Chapitre 23
Un poids en moins sur les épaules.
Je me réveille dans un écrin chaud et serré. C'est étonnant, que ma claustrophobie ne ressurgisse pas actuellement. En fait, je me sens bien, à l'exception de mon bassin qui est appuyé contre un truc dur. Je suis encore à moitié endormie et je me tortille pour éloigner la source de mon inconfort, sans pour aucun déterminer sa nature. Me sentant remuer contre lui, Natsu gémit et me rapproche de lui. Je décide de lui demander de l'aide, n'imaginant pas la mortification qui va m'envahir sitôt l'indentification de mon problème.
«Natsu…Je chuchote
Mouis Luce… me répond-il sur le même ton, à peine réveillé.
Il y a quelque chose de dure contre mon bassin. Tu veux bien l'enlever s'il te plait? je lui demande d'un ton suppliant.
Euh… fait-il en passant une de ses mains de mon dos à mon bassin, avant de se stopper et de rigoler doucement.
Qu'est-ce qu'il y a? je grogne.
Je crains de ne pas pouvoir m'en séparer, Luce, explique-t-il.
Te séparer de quoi? je dis en relevant la tête, puis en la baissant entre lui et moi pour suivre son regard. Oh!»
Je prends instantanément des couleurs, mes joues sont écarlates d'embarras. Je cache ma tête contre son torse, tandis qu'il est toujours hilare.
«Je suis désolée Luce, mais ça risque d'arriver régulièrement. En fait, à peu près tous les matins, surtout si je te serre dans mes bras aussi étroitement.»
Je gémis contre lui. Je ne sais pas quoi lui répondre. Je suis à la fois embarrassée et excitée par l'intimité que nous partageons. C'est, en réalité, mon estomac qui prend la parole le premier. Natsu l'entend et se lève, m'invitant à aller à la cuisine nourrir mon ventre, tandis qu'il passe aux toilettes. Lorsque nous quittons l'appartement, le soleil est encore bas à l'horizon. L'air est frais et je souffle sur mes mains pour les réchauffer.
«Je peux souffler dessus, si tu veux, me propose Natsu.»
J'imagine aussitôt son souffle du dragon de feu.
«Non merci Natsu, je lui réponds. Mes doigts ne sont pas des saucisses à flamber au barbecue.
Pourtant on dirait des petits boudins, depuis quelques temps, dit une voix derrière nous.
Happy… je grogne.
Je suis venu vous chercher de la part d'Erza. Elle nous attend tous dans le hall de guilde avec Jycrain.»
Il part en volant après avoir délivré son message. Natsu prend ma main dans la sienne et nous nous pressons à la rencontre de nos amis. Lorsque nous arrivons, tout le monde est déjà là et Makarov nous invite à le suivre dans son bureau. Nous y sommes à l'étroit. La pièce regorge de bibelots, que je soupçonne d'être presque tous magiques.
J'ai tellement de choses à apprendre sur ce monde. Erza explique au maître qu'elle a pris la décision d'affronter son passé quand je lui ai appris que la Tour où elle avait été emprisonnée existait toujours.
Je sens le regard de Makarov quand mon nom est cité. Il n'avait pas loupé le fait que j'avais été le déclencheur de l'histoire. Erza continue d'expliquer comment notre petit groupe s'est formé et comment nous avons atteint le sommet de la Tour où se trouvait Jycrain, non sans quelques péripéties. Reby et moi nous regardons en souriant.
Jycrain poursuit en parlant de sa possession par un prêtre noir se faisant passer pour Zeleph. Il avait senti son emprise s'éloigner quand Grey avait gelé son corps. Cana raconte comment elle avait emprisonné l'âme du sorcier dans une carte grâce aux indications de Juvia. Natsu assure qu'il l'a cramé, tandis qu'Happy exagère les hurlements de douleur du prêtre noir en disparaissant. Juvia raconte comment elle nous a repoussé le plus loin possible alors que Natsu et Erza détruisait définitivement la tour.
Arrive le moment d'évoquer le retour des amis d'enfance d'Erza, parti chercher le frère d'un d'entre eux, grâce à de mystérieuses affiches placardées en ville. Je sens le regard de Reby, qui est aussitôt capté par maître Makarov et Grey. Nous arrivons à la partie délicate, l'histoire que nous avons décidé de donner pour permettre à Jellal de disparaître et de prendre définitivement l'identité de Jycrain. Maître Makarov soupire longuement.
«Vous avez vraiment décidé de me donner une migraine dès le matin! Se plaint-il. Savez-vous que le conseil de la magie est en pleine confusion? Jycrain, mais aussi Ultia, ont tous les deux disparus brusquement. Ork, mais aussi Belno, ont décidé de démissionner après leur échec à éliminer toutes les tours des mages noirs. Mon garçon, nous allons annoncer que tu es sain et sauf immédiatement.»
Il sortit une lacrima de communication pour établir un appel en direction d'Era, où siège le conseil de la magie dans le royaume de Fiore. Jycrain explique alors son choix de démissionner au fonctionnaire qui répond. Celui-ci bafouille qu'il faut, qu'il se présente sur place pour rendre ses clefs et reprendre ses affaires. Erza, Reby et Cana lui proposent de l'accompagner et Jycrain accepte avec reconnaissance. Une fois la communication coupée, maître Makarov se tourne vers notre nouveau compagnon.
«Maintenant, il reste la question de ton entrée dans la guilde.»
Je vois le regard inquiet de Jycrain et le visage figé d'Erza.
«J'y consens à une condition, commence le maître.
Laquelle? demande Jycrain, prudent.
Tu devras rester sous la supervision d'Erza pendant au moins un an.
J'accepte volontiers si Erza l'approuve aussi.
Bien sûr! répond l'intéressée.
Bien! fait Makarov en frappant dans ses mains. La question est réglée. Tu vas aller t'enregistrer à la guilde et vous irez tous les quatre chercher ses affaires à Era dès aujourd'hui pour terminer les formalités. J'attends un rapport chaque semaine Erza.
Oui, maître, répond joyeusement la jeune femme.»
Je ne l'ai jamais vu si lumineuse. Nous commençons à sortir de la pièce. Je vois Juvia s'accrocher au bras de Grey le suppliant presque de partir en mission tous les deux. Il aurait probablement accepté sans protester, si elle n'avait pas précisé «en amoureux» à la fin. Je ricane en le voyant freiner des quatre fers tandis qu'elle le traine au rez-de-chaussée. Natsu, Happy et moi sommes les derniers de la pièce. J'entends alors une voix derrière nous.
«Lucy, puis-je te parler un peu en privé s'il te plait?»
Je grimace et je ne suis pas la seule. Visiblement mes deux camarades ont déjà associé convocation dans le bureau de Makarov et grosse punition. Ils m'adressent un regard compatissant avant de fermer la porte derrière eux. Je me retourne doucement en mordant ma lèvre inférieure. Makarov s'est levé et s'assoit sur un fauteuil sur un côté de la pièce. Il me désigne le canapé en face de lui. Je m'assoie nerveusement sous ses yeux de faucon.
«Lucy, je me pose quelques questions, commence-t-il.
Lesquelles? je demande d'une petite voix en regardant le sol.
D'abord, je me suis demandé pourquoi tu semblais toujours mêlée aux derniers évènements de la guilde. Et puis, je me suis rendu compte que tu en étais souvent à l'origine: la S-quest de Galuna et donc la rencontre avec Deliora, qui a servi de prétexte à la venue du Conseil de la magie au moment où Phantom Lord nous a attaqué… dans le but de te kidnapper d'ailleurs.»
Il se lève du fauteuil et commence à déambuler dans la pièce en regardant le sol.
«De la chance? Non! Tu as fait preuve de logique et tu es intervenue directement pour provoquer cette chance… De l'intuition, alors… Non, encore une fois! Parce que j'ai la certitude depuis tout à l'heure que la rencontre de Jycrain et d'Erza a été provoquée par ton intervention… Tout comme les retrouvailles des deux frères, permises par l'apparition miraculeuse d'affiches à Akane. Reby a dû t'aider, vu le regard que vous avez échangé.»
Il s'arrête de marcher et se poste juste devant moi, me faisant lever les yeux que j'avais gardé au sol depuis le début de son discours.
«J'aimerai que tu sois honnête avec moi maintenant, sinon je devrais prendre des mesures…
Ne me renvoyez pas, s'il vous plait. Je ne veux aucun mal à la guilde ni à ses membres! je m'exclame, affolée.
Je ne t'ai jamais accusée de cela, Lucy, répond maître Makarov avec un ton plus doux. Je sens en toi un secret… Un lourd secret… Je ne voulais pas t'effrayer, mais te proposer de t'aider.
Je… Je ne peux pas tout te dire…je commence.
Alors je me contenterai de la partie autorisée, répond Makarov en se rasseyant.»
Je soupire et me lance dans la même histoire que j'ai donnée à mes esprits. Il me regarde fasciné alors que je lui explique avoir connaissance des bribes du futur et que j'essaie de faire en sorte que tout se passe mieux que dans le scénario original. Mais contrairement à ce que j'ai fait avec Léo et Aquarius, je rentre dans les détails.
J'évoque ainsi l'agression de Reby, mon kidnapping, la mission désastreuse à Galuna sans l'intervention d'Erza, la mort de Simon et les blessures de tout le monde, notamment la maladie de Natsu après le sauvetage d'Erza, puis la mort présumée et l'arrestation de Jellal après qu'il ait essayé de nous sauver et de se repentir, la peine et les larmes d'Erza à la perte de son unique amour.
Je reprends mon souffle. J'ai beaucoup parlé. Il m'a écouté sans prononcer un mot. Il se lève à nouveau et pose sa main de manière réconfortante. Ce geste m'aide à calmer mon cœur, qui s'était accéléré tout au long de mon récit. Il m'était d'ordinaire difficile de communiquer. N'ayant personne pour m'écouter, j'avais pris l'habitude de tout garder pour moi ou de le coucher sur papier. Me livrer ainsi est, pour ainsi dire, un évènement inédit depuis mon enfance.
Je sens un immense poids tomber de mes épaules. Mes émotions sont partout. Je me sens perdue et dépassée par tout ce que je ressens: la peur du jugement, le soulagement de me libérer de ce secret et l'appréhension de ce que je dois encore affronter. C'est la voix de maitre Makarov qui me sort de ma transe:
«Allons, allons, Lucy. Sèche tes larmes, me dit-il en me tendant un mouchoir en tissus de sa poche.»
Je le remercie et attrape le mouchoir d'un geste automatique, avant de le passer sur mes yeux, m'étonnant de le voir revenir humide. Je pleurs. Quand ai-je commencé? Je le regarde, surprise. Il me sourit gentiment et me répète en me tapotant la tête: «Tout ira bien, Lucy.». Progressivement je me sens plus calme et je reprends mon récit.
Nous en arrivons à la partie délicate: l'entrée en scène de Luxus. J'annonce au maître le passage prochainement d'un journaliste du Sorcerer Magazine et de la sortie d'un énième article sur les gens loufoques de Fairy Tail. Makarov traverse la pièce et récupère sur son bureau une missive qu'il me tend. Je lis alors sur l'entête: «A l'attention du maître de guilde de Fairy Tail. Rédacteur en chef du Sorcerer Magazine.» Je lève les yeux et rencontre le regard brûlant du petit homme.
«Ce que tu me racontes est extraordinaire et pourtant, il est clair que tu ne me mens pas. Ceci-dit, je suis curieux de savoir où cela tourne mal. Parce que cela tourne mal, n'est-ce pas? Sinon, il y aurait peu de chance que tu retiennes cette information parmi toutes celles qui t'apparaissent du futur.
C'est Luxus… je murmure.»
Je crois que Makarov a haleté à l'évocation de son petit-fils.
«Il… Il va mal prendre le fait que l'on se moque de la guilde et va essayer de démontrer qu'il est le plus fort en nous faisant combattre les uns contre les autres pour récupérer la guilde et redorer l'image de celle-ci.
Je ne peux pas le croire… murmure le vieil homme sous le choc.
Je… je crois que je sais comment on peut contrer son plan, je fais en essayant d'utiliser un ton affirmé, et en même temps le faire changer d'opinion sur la réputation de la guilde.
Je t'écoute, me répond le maître d'un œil brûlant.»
Je lui explique alors, point par point, le plan que j'ai élaboré avec l'aide de Reby. Makarov acquiesce à chaque étape. Il me donne son aval, me dit qu'il fera des préparatifs de son côté et m'autorise à travailler avec Reby. Nous avons du pain sur la planche.
