Le repas s'était terminé, il y avait déjà deux heures. La bande de Dadan s'était endormie, après tout l'alcool qu'elle avait ingurgité. Yureï, une bouteille dans la main droite, se tenait sur le toit, regardant les étoiles en soupirant. C'était calme... Pourtant, elle n'arrivait pas à dormir. Un pincement dans son ventre, un pressentiment, la maintenait éveillée. Rien ne bougeait cependant, ne l'aidant pas à se calmer. Pourquoi elle sentait que quelque chose n'allait pas lui plaire ?

Soudain, une silhouette se détacha sous le clair de lune. De taille assez petite, elle comprit vite qu'il s'agissait d'Ace. Il sortait en pleine nuit, comme le disait Dadan... Alors, elle se mit à le suivre, dans l'ombre, là où son regard ne tomberait jamais sur elle. Elle le vit parcourir la sombre forêt en direction du Grey Terminal. Dans les jours derniers, Dadan lui avait expliqué qu'il s'agissait de la déchèterie des nobles de la Ville Haute, qui existait depuis bien longtemps mais qui n'avait de nom officiel que depuis moins d'une dizaine d'années. Curieuse, elle ne le quitta pas des yeux, jusqu'à ce qu'il arrive au niveau de cette espèce de clairière recouverte de déchets... Elle cacha donc ses cheveux dans sa grande capuche, capuche d'un pull qu'elle avait piqué à sa sœur ainée, lui permettant de cacher la moitié de son visage au besoin. Elle suivit donc le petit ainsi.

Le petit rentra alors dans la ville, en profitant de la négligence des gardes. Cela la fit sourire. Oui, ce gamin n'était vraiment pas dénué d'intérêt... Elle rentra à son tour, grâce à la même technique. Cependant, elle l'avait perdu de vue. Arpentant les rues, elle finit par entendre sa voix dans un des bars, d'une rue qu'elle considérait comme malfamée rien qu'à son apparence assez délabrée.

- Et si Gold Roger avait eu un fils ?

Oh. Elle s'arrêta devant la porte, sonnée par la question. Bon, au moins, il était au courant pour son père... Mais pourquoi demandait-il cela ? Durant ces quelques secondes, l'homme à qui avait dû parlé Ace se mit à rire, de ce genre de rire gras et grossier que l'on n'aime pas entendre.

- Si ce monstre avait eu un fils ? Eh bah, il aurait pas eu le droit de vivre ! Un monstre ne peut engendrer qu'un monstre !

Pardon...? D'une impulsion du bras, la porte frappa le mur tandis qu'elle s'avançait telle une furie, sans même plus réfléchir. Elle passa près de Ace, sans le toucher avant d'attraper l'enfoiré qui venait de transgresser une de ses limites.

- Espèce de sac à merde... Comment ça, un monstre ? Hein ? Comment ça ! Se mit-elle à hurler, de façon exponentielle, hors d'elle.

- Lâche-moi, espèce de ...

- Espèce de quoi, hein ? Vas-y. Insulte-moi. Donne-moi une nouvelle raison de te refaire le portrait.

Ace, derrière elle, ne comprenait pas sa réaction. Jamais qui que ce soit n'avait réagi de manière aussi mauvaise. Alors lorsqu'elle lança l'homme à travers le bar, encore fulminante, il attrapa le bas de sa veste, sans comprendre. Elle s'arrêta lorsqu'elle sentit la pression de Ace. Elle se tourna alors, et en le voyant, son visage s'adoucit, instantanément.

- Pourquoi tu l'as frappé ?

Elle serra les poings. Cette question, elle n'aurait pas voulu l'entendre de sa bouche. Pas dans ce contexte. Elle soupira avant de soulever Ace dans ses bras comme s'il ne pesait rien.

- Viens. On en discutera plus loin. Cet endroit ne vaut pas la peine qu'on y reste plus longtemps.

Aucun d'eux ne fit attention au regard plein de haine que leur porta l'autre qu'elle avait envoyé valser. Ace se laissa faire, tandis que Yureï ne semblait pas vouloir le lâcher. Lorsqu'elle sortit finalement de la Ville Haute, elle posa Ace au sol, avant de lui prendre la main pour l'emmener jusque dans la forêt.

- Tu m'amènes où ? Demanda Ace, docile en voyant l'état perturbé de la jeune femme.

- Dans un endroit que j'aime beaucoup sur cette île... Répondit-elle, la voix presque éteinte.

Ils finirent par déboucher sur une falaise, avec en dessous la Lune, maintenant bien avancée. Elle lâcha la main de Ace avant de se laisser tomber à genoux devant lui, l'inspectant sous toutes les coutures, lentement. Il n'était pas blessé cette fois. Elle lâcha un soupir de soulagement avant de le prendre dans ses bras, brusquement.

- Pourquoi n'aurais-je pas du le frapper, à tes yeux ?

- Tout le monde pense comme lui.

- Faux. Je ne pense pas comme lui et crois-moi, j'en connais tant qui sont du même avis que moi... Tu mérites de vivre...

- Alors...

- Oui, je sais, Ace. J'ai toujours su pour tes parents.

Ace se détacha d'elle, un peu déboussolé. Une goutte avait perlé sur son épaule, et lorsqu'il vit son visage, il l'a vit entrain de pleurer.

- Ace, promets-moi de m'écouter.

Ace ne bougea pas, la regardant si torturée, si peinée, devant lui.

- Plus jamais, ne pense que tu mérites pas de vivre.