LA NUIT DES MACHINES VOLANTES
Par Andamogirl
Comte Carlos Mario Vincenzo Robespierre Manzeppi : « Permettez-moi de me présenter. Je suis le comte Mario Vincenzo Robespierre Manzeppi, aventurier, poète et amoureux de tout ce qui est corrompu, interdit et blasphématoire. »
James T. West : «Charmé, j'en suis sûr.»
La nuit des excentriques
Avertissement: violence graphique.
Références aux épisodes suivants : "The Night of the Excentrics", "The Night of the Feathered Fury", "The Night of the Surreal McCoy" & "The Night of the Golden Cobra".
Pour Susan.
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PROLOGUE
Santa Teresa, Territoire du Nouveau-Mexique,
Le Wanderer,
Ulysses S. Grant leva un des stores, les autres étant tous baissés plongeant le wagon dans une semi-obscurité, et jeta un coup d'œil par la fenêtre couverte de poussière.
Une foule joyeuse et bigarrée était rassemblée à l'intérieur et autour de la petite gare qui, pour la visite du Président des Etats-Unis, avait été ornée de nombreux rubans bleus, blancs et rouges, et par des drapeaux américains qui flottaient mollement au gré du vent faible et chaud du désert tout proche.
Des garçons et filles de tous âges, tenant des ballons multicolores couraient parmi les soldats de faction, plusieurs chiens sautillants et aboyant autour d'eux.
Un peu plus loin, sur la droite, Grant aperçut plusieurs stands où l'on vendait des choppes de bière fraiche et des bretzels, ainsi que des bouteilles de salsepareille et des bâtons de réglisse pour les enfants. Ils étaient tous groupés sous un très vieux et gigantesque olneya tesota (ironwood) qui les protégeait grâce à son ombre, du soleil brûlant et de la chaleur infernale.
Il nota que tout le monde était souriant, les gens heureux… 'Oui, tous sauf moi', pensa-t-il, le visage assombri par l'amertume.
Il soupira en même temps que ses larges épaules s'affaissèrent et se tourna vers les deux agents spéciaux du Secret Service chargés de sa protectionrapprochée. «Je devrais être dehors, parmi tous ces gens, messieurs. Les habitants de Santa Teresa m'attendent. Je ne suis pas venu de Washington jusqu'à cette petite ville proche de la frontière mexicaine pour rester confiné, caché dans le noir, à l'intérieur d'un train!» Dit-il, agacé. Il focalisa son regard sur son double qui allait prendre sa place. «Je devrais être devant la foule, sur la place, prêt à faire mon discours.» Conclut-il.
Ressemblant à s'y méprendre à Ulysses S. Grant – et c'était le but - Artemus Gordon se coiffa d'un chapeau noir à larges bords pour compléter son déguisement. «Je comprends votre frustration Monsieur le Président, mais vous devez rester ici pour votre sécurité.» Dit-il, avant de baisser le store. «Je suis désolé, mais il doit rester baissé. Les gens pourraient nous voir tous les deux et se demander pourquoi il y a deux Présidents Grant à bord du train, et notre ennemi, qui a certainement des espions mêlés incognito à la foule, comprendrait ce que nous voulons faire et changerait alors ses plans pour attaquer le Wanderer, à bord duquel vous êtes en sécurité.» Et il mit l'accent sur le mot sécurité.
Passant près d'Artemus, Jim augmenta un peu l'éclairage au gaz d'une des appliques en verre coloré vert. «Artie a raison, Monsieur le Président.» Dit-il.
Le Président Grant remarqua que James West avait le front plissé et fronçait les sourcils car l'autre homme était très inquiet pour sa sécurité, et son expression s'adoucit. «Je sais, je sais, J'ai reçu une menace de mort très sérieuse, mais je ne suis pas un lâche !»
Sortant de sa poche de veste boléro bleu poudréla lettre qu'avait écrite le comte Manzeppi, que Grant avait reçu avant de quitter la Maison Blanche, au début de la semaine, Jim répliqua : «Non, Monsieur, bien sûr que non, mais vous êtes le Président des États-Unis, et rester en vie pour servir et protéger le peuple américain est votre priorité absolue. Votre protection est notre priorité absolue. Artie prendra votre place et vous resterez ici, pour votre sécurité.»
Point final. Fin de la discussion.
Ulysses S. Grant s'affala sur le canapé, poussant un long soupir en signe de capitulation. «C'est très frustrant de devoir me cacher ici parce qu'un fou criminel veut me tuer !» Puis il se mit à tapoter ses doigts avec agitation sur le brocart de soie jaune.
Marmelade, le chat roux et blanc d'Artemus vint s'allonger sur les genoux du Président et se mit à ronronner, pour apaiserGrant.
Le Président se mit à lui caresser la tête.
Le félin, content, se mit à balancer sa queue de droite à gauche.
Un sourire apparut sur les lèvres d'Artie.
Les chats étaient particulièrement réceptifs aux émotions des humains, et il approuva le 'geste' de Marmelade. Mais il savait pertinemment que cela ne calmerait pas le Président.
Jim posa la lettre de menace sur la table de travail, puis dit au Président : «Le comte Manzeppi est un criminel, c'est exact. Il est excentrique, oui, c'est un grand scientifique, oui, mais il n'est pas fou, loin de là. Il sait exactement ce qu'il fait et, tout comme le docteur Loveless, il utilise une technologie très en avance sur notre temps pour atteindre ses objectifs qui sont tous criminels. Par exemple, il a essayé de me tuer avec un anneau d'énergie électrique de son invention qui contenait une puissance vraiment incroyable, capable de me réduire quelqu'un en cendres en quelques secondes. C'est une machine que Miguel Ito Loveless aurait pu construire lui-même, et je crains qu'un jour ces deux hommes très dangereux ne combinent leurs efforts pour s'emparer du pays, puis, ensuite, dominer le monde.»
Hochant la tête, Artemus ajouta: «C'est très possible.» Prêt à quitter la voiture-salon, il compléta ce que Jim avait dit avec : «Le comte possède également le pouvoir de faire apparaitre et disparaitre des choses comme par magie, d'un simple geste de la main, ou à l'aide d'une baguette, et il peut également se volatiliser sans laisser aucune trace. »
Jim enchaina avec: «Comme le colonel Vautrain, il possède des pouvoirs surnaturels. Et j'espère que ses deux-là ne se rencontreront jamais.»
La main posée sur la poignée de la porte d'entrée, ajouta: «Le comte Manzeppi est très intelligent, c'est un génie, un génie du mal, tout comme le docteur Loveless, et j'espère avoir réussi à le piéger.»
Le Président leva un sourcil, intrigué. « Comment cela ?»
Fier de son stratagème, Artemus expliqua à Grant : «Le comte Manzeppi sait, sans vouloir me vanter, que je suis un maître du déguisement, et que je peux changer ma voix à volonté et ainsi me faire passer pour n'importe qui, y compris vous Monsieur, c'est pourquoi avant de quitter Washington, j'ai demandé à Jeremy Pike de se déguiser en 'Artemus Gordon', avec un masque que j'ai fabriqué et qui imite mon visage à la perfection. Jeremy imite aussi très bien ma voix. Donc, un faux Artemus Gordon assiste à tous les événements mondains de Washington depuis que nous avons quitté la capitale afin que le comte pense que je suis toujours là-bas... et non ici, à vous remplacer, pour vous protéger, Monsieur le Président.»
Grant fut impressionné. «C'est une manœuvre très bien pensée, Artemus.» Puis très inquiet, son visage s'assombrit. «Le comte essaiera de vous tuer – en pensant que vous êtes moi.» Dit-il.
La main sur le cœur, sentant sous ses doigts le tissu renforcé avec des fils d'acier du gilet pare-balles qu'il avait dissimulé sous sa chemise, Artemus dità Grant, sans peur aucune, juste avec un peu d'appréhension : «Je sais, mais ce sont les risques du métier. Je les connais et je les ai acceptés depuis longtemps.» Il balaya du revers de la main quelques minuscules grains de poussière qui s'étaient accumulés sur la manche droite de son manteau noir et poursuivit : « Je ne changerai pas un seul mot de votre discours, Monsieur, je le connais par cœur. » Il passa une main dans sa fausse barbe pour tester si elle était bien collée à sa peau, et, imitant la voix d'Ulysses S. Grant à la perfection, il dit : « Personne ne remarquera la moindre différence avec l'original, si je puis dire, Monsieur.»
Grant hocha la tête, le visage grave. «Soyez prudent, Artemus.» Dit-il, à l'homme qu'il considérait comme son propre fils.
Le faux Président ouvrit la porte et s'engagea sur la plate-forme arrière du Wanderer. L'air sec et très chaud du désert tout proche lui pesa soudain sur les épaules comme une chape de plomb.
Artemus se mit à transpirer abondamment, regrettant la relative fraicheur du train qui était arrêté sur la seule voix de chemin de fer.
Mais il était à repartir, de la fumée noire s'échappant de sa cheminée.
Artie glissa les doigts dans la poche de son gilet et en sortit sa montre. «C'est l'heure. Allons-y! Alea jacta est » Dit-il, et il leva la main pour saluer a foule.
Il y eut un tonnerre de vivats.
Regardant le 'vrai' Président, Jim dit : «S'il y a le moindre problème qui menace votre sécurité, le Wanderer quittera la gare à toute vapeur, et le groupe de soldats posté dans le wagon-écurie viendra ici, dans le salon, pour vous protéger. Le train retournera à Santa Fe, et de là prendra la direction de Washington.»
Le Président Grant hocha la tête. «Je sais, oui. Je vais rester ici sagement.» Dit-il, résigné à rester à contrecœur dans le wagon-salon.
Déguisé en Ulysses S. Grant, Artemus continua à saluer la foule qui l'acclamait, souriant, pendant que les soldats qui gardaient le train, se regroupaient près de la plateforme arrière, prêts à l'escorter jusqu'à la place qui se remplissait de monde.
Les gens couraient pour se trouver près de l'estrade derrière laquelle avait été dressés deux mâts, et entre eux était accroché un énorme drapeau des Etats-Unis.
Rejoignant Artemus à l'arrière du Wanderer, Jim dit à son meilleur ami : «Sois très prudent Artie, dans sa lettre de menace adressée au Président, le Comte Manzeppi a écrit, je cite, 'que le monde entier se souviendra de l'assassinat d'Ulysses S. Grant lors de la dernière étape de sa tournée dans les territoires et états du Sud'. Il a donc prévu de faire quelque chose de spectaculaire qui marquera les esprits. Je ne te quitterai pas des yeux, prêt à tout pour te protéger.»
En regardant son partenaire, l'air confiant, Artie dit : «Je sais, Jim.» Puis il envoya un clin d'œil rassurant à son partenaire. « Ça va aller.»
Resté à l'intérieur du train, le Président Grant se leva du canapé, tenant Marmelade dans ses bras, et dit aux deux hommes : «Jim, Artemus, soyez très prudents, ne vous faites pas tuer. Et si c'est possible, arrêtez le comte Manzeppi – ou éliminez-le, si le capturer est impossible.» Puis, frustré, il ferma la porte du wagon, si fort que le panneau de verre trembla.
Sourire aux lèvres, Artemus descendit de la plateforme arrière du Wanderer, Jim le suivant comme son ombre, la main sur son Colt.
Le front couvert de gouttes de transpiration, Artemus leva les yeux vers le soleil impitoyable du territoire du Nouveau Mexique pendant quelques secondes. L'étoile était presque au zénith dans le ciel azur et la chaleur était épouvantable, insupportable.
Il soupira et dit à Jim, à voix basse: «Les vêtements noirs, c'est bien à Washington, mais pas ici, près du dé une couleur est sombre plus elle absorbe les rayons du soleil qui se transforment en parler du fait que je porte un lourd gilet pare-balles et des rembourrages sous mes vêtements pour imiter la carrure du Président.»
En parlant de désert… Artemus regarda dans la direction opposée, où derrière des poteaux télégraphiques alignés au cordeau s'étendait une plaine stérile, entrecoupée de buissons desséchés et d'arbres maigres, le soleil de plomb jetant au loin un mirage d'eau ondoyante.
Il tourna les yeux vers Jim et dit: «Allons nous jeter dans la gueule du loup.»
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Plus tard,
Place de Santa Teresa,
Le Président Grant plissa les yeux (devenus bleus grâce à des lentilles de contact – une des inventions d'Artemus) sous l'assaut lumineux du soleil implacable.
Il balaya du regard la foule nombreuse, compacte et enthousiaste, prêt à terminer son discours, attendant que les nombreux applaudissements s'arrêtent.
Presque tous les habitants de cette partie du territoire du Nouveau-Mexique s'étaient rassemblés à Santa Teresa pour entendre le discours du Président des Etats-Unis.
Sentant la sueur couler dans son dos, le long de sa colonne, Artie regarda son partenaire qui se tenait à ses côtés, un pas en arrière, la main posée sur son six-coups. «Pour l'instant, tout va bien...» Murmura t-il. Mais il redoutait l'attaque de Manzeppi. Son sens du danger, en éveil, lui hérissait le poil et la crainte lui nouait l'estomac. «Mais malheureusement ça ne va pas durer.» Le visage faussement serein, il ajouta: «Quelque chose de grave va se produire... mon intuition ne se trompe jamais.»
Prêt à passer à l'action, Jim hocha la tête. «Oui, je sais, Artie.» Dit-il à voix basse, le visage tendu, ignorant la sueur qui coulait sur son visage bronzé et lui piquait les yeux. «Il est temps de terminer votre discours, Monsieur le Président.» Ajouta-t-il.
Une fois les applaudissements tus, le silence revenu, Artemus s'éclaircit la gorge poursuivit son discours : «Moi, Ulysses S. Grant, Président des États-Unis, je vous promets…» Il s'interrompit et fronça les sourcils en entendant des bruits étranges. C'était un ronronnement fort et constant, qui s'amplifiait de seconde en seconde, auquel s'ajoutait le bruit aigu et sifflant d'un 'flap-flap-flap'.
Intrigués et curieux, les gens commencèrent à regarder autour d'eux pour savoir d'où pouvaient venir ces bruits inhabituels. De la ville? Du désert?
Sortant son arme, Jim se rapprocha d'Artemus. «Retournons au Wanderer...» Dit-il, sentant ses poils se hérisser sur sa nuque.
Le danger approchait, il le savait.
Il bondit instinctivement sur Artemus pour le protéger, l'aplatissant sur l'estrade quand quelques secondes plus tard, des chariots et la diligence qui étaient alignés le long d'un trottoir non loin de là, ainsi que et le réservoir d'eau de la gare, explosèrent soudainement.
D'autres explosions suivirent quelques secondes plus tard, dévastant les alentours de la place bondée, prenant en tenaille les gens qui s'y étaient rassemblés.
Des centaines de débris, petits et gros, fusèrent dans le ciel avant de retomber quelques instants plus tard, sur la foule, blessant et tuant plusieurs personnes.
Hommes, femmes et enfants s'enfuirent, confusion et la panique se lisant sur leurs visages, courant dans toutes les directions.
Ensemble, Jim et Artemus (qui s'était relevé) levèrent les yeux vers le ciel devenu gris de poussière et de fumée au-dessus de Santa Teresa, lorsque le soleil fut bloqué et qu'une grande ombre apparut, envahissant progressivement la place qui s'est vidée en un clin d'œil.
Leur vision s'arrêta sur un dirigeable en forme de cigare, long, à coque rigide. L'enveloppe de la machine volante était de couleur verte avec des bandes horizontales dorées. Un grand M rouge était visible à l'arrière sur le gouvernail.
Le 'flap-flap-flap' à présent très fort était généré par quatre grandes hélices qui fendaient l'air chaud et lourd. Elles étaient situées de part et d'autre d'une nacelle métallique en forme de coque de navire, placée en dessous du long ballon fuselé et maintenue par des câbles.
Stupéfaits, figés sur place, les yeux écarquillés, bouche bée, les deux agents spéciaux du Secret Service regardèrent le dirigeable voler au-dessus de la place.
Ingénieur dans l'âme, Artemus, fasciné, captivé par la vision de la machine volante, s'écria : « Regarde Jim! C'est un aérostat dirigeable, et à coque rigide! car on voit bien l'armature. Il est beaucoup plus perfectionné que celui réalisé par Henri Giffard en 1852qui était mû par une machine à vapeur placée dans la nacelle. Je me demande quel type moteur actionne les hélices et le gouvernail... Je ne vois pas de vapeur, donc c'est certainement un moteur électrique…C'est incroyable!»
Plus intéressé par le danger que représentait le dirigeable que par le type de son système de propulsion, Jim dit à son partenaire : «Le M, c'est le M de Manzeppi!»
Artemus aperçut alors une dizaine d'hommes installés dans une nacelle et remarqua qu'ils tenaient des objets métalliques ronds avec des mèches allumées. «Ils ont des bombes à main !» Dit-il de sa propre voix, en blêmissant de peur.
Ce que Jim avait d'abord prit pour une figure de proue à l'avant de la nacelle, s'avéra être une mitrailleuse Gatling, et il se rappela les ravages que pouvait faire cette arme sur un champ de bataille.
Lui aussi eut peur.
Pointant du doigt une seconde machine volante qui s'approchait, Jim aperçut également le nez d'une mitrailleuse Gatling installée à l'avant de la nacelle.
Les hélices de l'aérostat s'inclinèrent et celui-ci se mit à descendre vers le sol. Vers eux.
Il ordonna aussitôt à l'officier qui commandait le détachement de protection du Président. «Capitaine ! Tirez sur ces hommes !Tirez! »
Regroupés autour du podium pour protéger le (faux) Président Grant, les soldats braquèrent leurs fusils sur les nacelles des deux machines volantes et ouvrirent le feu.
Les balles rebondirent sur les coques blindées sans toucher les membres d'équipage des dirigeables poursuivirent leur attaque à la bombe.
Des nuées de balles sortirent des mitrailleuses Gatling et fauchèrent les soldats qui tombèrent au sol comme des pantins désarticulés, ensanglantés, déchiquetés par les projectiles.
Des bombes à main se mirent à pleuvoir tout autour de l'estrade sur lequel Jim et Artemus se tenaient. Les explosions secouèrent et ébranlèrent le sol, projetant des colonnes de sable, de terre et de poussière dans l'air brûlant, réduisant la visibilité à zéro en quelques secondes.
Debout côte à côte, toussant, ne voyant rien ou presque à quelques centimètres d'eux, Jim et Artemus prirent la fuite, avançant à l'aveugle, trébuchant sur des corps sans vie des soldats et tombant dans des trous dans le sol, laissés par les explosions.
Les membres d'équipage des dirigeables poursuivirent leur bombardement.
Par chance, Jim et Artemus réussirent à s'échapper juste avant que toute la place de la petite ville ne soit transformée en une étendue de cratères fumants, et ils se mirent à courir aussi vite que possible vers la rue principale où la visibilité était encore bonne.
Survolant Santa Teresa, venant de la direction opposée, le second dirigeable rejoignit le premier et les personnes qui se trouvaient à bord de la nacelle pointèrent leurs fusils en direction des deux agents spéciaux du Secret Service… qui se rendirent vite compte qu'ils ne pourraient trouver refuge nulle part. Les maisons, les saloons, les hôtels, les cantinas, les bordels, l'écurie... et même le bureau du sheriff bâti en brique, ne les protégeraient pas des bombes. Ils savaient que Manzeppi ne reculerait devant rien pour éliminer le Président quitte pour cela à tuer des dizaines innocents.
La seule solution pour rester en vie et protéger la population était de quitter la ville, se dit Artemus. «Il faut partir d'ici, Jim!quitter la ville! »Dit-il et pointa du doigt deux chevaux terrifiés qui étaient toujours attachés à un poteau d'attelage devant la quincaillerie, tentant de s'échapper, sans succès.
Il sprinta ensuite en direction la jument grise pommelée.
Suivant son meilleur ami qui courait devant lui, Jim se dirigea vers le hongre bai, ignorant les balles des fusils et de la mitrailleuse qui fendaient l'air en sifflant tout autour de lui.
D'autres bombes à main furent lâchées par les hommes de Manzeppi se trouvant dans la nacelle du premier dirigeable arrivé au-dessus de Santa Teresa et Jim et Artie se retrouvèrent à nouveau pris dans un chapelet d'explosions.
Alors que Jim et Artemus approchaient des deux chevaux, le saloon qui faisait face à la quincaillerie fut touché par plusieurs bombes à main et explosa soudain dans un fracas épouvantable. Des centaines d'éclats de bois enflammés, pointus et dentelés comme des harpons, volèrent à toute vitesse dans toutes les directions. La jument fut tuée par plusieurs de ces shrapnels et s'effondra, le hongre fut heureusement épargné.
Artie grimaça de douleur lorsque l'un de ces projectiles lui entailla le front d'un côté à l'autre, et le sang coula instantanément sur son visage. Il poussa ensuite un cri lorsqu'un des dangereux débris volants le poignarda au flanc, juste au-dessus de sa hanche gauche, pile dans l'espace laissé vide entre la partie avant du gilet pare-balles qui protégeait le thorax et l'abdomen et la partie arrière celle qui protégeait le dos.
Il tomba à genoux, et les deux mains agrippées autour du morceau de bois enfoncé dans sa chair et qui dépassait de son côté, il appela son partenaire à l'aide. «Jim, je suis blessé! aide-moi!»
Artemus était en train de perdre conscience lorsqu'il sentit son meilleur ami lui saisir le bras. « Ça va aller Artie, je suis là.» Entendit-il.
Puis il s'évanouit et s'affaissa dans les bras de Jim.
En quelques secondes, Jim souleva son compagnon inconscient, un bras sous les genoux d'Artie, l'autre autour de ses épaules et se dirigea vers le cheval toujours en vie.
Se tenant dans la nacelle en osier tressé d'une montgolfière propulsée par un moteur électrique de son invention et deux hélices, le comte Mario Vincenzo Robespierre Manzeppi survolait ses dirigeables, observant sa proie, Ulysses S. Grant, à l'aide de sa longue-vue.
Le Président était mal en point, il était blessé, saignait et était inconscient. Il eut un large sourire de satisfaction. Il avait presque atteint son but.
La mort de Grant n'est plus qu'une question de minutes à présent, se dit-il, la mine réjouie.
Il reconnut l'homme vêtu d'un costume bleu clair et d'un chapeau noir - James West - qui venait de hisser Grant sur un cheval, en travers de la selle.
Surexcité Manzeppi abaissa sa longue vue et, comme un enfant, se mit sautiller sur place. Il allait faire d'une pierre deux coups: tuer le Président Grant et James West. «Tu te débarrasseras d'Artemus Gordon, plus tard, une fois de retour à Washington, où il est en permission et flirte avec toutes les jolies jeunes femmes de la sera un plaisir aussi de le tuer. »
Le pilote de la montgolfière demanda: «Vous avez dit quelque chose?»
Le comte prit la rose blanche qu'il avait accroché au revers de sa veste bleu marine. «Je parlais à moi-même, Crawford.» Répondit-il. Il jeta la fleur dans le vide et la regarda descendre en spirale vers le sol qui était aussi couvert de cratères que la lune, situé une cinquante de mètres plus bas. «Je vous dis adieu fûtes de rudes adversaires et j'ai apprécié nos escarmouches, mais tout a une fin, et je vais bientôt goûter le plaisir de la vôtre.» Il retira son chapeau type mousquetaire aux plumes tricolores de sa tête et le plaça contre son cœur, rendant hommage à ses deux futures victimes, l'air faussement affecté, triste, puis il s'empara du mégaphone placé à ses pieds. «Tuez-les ! tuez-les! tuez-les! Je veux les voir réduits en charpie! je veux les voir exploser en mille morceaux !être réduits en bouillie! » Ordonna-t-il à ses hommes et aussitôt d'autres bombes à main furent larguées sur Jim et Artemus.
Les mitrailleuses Gatling, se mirent à nouveau à cracher des balles, au rythme de 1200 coups par minute. Les hommes armés de Winchester 73 entrèrent en action à leur tour.
Une puissante bourrasque poussa soudain la montgolfière sur le côté, le comte perdit l'équilibre et dut s'agripper au bord de la nacelle pour ne pas tomber.
Il remarqua alors que des grains de sable poussés par le vent qui avait forci rebondissaient sur sa chemise violette et fut très surpris.
Du sable se mit à lui fouetter le visage.
Du sable, à cette altitude? s'interrogea-t-il, très surpris.
Il regarda l'horizon, au-dessus de Santa Teresa, et fronça les sourcils d'inquiétude en voyant une sorte de vague immense brun-beige, avancer à travers le désert, engloutissant et balayant tout sur son passage, accompagnée par un grondement sourd, puissant.
Une tempête de sable se dirigeait droit vers la ville.
Le comte serra le poing, contrarié, sachant qu'il ne pouvait pas poursuivre ce qu'il faisait, car si lui et ses hommes ne partaient pas d'ici très vite, les dirigeables et sa montgolfière seraient emportés par les vents violents et tourbillonnants.
Il imagina les enveloppes être déchirées et déchiquetées par la tempête de sable, les nacelles malmenées en tous sens par les vents furieux tombant au sol, et les corps sans vie de ses hommes être ballottés, emportés et trainés dans le désert comme des fétus de paille avant d'être recouverts par le sable.
Il se vit être emporté par la tempête, voltiger dans les airs, le sable pénétrant par son nez et sa bouche, attaquant ses yeux et se vit mourir asphyxié.
Il chassa vite cette image terrifiante de son esprit.
Il observa brièvement la tempête de sable à l'aide de sa longue-vue et calcula approximativement qu'elle atteindrait Santa Teresa serait dans moins d'une heure.
Il jeta ensuite un coup d'œil vers le bas et vit Jim West et le Président Grant s'échapper sur un seul cheval - l'animal galopant à travers les cratères fumants laissés par les bombes à main que ses hommes 'd'équipage' laissaient tomber au sol, zigzaguant pour éviter les balles qui sifflaient.
Il devina que, pour lui échapper, James West, allait trouver refuge au cœur de la tempête de sable, seul endroit où lui et le Président seraient à l'abri.
Mais c'était un choix très dangereux. La tempête de sable pouvait les tuer en les étouffant, en brisant leurs os, en les ensevelissant sous des tonnes de sable.
Manzeppi frappa le bord de la nacelle du poing, à présent frustré, certain que Grant et West allaient sans aucun doute mourir. «Je voulais vous tuer tous les deux moi-même !» Cria-t-il avec rage, comme un enfant à qui on a refusé son caprice.
Il se calma d'un coup en se rappelant soudain d'un article sur les deux agents spéciaux du Secret Service paru quelques semaines plus tôt dans la Washington Gazette, que le journaliste avait titré : 'James West et Artemus Gordon, les deux meilleurs agents spéciaux du Secret Service sont-ils immortels?' Puis il se rappela d'un passage dudit article. Les deux hommes avaient survécu à de très graves blessures, à de très graves maladies, ils avaient été pendus, électrocutés, s'étaient noyés et avaient été ramenés à la vie, etc.
Les deux hommes s'étaient toujours sortis vivants des pires situations.
Le comte tira pensivement sur sa barbe pointue, réfléchissant à voix haute. «Humm... James West va donc survivre et il fera tout pour que Grant ne meure la tempête sera passée, je partirai à leur recherche et je les trouverai.» Il sourit, se sentant ragaillardi. «La partie de chasse est toujours en cours !» Il regarda son pilote alors que le vent chaud forçait et ajouta. «Il faut partir, maintenant !».
A suivre.
