Tags: Alternate Universe - Supernatural Elements ; Wolfstar ; no magic ; But still magic ; Demons ; Werewolf Remus Lupin ; Hunter Sirius Black ; Hunter Remus Lupin ; Pining ; hardcore pining ; Remus is pining so hard ; Sirius is too but for once he's not a dramaqueen about it ; Classic Cars ; Jaguar XJ6 ; firearms ; Wraith ; Fucking Witches ; Snow ; Everybody's bloody freezing ; Blood and Injury ; Graphic Description of Sirius's Smell ; Demonic Possession ; Frottage ; Bloodlust ; Consented Somnophilia ; Angels ; Biblical Drama ; Happy Birthday
Important : Les bug répétés et les difficultés de mise en page de FFNET poussent la communauté des autrices et auteurs de fanfiction à déménager sur AO3. J'en fais partie. Je comprends que, pour nous qui connaissons FFnet depuis plus de vingt ans, la transition soit difficile. Mais je vous assure que les bénéfices d'AO3 (système de Tag hyper performant, grande liberté de mise en page, communautés et collections) sont largement à la hauteur de l'effort à fournir pour s'adapter à son fonctionnement.
C'est la fin de ce court UA. Ce dernier chapitre contient une scène explicite, située entre le sous-titre «1er Janvier 1988» et la ligne de dialogue «Est-ce que je dois défoncer la porte?!», si vous souhaitez l'éviter.
Akhma, merci pour ta patience, j'espère que cette fin sera à la hauteur de tes espérances! Et qu'elle titillera encore plus tes envies de RP, héhé.
Ashu, un milliard de mercis pour l'énorme travail que tu as fourni sur ce texte. J'ai énormément appris grâce à toi. Tu as été une incroyable bêta. (PRENDS LES COMPLIMENTS)
Steff, merci pour tes relectures sur un ship qui n'est pourtant pas ta came, pour tes commentaires et compliments qui font toujours tellement de bien à mon petit cœur angoissé.
Bonne lectures à toutes et tous !
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Chapitre 3: Quasar
[Un quasar est un trou noir supermassif au centre d'une région extrêmement lumineuse (noyau actif de galaxie). Les quasars sont les entités les plus lumineuses de l'Univers.]
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Moony disparut à l'horizon.
Étranglé par la culpabilité, Sirius ferma les yeux sur la bande de ciel qui se teintait de rose. Ses membres frissonnants se relâchèrent. Il s'avachit contre la Jaguar et s'en écarta aussitôt avec un halètement au contact de la carrosserie sur ses plaies. Il se mordit les lèvres, où il pouvait encore sentir l'avidité de celles de Remus, et se contorsionna pour essayer de voir l'étendue des dégâts. Seul le bord ensanglanté d'une des griffures, à la limite de sa ceinture, était visible.
Il renifla. Le regard égaré dans la neige qui tapissait la lande, il tenta d'élargir ses perceptions pour trouver Moony. Son corps était cependant trop las, frigorifié et douloureux. Il se frotta le visage de ses mains tremblantes, épuisé, et les baissa quand le carré de papier craqua contre son front. Sa poitrine se comprima douloureusement. Il le déplia en serrant les dents pour les empêcher de s'entrechoquer, mais la pénombre ne lui permit pas de lire plus que les mots "Morsures rituelles".
Ses lampes de poche étaient dans son arsenal. Sirius fourra la feuille froissée dans sa veste et s'apprêtait à faire le tour de la voiture lorsque la vue des vêtements abandonnés de Remus l'interrompit. Gêné par la pulsation de souffrance de ses reins et l'humidité désagréable de ses sous-vêtements, il rejoignit avec lenteur le bord de la route pour les ramasser. Le jean lacéré et imbibé de sang était bon à jeter, mais le reste était récupérable. Sirius savait qu'il tenait à son pull, tricoté par sa mère. Il coinça le tout sous son bras et ouvrit le coffre avec un sifflement de douleur quand le geste étira son dos.
Il posa le tas dans un coin pour soulever le couvercle du double fond qu'il bloqua avec un fusil. Au milieu des armes à feu, munitions et lames diverses, le rouge vif de la trousse de premiers secours attira son attention. Il l'attrapa avec un soupir vaporeux pour trouver de quoi nettoyer et panser ses plaies.
La tâche n'était pas aisée. Mais chaque tiraillement, chaque brûlure de l'alcool sur sa chair était une punition méritée. Les larmes aux yeux, il ne pouvait s'arracher de l'esprit l'expression terrifiée de Remus. Son corps tendu. Ses épaules frémissantes. Son menton maculé de son propre sang. Ses yeux d'or luisant, écarquillés. Son regard horrifié baissé sur ses griffes. L'étrange geignement surnaturel qui sortait de sa poitrine.
—Putain… Quel con, mais quel con…
Qu'est-ce qui lui avait pris de lui sauter dessus comme ça? Il savait que Remus avait faim! Il savait qu'il était exténué et à fleur de peau! Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui?! Le tableau peint par Voldemort n'avait-il pas été suffisamment explicite pour le pousser à la prudence?! Un sanglot secoua son dos et fit ployer ses genoux. Il se rattrapa au bord du coffre, puis se tourna pour s'y asseoir et se prendre la tête dans les mains.
Ce n'était pas pour lui-même qu'il souffrait. Il se fichait de quelques entailles, c'était bien loin d'être la pire blessure qu'il recevait en mission. C'était pour Remus qu'il avait mal. Remus, qui était terrifié et honteux de sa nature, qui se contenait en permanence pour rester du côté de l'humanité. Remus, qui aurait eu mille occasions de s'en prendre à lui, mais qui ne l'avait jamais blessé jusqu'à aujourd'hui.
D'un geste rageur, Sirius jeta les cotons ensanglantés dans un sac. Il renifla en essuyant ses pomettes humides d'un coup de poignet, puis attrapa des compresses dont il déchira l'enveloppe avec les dents.
Remus était un paradoxe. Gigantesque mais discret. Puissant mais mince. Une créature dangereuse qui mesurait ses gestes, sa démarche, ses réactions. Une expression suspicieuse sur un visage doux. À l'époque où Sirius avait rejoint les Potter, il ne lui avait fallu qu'un coup d'œil en direction de cet adolescent dégingandé pour qu'il l'attire. Même l'instinct qui lui hurlait d'attraper la première arme à sa portée n'avait pas pu l'en détourner. Après quelques heures à peine, il avait eu envie de plonger les doigts dans ses boucles cuivrées, d'effleurer du pouce les taches de rousseur sur ses pommettes, d'avoir ses grandes mains dorées posées sur lui. Il s'était surpris à vouloir sentir les vibrations de sa voix profonde dans sa cage thoracique et celles du timbre de son rire dans ses oreilles.
Sirius l'avait désiré dès les premiers jours de son changement de camp et son intérêt avait très vite perdu en innocence. Comment faire autrement? Comment ne pas être happé par ce regard d'ambre, brûlant comme le soleil et suave comme le miel? Il était incapable d'ignorer Remus. Tous ses sens, du naturel au surnaturel, étaient en permanence conscients de sa présence. Il irradiait son œil intérieur comme un pulsar. Remus. Remus. Remus. Un battement, un tambour, un rayonnement.
Sirius interrompit son pansement pour tourner la tête vers le halo rosé qui caressait la neige. Ne plus sentir l'alerte qu'il associait à Remus lui donnait la sensation d'avoir perdu un membre. Il essaya à nouveau d'élargir ses perceptions, sans succès. Il sécha les larmes froides qui roulaient toujours sur ses joues, puis continua à enrouler le bandage autour de sa taille.
Remus avait été trop dangereux pour qu'il l'approche, trop précieux pour qu'il s'en sépare. Trop distant pour qu'il tente quoi que ce soit, trop séduisant pour qu'il réussisse à étouffer son attirance. Il avait cessé d'espérer, mais l'envie ne s'était jamais éteinte. La possibilité qu'elle soit réciproque l'avait rempli d'une soif indigne, effrayée, confuse. Il avait toujours cru Remus indifférent à son sujet. Pas inoffensif, Sirius n'était pas stupide, mais désintéressé. Des années qu'ils passaient leur temps ensemble et jamais il n'avait perçu autre chose qu'une affection teintée d'agacement de sa part.
Dix ans de silence et de relations insatisfaisantes pour Sirius. Dix ans pendant lesquels Remus n'avait rien évoqué, rien montré, parce que le risque était trop grand. Dix ans de lutte contre lui-même avec la source de sa tentation constamment à ses côtés. Et Sirius n'avait rien trouvé de mieux que de se jeter sur lui juste après qu'il eut été possédé par un putain de démon.
Quel énorme connard inconscient il était.
Il se déshabilla dans des gestes rendus saccadés par le froid et la rage. Il enfila des sous-vêtements, un jean et un T-shirt propres, puis remit sa veste. Avec ses doigts gelés et ses plaies, lacer ses bottes s'avéra pénible. Il se redressa avec un grognement et poussa sèchement le fusil pour faire tomber le couvercle de leur arsenal. Les dents serrées contre la douleur, il referma le coffre. Ce ne fut qu'une fois installé dans le siège conducteur qu'il se souvint du papier de Remus.
Il alluma le moteur, le chauffage et l'éclairage intérieur de la Jaguar. Il extirpa la feuille de sa poche et, avec une profonde inspiration, la déplia contre le volant.
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Une nouvelle lune, les crocs d'un loup-garou, la nuque d'un humain consentant. C'était tout ce que nécessitait le rituel décrit sur la page de journal de Shacklebolt. Trois petites choses pour marquer la personne mordue comme sienne. Ça ne la protégeait pas d'une contamination lors de la pleine lune, mais en la désignant comme un membre de la meute, elle n'était plus une proie potentielle.
Sirius n'avait pas besoin de plus. Pourquoi hésiter si une simple morsure leur permettait d'être ensemble ?
Cependant, il fallait d'abord remettre la main sur Remus.
Après avoir vidé la moitié de son paquet de cigarettes et la totalité de la boîte à biscuits, après avoir fait le tour de ses questions sans réponse, après avoir vu le soleil grimper au-dessus de l'horizon, Sirius avait perdu patience. L'écharpe de Remus autour du cou et un sac à l'épaule, il avait laissé la Jaguar au bord de la route pour suivre les traces de loup dans la poudreuse.
La réverbération des rayons rasants sur la neige l'avait ébloui. Une lumière si vive paraissait irréelle à la suite d'une telle nuit. L'épaisseur des congères et la douleur avaient rendu sa progression difficile. Pourtant, les yeux plissés et les doigts serrés autour de la bandoulière en travers de son torse, il avait avancé avec détermination.
L'idée que Remus se soit échappé l'avait effleuré. S'il avait refusé de céder à l'angoisse, le soulagement fut malgré tout immense lorsque son sixième sens se mit enfin en alerte, après une dizaine de minutes de marche.
Il n'essaya pas d'être discret: même s'il avait pu masquer le crissement de ses pas et son souffle laborieux, son odeur ou les battements de son cœur anxieux l'auraient trahi. Il força l'allure, craignant qu'il ne le fuie, mais cela s'avéra sans fondement. La pulsation dangereuse dans son esprit ne se déplaçait pas.
Remus avait toujours été prompt à l'isolement et Sirius avait toujours tenté de respecter son espace. Il lui arrivait de souvent préférer la compagnie de James ou de Lily à la sienne. C'était avec difficulté, mais sans commentaire, que Sirius s'effaçait à leur profit. Il ne jalousait pas son amitié avec James: ils avaient été élevés ensemble et Sirius comprenait leur lien fraternel. Il ne jalousait pas non plus celle qu'il entretenait avec Lily, purement platonique. Il leur enviait cependant d'être les refuges de Remus. Sirius n'avait jamais réussi à atteindre ce stade.
Il réalisait maintenant qu'il ne le fuyait pas parce qu'il l'irritait, comme il l'avait toujours cru. Il le fuyait parce qu'il avait peur de lui bondir dessus. À présent qu'il l'avait fait, la honte et la frayeur devaient le terrasser.
Il ne fut donc pas surpris de le retrouver assis, nu et recroquevillé sous un chêne. Pas surpris, mais agacé et soucieux. Ne lui avait-il pas dit qu'il l'attendait? Il pressa le pas, la mâchoire crispée malgré le réconfort de l'avoir trouvé si vite. Il contourna les derniers arbres qui les séparaient, lâcha ses affaires dans le humus gelé et s'agenouilla près de lui, l'inquiétude au ventre. Il s'était douté qu'il ne saurait pas maintenir sa forme lupine une fois le soleil levé, mais il faisait effroyablement froid, même pour un loup-garou.
—Remus? demanda-t-il sans oser le toucher.
Il n'obtint pas de réponse. Les lèvres pincées, il tira sur la fermeture éclair du sac et sortit une couverture de laine ocre. Il la déplia et la drapa sur son dos frémissant, les yeux fixés sur ses boucles châtain. Le visage de Remus était pressé contre ses genoux, eux-mêmes coincés derrière ses bras. Il se pelotonna un peu plus à l'abri de ses jambes.
—Je suis désolé… lui parvint sa voix rauque.
—Je sais… murmura Sirius, le cœur serré. Ça va. Promis.
—J'aurais pu te tuer…
—Mais tu ne l'as pas fait et je vais bien.
—Tu saignes encore.
Sirius grimaça en attrapant des sous-vêtements au milieu des affaires de rechange de Remus. Ses reins l'élançaient et la marche rapide à travers la lande cabossée n'avait pas aidé.
—Si tu le dis. Allez, habille-toi si tu veux pas perdre tes burnes.
—Sirius…
—À moins qu'elles repoussent?
Son humour minable récolta un ricanement douloureux qui secoua les épaules de Remus. Sa tête se redressa avec hésitation. Il avait du sang séché autour de la bouche, le sien ou celui des animaux qu'il avait pu débusquer dans la neige. Ses yeux cernés avaient retrouvé leur teinte d'ambre et ses traits étaient affaissés par la culpabilité. Au moins, il le regardait.
—Je suis désolé, s'excusa Sirius à son tour. C'est de ma faute. J'ai été très con.
La mâchoire de Remus se carra alors qu'il détournait le regard. Il attrapa les pans de la couverture et les serra contre lui en s'appuyant à l'arbre derrière lui.
—Non, c'est à moi de-
—Non. Enfin si, en partie, mais là j'ai été particulièrement stupide, avouons-le.
Remus émit un son à mi-chemin entre le rire et le sanglot, puis passa une main sur son visage fatigué.
—Allez, habille-toi, répéta Sirius en posant caleçon et chaussettes sur ses genoux. T'as pu manger?
Remus hocha la tête avec une expression fermée.
—Ça va aller, dans la voiture, même si…?
Sirius indiqua vaguement son propre dos avec une grimace. Remus prit une inspiration audible qui fit frémir ses narines et ferma les yeux, tendu. Il les rouvrit cependant pour acquiescer d'un air déterminé.
—Ça va aller.
—On peut s'arrêter pour acheter à bouffer, il doit y avoir des trucs ouverts maintenant.
—Faisons ça, approuva Remus en prenant les vêtements sur ses jambes.
Il s'appuya au sol d'une main et se leva, nu sous une étoffe bien trop courte pour le couvrir au-delà des hanches. Sirius écarquilla les yeux et se redressa précipitamment, la tête tournée pour regarder n'importe quoi d'autre que ses poils pubiens cuivrés et son sexe imposant malgré le froid. Il fixa les rayons jaunes qui caressaient les troncs des arbres effeuillés, la lèvre inférieure coincée entre ses dents et la nuque brûlante.
Remus eut un rire peiné qui attira son regard sur lui. La bouche tordue par un sourire grimaçant, Sirius l'observa remonter le boxer le long de ses immenses jambes.
—Tu peux sentir ça? supposa-t-il.
—Hmhm… répondit Remus en lâchant l'élastique du caleçon autour de sa taille.
Si ses sourcils étaient froncés, il semblait néanmoins vaguement amusé.
—Désolé.
—J'ai l'habitude.
Sirius eut un rire embarrassé en se frottant le front. Il était un peu en colère que Remus ait perçu son désir aussi longtemps sans avoir rien mentionné. L'euphorie qu'il soit réciproque était cependant encore là, même amoindrie par la fatigue et la gêne. De la peur, qui l'avait envahi lorsque Remus lui avait labouré les reins de ses griffes, ne subsistait que des vestiges, enfouis sous tout le reste.
—Tu… Tu étais au courant que ça existait, cette morsure rituelle? demanda-t-il alors que Remus enfilait une chaussette sur un pied sale, adossé au tronc.
—Non… répondit-il à voix basse sans le regarder.
—Et hm… Tu aimerais le faire?
Remus posa le pied et baissa les yeux sur lui, clairement sur la défensive.
Sirius ne put s'empêcher de sourire en réalisant que, même avec une vieille couverture sur le dos, du sang séché autour de la bouche et une seule chaussette, il était la plus belle chose qu'il ait jamais vue. Ses muscles étaient longs, finement dessinés sous sa peau mate. Ses épaules étaient larges, son torse fuselé, ses hanches étroites. Ce n'était pas la première fois qu'il le voyait en sous-vêtements, ça faisait des années qu'ils cohabitaient, mais c'était la première fois qu'il pouvait, vraiment, le regarder.
—On ne sait même pas si c'est vrai, murmura finalement Remus en levant un genou pour mettre son autre chaussette.
—Pourquoi Shacklebolt mentirait? contra Sirius, le cœur battant la chamade en l'absence de "non" de Remus. On peut vérifier. Il reste cinq jours avant la nouvelle lune.
Remus se remit sur ses appuis et le dévisagea. Il semblait partagé entre stupeur et tristesse, et Sirius ne comprenait pas pourquoi.
—Tu as envie de le faire? souffla-t-il, comme si ce n'était pas une évidence.
—Oui.
Le silence qui suivit était tel qu'il put entendre Remus déglutir. Son estomac s'enfonça comme du plomb dans son ventre lorsque ses yeux le quittèrent et qu'il se pencha vers le sac pour attraper un jean.
—Pas toi?
Une jambe. La seconde. Remus, les dents serrées, remonta le pantalon dans un bruissement de tissu et le boutonna de ses longs doigts tremblants.
—Je ne sais pas… Je ne sais pas si je peux me retenir de faire plus que mordre, avoua-t-il finalement d'un ton anxieux.
Un éclair d'espoir s'écrasa sur Sirius, qui s'engouffra dans la brèche.
—Moi, je sais que tu peux, assura-t-il avec un pas en avant.
Remus eut un rire grinçant et laissa tomber la couverture pour enfiler une chemise en flanelle.
—Quelle est l'alternative? interrogea Sirius, irrité. Faire comme si de rien n'était?
Il était impensable de prétendre que Remus ne l'avait pas plaqué sur le capot de la XJ6 pour se frotter contre lui jusqu'à ce qu'il jouisse. Et même s'ils n'en étaient pas arrivés là, il ne pouvait pas oublier son baiser dévorant, ses mains possessives, la cage brûlante de son corps autour du sien. Et les mots de Voldemort à travers sa bouche non plus.
Remus était capable d'assez se contrôler pour coucher avec des inconnus autour de la nouvelle lune. Était-ce si différent?
—S'il n'y avait pas eu la prémonition de James-
—Tu t'es arrêté avant, l'interrompit Sirius d'un ton vif qui se mua en dérision. Qu'est-ce qu'on peut faire d'autre? Changer de coéquipier? L'un de nous deux quitte l'appart? C'est ça que tu veux?
Remus se redressa après avoir ramassé un pull de laine brune à losanges beiges. Il secoua la tête avec un air peiné qui épargna à Sirius le regret d'avoir énoncé cette possibilité. Il l'accepterait si c'était ce qu'il souhaitait, mais il était convaincu que leur amitié n'y survivrait pas.
—Je n'ai jamais mordu qui que ce soit… marmonna Remus en enfilant les manches. Je ne sais pas comment je vais réagir.
Sirius contint un rire extatique en l'entendant employer le futur. Il ne put cependant pas contrôler la bouffée d'excitation qui l'envahit et qui lui valut une expression mi-amusée, mi-exaspérée. Il se mordit les lèvres et rebondit légèrement sur ses talons.
—James peut être là, proposa-t-il.
—Quoi? souffla Remus avec un rire désabusé.
—James pourrait être là. Ou Lily, comme tu préfères. Pour t'arrêter ou… te gueuler dessus, j'en sais rien.
Remus pouffa depuis l'intérieur du pull qu'il avait passé au-dessus de sa tête. Il en émergea, adorable avec ses cheveux aplatis par l'électricité statique et dangereux avec son menton carmin. Dubitatif, il fronça les sourcils.
—Et la grâce angélique?
—Hm?
—Si la grâce angélique empêche le… lien de prendre, explicita Remus en tirant sur le bas du vêtement jusqu'à couvrir sa ceinture.
—Bordel, j'essayais d'oublier ce détail, grogna Sirius avec malaise.
Il n'avait pas envie de réfléchir au fait que ce pouvoir, qu'il avait toujours cru inné, ne lui appartenait pas. Que ressentir à l'idée qu'un morceau d'une créature, encore légendaire pour lui quelques heures plus tôt et dont il ne savait rien, se trouvait en lui?
—C'est certainement pour ça que tu ne peux pas être possédé par un démon, raisonna Remus.
—Je veux quand même essayer.
Les anges et les démons étaient antagonistes, il semblait logique que leurs essences soient incompatibles. Selon ses bestiaires, Remus était un être maléfique. La morsure en question n'avait cependant pas pour vocation de transmettre sa malédiction. Il s'agissait d'un rituel positif, protecteur. Sirius voulait croire que sa propre volonté serait suffisante pour que son corps l'accepte. N'était-ce pas là, la source du pouvoir de toute magie? La volonté?
—Et je veux que tu manges jusqu'à ce que l'idée même de bouffer te révulse. Je veux rentrer à l'hôtel, te nettoyer la bouche et te rouler la pelle du siècle.
Remus s'empourpra et leva la main jusqu'à ses lèvres. Ses doigts frottèrent sa peau tachée, mais le sang était sec et le geste vain.
—Pourquoi tu me l'as pas dit plus tôt? grimaça-t-il.
—Remus, je te trouve sexy même couvert d'ectoplasme, lui fit-il remarquer, trop excité pour se contenir.
Les pommettes de Remus se colorèrent un peu plus et ses narines frémirent.
Quelle libération pour Sirius d'enfin pouvoir exprimer ce genre de choses. Il avait la sensation qu'un barrage avait cédé pour laisser s'échapper un doux flot doré, dont la chaleur caressait ses entrailles et enveloppait son cœur dans un cocon. Il pouvait tout dire. Tout montrer. Et peut-être même recevoir en retour.
—Surtout couvert d'ectoplasme, corrigea-t-il avec un rire joyeux avant de désigner le sac du menton. Mets tes pompes. On a plein de choses à faire.
Remus se mordilla les lèvres et ses doigts s'agitèrent de part et d'autre de ses cuisses. Puis, après une lente inspiration, il hocha la tête en esquissant un sourire timide et se pencha pour récupérer ses chaussures.
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1er janvier 1988
Une porte de voiture claqua sur le parking et Remus ouvrit les yeux.
Le plafond fissuré était illuminé par l'enseigne du motel, dont la lumière bleuâtre pénétrait dans la chambre entre les rideaux tirés. Une quantité infernale d'odeurs l'assaillit. Tabac froid infiltré dans la moquette et la tapisserie, eaux de toilette bon marché, détergents, fastfood, essence, transpiration, urine, sang, sperme… Les pierres chaudes sous la pluie.
Il tourna la tête vers la source de cette dernière, dont le dos nu attrapait la lueur bleutée. Six cicatrices pâles épousaient ses reins. Le regard de Remus effleura sa colonne vertébrale jusqu'à se poser sur sa nuque. La trace de ses dents y trônait, plus rose que le reste de sa peau. Comme toujours, sa vue le remplit d'une joie animale. Innocente. Un sentiment d'appartenance qui lui avait manqué toute sa vie.
Le nez de Remus vint caresser les indentations dans sa chair, où il inspira son parfum électrique. Son désir flamba et sa queue déjà gonflée se raidit un peu plus. Trois jours avant la pleine lune, il lui en fallait peu pour être excité, mais Sirius avait cet effet-là sur lui à n'importe quelle phase. Il était enivrant, tentateur, aussi irrésistible que la lumière pulsante d'une étoile pour un papillon égaré dans les ténèbres.
Remus posa ses lèvres sur la morsure et la goûta du bout de la langue avec un soupir de bien-être. Sa main glissa sous les draps pour frôler ses fesses musclées. Avec lenteur, il le pénétra d'un doigt et un frisson le parcourut en le trouvant encore humide et détendu de leurs ébats de la veille. Un discret grondement appréciateur vibra dans sa poitrine.
Il retira ses phalanges et, après une lubrification hâtive, frotta son gland contre son anus. Il s'enfonça doucement malgré l'envie impérieuse d'y plonger sans précaution. Ses poings s'agrippèrent aux draps devant Sirius et sa bouche retrouva la cicatrice dans son cou, qu'il lécha en laissant son érection être peu à peu engloutie par la chaleur de son corps. Lorsque son bassin rencontra la peau veloutée de ses fesses, il cessa de bouger, les cuisses tremblantes, le feu au ventre et tous ses sens prisonniers de sa présence.
Sirius bougea légèrement à l'instant où Remus s'arrachait à regret de sa marque pour coller son torse à son dos. Le nez dans ses cheveux, il écouta la familière musique de son cœur. Il l'enveloppa de ses bras, caressa la peau chaude de ses côtes et remua les hanches avec lenteur contre ses reins. La pression bouillante de Sirius autour de lui et l'influence de la Lune sur ses instincts l'appelaient à accélérer la cadence, à posséder, à marquer un peu plus son territoire. Il se força néanmoins à garder ses mouvements mesurés et à savourer la langueur de ce corps offert.
Le rythme cardiaque de Sirius augmenta. Son souffle se raccourcit. Son odeur s'intensifia. Un soupir et il se contracta autour de lui. Remus gémit dans ses mèches soyeuses et posa une main possessive sur son sexe pour le sentir gonfler sous sa paume. Il approfondit ses coups de reins, en modifia l'angle jusqu'à ce que Sirius frémisse entre ses bras et qu'une bouffée sucrée de son excitation lui fasse presque perdre le contrôle. Un poignet vint se poser sur sa hanche et des doigts pressèrent une de ses fesses. En réponse, Remus enroula les siens autour de sa queue. Il frotta la fente humide de son gland du pouce pour transformer les soupirs de Sirius en gémissements rauques.
—Bon anniversaire, murmura-t-il contre son crâne.
—Hmm… Bon anniversaire… répondit Sirius d'une voix enrouée. Plus fort…
Un sourire carnassier étira les lèvres de Remus, mais pour une fois, il ne se fit pas prier. Il abandonna l'entrejambe de Sirius pour attraper son genou et le pousser plus haut sur le lit. Il posa le sien entre ses cuisses ouvertes et, avec un grognement excité, se redressa sur un coude. Sa peau claqua contre la sienne. Sirius haleta et se tendit sous lui. Les draps se froissèrent entre ses doigts. Remus se retira lentement, puis se renfonça d'un geste brusque qui lui arracha un cri étouffé.
—Assez fort pour toi? lui demanda-t-il, narquois.
—Encore, pantela Sirius.
Avec un rire ravi, Remus recommença. Encore. Encore. Et encore. Ses mouvements secs expulsaient des exclamations étranglées hors de Sirius. Son bassin s'élevait à leur rencontre, mais son corps ployait sous la force des coups de reins de Remus. Ses cheveux lui collaient aux lèvres. L'odeur de son liquide pré-séminal, qui imbibait peu à peu la literie, tapissait ses narines et sa langue. Il voyait rouge. Mais pas le rouge de la faim, de la rage aveugle, du besoin de se repaître du cœur qui palpitait à toute allure contre son torse. C'était le rouge d'une passion qui dévorait Remus, à laquelle il pouvait à présent laisser libre cours. Même avec la Lune si proche d'être pleine, son appétit pour Sirius n'était plus un danger. La liberté offerte par la morsure lui donnait encore le tournis. Il espérait en rester euphorique pour toujours.
Sirius chercha ses mains et lui broya les phalanges. Les sons fébriles qui débordaient de sa bouche se firent plaintifs. Les effluves de son excitation et de sa sueur s'intensifièrent. L'accélération de son rythme cardiaque trouva un écho dans la poitrine de Remus, qui en perdit le peu de contrôle qu'il lui restait. Un grondement sourd fit trémuler sa gorge. L'esprit et le corps engloutis par une brume écarlate, il le pilonna contre le matelas.
Sirius se contracta d'un coup sous lui. Il jouit avec un cri éraillé et tous les sens de Remus se délectèrent de son orgasme. La poigne féroce de son cul autour de lui, le stupre de son sperme dans les narines, le goût salé de sa transpiration sur le palais, les tremblements de sa voix, la tension sur son profil luisant. Remus le pénétra encore une, deux, trois fois avant que les convulsions de son anus n'aient raison de lui. Ses hanches tressaillirent, son dos se tendit, ses testicules remontèrent, sa vision blanchit, ses oreilles se bouchèrent et il éjacula avec un grognement aigu coincé entre ses dents.
Sa queue tressautait encore lorsqu'il s'écroula sur Sirius, qui émit un bruit étouffé sous son poids mort. Il enfouit le nez dans la douceur de ses mèches, les yeux clos et le buste soulevé par une respiration rapide. Son dos humide lui collait au torse.
Ses mains se relâchèrent autour des siennes. Remus caressa le dessus d'un de ses pouces et écouta son cœur retrouver peu à peu son calme.
La porte de la chambre voisine claqua. Remus gronda.
—Qu'est-ce qu'il y a? marmonna difficilement Sirius.
—James.
Ce fut tout ce qu'il eut le temps de dire avant que trois coups ne retentissent.
— ROOM SERVICE !
—Oh non… gémit Sirius, amusé.
Remus se redressa en soupirant. Il se retira de Sirius avec précaution et, les mains sur ses fesses, se pencha à nouveau pour embrasser son dos pâle et frémissant.
—Va te laver.
—Gnnnh, émit Sirius avant de se tourner pour s'étirer de tout son long.
Remus descendit du lit, un sourire aux lèvres, et ne résista pas à la tentation de passer le plat de sa langue sur ses abdominaux souillés. Ils sursautèrent sous sa bouche, où explosa le goût salé de son sperme. Le sexe encore à moitié dur de Remus pulsa alors que des doigts s'enfouissaient dans ses boucles. Il leva les yeux pour croiser un regard fiévreux.
—Est-ce que je dois défoncer la porte?! s'exclama James dans un rire depuis l'extérieur de la chambre.
Avec un soupir, Sirius laissa retomber sa tête sur l'oreiller et ses mains sur les draps. Remus se redressa.
—J'arrive… grommela-t-il.
Il enfila des sous-vêtements et un T-shirt pendant que Sirius disparaissait dans la salle de bain, puis foula la moquette pour aller tourner le verrou. L'ouverture de la porte poussa la ligne de sel déposée devant. De l'autre côté et les cheveux constellés de flocons, James lui souriait largement. Il s'engouffra dans la pièce, accompagné du fumet de bacon grillé qui s'échappait d'un sac en papier. Peter offrit une expression contrite à Remus dans la faible lumière de l'enseigne du motel.
—Salut.
—Salut, bande de chieurs, grogna-t-il alors qu'ils marchaient sous le piège à démon tracé au plafond.
—Pouah, laisse ouvert, ça fouette ici! rit James en rejoignant la cuisine.
Remus renifla. Sexe, Sirius, amis, bacon, œufs, café. Ça lui convenait parfaitement. Il referma la porte.
—Qu'est-ce que vous faites là si tôt?
Leur mission de la veille avait été courte, mais psychologiquement épuisante. Un esprit vengeur avait pris possession d'habitants de la ville portuaire de Falmouth, sur la pointe sud-ouest du pays. Il les avait successivement poussés au meurtre, puis au suicide. Ils n'avaient pas été trop de quatre pour remonter la piste de cadavres et trouver le premier à avoir été touché. Le coupable de cette cascade macabre était un diadème, découvert dans une grotte de la côte et sorti de son coffre scellé par la victime initiale. Lorsqu'ils avaient enfin mis la main sur l'artéfact maudit, le spectre avait pris le contrôle du corps de Peter malgré leurs précautions. La destruction de l'objet l'avait heureusement éliminé.
Faire les six heures de route pour rentrer à Birmingham après une telle épreuve ne leur avait pas semblé raisonnable. Peter était alors parti se coucher avant minuit, James avait fêté la nouvelle année avec Lily au téléphone et Remus et Sirius avaient baisé comme des lapins.
—On avait faim, expliqua simplement James en tirant une chaise du coin cuisine.
Il s'était sans doute réveillé aux aurores, comme d'habitude, et avait entraîné un Peter bougon dans sa quête d'un pub capable de leur fournir de quoi remplir quatre estomacs. Remus secoua la tête avec affection. Il s'assit au bord de l'unique lit défait et accepta la boîte en carton que Peter lui tendait.
—Ça va, toi?
—Oh, oui, assura-t-il en s'installant en face de James. Rien de tel qu'une petite possession pour finir l'année.
Remus grimaça en soulevant le couvercle de son plat. Il saliva néanmoins en y découvrant un large assortiment d'œufs brouillés, de tranches de bacon, de saucisses grillées et de paillassons de pommes de terre.
—Préviens-nous si tu ressens une soudaine envie de nous étriper, plaisanta James en sortant des couverts en plastique du sac.
—Ça m'est arrivé plusieurs fois ce matin, lâcha Peter avec ironie. Mais je me contiens.
—L'habitude, rit Remus.
Il accepta une fourchette et la planta dans une saucisse. Il mordit dans la chair juteuse avec un soupir de plaisir.
—Bonne année, d'ailleurs, reprit Peter à son intention.
—Bonne année, répéta Remus malgré sa bouche pleine. Et merci pour le petit-déj.
—Bonne année, renchérit James. Elle commence de façon un tout petit peu moins marrante que la précédente, dommage.
Remus roula des yeux. Un an plus tôt, leurs recherches frénétiques au sujet des morsures rituelles ne leur avaient pas apporté beaucoup plus que le témoignage de Shacklebolt. Les Potter eux-mêmes avaient été surpris lorsqu'ils les avaient appelés à l'aide avec embarras. Ils leur avaient déconseillé toute tentative, en l'attente de plus d'informations, mais James avait mis son grain de sel en leur certifiant que tout se passerait bien.
Et tout s'était bien passé. Assis derrière Sirius sur le parquet de leur appartement, à côté d'un sapin aux branches affaissées, Remus l'avait mordu entre la nuque et l'épaule. Le goût de son sang l'avait excité, mais n'avait pas attisé sa faim. Le cœur qui battait à toute allure sous sa main l'avait fait larmoyer, mais pas saliver. L'étreinte de ses bras s'était resserrée autour de lui, mais pas pour l'emprisonner.
Le monde n'avait pas explosé. Ses griffes n'avaient pas poussé. Ses dents s'étaient allongées pour laisser leur empreinte, sans que la rage et l'appétit auxquels il les associait ne l'envahissent. La douleur qu'il avait perçue provenir de Sirius, dans la tension de son corps et dans son gémissement, l'avait inquiété plutôt que satisfait.
Il avait senti une part de lui s'étendre pour l'envelopper. Quelque chose qu'il avait toujours contenu être enfin libéré pour trouver sa place. Ses sens s'étaient réalignés pour accueillir Sirius comme sien et non comme proie. Un soulagement et un bonheur intenses l'avaient submergé. Il en avait encore la gorge serrée, les larmes aux yeux et le cœur palpitant lorsqu'il y repensait.
James, jusqu'alors assis dans leur canapé avec une lame en argent que Remus l'avait obligé à prendre, s'était levé en riant quand il s'était mis à lécher la morsure avec un couinement piteux.
—Je resterais bien, mais j'crois que je suis pas censé voir la suite. Bonne nuit!
La nuit avait en effet été bonne.
ˏˋ ✮ ˎˊ
I won't share you, no…I won't share you, with the drive and the dreams inside. This is my time…
La Jaguar ronronnait et les arbres défilaient devant la toile azurine du ciel. La voix douce de Morrissey sortait de l'autoradio pour les accompagner le long d'une route déserte. Le pouce de Remus caressait lentement la cicatrice de Sirius qui somnolait, avachi sur la banquette arrière à ses côtés. James marmonnait des mots inintelligibles dans son sommeil depuis le siège passager.
Au volant, Peter jeta un coup d'œil à Remus dans le rétroviseur intérieur. Ils échangèrent un regard amusé.
Des congères bordaient la chaussée salée et la végétation était alourdie de neige. Un soleil blanc peinait à s'élever au-dessus de l'horizon, coincé derrière une brume aux scintillements éblouissants. Tout dans l'atmosphère aurait dû lui donner froid, mais la voiture sentait le cuir, le thé de leurs thermos, les biscuits de Lily, la poudre des centaines de munitions dans le coffre, le musc boisé de James, la fraîcheur marine de Peter… et Sirius. Malgré l'étroitesse de l'habitacle et l'inconfort d'avoir les genoux pressés contre le dossier du siège passager, Remus était à l'aise. Au chaud. Ses instincts lupins, même exacerbés par la rondeur d'une lune qui frôlait encore les cimes, étaient apaisés par la présence à ses côtés. Un autre bénéfice de la morsure qui simplifiait grandement ces longs trajets.
Sirius soupira et fronça les sourcils. Un sourire fleurit sur les lèvres de Remus, mais s'affaissa en entendant son rythme cardiaque accélérer. Celui de James augmenter. Jusqu'à ce qu'ensemble, ils forment une cadence martiale qui lui assécha la bouche.
—Pete-
James se réveilla avec une inspiration paniquée qui les fit sursauter.
—SIRIUS! hurla-t-il en se tournant dans son siège, une expression horrifiée sur le visage.
Peter freina dans un crissement de pneus. Sirius se tendit sous la main contractée de Remus alors que leurs corps basculaient en avant. Il ouvrit les yeux, la bouche entrouverte autour d'un halètement bruyant. Rattrapé par sa ceinture, il s'écrasa contre son dossier où il s'immobilisa avec un souffle saccadé. Ses pupilles étaient énormes, des trous noirs frémissants dans un mince cercle nuageux. La luminosité les resserra et révéla la tempête de son regard.
—Qu'est-ce que tu lui as dit? demanda James.
Son ton anxieux était tellement rare que, si Remus n'avait pas déjà été paniqué par la situation, il l'aurait été à cet instant. De qui parlait-il? James avait-il eu une vision? Partagée avec Sirius?
—Je lui ai dit d'aller se faire foutre, répondit Sirius, essoufflé.
Il se tourna vers Remus, qui chercha une réponse dans son expression angoissée. Il n'en trouva aucune.
—Qu'est-ce qui se passe? interrogea Peter.
Sirius ouvrit sa portière à la volée. Il tenta de se lever, mais sa ceinture le retint. Il retomba lourdement sur son siège avec une exclamation étouffée et essaya de s'en défaire dans des gestes fébriles. Remus vint à son secours en appuyant sur le bouton de déverrouillage et le regarda sortir en catastrophe. Il l'imita aussitôt.
—Un ange lui a demandé de le laisser le posséder, entendit-il James répondre alors qu'il contournait le coffre.
Il s'arrêta de stupeur. À quelques pas de lui, Sirius lui offrit un sourire tremblant et tapota les poches de sa veste à la recherche de ses cigarettes.
—Il lui a… demandé l'autorisation? murmura Peter.
Remus avala la distance qui le séparait de Sirius. Il ouvrit les bras et l'enveloppa dans son étreinte. Le souffle chaud d'un rire étranglé caressa sa clavicule.
—J'ai cru que c'était un rêve, dit-il d'une voix désabusée.
Derrière Remus, James et Peter sortirent à leur tour de la voiture. Il déglutit, la gorge sèche et l'esprit blanc. Depuis Voldemort, la preuve de l'existence des anges s'était limitée aux pouvoirs volés par les Black. Les Potter s'étaient attelés à en apprendre le maximum sur ces créatures, mais sans rien trouver de plus que des légendes et témoignages invérifiables.
Un bruissement sonore, comme le battement d'une dizaine de paires d'ailes, lui fit tourner sèchement la tête. Son cœur fit une embardée.
Devant la XJ6 arrêtée au milieu de la route se tenait Regulus.
Une puissante odeur d'ozone éclipsa jusqu'au parfum épicé des mèches noires de Sirius.
Regulus n'avait pas changé. Ses cheveux n'avaient pas poussé. Il portait le même manteau qu'un an plus tôt. Ses yeux étaient du même gris que ceux de son frère, son visage toujours semblable au sien. Pourtant, il se dégageait de lui une aura encore plus froide et terrifiante que la dernière fois qu'il l'avait vu.
D'un regard, il envoya valser les armes dégainées par James et Peter. Elles s'écrasèrent dans les congères avec un bruit mat qui se superposa à leurs exclamations. Les membres de Remus se couvrirent de chair de poule et tous ses instincts lui hurlèrent de fuir.
Regulus se mit en marche dans leur direction, sans plus s'intéresser aux deux autres. Remus resserra sa prise sur Sirius, un grondement vibrant dans sa poitrine.
—Reg! s'exclama Sirius en se libérant de sa poigne pour faire face à son frère.
—Tu lui as dit non?
—Comment tu-… Qu'est-ce que tu fous là? Comment t'es arrivé ici? Où est-ce que t'étais passé, putain?! s'insurgea Sirius, la colère prenant le pas sur la surprise.
Le peu de contact qu'ils avaient eu avec Regulus suite à leur enquête en Écosse s'était éteint quelques semaines plus tard. Sirius avait fini par traîner Remus jusqu'à la planque de Coventry, où ils n'avaient trouvé qu'un message laconique leur indiquant que Regulus les contacterait. Ils n'avaient pas reçu de signe de vie depuis. Tout ce qu'ils avaient appris d'une Narcissa récalcitrante était que les Black n'avaient pas de nouvelles non plus.
—Tu lui as dit non? répéta froidement Regulus.
—Oui, je lui ai dit non! cracha Sirius. Comment t'es au courant?
—Bien. Bois ça.
Regulus tira une fiole de son caban et sa lueur éclatante força Remus à plisser les yeux. Il finit par détourner le regard, aveuglé.
—Qu'est-ce que c'est que cette merde? siffla James d'un ton énervé en se rapprochant avec Peter.
—Est-ce que tu peux répondre à mes putains de questions plutôt que d'essayer de me faire boire des potions? grogna Sirius en se protégeant d'une main en visière.
—C'est de la grâce angélique. Tout ce qu'il me reste, répondit Regulus avec urgence. Bois-la. Les réponses après.
—Et combien tu en as bu, toi? gronda Remus en tirant inconsciemment Sirius en arrière.
—Assez pour ne pas pouvoir être possédé par un ange, lui envoya sèchement Regulus avant d'adresser un air presque implorant à son frère. S'il te plaît…
La supplique sembla choquer autant Sirius que Remus.
—Il t'a contacté aussi?
—Oui, confirma Regulus avant de soupirer en baissant le bras. Il cherche une enveloppe à posséder. Il n'y a pas grand monde qui soit compatible avec sa puissance et celui qu'il habite actuellement ne peut plus le contenir.
—C'est pour ça qu'il avait l'air si… malade? grimaça James.
—Les anges ont besoin d'une autorisation pour posséder des gens? intervint Peter.
Regulus leva un regard excédé vers le ciel, puis ferma les yeux, une expression lasse sur le visage.
—Oui. Et oui.
—Pourquoi est-ce que je dois boire… ça, fit Sirius avec un geste vague en direction de la main de Regulus, s'il me suffit de dire non?
—Parce que tu diras oui s'il s'en prend à tes proches.
Un silence mortuaire se fit. Quelque part sous les arbres qui bordaient la route, de la neige chuta d'une branche pour s'écraser sur le sol. Regulus dévisagea son frère avec sérieux et releva la fiole entre eux. Son contenu était si lumineux qu'il était impossible d'en déterminer la quantité.
Sirius secoua la tête avec les dents serrées.
—Sirius!
L'exclamation de colère de Regulus agita la nature autour d'eux. Des corneilles s'envolèrent en croassant et les entrailles crispées de terreur de Remus se tordirent davantage. Ses griffes éraflèrent le cuir de la veste de Sirius lorsque ses mains moites se refermèrent dessus.
—Je veux rester humain.
Regulus ferma les yeux, défait, comme s'il s'était attendu à cette réponse depuis le début. Lorsqu'il les rouvrit, Remus ne sut dire si c'était la lueur de la grâce angélique qui s'y reflétait ou si c'était celle de sa propre puissance volée.
—Quitte à ce que tes amis en meurent?
La mâchoire de Sirius se contracta un peu plus.
—Pourquoi est-ce qu'un ange s'en prendrait à eux? répliqua-t-il. Tu réalises l'impression que tu donnes? Tu débarques ici, comment? En te téléportant comme un démon? Après presqu'un an sans nouvelles? Et t'essayes de me faire bouffer un truc, volé à je sais pas qui, je sais pas comment? J'ai aucune idée de ce que ça va me faire, j'ai aucune idée de ce qui se passe!
Regulus accusa le coup. Ses traits gelés s'affaissèrent et, pour la première fois, Remus vit réellement Sirius en lui. Le Sirius blessé, incertain et abattu à chaque fois que son frère le repoussait.
—J'ai envie de te faire confiance, Reg, poursuivit-il. Mais putain, tu rends pas les choses faciles.
—Que tu lui dises oui ou non, tu es en danger, tenta Regulus.
—Mais pourquoi?
—Les autres anges… souffla-t-il en baissant une nouvelle fois le bras. Ils vont finir par descendre. Je peux presque les entendre.
Son expression se fit angoissée. Il tourna la tête vers les arbres nus qui bordaient la route, comme s'il cherchait à percevoir quelque chose. Il déglutit, puis regarda à nouveau Sirius.
—Ils t'élimineront, juste pour éviter que Lucifer trouve un corps plus à même de le contenir.
Le cœur de Remus s'enfonça comme une enclume dans son estomac. Entre ses mains, Sirius frémit.
—Lucifer?! s'exclama James. C'était Lucifer, dans le rêve?!
—Tu es l'enveloppe parfaite, adressa Regulus à son frère d'une voix nouée. Juste assez de grâce pour être accueillant, pas assez pour l'empêcher de prendre toute la place. Et même si tu lui dis non, il s'en prendra à tes amis pour te faire accepter et les anges qui veulent le renvoyer en enfer te tueront, pour le garder affaibli le temps de le trouver.
—Et… Et les autres? Nos parents, Narcissa, Bellatrix? questionna Sirius avec anxiété.
Regulus secoua la tête.
—Trop de grâce pour lui laisser la place dont il a besoin.
Un soupir tremblant quitta les lèvres de Sirius, qui passa une main sur son visage. Remus soutint son regard effrayé sans trouver comment lui offrir de réconfort. Si Regulus disait vrai, la décision à prendre était claire.
Mais peut-être restaient-ils des options à explorer avant de forcer Sirius à suivre le même chemin que son frère.
—Qu'est-ce qu'il veut? Pourquoi il est sur Terre?
—Voldemort… souffla Regulus. Il avait mis des sécurités en place pour se réincarner si son âme était atteinte.
—Oh putain… gronda James alors que Sirius s'écartait de Remus en sortant ses cigarettes.
—Il est en train d'essayer de revenir. J'ai détruit un des objets attachés à son rituel et je pense que le diadème auquel vous avez eu affaire hier en faisait partie aussi.
—Et Lucifer veut l'attraper avant qu'il n'arrive à refaire surface? supposa Peter.
—PUTAIN, REGULUS! cria soudain Sirius à quelques pas, une cigarette dans une main et le paquet écrasé dans l'autre. Pourquoi tu nous as pas parlé de tout ça plus tôt?!
—Je ne voulais pas que tu sois impliqué.
—Mais JE SUIS impliqué! Et on aurait pu t'aider dès le début si t'avais pas fait les choses tout seul dans ton coin!
—J'espérais ne pas attirer l'attention sur toi en me tenant à distance, rétorqua Regulus avec une colère qui intensifia l'odeur de petrichor autour d'eux.
Pour toute réponse, Sirius le fixa avec une rage qui éclipsait presque sa peur. Il plongea une main rougie par le froid dans sa poche, d'où il sortit un Zippo. Il l'actionna, alluma une cigarette et en tira une longue bouffée qu'il expira avec un gémissement. Les effluves électriques de Regulus étaient si puissants que Remus ne sentit même pas ceux du tabac lui parvenir.
—Et si on arrête Voldemort? Est-ce que Lucifer lâchera l'affaire? émit Peter, hésitant.
Regulus prit une lente inspiration, les yeux rivés sur son frère.
—Aucune idée.
—Comment est-ce qu'on tue un ange?
La question de James rencontra un regard fatigué.
—Tu veux tuer Lucifer?
—Pourquoi pas?! Les anges sont juste une autre sorte de créature, non? On pensait les démons immortels jusqu'au siècle dernier! Il suffit de trouver leur point faible!
Regulus eut un ricanement ironique. Remus réalisa que c'était la première fois qu'il l'entendait rire et fut surpris par la similarité du son avec ceux, si familiers, de Sirius.
—Les démons sont terrorisés par les anges.
L'information fit frémir Remus. Si une âme damnée aussi puissante que Voldemort avait estimé l'assistance des Black nécessaire pour voler son trône à Lucifer, c'était qu'en éliminer un ne devait pas être aisé. Mais cela signifiait aussi qu'un tel exploit était possible.
—Et lui prendre sa grâce? demanda-t-il avec un coup d'œil en direction de Sirius, qui portait une main tremblante à ses lèvres.
La distance entre eux lui sembla soudain intolérable. Sans tourner le dos à Regulus, il franchit les quelques pas qui les séparaient et l'enlaça. Sirius appuya lourdement son épaule contre son torse en expirant un nuage de fumée. Sa peur agitait son instinct de protection tout autant que l'affreux tableau dépeint par Regulus.
—Est-ce que tu sais comment ta famille a volé celle-ci? interrogea James en indiquant la fiole du menton.
—J'étudie la question, assura Regulus. Mais on ne peut pas prendre le risque d'attendre que je trouve une solution et que je trouve Lucifer tout court. Sirius, il faut que tu prennes la grâce, tout le reste devra venir ensuite. On n'a pas le temps d'en discuter pendant des heures!
—C'est pas le genre de décision qui se prend sans réfléchir!
—Vivre? Ou mourir en risquant la vie de tes proches? Qu'est-ce qu'il te faut de plus pour te décider?!
Imaginer Sirius se transformer en une créature aussi froide que Regulus lui soit insupportable, Remus ne voyait pas d'autre issue. Ils manquaient d'informations, de temps, et il sentait la panique engluer son esprit. Les quelques minutes pendant lesquelles il avait été possédé par Voldemort hantaient ses cauchemars. Que Satan lui-même réserve un traitement similaire à Sirius le terrifiait, sans parler de la potentielle armée d'anges en route pour l'éliminer.
Ses doigts crissèrent dans le cuir de la veste de Sirius. Le rythme effréné des battements de son cœur dominait tous les sons autour d'eux. Celui de Regulus, malgré l'urgence, était effrayant de lenteur.
—Où t'étais pendant tout ce temps?
—Sirius, on n'a pas le-
—T'as un endroit sûr où on peut discuter, qui ne soit pas le bord d'une putain de route?!
La main en travers des yeux, Regulus émit un grognement de frustration en pressant ses tempes. Remus échangea un regard anxieux avec James, dont la peau mate paraissait anormalement pâle, même dans la blancheur ambiante. À côté de lui, Peter se rongeait un ongle, les yeux perdus dans le vague.
Regulus baissa le bras et leva le nez vers le ciel avec une profonde inspiration. L'odeur électrique qu'il dégageait s'atténua un peu, assez pour que la fumée de tabac parvienne aux narines de Remus. Il la respira avec soulagement.
—J'ai une planque. À Winchester, près de Southampton… Mais Siriu-
—Parfait, on se retrouve là-bas, l'interrompit son frère en jetant son mégot sur le macadam dans une gerbe d'étincelles.
Il s'écarta de Remus pour se diriger vers la voiture, mais Regulus le retint par le bras.
—Prends la fiole, ordonna-t-il en la forçant contre sa paume.
Les doigts de Sirius se refermèrent avec hésitation autour de la lumière éblouissante de la grâce angélique. Regulus adressa un regard dur à Peter et James, puis scruta Remus avec la mâchoire contractée.
—Si vous sentez qu'il est sur le point de céder à Lucifer… Forcez-le à la boire.
Remus le quitta des yeux pour observer Sirius s'asseoir à l'arrière de la XJ6. Les coudes sur les cuisses, il enfonça sa main libre dans ses cheveux et expira un soupir angoissé.
—Il va essayer de le contacter à chaque fois qu'il dort. Donc…
—Pas de sieste jusqu'à Winchester, conclut James en ouvrant la portière conducteur. Compris.
Il tira une carte routière du vide-poche et la déplia sur le capot. Une discussion au sujet de sortilèges qui pourraient empêcher les intrusions dans les rêves démarra entre Peter et Regulus, mais Remus s'en désintéressa. Il rejoignit la Jaguar pour s'y engouffrer par l'autre côté. Sa taille ne rendait pas les choses aisées, mais il réussit à s'installer près de Sirius. Il prit la fiole lâchement tenue entre ses doigts froids et la glissa dans la poche de son manteau, puis serra la main qui s'était crispée sur son jean.
—Je sais que ça doit sembler complètement stupide, mais…
—C'est pas stupide, assura Remus.
Il ne pouvait pas être mieux placé pour comprendre la volonté de Sirius de s'accrocher à son humanité. Même si la décision paraissait inéluctable avec le peu d'éléments dont ils disposaient, elle ne pouvait pas être prise sans au moins se laisser le temps d'y réfléchir.
—Est-ce que je vais changer? Est-ce que je vais devenir dangereux? On sait absolument rien de ces créatures, je…
Sa voix chevrotante se noua un peu plus et il s'éclaircit la gorge en se redressant, comme pour défier ses émotions de l'atteindre. Sa pomme d'Adam s'agita.
Derrière lui, le paysage qui avait semblé idyllique quelques minutes plus tôt lui parut soudain lugubre. Un soleil rouge jaillissait entre les arbres aux branches décharnées et faisait couler ses rayons carmin sur la neige. Regulus, après un dernier regard à la lueur inquiétante pour son frère, disparut dans un bruissement d'ailes. Le cœur de Remus se contracta douloureusement et il broya presque la main de Sirius en réaction.
—La magie semble fonctionner sur les anges, nota Peter en s'installant derrière le volant. En partie, en tout cas. Mais c'est déjà quelque chose.
—Ouais… Et on n'a pas encore croisé une créature qu'on ne sache pas tuer, approuva Sirius alors que James contournait le capot.
Remus le suivit des yeux jusqu'au bord opposé de la route, où il fouilla dans la neige pour récupérer leurs armes en maugréant. Le clic de la ceinture de Peter attira à nouveau son attention vers l'habitacle.
—Il va falloir prévenir les Potter rapidement.
—James va vouloir mettre Lily en sécurité de toute façon, fit remarquer Sirius. Arrête-toi au prochain village, il faut qu'on trouve une cabine téléphonique.
— Yep.
Ils patientèrent en silence le temps que James reprenne sa place à l'avant de la voiture. Son poids affessa légèrement Jaguar et ses effluves boisés frappèrent Remus de plein fouet lorsqu'il ferma la portière. Il tendit son arme à Peter qui la glissa dans son manteau.
—Allez, c'est parti pour un nouvel épisode de Drama chez les Black, soupira-t-il en s'attachant.
Sirius eut un rire étranglé. Le sourire qu'il tourna vers Remus était tellement crispé qu'il le reconnut à peine, mais il le lui rendit avant de le serrer contre lui. Il lui embrassa les cheveux, puis y enfouit son nez pour inspirer leur parfum et trouver le réconfort que l'humour de James ne pouvait pas lui offrir. Son pouce caressa la marque de ses dents sur la nuque de Sirius, qui s'affaissa contre lui avec un soupir.
Le moteur de la Jaguar ronronna et une campagne à la quiétude trompeuse se remit à défiler derrière les vitres. Les rayons agressifs du soleil qui s'extirpait enfin au-dessus des cimes illuminaient l'intérieur des paupières de Remus d'un rouge brûlant. Palpitant.
Dans sa poche, la grâce angélique pulsait comme une étoile glacée.
Leur salvation.
Ou leur anathème.
ˏˋ ✮ ˎˊ
Fin
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A toutes celles et à tous ceux qui me laisseraient un petit mot après leur lecture: Merci! La satisfaction d'avoir terminé et vos commentaires sont notre seule rémunération
