Le trajet jusqu'à l'entrée du canyon n'est pas très long et l'équipe parvient à installer son campement au pied de la paroi rocheuse avant la nuit.

L'emplacement qu'ils ont choisi, derrière un large rocher, offre une très bonne protection tout en les cachant d'éventuelles créatures qui arpenteraient les plaines bleutées de nuit à la recherche de proies faciles.

Une fois le campement monté, les quatre amis discutent de la suite des opérations.

« As-tu pu trouver l'origine du problème de nos sondes, Skoll ? demande H. Lin.

- Ouaip, répond ce dernier. Je pense avoir trouvé. Regardez. »

Skoll montre à ses amis une carte sommaire de Noctilum griffonnée sur un carnet. Plusieurs endroits sont entourés d'un cercle bleu.

« Ça, ce sont nos sondes, explique Skoll.

- Pourquoi travailler sur papier ? remarque Mimir. T'as pas trouvé comment faire sur ton terminal ?

- Pour la cartographie, rien ne vaut le papier ! répond Skoll.

- Pouvons-nous en venir au point qui nous intéresse ? recentre H. Lin.

- Bien sûr, répond Skoll. Vous voyez ces deux sondes là ?

- Ce sont celle qu'on a placée après le pont de pierre et la première qu'on a placée hier, c'est ça ? demande confirmation Baldr.

- C'est ça, répond Skoll. Et bien elles sont trop éloignées.

- Comment ça « trop éloignées » ?! s'emporte H. Lin. Tu m'avais pourtant assuré que c'était le bon endroit !

- Mais c'est le bon endroit ! répond Skoll. C'est juste qu'en refaisant mes calculs, je me suis rendu compte que j'avais pas pris en compte la forêt entre les deux.

- La forêt de Permobscur, comprend Mimir.

- Tu penses que les arbres bloquent la transmission entre les deux sondes ? demande Baldr. Ce serait pas étonnant…

- Exactement, répond Skoll. En tout cas, c'est la seule conclusion à laquelle je suis arrivé.

- Comment pouvons-nous réparer ce problème ? demande H. Lin.

- Il faudrait placer une sonde intermédiaire, non ? propose Baldr.

- Exactement, répond Skoll. Il faut placer une sonde dans la forêt de Permobscur.

- Il faut retourner là-bas ? s'inquiète Baldr.

- … Combien de temps mettrions-nous pour nous y rendre, planter la sonde et revenir ? demande H. Lin, pensive.

- Je dirais trois jours, répond Skoll. Un pour retourner à l'arbre creux, un pour aller planter la sonde dans la forêt et revenir à l'arbre, et un pour revenir ici.

- Trois jours… répète H. Lin.

- C'est un sacré détour ! commente Baldr. Il nous reste combien de provisions ?

- Pas assez pour nous permettre cet aller-retour, répond Skoll. Ou alors on a pas assez de temps pour correctement explorer la zone au nord de Noctilum.

- Je suis d'accord, approuve H. Lin. Revenir planter cette sonde, c'est mettre fin à notre exploration de Noctilum.

- Donc on va pas la planter, conclut Skoll.

- Je n'ai pas dit ça, tempère H. Lin. Cet imprévu peut très bien marquer la fin de notre expédition.

- Vraiment ?! s'indigne Skoll. On pourra repasser planter la sonde plus tard !

- Mais nous nous retrouverons à explorer Noctilum sans aucune ligne de communication avec N.L.A. répond H. Lin. C'est beaucoup trop dangereux.

- Tu crois que les explorateurs du XVIème siècle étaient en communication constante avec leur pays d'origine ? rétorque Skoll. On a pas besoin de cette ligne de communication !

- C'est quoi cette comparaison absolument hors de propos ? demande H. Lin.

- Et si on soumettait l'idée au vote ? propose Baldr.

- Nous sommes quatre, répond H. Lin. Comment proposes-tu de trancher en cas d'égalité ?

- Ben… hésite Baldr.

- D'ailleurs, t'en penses quoi, toi ? demande Skoll.

- Justement, j'en ai aucune idée, répond Baldr. Je me dis qu'on serait plus en sécurité si on va installer cette sonde. Mais si après on doit rentrer à N.L.A., j'aurais l'impression d'avoir échoué…

- Il est vrai que notre mission consiste à explorer Noctilum le plus possible… souligne H. Lin.

- Et on a pas eu besoin d'appeler N.L.A. depuis qu'on est partis, ajoute Skoll.

- Ça ne veut pas dire que nous n'en aurons pas besoin par la suite, rétorque H. Lin. Cela dit, il s'agit effectivement d'une sécurité qui n'est pas indispensable à l'accomplissement de notre mission.

- On sera toujours à temps de faire demi-tour s'il y a effectivement un danger, ajoute Skoll. Sans compter que si on appelle des renforts de N.L.A., ils mettront de toute façon une semaine avant d'arriver, alors…

- J'ai encore besoin de temps pour y réfléchir, répond H. Lin. Mais je te promets de prendre en compte tes arguments.

- Heu… Merci ? hésite Skoll, ne sachant pas s'il s'agit d'un accord implicite.

- Dites… Vous avez vu Mimir ? » demande Baldr en se rendant compte que son amie s'est éclipsée de la conversation.

Skoll pointe en direction du nord-est. Mimir se trouve à quelques dizaines de mètres d'eux, cachée derrière un buisson.

Elle a repéré un flash tout à l'heure, pendant que les autres étaient en train de discuter, et elle voulait en déterminer la cause. Il semblerait qu'il venait du chemin qui mène au canyon.

Pour l'instant, la seule chose qu'elle voit, c'est un paon – absolument splendide par ailleurs – qui lance régulièrement des regards inquiets en l'air. Au-dessus d'eux vole un auravis – un très grand oiseau au bec effilé qu'on peut trouver dans Primordia. Elle ignorait d'ailleurs que ces oiseaux vivent aussi dans Noctilum.

En tout cas, il semblerait que l'auravis ait dans l'idée de faire de ce pauvre paon son casse-croûte, au vu des mouvements circulaires qu'il décrit dans le ciel au-dessus du pauvre animal. Cela dit, ce dernier semble guetter le moment où son assaillant va fondre sur lui, au lieu de chercher un moyen de s'enfuir.

Et elle, elle attend. Son instinct lui dit qu'il va se passer quelque chose de très intéressant quand la créature va fondre sur sa proie…

« Tout va bien ? lui demande Baldr à voix basse, la faisant sursauter. Tu as trouvé quelque chose ?

- Arrête de me faire peur comme ça ! le gronde-t-elle en chuchotant. Cache-toi et regarde. »

Baldr s'exécute, curieux de voir ce qu'il va se passer.

L'attente s'avère plus longue que prévue, mais après plusieurs longues minutes d'hésitation, l'auravis fond sur la proie à une vitesse vertigineuse. Le paon, qui n'a pas quitté des yeux son assaillant depuis tout à l'heure, déploie ses ailes de toute leur largeur, laissant apparaitre une multitude de plumes réfléchissantes. Les orientant à la perfection, le petit oiseau concentre les rayons du soleil de la fin de journée pour les refléter directement dans les yeux de l'auravis, qui perd le contrôle de son piqué et s'écrase brutalement au sol en soulevant un nuage de poussière.

Quand la poussière retombe, l'auravis ne bouge plus, et le paon a disparu.

« Ouah ! s'exclame Baldr.

- Ben je crois qu'on a le repas de ce soir. » commente Mimir.


Paon miroir : Lorsqu'il est pris en chasse, cet oiseau aux ailes miroitantes utilise celles-ci afin d'aveugler ses poursuivants, lui donnant ainsi une chance de s'enfuir.

Exploration de Mira : 12,99 %