Chapitre 58 : Christine
La nuit s'étendait sur Gotham, comme une chape oppressante enveloppant chaque coin sombre de la ville. Dans une petite salle exiguë du centre d'appels d'urgence, un opérateur, épuisé par une longue journée de travail, décrocha pour répondre à ce qui semblait être un appel de routine. Pourtant, ce qu'il entendit lui fit lever un sourcil d'incrédulité.
« Il y a une voiture... Elle essaie de me tuer ! Elle... elle s'appelle Christine ! » La voix, paniquée, hachée par des sanglots et des respirations saccadées, appartenait à un homme au bord de la crise de nerfs. « Je... je suis au motel Dusk... Elle est là ! Elle m'a retrouvé, je ne sais pas comment mais... elle va me tuer ! »
L'opérateur réprima un éclat de rire nerveux. Des appels étranges, il en avait reçu par dizaines. Mais celui-ci ? Une voiture meurtrière ? Il secoua la tête, jetant un regard amusé à son collègue qui lui faisait un signe interrogatif.
« Monsieur, vous êtes sûr qu'il s'agit d'une voiture ? Peut-être que vous avez été victime d'un... »
« Elle a déjà tué des gens ! Vous m'entendez ?! Elle m'a suivi à travers la ville, elle ne s'arrête jamais ! » L'homme parlait si vite que ses mots se chevauchaient. « C'est Christine ! Elle est vivante ! Je vous en supplie, envoyez quelqu'un ! »
L'opérateur poussa un soupir et fit un effort pour se montrer professionnel. « Très bien, monsieur. Restez calme et à l'intérieur du motel. Nous allons transmettre votre appel. »
Il raccrocha, toujours perplexe. Mais par précaution, il nota les détails de l'appel et les transmit au commissaire James Gordon. À Gotham, les choses les plus étranges pouvaient parfois être vraies.
James Gordon lut le rapport avec un froncement de sourcils. Une voiture nommée Christine, traquant un homme dans un motel miteux de Gotham. Ce genre d'histoires absurdes, il en avait entendu plus d'une au fil des ans. Mais quelque chose dans cet appel – peut-être la peur palpable dans la voix de l'homme, ou la simple habitude de toujours prendre ces cas au sérieux – le poussa à réfléchir.
Il se redressa dans son fauteuil, alluma une cigarette et expira lentement. Ses années de service lui avaient appris que Gotham cachait parfois des vérités que même la fiction la plus invraisemblable ne pouvait imaginer. Et puis, il se souvenait de certaines affaires surnaturelles qu'il n'aurait jamais pu résoudre seul, sans l'aide d'une figure singulière : Gabriel, un ancien policier devenu... autre chose.
Gordon saisit son téléphone, et tapota rapidement un message à son vieil ami.
Gabriel, j'ai reçu une information étrange. Un homme dans un motel prétend être poursuivi par une voiture nommée Christine. Cela semble ridicule, mais avec tout ce que nous avons vu... Je préfère que tu jettes un œil.
Quelques instants plus tard, son téléphone vibra. Un message simple, mais suffisant.
Je m'en charge.
Dracula, autrefois un homme ordinaire, maintenant une créature immortelle et un protecteur secret des innocents, se tenait sur le toit d'un immeuble, scrutant la ville qui s'étendait en contrebas. Gotham était un nid de ténèbres, un lieu où des forces surnaturelles pouvaient prospérer sans être détectées. Mais ce soir, il avait été appelé pour quelque chose d'étrangement banal.
« Une voiture meurtrière, » murmura-t-il pour lui-même, un léger sourire aux lèvres. Bien que cela semble absurde, Gabriel savait mieux que quiconque que certaines forces maléfiques pouvaient habiter les objets les plus anodins. L'histoire de Christine, telle que rapportée par Gordon, éveillait en lui une curiosité sourde. Il ne croyait jamais rien avant d'avoir vu de ses propres yeux.
L'idée d'une voiture possédée ne l'effrayait pas. C'était simplement une autre anomalie, une autre tâche qu'il devait accomplir pour maintenir l'équilibre entre le monde des vivants et les ténèbres qui l'entouraient.
La nuit avait déployé son voile sur Gotham, et le motel Dusk, avec ses néons clignotants, semblait plus délabré que jamais. Gabriel traversa la cour avec son pas silencieux, ses bottes ne produisant aucun son sur le gravier. L'endroit exhalait l'abandon, avec des voitures rouillées garées ça et là, et des fenêtres ternies par la poussière. Il se dirigea vers la porte numérotée que Gordon lui avait indiquée.
Gabriel frappa doucement. Quelques secondes s'écoulèrent avant qu'une silhouette tremblante n'apparaisse à travers le rideau déchiré. L'homme qui ouvrit la porte avait des cernes prononcés, ses yeux rougis par la peur et le manque de sommeil. Il semblait avoir vieilli prématurément sous le poids de la terreur.
« Vous... vous êtes là pour Christine, n'est-ce pas ? » balbutia-t-il en reculant légèrement. Son regard vacilla entre la silhouette imposante de Gabriel et l'obscurité au-delà de la porte, comme s'il s'attendait à voir la voiture surgir à tout instant.
Gabriel hocha la tête, son expression impassible. « Parlez-moi d'elle. »
L'homme ferma précipitamment la porte derrière eux, vérifiant frénétiquement les verrous avant de s'effondrer sur une chaise près du lit. « Elle... elle va me tuer. Je sais que ça semble fou, mais c'est vrai ! Cette voiture, elle est vivante. Je l'ai vue tuer des gens, je l'ai vue se réparer après avoir été détruite. Rien ne peut l'arrêter. »
Gabriel resta debout, ses yeux sombres fixant l'homme avec une intensité froide. « Calmez-vous. Expliquez-moi tout depuis le début. »
L'homme hocha la tête, essuyant les gouttes de sueur qui perlaient sur son front. « J'ai acheté la voiture à un vieil homme. Il m'avait prévenu qu'elle était dangereuse, qu'elle avait un passé... mais je ne l'ai pas écouté. Je pensais que c'était juste un tas de ferraille. Une Plymouth Fury de 1958, rouge. Une belle bête, en apparence. Mais... dès que je l'ai ramenée chez moi, les choses ont mal tourné. »
Il se tordait les mains, visiblement traumatisé par ses souvenirs. « Au début, c'était des petites choses. Elle démarrerait seule, la radio s'allumerait et cracherait des chansons des années 50. Puis... elle a commencé à bouger toute seule. Je pensais que c'était une sorte de dysfonctionnement, mais non. Elle a tué mon voisin... l'a écrasé contre un mur. Quand j'ai essayé de m'enfuir, elle m'a suivi. Partout où je vais, elle me retrouve. Elle... elle veut ma mort. »
Gabriel observa l'homme pendant un moment, sentant la vérité dans ses paroles. Ce n'était pas la panique d'un fou, mais bien la terreur d'un homme traqué par une force qu'il ne comprenait pas. Le vampire s'avança doucement, ses pas calculés, s'arrêtant devant la fenêtre du motel. Derrière le rideau déchiré, il jeta un regard dans la cour déserte, où seules quelques voitures délabrées étaient visibles.
« Cette voiture, Christine, » reprit Gabriel. « Elle semble bien plus qu'une simple machine. Une entité malveillante l'habite. »
L'homme se redressa, hochant frénétiquement la tête. « Oui, c'est ça ! C'est comme si... elle avait une âme, mais une âme démoniaque. Elle se répare toute seule, je l'ai vue après des accidents. Rien ne l'arrête. Elle tue quiconque s'approche d'elle ou essaie de m'aider. »
Gabriel resta silencieux un moment, scrutant l'obscurité avec une intensité surnaturelle. Il sentait une présence autour de lui, une énergie pesante. Même s'il n'avait pas encore vu Christine de ses propres yeux, il savait qu'elle n'était pas loin. La malveillance qu'elle dégageait imprégnait l'air.
« Pourquoi vous ? » demanda-t-il calmement, tout en gardant son attention sur l'extérieur.
L'homme secoua la tête, impuissant. « Je ne sais pas. Peut-être que c'est parce que je l'ai achetée, ou peut-être que c'est parce que je suis son nouveau propriétaire. Je... je ne sais pas pourquoi elle me veut, mais je sais qu'elle ne s'arrêtera pas tant qu'elle ne m'aura pas tué. »
Gabriel croisa les bras, ses pensées parcourant les possibilités. La voiture semblait agir avec une volonté propre, une force ancienne et incompréhensible habitant cette machine moderne. Une forme de mal pure, sans explication rationnelle.
« Christine, » murmura Gabriel en tournant légèrement la tête vers l'homme. « Cette voiture... elle n'est pas simplement un objet mécanique. Quelque chose de plus ancien l'habite, une énergie ou une entité qui n'a pas besoin d'être humaine pour agir. »
L'homme frissonna, ses yeux s'écarquillant d'horreur. « Vous croyez... vous croyez que je peux m'en sortir ? »
Gabriel ne répondit pas immédiatement. Il savait que certaines forces étaient si profondément enracinées dans le mal qu'elles ne pouvaient être vaincues que par la destruction totale. « Je vais m'occuper de Christine, » dit-il finalement, son ton calme et déterminé.
Il se retourna vers la porte, prêt à sortir dans la nuit. L'homme, toujours terrifié, tenta de protester. « Vous ne comprenez pas, elle est invincible ! Vous ne pouvez pas la tuer ! »
Gabriel jeta un dernier regard froid sur lui. « Aucun mal n'est invincible. »
Et avec cette déclaration, il ouvrit la porte et disparut dans les ténèbres, prêt à affronter Christine, cette menace mécanique qui rôdait quelque part dans la nuit de Gotham.
Les ruelles sombres de Gotham semblaient se resserrer autour de Gabrielalors qu'il marchait en silence, suivant les traces subtiles laissées par Christine. Il pouvait sentir une énergie étrange dans l'air, une malveillance diffuse qui le guidait à travers la ville. Bien que le vent froid fouettait les rues désertes, Gabriel restait imperturbable, ses pensées tournées vers cette entité inhabituelle. Une voiture meurtrière. C'était une notion absurde, mais le monde dans lequel il vivait était peuplé de phénomènes bien plus étranges.
Il avait passé les dernières heures à consulter des archives de la ville, plongeant dans les registres des ventes de voitures et des incidents inhabituels liés à la Plymouth Fury rouge de 1958. Les informations étaient rares, mais celles qu'il avait trouvées étaient troublantes. Christine n'était pas une simple machine. Dès sa création, quelque chose de profondément maléfique semblait l'habiter.
Un rapport d'usine avait retenu son attention. Christine, à l'époque, faisait partie de la première série de Plymouth Fury produite en 1958. Mais contrairement aux autres modèles de la chaîne de production, elle avait été impliquée dans un accident étrange avant même d'être terminée. Un ouvrier, un certain James Cunningham, avait été retrouvé mort sur la chaîne, écrasé sous la voiture, son corps horriblement mutilé. Ce qui rendait cet incident encore plus troublant, c'est qu'aucune raison mécanique ne pouvait expliquer comment la voiture s'était détachée pour le tuer.
Le dossier indiquait que les travailleurs de l'usine avaient rapporté d'autres incidents autour de Christine. Des outils disparus, des blessures inexplicables, des comportements inhabituels de la voiture pendant les tests. Elle semblait... consciente, en quelque sorte. Le fait que ces événements remontaient à l'assemblage même de Christine la rendait encore plus dérangeante. Aucun rituel, aucune intervention surnaturelle directe n'avait été nécessaire pour l'envoûter. Elle était tout simplement... née maléfique.
« Une entité sans origine magique claire, » murmura Gabriel pour lui-même, ses pensées vagabondant alors qu'il traversait une rue sombre. Il avait rencontré d'innombrables formes de mal, mais celle-ci semblait différente. Le mal qui habitait Christine n'était pas le résultat d'un sort ou d'un pacte. C'était une sorte de corruption innée, une abomination issue du métal et de la machine. Cela le fascinait.
Le fait que la voiture ait pu exister pendant des décennies, tuant des propriétaires successifs et poursuivant ceux qui la possédaient, prouvait qu'elle était bien plus qu'un simple objet. Christine avait survécu aux décennies, tuant de manière imprévisible et échappant à toute logique humaine. Pour Gabriel, cela représentait un défi unique, quelque chose qui nécessitait une approche plus subtile qu'un simple affrontement physique.
Il s'arrêta un instant au milieu de la rue. Ses yeux perçants, habitués aux ténèbres, scrutèrent l'horizon. Il sentait que Christine n'était pas loin. Il pouvait percevoir la signature maléfique de l'entité, une sorte de vibration sinistre qui flottait dans l'air. Gabriel continua sa marche, son pas aussi silencieux que la mort elle-même, se concentrant sur cette présence.
Les rues de Gotham semblaient s'étirer à l'infini, chaque ruelle se ressemblant dans une symphonie d'ombres et de silence. Puis, au loin, Gabriel la vit.
Christine.
Elle se tenait là, une Plymouth Fury de 1958, rouge comme le sang, ses phares allumés perçant l'obscurité comme des yeux de prédateur. La voiture était stationnée à l'ombre d'un bâtiment délabré, immobile mais étrangement vivante. Il y avait quelque chose d'inexplicablement sinistre dans sa simple présence, une aura de menace qui semblait émaner du métal et de la peinture lustrée. Gabriel sentit cette énergie maléfique se concentrer autour d'elle, comme si la voiture elle-même guettait sa prochaine proie.
Sans un mot, Gabriel s'avança lentement vers elle, chaque pas calculé. Christine ne bougea pas, mais il pouvait sentir une tension palpable dans l'air, comme si la voiture attendait le bon moment pour agir. Il s'arrêta à quelques mètres d'elle, ses yeux plongés dans les phares brillants.
Lentement, presque avec précaution, Christine roula en avant. Ce n'était pas un mouvement brusque ou agressif, mais quelque chose de plus insidieux, comme un prédateur prenant son temps pour jauger sa victime. Gabriel ne bougea pas, restant aussi immobile qu'une statue, ses yeux fixés sur la voiture.
« Alors, c'est toi, Christine, » murmura-t-il dans le vent. « Une machine née du mal. Fascinant. »
Christine semblait répondre à sa présence. La voiture se mit à rouler lentement le long de la rue, ses pneus crissant à peine contre le bitume. Elle ne fonça pas sur lui comme elle l'avait fait avec ses autres victimes. Non, elle se déplaçait avec une certaine intelligence, comme si elle évaluait la menace que représentait Gabriel.
Il la regarda s'éloigner lentement, roulant à travers les rues désertes, presque comme si elle le narguait, le défiant de la suivre. Gabriel plissa les yeux, calculant ses prochaines actions. Il savait qu'il ne s'agissait pas d'un simple véhicule maudit. Christine était une abomination mécanique, une entité complexe qui ne pourrait être arrêtée par une simple confrontation physique. Il devait la suivre, découvrir où elle allait, et surtout, comment briser l'emprise du mal qui l'habitait.
D'un geste fluide, il disparut dans les ombres, suivant Christine à une distance prudente. La voiture était plus qu'une simple machine. Elle incarnait une forme de mal que Gabriel n'avait jamais rencontrée, mais il savait une chose : toute entité maléfique, peu importe sa nature, avait un point faible.
Il n'avait plus qu'à le trouver.
Les rues désertes de Gotham formaient un labyrinthe de béton et d'acier, un terrain de jeu pour Christine. Dans ce quartier abandonné, l'atmosphère semblait se resserrer, pesante et oppressante, alors que le bruit du moteur de la Plymouth Fury résonnait dans le silence de la nuit. Gabriel, dissimulé dans l'ombre d'un bâtiment en ruines, observait attentivement la voiture rouge sang. Christine, telle une bête en chasse, rôdait, ses phares éclairant sporadiquement les ruelles sombres, cherchant sa proie.
Il savait qu'elle l'avait déjà repéré. L'énergie malveillante qui émanait d'elle vibrait dans l'air, comme un avertissement sourd. Puis, d'un coup, les phares de Christine s'éteignirent. Gabriel, concentré, resta immobile. Un silence glaçant s'installa.
Soudain, avec un rugissement mécanique, Christine surgit des ténèbres, accélérant brutalement dans sa direction. Ses pneus crissèrent violemment sur l'asphalte, propulsant la voiture à une vitesse fulgurante. Ses phares se rallumèrent comme deux yeux rouges fixés sur leur cible.
Gabriel esquiva d'un bond gracieux, sa vitesse vampirique lui permettant de se déplacer presque instantanément. Christine manqua de peu de l'écraser contre un mur, s'arrêtant juste avant l'impact dans un crissement de pneus. Elle se redressa immédiatement, prête à repartir à l'assaut. Son moteur vrombissait, une menace palpable.
Christine attaqua à nouveau, fonçant droit sur lui. Gabriel, ses réflexes affinés par des siècles de combats, sauta dans les airs, ses ailes démoniaques se déployant dans une grande envergure pour le maintenir au-dessus du sol. La voiture passa en trombe sous lui, sans le toucher. Mais Christine n'était pas une adversaire ordinaire. Elle pivota avec une rapidité surprenante, roulant à nouveau vers lui sans relâcher la pression.
Gabriel retomba au sol, souple et rapide, mais il savait que simplement esquiver ne suffirait pas. Cette entité maléfique ne s'épuiserait pas. Il lui fallait une autre stratégie.
Christine fonça une fois de plus, mais cette fois, Gabriel était prêt. Il invoqua ses Chaos Claws, ses mains se transformant en griffes flamboyantes entourées d'une énergie destructrice. Il attendit que Christine soit assez proche, puis, avec un rugissement féroce, il frappa violemment sur le capot de la voiture. Le métal se tordit sous la puissance de l'impact, envoyant des étincelles dans toutes les directions.
Pourtant, avant même que Gabriel ne puisse reculer, il vit avec stupéfaction le métal de Christine se reformer, ses griffes n'ayant laissé aucune marque durable. La voiture semblait invincible, capable de se régénérer instantanément après chaque coup. Elle n'était pas soumise aux lois de la physique ou de la logique humaine. Elle était bien plus qu'une machine.
Christine s'éloigna de quelques mètres, son moteur grondant plus fort, comme si elle s'amusait de la situation. Elle attendit un instant, laissant le vampire comprendre que ses attaques physiques ne suffiraient pas. Puis, elle accéléra à nouveau, ses phares s'intensifiant comme des flammes dans la nuit.
Gabriel esquiva une fois de plus, roulant sur le côté, mais cette fois, Christine ajusta sa trajectoire immédiatement, lui coupant la route avec une rapidité presque surnaturelle. Il n'avait jamais vu une entité aussi implacable. Chaque fois qu'il tentait de la détruire, elle revenait, plus agressive, plus rapide.
Il savait qu'il devait agir différemment. Les Chaos Claws ne suffiraient pas. Ses réflexions se bousculaient. Il devait identifier la source du pouvoir de Christine. Cette voiture n'était pas simplement un objet possédé ; elle semblait animée d'une volonté propre, comme une force ancienne et maléfique emprisonnée dans le métal. Il lui fallait quelque chose de plus puissant, de plus précis.
Christine se lança à nouveau vers lui, mais cette fois Gabriel invoqua la Mist Form. Son corps se transforma en brume, intangible, permettant à la voiture de passer à travers lui sans faire de dégâts. Alors qu'elle s'éloignait à toute vitesse, Gabriel reprit sa forme physique, observant la voiture effectuer un virage serré dans un crissement de pneus strident. Elle revenait, infatigable.
« Très bien, » murmura-t-il pour lui-même, son regard s'intensifiant. « Si tu ne peux pas être détruite par la force brute, alors il me faudra attaquer autrement. »
La tension monta d'un cran. Christine semblait avoir compris que Gabriel préparait quelque chose, car elle redoubla d'agressivité. Elle accéléra encore, sa carrosserie luisant sous les lampadaires mourants de la rue déserte. Cette fois, elle visait à le coincer contre un mur, à l'écraser pour de bon.
Gabriel attendit, calculant chaque mouvement. Il pouvait sentir l'énergie maléfique qui pulsait en elle, un mal qu'il ne pouvait ignorer. Alors que Christine approchait à toute vitesse, il invoqua la Void Sword, une arme capable de drainer l'énergie des êtres surnaturels. La lame noire apparut dans sa main, crépitant d'une énergie sombre, prête à frapper.
Christine freina d'un coup sec.
Elle tourna sur elle-même, changeant de direction avec une aisance surnaturelle, comme pour tenter de fuir Gabriel.
La voiture fonça dans une ruelle sombre, ses pneus crissant et projetant des éclats de goudron derrière elle. Elle roulait à une vitesse fulgurante, déterminée à échapper à l'arme qui menaçait de la détruire. Mais Gabriel ne la laisserait pas s'en tirer. Utilisant sa vitesse vampirique, il se lança à sa poursuite, ses pas rapides et silencieux ne laissant aucune trace.
La poursuite était acharnée. Christine zigzaguait à travers les rues, essayant d'échapper à son poursuivant. Mais Gabriel restait implacable, ne laissant jamais la voiture hors de sa vue. Chaque virage, chaque ruelle, il anticipait ses mouvements, s'approchant peu à peu, ses yeux fixés sur son objectif : le moteur de la voiture, là où résidait l'essence maléfique.
Soudain, Christine tenta une ultime manœuvre désespérée. Elle se jeta dans une ruelle étroite, ses pneus crissant alors qu'elle accélérait encore, se dirigeant vers une impasse. C'était comme si elle espérait que Gabriel abandonne la chasse, qu'il soit trop lent pour la suivre dans cet espace restreint. Mais elle avait sous-estimé son adversaire.
Gabriel, en un mouvement rapide, déploya ses ailes démoniaques. Il s'envola au-dessus des bâtiments de la ruelle, prenant de la hauteur pour anticiper les mouvements de la voiture. Du haut de son perchoir, il observa Christine se coincer dans l'impasse, ses phares balayant frénétiquement les murs autour d'elle. C'était le moment qu'il attendait.
D'un bond puissant, Gabriel redescendit vers le sol, atterrissant avec grâce juste devant la voiture. Christine tenta de faire marche arrière, ses pneus criant sur l'asphalte, mais il était trop tard. Gabriel leva la Void Sword, et avec une précision parfaite, il plongea la lame directement dans le capot de la voiture, visant le moteur avec une force implacable.
Un cri métallique strident résonna dans l'air, un bruit qui n'avait rien de mécanique. C'était comme un hurlement de douleur, émanant non pas de la voiture elle-même, mais de l'essence maléfique qui l'habitait. Des éclairs d'énergie noire jaillirent du moteur, entourant la voiture dans un halo sombre et sinistre. Gabriel sentit la résistance de la voiture, l'entité maléfique essayant de repousser l'attaque, mais la Void Sword continuait de drainer son énergie vitale.
Christine, autrefois si rapide et dangereuse, semblait perdre peu à peu de sa puissance. Son moteur, autrefois rugissant, émit des bruits de plus en plus faibles, comme un souffle mourant. Ses phares, autrefois flamboyants, vacillèrent puis s'éteignirent dans un dernier scintillement, plongeant la ruelle dans l'obscurité. Le mal qui animait la voiture se dissipait peu à peu, absorbé par la Void Sword, qui semblait se nourrir de cette énergie.
Gabriel enfonça la lame plus profondément, concentrant son pouvoir pour extirper chaque parcelle de mal qui restait en Christine. Le capot de la voiture se tordit sous la pression, des morceaux de métal se désintégrant sous l'effet du pouvoir de la Void Sword. Finalement, dans un ultime gémissement métallique, Christine s'immobilisa complètement, sa carcasse fumante, réduite à un simple objet inerte.
Le silence retomba brutalement. Gabriel se redressa, retirant la Void Sword du moteur désormais inutilisable. La voiture n'était plus qu'un amas de ferraille vide, son essence maléfique ayant été drainée jusqu'à la dernière goutte. L'énergie sombre qui l'animait s'était évanouie, laissant derrière elle un calme sinistre.
Gabriel contempla un instant la carcasse de Christine. Elle avait été une menace redoutable, mais au final, même ce mal moderne n'avait pas pu résister à la puissance millénaire de Dracula. Il rengaina la Void Sword, satisfait du résultat. La Plymouth Fury n'était plus qu'une relique brisée, dépouillée de toute forme de vie ou de malédiction.
Il savait que l'homme terrifié dans le motel pouvait désormais sortir de sa cachette sans crainte. Christine ne reviendrait plus. La ville de Gotham, du moins pour cette nuit, avait été débarrassée d'une menace supplémentaire.
Gabriel jeta un dernier regard à la voiture avant de disparaître dans l'ombre. La tâche était accomplie. Le mal, qu'il soit ancien ou moderne, ne pourrait jamais prospérer tant qu'il serait là pour le combattre.
Gabriel sortit un téléphone de sa poche et composa un message rapide à l'intention de Gordon.
Gabriel : "La menace est neutralisée. Christine ne posera plus de problèmes. L'homme au motel peut sortir sans crainte."
Quelques minutes plus tard, le téléphone vibra doucement dans sa main. Le commissaire Gordon répondit, avec une pointe de soulagement perceptible à travers son message.
Gordon : "Merci, Gabriel. Encore une fois, ta présence a sauvé Gotham d'une menace que je n'aurais jamais crue possible. Je suppose qu'on ne pourra jamais deviner d'où vient le mal dans cette ville."
Gabriel esquissa un sourire mince en lisant les mots de Gordon. Il connaissait bien ce sentiment de perplexité face à l'inexplicable. Même lui, après des siècles d'existence, avait été surpris par cette voiture meurtrière. La source exacte de ce maléfice restait un mystère. Pourquoi Christine ? Pourquoi cette Plymouth Fury de 1958, et pas une autre voiture de la chaîne de production ? Il n'avait pas trouvé de trace de rituel ou de sorcellerie liée à sa création, ni de lien avec un propriétaire maudit. C'était comme si le mal avait imprégné cet objet dès sa naissance, sans raison apparente. Et peut-être était-ce cela qui rendait cette rencontre si troublante.
Christine, telle qu'il l'avait rencontrée, symbolisait quelque chose de plus profond : la capacité du mal à s'infiltrer dans le quotidien, à transformer des objets inoffensifs en instruments de terreur. Cette idée, bien qu'étrange, n'était pas nouvelle pour lui. Le mal, dans toutes ses formes, pouvait surgir de n'importe où. La société humaine elle-même pouvait donner naissance à des monstres, que ce soit par négligence, par haine ou par simple cruauté.
Gabriel tourna les talons, quittant la ruelle silencieuse. Alors qu'il s'éloignait de la carcasse inerte de Christine, il repensa à ses nombreuses batailles, à la longue liste d'ennemis qu'il avait affrontés, du plus ancien au plus moderne. Ce combat contre Christine était différent, certes, mais en fin de compte, le résultat restait le même. Le mal avait été purgé.
Marchant dans les ruelles sombres de Gotham, il sentait la ville respirer à nouveau. Gotham, avec ses mystères insondables et ses ténèbres rampantes, restait un nid de corruption. Mais tant que Gabriel serait là, prêt à répondre à l'appel de son vieil ami Gordon, aucune force, qu'elle soit surnaturelle ou mécanique, ne pourrait l'écraser.
La lune était haute dans le ciel, et l'air froid mordait la peau comme des griffes invisibles. Gabriel, enveloppé dans son manteau sombre, disparut dans la nuit, ses pas aussi silencieux que le vent. Il savait que ce ne serait pas la dernière fois que Gotham l'appellerait. Les ténèbres pouvaient revêtir des formes multiples — des hommes maudits, des bêtes venues des âges anciens, ou, comme cette nuit, des objets inanimés animés par une force maléfique.
Alors qu'il s'éloignait du quartier abandonné, Gabriel laissa ses pensées dériver vers les menaces à venir. Il y aurait toujours quelque chose d'autre. Une autre créature, une autre entité à affronter. Peut-être pas aussi inexplicable que Christine, mais tout aussi dangereuse. Et il serait là, prêt à l'affronter, implacable et déterminé à protéger ceux qui en avaient besoin.
Le vent souffla à travers les ruelles, emportant avec lui les vestiges du combat qui venait de s'achever. Christine, la voiture maléfique, n'était plus qu'un tas de métal inerte, incapable de faire du mal à nouveau. Gotham, pour cette nuit au moins, pouvait respirer un peu plus facilement.
Dracula, fidèle à lui-même, savait qu'il n'y avait pas de repos pour ceux qui marchaient dans les ténèbres. Mais il acceptait cette destinée avec calme et détermination. Car, au bout du compte, tant qu'il était là, aucune force, qu'elle soit ancrée dans l'ancien monde ou issue de la modernité, ne pourrait triompher sans qu'il ne se dresse en rempart.
Avec Christine neutralisée, la nuit semblait soudain plus paisible, mais Gabriel savait que c'était une paix éphémère. Il reprit sa route, prêt à affronter la prochaine menace, quoi qu'elle puisse être. Les ténèbres, après tout, étaient son domaine.
