II.

Le Cratère Nord

Mera fixa son GSM, ce dernier bipant inlassablement et d'une façon alarmante dans le simple but de la déstabiliser. "Merde" pensa-t-elle. Si elle ne se dépêchait pas vite, Dieu seul savait ce qu'il adviendrait d'elle. Puis, elle savait parfaitement qui était après sa personne. Si compté que Reno était le seul, ce dont elle doutait fortement. Le Président Shinra avait bien tenté de la faire revenir auprès des TURKS, mais sans succès. Quand bien même, il avait fait table rase avec elle "en gage de ses loyaux services", elle lui avait ri au nez.

Haha, Shinra. Une bonne blague finalement. Rufus n'était rien d'autre qu'un gosse de riche pistonné qui se contentait d'aller à un point A à un point B depuis la chute de sa société. Reconstruire la SHINRA ? Très peu pour Mera. Elle avait donné toute sa vie à la Shinra, elle était même pour ainsi dire, née pour eux. Coincée dans des laboratoires toute sa vie, élevée comme une bête de foire puis piquée à la Mako pour un projet qui, finalement, n'avait jamais abouti.

Même si c'était monnaie courante, chez la Shinra.

2011

Dans les couloirs du QG provisoire de la Shinra, Rufus tapotait du pied à l'attente de son prochain rendez-vous. Tseng avait été hésitant à appelé le contact, et eut encore plus de mal à se rendre assez convainquant pour faire venir la personne escomptée. Mais, finalement, elle avait fini par céder bien qu'elle avait précisé qu'elle ne resterait pas.

De toute façon, elle ne restait jamais, alors, à quoi bon tenter de la forcer ? Puis, Shinra avait une arme sur lui qu'elle ne possédait pas. Pas qu'il appréciait le chantage émotionnel, après la claque monumentale qu'il avait reçu des Géostigmates, mais il fallait s'avouer que certaines situations demandaient de plus ambitieuses solutions.

Toc, toc, toc.

Rufus ravala sa salive avant de murmurer un presque "timide" entrée et de voir une figure féminine sur son pallier. L'invitant à s'asseoir d'un geste de main, le Président Shinra prit place en face de la femme, qui, dans un silence de mort, le toisait. Oh, il connaissait son chemin de pensée.

Le ruminement était assez communiquant pour parler plus que des mots. Mais, Rufus n'abdiquait pas. Que pouvait-il y perdre davantage ? Sa société était ruinée, plus aucun pouvoir, des ennemis à vouloir s'en jeter d'un pont : il ne pouvait pas être plus désespéré.

— Vous en avez une sacrée paire pour oser m'envoyer Tseng.

— Mes excuses pour le coup de fil… Abrupte. Il était vrai que téléphoner à quatre heures du matin, ce n'était peut-être pas la meilleure de toutes mes idées.

— Vous croyez ? Puis, vous vous prenez pour qui, à m'appeler ? Je ne travaille pas pour vous.

— Justement, j'aimerais te le proposer.

Elle écarquilla les yeux, penchant la tête sur le côté en croisant ses bras sous sa poitrine. Il n'osait tout de même pas… ? Ah, le bâtard. Celle-là, elle ne l'avait pas vu venir. Lui demander un service, ou même une discussion courtoise, c'était déjà arrivé, mais qu'il aille aussi loin ? Non. Non. Jamais. Rufus claqua des doigts, laissant ainsi une porte s'ouvrir de laquelle découlait désormais Tseng, Reno, Rude, Elena.

Mera ricana.

C'était bien du Shinra, ça. Toujours à vous prendre par les sentiments. Elle le claquerait bien.

— Mera, écoute je… Je sais que nous avons nos différents. Il va sans dire que c'est ma société qui est responsable de bon nombre de malheurs qui se sont produits sur la dernière décennie. C'est pour ça que je te propose qu'on efface le tableau. Qu'on reparte de zéro.

— Et c'est pour ça que j'ai quatre agents qui me fixent d'un air hébété ?

— Je me doutais que tu trouverais la… Gestuelle déplacée. Mais, est-ce que tes anciens collègues ne te manquent pas ?

Mera leur jetèrent tous un regard, ses yeux croisant ceux de Reno l'espace d'un instant. Puis, elle secoua la tête. Rufus arqua un sourcil. Tentative ratée.

Tseng s'avança en lui montrant un dossier qui portait son nom. La femme s'en saisit, jetant un regard interrogatif à son ancien supérieur avant d'ouvrir.

"Mera Giswold

Projet Super TURK mené par Dr. Hojo

01/06/1980

Niveau de menace : élevé

Rang au sein de la société : TURK

État : Active

Famille : parents décédés, frère aîné décédé, plus jeune sœur décédée, grande sœur vivante.

Mise à jour du dossier : avis de désertion datant du 28/03/2001 suite à l'incident G.

Signé par : Tseng, Président des TURKS."

— Et donc ? commença-t-elle en jetant le dossier. Drôle de façon de vouloir me rameuter chez toi qu'en me montrant mon casier chez la Shinra.

— Nous avons toujours voulu discuter de toi des évènements de 2001 et plus tôt. Je n'ai pas pu faire amende honorable devant toi, mais nous devons être capables de surmonter cela. Enterrer le passé. Repartir sur les bases.

Mera ricana.

— Oui, exactement comme la fois où ton papa chéri a envoyé ce cher Tseng à mes trousses, à Gongaga, pour essayer de me ramener morte ou vive. Ou, encore, la séance de torture de 2007. Tu sais, quand Sephiroth est venu tuer le Président. Dieu merci, dans sa décadence, il a eu un éclair de lucidité et il m'a libérée.

Rufus serra les dents au souvenir de cet incident. Ce qu'elle était piquante, quand elle voulait. Serrant ses doigts entre eux, Rufus chercha l'approbation dans ses employés. Enfin, ses employés qui étaient également ses seuls amis, quelque part. Il saisit le dossier dans ses mains, avant de le déchirer en morceau devant ses yeux. Prouvant ainsi sa bonne foi.

— Ton père n'aurait pas hésité à ordonner mon exécution s'il en avait eu le temps.

— Mera, tu sais bien que personne de tes anciens collègues n'aurait eu le courage de le faire.

Mera regarda Tseng, dans un silence avant d'éclater de rire, causant ce dernier de hausser les sourcils vers elle, avant de voir Mera s'avancer et se pencher en avant vers le bureau.

— Comme Veld ?

Se reculant, Mera se releva de sa chaise avant de se rediriger vers la sortie, avant de sentir une pression qui maintenait son poignet avec force, mais leste. Elle pivota sa tête, avant de se détacher de la prise sur sa peau, ouvrant la porte de sa main libre.

— Mera… Ensemble, on peut tout reconstruire, commença Reno. Comme avant, tous ensemble.

— Je ne sais pas quelle partie de l'histoire, tu as oublié ou loupé, mais si toi, tu veux continuer de leur faire confiance, c'est ton problème. Pas le mien. Y a que les cons qui ne changent pas d'avis.

Puis, elle passa le pas de la porte.

Rufus soupira lourdement.

— Je crois que l'on tirera difficilement quelque chose de Mera, ajouta Tseng.

Abruti. Il ne fallait pas être un génie pour savoir qu'elle allait refuser. Mera généra de la magie dans ses mains, avant de s'aventurer. Celle-ci se manifesta en une boule de lumière qui illumina la pièce. Il fallait qu'elle trouve ce document à propos de-... Putain, merde, mais où est-ce que c'était ? Ses doigts tapotèrent sur les touches d'ordinateurs, essayant d'ouvrir le coffre-secret, mais sans succès.

Bientôt, elle se rendit compte qu'elle n'en aurait juste pas le temps. À cette vitesse. De toute façon, ils se rapprochaient dangereusement compte tenu du son de l'hélicoptère tout sauf discret.

Mera déglutit.

Elle détestait les courses à moto.

Dans un mégaphone, elle entendit la voix de Rude retentir, ce dernier se grattant la gorge de plus belle afin de parler à un décibel correct.

— Rhmhm… Mera ! On sait que tu es là, ton GSM nous a signalé ta présence, et ce que tu comptes prendre sont des documents confidentiels !

— Euh, ouais, confidentiels !... Attend, on vient vraiment pour ça, là ? Je croyais qu'on venait pour essayer de la ramener ? ajouta Reno à voix plus basse, en croyant ne pas être entendu.

Tocard. Elle soupira.

— Ben, euh… Ouais, mais on s'en fout des documents en soi. C'est juste un prétexte.

Les laissant à leur discussion, Mera trouva enfin le bouton qu'elle recherchait, qui fit tomber le rideau de fer afin de tomber sur un dossier subtilement nommé "Cas de G." qui lui fit avoir un sourire.

Immédiatement, l'alarme de la pièce se fit rouge, et elle se retrouva sous les feux des projecteurs, tandis que les flashs de l'hélicoptère illuminaient les fenêtres de la base du Cratère Nord. Mera se coucha au sol afin d'avoir une meilleure discrétion ainsi que de pouvoir ramper.

Au sol, elle tenta de se souvenir de la position de sa moto, tandis que Rude et Reno s'égosillaient encore à essayer de débattre si oui ou non la récupération des documents était réellement sur le tapis ou pas. Se glissant derrière la porte qu'elle poussa avec toute sa force, Giswold passa derrière, avec peu de grâce.

Se relevant sur ses jambes, elle attrapa dans son sac d'équipement ses lunettes de vision nocturne afin de s'y retrouver. Si elle n'allumait pas, ils ne pouvaient pas la trouver non plus, non ? De toute façon, il faisait nuit noire dehors. Mera eut un sourire en coin. Sa moto était derrière le bâtiment, alors, si elle arrivait à le rejoindre…

Même si elle devait faire attention, Tseng était apparemment dans le bâtiment avec elle.

Mera s'avança à pas de souris, essayant presque de ne pas respirer. Elle se trompa plusieurs fois de porte, et les pas effrénés qui passaient derrière-t-elle, ne la rassuraient guère. Bon, elle ne s'imaginait pas qu'il allait tenter de nouveau de la blesser.

Mais, en vérité, c'était plutôt d'elle-même pour qui elle s'inquiétait. Trouvant la porte de sortie, elle se précipita sur sa moto une fois dans la cour arrière avant de tout installer convenablement et de démarrer le deux roues.

Reno sursauta avant de s'arrêter subitement de parler. Se tournant vers Rude, les deux compères se fixèrent avant de se mettre à voler à la poursuite de Mera. Reno avait été nerveux avant, mais l'idée de réussir à finalement la coincé… Lui, il voulait juste lui parler. Qu'est-ce qu'il en avait à faire du Projet G et tout le bordel ? C'était du baratin d'il y a une décennie, et il n'en avait pour ainsi dire rien à se soucier quand le sujet venait en Première Classe.

La poursuivant à travers le Cratère, Tseng fut celui qui s'en sortit le mieux avec Elena à l'aide d'une motoneige. Mera se mordit la lèvre. La petite était douée, elle pouvait lui donner ça… Puis, Reno, cet abruti ne pouvait pas abandonner quand il le fallait ?

Coude à Coude avec Tseng, ce dernier lui offrit un sourire bien distinct, presque fier. Avant de se mettre à lui parler.

— On pourrait juste discuter calmement !

— Pas envie ! Dites, qu'est-ce que c'est votre passion à vouloir tout savoir sur moi ? Je ne travaille plus pour la Shinra !

— On devait aller récupérer ces dossiers, de plus… Certains d'entre nous ont encore des choses qu'ils aimeraient régler avec toi.

— Reno ?! Laisse-moi rire.

À l'aide de son pistolet, Mera tenta de viser les roues du leader du TURK, achevant de crever l'une de ses dernières, ce qui le força à ralentir. Un juron quitta les lèvres de Tseng : et merde ! Reno et Rude s'arrêtèrent pour le récupérer, avant de tenter de repartir à sa poursuite, mais un geste de main de Tseng les dissuadent. La figure de Mera s'évapora dans la nuit noire d'Icicle.

Maintenant, elle devait partir pour Junon.

Au G.P.S.

Reno s'allongea dans le fauteuil du bureau, repassant les images en boucle tandis que Tseng en fit de même. Putain de merde, ça n'avançait pas. Reno pensait dur comme fer que, s'il n'y avait pas l'histoire avec Rhapsodos, les choses iraient plus aisément, mais même le patron n'était pas très positif quant aux chances de la faire revenir. Elles diminuaient, même. Mais, pour Reno, c'était une affaire personnelle.

Déjà, parce qu'il craignait qu'elle n'arrive à lui mettre la main dessus, sur Genesis.

Mais également pour la simple et bonne raison que c'était Mera. Ils s'étaient connus des années, elle l'avait tout de même sauvé lors de l'assaut de Kadaj et s'était mise en danger pour eux. Puis… Rude, lui, il le voyait bien : Reno aimait toujours Mera. Même si le TURK n'était pas sûr des intentions de cette dernière envers son ami roux.

— Tentative d'arrêter Giswold, loupée.

— Une catastrophe, ouais…

— En même temps, qui a passé cinq minutes à débattre de l'importance des documents ?

— "En même temps" ces documents ne servaient que de prétexte pour y aller. Tout le monde se foutait de ces putains de papier. Genesis est très certainement exilé, voir mort. On espère.

Il l'espérait…