Chapitre 49 : Triss et Ciri
Triss Merigold se tenait seule dans son bureau, son regard se perdant dans le vide, bien au-delà des frontières de la réalité. Les dernières visions d'Arno avaient dissipé toute trace de sérénité qui aurait pu l'habiter. Cela faisait maintenant six mois qu'il avait disparu sans laisser de traces, six mois d'inquiétudes et de doutes. Mais aujourd'hui, elle avait enfin perçu quelque chose, un lien fragile mais réel à travers le voile des dimensions.
Elle sentait le poids de la mission se poser sur ses épaules. Arno n'était pas n'importe qui pour elle. Leurs chemins s'étaient croisés à plusieurs reprises, et malgré l'épaisseur des mystères et des épreuves qui les entouraient, elle avait toujours ressenti une certaine proximité avec lui. Derrière son masque de sorceleur, derrière ses répliques cinglantes et son humour inapproprié, Arno cachait une vulnérabilité que peu avaient pu percevoir. Une vulnérabilité que Triss, elle, avait reconnue.
Son cœur se serra en pensant à lui, à leur dernière rencontre avant sa disparition. Arno, fidèle à lui-même, avait plaisanté sur ses cicatrices, mais elle avait vu dans ses yeux une lueur de détresse. Triss n'avait jamais su comment l'aider véritablement. Leurs mondes étaient différents, tout comme leurs façons de gérer la douleur. Mais aujourd'hui, elle devait agir. Cette connexion qu'elle avait perçue à travers ses pouvoirs ne pouvait pas être ignorée. Il était en danger, elle le ressentait.
Prenant une profonde inspiration, Triss se redressa. Son lien avec Arno, qu'elle croyait perdu, venait de se rétablir, fragile mais réel. Cette fois, il n'était pas question de laisser passer cette opportunité. Arno avait besoin d'elle, et elle ne pouvait pas échouer. Il y avait une seule personne capable de traverser les mondes pour lui porter secours : Ciri. La jeune femme, capable de voyager entre les dimensions, représentait le seul espoir de le retrouver.
Triss ferma les yeux un instant, se plongeant dans ses pensées, cherchant à clarifier les détails de la vision qu'elle avait reçue. Des colonnes imposantes, scintillant sous une lumière étrange, des fragments de paysages qu'elle n'avait jamais vus. Rhuidean... ce nom, elle l'avait entendu dans les murmures de magies anciennes. La ville des légendes, inaccessible à la plupart. C'était là qu'Arno était piégé. Le danger autour de lui était palpable, même à travers les bribes de la vision. Elle devait transmettre ces informations à Ciri avec le plus de précision possible, sinon tout espoir de sauver Arno serait perdu.
Triss savait que contacter Ciri ne serait pas une tâche simple. Les voyages de la jeune femme étaient imprévisibles, et il était impossible de savoir où elle se trouvait à cet instant. Pourtant, Triss était déterminée. Leurs liens étaient suffisamment forts pour qu'elle puisse espérer créer une connexion, même à travers les mondes.
Son regard se posa sur la pierre runique posée sur son bureau. Elle l'utilisait rarement, mais c'était un des objets magiques les plus puissants en sa possession, capable de traverser les barrières des dimensions si nécessaire. Elle savait qu'elle ne pourrait l'utiliser qu'une fois sans risquer de l'épuiser complètement, mais cela n'avait plus d'importance. Arno en valait la peine.
Triss posa ses doigts délicats sur la pierre, fermant les yeux. Elle visualisa l'énergie qu'elle devait canaliser, se concentrant sur chaque détail de la vision qu'elle avait perçue. Les colonnes, la lumière étrange, et surtout, Arno. Son visage fatigué, ses yeux remplis de cette détermination caractéristique, mais aussi d'une souffrance qu'elle ne pouvait ignorer. Triss sentit une vague d'émotion l'envahir. Leur passé commun lui revenait en mémoire, la complexité de leurs sentiments. Arno avait toujours fui, se réfugiant derrière son sarcasme et ses plaisanteries, mais elle savait à quel point il se battait contre ses propres démons.
Elle ne pouvait pas le perdre. Pas comme ça.
Avec une dernière respiration, Triss canalisa toute son énergie dans la pierre runique, se préparant à établir la connexion avec Ciri. La magie commença à s'intensifier autour d'elle, des filaments d'énergie pure se formant dans l'air, prêts à franchir les dimensions. C'était maintenant ou jamais.
« Ciri... je dois te trouver », murmura-t-elle, sa voix vibrante de détermination.
L'appel entre les mondes avait commencé.
Triss ferma les yeux, se plongeant dans un état de concentration intense, le monde autour d'elle devenant flou tandis qu'elle canalisait ses énergies. Les vagues de magie ondulèrent dans l'air, palpables, comme des courants invisibles qu'elle s'efforçait de contrôler. Rassembler la puissance nécessaire pour contacter Ciri à travers les dimensions n'était pas une tâche ordinaire. Les barrières entre les mondes étaient épaisses, résistantes, et la moindre hésitation pourrait rompre le fragile lien qu'elle espérait créer.
Le souffle de Triss devint plus régulier. Elle avait appris, au fil des années, à se servir de ses émotions pour renforcer sa magie. C'était l'une de ses plus grandes forces. Dans ce moment critique, elle s'ancrerait dans ses sentiments pour stabiliser la connexion. Ciri lui avait toujours été proche, presque comme une sœur. Leur lien personnel faciliterait peut-être l'envoi du message, mais cela restait incertain. L'énergie qui circulait entre les mondes était capricieuse, et même pour une mage expérimentée comme Triss, le moindre faux pas pouvait tout compromettre.
Sa main serra fermement la pierre runique sur son bureau, son talisman pour amplifier ses pouvoirs. Des filaments d'énergie bleutée commencèrent à s'élever doucement autour d'elle, flottant dans l'air comme une brume surnaturelle. Elle sentait la tension monter dans son corps, mais il lui fallait rester calme. La moindre distraction pourrait affaiblir le sort.
Ancre-toi dans tes émotions.
Triss visualisa le visage d'Arno, fatigué mais déterminé, tel qu'elle l'avait vu dans sa vision. Elle pensa à leurs souvenirs communs, à ce lien qui les unissait malgré la distance et le temps. Elle ressentit la force de son amour pour lui, une émotion qu'elle avait longtemps essayé de cacher, mais qui, en cet instant, devenait une arme puissante. Son cœur battait plus fort, pulsant en harmonie avec le flux de sa magie. C'était plus qu'un sort, c'était une prière silencieuse.
Elle murmura des mots en langue ancienne, des incantations qu'elle connaissait depuis son apprentissage, modulant son souffle avec précision pour que la magie puisse se déployer en douceur. Les runes s'illuminèrent sur la pierre, l'énergie commença à se propager au-delà de l'espace tangible. Elle devait maintenant affronter la distance entre les mondes, un obstacle immense qu'elle devait surmonter. Les vibrations s'intensifièrent dans l'air autour d'elle, comme si l'espace lui-même réagissait à l'effort.
Triss sentit la résistance. Ce n'était pas simple. Les barrières interdimensionnelles étaient fortes, denses, comme des vagues invisibles qui tentaient de repousser son message. Mais elle persévéra, forçant son esprit à plonger plus profondément, à étendre sa magie encore plus loin. Chaque tentative pour franchir les mondes provoquait une décharge de tension dans son corps, mais elle ne céderait pas.
Ciri... tu dois me recevoir.
Des fragments d'images commencèrent à émerger dans son esprit. Flous au début, ils dansaient devant ses yeux fermés, comme des morceaux de rêve qu'elle tentait de saisir. Triss pouvait percevoir les Colonnes de Verre de Rhuidean, ces structures imposantes et mystiques qu'elle avait entrevu dans sa vision. Elles se dressaient fièrement sous une lumière étrange, presque irréelle, comme des gardiennes d'un savoir ancien. Les reflets qui émanaient des Colonnes projetaient des éclairs de lumière qui déchiraient la brume mystique. Triss savait que ces Colonnes étaient essentielles pour Arno, une passerelle possible pour son retour chez lui.
L'image d'Arno se forma peu à peu au milieu des Colonnes. Il était debout, le regard tourné vers l'horizon, son visage marqué par la fatigue et la détermination. Triss sentit son cœur se serrer en voyant sa détresse. Il avait l'air si vulnérable, malgré sa force apparente. Mais quelque chose d'autre l'inquiétait. Des forces invisibles semblaient rôder autour de lui, des énergies anciennes qui flottaient dans l'air, menaçantes. Elle n'avait pas beaucoup de temps.
« Arno... tiens bon... » murmura-t-elle en canalisant encore plus d'énergie dans le lien.
Les images restaient fragiles, parfois vacillantes, comme si elles pouvaient s'effacer à tout moment. Triss lutta contre la fatigue qui commençait à l'envahir. Traverser les mondes demandait un prix, et la distance entre elle et Ciri, entre elle et Arno, semblait aspirer son énergie vitale à chaque instant. Mais elle devait stabiliser ce lien. Ciri devait comprendre l'urgence.
Alors qu'elle s'enfonçait plus profondément dans le sort, Triss se laissa emporter par la magie, ressentant chaque pulsation de son pouvoir dans l'air. Elle utilisait tout : la force de ses souvenirs, de ses émotions, et de son amour pour Arno pour nourrir l'incantation. Elle ne savait pas combien de temps il lui restait, mais elle était certaine que Ciri recevrait bientôt le message.
Ciri, entends-moi... je t'en prie.
Le lien était en train de se former, lentement, mais sûrement. Triss savait qu'elle touchait au but.
Triss ressentit un léger picotement à l'arrière de son crâne alors que le lien commençait à se former. La connexion avec Ciri, même à travers les mondes, était toujours particulière. Un lien unique, profond, qui allait bien au-delà de la magie. Elles avaient traversé tant de choses ensemble que Triss savait que Ciri la sentirait avant même qu'elle ne parle. Cependant, cette fois-ci, la distance entre les dimensions ajoutait une complexité supplémentaire. Elle devait forcer le lien à travers les voiles invisibles qui séparaient leur réalité.
Le premier écho du contact se fit sentir, une présence familière mais encore trop lointaine pour être totalement tangible. Triss s'accrocha à cette sensation, intensifiant son flux d'énergie pour le stabiliser. Les vibrations de sa magie résonnèrent autour d'elle, formant un pont à travers l'espace et le temps. Ciri... entends-moi. Triss concentrait ses pensées avec une précision presque douloureuse. Ses mains tremblaient légèrement, mais elle devait rester concentrée. Un faux mouvement, et tout pourrait s'effondrer.
Le lien devint enfin plus net. Triss sentit la conscience de Ciri émerger à l'autre bout du fil mental, confuse au départ, mais rapidement attentive. Des fragments de la vision commencèrent à passer, d'abord flous, comme des éclats de lumière scintillant au loin. L'image des Colonnes de Verre, imposantes et mystiques, commençait à s'imposer. Triss fit de son mieux pour transmettre les détails : les Colonnes se dressaient hautes, leur surface lisse et translucide reflétant la lumière d'un soleil invisible. Des énergies anciennes ondulaient autour d'elles, flottant dans l'air comme des spectres silencieux.
Puis, Arno apparut. Il était là, solitaire, se tenant au milieu des Colonnes, l'air accablé mais résolu. Sa silhouette semblait minuscule face à ces structures immenses, presque écrasée par le poids des mystères qu'elles renfermaient. Triss transmit cette vision avec autant de clarté que possible, essayant de faire ressentir à Ciri la gravité de la situation. Arno n'était pas simplement en danger, il était en train de se perdre dans cet endroit, coupé de son monde, coupé de tout espoir de retour sans aide.
Les émotions montèrent en Triss alors qu'elle projetait ces visions dans l'esprit de Ciri. Elle devait faire comprendre à quel point la situation était désespérée. Arno avait été son ami, peut-être même plus que cela à un moment, et le voir ainsi la déchirait. Le poids de ses propres sentiments ajoutait une intensité supplémentaire au lien. Tu dois le retrouver, Ciri. Il a besoin de toi.
Le visage de Ciri, bien qu'encore flou dans sa conscience, devint plus net. Triss pouvait sentir son esprit analyser les images, absorbant chaque détail. Les fragments de la vision se stabilisèrent brièvement. Arno, toujours dans cette posture héroïque et pourtant si vulnérable, semblait presque prisonnier de ces Colonnes. La magie qui entourait cet endroit était puissante, plus ancienne que tout ce que Triss ou Ciri avaient pu rencontrer. Elle ressentait une présence, invisible mais palpable, comme une entité qui observait chaque mouvement, chaque pensée. Ce n'était pas un endroit où l'on pouvait s'attarder longtemps sans être englouti.
Mais la connexion était fragile, et Triss le savait. Elle pouvait sentir les tensions dans les filaments d'énergie qui tentaient de lier son esprit à celui de Ciri. Les barrières magiques entre les dimensions se faisaient de plus en plus oppressantes, comme si elles essayaient de briser le lien qu'elle avait créé. La vision trembla, devenant floue à nouveau.
« Non... pas maintenant... » murmura Triss, sa voix teintée d'une légère panique. Elle mit tout ce qu'elle avait dans l'incantation pour maintenir le lien. Elle devait faire en sorte que Ciri voie et comprenne.
Les images de Rhuidean, de ses Colonnes imposantes, de l'angoisse d'Arno, réapparurent de façon sporadique, comme un signal affaibli. Triss luttait pour garder la vision stable. Elle sentait la tension dans ses muscles, comme si son corps tout entier résistait à cet effort colossal. Le lien entre elle et Ciri vacillait, mais Triss serra les poings, creusant dans ses dernières réserves de magie et d'émotion pour renforcer cette connexion.
Elle concentra alors toute son attention sur une seule image, la plus importante de toutes : Arno, se tournant vers elle, les yeux chargés de détermination et de fatigue. Ce regard, c'était ce que Ciri devait voir. Il ne pouvait pas abandonner, et elle ne le laisserait pas tomber.
Les minutes passèrent comme des heures pour Triss. La résistance du lien augmentait, mais elle tenait bon. Elle ne savait pas combien de temps elle pourrait encore maintenir la transmission, mais il fallait que ce soit suffisant. Le visage de Ciri se clarifia soudain dans son esprit, et Triss sut que la vision avait atteint son but. Ciri comprenait, elle voyait Arno, elle sentait l'urgence de la situation.
Dans un dernier souffle de magie, Triss parvint à transmettre les derniers fragments de la vision : l'emplacement exact de Rhuidean, les Colonnes de Verre qui semblaient s'étendre vers l'infini, et cette sensation de danger imminent qui entourait Arno. Elle sentait que Ciri captait tout, absorbant les informations avec la rapidité et la précision qui la caractérisaient.
Mais la tension devenait trop forte. Le lien vacillait à nouveau, les images devenant distordues. Triss tenta de renforcer la connexion une dernière fois, mais elle sentait ses forces la quitter. Finalement, la vision s'éteignit, et la connexion se rompit brutalement.
Essoufflée, Triss ouvrit les yeux. Elle avait fait ce qu'elle pouvait. Ciri avait vu, elle savait. Maintenant, il ne restait plus qu'à espérer qu'elle puisse agir à temps.
Ciri était assise en tailleur, les yeux fermés, les sens en éveil, plongée dans une méditation profonde. Elle avait l'habitude de ce genre de tranquillité, un silence apaisant qui l'accompagnait lorsqu'elle explorait les arcanes des mondes multiples. Mais, tout à coup, un frisson parcourut son échine. Quelque chose venait de changer dans l'atmosphère. Comme une onde invisible mais palpable, elle sentait une présence qui se frayait un chemin à travers les voiles qui séparaient les dimensions.
Ses paupières frémirent tandis que des éclats de lumière traversaient le vide de son esprit. Elle savait ce que c'était. Une vision. Une communication magique. Et il n'y avait que quelques personnes qui pouvaient établir un tel contact avec elle à une telle distance : Triss était l'un d'elle.
Ciri se concentra davantage, rassemblant ses énergies mentales pour accueillir pleinement la connexion. D'abord flous, comme des ombres dans une brume dense, les fragments de la vision commencèrent à se préciser. Des éclairs lumineux se mêlaient à des sensations de chaleur sèche, de vent, et d'un danger imminent. Ce n'était pas un simple rêve, elle le savait. Triss tentait de lui envoyer un message, et la nature désordonnée de la transmission laissait présager une urgence.
Les premières images qui lui parvinrent étaient étranges, presque déformées, comme vues à travers un verre ondulant. Des structures massives, translucides, se dressaient dans un désert d'une beauté austère. Des Colonnes de Verre, immenses et mystérieuses, renvoyaient des éclats lumineux dans toutes les directions. Ciri avait déjà entendu parler de lieux comme celui-ci, des endroits où la magie imprégnait chaque pierre, chaque souffle de vent. Mais cet endroit... il semblait différent, comme s'il existait à la croisée de plusieurs mondes, à la fois ici et ailleurs.
Ensuite, elle le vit. Arno. Son visage émergea des brumes du rêve, marqué par la fatigue, mais avec une détermination inébranlable. Elle perçut immédiatement l'urgence, presque viscérale, qui émanait de lui. Son regard trahissait une détresse qu'il essayait de dissimuler. Il était perdu, en danger, mais il se battait pour revenir, pour survivre. Ciri comprit que la situation était bien plus critique qu'elle ne l'avait d'abord cru.
Ciri était assise en tailleur, les yeux fermés, les sens en éveil, plongée dans une méditation profonde. Elle avait l'habitude de ce genre de tranquillité, un silence apaisant qui l'accompagnait lorsqu'elle explorait les arcanes des mondes multiples. Mais, tout à coup, un frisson parcourut son échine. Quelque chose venait de changer dans l'atmosphère. Comme une onde invisible mais palpable, elle sentait une présence qui se frayait un chemin à travers les voiles qui séparaient les dimensions.
Ses paupières frémirent tandis que des éclats de lumière traversaient le vide de son esprit. Elle savait ce que c'était. Une vision. Une communication magique. Et il n'y avait qu'une personne qui pouvait établir un tel contact avec elle à une telle distance : Triss.
Ciri se concentra davantage, rassemblant ses énergies mentales pour accueillir pleinement la connexion. D'abord flous, comme des ombres dans une brume dense, les fragments de la vision commencèrent à se préciser. Des éclairs lumineux se mêlaient à des sensations de chaleur sèche, de vent, et d'un danger imminent. Ce n'était pas un simple rêve, elle le savait. Triss tentait de lui envoyer un message, et la nature désordonnée de la transmission laissait présager une urgence.
Les premières images qui lui parvinrent étaient étranges, presque déformées, comme vues à travers un verre ondulant. Des structures massives, translucides, se dressaient dans un désert d'une beauté austère. Des Colonnes de Verre, immenses et mystérieuses, renvoyaient des éclats lumineux dans toutes les directions. Ciri avait déjà entendu parler de lieux comme celui-ci, des endroits où la magie imprégnait chaque pierre, chaque souffle de vent. Mais cet endroit... il semblait différent, comme s'il existait à la croisée de plusieurs mondes, à la fois ici et ailleurs.
Ensuite, elle le vit. Arno. Son visage émergea des brumes du rêve, marqué par la fatigue, mais avec une détermination inébranlable. Elle perçut immédiatement l'urgence, presque viscérale, qui émanait de lui. Son regard trahissait une détresse qu'il essayait de dissimuler. Il était perdu, en danger, mais il se battait pour revenir, pour survivre. Ciri comprit que la situation était bien plus critique qu'elle ne l'avait d'abord cru.
Elle se concentra sur les images qui défilaient à une vitesse presque effrayante. Elle voyait Arno au milieu des Colonnes, un décor qui semblait aussi réel que magique. Mais ce n'étaient pas seulement les Colonnes qui captaient son attention. Il y avait autre chose, une énergie ancienne, mystérieuse, qui les entourait. Des forces puissantes qui se cachaient dans les ombres, prêtes à bondir à tout instant. Ciri ressentait le danger imminent, comme une tempête qui approchait sans que personne ne puisse l'arrêter.
"Il est en danger," murmura-t-elle, les mots à peine audibles.
Ciri fit appel à toute son expérience des dimensions, des mondes, et des portails pour analyser les informations qu'elle recevait. Elle voyait clairement que ces Colonnes de Verre représentaient bien plus qu'un simple lieu. C'était un nexus, un point de passage entre les mondes, peut-être même une porte vers une autre dimension. Triss lui envoyait cette vision pour lui montrer l'urgence de la situation, et Ciri comprenait désormais que ce lieu, ces Colonnes, étaient la clé. La clé pour retrouver Arno et, peut-être, pour le sauver.
Mais ce ne fut pas tout. Alors que les images continuaient de défiler, une vague d'émotion déferla sur Ciri. Elle ressentit la détresse d'Arno, sa peur de ne jamais rentrer chez lui, de ne jamais revoir ceux qu'il aimait. Parmi ces émotions, une figure apparut, floue mais reconnaissable : Triss elle-même. Ciri comprit soudain l'importance personnelle de cette quête pour Triss. Il ne s'agissait pas simplement de sauver un homme perdu. Il s'agissait d'Arno, quelqu'un qui comptait pour Triss, quelqu'un qu'elle ne voulait pas voir disparaître à jamais.
Les images ralentirent, devenant plus stables, plus claires. Arno regardait autour de lui, cherchant désespérément une solution, mais chaque pas semblait le rapprocher du danger. Les Colonnes, majestueuses, semblaient à la fois l'aider et le piéger, comme si elles le testaient. Ciri savait que ces lieux mystiques possédaient souvent des pouvoirs cachés, et que seules certaines personnes pouvaient les traverser indemnes. Arno était fort, elle le savait, mais ce monde, ces Colonnes, le mettaient à l'épreuve d'une manière qu'il ne pouvait pas affronter seul.
Un sentiment d'urgence monta en elle. Elle devait agir. Le temps n'était plus une ressource qu'elle pouvait gaspiller. Si Arno continuait à errer dans ces Colonnes sans aide, il risquait de se perdre définitivement. Et ce n'était pas quelque chose qu'elle pouvait permettre.
Ciri inspira profondément, stabilisant les fragments de la vision dans son esprit. Maintenant qu'elle avait tous les éléments nécessaires, elle pouvait se téléporter vers lui. L'endroit était clair : Rhuidean, cette cité mystique que les légendes disaient perdue dans les déserts des mondes parallèles. Les Colonnes de Verre étaient son point de repère, le phare qui la guiderait à travers les dimensions pour le retrouver.
Elle se redressa, se préparant mentalement à utiliser ses pouvoirs. Ses pensées revinrent brièvement à Triss. Elle savait combien cela avait dû lui coûter de maintenir une telle connexion entre les mondes, de lui envoyer ces visions malgré les résistances magiques. Triss avait tout risqué pour qu'elle voie ce qu'il en était. Il n'y avait pas de temps à perdre.
Ciri ferma les yeux une dernière fois, fixant dans son esprit les images qu'elle avait reçues. Elle voyait maintenant Arno, perdu au milieu des Colonnes, et elle savait exactement où elle devait aller. Il était temps d'agir.
L'air autour d'elle vibrait légèrement alors qu'elle commençait à puiser dans ses pouvoirs. Ses capacités à se téléporter entre les mondes n'étaient plus nouvelles pour elle, mais chaque saut nécessitait une concentration extrême, surtout lorsqu'il s'agissait de lieux aussi mystiques que Rhuidean, un endroit enveloppé de légendes et de mystères. Ciri connaissait ce genre de lieux ; les mondes regorgeaient de tels points de convergence, des carrefours où la magie était plus forte, où les lois de la réalité se pliaient et se réécrivaient.
Elle ferma les yeux, cherchant à s'ancrer dans cette décision. Rhuidean. Les Colonnes de Verre. Les images qu'elle avait reçues de Triss étaient claires dans son esprit, même si elles restaient empreintes de mystère. Mais cela n'avait pas d'importance. Elle avait une mission, et elle savait où elle devait aller.
"Arno, je vais te retrouver," pensa-t-elle, sa détermination devenant palpable. Elle ne laisserait pas cet homme se perdre dans les méandres d'un monde étranger sans agir.
La tension dans l'air autour d'elle se renforça, comme si l'univers lui-même répondait à ses intentions. Ciri ressentait la montée d'adrénaline, le moment avant le saut dimensionnel toujours chargé d'anticipation. Même après tant d'années, ces instants avant chaque saut gardaient une intensité particulière. Le moindre faux pas dans ses calculs pouvait la projeter dans un monde inconnu, un lieu où elle pourrait se retrouver piégée. Mais la peur de l'inconnu ne faisait plus partie de ses préoccupations. L'urgence de sauver Arno surpassait tout.
"Je dois me concentrer," se dit-elle, sa main crispée sur le pommeau de son épée. La vision des Colonnes se superposait dans son esprit avec une telle clarté qu'elle sentait presque la chaleur du désert sur sa peau, le poids de l'air lourd, chargé de mysticisme.
Les pensées de Ciri dérivèrent brièvement vers Triss, l'inquiétude qu'elle devait ressentir pour Arno. Cette mission n'était pas uniquement celle d'une sorceleuse et d'une magicienne ; c'était une quête profondément personnelle pour Triss. Le lien entre elle et Arno était clair, même si Ciri n'en connaissait pas tous les détails. Ce qu'elle savait, c'est que Triss avait fait appel à elle pour une raison, et que ce lien émotionnel donnait encore plus d'importance à sa mission.
"Je dois réussir," pensa-t-elle en se redressant. Son corps se préparait au saut, et ses muscles étaient tendus comme des cordes prêtes à se rompre sous la pression. Le saut vers Rhuidean serait intense, elle le savait. Les mondes mystiques comme celui-là réagissaient souvent différemment aux portails dimensionnels, mais elle était prête à faire face à ces défis. Rien n'allait l'arrêter.
Ciri ferma les yeux, se concentrant de toutes ses forces sur la localisation exacte des Colonnes. Elle visualisa Arno, l'isolement, les Colonnes scintillant sous le soleil, et les forces mystérieuses qui entouraient le lieu. Chaque image, chaque sensation de la vision transmise par Triss servait à renforcer son lien avec cet endroit perdu dans une autre réalité. Les mondes étaient vastes, mais elle était une voyageuse experte, capable de se frayer un chemin à travers les réalités les plus imprévisibles.
"Les Colonnes de Verre," se murmura-t-elle à elle-même, comme un mantra. Elle sentait son pouvoir grandir en elle, prêt à exploser dans une vague de lumière pure. "Je viens pour toi, Arno."
La tension atteignit son paroxysme. Ciri ressentit la familiarité de cette énergie brute qui commençait à l'envelopper, prêt à la projeter à travers les mondes. Elle inspira une dernière fois, se préparant à laisser ses pouvoirs la propulser vers son but. Elle devait être précise, focalisée. Arno dépendait d'elle. Triss dépendait d'elle.
Puis, sans un bruit, elle disparut dans un éclat lumineux, son corps se dématérialisant, se dissolvant dans l'éther, traversant les mondes à la vitesse de l'éclair. La sensation de chute libre l'envahit un bref instant, mais Ciri était habituée. Elle savait que de l'autre côté, Rhuidean et Arno l'attendaient. Le monde s'effondra autour d'elle, laissant place au vide entre les dimensions.
Alors qu'elle voyageait entre les réalités, l'image d'Arno devint encore plus vive dans son esprit. Elle le retrouverait.
Ciri resta un moment immobile, la main légèrement tremblante sur le pommeau de son épée, absorbée dans ses pensées. Le choix était fait. Les visions envoyées par Triss étaient claires dans son esprit : Arno, entouré des Colonnes de Verre, luttait contre les forces du destin pour trouver un moyen de retourner chez lui. Ce n'était pas seulement une question de magie ; c'était une question de survie, pour lui, pour Shael, et peut-être même pour l'équilibre de leurs mondes.
Elle serra les poings. Je peux le faire. Le doute avait toujours été son pire ennemi. Malgré ses années de formation et de combat, malgré les innombrables mondes qu'elle avait traversés, il y avait toujours cette petite voix en elle qui susurrait des mots d'incertitude. Et en cet instant, alors qu'elle s'apprêtait à franchir une barrière interdimensionnelle vers un endroit aussi mystérieux que Rhuidean, cette voix refit surface, comme un murmure glacé dans le fond de son esprit.
Et si elle échouait ? Et si, au lieu de rejoindre Arno, elle se perdait dans le vide entre les mondes ? Non. Pas cette fois.
Ciri inspira profondément, fermant les yeux pour se recentrer. Ses émotions étaient puissantes, un moteur qui alimentait sa magie, mais elle ne devait pas les laisser la submerger. Le contrôle, voilà ce qui faisait d'elle une puissante Voyageuse. Elle devait maîtriser cette énergie débridée, canaliser cette force pure et la guider avec une précision parfaite.
Rhuidean. Les Colonnes de Verre. Arno.
Les images tournaient dans son esprit comme un tourbillon. Elle visualisait parfaitement le lieu : les Colonnes mystiques qui s'élevaient comme des gardiennes silencieuses dans un désert brûlant, scintillant sous une lumière qui semblait ne pas appartenir à ce monde. Elle pouvait presque ressentir la chaleur sur sa peau, entendre le murmure du vent entre les roches antiques. Elle devait y aller. Elle devait le retrouver.
Un dernier moment de tension monta en elle. Et si je ne pouvais pas le ramener ? Cette pensée traversa son esprit comme une flèche, mais elle la repoussa. Il était inutile de douter maintenant. Elle avait vu trop de choses, survécu à trop de dangers pour s'inquiéter de ce qu'elle ne pouvait pas contrôler. Tout ce qui importait maintenant, c'était d'agir.
Ciri ouvrit les yeux, le visage déterminé. Elle planta fermement ses pieds dans le sol, s'ancrant à la terre, et leva la main devant elle. Une vague de chaleur familière s'éleva en elle, l'énergie pure qui lui permettait de voyager à travers les mondes. Elle laissa cette puissance se concentrer au bout de ses doigts, comme un flux d'électricité qui crépitait dans l'air autour d'elle.
"Allez," murmura-t-elle, comme une prière silencieuse. "Je suis prête."
Elle savait que les barrières magiques autour de Rhuidean étaient plus complexes que celles qu'elle avait affrontées auparavant. Ce lieu était imprégné de mystères anciens, des énigmes qui existaient depuis bien avant la naissance de son propre monde. Mais elle avait une carte, une vision claire des Colonnes, et un objectif précis : rejoindre Arno.
"Je te trouverai." Cette pensée résonna dans son esprit comme une promesse. Triss comptait sur elle. Arno comptait sur elle. Elle n'avait pas le droit d'échouer.
Le temps semblait se suspendre, alors que l'énergie autour d'elle s'intensifiait. Le monde se figea pendant un instant, le silence devenant presque assourdissant, comme si l'univers lui-même retenait son souffle. Puis, d'un seul coup, l'air se déchira.
Un éclair de lumière blanche jaillit devant elle, créant une brèche dans l'espace-temps. Le portail se forma, scintillant comme un miroir d'eau qui ondulait doucement sous la surface. Derrière cette barrière vaporeuse, Ciri aperçut un autre monde, une réalité différente qui l'attendait.
Les Colonnes de Verre.
Elles étaient là, juste de l'autre côté. La chaleur du désert lui parvint, accompagnée du murmure du vent, et au loin, elle percevait la silhouette d'Arno, debout, attendant désespérément. Elle ressentit un bref soulagement, mais elle savait que le plus dur restait à venir.
Ciri serra les dents, intensifiant sa concentration. Le portail était instable, fragile. Elle devait maintenir son contrôle, ou tout pourrait s'effondrer avant qu'elle n'ait eu le temps de passer.
Juste au moment où elle s'apprêtait à franchir la brèche, une dernière hésitation s'empara d'elle. Et si... Non, il n'y avait plus de place pour le doute. Elle devait faire confiance à ses capacités, à son instinct. Elle inspira une dernière fois, puis, d'un mouvement fluide, elle plongea à travers la barrière.
Le monde se brouilla autour d'elle, ses sens s'étirant dans toutes les directions alors qu'elle traversait les dimensions. Les sons, les couleurs, les sensations se fondirent en une seule masse indistincte, puis, tout aussi brusquement, le calme revint.
Ciri atterrit en douceur dans le sable chaud du désert. Elle était arrivée. Les Colonnes de Verre s'élevaient majestueusement devant elle, imposantes, mystérieuses, et au loin, elle aperçut la silhouette d'Arno, son visage marqué par la fatigue et la détermination.
