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Le petit hibou hulula, picorant quelques friandises dans la main tendue de Theodore. Elle n'avait pas l'air de vouloir bouger de sitôt, certainement attendait-elle une réponse de sa part. Il déposa les miam-hiboux sur le rebord de la fenêtre afin de pouvoir décacheter l'enveloppe. Il s'y attendait un peu mais un sourire illumina son visage lorsqu'il vit la signature au bas de la page. Son mystérieux amant l'invitait à passer le samedi après-midi en sa compagnie.
Theodore jeta un coup d'œil à son agenda qui reposait sur un coin de son bureau. Blaise l'avait invité à un dîner pour rencontrer ses filles et sa femme. Bien sûr, il connaissait déjà Ginevra mais leur dernière rencontre remontait à son mariage et il n'avait jamais eu l'occasion de faire la connaissance de leurs enfants. Theodore n'était rentré qu'une poignée de week-end au Royaume-Uni en dix ans et il passait alors la plupart du temps avec Draco qui le séquestrait presque dans son manoir. Ils discutaient souvent par cheminette mais la pipelette préférait bien plus pouvoir lui raconter les derniers potins autour d'une tasse de thé. Ces week-ends-là, Blaise finissait toujours par dormir chez le Malefoy et sa femme ne s'en plaignait pas. Elle comprenait qu'il avait aussi besoin de voir son ami de temps en temps et que le priver de ce petit plaisir si rare nuirait à leur relation.
Connaissant la signification de repas de famille des Weasley, Theodore n'était pas bien certain de pouvoir se libérer dès le début d'après-midi. Il proposa de se rejoindre vers 16h, la marge de manœuvre semblait assez large pour avoir le temps de rentrer se changer avant de rejoindre son amant. Il confia sa missive au petit hibou qui semblait déjà l'adorer, lui picorant gentiment le doigt à la recherche d'une caresse supplémentaire.
Quelques heures plus tard, la confirmation de l'homme lui parvint. Il avait inscrit son adresse au bas de la lettre, l'enjoignant à le rejoindre là-bas. Theodore avait déjà vu sa maison mais avoir une adresse précise en tête faciliterait son transplanage. Cet homme n'avait vraiment peur de rien, ne craignait-il pas qu'il découvre son identité? Il devait bien savoir qu'il était avocat et qu'il avait les moyens d'enquêter à son propos. Ou alors, c'était un test de plus. Peut-être que c'était le but, il poussait Theodore à céder à sa curiosité.
Bien, cette semaine allait être intéressante. Theodore avait hâte de commencer ses recherches.
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«Mais qui c'est cet enfoiré, bon sang?» s'énerva Theodore, se laissant tomber sur son lit, les bras en croix.
Il avait passé toute la matinée à feuilleter le dossier qu'il avait réussi à soutirer avec un peu de ruse aux départements des archives du Ministère. Et pourtant il n'y avait absolument rien. L'adresse de son inconnu était enregistrée nulle part et si c'était le cas, les autorisations de son contact n'étaient pas assez grandes pour accéder à ces informations. C'était à s'en arracher les cheveux, cet homme était un vrai fantôme. Il fallait être un vrai paranoïaque ou une personne importante pour bénéficier d'une telle protection de sa vie privée.
Au moins, Theodore avait la réponse à sa question. L'homme n'avait pas cherché à le tester, il savait juste que même s'il essayait Theodore ne trouvait rien à son propos avec juste une adresse.
«Il est tellement arrogant.» soupira-t-il, donnant un coup de pied dans la pile de papiers qui alla s'écraser par terre.
Theodore jeta un coup d'œil à sa montre posée sur sa table de nuit, il était attendu chez Blaise à midi et il devait encore se changer. Ça ne lui ressemblait pas de traîner en pyjama toute la matinée, mais sa semaine avait été terriblement chargée. Il avait hâte de prendre les habitudes de son nouveau bureau et de ne plus avoir à rattraper son retard sur chaque dossier aborder en réunion. La compagnie était peut-être la même que celle en Louisiane, mais les méthodes de travail était bien différente et c'était difficile de changer ses habitudes aussi rapidement.
Avec lenteur, il se traîna hors du lit et attrapa la pile de vêtement qu'il avait préparé la veille. Il se pressa un peu plus en voyant les minutes défilées terriblement vite, n'ayant même pas le temps de se coiffer correctement. De toute façon, Blaise lui avait dit de s'habiller de façon décontractée, que Ginny n'aimerait pas voir débarquer chez eux le stéréotype d'un Sang-Pur arrogant. Theodore avait rongé son frein pour ne pas répliquer qu'elle était justement mariée à l'un de ces arrogants aristocrates et qu'elle avait terriblement bien réussi à le castrer en huit ans de relations.
Il vérifia une dernière fois sa tenue dans le miroir avant de sortir. Son réseau de cheminette était encore en travaux et il ne pouvait que passer quelques appels pour l'instant. Selon la compagnie qui s'en chargeait, le réseau serait près d'ici une semaine. Theodore dut donc transplaner jusqu'à Exeter dans le Devon. Molly aimait garder les enfants et même si dans le monde sorcier les distances n'étaient pas un réel souci, Ginny avait tenu à ne pas vivre trop éloigné de ses parents. A l'époque, ça n'avait pas trop dérangé Blaise puisqu'une partie de sa famille vivait également dans le sud de l'Angleterre.
Theodore ne fut pas surpris d'atterrir devant une grande maison à trois étages excentrés de la ville. Une route passait plus loin à l'autre bout de la prairie entourant la maison. C'était étrange de voir Blaise accepter la présence des Moldus aussi proche de lui, mais il pouvait deviner que Ginny avait elle aussi dû faire pas mal de compromis. La bâtisse ne ressemblait pas à ce qu'une Weasley pourrait désirer, elle n'était pas aussi extravagante que le manoir de Draco mais les inspirations aristocratiques étaient évidentes. Elle était bien trop grande pour cinq personnes et le jardin était parsemé de rosier et de chemin de fleurs toutes plus élégantes les unes que les autres. Certainement qu'un jardinier devait s'en occuper régulièrement, de même pour la façade parfaitement blanche malgré les années et les intempéries.
Theodore savait qu'on attendait de lui qu'un jour, il vive dans une maison semblable, épouse une femme et donne un héritier à sa famille. Peut-être qu'il n'était plus en contact avec ses oncles et ses cousins, mais il restait le Lord de la famille, maintenant que son père ne pouvait plus endosser son rôle. Pourtant face à cette image de la famille parfaite, il ne pouvait que penser au petit chalet dans les bois de l'homme qui avait attiré son attention. Theodore avait envie de suivre ses traces, se confiner loin du monde et vivre sa vie comme il l'attendait. Ça avait l'air si libérateur de vivre ainsi sans aucune pression sur les épaules, il l'enviait.
«Theo, tu es en avance!»
Theodore sursauta, n'ayant pas remarqué son ami s'approcher sur le chemin de gravier. Une petite fille se cachait dans ses jambes, peinant à suivre la démarche rapide de son père. Si Theodore se souvenait correctement, il s'agissait d'Alda, la petite dernière de la fratrie qui n'avait que deux ans. Theodore eut à peine le temps de saluer son ami que deux petits boulets de canon vinrent à leur rencontre, le renversant presque à la renverse. Visiblement Selena et Ariel avait plus pris du caractère de leur mère que de leur père. Enfant, Blaise était un vrai petit pleurnichard, on pouvait dire qu'il avait bien changé depuis le temps. Draco avait définitivement eu une terrible influence sur lui. Il le préférait quand il n'osait pas répondre avec son air effronté et le traîner dans ses plans foireux.
«Dites Monsieur, c'est vous l'ami de papa?
- Vous vous appelez comment?
- C'est vrai que vous viviez en Amérique? C'est comment là-bas?
- C'est vrai qu'il y a des maisons aussi hautes que le ciel? »
Blaise eut un petit rire gêné, s'excusant de leur comportement. Theodore n'était pas très à l'aise avec les enfants, pourtant il ne put s'empêcher de les trouver adorables avec leurs grands yeux marrons, leurs cheveux frisés aux reflets roux et leurs tâches de rousseurs parsemant leurs peaux métissées. Elles étaient à croquer, Theodore résistant avec peine à l'envie de leur pincer les joues.
«Ne t'en fais pas, il n'y a pas de soucis.»
Blaise savait bien que les enfants n'étaient pas le fort de Theodore. A l'époque, il avait longtemps hésité entre lui et Draco pour nommer le parrain de sa seconde fille, Selena. Mais Theodore avait de lui-même tranché la question. Il ne vivait pas dans le pays, ne serait jamais présent pour elle et si un jour il leur arrivait quoi que ce soit, Theodore ne se sentait pas à la hauteur pour s'occuper d'elle. Il fut donc surpris de voir son ami s'accroupir à leur hauteur, un petit sourire en coin.
«Les Moldus appellent ça des buildings. Il y en a aussi à Londres mais ceux aux Etats-Unis sont bien plus grands. Si vous voulez, je pourrai ramener quelques photos la prochaine fois.» promit-il sous leurs regards émerveillés. Il ne fallait vraiment pas grand-chose pour exciter des enfants. «Au fait, mois c'est Theo, et vous?
- Moi c'est Ariel, elle c'est Selena et elle c'est notre petite-sœur, Ada.» présenta la plus grande, celle qui portait une salopette en jean.
«Viens, maman nous a dit de venir vous chercher pour manger.»
Theodore n'eut même pas le temps de protester que les deux fillettes lui agrippèrent chacune une main et le traîna vers la maison. C'était chaleureux de se faire accepter aussi rapidement. Elles n'étaient que des enfants, elles ne connaissaient pas l'histoire se cachant derrière son nom, les crimes qu'il avait commis, la guerre. Elles étaient innocentes et Theodore n'arrivait même plus à se souvenir de la dernière fois que quelqu'un l'avait accepté aussi simplement sans même se poser des questions.
A sa plus grande surprise, Ginevra vint directement à sa rencontre pour le saluer, fourrant sa casserole dans les bras de son mari. Blaise rouspéta pour la forme mais alla bien gentiment poser le plat sur la table. Il se mit rapidement à faire des allées retours entre la cuisine et la salle de manger aidé par ses filles qui s'occupaient de porter les salades. Theodore observa le spectacle, hébété.
«Comment as-tu fait ça?
- Pardon?» fit Ginny, un peu perdu.
«J'ai passé huit ans à Poudlard a essayé de lui faire ne serait-ce qu'une seule corvée et je n'ai jamais vu un flemmard devrais sérieusement penser à te reconvertir dans le dressage canin.»
Ginevra éclata de rire, se détendant. Theodore voyait bien ses efforts pour l'accueillir le plus poliment possible, mais il devinait que ce n'était pas facile pour elle. Ils avaient été en conflit durant toute leur scolarité et même si de l'eau avait coulé sous les ponts, ils ne s'étaient jamais réellement adressé la parole. Il était content de comprendre que ce repas ne serait pas aussi difficile à surmonter qu'il ne l'avait pensé.
«Je dois avouer que ça n'a pas été facile, mais les filles m'ont bien aidé.» lui fit-elle un clin d'œil complice. «Viens, allons nous asseoir. Est-ce que tu aimes le vin blanc? Je ne connais pas vraiment tes goûts et Blaise n'est d'aucune aide dans le domaine. Tant qu'il y a de l'alcool dedans, il pourrait boire du vinaigre. Sinon, je peux ouvrir une bouteille de Hush Heath.
- Un vin blanc me convient très bien, ne t'en fais pas.» sourit Theodore, s'installant sur la chaise que Ginny lui désigna.
«J'ai entendu dire que tu as repris le travail dans un cabinet à Londres. Ce n'est pas trop dur de tout recommencer d notre âge?»
Ginevra était hésitante, ne connaissant pas vraiment ses centres d'intérêt et quels sujets étaient à éviter ou non. Theodore ne se sentait pas beaucoup plus à l'aise qu'elle. Tout ce qu'il savait de son hôte était ce qui était raconté dans les revues sportives. Une femme forte, mère de trois enfants et qui pourtant était au sommet de sa carrière dans l'équipe national de Quidditch du Royaume-Uni. Elle était forte aussi bien en duel que mentalement, Theodore avait eu l'occasion de l'observer à Poudlard. Mais ses connaissances n'allaient pas plus loin. Blaise lui parlait bien d'elle de temps en temps, elle était sa femme après tout. Mais ça n'allait pas beaucoup plus loin que les banalités de la vie quotidienne.
- Je dois avouer que les débuts sont toujours un peu stressants. Mais ce n'est pas comme si je changeais totalement de carrière. Et puis, mes collègues sont sympas, alors ça aide pas mal.
- Tant mieux si l'environnement est saint. Je me souviens quand Blaise est passé de la compagnie Prizard à Frostion. Il était à la limite du burn-out à l'époque.
- Je crois qu'il ne s'est pas passé une seule journée où je n'ai pas entendu parler de son chef tyrannique même à l'autre bout du monde. Je compatis avec ton calvaire.»
Ginny remplit son verre, un sourire moqueur aux lèvres.
«Ça fait du bien d'avoir quelqu'un avec qui se plaindre de mon tête à claque de mari.» s'amusa-t-elle. «Draco prend toujours sa défense pour me rendre chèvre.
- Je n'ai aucun mal à l'imaginer.» rit Theodore, s'étonnant de la facilité avec laquelle il arrivait à blaguer avec cette femme qu'il pensait ne pas réussir à supporter par le passer.
Il comprenait ce que Blaise lui trouvait. Elle avait du caractère et pourtant, Ginevra parlait avec légèreté, son petit sourire en coin ne quittant pas ses lèvres. Elle était naturelle, n'essayant même pas d'agir autrement qu'elle-même pour réussir à lui plaire. Blaise devait aimer cela, lui qui avait été approché toute sa vie pour la fortune de sa famille italienne. Sa mère avait toujours joué un rôle, même auprès de lui et il avait toujours envié Draco pour la relation presque fusionnelle qu'il partageait avec Narcissa. Certainement que dans la tête de son ami, Ginevra était ce qui se rapprochait le plus de la femme idéale. Une femme honnête et franche qui ne penserait jamais à lui mentir, quitte à le rouspéter pour le moindre petit détail qui ne lui plaisait bien.
«Il semblerait que tu es trouvé la perle rare, mon pote» songea Theodore.
«Pourquoi vous faites des messes-basses? Vous ne parlez quand même pas de moi?» fit Blaise, suspicieux, prenant place face à Theodore.
«Ginny me parlait du vin, il est très bon.
- Mouai.» fit Blaise, suspicieux. «Donnes-moi ton assiette, je vais servir.
- Une éducation vraiment parfaite.» glissa-t-il à l'oreille de Ginny qui ne put retenir son pouffement de rire, attisant encore plus les suspicions de Blaise.
Le repas fut chaleureux, naturel. Les sujets de discussion ne se tarirent pas, Blaise trouvant facilement des points d'intérêts certains entre son meilleur ami et sa femme. Avant même qu'il ne réalise, Theodore reposait sa tasse de café sur la table à côté de son assiette à dessert désormais vide. Il ne pouvait pas le nier, Ginevra s'était donné beaucoup de mal pour lui faire bonne impression.
Theodore n'était pas bête, cette relation n'avait pas dû être facile à maintenir à flot. Ils étaient l'un pour l'autre tout ce que leurs familles haïssaient. Un riche aristocrate anciennement Mangemort n'avait pas dû être accueilli à bras ouvert par Molly et Arthur Weasley. Theodore n'imaginait même pas la réaction de Ronald, lui qui les avaient détestés si intensément pendant des années. De l'autre côté, ça n'avait certainement pas été plus facile. Ludmilla Zabini était une femme avare, toujours à la recherche de plus de richesse. Elle comptait sur son fils pour accroître son réseau et son patrimoine. C'était presque un miracle qu'il n'ait pas été déshériter pour son choix. Devoir faire bonne impression aux proches de l'autre devait être une habitude désormais.
«Dis Theo, tu veux qu'on te montre notre cabane. C'est oncle Harry et George qui nous l'ont construit.
- Bien sûr, j'ai hâte de voir ça.» sourit Theodore à Selena qui semblait surexcité à l'idée de lui montrer sa cachette au fond du jardin.
«Tu n'es pas obligé si …
- Ça ne me dérange pas.» coupa-t-il son ami, acceptant la main que la petite fille lui tendait.
La plus grande aida Ada à descendre de sa chaise pour bébé, les suivant avec le même sourire grand jusqu'à ses oreilles que Selena.
«Tu devrais aller avec eux, je vais débarrasser.» proposa Blaise à sa femme une fois le petit groupe hors de vue.
«Tu ne lui fais pas confiance?» s'étonna Ginny.
- Ce n'est pas ça. Mais Theodore n'est pas très à l'aise avec les enfants. J'ai peur que trois ça fasse un peu trop pour lui.»
Ginny hésita mais fini par accepter de laisser son mari s'occuper seul de la vaisselle. De toute façon, ça ne lui prendrait pas plus de cinq minutes avec sa baguette. Comme Selena l'avait prévu, elle les retrouva devant la cabane en bois au fond de la propriété. Theodore aidait les plus jeunes à grimper la petite échelle, leur tenant la main pendant qu'elles descendaient le tobogan à vive allure.
Ginny s'assit sur le banc installé sous l'arbre, faisant signe à Theodore de la rejoindre. Il sembla hésiter, son regard inquiet ne quittant pas la démarche maladroite d'Ada.
«Ne t'inquiète pas, Harry a bardé la cabane de sorts de protection en tout genre.
- Je vois.» accepta finalement Theodore, se demandant de quoi pouvait bien vouloir lui parler la jeune mère.
Elle mit du temps à trouver ses mots, observant de son regard doux ses filles rire aux éclats. Theodore patienta en silence, se demandant ce qui lui serait reprocher. Si ce n'était pas le cas, Ginevra ne prendrait certainement pas autant de pincette.
«Je tenais à m'excuser.» fit Ginny après pris une profonde inspiration.
«Pardon?» Theodore était complètement perdu, ne comprenant pas où voulait en venir Ginevra. «Tu n'as rien fait de mal.
- Quand on a appris que j'attendais un troisième bébé, Blaise a tout de suite proposé ton nom comme parrain. A l'époque, j'ai refusé catégoriquement et ça a créé quelques conflits entre nous. On a eu beaucoup de mal à tomber d'accord et honnêtement, je le regrette un peu.
- Potter n'est pas un bon parrain? En plus il est ami avec vous deux, c'est certainement un meilleur choix que moi.» songea Theodore. «Je ne peux pas t'en vouloir de ne pas avoir voulu de moi dans ta famille, je comprends.
- Non, ce n'est pas ça.» s'empressa de démentir Ginevra, qui comprenait parfaitement le sous-entendu de cette phrase. «Ce n'est pas à cause de ton passé ou de ta famille. Honnêtement, si j'étais aussi fermée d'esprit je n'aurai même pas épousé Blaise.C'est juste que tu vivais à l'autre bout de l'Atlantique et je ne t'avais encore jamais rencontré à ce moment-là, hormis pour le mariage. Je ne voulais pas qu'Ada grandisse sans connaître son parrain. Si j'avais su que tu rentrerais à peine deux ans plus tard, je ne m'y serai pas autant opposé.»
Theodore lui tapota l'épaule, mal à l'aise. Il n'était pas doué pour réconforter les gens, ce n'était pas un point fort pour la plupart des Serpentards.
«De toute façon, j'aurai refusé. Je l'ai fait pour Selena et mon choix n'aurait pas changé pour Ada.
- Pourquoi? Tu aurais été un super parrain. Les filles t'adorent déjà et ça se voit que tu es à l'aise avec elles.»
Theodore la fixa étrangement, c'était bien la première fois qu'on lui disait ça. Habituellement les enfants de ses amis se mettaient à pleurer quand ils le voyaient parce qu'il était trop sombre et muet pour avoir l'air sympathique. Peut-être était-ce parce qu'il s'agissait des enfants de Blaise? Il ne savait pas vraiment.
«Je ne suis pas aussi à l'aise que tu ne le penses avec des enfants. Moi, je n'aurai pas construit de cabane au fond du jardin, je n'aurai pas su quoi leur acheter pour leurs anniversaires parce que je n'ai aucune idée de ce qu'un enfant peu bien vouloir et je n'aurai pas été capable de la garder un week-end si ta mère ou quelqu'un d'autre n'aurait pas été libre. Revenir à Londres n'était pas dans mes projets. L'opportunité c'est juste présenté et je me suis dis pourquoi pas. Blaise le savait très bien, il n'aurait pas dû insister auprès de toi sur ce sujet.»
Ginny eut un petit rire soulagé. Visiblement ce sujet l'avait beaucoup tracassé.
«Je suis contente que tu ne m'en veuilles pas, dans ce cas.
- Mais alors, pourquoi tu regrettes que ce soit Potter son parrain? Il ne disait pas vouloir devenir professeur quand on était petit? Il doit adorer les enfants.»
Ginevra se tordit les doigts, un peu gêné de parler dans le dos d'un de ses meilleurs amis. Il était presque un frère pour elle, mais elle ne pouvait nier qu'il avait aussi des défauts.
«Oui, il les adore mais ce n'est pas pour autant qu'il est le parrain idéal. Quand Ron et Hermione on eut Rose, il avait refusé de tenir ce rôle. Pareil pour Hugo. Il disait être trop pris par son travail et Teddy. Pourtant, il est un tonton génial pour eux et quand je le voyais s'occuper d'eux, je voulais la même chose pour mes enfants. Et puis il est un de nos rares amis communs, ça semblait être le meilleur choix. Harry est vraiment super avec Ada et même avec Selena et Ariel. Elles l'adorent.
- Mais?
- Il est distant.
- Potter? Distant?»
Theodore ne comprenait pas. Potter n'avait aucune famille et les Weasley étaient devenus la sienne, tout le monde le savait à Poudlard. Même que Molly organisait déjà leurs fiançailles dans leurs dos quand ils s'étaient enfin diplômés. En fait, ça le surprenait un peu qu'ils n'aient pas fini ensemble. Ginevra et Harry, c'était le couple parfait, enfin selon les magazines peoples de l'époque.
«Parfois, il donne l'impression que si nos enfants ne le considéraient pas comme un oncle, il ne nous rendrait pas aussi visite. Harry a un sens fort des responsabilités, plus que la plupart des gens. Mais parfois je me dis que s'il n'y avait pas nos enfants, il serait juste parti avec Teddy et on n'entendrait plus parler de lui depuis des années.»
Theodore tiqua au prénom Teddy. C'était la deuxième fois que Ginevra en parlait et ça semblait être une évidence pour elle. Mais ce n'était pas vraiment son problème, Theodore ne se sentait pas légitime de questionner la vie de Potter, ce n'était pas ses oignons.
«Alors pourquoi l'avoir nommé parrain si tu doutes autant de lui? Ce n'est pas comme si tu n'avais pas d'autres frères ou amis?»
C'était peut-être un peu froid comme question et Theodore se pinça la lèvre, craignant de l'avoir vexé. Mais Ginevra ne s'offusqua pas de sa rudesse, réfléchissant sérieusement à la question.
«C'est pour Blaise que j'ai accepté. A cause de moi, il a coupé les ponts avec beaucoup de personne. Draco est le meilleur ami de Harry et de fil en aiguille, c'est aussi devenu un de ses proches. Oui, j'ai des frères. Mais Bill vit en France, Charly en Roumanie, Percy était hors de question même si on se reparle un peu depuis la fin de la guerre et Ron savait que ça ferait plaisir à Harry alors il a immédiatement refusé. Je ne veux pas confier ce rôle à un simple ami, il ne restait plus que toi que Blaise considère comme un frère et Harry. Alors j'ai cédé.
- Attends une seconde. Potter et Draco? Meilleurs amis?» revint Theodore au point le plus important selon lui.
«Eh bien, je ne sais pas vraiment si c'est le bon therme. Peut-être que meilleurs ennemis seraient plus juste.» s'amusa Ginny. «Mais avec les filles, Blaise n'a plus autant de temps à consacrer à Draco et Harry s'est un peu éloigné de tout le monde. Depuis quelques années, c'est l'un avec l'autre qu'ils passent le plus de temps ensemble.
- Putain, je n'y crois pas.» jura Theodore, ne se remettant pas de la nouvelle.
«On dirait que tu as pas mal de chose à rattraper.» se moqua franchement Ginny, amusé par ses réactions. «Si tu as besoin d'entendre quelques commérages à propos de Draco, n'hésite pas à venir me voir.
- Ce petit cachotier, il ne m'a rien dit! Je sais qu'ils étaient plus ou moins ami, mais pas que c'était à ce point. » fulminait-il.
«Donc sache que si un jour Blaise veut bien un quatrième enfin, tu ne pourras plus échapper à ton rôle.»
Theodore se stoppa dans sa tirade, les yeux écarquillés.
«Sérieusement? Tu me fais confiance à ce point?
- Je fais confiance à Blaise. S'il dit que tu es quelqu'un de bien, c'est que tu l'es. Ça me suffit.»
Il n'en revenait pas. C'était vraiment aussi simple que ça pour Ginevra? Était-ce parce qu'elle était une Gryffondor? Certainement, ils faisaient confiances bien trop rapidement pour leur propre bien. S'en était presque irresponsable et pourtant, il y avait cette chaleur qui brûlait au fond de sa poitrine. Theodore se sentait accepté tel qu'il était et c'était étrange. Ce sentiment lui était inconnu et c'était fichtrement agréable. Il pourrait en devenir addicte, c'était dangereux.
«Un quatrième enfant, tu es motivé.
- Je rêve d'avoir un petit garçon.» haussa des épaules Ginevra, amusé. «Toi, tu ne voudrais pas d'enfant?
- Je ne pense pas. Je ne pense pas que je ferai un bon père.» Theodore s'en voulut d'avoir dit ça en voyant le regard triste de Ginevra. «Je veux dire, ma carrière est trop importante pour moi. De toute façon, je n'ai personne.
- Vraiment, pas même un petit béguin sur une collègue?» fit-elle, un sourire de chat collé aux lèvres.
«Même pas un béguin, quelle tristesse.» fit dramatiquement Theodore.
«Tu es un petit menteur, Theo.»
Ginevra et lui sursautèrent à l'unisson n'ayant pas entendu Blaise se rapprocher. Theodore rougit jusqu'à la pointe de ses cheveux, n'en revenant pas que Blaise veuille parler de ça ici.
«Je ne vois pas de quoi tu parles.» nia-t-il en bloc.
«C'est vrai? Il y a quelqu'un?» s'enthousiasma Ginevra, les yeux pétillants.
C'était étonnant qu'elle ne s'entende pas mieux avec Draco si elle était aussi friande de potins que lui. Pour son plus grand bonheur, sa baguette se mis à clignoter dans sa poche, un tempus s'affichant au-dessus de la tête.
«Je n'ai pas vu le temps filer, il faut que j'y aille.
- On se demande pour voir qui.» ricana Blaise, se moquant clairement de son embarra.
Theodore préféra l'ignorer, allant faire ses aux revoirs aux filles. Il remercia une dernière fois Ginevra pour le repas et s'enfuit à toute vitesse, ignorant leurs questions. Theodore l'avait échappé belle. Il était déjà suffisamment gêné d'avoir parlé de toute cette histoire avec Draco et Blaise au bar ce soir-là alors il n'allait certainement pas reproduire cette erreur une seconde fois. Ginevra était peut-être gentille et avait l'air de l'apprécier, il n'allait certainement pas lui parler de sa vie aussi privée.
Theodore se pressa de rentrer, il n'avait qu'une demi-heure devant lui pour se préparer. Il se pressa sous la douche avant d'hésiter pendant les quinze minutes restantes devant sa penderie. Quelle idée d'avoir autant de vêtements! Au final, il se décida pour une simple chemise noire et un pantalon en jean. Son inconnu l'avait invité chez lui, se présenter sur habiller semblerait étrange et c'est ce qu'il avait de plus décontracté dans sa garde-robe.
A son plus grand soulagement, il arriva pile à l'heure devant la porte du chalet. Il n'eut le temps de toquer qu'une seule fois que la porte s'ouvrit en grand. Son hôte l'accueillit avec un grand sourire, seule partie visible de son visage sous son masque. Il portait lui aussi un jean bien que le sien fut troué aux genoux. Theodore se questionna sur ce choix vestimentaire plutôt étrange. Pourtant les trous ne semblaient pas être accidentel. Il repensa à sa façon Moldue de se vêtir pour le bal, peut-être qu'il s'agissait donc d'une mode du monde sans magie.
«J'arrives dans une minute. J'enfile juste une paire de chaussures.» s'excusa l'homme, farfouillant déjà dans l'armoire au bout du couloir.
Theodore eut tout le luxe d'admirer son dos roulant sous son t-shirt qui collait à ses épaules alors que l'homme s'afférait dans le couloir dos à lui. Visiblement, il avait bien fait de ne pas se prendre la tête pour sa tenue. L'homme le rejoignit rapidement, s'asseyant sur les marches du porche pour enfiler une paire de bottes à l'air militaire. Pourtant, le cuir était brodé de fleurs blanches, rendant la paire un peu féminine mais étrangement ça lui allait bien.
L'homme se retourna une dernière fois pour déposer son masque à côté du vide poche à droite de la porte. Theodore s'inquiéta qu'il ne tienne pas sa parole et révèle son identité au troisième rendez-vous et non le quatrième. Pourtant l'homme ne lui fit pas face, enfilant une casquette brune de la même couleur que la chemise à carreaux qu'il tenait sous son bras. Puis, il enfila un genre de masque noir en tissus masquant la partie inférieure de son visage.
L'homme ferma à clé sa maison et vers l'extérieur des barrières de protection. Il en profita pour enfiler sa surchemise, il faisait encore frais en début de soirée malgré les journées chaudes de ce mois de juin. Visiblement Theodore s'était trompé, ils n'allaient pas passer la soirée chez son amant.
«Est-ce que tu te sens à l'aise avec le transplanage d'escorte? Sinon je peux te donner l'adresse.
- Il n'y a pas de soucis.»
Theodore n'était pas à l'aise avec cet accoutrement. Certes, il voyait mieux le regard tendre de son amant, mais ça le gênait de ne pas pouvoir le voir sourire ou rire. Pourtant il ne pipa mot, sachant très bien que c'était à cause de son obstination qu'ils en étaient là. S'il n'était pas aussi entêté, l'homme n'aurait pas à se cacher ainsi. Theodore sortit de ses pensées quand il lui tendit sa main, attendant qu'il s'y tienne pour transplaner.
Quelques secondes plus tard ils se retrouvèrent dans la ruelle d'une petite ville que Theodore supposa être Moldu. Les gens marchant dans les rues étaient habillés de manteau fin, de t-shirt et de casquette. Il n'y avait ni cape, ni robe et encore moins de chapeau pointu. Il sursauta lorsqu'une voiture passa à quelques pas d'eux. Theodore n'était pas inculte, il savait bien ce que c'était. Mais c'était la première fois qu'il en voyait une d'aussi prêt et il n'avait pas imaginé l'engin aussi bruyant.
«Ça va? Tu n'es pas malade?» s'inquiéta l'homme face à son mutisme.
«Je ne suis plus en enfant.» râla Theodore pour la forme, peu habitué qu'on s'inquiète autant pour lui. «Je suis juste surpris du lieu, c'est tout.
- J'imagine. » rit l'homme qui l'entraînait déjà dans la rue.
Ils descendirent en silence l'allée, Theodore trouvant ça étrange que les gens se synchronisent pour touche marcher sur ces bouts chemin pavé et laisse les voitures circuler entre eux sur la partie noire. Il observait les alentours comme un enfant découvrant subitement une nouvelle civilisation.
«Si tu as des questions, tu peux me les poser.»
Theodore jeta un coup d'œil à son amant et se dit que ce n'était pas si mal de ne pas voir son sourire mi-amusé, mi-moqueur par son comportement. Il réalisa soudainement qu'il tenait toujours sa main dans la sienne, la lâchant brusquement.
«Désolé, je n'avais pas remarqué.
- Ce n'est pas grave, on a déjà fait bien plus que de se donner la main.»
Theodore rougit vivement à ce rappel, ne comprenant que trop bien son sous-entendu.
«Si c'est à cause des autres, tu n'as pas besoin de t'en faire.» continua l'homme, enlaçant une nouvelle fois leurs doigts.
«Mais et si quelqu'un nous voit.
- Ce n'est pas un problème ici, personne ne nous connait.» expliqua-t-il, rendant Theodore de plus en plus confus.
« Ce n'est pas un problème pour les moldus deux hommes qui se tiennent la main?
- Quand on était petit, c'était très mal vu. Parfois j'entendais ma famille insulter les homosexuels quand on en croisait dans la rue ou si ça passait à la télé. Mais aujourd'hui ça va beaucoup mieux. Ce n'est pas le cas partout, mais en Angleterre ce n'est plus aussi mal accepté qu'avant. Il y a même des pays où le mariage sont légaux. Ce n'est pas encore le cas au Royaume-Uni mais ça pourrait bien changer dans quelques années, qui sait?» haussa-t-il des épaules. « Donc ce n'est pas un gros problème de se tenir la main, même s'ils restent toujours quelques conservateurs, mais c'est comme partout et dans tous les sujets de société.»
Theodore baissa la tête, se sentant visé par la remarque. Il savait bien que ça n'avait pas été volontaire de sa part, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Lui aussi avait fait parti d'un groupe conservateur qui rejetait tout ce qui était nouveau. Pour les sorciers, c'étaient les Nés-de-Moldus, ici ça semblait être les relations homosexuelles. Il avait honte, mais Theodore préféra ne pas montrer son malaise.
«Une télévision?» releva-t-il plutôt.
«C'est une sorte de tableau rectangulaire où des images peuvent défiler et qui fait du son. C'est un peu comme nos photos, l'image bouge à l'intérieur mais elles durent beaucoup plus longtemps que pour une photo. J'en ai une chez moi, je pourrai te la montrer.
- Pourtant l'électricéti ne fonctionne pas dans le monde magique.» remarqua Theodore, se souvenant de souvent entendre des Nés-Moldus se plaindre de ce fait à Poudlard.
«Ma maison n'est pas magique et ne se trouve pas non plus dans une ville magique. J'ai reçu un peu d'aide des gobelins pour que si j'en fait dans la maison, les appareils s'éteigne automatiquement pour ne pas les casser.»
Theodore tiqua à l'anecdote. Il avait déjà des doutes quant à l'importance de son amant, mais recevoir l'aide des gobelins n'étaient pas rien. Il devait être un très gros client pour recevoir leurs faveurs pour une telle broutille.
«Pourquoi on ne marche pas juste ici et pas là? Il y a moins de monde au milieu» questionna ensuite Theodore, faisant comme l'homme lui avait demandé un peu plus tôt, posant chaque question qui lui passait par l'esprit.
Harry était amusé par son comportement. Il avait l'impression de se revoir lors de sa première visite sur le Chemin de Traverse. Il ne se souvenait même plus du nombre de question complètement stupide qu'il avait posé à Hagrid se jour-là. Alors il comprenait parfaitement la curiosité de Theodore, tâchant de répondre au mieux à ses questions.
La ville n'était pas très grande, à peine quelques milliers d'habitants et ils arrivèrent rapidement au bout de l'allée marchande. Ils arrivèrent devant un grand bâtiment en pierre où Harry les fit entrer. Rapidement, le groupe de lycéens devant eux quitta le guichet pour monter les escaliers à sa droite. Theodore se contentait d'observer les alentours, se demandant ce que pouvait bien représenter tous les posters accrochés aux murs.
«Johny, je ne t'ai presque pas reconnu? Tu as attrapé une grippe?» fit la vieille dame de l'autre côté de la plaque en plexi glace.
«Oui, je n'ai pas été prudent et je me suis découvert un peu trop vite avec l'arrivée des beaux jours. Je vais te prendre deux tickets, un coca, un ice tea et deux popcorns s'il te plaît.
- Bien sûr, quelle taille?
- Moyen.»
La vieille dame hocha la tête, allant préparer la commande.
«Johny? C'est vraiment ton nom?» fit Theodore, n'osant pas se moquer ouvertement mais ne pouvant entièrement cacher son rire.
«Non, Maria est un peu sénile et plutôt que de redemander à chaque fois le prénom des clients, elle en invente. Elle est la retraite depuis quelques années et travaille ici bénévolement pour occuper ses journées.
- C'est légalde faire ça gratuitement ?
- Le cinéma appartient à une association, alors ce n'est pas un souci. C'est sur la base de volontariat. Quand j'étais petit, je venais me cacher derrière le comptoir pour échapper à ma famille. Maria me donnait toujours de quoi grignoter, je crois qu'elle pense que je suis son petit-fils ou quelque chose comme ça.»
Harry s'interrompit, la dame revenant derrière le comptoir. Elle fit glisser les boissons et les popcorns vers eux.
«Ça fera vingt-trois livres cinquante.
- Bien sûr, tu peux garder la monnaie.» fit poliment Harry.
Il attendit patiemment que les billets s'impriment, tendant sa boisson à Theodore.
«Tu sais, je commençais à me faire du mouron en te voyant toujours venir tout seul. Je suis contente que tu te sois fait un ami.
- Ce n'est pas un ami, c'est mon amoureux.» se vanta Harry, montrant leurs mains enlacées à Maria.
«Mais à quoi tu joues?» s'inquiéta Theodore, retirant vivement sa main pour attraper le pot rempli de boule dorées qui sentait le caramel.
«Alors, tu en penses quoi? Il est mignon non?»
Maria remonta ses lunettes sur son nez, plissant les yeux. Elle finit par hocher la tête, un sourire rayonnant aux lèvres.
«Oui, un peu trop même. Je pourrai très bien te le piquer. » plaisanta-t-elle.
«Désolé mamie mais je ne partage pas.
- Quel dommage. » soupira Maria. «Tenez, vos tickets. Profitez bien du film
- A bientôt.
- A bientôt Johny.» les salua-t-elle, discutant déjà avec les prochains clients.
Theodore n'en croyait pas ses yeux, il ne pouvait rien faire d'autres que de suivre bêtement son amant dans les escaliers. Il ne fut capable de parler qu'une fois assit au fond de la grande salle en pente, confortablement installé dans un fauteuil noir.
«Mais à quoi tu joues bon sang. Ça ne va pas la tête de dire ça à une inconnue!
- Ce n'est pas une inconnue, c'est Maria.
- C'est encore pire!» s'alarma Theodore, le visage dépité.
Puis, il se souvint que son amant lui avait dit que ce n'était pas très grave d'être homosexuel chez les Moldus. Mais il avait aussi dit qu'il existait des personnes conservatives et par expériences, les personnes âgées en faisaient généralement parti.
«Maria, elle avait un fils. Il s'est fait lyncher à la sortie d'un bar gay il y a trente ans. Il s'est suicidé peu de temps après. Elle ne nous jugera pas pour ça, bien au contraire. Ça doit lui faire plaisir de voir qu'à notre époque, nous n'avons pas besoin de nous cacher.»
Theodore observait le profil de l'homme et son regard perdu dans le vague. Il n'avait pas connu cet homme et pourtant il semblait profondément triste. Theodore ne pouvait pas nier que lui aussi, il était touché par cette histoire parce qu'ils savaient tous deux que dans le monde sorcier, ça se passait encore comme ça. Ce que cet homme avait vécu il y a des dizaines d'années, c'était leur réalité.
«Désolé, je ne voulais pas m'énerver contre toi. J'étais juste surpris.
- C'est ma faute, j'aurai dû prévoir que tu ne serais peut-être pas à l'aise avec ça. J'étais juste tellement content d'enfin pouvoir lui présenter quelqu'un depuis le temps qu'elle me bassine avec ça.
- Je comprends.» le rassura Theodore.
Il posa ses affaires au sol le temps d'enlever sa veste, mimant Harry.
«Au fait on est où?
- Au cinéma.» répondit-il fièrement.
«Et avec un peu plus de précision ça donne quoi?» pouffa-t-il, toujours aussi perdu.
«C'est comme une télévision, mais en beaucoup plus grand et cool.»
Theodore tenta de se souvenir ce que son amant lui avait expliquer un peu plus tôt, recollant les pièces du puzzle.
«Mais si tu en as une chez toi, pourquoi venir ici?
- Comment expliquer ça…» songea Harry. «Par exemple, on est d'accord que les Bizarr'Sisters passe presque tous les jours à la radio?» Theodore hocha la tête, ne voyant pas où il voulait en venir. «Pourtant, il y a quand même des gens qui vont les voir en concert. Le cinéma c'est pareil. Tout le monde peut voir les films à la télévision, sauf qu'ici il sorte quelques mois en avance et l'atmosphère est totalement différente.
- Je crois que je comprends. Enfin à moitié en tout cas.» Harry pouffa, amusé. «Et sinon, c'est quoi ça?» demanda-t-il ensuite en montrant ce que l'homme lui avait fourré dans les mains.
«Ça c'est coca-cola et ça des popcorns. Il faut boire par la paille, tu as juste à la prendre en bouche et aspirer, juste comme ça.» expliqua Harry, lui faisant une démonstration.
Il explosa de rire quand Theodore essaya d'en faire de même et s'étouffa à moitié, peinant à ne pas renverser son pos de popcorns.
«Désolé, les bulles t'ont surpris?
- Je ne m'y attendais pas.» toussota Theodore, rouge comme une pivoine de ne pas avoir réussi à faire un truc plus simple.
«Tu veux goûter ma boisson, si tu préfères on peut échanger.»
Theodore retenta l'expérience, se méfiant des petites bulles qui lui piqueraient certainement la gorge. Il fut surpris que ce ne soit pas le cas, la boisson de son amant était aussi liquide que de l'eau. Il reconnut un goût de pêche, bien que l'arôme soit masqué par une bonne dose de sucre. Il reprit une gorgée de sa propre boisson, essayant de faire son choix.
«Je pense garder la mienne, son goût est vachement bizarre.
- Si ça te plaît, c'est le principal.» sourit Harry, attendrit par ce côté enfantin qu'il ne connaissait pas à Theodore. «Essaie le popcorn, je suis sûr que tu vas aimer.
- Ça aussi c'est bizarre.» fut sa première constatation. «Mais j'aime bien.
- Parfait.»
Harry s'enfonça dans son siège, satisfait. Au même moment, l'écran s'alluma, le son d'une bande-annonce résonnant dans la salle. Theodore sursauta, prêt à tirer sa baguette si ses mains n'avaient pas été prises.
«Détends-toi, c'est normal.
- Pourquoi c'est aussi fort, ça fait mal aux oreilles.
- Tu vas rapidement t'habituer.» le rassura Harry. «Tu peux mettre ta boisson ici, c'est fait exprès.» lui expliqua-t-il lui montrant le porte gobelet. «Et comme ça, on peut continuer à se tenir la main.»
Theodore observa les alentours par automatisme avant de se souvenir de l'explication de son amant. De toute façon, ils étaient les seuls à s'être assis aussi loin de l'écran et personne ne pouvait les voir.
«C'est ça un film? Juste des histoires pas finies?» fit Theodore après la troisième bande annonce, terriblement frustré de ne pas connaître la fin de cette affaire d'espionnage.
«Il faut chuchoter Theo, on sinon on dérangera les autres personnes.» murmura Harry à son oreille, le faisant frissonner malgré le masque. «Et non, ce n'est pas ça un film. Ce sont des publicités pour donner envie au gens de revenir pour regarder d'autres films. Ils diffusent juste quelques images pour attiser la curiosité. Est-ce qu'il y a l'un de ses films qui t'intéresse?
- Je ne sais pas. Peut-être celui avec les dessins, le premier. Celui avec le petit garçon et le vieil homme, ça avait l'air mignon.
- Tu aimes vraiment beaucoup les choses mignonnes.» remarqua Harry, notant tout de même dans un coin de son esprit que la prochaine fois, ils iraient voir là-haut.
Theodore se souvint subitement avoir dit que Harry Potter lui avait plu par le passé parce qu'il était mignon. Punaise, il n'aurait jamais dû dire ça, cet homme n'arrêtait pas de l'utiliser contre lui pour le taquiner.
«Pourtant tu ne l'es pas et c'est avec toi que je suis assis me demande bien ce que je fais là. » le provoqua-t-il.
Mauvaise idée, une main venant recouvrir ses yeux et une seconde plus tard, une bouche vorace happait la sienne et bon sang, qu'est-ce que ça lui avait manqué. Theodore n'aimait pas quand les choses allaient trop vite dans une relation et pourtant, il faisait tout à l'envers avec cet homme. Pourtant ça ne le dérangeait pas, il ne se reconnaissait plus.
«Tu es là pour profiter de ma merveilleuse personne.
- On croirait entendre Draco.»
Ils pouffèrent à l'unisson, imaginant parfaitement la mine dégoûtée de leur ami s'il entendait ça. Harry fit signe à Theodore de se reconcentrer sur le film qui était sur le point de débuter. Il fut un peu déçu lorsque son amant pris pour la première fois des popcorns dans son propre pot. Il avait espéré pouvoir voir son visage mais ce malin enlevait à chaque fois le côté qu'il ne pouvait pas voir et pour boire, il avait juste à glisser la paille sous son masque.
«Si tu as des questions, n'hésites pas à me les poser. Ce sont des films Moldus, donc il y aura certainement pas mal de chose que tu ne comprendras pas.»
Et en effet, Theodore eut beaucoup de questions à poser. Mais ça ne dérangea pas Harry, aimant le sentir se pencher vers lui un peu plus à chaque fois, son souffle se perdant dans sa nuque. Il avait bien fait de prendre les places les plus éloignés possible du reste de la foule ou sinon, ils se seraient fait jeter dehors pour tous leurs chuchotements.
Ils quittèrent en dernier le cinéma, Theodore déblatérant comme un moulin à parole, complètement fasciné par ce qu'il venait de voir. Il ne comprenait pas qu'il n'existe pas la même chose chez les sorciers, c'étaient une honte pour eux qui se croyaient si avancé par rapport aux Moldus.
«Dis, il y a vraiment des hommes bleus qui vivent sur une autre planète. Comment ça se fait qu'on ne soit pas au courant, nous les sorciers?» fit Theodore en sortant du cinéma, plissant les yeux en tombant face au couché de soleil.
«Attends, tu n'as quand même pas cru que tout ce qui se passait dans le film est réel?» se figea Harry, au bord de l'explosion de rire.
Il ne devait pas se moquer, c'était méchant. Mais c'était difficile de se retenir, ne s'y attendant vraiment pas.
«Tu veux dire que tout est faux?
- Bien sûr! Les films, ce sont comme des romans. On y raconte des aventures imaginaires. Parfois, c'est la réalité, comme on peut écrire une biographie mais c'est rare et ça n'intéresse généralement qu'un public particulier. En général il faut voir ça comme des contes.
- Mais alors, comment ont-ils pu filmer ces hommes bleus? Ils ont bien dû les trouver quelque part?
- Ce sont des costumes, comme pour le théâtre. Les moldus ont des technologies très avancer qui leurs permettent de prendre des photos ou des vidéos et de les modifier après. Par exemple, on pourrait se prendre en photo ici, sauf que c'est moche avec ce panneau au milieu du coucher de soleil et don on l'effacerait de la photo. C'est pareil avec les films, des gens ont pour métier de modifier les images, rajouter des choses, en enlever d'autres, etc…
- C'est fascinant.»
Harry ne fit pas de remarque, même s'il trouvait ça un peu ironique qu'un Nott soit fasciné par des Moldus. Il croirait entendre Arthur Weasley.
«Si ça te va, on pourrait manger chez moi? Tu as envie?»
Theodore analysa la question, il n'était pas stupide. Aller manger chez un homme avec qui il avait déjà couché n'avait pas des centaines de finalités possible. Ce soir, ils allaient à nouveau finir tout nu dans un lit. L'idée n'était pas pour lui déplaire, mais il ne craquerait pas aussi facilement. Theodore avait une fierté à protéger.
«Je ne voudrai pas t'embêter, ça doit être embêtant de cuisiner pour deux.
- Ça ne me dérange pas, mais on peut prendre à emporter si tu veux.» réfléchit l'homme. «Ça te dirait de gouter une spécialité Moldue pour bien finir la soirée. Je te préviens ce sera gras et pas du tout sain, mais absolument délicieux.
- Pourquoi pas, tu attises ma curiosité.
- Parfait, alors direction McDonald's. Ce n'est pas loin, on en a juste pour cinq minutes. »
De toute façon Theodore avait tant de chose à raconter sur le film qu'il se moquait bien de devoir marcher cinq minutes ou une heure. Il n'était que 18h30 et peu de monde était présent dans le fast food, leur permettant de rentrer au chalet bien plus rapidement que prévu.
«Alors c'est ça, l'électricité?» demanda Theodore en voyant son amant appuyé sur un bouton qui fit s'éclairer la maison.
«Oui, c'est ça. En fait, presque tout fonctionne avec de l'électricité, que ce soit l'écran de commande au McDonald's, les lampadaires dans les rues, le projecteur du cinéma ou encore les téléphones tu as vu plus tôt. Mais disons que l'utilisation des ampoules est l'exemple le plus simple à donner quand on parle d'électricité. Tu peux aller te laver les mains dans la cuisine, je vais poser ça au salon.» dit Harry en pointant du menton l'évier.
Theodore trouva ça étrange de ne pas s'installer dans la salle à manger, mais ne discuta pas les directives. Il sursauta en sentant une paire de bras l'enlacer par derrière. Il s'essuya rapidement les mains avec une petite serviette accrocher au-dessus de l'évier et se retourna pour rendre son étreinte à son amant. Il fut surpris de le voir avec le même masque que lors du bal, mais jugea que ce devait être plus facile ainsi pour manger.
«Je peux enfin faire ça.»
Harry avait un sourire pervers au coin des lèvres alors qu'il sentait le souffle de Theodore se bloquer dans sa gorge, anticipant sa prochaine action. Il ne le laissa pas languir plus longtemps, embrassant ses lèvres. Il aima sentir les doigts de Theodore glisser dans son cou, remonter sa nuque et s'enfouir dans ses cheveux, le tirant un peu plus à lui.
«Allons manger.» soupira de plaisir Harry, sachant très bien que s'ils ne s'arrêtaient pas maintenant, alors la nourriture serait froide quand il en aurait fini avec Theodore.
Lui aussi semblait un peu déçu mais ne protesta pas lorsque son amant le tira vers le salon. Il observa Harry triturer une petite machine recouverte de boutons et fut clairement intrigué quand la télévision s'alluma.
«Tu as parlé d'un dessin animé plus tôt… La bande annonce que tu as aimé, c'est comme ça qu'on appelle ce genre de film.» précisa Harry face à son air perdu. «Alors j'en ai choisi un qui pourrait te plaire. C'est dans un monde où les jouets pour enfants ont leur propre conscience et on suit leurs aventures.
- C'est ton préféré?
- J'aime bien Toy's Story mais ce n'est pas mon préféré.
- On ne pourrait pas plutôt regarder celui-là à la place.»
Harry fut pris de court par la question, ne s'y attendant pas. Il hésitait un peu, mais songea que Theodore n'aurait aucune idée de ce qu'était la différence entre un Disney pour fille et un pour garçon.
- Bien sû peux déjà commencer à manger en attendant.»
Harry se dirigea vers la bibliothèque dans un coin du salon. Il n'était pas un grand cinéphile mais au fil du temps et à force de passer des soirées seules, il avait fini par cumuler une belle petite collection.
- Quelle est l'histoire?» demanda Theo, un frite à la main.
«Ça raconte l'histoire de Mulan, une fille chinoise qui se fait passer pour un homme pour rejoindre l'armée. Elle veut empêcher son père de partir à la guerre parce qu'il est blessé et ne peut pas bien marcher. Alors elle se fait passer pour son fils et va combattre à sa place à une époque où les femmes n'avaient pas le droit de porter d'armes. Mais en réalité, plus que de vouloir aider son père elle voulait échapper au mariage arranger que ses parents préparaient pour elle.
- Et pourquoi est-ce que c'est ton préféré? Tu étais amoureux de l'héroïne?» le taquina Theodore, se souvenant lui-même avoir aimé quelques romans enfant juste parce que la princesse était décrite comme la plus belle du royaume.
«Si j'avais dû être amoureux de quelqu'un, ça aurait été du soldat qui deviendra son capitaine.» pouffa Harry. «En réalité, c'est le premier film que je n'ai jamais vu. Je t'ai dit que j'allais parfois au cinéma en cachette. C'est le film qui était jouer la première fois que je m'y suis rendu et ça m'a donné envie d'avoir autant de courage que Mulan. J'avais envie de prendre la fuite comme elle et de devenir quelqu'un d'autre. C'était un peu stupide comme idée, mais elle me donnait confiance en moi.»
Theodore ne sut que répondre, l'observant manier le disque comme s'il allait se briser à toute instant. Son amant ne mentait pas, il semblait vraiment attaché à ce film. Il s'était déjà fait la réflexion tantôt mais la vie de cet homme n'avait pas l'air d'avoir été rose. Sinon, un gamin n'aurait pas à fuir sa famille pour rechercher du réconfort auprès d'une vieille femme qu'il ne connaissait même pas. Il pouvait le comprendre, lui aussi rêvait d'être aspirer par ses livres de contes et de fuir la réalité quand il était petit. Parfois, ça lui arrivait encore de penser ainsi, il l'avait déjà fait en partant pour les Etats-Unis à peine majeur et Theodore craignait parfois d'avoir un jour à refaire la même chose.
«Alors, tu aimes?» le sortit de ses pensées Harry en s'asseyant à ses côtés.
«C'est gras comme tu l'avais dit.
- Et …?
- Et j'aime bien ça.» soupira Theodore.
«Personne ne peut résister à la mal bouffe.» rit Harry, lançant le film.
Theodore ne sut trop comment cela arriva, mais une heure plus tard, il se retrouva allongé sur le canapé, blottit contre le torse de Harry qui regardait la télévision par-dessus son épaule. Il rit en sentant une main se faufiler sous son t-shirt, la paume froide chatouillant son estomac. Pourtant son amant ne tenta rien de plus, se contentant de le serrer un peu plus fort sous le plaid qui les protégeait de cette soirée fraîche de début d'été.
«Quand ils vont découvrir que c'est un homme ils auront tellement la honte de s'être fait éclater à l'entraînement par une fille.» rit-il à la fin de la chanson, continuant de fredonner l'air.
Harry ne dit rien, ne voulant pas raconter sans faire exprès la suite de l'histoire. Il enfuit son nez dans la nuque de Theodore, fermant les yeux. C'était la première fois depuis des années qu'il se sentait si serein. Habituellement, il n'y avait qu'avec les enfants de Ron et Ginny ou avec Teddy qu'il arrivait à se détendre de cette façon. Les adultes avaient toujours des attentes et plus le temps passait, plus Harry craignait de ne jamais pouvoir les combler entièrement.
Mais avec Theodore, c'était différent. Il ne le connaissait pas, il n'attendait rien de lui hormis ce qu'il avait à offrir. Il craignait le moment où il devrait lui annoncer la vérité, qu'il était Harry Potter, un adolescent qu'il avait haï. Mais aussi un jeune adulte qu'il avait apprécié, du moins physiquement. Harry craignait que cette paix cesse d'un jour à l'autre, mais à cet instant même ces pensées sombres ne pouvaient pas miner son moral. Parce que Theodore était dans ses bras et que rien d'autre ne comptait autant que cela.
«… Monsieur?» s'inquiéta Theodore, ayant vraiment l'impression de parler dans le vide depuis que le dessin animé avait pris fin dix minutes plus tôt.
N'ayant toujours pas de réponse, il se tortilla dans le canapé en veillant à ne pas tomber dans la manœuvre. Il ne fut pas surpris de tomber face au visage endormi de son inconnu. Enfin, plutôt face à ses paupières clauses derrière son masque. C'était l'occasion ou jamais, Theodore aurait juste à lui le retirer et il aurait enfin la réponse à toutes ses questions. La tentation était grande et il se doutait de plus en plus qu'il n'obtiendrait jamais la réponse de lui-même.
Pourtant, il ne put se résigner à découvrir la vérité ainsi. Ce serait tricher et Theodore avait beau être un Serpentard, il avait aussi sa fierté. Il lui resterait encore quelques jours jusqu'à leur quatrième rencontre. D'ici là, Theodore ferait tout son possible pour découvrir son identité.
Il soupira, visiblement c'était foutu pour sa partie de jambe en l'air. Il entoura la taille de son homme de ses bras, blottissant sa joue contre sa poitrine qui s'élevait et s'abaissait lentement. Ce n'était pas grave, s'endormir ainsi était tout aussi agréable que de tomber d'épuisement dans la baignoire. Il faisait si chaud tout contre lui, leurs magies ronronnant en se mélangeant, se câlinant. C'était si agréable.
XXXXXXX
Theodore se réveilla avec la douce odeur de pancake grillant dans une poêle. Il se redressa difficilement, les jambes emmêlées dans la couverture. Il observa les alentours, souriant en voyant Harry s'afférer dans la cuisine. De là, il ne voyait que son dos, ses cheveux humides dégoulinant dans sa nuque. C'est fou que ça ne le dérange pas de sentir les gouttes mouillées le haut de son t-shirt, lui il détestait cette sensation.
Theodore se leva et fit le tour du bar séparant la cuisine du salon, allant se serrer contre son homme, son plaid toujours sur les épaules. Il avait plus pendant la nuit et le ciel était gris ce matin, rafraîchissant l'atmosphère.
«Bonjour Theodore.» fit la voix particulièrement grave de matin de l'inconnu. «Je suis désolé de t'avoir réveillé, j'ai fait trop de bruit?»
Theodore secoua la tête contre lui, les paupières encore alourdies par le sommeil. Il resta un long moment ainsi. En réalité, il ne bougea pas jusqu'à ce que le saladier de pâte à pancakes fût vide et qu'il n'eut d'autres choix que de rejoindre la table. Harry lui posa une pile de pancake devant le nez, un bol de fruit à sa droite et diverse garniture entre eux. Il attrapa la crème chantilly et en badigeonna généreusement la crêpe sur le sommet de la pile y déposant quelques fraises des bois.
«Je suis content que ça te plaise.» s'amusa Harry, l'observant déguster son petit-déjeuner les yeux clos pour mieux savourer le goût. «Tu veux boire quelque chose? J'ai du jus de citrouille, du café ou du thé?
- Est-ce que tu as ce truc moldu que tu m'as fait boire hier?»
Harry explosa de rire, ne s'y attendant vraiment pas.
«Je n'ai pas de coca, désolé. De toute façon, ce n'est pas bon pour la santé, il vaut mieux en boire uniquement lors d'occasions spéciales.»
Theodore fit la moue, un peu frustré.
«Dans ce cas, je vais prendre du jus.
- Bien sûr, je t'apporte ça amour.»
Theodore toussota pour éviter de s'étouffer, il avait complètement oublié la manie de l'homme de lui donner des surnoms les plus stupides et romantiques les uns que les autres. Pourtant il ne protesta pas, craignant d'entendre un sobriquet encore plus niais. Theodore n'avait pas beaucoup d'appétit le matin, alors il fut le premier à finir, tendant son assiette vers Harry. Il n'avait pas réussi à terminer les trois derniers pancakes.
«D'ailleurs, je suis désolé pour hier soir, je n'ai pas remarqué que je m'endormais.
- Aucun soucis, c'était agréable de s'endormir comme ça.» Puis Theodore eut une idée. «Tout compte fait, je ne suis pas certain de pouvoir te pardonner.»
Harry lui lança un regard un peu perdu derrière son masque. Il ne retint pas son sourire en sentant le pied de Theodore frôler le sien et remonter le long de sa jambe.
«Tu devais être déçu que notre soirée s'écourte comme ça. Est-ce que tu avais des plans pour après le film?»
Harry attrapa sa cheville, plaçant de lui-même le pied de son amant sur son membre qui ne tarderait pas à s'éveiller, il le savait. Theodore lui rendit son rictus lubrique, glissant contre son entre-jambe.
«Oui, j'avais beaucoup de plans.
- Je pourrai peut-être me rattraper, je ne voudrai pas te mettre en colère.»
Harry glissa un doigt dans sa chaussette, la retirant lentement, ne lâchant pas du regard Theodore.
«Vraiment? Tu pourrais faire ça, je ne sais pas si c'est le moment, tu n'as toujours pas fini de petit-déjeuner. Je ne voudrai pas te priver de ton repas.»
Harry ne tint plus, il fit le tour de la table et souleva Theodore pour l'asseoir sur la table, se moquant bien de bousculer les couverts. Il se pressa contre lui, aimant sentir les jambes de Theodore s'enrouler autour de sa taille afin de faire frictionner leurs bassins.
«Je m'en fiche du repas.» grogna-t-il en se frottant un peu plus à lui.
Theodore leva les bras, l'invitant clairement à le déshabiller. Un sourire coquin aux lèvres, il trempa ses doigts dans le bol de chantilly, s'en badigeonnant sur la poitrine.
« Même ce repas-là?»
Harry sentait le sang battre contre ses tempes, l'excitation lui faisait perdre la tête. Il avait adoré le Theodore prude et timide au lit. Mais ce Theo-là était tout aussi charmant. Il aimait lui laisser le contrôle, répondre à ses pulsions et obéir à chacun de ses désirs. Il adora encore plus écouter ses soupirs de plaisirs se perdre dans le silence de la cuisine alors qu'il léchait chaque parcelle de peau à sa portée. Un rire rauque lui échappa quand Theodore remit de la chantilly sur sa poitrine, l'invitant clairement à continuer à embrasser, sucer et lécher ses tétons.
«Tu me rends fou.» soupira-t-il de plaisir alors que Theodore continuait de l'allumer en frottant son membre de sa cuisse.
«Déshabille-toi, je veux te sentir contre moi.» ordonna Theodore, adorant être le dominant cette fois-ci.
Harry obéit bien sagement, faisant passer son t-shirt par-dessus ses épaules, se moquant bien qu'il finisse par terre. Il voulut revenir se blottir contre son amant, mais celui-ci le repoussa d'une main.
«J'ai dit, déshabille-toi.
- Je t'aime tellement.» ne put que répondre Harry, des cœurs dans les yeux.
Son jogging glissa rapidement sur ses hanches, laissant son amant admirer son corps. Il ne portait pas de caleçon et cela semblait exciter encore d'avantage Theodore qui le tira brusquement à lui, leurs dents s'entrechoquant dans la manœuvre. Mais aucun des deux n'y prêta attention, se serrant comme s'il n'y avait pas de lendemain.
«Moi aussi, moi aussi.» gémit Theodore entre deux baisers, Harry obéissant dans la seconde.
Il tira sur son jean, entraînant sa culotte dans la manœuvre. Il ne prit même pas la peine de le déshabiller complètement, ne supportant pas de se séparer une seconde de plus de ces bras qui l'enlaçaient avec tant de passion. Harry attrapa leurs membres et les masturba l'un contre l'autre, assaillant le corps de Theodore de baisers brûlant. Ils étaient si excités qu'ils savaient tous deux ne pas pouvoir tenir bien longtemps.
«Theodore, Theodore.» répétait Harry comme une litanie entre chaque baiser, comme pour s'assurer que cet instant était bien réel, que ce n'était pas un rêve. Et Theodore répondait à chacun de ses appels, haletant et couvert de sueur mais ne pouvant se résigner ignorer ses suppliques, se lovant de plus en plus dans ses bras.
«Il faut que je prenne une douche.» haleta Theodore, le corps devenu mou de Harry reposant dans ses bras.
«Tu me laisses te joindre à toi?
- Pourquoi pas.» rit Theodore, se doutant déjà que ce ne serait pas une simple douche.
Pourtant, il se retrouva bien sagement assit entre les jambes de son amant dans la baignoire, aucune main baladeuse venant troubler le calme de l'instant. Theodore était un petit peu perturbé, ça ne lui ressemblait pas vraiment de ne rien tenter vu à quel point il avait été demandeur ce soir-là en rentrant du bal masqué. Puis il se dit que peut-être son amant attendait qu'il prenne les devants une fois de plus, comme tout à l'heure.
Avec hésitation, il tira la main de son amant à lui et la fit glisser jusqu'à son entrejambe. Harry ne manifestait aucune résistance, se laissant guider au rythme de Theodore. Cela lui donna un peu plus de confiance en lui, comprenant que si son amant ne le touchait pas ce n'était pas par manque d'envie, mais parce qu'il devait lui aussi apprendre à exprimer ses envies. Theodore prit une profonde inspiration, n'en revenant pas lui-même de ce qu'il était sur le point de faire. Il déplaça la main de plus en plus bas, choisissant le majeur de Harry et doucement, l'inséra en lui. Il ne relâcha son souffle que lorsqu'il fut entièrement en lui, réitérant l'expérience.
Il sourit en sentant le doigt se mouvoir de lui-même en lui bien que ce fut toujours à Theodore de donner le rythme qu'il désirait. Il rejeta sa tête en arrière lorsque le majeur frotta cette zone en lui qui lui faisait tant de bien. Theodore adora la vue. Harry ne le quittait pas des yeux, ses pupilles dilatées par le désir et qui ne quittaient pas son sourire satisfait. Il avait le souffle erratique comme s'il s'était lui qui était en train de se masturber avec la main d'un autre. Il était si facile à excité et c'était dans ces moments-là que Theodore ne doutait plus du désir qu'il réveillait chez cet homme.
«Embrasse-moi.»
Comme dans la cuisine, il lui obéit sans rechigner, attirant son menton à lui de sa main libre, le doigt se faisant de plus en plus presser en lui. Audacieux, Theodore guida son index également en lui, lui tirant une longue plainte.
«Fais-moi jouir. Je veux ressentir le même plaisir que cette nuit-là.»
Il n'eut pas besoin de se répéter, la main se libérant de son contrôle pour entrer en lui avec l'angle qui lui ferait le plus de bien. Pourtant Theodore n'était pas satisfait, il voulait plus que juste embrasser son homme, ce n'était pas suffisant. Il se retourna maladroitement dans la baignoire, glissant sur ses parois savonneuses. Harry l'aida à se percher sur ses cuisses, récompensé par la poigne de Theodore qui s'activa sur son propre membre, le faisant gémir tout contre sa bouche. Il aima sentir son sourire satisfait contre ses lèvres. Si l'entendre exprimer son plaisir était ce qui excitait Theodore, alors il ne s'en priverait pas, couinant et soupirant sous lui, suppliant pour la jouissance.
«S'il te plaît Theo, j'y suis presque.
- On doit jouir ensemble.»
Il n'en fallut pas plus pour que la main libre de Harry quitte sa nuque. Il le fit se lever, s'agenouillant devant lui et le plaquant contre le mur derrière la baignoire pour qu'il ne tombe pas. Harry fit glisser sa main le long de son mollet, poussant le pied de Theodore à reprendre l'activité qu'ils avaient abandonné tantôt dans la cuisine pendant que lui-même prenait le sexe de son amant en bouche, ses doigts retrouvant rapidement leur place en lui.
«Tu es un tel pervers.» ricana Theodore, ses orteils glissant le long de son pénis jusqu'à y presser la plante, le faisant gémir de plus belle. Il aima sentir les gémissements de son amant se répercuté sur son propre sexe. «Alors c'est ça ton truc, te faire marcher dessus?
- Seulement si c'est toi.
- Je ne t'ai pas autorisé à t'arrêter. » grogna-t-il, faisant pression à l'arrière du crâne de Harry pour qu'il reprenne sa tâche. Punaise, il allait devenir addicte à cette sensation.
Theodore réalisait que c'était la première fois de sa vie qu'il avait un tel contrôle à sa portée, d'autant plus pendant un rapport sexuel. Peut-être qu'avec ses précédents partenaires c'était lui qui les pénétrait, il n'avait en réalité jamais été le dominant. Harry lui offrait un tout nouveau plaisir, celui de maîtriser parfaitement la situation.
«Je vais jouir.» le prévint-il, puis il se dit que c'était à lui de décider de toute façon, il n'avait pas à le prévenir. «Je veux que tu avales tout jusqu'à la dernière goutte.»
Et Harry obéit, jouissant de concert avec son amant comme il le lui avait demandé. Il n'avait pas l'habitude de se laisser dominer ainsi mais si c'était pour Theodore, ça ne le dérangeait pas. Il était totalement addicte, le moindre geste de sa part le comblant d'affection et de désir.
«C'était bon pour toi aussi?
- Tellement bon.» sourit Harry, se blottissant contre la cuisse de son amant.
Il accueillit avec plaisir le baiser de Theodore, ne rouspétant pas alors qu'il tirait son visage vers l'arrière pour avoir un meilleur accès à sa bouche. S'il continuait ainsi, il allait rebander. Theodore semblait aussi en avoir conscience puisqu'il le poussa à reprendre sa place contre le dos de la baignoire, se réinstallant entre ses jambes. Harry le savonna et lui lava les cheveux en veillant à ne pas lui mettre de shampoing dans les yeux, embrassant sa tempe ou son épaule lorsque l'envie de le dévorer se faisait trop forte.
«La mère de Draco m'a invité pour le déjeuner. Je n'ai pas envie d'y aller.» bouda Theodore.
«
Theodore soupira, s'adossant contre le mur de l'ascenseur. Son rendez-vous avec le juge Pekford avait traîné en longueur et il quittait le Ministère à heure de pointe. La cage se remplit rapidement si bien que deux étages plus haut il se retrouvait coincé contre la paroi. C'est en levant les yeux de ses chaussures qu'il remarqua un homme en robe pourpre à l'autre bout de l'ascenseur, juste devant la porte. Il n'y avait aucun doute, il s'agissait bel et bien de Harry Potter. Il voyait à peine son profil à travers la petite foule, mais ça ne faisait aucun doute.
Maintenant qu'il le regardait d'un peu plus prêt, Theodore le trouvait changer. Ce n'était pas seulement sa taille. Mais Potter avait une barbe désormais et son regard semblait bien plus dur qu'à l'époque de Poudlard. Il discutait à voix basse avec un de ses collègues et la discussion semblait sérieuse vu sa mine grave. Pourtant Potter ne laissait rien de cette gravité, le visage de marbre. Il lui ressemblait quand il avait fait son entrée à Poudlard. A l'époque Theodore craignait de se faire des amis et de voir tous ses secrets étalés au grand jour. Son expression impassible était son armure. Il se demandait bien ce qui avait pu arriver au Survivant en dix ans pour qu'il change autant, lui qui était si bruyant et joyeux dans les couloirs de Poudlard.
Potter sembla jeter un coup d'œil vers le sol avant de claquer la langue. Il sortit sa baguette et lança un tempus, l'heure s'affichant dans les airs. Visiblement il avait oublié sa montre, s'amusa Theodore. Pourtant l'amusement fut de courte durée. Ce filament de magie qui échappa à Potter, il la connaissait par cœur désormais.
Potter était son inconnu!
Theodore avait la tête qui lui tournait et il avait l'impression que le monde s'effondrait sous lui. Ce n'était pas possible, non, il refusait d'y croire. Potter n'aurait jamais fait ça. Il était le Survivant, l'Elu, le Sauveur! Il n'avait pas le temps pour jouer à de tels jeux avec un ancien Mangemort. Ça ne faisait aucun sens, Theodore s'enfonçait dans un brouillard de doutes qui ne semblait pas avoir de porte de sortie.
Il avait besoin d'air, tout de suite. Il tenta bien de transplaner, complètement en panique mais les barrières du Ministère l'en empêcha. A peine les portes de l'ascenseur s'ouvrirent qu'il se jeta à l'extérieur, la tête basse pour que Potter ne puisse pas le reconnaître. Theodore fonça vers les cheminées et baragouina sa destination. Il ne sut par quel miracle mais il finit à bon port, s'échouant sur le tapis de son salon.
Il ne savait plus que penser, les pensées tourbillonnant dans son esprit.
«C'est impossible. C'est impossible.» répétait-il en boucle.
Et pourtant plus il y pensait et plus ça avait du sens. Tout s'expliquait! Le baise-main, l'observer à distance à Poudlard, ils n'étaient pas amis, son côté bien trop franc et effronté pour être autre chose qu'un Gryffondor, le feu d'artifice demandé à Draco pour leur première rencontre, les iris émeraude, les cicatrices et sa manie de cacher sa magie c'était parce qu'il était un fichu Auror, le rire si familier, ses tenues Moldues, être riche à l'extrême et pourtant vivre si simplement. C'était du Harry Potter et lui, il n'avait rien vu. Non, il s'était voilé la face. Il n'avait pas voulu y croire.
Theodore se sentait tellement stupide, trahi. Potter avait dû bien se marrer pendant tout ce temps, à lui tourner autour et lui faire croire qu'il y avait quelqu'un qui l'attendait. Ça avait été trop beau, si beau que Theodore aurait dû savoir que ça n'était pas vrai. Potter était un enfoiré de première, il le savait bien pourtant. Il avait haï les Serpentards pendant sept ans, mais Theodore n'aurait jamais imaginé que sa haine dure si longtemps. Et lui, il s'était fait avoir comme un bleu. Tellement pathétique.
Il ne sut combien de temps il resta prostré sur le sol, mais lorsqu'un hibou toquant à la fenêtre le sortit de ses pensées, Theodore peina à tenir sur ses jambes ankylosées. Il réussi avec peine à atteindre la fenêtre, essuyant ses joues humides d'un revers de manches.
«Bonjour Theodore,
J'espère que tu vas bien en cette belle journée. La mienne n'a qu'un seul point noir, tu me manques terriblement.
Voudrais-tu me rencontrer ce soir si tu as du temps libre? J'ai reçu des framboises et des fraises de la mère d'un ami. Je crois me souvenir avoir dit aimer les fruits rouges. Je pourrais faire une tarte pour le dessert, qu'en penses-tu?
Freyja va certainement rester un peu avec toi en attente de ta réponse. Elle a l'air un peu sévère, mais elle est en réalité un vrai cœur d'artichaud.
En espérant recevoir de bonnes nouvelles,
Ton inconnu.»
Theodore éclata de rire, se tordant nerveusement en avant. En tout cas, cet enfoiré savait comment écrire pour qu'il lui tombe dans les bras.
«Des framboises et des fraises, c'est vraiment comme ça que tu comptes m'avoir Potter?» grogna-t-il, retournant déjà le parchemin pour griffonner sa réponse.
«Bonjour,
Je suis désolé mais j'ai déjà des plans pour ce soir. Mais j'aimerai beaucoup goûter à cette tarte ce week-end si ça te va.
Theodore.»
C'était un peu froid mais il ne s'imaginait pas rentrer plus longtemps dans son jeu tordu. C'était logique que Potter lui propose un rendez-vous aussi précipitamment. Ils étaient censés se rencontrer le lendemain. Le rendez-vous avait été pris à la dernière minute mais la secrétaire du bureau des Aurors n'avaient pas trouver de dates qui convenaient la semaine suivante. Certainement que Potter craignait qu'il découvre la vérité en le rencontrant en personne et que Theodore pique un scandale sur son lieu de travail. Et puis, il avait dit qu'il lui dirait la vérité au quatrième rendez-vous, le faire au bureau ne devait pas être dans ses plans.
«Il va voir cet enfoiré, je vais l'humilier devant tous ses collègues.» ricana méchamment Theodore, fixant le papier à la patte du petit hibou.
Elle tenta bien de lui picorer les doigts pour lui réclamer une caresse, mais Theodore n'était pas d'humeur. Ce n'était pas la faute de ce hibou, mais il avait peur de lui briser le crâne tant faire du mal à Potter le soulagerait à cet instant.
Il avait une vengeance à préparer, il n'avait pas le temps pour ses broutilles. Theodore se dirigea vers son dressing. S'il devait humilier Potter, il devrait au moins porter la tenue la plus coûteuse de sa garde-robe. Il ne le laisserait pas s'en tirer comme ça.
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«Monsieur Potter vous attend.» sourit la secrétaire, ne s'offusquant pas de sa mine sombre.
Elle toqua trois coups à une porte au fond du couloir avant de l'ouvrir. Theodore la remercia d'un hochement de tête en la dépassant. Il était un peu frustré, Potter étant un capitaine il avait un bureau personnel et sa secrétaire refermant la porte derrière lui, ils étaient seuls. Tant pis pour l'humiliation publique.
«Monsieur Nott, un plaisir de vous rencontrer.» sourit Harry, pourtant Theodore n'était pas dupe, il était mal à l'aise.
Potter quitta son bureau pour l'accueillir et lui tendre sa main. Mais Theodore ne prit pas la peine de la serrer, la rejetant d'une tape.
«Ça te fait marrer?»
Potter perdit toute couleur, l'air complètement perdu.
«Alors, tu sais?
- Oui, je sais.» claqua Theodore.
«Je suis désolé, je ne voulais pas que notre première rencontre officielle se passe ainsi. J'imaginais un cadre un peu plus… propice.»
Theodore fulminait, cet enfoiré ne voyait-il donc pas qu'il n'en avait rien à faire d'où ou comment le rencontrer à visage découvert.
«Tu es désolé? Ça te va bien de dire ça après t'être foutu de moi comme ça!» craqua-t-il, la colère faisant trembler ses épaules. Ses ongles s'enfonçaient dans ses paumes tant il était en colère, mais Theodore se moquait royalement de se blesser à cet instant. «J'espère que je t'ai bien fait rire, que j'ai valu la peine de perdre ton temps avec moi. C'était fun de me mettre dans ton lit, de me faire supplier comme une chienne en chaleur? Ça doit être le graal pour un Gryffondor, tes copains ont apprécié l'histoire?
- Attends, attends, de quoi tu parles?» s'alarma le Survivant, tentant de lui attraper la main pour le calmer.
Mais Theodore ne se laissa pas faire, reculant d'un pas. Alors cet enfoiré allait nier jusqu'au bout. Il n'allait même pas assumer. Il ne savait pas à quoi il s'attendait.
«Ne t'avise même pas de me toucher, enfoiré. Putain, je me sens tellement minable. Comment j'ai pu penser que quelqu'un d'aussi parfait puisse exister et qu'en plus, il veuille de moi. Tellement pathétique.»
Non, ce n'était pas ce qu'il voulait dire. Theodore ne voulait pas craquer, il voulait l'insulter jusqu'au bout. Mais c'était trop dur, il n'y arrivait pas. Il ne voulait pas lui montrer à quel point il l'avait blessé et en même temps, Theodore n'arrivait pas à le cacher.
«Tu m'as fait croire à tellement de choses! J'étais prêt à t'offrir mon cul et toi, tu pensais qu'à ton jeu stupide. Tu m'as humilié et moi je m'en foutais royalement parce que je pensais que ce n'était vraiment pas grave de faire des choses aussi … aussi humiliante si c'était toi. J'y ai cru et je me sens tellement con. Va te faire foutre Potter!» hurla-t-il, au bord des larmes.
Theodore tourna les talons, prêt à tout laisser en plan, cet enfoiré, son interview, la victime qu'il était censé défendre et pour qui ces informations étaient importantes. Pour le moment, il voulait juste se trouver n'importe où sauf ici. Mais la poigne de Potter sur son poignet l'en empêchant, lui faisant faire face à son cauchemar une fois de plus.
«Désolé, désolé.» baragouina Potter en lui lâchant le bras. «Tu ne veux plus que je te touche, désolé. Juste, est-ce qu'on pourrait discuter. Je ne sais pas ce qu'on t'a dit mais ce n'est pas du tout ce que tu crois.
- Pas besoin de me raconter quoi que ce soit. Je suis un Serpentard, je sais reconnaître un connard manipulateur quand j'en vois un.»
C'était faux, le plus vile des mensonges. Theodore n'avait jamais su juger les gens et c'est pourquoi il se retrouvait blessé encore et encore. Cette fois-ci ne faisait pas exception.
«Je suis désolé si je t'ai donné cette impression, mais je suis vraiment sérieux à ton propos Theodore.
- Je t'interdis de dire mon nom.» grinça Theodore, refusant de penser à toutes ces fois où cet immonde personnage l'avait appelé ainsi lors de leurs étreintes charnelles.
«Désolé, je ne le ferai plus. Je voulais vraiment te dire la vérité, vraiment. Mais ça semblait bien te plaire le premier soir, alors je comptais le faire le lendemain matin. Mais tu es parti et dans les toilettes du bar, ça semblait stupide de le faire à ce moment-là. Et tu disais vouloir le découvrir par toi-même et je voulais te faire plaisir. C'est pour ça que je t'ai proposé ce rendez-vous supplémentaire. Mais hier, je voulais vraiment te le dire mais tu ne pouvais pas et je ne savais plus quoi faire. Je suis tellement désolé, j'aurai dû te le dire tout de suite.»
Potter parlait vite et mâchait ses mots, comme s'il craignait de ne pas avoir le temps de dire tout ce qu'il avait sur le cœur. Il n'avait pas tort, Theodore avait envie de tout sauf d'entendre ses excuses minables.
«Laisse tomber Potter, plus besoin de jouer au gentil. Je ne me ferai pas avoir une deuxième fois.» claqua Theodore, la voix aussi tranchante qu'un poignard. «Je dirai à un collègue de venir faire cette fichue interview. Je dirai que je n'ai pas réussi à rester de marbre face au Saint Survivant. Qui pourrait faire face à une telle star sans trembler de peur.» se moqua Theodore, l'ironie tordant son expression colérique.
«Non, attends. Je vais appeler un collègue, il pourra t'en dire autant que moi.»
Harry ne lui laissa pas le temps de répondre, le dépassant déjà.
«Pourquoi faire ça?» ne put que demander Theodore alors qu'il était déjà à moitié hors de son bureau.
«Ce serait mauvais pour ton image devant tes collègues.» fut la seule réponse de Potter.
«Enfoiré.» grogna-t-il, n'en revenant que Potter joue encore au héros et au martyr dans cette situation. «Il aurait dû devenir acteur, pas Auror.» marmonna Theodore dans sa barbe.
Comme Potter l'avait promis, il revint cinq minutes plus tard en compagnie d'une Aurore aux cheveux blonds et aux visages parsemées de taches de rousseur.
«Brittany, je te présente Theodore Nott. Il est l'avocat de Miss Reiners, il aurait quelques questions sur le dossier. Je compte sur toi pour lui répondre au mieux. Monsieur Nott, voici la lieutenant Schaffer, c'est elle qui s'est occupé de l'enquête sur le terrain. Elle sera certainement plus à même de vous aider que moi-même. Bien je vous laisse, vous pouvez utiliser mon bureau. Le dossier est posé dessus.
- Et vous chef?
- J'ai une urgence, je te laisse gérer. Vous pouvez prendre votre temps, je ne pense pas que je repasserai par ici aujourd'hui.»
Schaffer sembla un peu sceptique mais ne contredit pas son chef. Ce devait être rare qu'un capitaine soit appelé en urgence ainsi avant même de passer par ses lieutenants. Harry ne s'attarda pas plus, déguerpissant en vitesse à travers les couloirs du Ministère. Theodore ne fit rien pour le retenir, acceptant facilement le siège que l'Auror lui pointait. Il travaillait désormais, il penserait à tout cela plus tard. Tout ce qui était sûr pour l'instant, c'est qu'il ne comptait plus revoir ce manipulateur, alors plus besoin de se creuser la tête à son sujet.
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