Chapitre 438 : Right where it belongs

Savoir Hunt dans l'une des chambres me remplit d'émoi !... Chaque fois que je passe devant la porte close, mes pas s'arrêtent là et je dresse l'oreille.

De l'autre côté du bois, le sourire fleurit. "Je devrai te blâmer de t'intéresser autant à ma personne, Princesse..." flatté autant que séduit par l'intérêt que je lui porte.


Ma tante prend soin de lui apporter personnellement ses repas, permettant en aucune manière que je l'approche !...

"Il n'a pas été possible de ravoir votre manteau, mon petit Hunt. Aussi, m'en suis-je procuré un autre."

Il l'écoute d'une oreille, goûtant le potage, pensées totalement ailleurs - cet ours à qui il fera prochainement la peau. A moi aussi, d'une tout autre manière !...

Elle fait à présent de l'ordre sur le chevet. "Vous dévorez la lecture offerte, mon brave Hunt !..."

"Votre bibliothèque est remarquable, Madame."

Oh qu'il aimerait que je lui fasse la lecture pendant qu'il dévorerait mes traits du regard... doux rêve !... La chasse demeure gardée et le dragon qui veille sur l'accès du donjon est avisé et redoutable.

La nuit, ma tante la passe dans le lit même que Hunt.

Arrivera bien un moment où elle devra s'absenter, que diable !...


"Gardez Hunt à l'œil, mon petit Théodore." enfilant ses gants de cuir dans l'entrée, calèche l'attendant à l'extérieur. "Qu'il conserve le lit."

"Bien, Madame."

Le Chasseur est rétabli. Mais ma tante s'obstine à le garder à demeure !...

Profitant du moment où le majordome va couper du bois, je frappe à la porte de la chambre.

"Oui ?" en parfait français.

J'entre. Son visage s'éclaircit et le sourire naît sur ses lèvres. "Princesse !..."

"Je..." entrant à l'intérieur. "... vous ai apporté de la lecture." portant quelques ouvrages avec moi. "Vous semblez... mieux vous porter."

"Ce n'est pas l'assaut d'un ours mal léché qui suffira à m'enterrer. Tu connais l'expression au sujet de la mauvaise herbe, pas vrai, Princesse ?" tête penchée sur le côté, finissant par s'approcher à ma hauteur.

"J'ai eu... très peur pour vous..."

"Pardon de t'avoir causé du trouble et de la frayeur, Princesse." glissant les doigts sous mon menton pour que je le regarde.

Son regard est... envoûtant.

"Tu m'es délicieuse, Princesse."

Mon regard lorgne outrageusement sur ses lèvres - admirablement formées, d'un joli rose bonbon.

"Arrête, Princesse. Arrête... ou je ne répondrai plus de rien." abattant l'avant-bras au-dessus de ma tête, pouce glissant le long de mes lèvres entrouvertes. "Comme j'aimerai... t'embrasser en ce moment même... as-tu déjà été avec un homme, Princesse ?..."

Je secoue légèrement la tête.

"Ah... voilà pourquoi tu ignores tout des codes de la séduction. Les signaux. Seigneur, je m'en voudrai d'avoir l'audace de... te déflorer sous le toit de ta tante, Princesse."

Le chaud me monte au corps. Vient-il bien de suggérer... une potentielle relation sexuelle ?...

"Tu m'es désirable..." regard émeraude suivant attentivement le tracé de son pouce, s'en pinçant la lèvre inférieure. "Tu me fais me consumer, Princesse. Tu n'as que quatorze printemps pourtant... quel joli bouton de rose... J'ose à peine imaginer la façon dont tu me soulèverais corps et âme, arrivée à ta majorité."

Le revers de sa main glisse le long de mon sein et récupère les volumes que je tiens. "Merci pour la lecture, Princesse. Tu rendras le premier homme qui visitera ton lit et les suivants très heureux, j'en demeure persuadé." sur un soupir frustré, s'éloignant lentement.

Ah mais... tu ne vas pas t'en tirer à si bon compte, mon gaillard !...

Je le récupère par le poignet et viens m'agglutiner à lui, lui prenant immanquablement le souffle. Son corps réagit. Vertement !

Je m'essaye à un baiser, posant mes lèvres sur les siennes, hissée sur la pointe des pieds, mains sur ses hanches.

La manœuvre le laisse sans voix. Ses pensées sont confuses. Son corps heurte.

Maintenant. M'attraper par l'arrière des cuisses et me renverser sur le lit pour m'y prendre sans vergogne !... Hunt l'aurait fait avec tout autre !... Mais moi... moi...

Je tente de lire ce qui se bouscule dans les iris émeraudes.

"Quelle... jolie tentative... Princesse..." tentant de réguler son souffle, glissant une mèche de cheveux derrière mon oreille.

Il en pulse. Autant que moi !...

"Je ne puis... me conduire de manière aussi... rustre. Pardonne-moi, Princesse..."

Il se flagelle à chaque mot, son corps lui hurlant de faire voler cette putain de raison en éclats et de me prendre sans plus tergiverser !...

Un tel émoi, Hunt n'en a plus connu depuis des années... Les rares filles avec lesquelles il couche ne sont que de passage, des aventurières sauvages de l'arrière pays, comme lui. Il a déjà "hissé le niveau" vu qu'il se tape une bourgeoise mariée à présent - mon oncle forniquant à Paris avec une prostituée du nom d'Iris.

Et toi, Chasseur, tu possèdes un honneur ?... La situation est d'une profonde ironie !...

"Personne n'en saura rien..." jouant là mon va-tout.

"Personne ? Si. Je le saurai. Et je m'en voudrai." caressant ma joue d'un doux revers, me résistant avec férocité. "Tu n'es pas l'une de ces... sauvageonnes que je prendrai, à la sauvette, derrière un fourré."

Je le repousse soudain, le faisant trébucher. Mon regard brûle de colère.

"T'es vraiment un con fini, Hunt !"

Ses yeux s'agrandissent. Il ne s'attendait visiblement pas à une réaction aussi vive de ma part.

"Princesse..." se frottant la nuque, embarrassé. "... plus tard, tu compren..."

"La ferme ! T'es con, point !" quittant la pièce en claquant la porte derrière moi, y posant le dos, prête à sangloter tant je viens de me faire humilier.


"Etait-ce... à ce point, Princesse ?..." sur le ventre, posé sur ses coudes, m'observant, surpris.

Retour à la réalité.

"Cela te surprend-t-il ? Cite-moi un autre homme, un minimum érudit et agréable à regarder, dans le village, à qui j'aurai demandé cela." abaissant les paupières.

"Oh, pardon, Princesse !... Vraiment, je suis navré que mon refus t'ait causé autant de peine."

"Si c'était à rejouer, le ferais-tu, Rook ?"

"Je..." secouant la tête, empêtré dans des pensées confuses. "... l'endroit n'était ni le bon, ni le plus avisé."

"Qu'importe. Tu aurais pu ajourner et me proposer de te rejoindre dans ta cabane de chasse."

"Princesse... ma cabane... quel endroit sordide pour une première fois !..." outré.


Je le regarde se maquiller - oui, on se maquille chez Pomefiore. Le maquillage n'est guère discret et est composé d'un fard violet sur les paupières et d'un trait à l'eye liner. Le tout est waterproof au vu des activités du Chasseur - même en pleine partie de chasse, hors de question de ruiner le maquillage. Il fait également disparaître ses magnifiques taches de rousseur derrière une crème couvrante.

"Tu m'en veux encore ?..." se tournant vers moi pour boutonner sa chemise claire.

"Ça va me passer."

Il pose ses mains sur mes hanches, corps en contact, front posé contre le mien. "Désolé, Princesse. Je ne voulais pas te heurter."

"Je... comprends ce qui a dicté ta conduite à l'époque, Rook. Tu ne le pouvais décemment pas."

"Je ne regrette absolument pas d'avoir attendu pour te voir éclose, ma jolie Rose..." caressant mes cheveux en me dévorant du regard. "J'aurai voulu que... cela te soit moins éprouvant, cependant."

"Je... quittais la demeure chaque fois que tu y venais pour... ne pas vous entendre, ma tante et toi, à travers la porte close... cela me... faisait trop mal."

"Pardon, je suis désolé, ma Louve." sincèrement navré de m'avoir causé autant de trouble. "Je tentais de demeurer discret mais ta tante, elle..."

"... rit beaucoup au lit. Je sais, Chasseur. Ce n'était un secret pour personne à la bastide. Pas même les domestiques."


"La biche de Hunt." claquant des doigts sous mon nez.

Je renifle. "Le roi du sommeil."

"Toujours à t'amuser avec... le jouet d'un autre ?..."

Je ris. "Par Hadès, quelle vision éculée !..."

"J'attends de voir ce qu'il se passera une fois que tu t'en seras lassée. Il est de notoriété que tes furieux penchants pour l'un ou l'autre ne tiennent pas dans le temps."

"Tu parles d'expérience, Taka ?"

Grimace en face.

"Car oui, tu m'as laissé un souvenir pour le moins périssable."

"Tu n'as pas non plus été le coup du siècle, rassure-toi."

"Te voilà à présent relégué en lot de consolation pour Vil. Ah, Taka, Taka..." sur une double offense.

Son poing s'abat sur la surface plane. "Cesse immédiatement !" sur un mouvement nerveux de sa jolie queue houpetée.


Je me commande une glace couverte de chantilly, l'attaquant à la cuillère, sous le regard amusé de Rook.

"Quel appétit, Princesse !..."

Je lui présente une jolie cuillerée et il se laisse tenter, happant la crème glacée des lèvres.

"En fait, tu n'as pas cessé de me poursuivre, Rook."

Il plisse les yeux. "Explique-toi, Princesse."

"Roquevaire, manche une. Badenweiler, round deux. Mortelune, où tu m'as manqué de peu."

"A croire que nous affectionnons les mêmes endroits, Princesse."

"Oh, je peine à croire à ce genre de coïncidences, Chasseur."

"Touché." en français. "A Badenweiler, tu te trouvais sur ton fief. Là, tu m'as rendu la monnaie de ma pièce pour Roquevaire."

"J'espère que tu en as été très frustré, Rook." joueuse.

"Plus frustré encore que tu ne te l'imagines, Princesse !..." rit. "Je n'avais de cesse de... t'épier. Et toi, tu te laissais courtiser par tant d'autres hommes !... J'en ai été jaloux jusqu'au fond des tripes, Princesse."


Cette année fut une année à sangliers. Ils pullulaient !... Et ils dévastaient les cultures alentours.

Mon grand-père était garde-chasse. Chasseur lui-même, il organisait des battues régulières pour éradiquer le fléau galopant. Peine perdue !...

Alors que le groupe de chasseurs traquaient une belle harde, une flèche létale vint se planter dans l'artère du plus vigoureux du lot, le mettant à terre aussi efficacement qu'une balle.

Rook se présenta à eux, armé de son arc - un arc tout ce qu'il y avait de plus traditionnel.

Il fut invité au banquet du solstice d'été.

Rook maîtrisait quelques rudiments de la langue allemande - avec un accent tout ce qu'il y avait de plus charmant !...

"Mon garçon, prosit(*) !" faisant tinter sa chope de bière contre la sienne. "A notre collaboration !..."

Mon père et moi rejoignons le banquet en plein air, portant le costume traditionnel.

"Ah, voici mon fils et ma petite fille !..."

Mon regard tomba sur le blond. Mes yeux s'écarquillèrent.

Salutations en soulevant son chapeau aux larges bords, orné de plumes de faisan.

Je le dédaignai, me refusant à lui adresser la parole. Après tout, il y avait suffisamment de garçons, dans le clan des chasseurs, qui me faisaient la cour !... Mais aucun ne possédait le regard perçant de Rook.

Je fus bien vite assaillie par une nuée de prétendants.

Petit rire de mon grand-père. "Elle est jeune !... Qu'elle s'amuse !..."

"Vous êtes... très ouvert." admit Rook.

"J'ai été mal marié, mon garçon."


"Quel succès, Princesse !..." s'approchant dans mon dos.

Je fis volte-face, regard brûlant d'un feu revanchard. "Ce n'est que justice après ce que tu m'as fait subir à Roquevaire, Chasseur."

"Oh là là !" sur un petit rire.

"Apprête-toi à déguster, Hunt."

"My, my. J'aime le feu qui danse au fond de ta prunelle. Il te fait ressembler à une louve prête à bondir."

"Je vais te déchiqueter, Hunt."

"Cela m'est préférable plutôt que me dédaigner, ma Louve." sur une légère inclinaison du haut du corps.

Je serrai les poings.


"Tu l'intimides." s'amusait mon grand-père. "D'ordinaire, elle vient toujours ici en fin de journée et nous rentrons ensemble après avoir admiré le coucher de soleil derrière les hautes cimes."

"Oh." abaissant les paupières.

"J'aimerai qu'elle épouse un chasseur. Le chasseur, vois-tu mon garçon, dispose d'un net avantage sur le citadin ; il est capable d'utiliser son art pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille autrement qu'avec un salaire."

"J'apprécie votre vision des choses, Herr(*) Von Kreutzberg. Et je partage évidemment votre opinion."


Mon grand-père était un violoniste accompli. Pour compléter ses revenus, il était également couvreur.

Rook était devenu son protégé. Nous l'avions à notre table tous les dimanches midi après la messe !...

Je le méprisais ! Je le détestais ! Je... l'aimais ! Éperdument !... Mais voilà, mon orgueil et ma fierté étaient tels...

Lui, acceptait sa pénitence de bien mauvaise grâce. Ce qui l'agaçait le plus ?... Cette nuée envahissante de prétendants autour de moi !...

Fort heureusement, le dimanche les tenait éloignés de moi. Il appréhendait cependant que je choisisse l'un d'entre eux et me fiance, lui imposant ainsi sa présence lors du repas dominical.

Nous nous tournions autour et il acceptait sans broncher mes piques verbales - qui demeuraient des preuves de l'intérêt que je lui portais.

Il me buvait du regard ; corps frustré que je lui refuse la moindre approche.

Lui aussi ne tarda guère à être courtisé par quelques jolies filles du village. Il n'en avait cure, ne les regardait même pas, souriant à leurs flatteries sans y donner la moindre suite.

J'étais la seule qu'il voulait, la seule qu'il voyait. Enfin !

Et il admirait ma volonté farouche de lui résister.

Ce n'est qu'à Wonderland que nous nous sommes retrouvés. Je fréquentais Floyd à l'époque. Je ne vivais, ne voyais, ne voulais que Floyd !...

Pourtant, le Chasseur de Pomefiore ne me laissait guère indifférente.

Nous avons commencé à nous voir en secret, nos clans respectifs ne tolérant pas ce genre de compromission. Notre relation en filigrane...

A présent, je chemine sur le trottoir, tenant sa main des deux miennes comme s'il pouvait encore m'échapper, lui offrant mes rires et mes sourires.

Une partie rudement gagnée, à son sens !...

Il va tranquillement sur sa trentaine alors que je stagne sur mes vingt-cinq printemps.

Il est le Chasseur en titre d'un royaume et y a tenu jadis le rôle du roi jusque dans le lit de la reine.

A présent affranchi, il savoure cette liberté à laquelle il aspirait. Libre de fréquenter et de coucher avec qui lui semble bon !...

Le sort lui a joué un tour à sa façon en soufflant sur les braises de notre relation, lui faisant atteindre de hautes flammes.

On nous voit peu en public car le principal de notre vie se joue à l'abri des regards ; nous passons le plus clair de notre temps au lit, savourant de nous y retrouver nus, faisant intensément l'amour entre deux repas.

Nous rattrapons le temps perdu !...

Nos corps sont animés par une soif irrépréhensible de sexe !... Un sexe réjouissant, à l'image solaire de Rook, à la mesure du respect que nous nous portons. Nous avons bataillé pour en arriver là. A présent, nous en savourons les fruits. Juicy, comme disent les anglo-saxons.

Rook possède tout de l'art qui recueille mes faveurs ; celui des baisers ; imaginatif, ne se fixant aucune limite en la matière, maîtrisant aussi bien les effleurants que les débordants, laissant dans ma bouche un goût léger de pomme mentholée.

Au rayon du kamasutra, tout peut être envisagé. Rook dispose d'une belle souplesse alliée à une résistance hors du commun. Tout lieu est susceptible d'être exploité. Il ne ferme la porte à aucune option.


Je fais glisser la pulpe de mon annulaire le long de son nez fin. Il en sourit, sensible à ce type d'attouchements.

"Princesse..." n'en revenant toujours pas de ce merveilleux été que nous vivons tous les deux.

"Jolie pomme mentholée..." hissée sur mes bras, bassins en contact, nus dans ce lit qui n'aurait jamais imaginé abriter de tels ébats, l'admirant de mon point de vue.

Lorsque je n'étais pas encore présente, Rook s'y affalait souvent, rompu par la chasse.

"Tu es magnifique, ma Louve..." caressant mes cheveux basculés sur le devant, s'en pinçant la lèvre, regard émeraude me dévorant.

Je lui mordille une clavicule puis l'autre, ce qui le fait rire.

Nos initiatives sont toujours saluées de manière heureuse.

"Tu sais..." cherchant le contact visuel. "... je pense t'en avoir voulu parce que l'homme qui m'a défloré jadis... n'était pas aussi prévenant que tu aurais pu l'être."

Instant de vérité.

Son regard émeraude se pare soudain d'un voile de tristesse. "Je... l'ignorais, Princesse..."

"Bien sûr que tu l'ignorais, Rook. Tu penses que c'est un sujet sur lequel je reviendrai avec n'importe qui ?"

"Non, bien sûr que non." caressant ma chevelure. "Cela me navre profondément, Princesse." sincère.

Je soupire, basculant sur le flanc.

"Tu ne méritais pas cela. J'ai été... un parfait imbécile à l'époque !..." s'en frappant mentalement.

"Bah, peu importe... je me suis bien rattrapée depuis..." souriante, levant la main pour caresser sa joue d'un revers.


(*) "A ta (votre) santé !" en allemand

(*) "Monsieur" en allemand