Partie 3

Par Mastroyal

Grunlek n'eut même pas le temps de réagir que son agresseur était déjà sur lui. Heureusement, ses multiples armures lui permirent d'encaisser sans dommage l'attaque portée sur lui. Mani, de son côté, fit un geste (tendre ?) pour écarter Shinddha et s'interposer entre lui et l'ennemi qui s'apprêtait à lui infliger un coup en traître dans le dos. Grunlek, de son côté, voyant que son adversaire a été surpris par son coup qui avait finalement rebondi sur son bras, essaya de le calmer :

— Gamin, tu vas te faire du mal. Ça sert à rien ce que tu fais. Déjà, dis-nous pourquoi tu nous attaques.

— Cherche pas à comprendre ! répliqua son agresseur qui se remit en posture pour l'attaquer à nouveau.

Les quatre compères s'organisèrent pour se mettre en position, prêts à se défendre.

L'un des agresseurs se rua sur Mani, prêt à lui asséner un violent coup ! Mais l'Elfe télékinésiste fit sortir trois machettes de ses capes qui bloquèrent l'attaque, lui laissant finalement une simple estafilade sur l'épaule. Mani regarda son agresseur avec son regard légèrement vide et lâcha :

— Bon… Eh bien, c'est à mon tour !

Et pendant que Bob le pyromage vit le cimeterre de son agresseur lui passer devant la poitrine, Mani essaya de répliquer en envoyant ses machettes découper son assaillant, mais celles-ci, dans la panique, volèrent à côté de lui. Grunlek, lui, eut plus de chances en assénant un violent coup de poing à son adversaire qui le mit directement au tapis.

À ce moment précis, les Paladins de l'Église de la Lumière qui, jusque-là, étaient restés plutôt stoïques (on se demande ce que fait la police, n'est-ce pas ?), s'avancèrent vers la bagarre… Et remarquèrent que la foule essayait de profiter de la rixe pour se frayer un chemin vers le Portail du Sacre. Ils durent donc changer leur fusil d'épaule et se placer en ligne pour essayer d'empêcher la foule de franchir la Porte.

— Arrêtez, arrêtez ! cria le chef des Paladins. Vous ne passerez pas ! Ne faites pas ça !

L'agresseur de Shinddha, distrait pendant une fraction de seconde par le mouvement de foule, paya cher son inattention ! En effet, l'archer demi-élémentaire venait de dégainer sa propre machette et s'en servit pour l'égorger d'un mouvement fluide. Le cadavre du mercenaire tomba à ses pieds et se vida lentement de son sang.

Bob, de son côté, indifférent à la vingtaine de personnes qui essayait de forcer le barrage des paladins, saisit son agresseur à la gorge et au poignet et lança :

— Tu as choisi le mauvais jour, chien !

Et il concentra sa chaleur et son pouvoir de feu pour faire brûler son adversaire ! La peau du mercenaire se mit à fondre et à se détacher et il s'écroula au sol, complètement carbonisé de l'intérieur.

Au même moment, un des Paladins qui gardait la porte tomba lourdement au sol, ployant sous le poids de la foule. Une roturière d'une cinquantaine d'années, profitant de l'ouverture, se précipita pour franchir le Portail du Sacre et… disparut dans un immense flash de lumière blanche, ne laissant derrière elle qu'un petit tas de poussière. Voyant cela, le reste de la foule s'arrêta net et les Paladins en profitèrent aussitôt pour sortir leurs boucliers à l'unisson et mettre des coups dans le tas. Un bel exemple de brutalité policière, quoi.

Mani, complètement désintéressé de la situation et du portail "anti-pauvre" qu'il venait de voir à l'œuvre, se retourna vers le dernier mercenaire et d'un simple mouvement de doigt, dirigea par télékinésie ses machettes sur lui pour l'envoyer rejoindre ses camarades dans l'au-delà. Et pendant que la foule s'enfuyait en désordre devant toute cette action totalement vide de sens, deux Paladins, en manque de petites filles à tuer, étaient en train de flanquer des coups de bottes à deux roturiers à terre.

Les Aventuriers, maintenant débarrassés de leurs agresseurs, prirent également la poudre d'escampette en direction de la taverne où ils devaient se rendre, après que Shin eut opéré une rapide et vaine fouille d'un cadavre, espérant y trouver quelque chose d'utile.

Quelques minutes plus tard, toujours dans le quartier pauvre de la ville (à tel point qu'on pouvait y voir des charrettes sans marchandises), ils arrivèrent devant la taverne qu'on leur avait indiqué. Bob, qui espérait secrètement y trouver des filles qui pourraient satisfaire ses plus bas instincts, finit par comprendre en arrivant sur le seuil que c'était plutôt une auberge où on crachait dans les bols pour les nettoyer. Pendant que Shin se moquait de sa soif de bordels au sens propre, le pyromage bourra la porte pour finalement se faire accueillir par une serveuse d'une quarantaine d'années.

— Vous êtes combien ? demanda-t-elle sans préambule au demi-diable.

— Une table pour quatre et la meilleure cervoise que t'aies ! répliqua celui-ci en posant une pièce d'or sur le plateau de la serveuse.

— Ah, dit-elle en voyant la pièce scintiller. C'est parti ! On a la meilleure cervoise de la ville, ici !

Et d'un geste, elle les invita à la suivre et les installa à une table ronde.

Après un léger différend entre Grunlek et BOB qui voulaient tous les deux s'installer à la même place (de vrais gamins), la serveuse s'éloigna vers le comptoir pour aller y chercher des cervoises. Tout autour d'eux, des clients divers et variés étaient affairés. Sur une petite estrade, un bouffon était occupé à divertir les clients. Un musicien était penché sur une espèce de petit tambour qu'il faisait résonner allègrement. Une danseuse légèrement vêtue (ce qui ne manqua pas d'attirer le regard et la convoitise de Balthazar) était en train de se déhancher et d'aguicher les clients. À la table voisine, un petit groupe de gardes était assis en train de boire et de rire, et de se moquer du musicien qui, selon eux, leur cassait plus les oreilles qu'autre chose.

Mani, toujours à côté de la plaque, se pencha vers le reste des Aventuriers et chuchota en désignant les gardes :

— On les tue maintenant, du coup ?

Et tandis que Shin levait les yeux au plafond, BOB continuait d'observer la taverne, mais ne vit pas grand-chose de plus que la première fois, à part une cheminée dans laquelle une autre serveuse était occupée à faire griller des saucisses. Il décida alors de fixer son attention sur la danseuse, mais continuait d'observer les gardes du coin de l'œil, vérifiant notamment leur degré d'ivresse. Ceux-ci, malgré qu'ils étaient déjà bien imbibés, semblaient pourtant pouvoir en supporter encore davantage et surtout, le plus gradé d'entre eux n'était qu'un simple caporal. Difficile donc d'en tirer quelque chose qui pourrait les aider véritablement.

Shin proposa alors un plan pour espionner leur conversation qui consistait à invoquer Icy, sa créature de glace et de la mettre sous une chope à bière renversée pour qu'elle s'approche des gardes sans attirer l'attention (car une chopine qui se déplace toute seule passe inaperçue, c'est bien connu). Il invoqua donc sa créature discrètement et la cacha ensuite sous une chopine… Mais Icy en ressortit très vite en haussant les épaules, ne comprenant pas le plan de son maître. Shin rabattit la chope sur elle et lui intima de se déplacer en toute discrétion vers les gardes, en évitant les serveuses qui allaient et venaient sans se faire remarquer.

Mani apporta son aide à l'opération en déviant légèrement le plateau de la serveuse qui venait les voir avec leurs cervoises, ce qui permit à Icy d'arriver sous la table des gardes dont les pieds dégageaient une odeur à mi-chemin entre la chaussette de trois jours et du cheddar trop fait. Shin, en se concentrant, parvint à entendre des mots de leur conversation, mais celle-ci tournait plutôt autour des mensurations des différentes femmes de la taverne que de leur travail. De temps en temps, ils évoquaient leur boulot, mais la plupart des phrases concernaient des pulsions toutes droits sorties du cerveau reptilien, tout en manipulant des cartes à jouer.

Bob décida alors de passer à la vitesse supérieure. Pendant qu'il annoncerait une tournée générale pour réveiller l'allégresse des gardes et endormir leur méfiance, Shin et Grunlek s'approcheraient d'eux (Shin pouvant éventuellement se joindre à eux pendant leur partie) pour leur soutirer des informations. Sur ces mots, le pyromage se mit debout sur sa chaise, tapota sa chope avec son bâton (interrompant même les musiciens, le bouffon et la danseuse) et se lança :

— Excusez-moi ! Messieurs, Dames, bonsoir ! Excusez-moi… Nous sommes une compagnie d'Aventuriers qui revenons d'une mission réussie et nous ne sommes pas forcément couverts d'or, mais suffisamment pour noyer tous nos problèmes et les vôtres ce soir, aujourd'hui, dans une offre exceptionnelle ! Mesdemoiselles les serveuses… Tauliers… Tournée générale pour tout le monde, et la meilleure ! Et si vous nous faites une petite gigue bien joyeuse, ajouta-t-il à l'adresse des musiciens, vous aussi, vous avez droit à une tournée ! Patron, c'est parti !

À ces mots, tout le monde dans la taverne hurla de joie, y compris les gardes qui levèrent leurs chopes à l'unisson. Et pendant que les serveuses s'affairèrent pour servir la tournée générale (amenant les tonneaux près des tables pour aller plus vite) et que les musiciens, galvanisés par la promesse d'une cervoise bien fraîche, reprirent la musique de plus belle… BOB se tourna vers Shin et Grunlek et murmura :

— Allez-y pendant que le fer est chaud et qu'on les a à la bonne. Go, go, go, go ! Plumez-les ! Plumez-les, rapportez-moi leurs bottes ! Je veux tout, vous me les plumez !

Au même moment, le patron de la taverne passa devant leur table pour servir les bières et lança à leur adresse :

— Merci ! C'était une mauvaise journée aujourd'hui, donc c'est parfait !

Bob sourit et lui glissa 12 pièces d'or dans les mains (sous les protestations de Grunlek, qui lui rappela que c'était le reste de leurs économies), sachant que tous les frais étaient couverts par l'Église de la Lumière. Shin et Mani se rapprochèrent de la table des gardes. Shin, soudainement inspiré (un fait plutôt rare), invoqua des boules de glace et se mit à jongler avec, suscitant les acclamations de leurs proies. Shin leur proposa alors de jouer aux cartes avec eux, tandis que BOB se rapprocha de la danseuse avec l'intention de la draguer salement (sachant que la pauvre dame voyait déjà des gros lourds tous les jours et n'avait VRAIMENT pas besoin d'un connard supplémentaire...), tout en gardant un œil attentif sur ses compagnons.

À mesure que les conversations avançaient et que le niveau de leurs chopes baissait, Shin parvint à leur soutirer la première information : apparemment, à l'intérieur du manoir de la Guilde des Marchands, deux gardes étaient en faction devant la salle du trésor. Mais c'était deux néophytes que personne n'avait encore jamais vu, ce qui laissait penser qu'il s'agissait de «collègues» venus d'une autre guilde… et avaient de plus droit à un traitement de faveur.

Grunlek, de son côté, arriva également à obtenir un renseignement assez utile : dans le manoir, il y avait des servantes assez mignonnes, et chaque garde et servants échangeaient régulièrement leurs places entre les différents comptoirs pour éviter les vols et la corruption. Ce qui faisait que souvent, au même endroit, on pouvait avoir plusieurs gardes différents selon les jours afin d'éviter un soudoiement pour entrer à l'intérieur de la bâtisse.

Mani essaya à son tour d'obtenir quelque chose des gardes… Mais au moment où il but sa deuxième chope, il tomba lourdement le nez sur la table, dans une sorte de demi-coma éthylique, sous les éclats de rire des gardes. Shin, tout en faisant de gros efforts pour ne pas faire de même, but une nouvelle chope comme si de rien n'était, ce qui lui permit d'apprendre que ce devait être ces gardes-là qui assureraient le service devant la porte d'entrée des serviteurs du manoir… et qu'en plus, ils possédaient sur eux la clé de l'entrée.

Grunlek, à moitié jaloux de la grande résistance du demi-élémentaire à l'alcool, but une nouvelle chope et finit par apprendre que les tours de gardes situées à l'extérieur du manoir étaient attribuées depuis le matin même à une caserne située juste à côté de la bâtisse. Donc, les gardes alloués à la surveillance du manoir de la Guilde des Marchands venaient de la caserne voisine, la plus petite et la plus misérable des sept que comportait la ville de Castelblanc.

Mais au même moment, alors que Mani émergeait doucement du brouillard et que BOB se faisait rembarrer par la danseuse qu'il avait essayé de séduire… Grunlek but le verre de trop (le comble pour un Nain) !