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Titre: Beauté et raison

Genre: Bribe de fanfic, angst, hurt/comfort, friendship

Contexte: UA Arrête de porter du noir (les infos sur cet UA sont deux chapitres auparavant), passé des Golds

Personnages: Vous pourrez facilement trouver malgré les prénoms différents des leurs que j'utilise, sachant que celui de l'un d'entre eux est très usité par le fandom. Et il y a deux espèces d'OCs sans importance puis la mention d'une autre, mais ça à la rigueur c'est un détail.

Bonne lecture !


Deux silhouettes avançaient péniblement dans la nuit noire et sous une pluie qui se faisait plus abondante à chaque pas qu'ils faisaient.

- J'espère que t'es content d'toi. J'vais plus pouvoir les rattraper, maintenant, commença une voix très sèche.

- Je m'en fiche... Il faut que je porte plainte... lui répondit une voix presque inaudible.

- Et tu crois qu'il va s'passer quoi ? J'me d'mande bien ce qui s'passe dans ta tête de blonde, tiens !

- Angelo, n'en rajoute pas, s'il te plait...

- Tsk.

La faible lueur d'un des rares réverbères de la ruelle éclaira en premier le plus frêle des deux, dont la peau diaphane était bleuie voire violacée par endroits. Ce fut ensuite au tour de l'autre de passer sous la lumière, lui qui n'était pas blessé mais dont le regard ombrageux ne présageait rien de bon. Les deux jeunes hommes continuèrent leur marche en silence, le premier en titubant et le second en traînant des pieds et en donnant des coups de pied rageurs à des détritus quand l'occasion se présentait.

Ils arrivèrent finalement devant une porte vitrée rendue opaque par l'installation d'un store, vaguement éclairée par l'enseigne au-dessus d'elle qui ne lui donnait pas moins l'air d'une entrée de boîte à la réputation douteuse que d'un commissariat comme elle le laissait entendre. Le plus valide des deux badauds appuya d'un geste sec sur la sonnette d'interphone. Le vis-à-vis s'ouvrit au bout d'interminables secondes.

- Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?

Angelo tiqua en cernant le sarcasme du propriétaire des billes noires sans brillance qui les toisaient.

- Mon pote souhait'rait porter plainte.

- Pour ?

- Ça s'voit pas assez ? Il s'est fait agresser.

Le sujet de la conversation avala difficilement les paroles de son camarade et baissa le regard vers le bas-côté. Un nouveau silence s'installa. Puis les billes noires se remirent à toiser.

- Je regrette mais c'est pas ici qu'il faut s'adresser.

Et le vis-à-vis coulissa pour se refermer. Mais l'italien ne cilla pas.

- Et c'est où alors, au kebab d'à côté ? C'est ça, j'vais l'emmener s'faire mettre de la sauce blanche sur ses plaies, z'avez raison, je vous dérange pas plus. Bon match et bonne binouze bande de larves !

Il ne cilla pas non plus quand il croisa le regard furieux de la victime, et toujours pas lorsque la porte du commissariat s'ouvrit brusquement, laissant apparaître l'officier aux yeux noirs qui finalement brillaient de colère.

- Continue, vas-y ! Je peux te coffrer pour outrage à agent, t'es au courant ?

- Ah bah voilà ! On finit par s'entendre ! s'exclama Angelo avec un sourire torve. Tu nous fais entrer et tu m'condamnes à tout c'que tu veux, le bleu.

Un autre agent apparut sur le seuil, alerté par la réaction de son collègue. Son regard noisette s'arrêta sur le visage tuméfié du plus silencieux du comité.

- Voyons Kasuka, qu'est-ce qui se p... Ariel, c'est bien toi ?

- Soichiro ?

Ledit Ariel releva des yeux hagards sur le deuxième agent, qui ignora totalement le premier et tira le blessé à l'intérieur.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Viens, entre, je vais chercher de quoi m'occuper de ça et je t'écoute.

- Dieu merci, c'est toi qui es de garde ce soir...

- Excuse mon collègue Kasuka, il est méfiant depuis qu'une bande de loubards s'amuse à faire des blagues tous les soirs. C'est bon Kasuka, fais-le entrer, c'est du sérieux cette fois.

- Mphf...

Le policier aux yeux noirs, renfrogné, toisa une dernière fois un Angelo souriant malicieusement du regard.

- T'as entendu ton pote ? En plus on est des VIP, alors tu peux faire un effort...

- Ça va, entre. Mais n'en profite pas, gamin, je peux quand même te coffrer.

Les deux finirent par entrer à leur tour dans une pièce vétuste et bruyamment ventilée au fond du poste de police, et Angelo dévisagea avec étonnement l'autre duo parler feuilletons tout en pansant les plaies du blessé.

- Mais ta grand-mère avait quand même un sacré talent ! Pourquoi elle a pas continué ?

- Ça ne lui plaisait plus, elle voulait pas passer toute sa vie là-dedans... Tu la connais non ?

- C'est vrai, ça lui ressemble bien... Ça va, je ne te fais pas trop mal ?

- Pas plus que ce que j'ai déjà.

- Ah, et en plus on a plus de paracétamol, je suis navré... Bon, passons, de toute façon on ne peut rien faire de plus. Maintenant que ton ami est là on va pouvoir passer à la déposition.

Les gardiens de la paix s'assirent derrière leur bureau, jonché de papiers aux couleurs diverses. Soichiro mit du papier dans sa machine à écrire et ne regarda plus que celle-ci par la suite.

- Circonstances de l'agression ?

- À quelques rues du lycée, il y a environ une heure... marmonna Ariel.

- Que faisiez-vous par une heure si tardive aux environs de votre lycée ?

- Je... Je fais partie du club de théâtre et je sortais de ma répétition du soir... Angelo devait m'attendre devant un café qu'on a l'habitude de fréquenter, puis on devait passer la soirée chez un ami à nous...

- Vous confirmez la version des faits ? intervint Kasuka en dardant ses yeux dans les orbes insolentes de l'italien.

- Ouaip.

- Seriez-vous capable d'identifier vos agresseurs ? reprit l'autre agent.

- Non, je ne les connaissais pas et je n'ai pas eu le temps de les voir.

Angelo ne put s'empêcher de lâcher un gloussement sarcastique. S'il avait pu les rattraper, le problème aurait été résolu et Alejandro n'aurait pas été sans nouvelles d'eux jusqu'alors.

Une heure passa ainsi, où les quatre hommes plus ou moins jeunes s'échangèrent des questions et des réponses dans le plus grand calme. Les adolescents furent enfin libérés et ils s'engagèrent à nouveau dans la ruelle. Épuisé, Ariel se passa une main tremblante au visage, titubant du mieux qu'il le pouvait - il devait sûrement avoir quelque chose à la cheville aussi. Devant lui, Angelo ne regardait rien d'autre que la route sur laquelle ils avançaient, vers un horizon indiscernable dans l'obscurité partielle.

- Ça aurait pu être pire, on aurait pu n'pas tomber sur le fan de ta vieille et ça aurait été encore plus inutile.

- Je suis désolé...

- Oh, ça va.

Les lycéens continuèrent un peu à avancer sans rien se dire. Après tout, Angelo n'avait jamais été doué pour converser et Ariel était plongé dans ses pensées.

On ne lui avait fait don que de la beauté androgyne et pure, et même celle-ci, on voulait la détruire. Et on y arriverait sûrement. Il ne serait plus rien, alors. À croire qu'il n'y avait pas que feu ses parents pour le haïr pour son apparence. Désormais, on n'avait même plus besoin de le connaître pour savoir comment lui faire mal.

C'est finalement le suédois pensif qui reprit le fil de la discussion.

- Une procédure judiciaire est plus conséquente. Mamie a des contacts haut placés, on saura leur faire p...

Angelo se retourna vivement et darda son regard grenat sous l'azur dans celui de son compagnon.

- Mais qu'est-c'que ça peut foutre, que t'aies des contacts dans la police, si t'es même pas foutu de dire à quoi r'ssemblaient ceux qui t'ont défoncé ? Ça y est, j'm'absente deux minutes, tu perds ta cervelle ! Puis tu crois que ça sert à quoi tes privilèges de bourge face à des enculés comme ça ?! Sérieux, tu m'fais rire, Ariel.

Soudainement frappé par la vérité qu'avait soulevé son camarade, le susmentionné baissa son regard bleu ciel terni et il se mordilla ses lèvres déjà rougies et bouffies par les coups qu'il s'était pris. L'autre lui tourna à nouveau le dos et reprit sa marche.

- Et compte pas sur moi pour t'porter. T'as encore des jambes alors tu t'en sers.

Le silence régna à nouveau entre les deux adolescents, et le blessé se remit à marcher à son tour. Il avait été pitoyable sur tous les plans, et même un de ses meilleurs amis avait fini par le lui faire remarquer. Il fallait se rendre à l'évidence: son corps ne lui appartiendrait jamais, et sous cette enveloppe il n'y avait rien d'autre qu'un être stupide et superficiel.

Il ne vit pas le cratère formé par le temps sur le goudron face à lui et sa cheville déjà douloureuse s'y heurta de plein fouet, si bien qu'il ne put que se laisser tomber face contre le trottoir. Ayant entendu un bruit de chute, Angelo s'arrêta simplement, sans se retourner.

Ariel se redressa sur les genoux et les coudes. Le moindre de ses mouvements lui apportait des douleurs insoutenables et son nez avait visiblement recommencé à saigner d'après le liquide chaud qu'il sentait couler jusqu'à sa lèvre supérieure. Avec un peu de chance, il se l'était seulement cassé. En redressant sa tête devenue lourde comme le plomb, il croisa son reflet sur une flaque d'eau rendue trouble par les gouttes de pluie qui y tombaient encore. Ce qu'il y vit lui arracha un hoquet, puis un autre, et les gouttes tombèrent plus nombreuses sur cette flaque qui ondulait désormais. Ariel riait et pleurait en même temps, puisqu'il ne savait pas quoi choisir entre les deux.

Il sentit tout à coup une étreinte se refermer sur lui et avant même de pouvoir réagir, il se retrouva soulevé du sol par deux bras puissants et tannés.

- Mais... Tu avais dit que tu ne me port...

- La ferme.

L'androgyne passé à tabac se tut alors, laissant ainsi libre cours à ses rires et ses pleurs devenus incontrôlables. Angelo pressa le pas, crispé non pas par le poids de son ami mais par la colère qui montait dangereusement en lui.

- Angelo...

- J'viens pas d'te dire de la fermer ?

- J'suis pitoyable, pas vrai ? Maintenant, tu pourras même plus m'appeler belle gueule...

Ariel ricana à nouveau et adressa un sourire angélique mais triste à son camarade avant de réprimer un sanglot déchiré. L'italien soupira d'exaspération puis libéra brièvement une main pour pointer simplement avec son index le front et le pectoral gauche de celui qu'il avait dans les bras.

- Là d'dans y'a toujours moyen qu'tu sois beau. Sois pas assez con pour jouer l'jeu des autres ramassis de merdes et l'oublier.

Il indiqua ensuite l'entrejambe du suédois avec un sourire torve avant de replacer sa main sous ses genoux pour le porter comme auparavant.

- Puis là aussi, éventuellement, mais ça s'discute.

- T'es bête...

Ariel esquissa son premier vrai sourire de la soirée, bien que faible, et laissa sa tête retomber contre le buste de l'attaquant Knight - qui contre toute attente ne grogna pas.

En effet, Angelo était bête et bête il l'avait toujours été. En voulant sortir du café à toute vitesse et rattraper la bande de brutes qui s'en était pris à son ami pour leur donner une sévère correction, il n'avait sûrement pas raison. En ayant recours à la provocation pour attirer l'attention des forces de l'ordre, il n'avait toujours pas raison quoique le résultat fut étonnant.

Mais Ariel se demanda s'il ne devait pas revoir son jugement sur le sicilien, qui dans ses torts avait finalement sa manière à lui d'avoir raison. Un des doigts fins et tremblants de celui qui n'avait plus à marcher effleura le front d'Angelo, qui recula par réflexe.

- J'peux savoir c'que tu fous ?

- Oh, rien.

Il arrêta son geste à peine esquissé, et les deux hommes en restèrent là.

Bien des années plus tard, alors qu'Ariel corrige ses copies en jetant de temps à autre un œil à l'Angelo qui fume au balcon de la salle des professeurs sans en avoir le droit, il se dit qu'il a bien eu raison de lui donner raison. Et il a depuis le temps trouvé le bon moyen de le remercier.


Maintenant que la première fournée ADPDN est fini, j'en profite pour faire une mise au point sur les prénoms que vous avez croisé dans ces trois derniers chapitres et vous en parler un peu.

Le Vincent du chapitre 31, c'est, vous l'avez deviné, Camus. Pourquoi Vincent ? Parce que c'est joli, c'est français et ça ressemble à "Verseau". Tout simplement. Camus c'est son nom de famille plutôt que son prénom. J'avais pas trop envie de mettre "Deverseau" en patronyme, ça me semblait trop simple, je voulais garder le malentendu complet avec la personne d'Albert Camus - même si c'en est pas vraiment un mais bref.

Angelo c'est bien évidemment DeathMask, j'ai gardé le prénom partagé par le fandom parce que j'aime toujours autant l'ironie de sa signification et la beauté de sa sonorité. Puis je sais pas, j'en ai pris l'habitude.

Ariel, c'est Aphrodite. Je lui ai tout simplement donné un autre prénom féminin plus "discret" qui va plutôt bien à un garçon d'après mon humble avis. Puis ça sonne plus suédois, puis la Petite Sirène est un compte sûrement suédois, tout est lié.

Alejandro, c'est Shura. J'avais vu ce prénom dans un fan art et il était même lié à celui de Shura par je ne sais plus quel artifice, et ça m'a plu, puis y'a un côté noble et ça sonne espagnol.

Vous constaterez que nos trois mousquetaires du Sanctuaire ont un prénom commençant par la même lettre. Ce n'est pas un hasard, je voulais les unir de cette sorte également. J'espère que ces choix ne vous font pas trop grincer des dents...

Voilà voilà ! À très bientôt pour de nouveaux textes, de nouvelles expérimentations, de nouvelles aventures !