Ysa - ouiiiii, ça reavance entre eux ! C'est relou dans les passages de tâtonnement de l'un et de l'autre, mais c'est nécessaire, je pense
Fleur dAnge - Ahaha, en effet, Drago qui ne fuit pas, c'est sa façon d'avancer treeeeees très lentement. Genre, les plaques tectoniques s'occuperont du reste XD C'est sur que si lui part et que Harry reste, leur relation risque d'être compliquée... mais on va essayer de faire en sorte que tout le monde soit content
En passant - Oh oui ! C'est fini d'être devoué a qqun ! Une fois, deux fois, mais pas... bon, trois fois, oké, mais euh... pas... pas quatre. On espère
Melynee - rooh, t'es choue d'avoir rattrapé ! Je suis contente que ma Narcissa te plaise ! Elle est très loin d'être parfaite (comme son fils), mais elle fait ce qu'elle peut pour drago. C'est comme ça que je la vois dans les livres... Harry a fait des progrès de son côté, mais il est toujours trop emporté et du genre à vouloir protéger les gens malgré eux... et vu le morceau qu'est drago, il s'inquiète
Est-ce que ça avait une importance, au final, que de tenir tête à Potter sur ce sujet ? Que de visiter à nouveau cette garde-robe, que d'ouvrir enfin cette armoire ? Drago en doutait franchement.
Plus il y réfléchissait, et moins il s'imaginait faire là-bas la moindre découverte.
Il se rappelait l'attitude morne de l'albatros quand il l'avait mis en garde : un simple chevrotement blasé. L'oiseau n'avait pas tiré sur ses vêtements, ne l'avait pas frappé de ses ailes, n'avait pas cherché à le faire trébucher en se faufilant entre ses jambes… Non, un simple chevrotement qui pourrait tout aussi signifier « J'ai faim » que « Une montagne d'or t'attend derrière cette porte », ou encore « L'ancêtre était tellement sénile, à la fin, qu'il s'est enfermé là-dedans pour y mourir. C'est une momie que tu vas trouver, et ton fragile petit cœur d'humain pourrait bien ne pas le supporter. »
Il était tout de même resté au Laboratoire une bonne partie de l'après-midi : le cours de ses pensées avait un peu trop tendance à se diriger vers Potter et, même s'il s'en rendait compte rapidement et parvenait à rectifier le tir, il était rassuré par la présence pas trop lointaine de l'infirmier.
La rébarbativité du tri d'œufs de grenouilles lui laissait en outre la latitude de réfléchir, et il n'aimait pas ne pas terminer ce qu'il commençait.
Il était franchement facile de s'imaginer flirter avec Potter. Encore plus aisé l'idée de s'envoyer en l'air avec lui, et ce, malgré toutes les images désagréables et les souvenirs honteux.
L'homme joyeux et transis d'amour avait depuis longtemps remplacé le Directeur sordide et avide de cruautés…
Il était possible, d'ailleurs, de se rappeler ses déclarations d'amour, les gestes qu'il avait eu, ses cadeaux, sa patience, ces repas qu'ils avaient partagés, les confidences, les regards, les abandons et les promesses… Il était possible de songer à tout celà, mais jamais trop longtemps. Quand la pensée prenait trop d'importance, la certitude qu'il fallait répondre à ces avances arrivait, et avec elle, la souffrance et la panique.
Et les oeufs qui se troublaient doucement pour prévenir.
Nguyen avait fini par cesser ses soupirs exaspérés. Il avait dressé un bouclier magique entre Drago et les plus délicats de ses ingrédients ou les plus précieuses de ses potions, et puis il avait supporté sa présence.
Les sujets auxquels il ne fallait pas penser, auxquels il était impossible ou dangereux de penser, ceux à cause desquels il avait fini par se fixer un masque chirurgical empli de coton sur le nez, étaient, du plus supportable au plus angoissant :
Premièrement, imaginer Potter lui proposer une relation qui…
Il inspira doucement en voyant les oeufs se troubler. Il se concentra sur l'un d'eux, qu'il venait de séparer des autres. Un œuf contenant un embryon au développement non évolutif. Il souffla lentement, en entrouvrant les lèvres pour faciliter le débit d'air.
… une relation qui durerait plus de…
Il parvint à saisir l'œuf entre les bords de sa pince à épiler et, en tremblant, le dirigea vers la fiole appropriée. Un coup sec sur le verre lui permit de le détacher du métal. La petite boule gélatineuse s'englua contre la paroi et entama une descente lente et irrégulière vers ses compagnes.
… plus de quelques jours.
Il expira un soupir nerveux et haché. Il avait réussi à formuler presque entièrement sa pensée sans faiblir. Il sentait l'humidité dans son masque, mais il progressait.
Son but ultime était de parvenir à dresser cette liste par écrit. Mot par mot, il pourrait y parvenir. La liste des sujets interdits à Potter. Il était capable d'en conscientiser la première ligne et d'en estimer le nombre.
Il n'avait qu'une seule fois vécu une relation amoureuse plus longue que quelques semaines, et ça avait été un désastre. Il fronçait toujours le nez de dégoût quand il tombait sur un vieux document rédigé ou signé par Kieran Price.
Quelques jours pouvaient suffire à une belle histoire.
Il se sentit rougir un peu, et profita du masque pour sourire franchement. Passer du fait de fantasmer sur le corps de Potter à fantasmer une relation et quelques sentiments lui donnait l'impression d'avoir fait un bond en avant prodigieux, d'être passé du stade d'un adolescent pubère à celui d'un adulte rangé.
En seconde position, il y avait la pensée de…
Cette fois, les œufs ne suffirent pas à le déconcentrer suffisamment. Il ferma les yeux et s'efforça de visualiser le bébé albatros pour chasser la douleur.
Quand elle devenait insurmontable, il pouvait toujours s'enfuir dans les souvenirs du Détraqueur.
Quand il se sentit suffisamment maître de lui-même pour regagner son corps, il réalisa que l'après-midi touchait à sa fin. Il n'était pas parvenu à achever sa tâche, mais il avait tout de même bien progressé.
Nguyen avait quitté le laboratoire pour aller s'occuper de ses patients. Drago vérifia le feu sous les chaudrons, posa des sorts de stases sur les préparations qui en avaient besoin, nettoya les paillasses et rangea le matériel. Enfin, il quitta les lieux et referma soigneusement la porte.
Il avait découragé Potter à ramener de Londres de quoi manger, et il le regrettait désormais. L'idée de prendre son repas seul était presque aussi déprimante que celle de l'imaginer se nourrir seul après avoir côtoyé de trop près la foule de ses admirateurs. Il se rendit tout de même dans ses appartements en espérant que Potter l'invite au moins à partager l'un des fades menus d'Azkaban.
Il remarqua aussitôt que quelque-chose n'allait pas : une dysharmonie dans les volumes. Il mit quelques minutes à réaliser que le tourne-disque avait disparu, de même que les vinyles associés, le plateau d'échecs, et quelques autres moyens de divertissement. Heureusement, les balais et les livres étaient toujours là.
Il alla vérifier l'absence de « la boîte » sur les étagères de la chambre, constata, encore une fois, une espèce de purge dans les affaires entreposées, puis il partit s'enfermer dans la salle-de-bain.
Depuis le départ des Bâtisseurs, il n'osait plus trop utiliser les douches de la Patinoire. Les lieux immenses et déserts lui paraissaient trop intimidants et les échos étaient revenus, plus puissants qu'avant, comme s'ils cherchaient à reconquérir leur territoire.
Sur le rebord du lavabo reposait la paire de ciseaux qu'il avait utilisée la veille. Par curiosité, il s'en empara, rassembla ses cheveux dans son poing et coupa une bonne dizaine de centimètres. Il attendit ensuite, sans quitter sa prise des yeux. Après quelques minutes, il sentit l'habituel fourmillement sur son crâne signifiant qu'ils poussaient de nouveau.
Il soupira et jeta à la poubelle la poignée de cheveux qu'il tenait encore, puis il se déshabilla et se rendit sous la douche. Il rougit en s'emparant du gel douche du Directeur et en l'appliquant sur son corps. L'odeur, la chaleur… Tout ici lui rappelait Potter.
Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas à ce point pu prendre son temps, inquiet d'être surpris. Ses cheveux pendaient de chaque côté de son crâne comme deux rideaux pesants, propres pour la première fois depuis une éternité. Le jet claquait contre sa nuque, contre son dos, massait les quelques muscles existants et soulageait ses os.
Il était si bien, si confortablement installé dans sa torpeur, qu'il n'entendit pas la porte s'ouvrir ni Potter s'avancer. Il sursauta comme un beau diable quand son toussotement poli recouvrit soudain le bruit de l'eau et il se plaqua dos au mur d'un bond. Il repéra ensuite, à travers la vitre embuée, la silhouette de Potter qui se trouvait au milieu de la pièce, le visage pudiquement détourné.
« Je disais, déclama-t-il d'une voix haute et claire. Prends ton temps. Je t'ai ramené des vêtements de rechange. Je te les pose là. »
La silhouette s'agita un peu, puis s'éloigna. Il y eut un claquement de porte, et le silence.
Drago avala sa salive, resta encore immobile encore quelques secondes pour digérer l'évènement, jusqu'à réussir à tatonner sur le mur, à trouver le robinet qui activait la douche et à faire cesser le jet.
Il sortit de la cabine sur la pointe des pieds, s'empara de sa baguette que Potter avait recouvert, comme le reste de ses vêtements, de quelques-unes de ses propres frusques, se rendit vers la porte dont il vérifia la fermeture, avant de s'autoriser enfin à se détendre. Il haïssait cette faiblesse et cette crainte quasi permanente qui l'habitaient et doutait de pouvoir y échapper un jour. Il était presque rassuré de ne pas avoir crié.
Il retourna devant le tabouret sur lequel il avait déposé ses affaires et leva à bouts de bras ce que Potter avait ramené pour lui : un t-shirt blanc et un jogging gris clair, ainsi qu'une paire de chaussettes et un boxer dans les mêmes teintes. Il hésita franchement à enfiler l'ensemble : sa robe était parfaitement propre et il n'avait pas besoin de pantalon puisqu'il n'avait pas prévu de monter sur un balai ou quoi que ce soit de ce genre… Potter ne lui avait même pas vraiment indiqué de se changer… Malgré tout, il lui suffit de rapprocher les vêtements de son nez, de humer leur odeur agréable et de sentir leur douceur contre sa joue pour se convaincre.
Il s'habilla rapidement, puis sortit de la salle de bain, toujours d'une démarche peu assurée.
Il trouva Potter dans son salon, occupé à ranger quelques nouveaux livres dans sa bibliothèque. Celui-ci lui accorda un long regard à son arrivée, le détaillant de haut en bas, et dut apprécier le spectacle puisqu'il lui adressa un grand sourire approbateur.
« Tu es rentré tôt, marmonna Drago pour briser le silence.
– Oui, admit Potter sans le quitter du regard. Je m'autorise plus trop à prendre mon temps là-bas. tu sais pourquoi. »
Drago se détourna et partit en direction de la cuisine. Il savait de moins en moins ce qu'il pensait de cette auto-punition que Potter s'infligeait. La façon dont il s'y pliait, malgré les critiques et les moqueries, le touchait d'une façon qu'il avait du mal à définir. La disparition des moyens de distraction était forcément une façon d'empirer volontairement son existence.
Il avait beau sourire et faire comme si rien de tout cela ne l'impactait, il était sérieux et décidé.
Si bien que Drago supposait de plus en plus que cette façade nonchalante n'était là que pour empêcher que lui se sente coupable.
L'eau chauffait et Potter le rejoignit. Il posa son épaule contre le chambranle et pencha la tête pour continuer à le dévisager.
« J'ai pas ramené de bouffe, lâcha-t-il. Tu avais dit non. »
Drago répondit d'un haussement d'épaules, sans le regarder.
« J'aurais dû ? »
Nouveau haussement d'épaules. Drago ne put retenir un sourire embarrassé.
« Faut vraiment que t'apprennes à faire un Patronus. C'est trop chiant de pas pouvoir se contacter.
– Je doutais en être capable, Potter, bougonna Drago. Et je crois que les évènements m'en ont rendu plus incapable que jamais.
– Tu avais tort la première fois. Et t'as tort cette fois-ci aussi. Demain, on reprend les cours particuliers.
– Nous n'avons pas le temps.
– On a carrément le temps avec le chantier en pause et les prisonniers qui se tiennent sages. On va remplacer ton espoir pourri par un autre, encore plus formidable.
– Qu'est-ce qui peut être plus formidable que de rêver passer ma vie avec toi ? » plaisanta Drago.
Il regardait l'eau commencer à se troubler. Il estima la température adéquate quand les premières bulles commencèrent à se former contre le métal, et il coupa le feu pour remplir les deux mugs qu'il avait préparés.
Il mit un moment à réaliser que Potter n'avait pas répondu à sa boutade. Il redressa la tête et lui adressa un sourire désolé.
« Tu serais d'accord ? demanda celui-ci. Pour reprendre les cours particuliers ?
– Ça ne sert à rien, répliqua Drago avec douceur. Même ton Professore Kenaran a dit que…
– Vissarion n'avait jamais vu quelqu'un comme toi. Tu serais d'accord ? insista Potter avec des yeux suppliants. Si tu acceptes, si tu essayes, si tu essaye vraiment, je t'y accompagne dans cette fameuse chambre. »
Drago soutint son regard longtemps. Jusqu'à ce que l'horloge mentale qu'il avait activée quand il avait versé l'eau chaude dans les tasses ne lui indique qu'il était temps d'agir, à nouveau.
Il secoua la tête, récupéra les boules à thé avec un léger tremblement qui fit sonner le métal contre la porcelaine, et les déposa dans la coupelle assortie.
Potter n'utilisait jamais cette coupelle. Il balançait la vaisselle sale dans l'évier jusqu'à en avoir de nouveau besoin. Comme les livres, comme les balais, il l'avait gardée pour lui. Parce que ça lui tenait à cœur, à lui, de déposer « la cuillère à thé » dans « la coupelle assortie ».
« D'accord, souffla-t-il. Dis-moi ce que je dois faire. »
