« Dis-moi Ashlyn, pourquoi on est là exactement ? demande Baldr à sa supérieure, alors que la fine équipe pénètre dans une forêt à l'ambiance particulièrement angoissante.

- Selon Skoll, nous devrions trouver un chemin menant à l'embouchure nord du canyon que nous prévoyons de traverser en skell, répond cette dernière. Mais il est vrai que l'endroit est particulièrement déconcertant. »

La chaleureuse lueur du début de matinée s'est très vite transformée en clair-obscur violacé et l'air pur de la jungle de Noctilum s'est à présent emplis de volutes sombres n'inspirant que peu confiance.

« Cela dit, j'espérais de lui qu'il soit capable de nous guider, reprend H. Lin sur un ton réprobateur.

- P… pardon, répond difficilement l'intéressé en se tenant le ventre.

- Je leur ai donné de quoi faire passer le mal de ventre, mais ça va mettre un peu de temps à faire effet, commente Baldr.

- J'espère que vous êtes fiers de vous! s'agace H. Lin. On est perdus dans une forêt qui grouille de créatures plus dangereuses les unes que les autres, et les deux seules personnes capables de nous sortir de cette situation n'ont rien trouvé de mieux à faire que d'engloutir une cargaison de fruits infects à en vomir jusqu'à l'écœurement !

- Ouais, enfin… moi j'arrive encore à marcher droit, rétorque Skoll. On peut pas en dire autant de tout le monde.

- Bleurg… répond Mimir dans un haut-le-cœur. T'as pas deux ou trois cachetons de plus, Baldr ?

- Ils ne devraient pas tarder à faire effet, répond Baldr. Accroche-toi encore un peu.

- Tss ! s'énerve H. Lin en forçant le pas, quitte à laisser les deux trainards derrière.

- N'empêche, j'ai gagné, nargue doucement Skoll.

- Oh, la ferme ! » répond Mimir.

Après une marche bien plus lente que prévue, autant à cause des deux malades que des menaces tapies dans l'obscurité, les quatre amis arrivent dans ce qui semble être le fond de la forêt. Il s'agit d'une grande clairière partiellement éclairée par les rayons du soleil et encerclée par d'immenses parois rocheuses. Le ciel est obstrué par une formation végétale s'étendant au-dessus des arbres telle une toile d'araignée et le sol est parsemé de points d'eau violacés trahissant la présence de toxines létales. Plusieurs scirpos errent dans la clairière à la recherche de nourriture, ne s'arrêtant de fouiller le sol que lorsque quelques rafales de vent agitent les feuillages desquels s'élèvent d'apaisants tintements.

« Heu… On fait quoi maintenant ? demande Baldr.

- Demandons à notre expert en survie, répond H. Lin sur un ton sarcastique.

- Déjà, on touche pas à l'eau, répond Skoll, qui semble en meilleure forme. Elle est sûrement empoisonnée.

- Merci Sherlock ! s'agace H. Lin. T'as d'autres conseils comme ça ?

- Il y a une ouverture dans la paroi au nord-est, ajoute Skoll. Si on parvient à s'y rendre sans attirer l'attention des bestioles, on devrait pouvoir sortir de cette forêt au niveau du nord du canyon.

- T'as une idée pour éviter les scirpos ? demande Baldr à Mimir.

- Heu… Vous me laissez quelques minutes pour les observer ?

- Tu ne l'as pas fait sur le trajet ? s'étonne Baldr.

- J'avais… autre chose en tête, répond Mimir.

- Tu as toujours mal au ventre ? demande Baldr.

- Non, c'est bon. Mais cette forêt est… angoissante, vous trouvez pas ?

- Je dois bien avouer que je ne suis pas à l'aise, répond Skoll.

- Pas à l'aise ? s'étonne Mimir. Moi j'ai l'impression d'être en plein cauchemar ! On est en plein milieu de la matinée et on se croirait au crépuscule…

- C'est très probablement à cause de cette immense toile au-dessus de nos têtes, commente H. Lin. Mais il est vrai que je me sentirai beaucoup plus sereine une fois sortie de cette forêt.

- D'ailleurs, je crois pas que ce soit une toile, rebondit Mimir. On dirait plutôt une sorte de plante grimpante. Il y a même quelques lianes qui descendent par-ci par-là.

- Et tu penses qu'on peut s'en servir pour passer à côté des scirpos ? demande Skoll.

- Je pense pas, non, répond Mimir.

- Alors pourquoi t'en parles ? s'agace Skoll. On s'en fout complètement du coup !

- Je parle d'un truc qui m'aide à me détendre, figure-toi! répond Mimir. J'arrive pas à me concentrer dans ce genre d'environnement. Toi si ?

- … Non, finit par répondre Skoll. Mais rester planté en bordure de clairière avec des bestioles qui peuvent nous attaquer depuis les arbres ça m'aide pas à me concentrer non plus.

- Écoutez les amis, intervient Baldr en voyant ses amis commencer à perdre leur sang-froid. Je pense qu'on a tous besoin de se calmer un coup.

- Et comment tu veux qu'on fasse ça exactement ? demande Skoll sur un ton partiellement agressif.

- Fermez les yeux et oubliez qu'on est dans Noctilum, répond ce dernier.

- T'es sérieux ? demande Mimir.

- Très, répond Baldr. Faites-moi confiance, d'accord ? »

Malgré quelques instants d'hésitation, les trois amis finissent par écouter les conseils de Baldr.

« Bien, reprend-il. Maintenant, inspirez calmement… et expirez. Voilà. Imaginez qu'on est dans un parc et concentrez-vous sur votre respiration. »

Une fois les yeux fermés, l'environnement autour d'eux n'est pas très différent d'une paisible forêt terrestre. L'air, bien qu'étant emplis de volutes aux couleurs peu réconfortantes, a l'odeur de l'humus. Seuls les bruissements des feuilles percent le silence. Par moments, le vent se lève doucement, faisant délicatement carillonner ce qui ressemble à des cloches.

Une fois l'allure lugubre du lieu dans lequel ils se trouvent mise de côté, l'endroit n'est en réalité pas si différent d'une forêt apaisante.

« Vous vous sentez mieux ? » finit par demander Baldr.

Ses amis ouvrent les yeux un par un, visiblement détendus par cette expérience saugrenue.

« Je pense savoir comment passer sans risque. » annonce Mimir après avoir jeté un œil aux quelques scirpos de la clairière.


Lys des prés : Une robuste fleur argentée qui, grâce au vent, carillonne comme une cloche. Son son clair accorde un bref instant de sérénité aux visiteurs de Noctilum.

Exploration de Mira : 11,33 %