L'odeur de café froid et de snacks industriels flottait dans l'air. Stiles, seul au comptoir, admirait la décrépitude de son lieu de travail : une supérette minable, éclairée par des néons fatigués. Seul son podcast animait le magasin vide. Il n'avait pas vu âme qui vive depuis un moment. Le dernier client était un gars lambda venu acheter de la bière. Une nuit normale à Beacon Hills.

Il avait trouvé ce petit boulot pour aider son père. Le shérif était toujours très sollicité, mais hélas, la paye ne suivait pas. Alors Stiles était là, à minuit passé, au comptoir, écoutant son podcast. Ce soir, il portait sur les crimes non résolus. Son écoute était ponctuée par le bruit des pièces et du badge qu'il tripotait nerveusement. Hyperactif un jour, hyperactif toujours.

Avant d'essayer une énième fois de faire tenir une canette de soda sur sa tête, la porte s'ouvrit dans un tintement de clochette. Par réflexe, Stiles envoya valser la canette et changea précipitamment d'audio.

Un homme entra, vêtu d'un sweat à capuche sombre, une cagoule couvrant son visage.

L'ambiance bascula en une fraction de seconde.

Stiles Stilinski, 22 ans, caissier dans une supérette ouverte 24h/24, se retrouva tout à coup…

— Whoa, okay, c'est une caméra cachée ou bien je suis vraiment en train de me faire braquer ?

En effet, un homme cagoulé venait de pénétrer dans le magasin.

— Ouvre la caisse. Maintenant.

Je savais que cette journée allait mal finir. J'ai cassé un miroir ce matin, c'était un signe, se dit-il à lui-même.

Stiles se figea, puis explosa dans un flot de paroles paniquées :

— Wow, wow, wow ! Mec, tu sais que tu viens littéralement d'entrer dans un magasin où je bosse pour un salaire minable et tu veux me voler MES billets de caisse ?!
Tu fais ça pour la drogue ? Pour un pari ? Oh non, attends, ce n'est pas une initiation à un gang, hein ?

L'homme cligna des yeux. Ce mec était insupportable. Il s'agaça et brandit son arme avec plus de fermeté.

— Donne-moi l'argent.

Stiles vit sa vie défiler. Il ne reverrait plus son père, plus Scott, plus Roscoe, plus Lydia. Mais il ne put s'empêcher de continuer son monologue.

— Tu n'as pas besoin de faire ça. Il y a plein d'autres moyens de gagner de l'argent. Uber, OnlyFans… Bon, peut-être pas OnlyFans si t'es pas à l'aise avec ça bien qu'avec une carrure comme la tienne tu pourras avoir du succès!
Tu sais que, statistiquement, les braqueurs finissent toujours par se faire choper ? À moins que tu sois un génie du crime…

Il perdit patience et s'approcha brusquement.

— LA FERME ET DONNE-MOI L'ARGENT.

L'homme en face de lui; grande carrure, regard d'acier, capuche rabattue sur son visage partiellement masqué et barbu, tenait toujours son flingue braqué sur lui. Pas directement sur son front, mais suffisamment en évidence pour que son cerveau hurle DANGER ! en boucle.

Stiles n'avait jamais été du genre à gérer la panique de manière rationnelle. Non, lui, son truc, c'était plutôt les réactions disproportionnées, les décisions impulsives et, apparemment, les gestes totalement insensés.

Comme là, maintenant, alors que son cerveau court-circuité analysait une situation qui empirait de seconde en seconde.

Il était face à un braqueur armé.

Il était seul dans le magasin.

Il ne voulait pas mourir aujourd'hui.

Il allait probablement mourir aujourd'hui.

Sa gorge était sèche quand il déglutit bruyamment.

— O-Okay, mec. Écoute… Pas besoin de… de devenir violent. Je peux t'ouvrir la caisse, tu veux aussi des chips ? Un soda ? Un petit bounty?

Le type en face de lui (le braqueur) ne broncha pas. Son regard perçant resta fixé sur lui, sombre, presque indéchiffrable. Une ombre d'hésitation traversa ses traits. Il serra la mâchoire.

Il n'avait pas l'air d'un criminel ordinaire. Son masque noir ne cachait pas complètement ses yeux, et Stiles perçut quelque chose sous la menace. Un doute ? De la tension ?

Il devait faire quelque chose. N'importe quoi.

Et son cerveau paniqué, en roue libre, opta pour LA PIRE SOLUTION POSSIBLE.

D'un geste désespéré, Stiles se pencha brutalement au-dessus du comptoir, agrippa le col du braqueur, et l'embrassa. Littéralement.

L'instant dura moins d'une seconde, mais Stiles en perdit tout sens du temps. Ses lèvres entrèrent en contact avec celles de l'homme en face de lui, surprenamment douces pour quelqu'un qui tenait une arme. L'odeur de cuir et de forêt lui envahit les narines. Un silence glacial suivit.

L'homme en noir se figea. Ce type, qu'il était censé braquer, venait littéralement de lui rouler une pelle. Lorsqu'il se recula, sa respiration était saccadée, ses joues en feu. Il sentit un frisson lui traverser l'échine. Le regard du braqueur s'était transformé. Plus noir. Plus intense. Beaucoup trop intense. Merde.

— … Qu'est-ce que tu viens de faire ? grogna l'homme, sa voix grave vibrante de tension.

— J'ai paniqué ! Explosa Stiles, les bras levés en un geste défensif. JE PANIQUE D'UNE FAÇON TRÈS SPÉCIFIQUE, OKAY ?!

Le flingue trembla légèrement entre les doigts du braqueur. Pendant une seconde, Stiles crut qu'il allait se faire descendre sur place. Mais au lieu de ça, l'homme recula légèrement, un muscle battant dans sa mâchoire serrée.

— Bordel… murmura-t-il avant de tourner la tête, inspirant profondément.

Sa voix était grave, rocailleuse, et un frisson parcourut l'échine de Stiles. Il eut l'impression d'avoir réveillé quelque chose qu'il n'aurait pas dû toucher.

Il déglutit difficilement.

— J'ai… paniqué ? tenta-t-il avec un sourire crispé.

Le braqueur cligna des yeux, l'air absolument stupéfait. Il ouvrit la bouche, comme s'il allait dire quelque chose, mais il se contenta de refermer les lèvres en pinçant la mâchoire. Ses doigts serrèrent le pistolet avec plus de force.

Oh merde, il va me tuer.

— Okay, okay ! Pas besoin de violence ! Je peux ouvrir la caisse, c'est bon, prends tout ce que tu veux ! Sérieusement, prends même les Twinkies, je te les offre !

Un silence pesant.

Puis, lentement, l'homme abaissa complètement son arme.

— … J'veux pas de Twinkies.

Stiles cligna des yeux.

— Oh. Cool. Cool cool cool.

Son cœur battait encore à un rythme effréné alors qu'il tentait de ne pas analyser le fait que ce type avait les lèvres incroyablement douces pour un criminel.

Le braqueur détourna légèrement la tête, expirant lentement. Il semblait… troublé. Pas juste par la situation, mais par lui-même.

— Bordel… murmura-t-il dans sa barbe.

— Ouais, je suis d'accord, c'était grave chelou.

Le type lui lança un regard noir. Stiles se tassa légèrement sur lui-même.

— Okay, c'est pas le moment pour des commentaires. T'as raison.

Un bruit lointain de moteur fit tressaillir l'inconnu. Son regard glissa vers la vitrine du magasin, et son corps se tendit immédiatement.

Il hésita, puis recula de quelques pas, comme s'il évaluait la situation.

— Oublie ça. Oublie tout ça.

— Pardon ?!

Mais l'homme ne répondit pas. Il replaça son masque, rabattit sa capuche sur sa tête, et dans un mouvement fluide, il tourna les talons pour déguerpir en courant à travers l'arrière du magasin.

Stiles cligna des yeux.

Une seconde.
Deux secondes.
Puis il laissa échapper un long soupir de stress accumulé et se laissa tomber contre le comptoir.

— Qu'est-ce que c'était que ce bordel… ?

Et pourquoi, pourquoi est-ce que son cœur battait toujours aussi fort ?

Le bruit des sirènes se rapprochait.

Stiles, toujours adossé au comptoir, regarda la silhouette du braqueur disparaître derrière la porte de service. Un instant, il resta figé, son cerveau en plein débat interne.

Option 1 : il restait ici, attendait les flics, expliquait qu'il s'était fait braquer… et essayait d'oublier qu'il avait EMBRASSÉ un criminel.
Option 2 : il suivait ce type louche.

Le problème ?

Il choisissait TOUJOURS la mauvaise option.

— Oh putain…

Avant même de pouvoir reconsidérer son choix, il sauta par-dessus le comptoir et se précipita vers l'arrière du magasin. La porte de service était entrouverte, battant légèrement sous le vent nocturne.

Il jeta un coup d'œil dehors. Rien. Juste une allée sombre et une ruelle déserte. Mauvaise idée. Très mauvaise idée.

Stiles se faufila dehors, frissonnant sous l'air frais de la nuit. Il fit quelques pas dans la ruelle, scrutant l'obscurité.

— Hey ! appela-t-il à mi-voix.

Aucune réponse.

— T'as oublié quelque chose ! Comme, je sais pas… ton butin ?!

Toujours rien.

Stiles pinça les lèvres. Ok, ce type devait être rapide. Ou alors il connaissait bien la avança encore un peu… et c'est à ce moment-là qu'il sentit une poigne de fer l'agripper violemment par le bras.

— Aaaah— !

Un bras puissant se referma autour de lui, l'attirant brusquement contre un torse solide. Avant même qu'il puisse réagir, une voix rauque siffla à son oreille :

— T'essaies de me suivre, c'est ça ?

Stiles se figea. Oh merde.

Le braqueur était toujours là.

Et il n'avait pas l'air content.

— Euh… non ? tenta Stiles, un sourire crispé aux lèvres.

Le type serra sa prise, ses doigts brûlants contre la peau de son poignet.

— Mauvais choix.

Les sirènes étaient maintenant trop proches. Un jeu de lumières rouges et bleues commença à peindre les murs de la ruelle.

Le corps du braqueur se tendit instantanément. Son regard noir analysa la situation à une vitesse fulgurante. Stiles put voir les muscles de sa mâchoire se contracter, comme s'il était en train d'évaluer ses options.

Puis, avant même que Stiles ne puisse protester, le type le souleva sans effort et l'entraîna avec lui dans l'ombre.

— Whoa whoa whoa— attends ! Qu'est-ce que tu fais ?!

— Tais-toi.

— Oh super, j'adore cette réponse ! Très rassurant !

Il tenta de se débattre, mais il aurait aussi bien pu essayer de lutter contre un mur de briques. Le type était fort. Bien trop fort pour être un simple humain.

Ils débouchèrent sur une autre ruelle. Stiles trébucha légèrement, mais l'autre ne lui laissa pas le choix : il l'entraîna derrière lui à une vitesse impressionnante.

Les sirènes s'arrêtèrent juste à l'entrée du magasin. Des portières claquèrent. Des voix s'élevèrent dans la nuit.

— Flics ! annonça le barbu.

Stiles sentit un frisson parcourir son échine.

Son père était sûrement parmi eux.

— Putain… murmura-t-il entre ses dents.

Son kidnappeur lui jeta un coup d'œil et grogna.

— Tu travailles avec eux ?

Stiles ouvrit la bouche, puis la referma. Mauvaise réponse = balle dans la tête.

— Euh…

Mais il n'eut pas le temps de répondre.

D'un mouvement fluide, l'homme l'attrapa par le col et le plaqua contre un mur, son regard brûlant planté dans le sien.

— Écoute-moi bien. Je vais te lâcher, mais si tu cries, si tu fais un geste de travers, je te jure que tu vas le regretter. Stiles avala difficilement sa salive.

Bon, situation actuelle : il était coincé dans une ruelle sombre avec un criminel beaucoup trop intimidant et beaucoup trop sexy pour son propre bien.
Les flics fouillaient le magasin.
Il n'avait AUCUNE idée de comment il allait s'en sortir.

Mais une chose était sûre…

Il était dans la merde jusqu'au cou.

Stiles avait toujours eu un talent exceptionnel pour se fourrer dans des situations catastrophiques.

Se faire braquer pendant son service ?
Mauvaise journée.
Suivre son braqueur dans une ruelle sombre ?
Idée de merde.
Se faire kidnapper par ledit braqueur ?
Record personnel de stupidité.

Et maintenant, il était coincé contre un mur, à bout de souffle, avec le type dangereusement proche de lui.

Les lumières des gyrophares teintaient brièvement son visage, révélant enfin des détails que Stiles n'avait pas pu voir dans l'obscurité du magasin.

Ses yeux s'écarquillèrent.

Holy Shit! Le type était… magnifique.

Une mâchoire forte, couverte d'une barbe naissante qui soulignait son air farouche et féroce. Des pommettes hautes, sculptées comme si Dieu lui-même avait pris son temps pour façonner cette œuvre d'art en colère. Et ses cheveux… noirs comme l'ébène, un peu ébouriffés, visiblement humides sous la pluie fine qui tombait. Sans parler de ses yeux. Brillants, perçants, d'un gris-vert hypnotisant, contrastant violemment avec la dureté de son expression. Stiles sentit son cœur trébucher dans sa poitrine.

Il était censé être terrifié, non ?
Pas en train de cataloguer mentalement toutes les choses séduisantes chez son ravisseur.

— Pourquoi tu me regardes comme ça ? grogna l'autre en plissant les yeux.

Merde.
Il l'a capté.

— Euh… pas du tout ? tenta Stiles en détournant rapidement le regard.

Mauvais choix. Parce que détourner le regard signifiait regarder autre chose, et tout chez ce type criait dangereusement sexy.

— T'as une arme sur toi ? demanda-t-il, cherchant une excuse pour briser le silence gênant.

L'homme le fixa un instant, comme s'il évaluait son niveau de stupidité.

— Je viens de braquer un magasin sous ton nez. Bien sûr que j'ai une arme.

Stiles pinça les lèvres. Touché.

Mais le braqueur ne semblait plus aussi pressé de le lâcher. Son regard glissa sur lui, s'arrêtant sur son badge de caissier.

— Stiles.

Son prénom roula sur sa langue avec un grain de voix grave et rauque, comme un orage en approche.

Stiles sentit un frisson parcourir son dos.

— Euh. Oui ?

L'homme sembla hésiter. Ses doigts relâchèrent légèrement leur emprise sur son col, comme s'il se ravisait.

Un long silence.

Puis il lâcha un soupir agacé, visiblement frustré.

— Putain…

Et avant que Stiles ne puisse comprendre ce qu'il se passait, le type l'attrapa par le bras et l'entraîna avec lui dans l'ombre.

— Whoa whoa whoa— attends ! Qu'est-ce que tu fais encore ?! protesta-t-il.

— T'as déjà vu mon visage. Tu crois que je vais juste te laisser partir comme ça ?

— Euh… oui ? tenta Stiles avec espoir.

L'autre lui lança un regard noir.

— Mauvaise réponse.

Et merde.

Il était vraiment dans la merde.

Les sirènes résonnaient encore au loin, mais elles ne s'approchaient plus.

Le type continuait de l'entraîner à travers la ville, naviguant dans les ruelles comme s'il connaissait chaque raccourci, chaque issue, chaque foutu centimètre carré de béton.

Et Stiles ?

Bah… il galérait.

— Okay, pause.

L'autre ne ralentit même pas.

— Tais-toi et avance.

— Non mais sérieux, mec—

— Mec ? répéta l'homme avec un soupçon d'agacement.

Stiles haussa un sourcil.

— Bah ouais, "mec". À moins que tu préfères "Monsieur le Braqueur" ? "Maître Kidnappeur" ? "Sexy Barbu aux Problèmes de Colère" ?

Il s'arrêta net, Stiles aussi.

Enfin… son corps s'arrêta. Mais sa bouche ? Pas moyen.

— Oh, wow. J'ai dit ça à voix haute ? Génial.

L'autre fixa Stiles avec une expression qui ressemblait beaucoup à "je vais t'étrangler", mais avec un soupçon de perplexité en plus.

— T'es sérieux ?

— Non. Je veux dire… je panique, okay ? Quand je panique, je parle trop. Et quand je parle trop, je dis de la merde. Et quand je dis de la merde, je finis généralement attaché quelque part dans un scénario digne d'un film d'horreur. Et j'aimerais éviter ça.

Il serra la mâchoire.

— Personne ne va t'attacher.

— Oh. Cool. Parce que c'est pas que je sois contre les menottes ou quoi, mais dans un tout autre contexte, tu vois—

Il leva les yeux au ciel et reprit sa marche.

— Avance.

— C'est un kidnapping, hein ? demanda Stiles en accélérant un peu pour suivre son rythme.

L'homme ne répondit pas immédiatement. Puis :

— Appelle ça comme tu veux.

Super. Ultra rassurant.

Ils atteignirent une nouvelle ruelle, plus sombre, plus étroite. Il l'attrapa soudainement par le poignet et le plaqua contre un mur, son regard brûlant plongé dans le sien.

— T'écoute bien, Stiles.

Oh. Merde.

Stiles déglutit. Il n'avait pas l'habitude qu'un mec ultra baraqué et intimidant dise son prénom de cette façon.

— T'es dans cette merde parce que t'as fait le mauvais choix.

— Ça m'arrive souvent.

Il ignora l'interruption et continua, sa voix grave et impérieuse :

— Si je te laisse partir, t'iras direct raconter tout ça aux flics.

— Moi ? Sûrement pas ! Je suis une tombe ! Un coffre-fort ! Un—

Puis plissa les yeux, sceptique.

— Ton père est le shérif.

Stiles ouvrit la bouche… puis la referma.

Okay, ce mec en savait trop.

— … Tu sais qui je suis.

— Ouais.

— Super flippant.

Il eut un léger grognement, avant de reculer d'un pas.

— J'ai pas le choix. Tu viens avec moi.

— Attends, quoi ?! protesta Stiles. On peut discuter ? Parce que "t'es un témoin gênant donc je vais t'enlever", c'est un peu extrême, tu trouves pas ?

— Moins que de te tuer.

— … Okay. Bon point.

Un long silence s'installa.

Stiles inspira un grand coup.

— Donc… c'est quoi ton plan, exactement ?

Il le fixa un instant, avant de détourner les yeux.

— J'en ai aucune putain d'idée.

Oh, super. C'était rassurant.

Le trajet dura une éternité. Le braqueur l'avait fourré dans une vieille Jeep volée—parce que bien sûr que ce mec savait voler une voiture—et avait roulé en silence pendant quarante minutes à travers des routes de forêt sombres et sinueuses.

Stiles, lui, était tendu comme jamais sur le siège passager.

— Donc… tu comptes me tuer ou pas ? demanda-t-il finalement, incapable de supporter le silence.

Il serra la mâchoire.

— Si je voulais te tuer, ce serait déjà fait.

— Okaaaay. Super rassurant.

Ils roulèrent encore quelques minutes avant que le conducteur ne bifurque brusquement sur un sentier presque invisible entre les arbres.

— Euh… où on va, exactement ?

Pas de réponse.

Le chemin devint de plus en plus accidenté, les branches fouettant les côtés du véhicule. Puis, soudainement, ils émergèrent dans une clairière.

Et c'est là que Stiles le vit.

Un immense manoir à moitié en ruine, ses murs noircis par le feu, ses fenêtres brisées reflétant faiblement la lumière de la lune. Des gravats et des poutres effondrées jonchaient le sol, témoignant d'une tragédie passée.

Stiles sentit un frisson parcourir son échine.

— C'est quoi cet endroit ? murmura-t-il.

Il coupa le moteur et ouvrit sa portière sans répondre.

Stiles descendit prudemment, observant les lieux avec fascination et une pointe d'appréhension. Ce manoir… il lui disait quelque chose.

Puis l'homme barbu parla enfin, d'une voix rauque, presque inaudible :

— C'était ma maison.

Stiles se figea.

Oh. Merde.

Il regarda son kidnappeur, puis la bâtisse carbonisée, puis encore son kidnappeur.

Ses yeux s'agrandirent alors qu'un souvenir remontait brutalement à la surface.

Le manoir Hale.
L'incendie.
Toute une famille décimée dans les flammes.

Et le fils Hale. Le survivant. Celui dont son père avait parlé, il y a des années…

Stiles sentit son souffle se coincer dans sa gorge.

Il tourna lentement la tête vers l'homme, le cœur battant.

— Putain… T'es Derek Hale.

Derek ne le regardait pas. Son regard était perdu dans l'ombre du manoir, hanté par des souvenirs que Stiles ne pouvait qu'imaginer.

— Monte. dit-il simplement, avant de s'engouffrer dans les ruines.

Stiles, lui, resta figé quelques secondes, son esprit en ébullition.

Derek Hale.

L'héritier d'une famille morte dans un incendie criminel.
Un mec qui avait disparu pendant des années avant de réapparaître… et de braquer un putain de magasin ?

C'était quoi, ce bordel ?

Et pourquoi, bordel, son premier réflexe n'était pas de fuir, mais de le suivre ?

L'intérieur du manoir était pire que ce qu'il imaginait. L'odeur de suie et de bois calciné flottait encore dans l'air, même après toutes ces années. Le sol était couvert de débris, de morceaux de poutres effondrées, de verre brisé. Les murs noircis par le feu semblaient murmurer les échos d'une tragédie passée.

Stiles hésita sur le seuil. C'était complètement dingue.

Quelques heures plus tôt, il était encore caissier dans un putain de supermarché, et maintenant il était coincé avec un braqueur ultra sexy et émotionnellement instable dans un manoir en ruine ?… Yep. Une journée tout à fait normale dans la vie de Stiles Stilinski.

Derek avançait dans les décombres avec une familiarité troublante, comme s'il connaissait chaque recoin même dans cet état. Stiles le suivit prudemment, observant tout autour de lui.

— Je peux poser une question ? demanda-t-il, brisant le silence pesant.

— Non.

— Cool, super. Je vais la poser quand même.

Derek poussa un soupir exaspéré.

— Pourquoi m'amener ici ? poursuivit Stiles. T'aurais pu me planquer ailleurs, genre un motel miteux ou un sous-sol flippant. Mais non, t'as choisi ton ancienne maison carbonisée. Pourquoi ? Derek ne répondit pas immédiatement. Il s'arrêta près d'un escalier à moitié effondré, fixant un point invisible devant lui.

Puis il lâcha, d'une voix basse et rauque :

— Personne ne vient ici.

Stiles haussa un sourcil.

— Parce que c'est hanté ?

Derek lui jeta un regard blasé.

— T'es sérieux ?

— Écoute, mec, si j'étais un fantôme et que je devais hanter un endroit, ce manoir serait mon premier choix.

Un silence.

Derek détourna le regard, mais Stiles jurerait avoir vu un coin de ses lèvres tressaillir, comme s'il s'était retenu de sourire. Une victoire. Minuscule, mais une victoire quand même.

Il continua d'explorer, s'arrêtant devant une cheminée massive. Au-dessus, une vieille photo était encore accrochée au mur, à moitié brûlée. Stiles plissa les yeux.

On distinguait encore des silhouettes. Une femme magnifique avec des cheveux noirs et des yeux perçants, un homme au regard sévère, et autour d'eux, plusieurs enfants. Et là, tout à gauche… un garçon plus jeune.

Les traits étaient flous, mais Stiles n'eut aucun doute.

— C'est toi, hein ?

Derek ne répondit pas. Mais sa mâchoire se contracta. Stiles sentit un poids s'installer dans sa poitrine.

Cet endroit n'était pas juste un refuge pour Derek. C'était une tombe.

Il ne savait pas ce que Derek avait fait, ni dans quoi il s'était fourré, mais il savait une chose : ce manoir n'était pas qu'un abri.

C'était un avertissement. Et putain…
Il avait comme l'impression que ça ne faisait que commencer.