Cela faisait maintenant quelques jours que Luffy, Ace et Sabo étaient tous les trois à la maison, surveillés par une dragonne impossible à tromper. Ils ne savaient pas comment elle s'y prenait, mais elle arrivait à déjouer tous leurs plans d'évasion, comme si elle possédait un sixième sens. Makino était venue le lendemain de leur arrivée, après avoir été secourus par la rouquine, inquiète de ne pas avoir vu Luffy revenir avec Yureï. Et aussi que la pirate ne l'ai pas du tout prévenue par escargot-phone et n'y ayant pas répondu.
Cependant, en voyant l'air sombre que la mère avait, elle a juste embrassé la pirate, sous le regard médusé des trois enfants, peu habitués autant qu'ils soient à de telles démonstrations d'affection, avant de partir travailler, néanmoins rassurée de voir que tout le monde allait bien.
- Mais comment on va faire pour pouvoir mettre de l'argent de côté pour un bateau pirate ? Fit alors Sabo, alors qu'ils étaient tous les trois dans la chambre du fils du Roi des pirates.
- Cherches pas, Sabo. Elle nous laissera jamais sortir tant qu'elle n'estimera pas qu'on ne se met plus en danger.
- Maman a l'air vraiment en colère... Dit alors Luffy, en câlinant une peluche de son grand-frère, comme il aimait l'appeler dans le dos de ce dernier, pas certain de sa réaction.
Ace hocha la tête tristement, devant le regard sceptique de Sabo.
- C'est si bien que ça d'avoir une mère ? Leur demanda-t-il, sans préambule.
- C'est vrai que tu dois pas connaitre ça, vu que tu vis dans le Grey Terminal d'habitude. Je ne sais pas si toutes les mères sont aussi gentilles que Maman, mais je sais qu'elle m'a cherché pendant des années pour s'occuper de moi, grâce à un ami de son équipage. Elle a frappé toutes les personnes qu'elle a entendu dire du mal de moi.
- Ca, j'avais vu...
- Elle a veillé sur moi lorsque j'étais malade, elle nous a apprit à lire et à écrire à Luffy et moi...
- Elle fait de super plats avec Makino-nee-chan ! Rajouta le petit.
- Attendez, votre sœur sort avec votre mère ? Demanda confirmation Sabo, pas sûr d'avoir tout comprit.
- Elles ne sont pas du même sang, et ne se voient pas du tout comme mère et fille, mais c'est ainsi qu'elles nous voient. Comme leurs enfants ou leurs petits frères.
Sabo réfléchit doucement. Il ne fallait pas faire confiance aux adultes, non ? Pourtant, dans cette maison, il était persuadé que jamais rien ne lui arriverait. Il avait vu la puissance de cette femme et l'avait aperçut en colère. Mais, lorsque la porte s'ouvrit presque à la volée dans son dos, il eut un immense sursaut.
- Ace, viens me voir.
Malgré la rigidité de son corps, Yureï avait une voix sans aucune colère. Ace se leva, comme s'il avait fait une bêtise. Celle-ci se baissa à son niveau, posant ses mains sur les épaules de son fils ainé.
- Dis-moi la vérité. Est-ce que Dadan a dit un jour des mauvaises choses sur toi ou ton père ? Le discours que tu as donné à Luffy m'inquiète. As-tu... As-tu vraiment l'impression que si tu mourrais personne ne s'en soucierait ?
Il vit Ace frissonner et baisser la tête, comme honteux. Yureï le plongea dans ses bras, caressant ses cheveux.
- Dis-moi tout.
- Elle... Pas à moi... Mais... C'est arrivé, lorsqu'elle pensait que je dormais...
- Plusieurs fois ?
Ace hocha la tête dans l'épaule de sa mère dont les deux autres enfants pouvaient remarquer le regard qu'elle avait laissé plongé dans le vide, bien qu'il se durcissait comme un tesson de verre aussi tranchant que mortel.
- Sa bande aussi ?
- Je sais pas... Peut-être...
- Je vois... Et pour ce qui est de la seconde question ?
Ace pinça les lèvres, attisant la peur de sa mère qui le força à la regarder, en s'éloignant de lui, croisant son regard.
- Oui ? Demanda-t-elle comme si elle voulait entendre non.
- Oui... Je sais que toi, tu serais triste, mais tu finiras par oublier...
Ce fut comme si la rouquine avait prise une gifle. Elle blanchit sans rien dire de plus, en se relevant. Elle se tourna pour sortir de la pièce, posant sa main doucement sur la poignée de porte.
- On va chez Makino, prenez vos manteaux, il pleut. Sabo, pique-en un à Ace, il fait environ ta taille. En bas, dans cinq minutes.
Et elle quitta la pièce, fermant la porte douloureusement, sans rien montrer. Cependant, Ace crut entendre un sanglot qui lui arracha le cœur, alors que les pas s'éloignaient dans le couloir. Il serra les poings avant d'ouvrir les portes de son placard, d'où il sortit des vêtements pour eux trois. Il fit des ourlets à Luffy, prêta des affaires bleues à Sabo, qu'il savait adorer cette couleur. Cinq minutes après, ils étaient en bas, remarquant Yureï appuyée contre le mur qui en les voyant arriver se redressa avant de sortir de la maison, en leur indiquant d'un mouvement de la main de la suivre.
Comme promis, ils arrivèrent à Fushia assez rapidement, les capuches des manteaux sur la tête, alors que la mère avait seulement son jean et sa chemise épaisse habituelle en temps froid, avec son éternel stetson sur le crâne. Ils entrèrent dans le bar quelques minutes plus tard, sans que la rouquine n'ai prononcé un mot. Elle leur désigna une table, avant de se diriger vers Makino, au bar. C'était calme, il y avait peu de clients aujourd'hui à cause de la pluie. Elle sortit trente secondes plus tard sous le regard incompréhensif et inquiet des trois enfants. Même Sabo pouvait comprendre que rien n'était normal.
Makino vint les voir tout de suite, posant sa main sur les mains de Luffy et Ace.
- Les enfants, tout va bien. Elle m'a dit avoir quelque chose à régler. Elle ne voulait pas vous laisser seuls alors elle m'a demandé de vous garder en attendant qu'elle revienne.
- Mais pourquoi ? Demanda Ace, soudainement inquiet et plein de remords.
- Je ne sais pas. Mais elle m'a dit qu'elle allait revenir d'ici une heure. Allez, vous n'avez pas l'air bien... Je vais vous faire un bon chocolat chaud, comme Yureï, d'accord ?
Ace et Luffy hochèrent la tête tandis que Sabo demanda où se trouvait les toilettes. Makino lui indiqua et en moins de temps qu'il en fallut pour le dire, il fut à la poursuite de Yureï, qu'il eut le temps d'apercevoir entre les arbres, montant vers le mont Corvo. Deux dizaines de minutes plus tard, il aperçut une maison en bois, comme une cabane, dans une clairière. Il vit la jeune femme ouvrir la porte d'un coup de pied avant qu'un remue-ménage ne se fasse entendre, même depuis le couvert des arbres. Il allait s'approcher lorsqu'une femme énorme en chemise blanche ne se fasse comme expulser de la bicoque, passant à travers le mur. Elle avait des cheveux roux aussi. Était-ce la fameuse Dadan, dont lui avait parfois parler Ace ?
- COMMENT AS-TU OSE ? Fit alors la voix qu'il arriva à reconnaitre comme celle de Yureï malgré le taux de colère assez important qu'elle transmettait.
- Yureï, calme-toi ! L'implorait sa sœur, encore à terre dans la boue.
Il vit la rouquine au stetson sortir de la maison par le même trou qu'elle avait causé, avant qu'elle ne saute sur le ventre de sa sœur, l'agrippant par le col de sa chemise salie par la boue.
- Tu sais ce qu'il m'a dit ? Que je finirais par m'en foutre qu'il meure ! Tout ça à cause de vos putains de mots qui n'ont pas lieu d'être ! Mon fils n'est pas un démon ! Mon fils mérite de vivre et d'être heureux, entouré et surtout par des bonnes personnes ! Comment as-tu osé me regarder dans les yeux après avoir dit des atrocités pareilles, hein ? Comment oses-tu dire que tu es ma sœur, après avoir insulté mon fils sans osé me le dire toi-même ? N'as-tu donc aucun amour propre ?
- Je suis désolée !
Un rire froid résonna dans la clairière. Sabo fut subjugué par la vue de cette femme si forte qui pourtant semblait avoir tellement mal au cœur, se relevant doucement, sans s'occuper de la pluie qui tombait sur son visage lorsqu'elle inspira une immense goulée d'air, le nez vers le ciel.
- Parce que tu crois que c'est à moi que tu devrais t'excuser ?
- J'irais voir Ace... J'ai changé, Yureï. Je ne le vois plus comme ça.
- Prouve-le, alors. Car je suis pas sûre d'arriver à entendre une nouvelle fois mon fils me dire que sa vie ne m'est pas précieuse... Je pourrais mourir pour lui, merde... Pour chacun d'eux.
A cet instant précis, Sabo comprit vraiment la portée de ce que voulait dire "être une bonne mère".
