Partie 5
Par Juliabakura
Alors que les aventuriers montaient, en face d'eux, ils aperçurent une vitrine avec des armes (qui ne semblait pas être de la bonne époque, mais peut-être était-ce des armes du futur vendues par Aldo.). Une serveuse passa à côté d'eux, pour descendre avec des seaux d'eau. Tous les serveurs et serveuses semblaient s'ignorer mutuellement. Sur le côté un garde regardait à travers la fenêtre, car, depuis son poste, il pouvait observer la rue en contrebas. Il y avait également une porte droit devant, ainsi qu'un couloir sur la gauche.
Mani continua d'ouvrir la marche à pas feutrés, afin de ne pas éveiller la moindre suspicion du garde posté à la fenêtre. Shin tenta de l'imiter, tout en essayant de faire semblant de nettoyer la poussière pour ne pas éveiller les soupçons outre mesure, bien que quatre nouvelles personnes arrivées pour essayer de nettoyer les poussières en même temps attiraient forcément la suspicion. Ils avaient même imaginé leur discours s'ils étaient arrêtés. Rien de mal ne pouvait arriver.
Shin, qui était le plus proche de l'encadrement du couloir, découvrit deux gardes au fond de celui-ci. Les aventuriers avaient été mis au courant que plusieurs gardes d'élite allaient surveiller les environs. Et, en effet, ils semblaient être moins cons que la moyenne. Ils risquaient de poser problème. Il poursuivit son chemin, Mani collé directement à lui. Derrière la porte fermée, il entendit des voix. Il identifia six ou septpersonnes différentes à l'intérieur de la salle. Malheureusement l'épaisse porte en bois ne permettait pas de comprendre parfaitement la discussion.
Dans le couloir, il y avait deux portes. Celle qui longeait le mur où il s'était accolé était constituée de bois, tandis que celle en face n'avait que des barreaux et il pourrait voir ce qu'il y avait à l'intérieur.
Mani resta non loin de Shin, afin de le prévenir au cas où un piège viendrait à se déclencher. Il lui indiquait d'un petit: «Hmm» en acquiesçant positivement ou négativement par le biais de la connexion mentale si le chemin était sécurisé ou non.
Plus loin, Balthazar essayait d'imiter les tâches d'un serviteur. Cependant, l'une des serveuses qui passait à côté le regarda et le vit en train d'essayer de retirer la poussière, avec le regard allant dans toutes les directions. Après plusieurs regards louches, elle lâcha ce qu'elle faisait, pour se diriger vers les escaliers menant au rez-de-chaussée.
Dans la connexion mentale, Mani proposa d'user de sa psyché afin de faire tomber la demoiselle, pour éviter qu'elle n'aille prévenir quelqu'un, ce que refusa immédiatement le pyromage, inquiet. S'il se ratait, ça ne ferait que compliquer les choses. Ses compagnons protestèrent vivement.
— Mais non! Il faut être discret, rappela le nain par télépathie. Il ne faut pas se faire repérer! On ne peut pas la laisser donner l'alerte.
N'écoutant que son idée, l'elfe usa de sa psyché pour tirer la ceinture de la jeune servante, afin de la faire trébucher. Il l'entendit lâcher une exclamation de surprise avant qu'elle ne dévale les escaliers dans un boucan de tous les diables.
— Alors tu vois! La culture elfique, c'est avant tout de l'élégance et du panache! dit mentalement Mani au pyromage, Shin se retenant de rire derrière lui.
Le garde se retourna pour aller en direction de l'escalier, pour voir ce qu'il venait de se passer, avant de clamer:
— Bah, vous pourriez l'aider quand même! C'est votre collègue!
— Notre travail, c'est de nettoyer, monsieur, répondit Shin sur un ton provoquant, qui ne plut vraiment pas au garde.
Balthazar soupira.
— On est grillés, elle va prévenir les gardes, grogna le mage, mentalement. Et si elle ne le fait pas, vos conneries vont nous faire repérer. Concentrez-vous!
— Elle est peut-être tombée dans les pommes, répondit Grunlek, plus optimiste.
— On ne sait pas si elle l'est. Il faudrait que quelqu'un aille la voir en bas pour savoir si c'est le cas…
Mani quitta son rôle de soutien de Shin pour aller vers le garde. Ce dernier put sentir son souffle sur sa nuque, alors que Mani se mettait sur la pointe des pieds pour voir si la femme était hors d'état de nuire. Il remarqua que, bien qu'inconsciente, elle n'était pas suffisamment blessée pour que la diversion tienne sur le long terme. Ils n'avaient que quelques minutes pour agir avant qu'elle ne donne l'alerte.
— Fais tomber le garde sur elle! encouragea cette fois le mécanicien.
— Oui! Qui sait, il aura peut-être son épée en avant et là… proposa Balthazar.
— Bon, avance et on fonce!continua Shin.
— Non, mais faut qu'on s'occupe d'eux. Qu'on les enferme… On est plus nombreux qu'eux!
— Comment on gère ça? demanda le pyromage.
— Je peux aller régler leur compte à eux deux, soupira Mani à propos des deux gardes d'élite.
— Est-ce que vous avez du poison ou quelque chose comme ça? Parce que je peux les cristalliser et leur tirer dessus! imagina Shin.
— Oh! C'est une excellente idée! sourit Mani, avant d'ouvrir sa veste avec l'ensemble des onguents et des potions qu'il avait sur lui, surprenant tout le monde.
S'ils avaient été dans un autre contexte, ce geste aurait pu être… un peu plus perturbant. Mani montra une fiole, qui paraissait dangereuse, il utilisa sa magie pour renverser en l'air le liquide, afin de permettre à Shin de solidifier le tout. Malgré leur déguisement, Shin avait réussi à cacher son arc dans un sac. Grunlek proposa quant à lui d'utiliser son poing de métal pour abattre le second garde au même moment.
Shin se concentra, cristallisa le liquide, l'attrapa dans sa main avant de sortir son arc et de tirer sur le garde par surprise. La flèche lui transperça le corps et l'homme tomba à genou, empoisonné, mais non mort. L'attaque surprit le second garde qui se retourna immédiatement, pour voir Shin au fond de la pièce avec l'arc à la main et prêt à hurlerpour appeler des renforts. Malheureusement pour lui, Grunlek s'était déjà approché pour le cueillir. En courant pour le rejoindre, il put découvrir que la porte aux barreaux cachait une sorte de salle des coffres. Grunlek déploya son poing et frappa l'homme de toutes ses forces, qui vient de cogner sur le second garde, en train d'haleter au sol. Le garde tituba en arrière, mais n'étant pas assommé, il représentait toujours une menace. Ils savaient qu'ils n'avaient désormais que quelques minutes avant que les renforts ne soient appelés.
Rapidement, les aventuriers réfléchirent qui de Grunlek ou de Shin devait essayer de mettre le second garde hors d'état de nuire. Cependant, le temps que Grunlek récupère son poing, Shin avait le temps d'attaquer.
Choisissant la rapidité, le demi-élémentaire prépara son attaque. Concentré, Shinddha usa de sa chance magique pour former sa flèche empoisonnée. Avec toute sa force, il tira sa flèche sur la droite. Le garde qui pensait la recevoir contre lui, se décala malheureusement dans la mauvaise direction, avant de se la prendre en plein dans le front. Alors que son camarade tomba au sol, mort, le second garde ne vit pas arriver Grunlek dans son dos.
Balthazar envoya un message mental à Mani:
— Mani! Dépêche-toi d'ouvrir cette porte!
Il courut ensuite en direction de Grunlek, en prenant attention à enjamber les mêmes endroits que son ami mécanicien.
Mani rejoignit la porte grillagée. La salle, richement décorée, lui dévoila un immense coffre au milieu du tapis, des pièces d'or jonchant le sol et deux grandes statues à l'entrée de la même matière de part et d'autre de la salle. L'elfe eut du mal à contenir son excitation, mais fit de son mieux pour se concentrer sur la serrure.
Mani annonça à ses compagnons par la connexion mentale que le coffre, avec sa taille imposante, ne pouvait pas avoir été amené par le petit passage que les gardes avaient emprunté. Un autre passage était-il dissimulé dans la pièce? Y avait-il quelque chose en dessous du coffre?
Finalement, l'elfe se glissa dans une autre salle, qui ressemblait à une chambre avec vue sur la cour. Mani se faufila près de cette dernière pour observer l'extérieur. Cinq ou six mètres en contrebas, il remarqua des dizaines de gardes, des chevaux et surtout des chiens. Il s'empressa d'en informer ses camarades, qui devinrent livides.
— J'ai un plan, souffla le pyromage. Récupérez le parchemin, magnez-vous!
Avant d'entrer dans la pièce aux trésors, Grunlek proposa de pousser les corps dans la pièce afin de voir si ces derniers allaient déclencher les pièges. Heureusement le nain mécanicien avait de la force par rapport à ses compagnons. Il poussa l'un d'entre eux dans la salle et constata qu'il ne se passait rien.
— Shin! Passe dans mon dos! Si on est poursuivi, j'invoque mon cheval!indiqua le pyromage.
— Tu es sur? Tu veux pas me laisser une ouverture?
— Alors, viens à côté de moi! cria le mage.
Heureusement, grâce à la connexion mentale, Shin avait instinctivement réalisé les mêmes déplacements que ses camarades afin d'éviter les différents pièges dans le couloir, si tenté qu'il y en avait.
Mani et Grunlek furent les premiers à rentrer. Mani pour les pièges et Grunlek pour la force. L'elfe, par son instinct put voir au sol différents pièges, des runes qui brillaient à quelques mètres du coffre.
Balthazar se rapprocha de la salle et se concentra, puisant dans ses connaissance pour tenter de comprendre l'action des enchantements. Le stress et les bruits de pas menaçants dans l'escalier eurent raison de sa logique. Il réussit néanmoins à déduire qu'il s'agissait d'un piège qui pouvait s'activer une fois passé dessus.
— Ce qui est sûr, c'est qu'il y a un piège derrière le coffre et sûrement un en ouvrant le coffre, les enfants. Alors, magnez-vous!répéta le pyromage.
En analysant les runes, Grunlek remarqua également qu'elles étaient d'origine naines. Le meilleur moyen de les désactiver était donc de les saturer en magie.
Pendant ce temps, un garde s'approchait du haut des escaliers.
Mani n'attendit pas d'autres ordres et entra dans la pièce, alors que Balthazar et Shin étaient en train de débattre sur qui allait ralentir les gardes. Brutalement l'elfe s'arrêta pour essayer de détecter à nouveau les pièges. Il se retourna vers la statue et vit qu'il y avait un léger trou qui pointait vers le coffre. Sûrement avec un dard empoisonné. La meilleure solution était d'ouvrir le coffre d'une manière à ne pas recevoir le dard, ou alors, comme dans un certain roman nommé Dark Souls, d'ouvrir un piège et de faire des roulades immédiatement après.
— Il y a sans doute un troisième piège à l'ouverture du coffre, rappela B.O.B.
— Et si je mets un grand coup de poing métallique dans la main? proposa Grunlek.
— Oui, mais ça peut peut-être déclencher un autre piège.
Grunlek se prépara à agir dès que Mani eut fini de détecter tous les pièges. De son côté, Shin se prépara à générer de la brume afin de bloquer le visuel des gardes, surtout s'il avaient des armes à distance.
Alors qu'il venait de se dire cela, plusieurs gardes déboulèrent des escaliers. L'un deux regarda les deux gardes au sol, puis sursauta en le voyant. Shin n'eut pas le temps d'agir. La poitrine de l'homme se mit à gonfler et hurla:
— Alerte! Il y a des intrus!
— Foutu pour foutu, fait de la brume, je vais lui jeter un trait de feu ou un cheval de feu dans sa face, cria Balthazar.
Malheureusement, à cause de la pression, Shin ne dégagea qu'une légère bruine humidifiante qui emplit la pièce trop lentement.
Visiblement l'échec de Shin déconcentra également Mani, qui sentant la pression monter, ne fut pas assez vigilant. Hésitant, il aurait bien aimé retourner en arrière pour envoyer le nain à sa place vers le coffre, afin d'éviter de se prendre un piège. Avant qu'il ne puisse ouvrir la bouche, il trébucha sur une pièce, avança vers le coffre et entendit un clic violent. Soudain, une planche de bois au-dessus de lui se déroba et un immense couperet chuta dans sa direction. Mani réussi à esquiver in extrémis, mais le couperet continua à faire des allers-retours devant le coffre. Pour l'ouvrir, cela s'avérerait plus complexe.
Balthazar se frotta les mains en regardant Shin rater sa stratégie, puis invoqua son cheval. Pour une fois, tout se passa comme prévu. Il posa une main dans l'encolure de l'animal, prêt à l'envoyer vers les gardes.
Mani, de son côté, poursuivit son chemin périlleux pour se rendre au coffre. Il l'ouvrit d'un grand coup de dague. Le piège se déclencha et Mani esquiva au dernier moment les pics passant au-dessus de la tête, car il savait où ils étaient. Et pourtant, à l'intérieur du coffre… Il n'y avait rien.
— C'est vide.
— Putain…grogna Balthazar.
— Après, c'est peut être un coffre qui rend le contenu invisible, ou quelque chose dans le genre, proposa Grunlek, dans le déni.
— Ou un double fond, continua le mage, qui paniquait légèrement.
Et alors qu'ils réalisaient que le coffre était bel et bien vide, la porte derrière eux se ferma et se verrouilla, les enfermant à l'intérieur de la pièce.
