La journée fut longue.

La maison était déserte lorsque je rentrai de ma course après mon « accident ». Ce dont je fus extrêmement soulagée.

J'eus peur que Carlisle rentre peu après moi, pour vérifier que j'étais toujours vivante après que j'ai foutue le camp de sa voiture en plein milieu de l'autoroute, vide mais autoroute quand même. Mais il n'en fit rien, j'ignorais si c'était parce qu'il souhaitait respecter ma souffrance en me laissant seule, cette première observation m'énerva, ou parce qu'il n'en avait absolument rien à faire que je me soit fait renverser.

Cette seconde observation entraina en moi une peur irrationnelle qui me précipita dans un gouffre noir et douloureux, avant de me rendre furieuse de mon propre comportement, qu'il en ai quelque chose à faire de moi ou pas, je ne devais pas réagir comme ça, je devais m'en foutre. Le haïr et m'en foutre.

Mes élucubrations m'amenèrent jusque tard dans l'après midi où je fini par tomber dans un sommeil profond et sans rêves (le premier depuis des mois) d'où je fut tiré par un coup de fil de Benjamin, qui me réveilla mais auquel je ne répondis pas. Mais juste après j'appelai Jacob pour prendre des nouvelles de sa jambe, il était dans le cirage et m'annonça, la voix pâteuse, qu'il s'était cassé la jambe et qu'il devrait certainement porter une béquilles pendant des mois. Il semblait globalement assez fier de lui. Il s'inquiéta alors de mon état et je le rassurai.

Lorsqu'il se mit à me parler de Benjamin je cessai d'écouter, et ce jusqu'à ce qu'un mot m'interpella, « bal ».

-Pardon ? Tu disais ? Répondis-je brusquement.

-Bah oui, il à déjà dû t'inviter au bal non ? Son ton se voulait désinvolte mais je perçu la tension sous-jacente. Là je commençai à m'inquiéter. Depuis quand Jacob s'intéressait-il à mes fréquentations ? Surtout de Qui m'accompagnerait au bal! Le truc que je comptais bien sécher, et s'il ne le savait pas, c'est qu'il me connaissait mal.

-Heu... aucune idée enfaite, tu sais la plupart du temps j'écoute pas franchement ce qu'il me dit, je suis plus occupé à chercher un moyen de m'esquiver.

Je guettai son rire, qui ne vint pas. OK, heu … problème ?

-Donc, poursuivit-il toujours aussi tendu, tu n'as personne pour le bal ?

OK, problème. Je me concentrai pour l'éconduire gentiment et surtout il fallait la jouer fin, sinon je perdais Jacob et ça, c'était absolument hors de question. Merde. Mais qu'est-ce qui lui prenait aussi!

-Oh tu sais j'ai bien l'intention de sécher le bal. Moi et la danse c'est pas le grand amour, et puis... bah c'est un bal quoi.

-Oh ouais, c'est juste que je me disais que puisque je n'avais aucune cavalière, ou plutôt aucune assez bien pour moi…

-J'ai toujours admiré ta grande modestie.

-Et que toi, poursuivit-il ignorant mon commentaire, tu n'avais personne... d'assez bien pour toi bien évidement, et bien on pouvait y aller tout les deux tu vois, en Célibataires Sauvages!

Je pouffai de rire, immensément soulagée.

-Désolé, le bal c'est exclu! Mais tu peux encore rattraper le coup avec Rebecca Harris, elle te mate comme une folle dés que t'es dans les parages, elle est dingue de toi.

Il soupira légèrement.

-Ouais, mais je m'en fou de cette fille moi, j'espère qu'elle le sentira pas.

-Au pire elle fera semblant de pas le voir, les filles sont douées pour ne comprendre que ce qu'elle veulent comprendre.

-Ouais, fit-il pas très emballé, t'es vraiment sur ? Pas moyen de te faire changer d'avis ?

-Essaie pas c'est perdu d'avance. Bon je te laisse il faut que j'aille pioncer, j'ai la tête très très lourde.

-Je te préviens je viens pas en cours demain, je rentre que lundi.

-Tu te fous de moi ? Tu vas me laisser affronter le lycée seule ? Seule contre tous ?

-Et oui, il est temps que tu cesses de te reposer tout le temps sur moi, je ne serai pas toujours là pour toi tu sais...

-C'est ça. Lâcheur.

-Oh tout de suite les grands mots!

-Salut Jake.

Je raccrochai et me rallongeai, contemplant le plafond. Je ne pus empêcher mon esprit de vagabonder vers Carlisle. Vers la souffrance de Carlisle. Cette souffrance qui m'avait brûlé le matin même.

Alors comme ça il souffrait. Mais de quoi ? Mais pourquoi ? N'avait-il pas choisi cette situation lui aussi ?

Ses mots me revinrent en mémoire. « tu penses connaître la situation mais tout t'échappe ». Qu'est-ce qui pouvais bien m'échapper ? Je savais. Je savais que ma mère ne nous regardait plus. Ni moi, ni Clémence, ni Fred. Je savais qu'elle ne nous voyait plus. Je savais que lorsqu'elle s'accrochait brusquement au coup de Carlisle et que celui-ci la portait jusque dans son bureau ce n'était pas pour jouer aux cartes. Je savais que les yeux de Fred à ce moment là n'exprimaient rien d'autre que la haine la plus profonde, la même qui m'animait et qui me transformait en ce quelque chose d'inconnu, d'inhumain. Je savais que Clémence ne parlait plus. Que Fred ne parlait plus. Je savais que tous, nous ne nous aimions plus.

Là seule chose que je ne savais pas c'était qui Il était.

Et, si douloureux que cela m'était à reconnaître, je voulais le savoir. Il m'intriguait. J'étais étrangement fascinée par lui. Mais ma haine était bien là. Sa présence m'était insupportable, sa proximité, douloureuse. Et pourtant. Et pourtant je voulais savoir. Je brûlais de savoir. Qui il était. Ou même qu'est-ce qu'il était.

Car si mon corps, par la Haine, ma maladie, se changeait en quelque chose d'Autre, de pas humain, lui il ne semblait pas l'être tout simplement.

Il ne mangeait pas, jamais je ne l'avais vu se joindre à un seul de nos repas, qu'ils lui arrivaient pourtant de cuisiner. Vue qu'avant ma mère et Fred s'en chargeaient ensemble et qu'aujourd'hui ils ne se parlent presque plus, sauf au milieu de la nuit, quand je me réveille et que j'entend leurs cris. Après réflexion il ne me semblait pas l'avoir vu boire une seule fois non plus.

Il avait la peau toujours glacée, plus que la mienne, froide comme le marbre, froide comme la neige. Il avait des yeux dorés et délicieux et qui au fil des jours changeaient peu à peu de couleur pour passé de l'or liquide – ce miel brûlant qui vous colle aux doigts – au noir d'encre, comme deux onyx obscurs et brillants. Sans jamais perdre de leur splendeur. Et lorsque ses pupilles étaient devenues trop noires, il s'absentait, en général il le faisait la nuit, pour ne pas qu'on le sache, mais moi je l'entendais, aussi silencieux et furtif soit-il, mon ouïe, particulièrement fine, devinait ses moindres mouvements dans la maison avant qu'il ne saute par la fenêtre et disparaisse dans le silence de la nuit, et lorsqu'il revenait, le lendemain très tôt, ses pupilles avaient repris leurs teintes de miel d'or.

Non Carlisle n'était pas humain.

Je ne su pas exactement quand mes pensées se transformèrent en songes, ni quand je sombrai dans un sommeil profond, peuplé de créature au cheveux d'or et aux yeux tantôt noirs, tantôt dorés.

Lorsque je me réveillai enfin la nuit était tombée et la maison était toujours aussi silencieuse, personne ne devait être rentré. Je me retournais sur le coté droit quand je le vis et que je compris que je ne m'étais pas réveillée toute seule, j'avais été réveillée. Pire. Il m'avait réveillé. Carlisle.

Je me relevai d'un coup, je faillis envoyer cogner ma tête contre le mur, ce qui aurait, sans nul doute, pas beaucoup plu à ma blessure.

Il m'observait, visiblement inquiet. L'inquiétude teintait ses yeux – dorés cette fois – d'une lueur plus claire. Il était tellement beau que je ne pu le dévisager très longtemps avant de m'en sentir comme brûlée. Ce n'était pas la première fois que cela m'arrivait. Le regarder trop longtemps était toujours difficilement supportable. Il y avait… quelque chose d'affolant dans son apparence physique. Il ravissait le regard comme un miracle accompli et l'effrayait comme une catastrophe qui s'annonce avait dit le maître.

-Qu'est-ce que … Depuis combien de temps êtes-vous là ? M'écriai-je à la fois surprise par mon réveil musclé, éblouie par son visage éclatant et furieuse de sa proximité dans un moment où je me lâchais complètement. Je n'étais pas en mesure de me contrôler dans mon sommeil et je n'aimais pas qu'il ait pu me voir dans un de ces moments de faiblesse.

Il me regardait fixement, ses prunelles intensément concentrées. Il était inquiet et prudent.

-Quelques secondes, lorsque je suis entré dans la maison je t'ai entendu crier. Tu criais... Mon prénom.

Mon cœur eu un raté. Je savais qu'il m'arrivait de parler en dormant, un phénomène qui dépendait de mes rêves. Et là c'était son éblouissante image qui avait peuplée mes songes. Je rougis violemment en me rendant compte que j'avais dû crier son nom pendant très longtemps.

-J'ai eu peur, tu avais l'air ...effrayée. Poursuivit-il dans un souffle.

Je ne répondis rien. Baissai les yeux.

-Pourrai-je savoir à quoi tu rêvais Celia.

Je détestais ça, qu'il puisse prononcer mon prénom comme ça. J'avais envie de lui hurler d'arrêter. Parce que quelque chose en moi y réagissait, à mon prénom dans sa bouche, et je n'aimais pas ça.

-C'était un cauchemar. Répondis-je effrontément en relevant la tête pour le regarder dans les yeux.

Toute expression disparue de son visage. Il s'accroupit au bord de mon lit et commença à fouiller dans sa sacoche.

-Qu'est-ce que vous faite ? Demandais-je sèchement.

-Je vais te soigner, je te rappelle que tu ne m'en as pas vraiment laissé le temps ce matin.

-Pas question, ça va beaucoup mieux! Je n'en ai pas besoin. M'écriai-je furieuse.

Il releva la tête et plongea à nouveau ses yeux de lave dans les miens.

-Je te conseille d'accepter maintenant, sinon je peux t'assurer que je trouverais un moyen de t'y forcer et si tu veux que tout cela se passe avant l'arrivée de ta mère, laisse-toi faire Celia.

Je le fixai, la colère me faisait presque pleurer.

Je soupirai violemment, ce qui fit office de réponse. Verbaliser ma capitulation était au-dessus de mes forces.

Je me redressai et croisai les bras. Prête à ne pas bouger, ne rien dire, prête à être la pire patiente du monde.

Il se releva et sortit de son sac des cotons et un produit rosâtre à l'odeur très forte.

-Je vais l'appliquer sur ta coupure. Dis moi si cela te fait mal.

Il s'exécuta en silence. Je me mordis les lèvres en sentant le produit incendier ma peau, ne pas crier, ne rien dire, je n'étais pas prête à lui faire ce plaisir.

Je me concentrai pour regarder droit devant moi, fixer le mur adjacent, tentant comme ce matin de ne pas respirer. Il était à nouveau encore beaucoup trop proche. Il fallait que je fasse attention. A quoi ? Ca je ne savais pas vraiment. Carlisle à lui tout seul représentait un danger.

-Tu as de la chance que ta coupure ne soit pas profonde. Tu aurais pu t'ouvrir le crâne. Murmura-t-il l'air étonnamment mécontent.

Je ne répondis toujours pas. Ce fut à son tour de soupirer. Son haleine sucrée me balaya le visage, distrayant mon esprit un instant.

-Celia... Pourrais-tu, s'il te plaît, me raconter ce qu'il s'est passé.

-On ne vous l'a pas dit ? La surprise me fit desserrer les dents.

-Pas en détails, convint-il, on m'a juste dit qu'il y avait eut un accident au lycée et que tu étais parmi les blessés, je n'ai pas entendu la suite, j'étais déjà parti te retrouver.

Je ne répondis pas. Sa phrase m'avait troublé, et je ne savais pas pourquoi.

-Celia... S'il te plait. Murmura-t-il de sa voix d'archange.

Ses doigts de glace se promenaient sur le haut de mon crâne, soulageant la brûlure du produit.

-Je n'ai presque rien vu. Répondis-je, sans vraiment me rendre compte que j'avais décidé de lui raconter. J'ai juste entendu le bruit de pneus qui crissaient derrière moi, comme une voiture qui veut freiner brusquement et j'ai entendu tout le monde me crier quelque chose et puis Jacob m'a soulevé et jeté sur le coté de la route, et il est tombé sur moi. Je me suis cogné la tête en touchant le sol. C'est tout.

Il ne répondit pas. Ses mains toujours sur mon front, mais ils semblait me caresser plus que me soigner. Sa froideur calmait l'incendie du produit. En sentant ses doigts passer doucement sur ma blessure, je sentais mon ventre se tordre.

-Jacob c'est celui qui était prés de toi lorsque je t'ai emmené ? Celui qui m'a fusillé du regard lorsque je t'ai pris dans mes bras ? Demanda-t-il, mais il n'avait pas le moindre sourire, il semblait plutôt très concentré.

Ses sourcils se froncèrent sur son front, et ses iris de miel chaud s'étaient assombris. L'agacement lui donnait des aires de Divinité.

Je baissai les yeux, éblouie, et lui révéla une nouvelle fois la vérité. Ce que c'était agaçant cette histoire de yeux dorés quand même.

-Non, lui c'est Benjamin, Jacob c'était celui qui c'est cassé la jambe, celui dont vous auriez dû vous occuper.

Il ignora ma remarque et me fixa à nouveau, aussi intensément qu'avant.

-Alors c'est Benjamin qui c'est présenté comme ton petit ami ?

Je crus que j'allais mourir de honte. La colère me saisit avec force. Les deux sentiments mélangés me brûlèrent presque autant que les doigts de Carlisle sur mon front. J'oubliai momentanément ma résolution et explosai. Comment savait-il ça ?

-Comment ose-t-il ? Demain si je le vois je le tue de mes propres mains! Peut-être que s'il me croit meurtrière ou folle à lier il arrêtera de me … Je m'interrompis. Rougis.

Mais il parut se détendre comme jamais. Et un sourire éblouissant mourut sur ses lèvres. Mon cœur eut un raté.

-Doucement, rit-il en caressant toujours ma plaie de ses doigts délicieux, tu ne tueras pas ce Benjamin demain, ni aucun autre élèves du lycée d'ailleurs vu que tu n'iras pas.

-Quoi ? M'exclamais-je. Mais pourquoi ? Je me sens très bien!

Je refusais de rester ici. Avec ma mère, avec Fred. Avec ma Haine qui allait alimenter ma solitude. Non, c'était hors de question.

-Désolé mais je ne te laisserai pas retourner en cours dans l'état où tu es.

Ses yeux et son ton étaient sans réplique. Ce qui suffit à m'énerver.

-Ah oui ? Et comment je fais avaler à Fred et à … ma mère que je ne vais pas en cours demain sans lui raconter ce qui c'est passé ?

-Je te ferais un arrêt maladie et je lui dirais que tu as attrapé un rhume.

Ça se tenait. De plus j'avais une excuse pour ne pas aller manger avec eux ce soir.

-D'accords, répondis-je sèchement, les mots m'écorchèrent la bouche.

Il me regarda, surpris, sur ses gardes, peu habitué à ce que je capitule si vite.

Ses doigts quittèrent mon crâne et je tachai d'étouffer ma déception. Il se releva.

-Je viendrais te chercher pour le dîner.

-Non. Je suis malade, vous vous rappelez ?

Il m'observa durement.

-Je n'aime pas mentir à ta mère.

Ces simples mots me mirent hors de moi. La rage m'envahit. Oh oui bien sûr, ma tendre et délicate mère, il préférait sûrement la sauter. Je savais que c'était dégueulasse de penser ça. Mais j'avais envie de lui hurler des choses dégueulasses. J'avais envie de lui hurler ma Haine. La faire sortir de mon corps et la lui cracher à la figure. En un minuscule instant, tout mon corps s'embrasa, ma Haine était revenue, à croire qu'elle n'était jamais très loin. Elle vint teindre ma vision de rouge, l'arrachant presque à ma vue.

-Sortez de ma chambre.

Il me fixa, toujours aussi dur. Puis poussa un profond soupir et ses prunelles furent à nouveau, pendant un laps de temps si court que je me demandais si je ne l'avais pas rêvé, les abîmes noirs qu'elles avaient été ce matin même. Il tourna les talons, et sortit de ma chambre.

J'ouvris la fenêtre, sautai, et couru jusqu'à la plage.

Comme d'habitude, nager me fit du bien. Je rentrai bien plus tard. Je sautai par la fenêtre que j'avais laissée entrouverte.

Mes instants dans la peau de l'Autre – celle qui n'était pas moi, celle qui faisait des choses étranges et surnaturelles avec mon corps, celle que la haine me faisait devenir – duraient de plus en plus longtemps. D'un jour à l'autre je pouvais faire de plus en plus de choses inexplicables. Mais je ne m'inquiétais pas. Je n'en avais plus rien à faire. J'avais appris à me déconnecter de la réalité. Comme le fait que Carlisle ne me semble pas humain ne me choque pas outre mesure, que je ne le sois pas non plus me faisait clairement ni chaud, ni froid. Je pouvais être ce que je voulais cela ne changerait probablement rien à la rage qui m'habitait, la haine qui consumait ma famille et ma belle vie disparue. Alors humaine ou pas, puisque que quelque soit mon enveloppe charnel j'étais condamnée au malheur, quelle importance ?

Arrivée dans ma chambre je sortis dans le couloir désert pour aller laver mon corps encore salé par l'eau de mer.

A mon retour je trouvais Clémence assise sur mon lit.

-Carlisle a dit que tu étais malade ? Dit-elle de sa voix, devenue rauque à force de silence.

-Oui, j'ai attrapé un rhume, rien de méchant, t'inquiète pas. C'est pour ça que tu es venue me voir ?

Demandais-je en la contournant pour attraper mon pyjama sous mon oreiller.

-Non, j'ai appris qu'il y avait eu un accident au lycée aujourd'hui et j'ai remarqué ton pansement blanc sur le front quand tu es parti prendre ta douche... et je me demandais si tu n'avais pas menti à ...maman (elle aussi avait du mal à prononcer ce genre de mots) et que ta pseudo maladie n'avait pas un rapport avec cet accident.

Quoi ? Un pansement blanc ? Je touchai le haut de mon crâne et sentis une sorte de coton trempé collé à ma coupure. OK. Carlisle ne me l'avait pas dit ça.

J'avais oublié que ma sœur n'était pas si facile à duper. Il arrivait des fois où sa crédulité atteignait ses sommets, alors on pouvait lui faire avaler n'importe quoi, comme l'année passé où elle avait cru, par ma faute, qu'un mois comptait six semaines. Alors qu'à certains moments elle se trouvait être incroyablement perspicace. Je détestais ces moments là.

-Arrêtes ta parano Clém' Je me suis cogné a la porte de la cantine en sortant justement pour aller voir Jake, c'est lui l'accident. (Bon, petite part de vérité quand même).

-Quoi ? Jacob ? Oh non! Il va bien quand même ?

Bingo. Ma sœur en pinçait secrètement pour mon ami indien. Excellent moyen de l'éloigner du sujet principal.

-Non ne t'inquiète pas c'est un dur à cuire un Jacob, en plus c'est un peau-rouge, résistant ces gens là.

Elle ne goûta pas la plaisanterie et me fusilla du regard.

-Tu vas le voir demain ? Me demanda-t-elle pleine d'espoir.

Bien sûr! C'était une excellente idée, puisque nous nous retrouvons tous deux dans l'impossibilité d'aller en cours, j'allais lui rendre une petite visite. Ainsi je m'assurais de ne pas déprimer vue que je serais prés de lui et en plus je m'éloignais de la maison. Sa mère, qui, pour des raisons obscures, m'adorait, n'opposerait pas d'objection à ce que j'y reste là journée.

Je fit à ma sœur le plus beau de mes sourires.

-Bien sûr! Je compte même y passer la journée. Il à une jambe dans le plâtre, il ne peut pas aller en cours. Pourquoi ?

-Tu lui passeras le bonjour pour moi hein ? Me supplia-t-elle. Trop mignonne.

-Promis. Maintenant vas te coucher, je suis malade et toi demain t'as cours.

J'enfilai le caleçon noir et le t-shirt de Starfleet qui me servait de pyjama, arrachai mon pansement, m'octroyai deux aspirines et m'allongeai dans mon lit. Malgré toutes mes heures de sommeil de la journée je me sentais crevée.

J'envoyai un message à Jacob pour le prévenir de mon incruste de demain. Il me répondit qu'il acceptait d'être mon garde malade et que sa mère se ferait un plaisir de déplorer à nouveau ma minceur et de me préparer un super bouillon de poule spécial Black. Je souris.

Au moins ma journée du lendemain état sauvée.

Je ne pus empêcher mes penser de dériver vers Carlisle et ses yeux noirs. Mais avant que d'avoir vraiment eu le temps de m'interroger à nouveau sur la raison de sa douleur, les aspirines firent effet et je plongeai dans un sommeil profond et -Ô bénédiction- sans rêves.

La lumière grise du matin me réveilla.

Je jetai un coup d'œil sur mon radio réveil. 9H23. J'étais parfaitement alerte.

Je me relevai alors sur mon lit. Et c'est là que je la vis. Ma mère. Juste à la porte de ma chambre. Qui m'observait.

Ses yeux étaient immenses et le vert de ses iris (dont je n'avais absolument pas héritée) était si sombre que je ressentis un frisson me parcourir.

Je ne dis rien. J'étais sous le choc. Que faisait-elle là ? Après cinq mois d'ignorance, que faisait-elle à la porte de ma chambre à m'observer dans mon sommeil ? Surtout avec ces yeux là. Soudain, sans savoir pourquoi j'eus très peur. C'était ses yeux. Ces yeux brillaient drôlement, il y avait une flamme, il y avait toujours eu une flamme dans les yeux de ma mère, mais là, là elle était toute changée. C'étaient comme deux flammes noires, deux lueurs funestes. Deux bougies sur une tombe. Qui semblaient briller plus fort, comme une dernière fois, comme cet instant juste avant, avant de s'éteindre. Je n'aimais pas cette lueur, elle m'effrayait. Me terrifiait au-delà de tout ce qui était possible.

Tout à coup ma mère s'approcha. Je ne bougeai pas. Impossible. Elle n'avait jamais fait un pas, pas depuis cinq mois. Et moi j'étais pétrifiée, clouée à mes draps par cette peur irrationnelle, qui ne semblait pas vouloir ni me quitter ni s'expliquer.

Lorsqu'elle fut prés de moi, elle s'assit sur mon lit, toujours muette. Et me regarda, toujours avec ces bougies mortuaires dans les yeux.

Elle resta ainsi quelques minutes. Des minutes qui me semblèrent durer des siècles. Un millénaire dans ses yeux. Puis sa main se leva et elle vint toucher ma joue.

Je restais immobile. Incapable de faire un seul mouvement. Elle avait fait un pas, et ce la me terrifiait tant que j'aurai voulu en faire dix en arrière. Je ne faisais que la regarder. Le regard dur et plein d'effroi. Comme la statue que j'étais apparemment devenue. Puis alors que sa main quittait ma joue, je vis une minuscule goutte d'eau s'échapper de ses yeux où brillaient encore les flammes noires. Une minuscule goutte d'eau. Une larme. Et les flammes mortuaires se turent.

Le temps que mon cerveau enregistre clairement ce qui était en train de se passer, elle s'était relevée. Elle se dirigea vers la porte et juste avant de la passer elle se retourna une dernière fois vers moi. Cette fois je vis clairement la goutte qui glissait le long de sa joue, attrapant la lumière. Puis elle disparue derrière la porte.

Bordel mais c'était quoi ça ?

C'était quoi cette lueur, c'était quoi cette larme, c'était quoi cette scène ?

Putain mais ça ressemblait à un … adieu.

Un adieu.