- Alors comme ça on évite sa mère et ses obligations ? Oh, mais ça sent très bon ici... Fit-elle, sans s'occuper des propos de sa fille cadette.

La femme aux cheveux blanchis par l'âge poussa sa fille du passage avant de s'engouffrer à l'intérieur du bar. Yureï prit une immense respiration pour se calmer, deux doigts pinçant l'arrête de son nez. Le maire, dans un coin, préféra s'éclipser dehors, prétextant aller chercher quelque chose. La matriarche s'assit à une table, posant ses pieds sur la table, avant de sortir une bouteille d'alcool de sous son manteau, qu'elle ouvrit d'un geste habitué.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Comment ça qu'est-ce que je fais ici ? C'est tout ce que tu as à dire à ta mère, après huit ans ?

- Même après cinquante ans, j'aurais rien eu à te dire. Siffla Yureï, en croisant les bras sous sa poitrine, en se remettant face à elle.

La silhouette de la vieille femme se figea avant de se relever, sans même se tourner vers la jeune femme.

- Tu me détestes tant que ça ?

- T'imagines même pas. Maintenant, sors d'ici Curly Yakira, avant que mon fils n'arrive.

Un éclat de rire amer transperça le silence dans la pièce, rameutant Makino, intriguée. Elle fit alors face à une femme aux cheveux blancs, assez épaisse, aux épaules larges, les lèvres gercées et le regard aussi chocolat que la rousse qui lui tournait son dos. Elle remarqua la posture quasi défensive qu'avait Yureï, loin de la rassurer.

- Yureï, qui est cette femme ?

- Parce que tu as un rejeton, maintenant ? Il est de qui ? Le rouquin de ton ancien équipage ?

- Ferme la. Rien d'important, Makino, je gère, ne t'en fais pas.

- Non, je ne suis pas importante, je suis juste ta mère, Yureï, et j'aimerais plus de respect de ta part !

- Très bien, chère mère... Allons dehors.

Yureï, sans demander son reste, sortit de la bâtisse, ralentissant ses pas dans la neige aplatie. Elle entendit vaguement les pas de sa mère, la suivant. Elle attendit d'être suffisamment loin du bar avant de se tourner vers la femme qui l'avait élevée.

- Comment tu m'as retrouvée ?

- J'ai fait fabriqué une Vivre Card à partir de cheveux restés sur ta brosse.

- Alors tu m'as suivie tout ce temps... C'était quoi le projet ? Me forcer à me marier avec un de ces connard de Goa ?

- Au départ, oui.

- Tss... Et après, tu me demandes de te témoigner du respect ? Tu vas faire quoi maintenant ? Hein ?

La mère soupira un grand coup avant de plonger son regard dans les yeux méfiants de sa cadette.

- De qui est l'enfant ?

- Ca ne te regarde pas.

- Il s'est barré, c'est ça ? Comme ton père ?

- Ne compare ma vie et la tienne, je t'en serais grée. Ace est mon fils, point.

- Si tu voulais tant un enfant, pourquoi ne m'as-tu pas...

- Je t'ai déjà dit que ces putains de nobles ne m'intéressaient pas. Tu ne m'as jamais écoutée. Pourquoi t'aurais-je dit quoi que ce soit, avant de partir vivre ma vie ?

- Tu étais heureuse ?

Yureï s'arrêta dans sa tirade, ébranlée.

- Pardon ?

- Est-ce que ta vie de pirate t'a rendue heureuse ?

- Oui, bien sur que...

- Tant mieux, alors... Je suis rassurée...

Et c'était là que Yureï vit sa mère lui faire un vrai sourire. Le premier depuis bien longtemps.

- J'avais peur pour toi, quand j'ai compris que tu étais ce Fantôme dans l'équipage de ce taré de Roi des Pirates.

- Fait attention à ce que tu dis.

- Pardon, je ne voulais pas être offensante...

- Tu n'as fait que ça depuis que t'es arrivée. C'est un peu tard pour t'excuser.

- Tu ne me laisseras pas le voir, n'est-ce pas ?

- Qui ça ?

- Ton fils, pardi.

Yureï ne répondit pas instantanément.

- C'est son premier Noël. Aucune envie que tu le lui gâches.

- Et si je te jurais de me tenir à carreaux ? Je ne te demandes pas d'être à la même table que vous...

- Parce que tu veux manger ce repas du réveillon avec nous, en plus ?

- Je veux voir comment mes filles vivent. Je sais bien que Dadan est toujours ici aussi, ne me regarde pas comme ça.

Yureï soupira en s'accroupissant sur ses jambes pour prendre appui sur ses derniers. Trop d'infos d'un coup...

- Yureï... Si tu ne veux pas que je vous parle, je ne le ferais pas. Je veux juste voir comment toi, ta sœur et ton fils vivez ici... Ensuite, je ne vous ennuierais plus, ni toi, ni ta sœur, si c'est ce que vous souhaitez.

- Je ne te comprendrais jamais... Bordel, même mon capitaine était compréhensible et prévisible à côté de toi...

La jeune femme prit une immense inspiration pour faire le tri dans ses pensées, avant de se redresser et de recroiser le regard de sa mère, attendant sa réponse sagement.

- Très bien, mais à la moindre incartade, je te jettes dans la Mer directement. Tu auras le droit de parler avec Ace, seulement si il te parle en premier. Tu ne t'approches pas du second gamin, même s'il te parle. Saches aussi que si Dadan décide de t'en coller une, je ne l'en empêcherais pas.

- Très bien.

- Alors retournons-y. C'est bientôt l'heure.