La mort du blondinet avait changé beaucoup de choses. Les deux derniers enfants ne sortaient pas de la maison. Ils dormaient ensemble pour apaiser leurs cauchemars respectifs. Cependant, malgré les pleurs, les peurs, la haine qu'ils éprouvaient, c'était l'état de Yureï qui les inquiétait le plus.

Yureï, leur mère souriante, aimante, optimiste, ne semblait plus rien n'avoir d'humain. Elle n'avait plus prononcé un mot, pas sourit, à peine manger depuis cette phrase prononcée par Dogra.

"Sabo est... Mort..."

Les seules choses qu'elle avait avalé c'étaient les onigiris que lui préparaient inlassablement Ace et Luffy pour se changer les idées. Parfois, elle passait dans leur chambre, quand elle pensait qu'ils étaient endormis. Elle sentait le rhum, mais ils étaient habitués avec leur tante. Elle remontait leurs couvertures, caressait leurs cheveux, s'asseyait au pied du lit, fixant le ciel par la fenêtre. Parfois, ils ne dormaient pas, mais faisaient comme si, appréciant juste l'instant.

Un soir, ils la virent se mettre à chanter, surprenant un instant qu'elle avait voulu leur cacher, une chanson d'amour.

- Le sourire qui s'allume...

Le regard qui s'embrume...

Et tu t'en vas danser au ciel...

Ils écoutèrent cette voix, avec cette attention qu'ont les enfants en découvrant quelque chose de nouveau.

- Dors mon ange...

Dans l'éternelle candeur...

Dors mon ange...

Le ciel est ta demeure...

Vole mon ange...

La vie est plus douce ailleurs...

Dors, dors, dors, mon ange dors...

Ils l'écoutèrent longuement, jusqu'à la fin, les larmes aux yeux, en comprenant qu'elle chantait pour Sabo.

- Le temps pansera ma douleur.

Luffy et Ace se tenaient devant la fenêtre ouverte de la cuisine obscure. Celle qui donnait sur le vaste océan. Yureï était là, les bras refermés sur elle. Ils sentaient sa voix cassée, ses paroles hachées, comme si elle hurlait silencieusement. Ace fit seulement deux pas vers la porte d'entrée avant que Luffy ne le saisisse par le poignet, lui faisant non de la tête.

- Elle ne voulait pas nous montrer. Elle voulait nous protéger de sa tristesse.

L'aîné s'arrêta, avisant le plus jeune d'eux... Deux. Il revint sur ses pas, prenant Luffy dans ses bras, si bête parfois mais avec la capacité de lire au plus profond des cœurs avec la plus grande des vivacités.

- Allons-nous coucher.

Ace et Luffy, toujours accrochés l'un à l'autre par la main, grimpèrent les escaliers, entendant le chant de leur mère s'éteindre après quelques secondes. Ils se réfugièrent dans les draps de la rousse, comme deux petits chatons en quête d'amour. Alors, lorsqu'elle finit par passer la porte, ils l'entendirent soupirer avant qu'un petit ricanement ne lui échappe.

- Ca va, les chatons ?

- On n'arrivait pas à dormir. Lui fit Ace, en sortant sa tête de sous le drap rouge.

Il vit les sillons qu'il savait salés sur ses joues. Il ne dit rien. Il ouvrit juste grand les bras, avant qu'elle ne le prenne dans les siens, tirant Luffy par le poignet aussi. Elle s'installa au milieu, ses deux enfants, malgré l'absence de sang familial, callés au creux de ses côtes.

- Je suis là... Tout ira bien.

C'était faux. Sabo n'était plus. Sabo ne reviendrait jamais.

- On t'aime Maman... Chuchota Luffy en posant sa tête sur son ventre.

- On ne t'abandonnera jamais.

Ace sentit la main sur son crâne s'arrêtant de caresser ses cheveux un bref instant.

- Tu me le promets, Ace ? Luffy ?

Ils hochèrent la tête.

- Ca tombe bien... Dans le cas contraire, je ne vous laisserai pas faire.

Peu après, ils finirent tous par s'endormir, à commencer par la mère. Les deux enfants furent soulagés. Elle dormait enfin. Cependant, ce matin-là, ils entendirent la porte s'ouvrir avec fracas, suivi d'éclats de voix. Dadan était là, entrain d'engueuler quelqu'un. Les enfants se regardèrent quelques secondes, remarquant l'absence de leur mère, avant de se lever d'un bond et de se jeter vers l'escalier.

- Garp ! Bordel, tu ne veux pas les laisser tranquilles ? Ils viennent de perdre leur frère.

- Non, c'est justement le bon moment ! Un bateau pirate, non mais je rêve ! C'est hors de question ! Ils ne fréquenteront plus cette foutue pirate !

Leur grand père avait décidé de s'en mêler, apparemment, faisant frémir les deux enfants. Luffy s'agrippa au bas du débardeur de son grand-frère. Allait-on vraiment les séparer de leur mère ?

- Ah, vous voilà vous deux ! Allez on y va.

- Non, le vioc ! On reste avec Maman !

- Cette femme n'est pas votre mère, Ace ! Elle n'est même pas là. On ne discute pas.

Le Héros de la Marine agrippa les deux enfants par la peau du cou, leur coupant toute fuite. Dadan se mit devant la porte, les bras croisés.

- Garp, pose les.

- Pousse-toi du chemin, ou je te coffre toi et tes bandits.

- Alors vas-y. Je ne bougerais pas. ce sont les gosses de ma petite sœur que tu tiens.

Dadan fut écartée d'un coup de pied, sous les yeux affolés des deux gosses. Elle traversa la porte de bois, la faisant rouler dans l'herbe plus loin. Le Marine sortit donc de la demeure avant de devoir se stopper net, une lame aiguisée sous la pomme d'Adam.

- Maman ! S'exclamèrent les deux bruns, rassurés.

Elle était là, une bouteille de rhum dans une main et son sabre dans l'autre. Les deux enfants virent leur mère pour la première fois en pleine lumière depuis une semaine.

- Ce n'est pas votre mère. Ce n'est qu'une pirate. As-tu au moins pleurer la mort de ton soi-disant "fils" ?

- Fais attention à ce que tu dis, Marine... Il pourrait me prendre l'envie de t'ouvrir en deux. Comment oses-tu me demander si j'ai pleurer ? Hein ? C'était mon garçon. Crois-tu que ça ne m'atteint pas ? T'es gonflé, espèce d'enfoiré. Ose me prendre mes fils et j'irai à Marie Geoise. Je tuerai tous ceux que je croiserais jusqu'à trouver ce fils de putain de Saint Jalmack.

- Comment connais-tu son nom ?

- Que crois-tu que j'ai fait ces derniers jours ? Hein ?

Yureï éclata d'un rire rauque et sans joie.

- Pose-les ou je ne réponds plus de rien. Que tu m'insulte passe même loin de mes pensées. T'as vraiment envie de me voir débarquer en pleine Rêverie...? J'hésiterai pas.

Garp trouva plus sage d'obéir. Les deux enfants partirent alors se réfugier derrière leur tante, s'étant relevée un peu difficilement, mais son sabre aussi sorti à présent. Elle était encore affaiblie de son combat contre BlueJam. Yureï continua de tenir en respect le Marine, pendant tout ce temps.

- Maintenant que j'ai son nom, ne t'avise plus de me menacer, moi, ma sœur ou mes fils. Tu sais très bien ce qu'il se passera. Disparais. Même si il faut que je me terres sur une autre île, je le ferais avec mes fils.

- Je...

- La ferme. j'ai très bien entendu ce que tu as dit. Mes fils seront ce qu'ils voudront être.

- Cela aura bien réussi à Sabo.

La lame fit couler une goutte de sang le long de la gorge du marin.

- Ne prononces pas ce nom devant moi. Tu ne mérites pas de le nommer. Dégage.

Garp fit le tour de Yueï, l'arme toujours brandis. Il s'éloigna finalement. Quelques minutes plus tard, on aperçu son bateau s'éloigner vers l'horizon. Yureï ne rangea son arme dans son fourreau qu'à ce moment-là. Elle s'approcha ensuite de ses deux bruns, les tirant dans ses bras après avoir collé sa bouteille dans les mains de sa sœur. Un profond apaisement les parcouru tous les quatre. Les deux plus jeunes pleurèrent au même rythme que leur mère, qui tremblait encore de la peur de les perdre.