Bonjour ! Je suis productive ces temps-ci ! Deux chapitres à des dates aussi rapprochées, c'est rare, venant de moi. En espérant que j'arrive à maintenir le rythme, il reste encore plein de chapitres à écrire.
Sur une autre note, le chapitre de transition - mais important quand même étant donné qu'il amène de nouveaux éléments. Link redécouvre la folie, Hylia se demande ce dans quoi elle s'est embarquée, et les célestriers sont là pour le voyage... Comme d'habitude, en somme.
Bonne lecture !
[Avertissement : avez-vous un problème avec les jurons ? Il y en a quelques uns]
Chapitre 22 - Au delà du monde
- Et c'est ainsi que notre reine détrôna notre roi.
Link ne devrait sans doute pas le dire à haute voix, du moins si elle tenait à ne pas finir au fond de l'océan à cause d'une crise de colère provoquée par son imprudence, mais la dernière conversation avait été des plus inintéressantes, à tel point qu'elle n'avait entendu du récit des Sirènes que le début et la fin. Ce peuple, n'en déplaise à son comportement solitaire, avait beaucoup à raconter: plus encore à quiconque avait été reconnu par une prophétesse, et les avait en plus de cela sauvés d'un dragon devenu fou. Autant ils s'étaient avérés à juste titre méfiants au départ, autant la présence de leur vice-roi, arrivé la veille pour remplacer la reine retournée dans les profondeurs, avait délié les langues.
C'était ainsi que les soldats assemblés proches de la côte dévastée s'étaient vite retrouvés à raconter comment leur reine actuelle avait pris la couronne à son prédécesseur pour une raison ou une autre, et ce avec tous les détails inintéressants qui allaient avec. Détails que les Jujus, également adeptes des histoires, auraient laissé de côté.
Les Jujus étaient de bons conteurs, tout compte fait.
Petra regardait le paysage avec l'impatience signalant un futur envol loin des bavardages, Link déplorait encore des bras engourdis de bandages et pommade. Heureusement son matériel de couture n'était-il pas encore épuisé, elle avait pu recoudre son haut peu après avoir retrouvé ses esprits. Les griffes des Sirènes faisaient mal, mine de rien, elles lui avaient percé la peau aussi bien que l'auraient fait les atours des monstres.
Hylia paraissait avoir prêté une attention totale au récit ennuyeux, là où Himari, qui le connaissait sans doute bien avant elles - ou l'avait vécu - avait discuté avec le vice-roi d'un sujet ou d'un autre, la mercenaire n'avait pas écouté cette conversation non plus. Pendant ce temps, quelques Sirènes s'étaient affairés à rendre ses affaires insubmersibles.
Y compris son sac de bombes.
Elle souriait encore à cette idée.
- Nous avons utilisé du minerai de Nayru pour éviter la rouille à votre épée, expliquait le forgeron local après avoir remarqué le peu d'intérêt qu'elle prêtait à l'histoire en court. Le minerai de Farore est bon à sa manière, mais pas pour les combats aquatiques.
Vrai, elle n'allait certainement pas chercher à le nier.
- Il existe un minerai pour la rendre plus résistante? Demanda-t-elle curieusement.
- Celui de Din, mais nous n'en avons jamais possédé. Je pense que les Gorons seront les plus à même de la renforcer.
La mercenaire accepta les explications, admirant sa lame désormais dépourvue de la rouille qui commençait à la grignoter suite à toutes ces baignades imprévues. Le fer de Farore et celui de Nayru se ressemblaient à tel point que si elle n'avait pas été mise au courant des changements, elle aurait pu les manquer. Mais maintenant, si elle avait bien suivi tout ce que lui avait dit l'artisan sur ce sujet, son épée pouvait être trempée sans risquer la destruction, rendant la traversée du pays des Cascades et de tout ce qui s'y apparentait bien moins inquiétante qu'elle ne l'avait été jusqu'à présent.
Le forgeron lui désigna ses autres armes.
- Nous avons fait la même chose avec le langsax, donc rien à craindre de ce côté non plus. Pour ce qui est du carquois et des fourreaux, nous avons utilisé du cuir de monstres marins, il est particulièrement plus solide que celui des terrestres pour une raison qui m'échappe. Il est aussi étanche que nos écailles, d'ailleurs. Par contre, je n'ai rien eu à toucher sur votre arc, il est resté en parfait état. C'est étrange.
Link fredonna, n'étant quant à elle pas surprise de ce fait.
- Non, c'est juste le précédent propriétaire qui l'a jeté dans la fontaine de Farore.
- D'accord... Attendez, quoi?!
La Sirène la fixait avec un choc évident qu'elle devrait sans doute imiter tant cette action tenait de l'absurde... Mais c'était un Juju qui l'avait réalisée, donc elle s'avérait plus normale que ce qu'elle semblait être. Elle haussa donc les épaules, continuant à étudier ses armes. Les fourreaux avaient effectivement changé de texture. Le cuir de monstre marin était solide, si elle devait dire quelque chose à ce sujet - le serpent géant notamment - et fiable. Un Zora avait eu la gentillesse - ou plutôt le hasard des situations parfait - de l'avoir testé avant elle, elle savait donc que les effets étanches fonctionnaient aussi bien dans l'eau salée que dans celle des rivières.
Fort pratique. Maintenant, elle devait récupérer des bombes.
Elles allaient chez les Gérudos, non?
Hylia brodait quelque chose depuis la veille, n'expliquant à personne, pas même à Himari, ce qu'elle faisait exactement. Il y avait des couleurs en tout cas, du rouge, du bleu et du jaune, le tout sur un tissu verdoyant. La couleur lui rappelait celle qui peignait les statues de Farore, ce qui n'était pas vraiment normal pour une femme vénérant Nayru plus que tout. Mais Link n'était personne pour juger, et elle aimait franchement cette teinte, donc elle ne se posa aucune question.
La prêtresse avait lâché depuis peu son ouvrage inachevé et dépliait maintenant la carte sur une pierre plate, vestige d'un bâtiment rasé. La prophétesse s'était penchée au dessus et désignait quelque chose du doigt. Link acheva de ranger son langsax pour s'en rapprocher. Le papier coloré avait été grand ouvert. La mercenaire reconnaissait évidemment la forêt, la montagne, ainsi que la plaine d'Hyrule et le pays des Cascades.
Ce qu'Himari désignait, c'était le désert.
- Notre sœur de la Force vit là-bas, expliquait-elle. Elle se nomme Miriane, et loge dans ce que nous appelons le temple du Climat. Normalement, il est en territoire Ikris.
- Sont-ils dangereux?
L'euphémisme, si ce que Link savait d'eux était vrai. La prophétesse, elle, prit tout de même la peine d'y réfléchir.
- Ils ont participé à la guerre, convint-elle à l'horreur de la prêtresse. Néanmoins, suite à la mort de Mojo leur chef, ils ont renoncé à tout ce qui avait un lien avec la Triforce.
Elle leur sourit.
- Donc normalement, ils vous laisseront accéder au temple sans poser trop de questions, surtout si vous leur expliquez que vous venez de nous.
Les yeux de Link ne quittaient pas la carte. Le désert était réputé pour être l'endroit le plus dangereux du monde, et ce n'était pas à cause des monstres. Les Ikris étaient si puissants qu'ils battaient les Gorons au jeu de la force brute, et ils se battaient continuellement avec leur ennemi de toujours, soit en cédant, soit en gagnant du terrain, cela dépendait des jours.
Ennemi qui n'avait pas renoncé à la Triforce, lui.
- Et les Gérudos?
Le regard de la prophétesse s'assombrit, un frisson remonta le long de la colonne vertébrale de la vagabonde. Évidemment qu'ils posaient problème.
- Les Gérudos... sont compliqués. D'un côté, on dit que c'est ce peuple qui a hérité de la plus forte concentration de chair de Din. D'un autre, nous savons tous qu'ils ont attaqué les Sheikahs du temps où ils étaient gardiens de la Triforce, puis ont participé à la guerre d'Hyrule aussi violemment que les Ikris.
- Donc nous devons éviter les Gérudos et nous rendre en territoire Ikris, conclut Hylia avec fatalité. Et personne ne sait exactement ce à quoi ressemble le désert, donc cela se jouera à la chance.
Link haussa les épaules.
- En même temps, ils passent leur temps à se battre, les frontières changent tous les quatre matins. Les Bongos savaient pas quoi mettre ici, donc ils ont rien mis.
- Ce sont les Bongos qui ont dessiné cette carte? Je pensais que c'était les Juj...
Hylia s'interrompit au milieu de sa phrase, se rendant compte de la bêtise de sa pensée.
- … je n'ai rien dit. Sans doute les Jujus ne sont-ils pas de bons cartographes.
Et c'était peu dire, avait envie de rire celle qui avait été élevée dans cette culture. Les Jujus étaient de très bons explorateurs, les meilleurs d'ailleurs, personne en ce monde n'aurait l'idée de prétendre le contraire, et se révélaient en plus de cela d'excellents dessinateurs pour une raison qui échappait à quiconque essayait de comprendre ce pourquoi un peuple qui exécrait le papier possédait ce talent. Par contre, ils peinaient honteusement à mélanger leurs compétences. Incapables de se rendre au Nord sans indication explicite, de savoir où se trouvait l'Ouest sinon simplement l'Est, ils avaient laissé la cartographie à ceux qui la maîtrisaient, leurs frères nés de la chair de Din.
Par contre, il serait trop demandé au peuple de Farore de savoir se servir de ces mêmes cartes. Ce n'était pas pour rien que ce n'était pas Link qui l'utilisait, en ce moment.
Himari secoua la tête, amusée.
- Les enfants de Din sont les meilleurs en ce qui concerne l'orientation, et ceux de Nayru s'en sortent avec des indications. Mais si j'étais toi, sœur Hylia, j'éviterais de demander de l'aide à un Juju, sinon à quiconque a grandi avec eux.
Link détourna le regard quand sa compagne de voyage partit la trouver, reconnaissant très bien son manque de compétence en la matière. La seule raison pour laquelle elle avait trouvé son chemin dans les temples était qu'ils avaient été logiques, jusqu'à présent. Rien de plus, rien de moins.
Heureusement, la prêtresse ne creusa pas.
- J'ai entendu juste avant qu'on ne m'enferme ma sœur Miriane nous faire savoir qu'il se passait quelque chose d'important dans le désert, expliqua Himari avec les sourcils plissés de confusion, sinon d'inquiétude. J'ignore quoi, par contre. Les Gérudos se battaient entre eux, quelque chose comme cela.
- Donc avec un peu de chance, en déduisit Hylia, nous ne devrions pas avoir de problème avec eux.
Mais Link connaissait assez bien sa chance pour savoir que l'espoir de cette femme ne se réaliserait pas.
- Qu'est-ce que les Gérudos ont bien pu faire?
Petra avait pris les devants dès l'instant où il avait fallu décoller de la capitale en partie ravagée. Heureusement Oko était plus patient que sa camarade ailée, car il passa sagement derrière, laissant tout le confort nécessaire à Hylia pour continuer son travail de couture. Des monstres ailés les avaient attaqués quelque part au dessus du domaine des cimes, tout proche de la frontière avec le Mont Péril, Link n'avait donc pas prêté grande attention à son activité.
Maintenant que l'agitation avait cessé, elle réfléchit à la question.
- Qu'est-ce que tu sais des Gérudos? Demanda-t-elle à la place.
Un battement d'ailes lui indiqua qu'Oko se rapprochait, sans doute pour faciliter la conversation. La prêtresse avait rangé son propre nécessaire à couture dans la sacoche accrochée au flanc de l'oiseau bleu pour tenir le bout de tissu dans ses mains, mais son regard demeurait fixé devant elle.
- Ce que je sais? Ce que m'ont dit les livres. Les Gérudos sont un peuple mixte vivant dans le désert. Leur plus grand avantage évolutif est leur endurance leur permettant de survivre des jours sans eau, mais leur puissance physique reste également l'une des meilleures recensées, en troisième position si je ne m'abuse, juste derrière les Ikris et les Gorons.
Il semblait que pour une fois, les livres n'étaient pas tombés bien loin de la réalité. La mercenaire se surprit à y repenser, peut-être les écrits n'étaient-ils pas toujours inutiles.
De son point de vue étriqué, utilité ou non, ils ne se démocratiseront jamais. Après tout, il fallait savoir lire pour commencer.
(L'histoire lui donnerait tord.)
- J'ai entendu beaucoup de choses sur les Gérudos, avoua-t-elle finalement. Ils peuvent avoir décidé de tout et de n'importe quoi, en ce qui me concerne. Les hommes sont les plus impulsifs, d'ailleurs. J'ai entendu dire que si les Gérudos étaient un peuple que de femmes, alors il n'y aurait pas de guerre, sinon beaucoup moins et de bien plus logiques.
- A ce point?
La plus expérimentée renifla de dérision.
- J'ai rencontré que des femmes, j'ai aucune idée de si les rumeurs sont vraies.
La prêtresse demeura silencieuse à son affirmation, admirant le paysage glorieux du pays des Cascades, avec pour fond le Mont Péril se profilant de sa stature chaleureuse - le volcan venait-il d'exploser? Au delà de la forêt, elle le savait, s'élevaient bien au dessus des nuages des pics gelés. C'était là-bas, racontait-on, que vivaient deux branches des peuples Takeihs et Fées. Link avait personnellement rencontré une Fée du Sud, comme était appelée cette partie de ce peuple, et elle avait bien cru mourir.
Mais Maru avait dit qu'elle était gentille. Ne restait plus qu'à espérer que son avis n'ait pas été biaisé par leur proximité.
De l'autre côté, au delà des rochers humides et des jungles du Sud du pays des Cascades, encore plus loin que la grotte des Joyaux et au plus éloigné du territoire des Bongos, s'étendait une véritable mer de sable doré, tout en ocre, jaune et rouge vermeil. Des oasis perçaient ce paysages de mares étincelantes, un spectacle lumineux de beauté que la compagnie mercenaire n'avait jamais visité.
On pouvait dire bien des choses des Jujus, mais ils possédaient encore la faculté de réfléchir aux dangers de leurs explorations.
Ce fut à ce moment-là, alors qu'elle se rappelait une nouvelle fois de ses anciens compagnons, qu'Hylia l'interrompit.
- Arrêtons-nous sur cette falaise.
Link fronça les sourcils, s'agitant dans la surprise.
- Quoi? Qu'est-ce qu'il se passe? Un problème?
Aucun monstre n'apparaissait à son regard désormais mais les attaques surprises étaient légions, aussi ne comprit-elle pas immédiatement l'amusement de la plus âgée.
- Mais non, il n'y a rien de problématique. Mais j'aimerais que nous nous arrêtions sur la falaise. C'est important.
- A ce point? Je veux dire, on est déjà en retard, non?
Même avec la distance qui les séparait et le fait qu'elle lui tournait le dos, elle pouvait très bien sentir le regard las de la prêtresse sur sa nuque.
- A quoi bon sauver la prophétesse si c'est pour mourir avant d'arriver jusqu'à elle?
S'il y avait une chose en particulier que Link devait citer pour expliquer ce pourquoi elle n'aimait pas les conversations longues avec Hylia, c'était bien qu'elle n'avait aucune rhétorique dans leurs dialogues. Sans doute cela avait-il à voir avec l'intelligence supérieure de la femme âgée, sinon la bêtise de la plus jeune. Dans tous les cas, si dispute il y avait - et il y avait eu - Link perdait assurément.
Petra n'attendit même pas son signal pour virer sur la falaise à pic signalant la fin du pays des Cascades et le début du désert. Dans tous les cas, elles auraient dû descendre des célestriers à un moment ou à un autre, donc le faire maintenant était avantageux. Les Gérudos et les Ikris étaient tous deux des peuples guerriers, les flèches auraient été un véritable risque. En ce sens, la proposition d'Hylia tombait à point nommé.
Les deux femmes descendirent sur la roche filandreuse, d'un rouge presque rose, Link se permit d'étudier l'état du sol. Voyager au travers des dunes, si elle en croyait le fait que ce caillou s'effondrait déjà sous son pied, serait une épreuve.
Laissant de côté cette remarque, elle se tourna vers sa compagne.
- Bon, qu'est-ce qu'il se passe exactement?
La prêtresse révéla le tissu qu'elle tenait caché jusqu'à présent. Il était bien plus long que ce que la plus jeune croyait, loin du pagne suspecté pour laisser place à ce qui semblait être une cape légère. Deux symboles avaient été brodés au centre; au dessus ce qui était très clairement un célestrier rouge stylisé, et en dessous une épée faite en bleu ciel pâle. Des Triforces jaunes décoraient les quatre coins.
Link cligna des yeux, se redressant pour prendre l'ensemble en compte.
- Bah... C'est joli? Mais ça sert à quoi, au juste?
La plus âgée soupira, comme si elle s'était attendue à la question, mais demeurait agacée de son manque de culture.
- Je me doutais que tu ne connaissais pas. Il s'agit d'un parachâle. Là-haut, nous nous en servons pour atterrir en douceur, sinon freiner nos chutes. Avec, tu devrais pouvoir sauter de Petra ou d'un dragon et finir sur tes deux pieds.
Elle lui jeta un coup d'œil.
- Normalement. Si tu ne fais pas de folie pendant la chute, donc.
La mercenaire ignora la critique à peine voilée pour observer le tissu avec considération, prenant la nouveauté pour ce que c'était.
Quelque chose d'intrigant.
- Donc je peux sauter d'ici et atterrir avec les deux pieds entiers?
- C'est ça.
Elle se recula jusqu'à avoir une bonne vue de l'état de la chute en question.
- Techniquement, je peux sauter d'ici et finir sur mes deux pieds, même sans ce truc.
- Cette méthode est bien moins dangereuse.
La vagabonde plissa les yeux.
- Et il suffit de le tenir juste au dessus de la tête?
- C'est tout.
Cela avait l'air trop facile, pour une habitée des risques comme elle, sinon quiconque ayant été élevé par un peuple ne connaissant souvent pas la limite des capacités hyliennes, sinon sheikahs. Pourtant, si Link prenait la peine d'y réfléchir un peu plus, c'était également logique. Les Hyliens volaient sur des oiseaux géants pouvant monter jusqu'à des centaines de mètres d'altitude, évidemment qu'ils avaient inventé quelque chose d'aussi utile pour les aider au quotidien.
Un nouveau regard sur le tissu fut nécessaire.
- Et on le tient au dessus de sa tête? Non, attends, j'ai déjà demandé. Pourquoi tu l'as fait? Je veux dire, c'est gentil, mais je m'en suis bien sortie jusqu'à présent.
L'expression d'Hylia était accusatrice.
- Link Faore de Juju. Pour le peu de temps que nous nous sommes côtoyées, tu as sauté sur le dos d'un dragon avec tout juste une épée pour te sauver la vie, est tombée du haut d'une tour et a failli finir au fond des eaux. Prends juste ce parachâle, veux-tu?
Si la mercenaire avait été autre, elle reconnaîtrait avec un peu de honte que ses actions avaient été plus que dangereuses. Mais elle avait abandonné son instinct de survie déjà peu opérationnel dans une grotte remplie de joyaux, le tout après avoir passé une vie entière aux côtés du peuple réputé téméraire parmi les téméraires.
Alors elle fit ce qu'elle faisait de mieux. Ignorer les critiques légitimes d'Hylia pour se saisir du tissu verdoyant.
- Alors... Comment ça marche?
- Comme ça!
S'il y avait une chose que la vagabonde espéra ne retrouver chez aucun descendant de cette femme, c'était sa joie apparente à l'idée de pousser quelqu'un par dessus une falaise dont elle ne connaissait pas la taille. La plus jeune glapit de surprise, agrippa le tissu plus fermement dans ses mains, se réajusta de façon à avoir la terre sous ses pieds plutôt que... sa tête, en l'occurrence. Dans un claquement soudain, le parachâle se détendit au dessus d'elle, freinant sa chute en piquée pour les dernières secondes.
Petra atterrit gracieusement à sa suite sur le sable ocre, indiquant sa présence à ses côtés jusqu'à la toute fin, et commença à vérifier ses genoux tremblants plus d'adrénaline que de douleur. Heureusement, rien ne semblait avoir été cassé.
Seul son esprit admirait l'absurde de sa situation.
Hylia rit, rompant la cacophonie de sa voix intérieure outrée et décontenancée. Le son fut couvert par les gazouillis moqueurs d'Oko, elle leva la tête vers la coupable.
- Félicitations, tu viens de réaliser le saut du cavalier!
- Ça va pas, de pousser les gens?!
La prêtresse sauta de sa monture à son tour, peu repentante.
- Eh bien, je savais que tu t'en sortirais très bien. Qui plus est, tu as réussi à utiliser le parachâle pendant ta descente. N'est-ce pas plus simple que... quoique tu ais eu l'idée de faire?
Évidemment que c'était le cas, les cascades Jujus, bien que parfaites pour ressortir en vie des situations les plus impossibles, possédaient leur lot d'inconvénients la laissant la plupart du temps avec des hématomes sur les bras et les jambes. Mais le choc d'avoir été poussée par Hylia, la si calme et pacifiste Hylia, atténuait cette découverte remarquable.
Fusillant la femme âgée du regard, elle jeta un coup d'œil au tissu travaillé. Plié d'une certaine manière, elle pourrait l'accrocher à sa ceinture et en faire un pagne. Mais dans ce cas, elle devrait retirer son tissu sombre. Pesant le pour et le contre, elle remballa son morceau de lin noir, reconnaissant aisément son inutilité.
- C'est quoi cette histoire de cavalier? Demanda-t-elle en vérifiant si le tissu ne la gênait pas, mais demeurait accessible aux situations d'urgence.
On n'était jamais trop prudents, si elle devait l'admettre.
- Les cavaliers célestes? Compléta Hylia en la regardant faire. Ce sont nos... protecteurs, j'imagine que nous pouvons le dire ainsi. Ils se battent contre les monstres, aujourd'hui, mais du temps d'Hyrule, ils composaient l'armée.
Le regard de la mercenaire quitta le point de chute du tissu pour prendre un air perplexe.
- L'armée? C'est quoi ce truc?
La prêtresse lui rendit son regard.
- J'avais oublié que vous ne connaissiez pas ces termes, ici... C'est un groupe de personnes armées au service du chef ou de ses représentants. Leur rôle consiste à la protection ou l'attaque. Ce sont également les seuls à être légalement à même de porter des armes.
Les Jujus n'avaient définitivement rien de ce genre, et ne seraient pas intéressés d'en créer un. S'ils devaient se battre, ce serait au premier à attraper un couteau et non à un groupe représenté, rien d'autre. De ce fait, la vagabonde n'arrivait qu'à se poser davantage de questions sur l'utilité réelle de cette chose.
- … on va dire que j'ai compris, décida-t-elle de répondre à la place. Bon, c'est pas tout, mais on est maintenant dans le désert.
- Si ce que nous savons des Gérudos et des Ikris est vrai, alors il nous faudra marcher, en déduisit Hylia. Qui plus est, mise à part la position du temple, j'ignore où se situent les frontières locales. Il faudra être prudentes.
- En tout cas, cette ville a l'air vide.
Hylia sursauta en se retournant dans la direction que l'autre indiquait. Au Nord de l'endroit où elles avaient atterri, à moins d'un kilomètre de distance, se trouvait une cité faite d'ocre et de reflets d'or, aux teintes disparaissant sous les couches de sable de façon à la rendre presque invisible au regard. Si la forme des bâtiments ne l'avait pas alertée de sa présence, Link ne l'aurait sans doute pas remarquée.
Sa camarade plissa les yeux pour trouver ce dont elle parlait, elle aussi peinée par ce camouflage forçant le respect.
- Qu'est-ce qui nous dit que cette ville est vide?
Il était vrai que ce n'était pas une voyageuse.
- La première chose, c'est que personne n'est venu nous trouver malgré le fait qu'on est assez visibles, et surtout qu'on a dévalé la falaise - et c'était pas discret, j'en suis sûre. Ensuite, il n'y a aucune présence sur les murs de garde. C'est bizarre. Même à Magdatéré, nous avons des chemins de ronde.
Le visage de la prêtresse se ferma. Si les Jujus en avaient eu l'idée - en réalité soufflée par les Rosariens - eux dont l'optimisme dépassait celui des Tikwis, alors le fait qu'un autre peuple ne le fasse pas était louche. L'autre supposition n'était quant à elle pas meilleure.
- Sinon ils sont attaqués.
Hylia grimaça.
- Soit cela, soit leur situation depuis la guerre civile a gravement entravé leurs défenses.
- Dans tous les cas, on doit se rendre dans quelle direction, nous?
La prêtresse pointa une direction complètement autre.
- Par là. Nous devons nous rendre plus au Sud, en direction de l'immense oasis que nous pouvons apercevoir là-bas.
Il était vrai que quand elle se concentrait sur ce point, la jeune femme pouvait effectivement voir une brousse absurde pour un désert aussi sec que celui-ci s'élever au delà des dunes. Le problème serait la distance assurément grande qu'elles devraient traverser pour y arriver. Même sans être experte, elle pouvait comprendre que voir un point flou au bout d'une étendue plate assurait plusieurs dizaines de kilomètres de marge, et ce sous un soleil accablant. Heureusement pour elles, la fontaine de Din gardait les grains de sable à terre, elles n'auraient pas à s'étouffer avec en même temps.
Mais bordel, c'était loin.
- Plus qu'à marcher...
- Si on vous laisse y aller.
La voix forte et puissante rompit même sa honte de ne pas avoir remarqué ces autres présences. Trois d'entre eux s'arrêtèrent dans la panique, là où la dernière ne le fit que parce qu'une lame aiguisée la fit loucher par sa proximité avec son cou. Link cligna des yeux, chercha par quel sortilège ils avaient pu être encerclés sans rien voir, avant de découvrir enfin de qui il s'agissait.
Des Gérudos, par Farore. Évidemment qu'elles étaient tombées sur des Gérudos.
Une partie cynique de son esprit ne s'étonna même pas de sa malchance notoire là où le reste de sa psyché détaillait les femmes si grandes qui commençaient enfin à apparaître à leurs regards. Trois soldates, aux cheveux roux si sanglants qu'ils feraient pâlir les plumes des Takeihs du Mont Péril, une couleur qui rappelait une tâche de sang sur un sable trop jaune. Leurs peaux étaient sombres, brunes à l'image des dunes, et si la jeune femme devait deviner l'utilité des tissus qu'elles retiraient peu à peu de leurs corps, alors les shemaghs bruns avaient servi à les camoufler dans ce décor désertique.
Toujours était-il qu'avec leurs muscles apparents et leurs armes affûtées, ces guerrières seraient plus que de sérieux adversaires.
Celle qui avait parlé, autrement appelée celle qui tenait son sabre trop proche du cou de la mercenaire, reprit la parole.
- Je peux savoir ce qui pousse deux Hyliennes à pointer leur nez sur notre territoire?
- Retire cette épée du mien, j'aimerais le garder, merci.
Hylia lui asséna un coup de coude là où clairement Petra trilla un rire, peu impactée par la lance dressée sur elle.
Link avait définitivement une mauvaise influence.
Revenant à son interlocutrice surprise par sa flegme face à la menace flagrante, elle tira la langue, retirant du bout des doigts l'arme de son cou toujours dressé. La prise était assez molle pour la laisser faire, jusqu'à ce qu'elle rencontre une résistance à une distance assez éloignée pour la laisser se détendre. Par les déesses, avait-elle envie de souffler, elle détestait avoir une arme pointée sur elle.
Cela lui donnait envie de frapper un truc.
- Bordel, on a encore rien fait, on discute juste, et on se fait agresser. Désolée Hylia, j'avais oublié de te préciser que j'avais la poisse.
Elle réfléchit, ignorant complètement la soldate de plus en plus énervée.
- Dans un sens, j'avais pas prévu d'avoir la poisse aussi vite, c'est sûr. D'habitude, ça prend un peu de temps avant de me sauter au visage, si tu vois ce que je veux dire.
- Arrête de te foutre de moi, Hylienne, et réponds à ma question! Qu'est-ce qui amène deux membres de votre race chez nous?!
Il y avait bien une raison expliquant le manque d'enthousiasme de Link face à cet interrogatoire impromptu, et c'était ce qu'elle savait des Gérudos et de leur spécisme infernal. Fiers de leur appartenance aux enfants de Din, ils pouvaient se montrer agressifs avec quiconque ne correspondant pas à leurs critères flous, si bien qu'autrefois, bien avant la naissance de la jeune femme, leurs cibles avaient été les Bongos. Leurs assauts avaient été mortels, virulents, si terribles certaines fois que la capitale du Sud du pays des Sheikahs, Cocorico, avait déjà brûlé par trois fois. Les Bongos les détestaient, et avaient très vite enseigné à leurs frères cette haine virulente.
Pour ne rien arranger à ce constat déjà pas bien beau, le peuple du désert avait par la suite agressé les Hyliens pendant quatorze ans, faisant d'eux l'un des peuples les plus assassins de la guerre d'Hyrule, et l'un de ceux ayant causé la perte de ce pays. S'ils avaient gardé des Hyliens un souvenir de haine et de mépris, alors les Hyliens quant à eux avaient conservé une méfiance et une colère à leur encontre.
A la fois Juju et Hylienne, les sentiments de Link à leur égard n'étaient pas positifs, loin de là.
- Nous sommes pas venus pour agresser votre peuple, répondit-elle simplement, apercevant du coin de l'œil une soldate ricaner de son culot.
Allons bon, les soldates aussi trouvaient son comportement drôle? Cela signifiait que cette supérieure n'était pas des plus appréciées.
Autant continuer à se moquer, alors.
- De toute manière, continua-t-elle avec cette dignité bizarre qu'elle ne possédait que dans les pires moments, comment pourrait-on agresser un peuple à deux? Commencez pas à parler de déplacer des rochers, Petra et Oko sont pas assez forts pour trimballer ces trucs.
L'autre cracha, ne s'attendant clairement pas à faire face à une langue de vipère. Hylia lui jetait un regard choqué habilement caché sous une apparence de calme intense, il fallait croire qu'elles avaient passé suffisamment de temps ensemble pour lui communiquer silencieusement ce qu'elle pensait de son comportement actuel.
Link roula des yeux en réponse.
- Te fous pas de ma gueule, saleté, la reprit l'autre en rapprochant à nouveau son arme de son cou. T'es pas en position de parler, de ce que je sais. A tout moment, j'ordonne votre mise à mort. D'ailleurs, c'est exactement ce que je devrais faire.
Cette fois, ce fut Hylia qui rit, s'attirant toute l'attention des soldates effrayantes. La prêtresse ne se découragea pas sous les regards tendus, demeurant droite, sûre d'elle. Pendant un instant, Link pensait l'avoir contaminée de sa bêtise.
Mais la Sagesse n'avait de crainte à garder la tête haute, dans ce genre de cas.
- Ne racontez pas de mensonge, voulez-vous? Vous nous auriez déjà tués depuis longtemps si c'était ce que vous vouliez réellement. D'ailleurs, je vous trouve bien accueillantes, pour un peuple guerrier dont on ne m'a conté que l'inimité. Auriez-vous reçu des ordres précis?
Si celle qui s'avérait être la cheffe de groupe ne répondit pas, demeurant sur ses appuis comme seuls les Bongos savaient le faire une fois acculés par les Rosariens - pas les Jujus, les Jujus racontaient tellement de bêtises que personne ne pouvait rester de marbre - ce furent les autres guerrières qui répondirent à la question posée. La mercenaire sourit de plus belle en en remarquant une frémir et se reculer, soudain maladroite, comme prise en tord, il fallait croire qu'Hylia avait trouvé quelque chose.
La vagabonde s'y raccrocha.
- Des ordres? Bah tiens, je commence à croire qu'on est dans une interpellation illégale. Ils ont dit quoi, vos supérieurs?
- Notre roi, imbécile!
L'autre haussa les épaules, cachant sa surprise d'apprendre que ce peuple avait changé de régime.
- Votre roi, votre reine, je m'en fous. Il a dit de tuer personne? D'empêcher les meurtres idiots?
- Uniquement d'arrêter les envahisseurs.
La voix était froide, soudainement. Si froide qu'elle solidifia l'air pourtant suffoquant, si gelée qu'elle fit frissonner aussi bien Hylia que les guerrières rassemblées. Aussi bien Petra qu'Oko hoquetèrent de surprise, Link cligna paresseusement des yeux.
Cette aventure était bizarre en bien des points, décida-t-elle intérieurement. Les prophétesses, les dragons, tous les peuples rencontrés jusqu'à présent...
Et maintenant, un roi comme il n'en existerait qu'un par siècle.
(Nul ne se souviendrait de la Force guidant les peuples.)
Je suis tellement pressée de vous présenter ce nouveau personnage, vous n'imaginez même pas à quel point. Des théories à son sujet ? Je suis toute ouïe.
Mine de rien, on approche de la fin de la partie deux. Il ne reste, dans cette partie, qu'à réaliser tout l'épisode de la prophétesse de la Force. La dernière prophétesse ne prendra qu'un chapitre, normalement. On avance progressivement dans l'histoire.
Incroyable.
Et Link est suicidaire. Mais à ce stade, je pense que ce n'est plus qu'une surprise.
A la prochaine !
