et ça, c'est le sac gestationnel dans votre utérus."

Il montra ensuite une petite forme circulaire. "C'est ce qu'on appelle le sac vitellin. C'est ce qui nourrit le bébé avant la formation du placenta. Il va disparaître." Il désigna une masse appuyée contre le côté du trou noir. "C'est le bébé."

Bella aspira une bouffée d'air. Elle ne savait pas ce qu'elle ressentait. Le blob sur l'écran ne ressemblait à rien de ce qu'elle pouvait imaginer.

Le docteur figea l'écran, murmurant quelques chiffres alors qu'il marquait le contour du blob de gauche à droite et de haut en bas. Il le mesurait, devina Bella. Il désigna ensuite un point dans la masse. "Vous voyez ce scintillement ?"

"Oui," dit Bella, en voyant ce qui ressemblait à un minuscule éclat d'électricité statique à cet endroit.

"C'est le rythme cardiaque."

"Oh," dit Bella dans un souffle. Une sensation de soulagement la traversa, suivie rapidement d'un bref mais écrasant moment de panique et d'effroi.

Il y avait quelque chose de vivant en elle.

Le reste du rendez-vous se déroula dans l'hébétude. Il y avait beaucoup d'informations à assimiler. Elle se souvint vaguement que le médecin avait parlé de la probabilité accrue de certains troubles chez les femmes qui accouchaient après trente-cinq ans. Des tests génétiques étaient disponibles, allant d'une simple prise de sang à une amniocentèse. Grossesse gériatrique, indiqua son dossier. Cela la fit rire.

"Qui aurait cru qu'une grossesse me ferait me sentir vieille ?" Bella se passa une main sur les yeux et secoua la tête alors qu'elle s'asseyait pour dîner avec Alice et Jessica. " Bon sang de bonsoir. J'ai besoin d'un verre."

"Oh, excellente idée." Jessica fit signe à la serveuse.

"Jess !" siffla Alice.

"Quoi ? On en a déjà parlé." Jessica sourit à la serveuse, tapota l'épaule de Bella et commanda sa boisson déstressante préférée. "Elle veut un whisky pur."

La serveuse lui rendit son sourire et se tourna vers Bella. "Puis-je voir votre carte d'identité ?"

"Vous voyez ? Personne âgée, mon cul," dit Jess. "Les personnes âgées sont-elles fichées ?"

Alice fit un doigt d'honneur à Jess alors que la serveuse s'éloignait. "Tu ne peux pas au moins essayer de la soutenir ? Qu'est-ce que tu fais ? Elle ne peut pas boire ça."

"Tu ne comprends pas ? Je vais le boire pour elle. Comme ça, Bella pourra avoir son verre. J'en prendrai un pour l'équipe."

Bella et Alice ricanèrent. "Quoi ?" dit Jess, les yeux écarquillés d'innocence. "Le whisky pur est dégoûtant. C'est un sacrifice que je fais pour ma chère amie en cloque."

"Que ferais-je sans toi ?" Bella tapota la main de Jessica.

Alice les ramena sur le sujet. "Alors, qu'en est-il d'Edward ?"

"Il n'a rien. Ou sinon, il ne m'a rien donné." Cela avait été un soulagement. Son médecin avait demandé des analyses de sang avant son rendez-vous et avait donc pu lui annoncer que son test de dépistage des MST s'était révélé négatif.

"Non, Bella." Alice rit. "Je veux dire, tu lui as montré l'échographie comme il te l'a demandé ?"

Bella fronça les sourcils. Elle tira l'échographie vers elle et la tourna dans un sens puis dans l'autre. "Tu crois vraiment qu'il veut voir ça ? Je ne sais même pas quoi en penser. C'est une tache floue."

"Rhô, ce n'est pas une tache." Jess saisit l'échographie. "C'est ton bébé !"

Bien sûr, la serveuse choisit ce moment pour réapparaître. Elle jeta un regard noir à Bella en posant son whisky. "Puis-je vous apporter autre chose ?" demanda-t-elle, le ton dur.

"C'est bon pour l'instant," répondit Alice d'un ton ironique.

Dès que la serveuse se fut éloignée, Jessica récupéra le whisky et le versa dans son verre de Coca. "Tu ne te sens pas mieux, Bella ? Tu n'es pas détendue maintenant ?"

"Oh, bien sûr," Bella but une gorgée d'eau. "Ça fait du bien."

Elle soupira et tapota l'échographie. "Je n'ai pas l'impression que c'est un bébé."

"A proprement parler, ce n'est pas un bébé. Ce n'est même pas encore un fœtus. La semaine prochaine, je pense," dit Alice.

Bella et Jessica la regardèrent fixement. Elle sourit. "Je suis devenue curieuse. J'ai fait des recherches. Il devient un fœtus à neuf semaines. C'est juste de la science."

"Je veux dire…" Bella déglutit difficilement et regarda la table. Elle avait eu du mal à mettre des mots sur ses pensées. "Je ne l'aime pas. Vous savez ?" Elle leva les yeux vers ses amies. "Je ne ressens même pas ce sentiment mignon de 'waouh'. J'étais soulagée qu'il y ait un battement de cœur. Je sais que c'est une chose - il peut s'arrêter de battre, de grandir. Je suis contente que ce ne soit pas le cas mais je n'ai pas pleuré ou quoi que ce soit d'autre. Il n'y a pas eu ce moment, comme dans les films, où j'ai été stupéfaite. Il n'y a rien d'extraordinaire dans ce que j'ai ressenti."

Voilà. Elle l'avait dit à voix haute. C'était comme un poids en moins sur ses épaules.

Alice tendit la main de l'autre côté de la table et la serra. "Tu sais très bien que la vie réelle n'est pas un film. Si tu trouves de la magie dans tout ça, je trouve ça génial mais je trouve aussi que c'est très bien si tu n'en trouves pas. Je pense que c'est un travail pour l'instant sans aucun avantage que je puisse voir. Tu es malade, tu es fatiguée, tu ne peux pas boire ou manger des sushis. Et pour quoi ? Une petite unité extra-terrestre que tu ne peux ni voir ni sentir ?"

"Oui, Bella, je pense que l'important est que tu aimes le bébé," dit Jess. "Si tu ne te sens pas connectée jusqu'à ce que tu accouches, c'est cool, je pense." Elle fronça le nez. "C'est un peu bizarre, non ? Penser que l'on est censé aimer quelque chose que l'on ne connaît même pas."

"Tout ce qu'il se passe ici est bizarre," murmura Bella. "Ça me fait flipper. Cette chose vit et grandit en moi." Elle passa ses mains sur son front et frissonna, sa peau se hérissant. "Je veux le garder. Je le veux. C'est juste que... c'est aussi effrayant."

Toutes les trois gloussèrent à cette idée pendant un moment, tout en mangeant. C'était un soulagement de ne pas avoir à traiter cette grossesse avec une vénération totale. Elles plaisantèrent sur la forme bizarre de ce qui n'était pas encore un fœtus. Un peu têtard, un peu extra-terrestre. Ses organes sexuels ne s'étaient même pas encore différencié tout comme tous les autres embryons de huit semaines.

Mais alors qu'elles terminaient leur repas, Alice utilisa le téléphone de Bella pour prendre une photo de l'échographie.

"Qu'est-ce que tu fais ?" demanda Bella en reprenant le téléphone.

"Je te facilite la tâche pour envoyer à Edward la photo floue qu'il voulait."

Bella serra ses lèvres l'une contre l'autre et lança un regard noir. Alice lui rendit la pareille. "Il faut en finir," dit-elle.

"C'est trop bizarre," grommela encore Bella en envoyant un message rapide à Edward, avec la photo en pièce jointe. "Je couche avec un mec, et tout d'un coup je dois lui montrer des photos de mon intérieur ? Lui parler de mes rendez-vous chez le médecin ?"

"Ce qui est vraiment bizarre, c'est l'idée que tu es coincée avec ce type pendant dix-huit ans," dit Jess, comprenant l'inquiétude réelle de Bella.

"Et il est gentil jusqu'à maintenant," dit Alice, le ton doux. "Garde l'esprit ouvert, Bella. On ne sait jamais. Tu pourrais même finir par l'aimer, et apprécier de l'avoir dans ta vie."

"Je sais," dit Bella en soupirant. "C'est juste que... l'interaction forcée devrait être limitée aux patrons et aux connards d'interviewés. Pas au père de mon enfant." Elle secoua la tête. "Je me plains encore. Ce n'était pas prévu, c'est tout."


Edward : Es-tu réveillée ?

Bella dut sourire à ce message, se souvenant qu'il avait été désolé de l'avoir réveillée auparavant. Gentil, avait dit Alice. C'était ce qui l'avait frappée chez lui lors de la première rencontre. Il était l'image même du mauvais garçon musicien, pas encore sorti de sa jeunesse sauvage mais avec une pointe de douceur au lieu du stéréotype de l'enfoiré.

"C'est un peu impoli de t'embrasser comme ça alors que je ne connais même pas ton nom," avait-il dit dans la ruelle, une expression penaude venant temporiser la chaleur qu'il dégageait quelques secondes plus tôt.

Bella : Je suis réveillée.

Son téléphone sonna presque instantanément, ce qui amusa Bella. "Qui utilise encore le téléphone pour parler ?" demanda-t-elle en guise de salut.

Il y eut une pause à l'autre bout du fil. "Je peux t'envoyer un texto, si tu préfères."

"Non, ne t'inquiète pas. Je te taquinais." Bella bâilla. "Alors, qu'est-ce qu'il y a ? Tu as besoin de quelque chose ?"

"Pas vraiment. Je regardais le, euh... point, bébé, truc. Je veux dire..."

Bella rit. "Ne t'inquiète pas. Je ne suis pas du genre à en faire tout un plat. Je ne sais pas non plus comment l'appeler. Ça ne ressemble à rien."

Edward rit, l'air soulagé. "C'est un peu comme ces photos de machins aléatoires dans l'espace. Tu sais, une planète lointaine ? Un scientifique quelque part sait ce qu'est chaque petite particule mais ça ressemble juste à une très vieille télévision. Tout est statique et il n'y a pas de réception."

"Il n'y a probablement rien d'intéressant à l'écran de toute façon. Si on pouvait avoir une réception."

"C'est bizarre," dit-il au bout d'un moment.

Bella rit. "C'est ce que je me disais."

"Je ne sais pas quoi penser," dit-il doucement.

"Je me suis dit ça aussi."

"Oui." Elle entendit un bruissement et se demanda à nouveau s'il était allongé sur son lit. Elle imaginait ses cheveux longs tombant juste à côté de ses yeux. "Hé, Bella ?"

Elle répondit d'une voix plus rauque que d'habitude. "Quoi ?"

"Cette nuit-là ?"

Le cœur de Bella fit une drôle de volte-face.

"J'ai compris que tu n'avais pas l'intention de me revoir." Le ton douloureusement incertain avait disparu pour laisser place à un ton taquin et Bella rougit malgré elle. "Mais, vu que le destin avait d'autres plans..."

Bella faillit s'étouffer de rire. Elle passa le dos de sa main sur sa joue échauffée. "Tu essaies de me séduire ?"

"Peut-être," dit-il en traînant le mot. "C'est à toi de me le dire, Bella. Peut-être que je n'ai pas bien interprété la pièce mais tu avais l'air d'être à fond dedans. Avec moi."

"Ah, je crois me souvenir que c'est toi qui étais à fond sur moi," dit-elle en s'appuyant sur le mot "à fond" pour qu'il entende le double sens.

Il s'esclaffa. "Hé, je suis du genre ouvert d'esprit." Son ton retomba. "Si tu voulais être avec moi, je ne dirais pas non."

La vache. Cela lui mettait toutes sortes d'images en tête. Elle se couvrit les yeux d'un bras et secoua la tête, heureuse qu'il ne puisse pas la voir. "C'est..." Elle dut se racler la gorge. « Aussi intéressante que soit cette proposition, peut-être devrions-nous, je ne sais pas, avoir une conversation habillée."

"Je suis habillé en ce moment."

"Ha !" Elle prit une profonde inspiration, refoulant sa libido. "Plus sérieusement, si tu restes dans le coin je pense qu'il serait bon que nous passions un peu de temps ensemble. Apprendre un peu à nous connaître." En fait, elle n'avait pas su qu'elle allait le dire avant que cela ne soit dit. La plus grande partie d'elle-même souhaitait encore qu'il la laisse tranquille, se tordait à l'idée que cet étranger avait maintenant une place dans sa vie sur laquelle elle n'avait pratiquement aucun droit de regard.

Mais il n'avait pas tort. Tout le temps qu'elle avait passé avec lui, elle l'avait apprécié. Cela ne ferait pas de mal de découvrir s'ils pouvaient être amis.

"D'accord." Sa voix était crispée. "Oui, d'accord. C'est logique." Il marqua une pause. "Je ne veux pas que tu penses que je ne prends pas ça au sérieux. C'est juste que... je ne sais pas. Nous sommes déjà enfermés. Pourquoi ne pas tirer davantage du crime ? »

"Nous péchons si bien." Bella fredonna pour elle-même et frissonna, se souvenant de la façon dont ses mains se déplaçaient sur son corps. "Mais je ne crains de m'endormir avec mon visage dans ton entre-jambe. Imagine à quel point ce serait gênant."

Il fit un bruit de surprise, mi-rire, mi-étranglement. "Ah, je veux dire. Je peux imaginer des situations bien pires. Et ça a l'air d'être un défi," dit-il, sa voix redevenant grave. "Tu ne crois pas que je pourrais trouver un moyen de te garder éveillée ?"

Elle se mordit la lèvre inférieure et ferma les yeux. "Bien essayé, l'étalon. J'ai l'impression que mon mal des transports mettrait fin à cette balade avant que l'un de nous ne le veuille."

"Ah. Non, je suppose que ce serait un problème. Alors, un rencard ?"

Le mot 'rencard' lui tordit l'estomac. "Pas d'étiquette. Juste une rencontre. Une conversation."

"Un point de départ ?"

"Oui. Exactement."