À la base militaire, les recherches étaient très infructueuses pour les soldats, ceux qui étaient dehors, qui rentraient bredouilles. Ils n'avaient pas retrouvé Solus ni Otus (à noter que celui-ci avait pourtant rendu visite à Geddy donc ils l'avaient manqué de peu!) et ils ne les avaient toujours pas retrouvés à l'heure actuelle. Ils cragnaient la réaction de leur chef.
- Je crois qu'on a perdu leurs traces..., disait un soldat dépité.
- Vous croyez ou vous en êtes sûr ? leur demandait avec sévérité leur supérieur.
Les soldats se figèrent de peur et avouèrent qu'ils ont échoué dans leur mission. Craignant une sanction, un de leur collègues ramenait une bonne nouvelle juste à temps et cela concernait Otus.
- Chef, vous n'allez pas me croire mais le petit Otus est vivant ! Il était passé dans la base, il n'y a pas longtemps !
- Ah bon ? disait-il, surpris. Comment avons-nous pu passer à côté ? Et comment vous le savez ?
- Eh bien... En passant dans l'atelier de réparation, j'avais trouvé ses gants en métal posés sur la table. Geddy était en train de les réparer pour lui, on dirait qu'il n'était pas du tout affecté par ce qu'il lui est arrivé donc cela signifie qu'il est bien vivant ! Le monstre... 'fin, Solus... Il ne lui a rien fait du tout !
Les autres soldats n'en croyaient pas leurs oreilles. Et si c'était vrai d'après Anne ? Ils se souvenaient comme elle avait eu du mal à les convaincre que Solus ne ferait pas de mal à son meilleur ami, il avait toute sa tête quand il était en dragon. S'il était en colère c'était parce que les soldats avaient eu peur de lui et projetaient leur colère sur lui alors qu'il n'avait rien fait de mal jusqu'à présent ! Les soldats concernés se regardaient, se sentant coupables d'avoir eu ce comportement de la sorte envers le jeune harfang des neiges. Mais bon, faut dire que cette transformation les avait quelques peu impressionnés!
Pour le chef des armées, il était sceptique.
- Si vous ne me croyez pas, monsieur, lui disait le soldat, allez demander à Geddy ! Il pourrait vous le confirmer ! Sinon, il serait déjà triste s'il savait que son ami avait eu quelque chose de grave !
À l'atelier de réparation, Geddy confirmait bien que Otus était en vie et qu'il était passé ici pour demander à réparer ses gants car ils étaient sacrément amochés. La réparation était, ici, encore en cours, il fallait encore changer quelques pièces métalliques des doigts et de la paume à chacun des gants. La pièce se situant au niveau du poignet était presque réparée. En regardant celles qui étaient usées, on remarquait que ça avait été mâché...
Le chef demanda.
- Hmmm... J'aimerais avoir une confirmation de votre part, Geddy...
- Je vous écoutes, monsieur.
- Quand le petit Otus était arrivé ici, dans quel état étaient ses mains?
- Euh... Je dirais qu'elles étaient intactes... Pourquoi cette question ? Si ce n'est pas indiscret...
- J'aimerais que vous me rendiez un service une fois que vous auriez réparé ses gants...
Et ce service risquerait fort de mettre en danger Solus.
Une semaine plus tard, Otus put avoir ses habits résistants le lendemain où il les avait confié au Professeur et put récupérer ses gants réparés par Geddy la semaine suivante. Le garçon-chouette était content lorsqu'il bougeait les doigts métalliques, c'était comme neuf!
Le mécanicien n'était pas très bavard ce jour-là, il rassurait son ami qu'il n'était pas fâché, juste qu'il avait des soucis en tête, rien de plus. Il lui demandait seulement d'être prudent en rentrant où qu'il aille vu qu'il n'était pas récemment chez lui. Avant de partir, Geddy lui disait juste ces mots :
- Tu n'as pas à t'inquiéter, Otus, moi je sais que Solus n'est pas méchant. Mais tu sais ce que le chef dit si jamais on le retrouvait... Malgré que les autres comprennent un peu tard qu'il ne fera rien, lui, le chef, c'est juste qu'il faut s'en débarrasser à tout prix ! Parce que c'était une menace pour nous tous ! Alors que c'est faux!
Otus hochait la tête, confiant. Geddy poursuit.
- Solus pouvait très bien tous nous protéger en cas de soucis... Tu sais que notre monde est vaste, il n'y a pas que Vellie et... Advent. Il y a d'autres contrées qui existent et qui sait quelle genre de créature pouvait venir nous embêter. Les pirates du ciel, ce n'était qu'un long début.
Otus hochait encore fois la tête. Geddy lui fit un câlin.
- Sois prudent, mon pote. Et dis à Solus de l'être aussi où qu'il soit.
Une fois que Otus était parti après le petit signe d'au revoir, le mécanicien murmura d'un «Je n'arrive pas à croire que j'étais obligé de faire ça... Pardonne-moi Otus... Pardonne-moi aussi Solus... Je ne pouvais pas faire autrement.»
- Ça y est ! déclara un soldat en observant attentivement l'écran de son radar dans la salle dédiée. Il est parti !
- Parfait, se réjouit le chef des armées. Faites-en sorte de le suivre discrètement, il ne faut surtout pas qu'il se doute de quelque chose. On va l'avoir l'autre gosse.
Sur le radar, on pouvait entendre un «bip... bip...». Otus rentrait à la Tour Ancestrale où l'attendait Solus qui était en train de réviser ses cours à une table dans la bibliothèque. Lorsque Otus toqua à la grande porte pour que l'harfang des neiges puisse l'ouvrir, celui-ci utilisa sa détection d'aura pour voir si c'était lui et s'il n'était pas suivi. À travers les portes c'était bien Otus, il alla lui ouvrir. Mais un moment, il crut voir, derrière son ami, un groupe de points lumineux à l'horizon. Méfiant, il fit entrer Otus en lui conseillant d'aller se cacher dans le dortoir et d'y rester.
Solus passa en mode incognito pour aller voir ce qu'il y avait. En s'approchant suffisamment par la voie des airs, il vit avec horreur que c'était des hélicoptères qui s'approchaient dangereusement vers la Tour Ancestrale. Jusqu'à présent, ils n'étaient jamais passés par-là mais là... ils allaient clairement dans cette direction ! Et c'était très mauvais signe ! Solus y retourna rapidement, ferma les portes et se cacha dans le dortoir avec Otus afin d'y être en sécurité.
Comment les soldats avaient-ils fait pour le retrouver ?! Otus était pourtant très prudent là-dessus !
Le bruit des appareils s'approchant se fit clairement entendre à travers les pales découpant l'air. Solus avait pensé à bien verrouiller la porte et à fermer les fenêtres avant de se cacher. Nos deux amis entendaient les soldats essayer de défoncer la grande porte, les autres passaient par les fenêtres en les cassant volontairement de tout leur corps en étant suspendus à une corde reliant aux appareils volants. L'harfang des neiges était évidemment furieux de cette intrusion ! Pour lui, pénétrer dans la bibliothèque de cette façon c'était comme salir la mémoire des chouettes ancestrales ! Toutefois, il se devait rester silencieux pour ne pas se faire repérer de là où il était même si l'envie de grogner d'instinct prenait le dessus. Otus, lui, prenait peur. Solus le rassurait en le prenant dans ses bras. La tension était à son comble...
Otus et Solus entendirent les pas silencieux mais pesants des soldats. L'un d'eux, qui dirigeait les troupes, sortit un petit appareil avec un écran. C'était un radar portable. Il appuyait sur un bouton pour l'allumer, un «bip... bip...» résonnait et sur l'écran un point lumineux clignotait. Le soldat regardait en direction de la porte du dortoir camouflée. Il colla son oreille au mur pour entendre le moindre bruit.
Les garçons se cachaient sous le lit de Noctae qui était près de la fenêtre. Cela inquiétait Solus qui ne pouvait pas s'empêcher de grogner doucement de manière instinctive, le sentiment de menace le pesait. Otus mit sa main sur la bouche de son ami pour atténuer le son du grognement. Le garçon-chouette n'était pas comme lui, à réagir au moindre danger, il avait peur oui mais il savait rester calme et silencieux comme il savait le faire.
Le soldat avait trouvé la poignée secrète de la porte mais n'arrivait pas à ouvrir, Solus avait prévu cela en verrouillant de l'intérieur. Le soldat meneur ordonna qu'on enfonce cette porte avec un bélier, ses deux collègues, qui tenaient l'objet contondant, obéissaient. Ils commençaient à enfoncer la porte à répétition. La panique gagnait les deux garçons au rythme des coups, ils devaient trouver une solution le plus rapidement possible ! Otus eut une idée en voyant la fenêtre, il tapota l'épaule de Solus pour lui indiquer un échappatoire et comme le jeune garçon, qui lui avait donné l'idée, n'était pas recherché, Solus put prendre cette sortie de secours. Otus, lui, devait rester caché sous le lit.
Après tant d'efforts et de persévérances, les soldats réussirent à enfoncer la porte en l'ouvrant avec fracas. Ils avaient découvert une pièce cachée ! Et au vu de la disposition des meubles et des lits, c'était un dortoir. Le meneur consulta son détecteur, le signal était fort et ça se trouvait sous l'un des lits, proche de la fenêtre! Ils avancèrent prudemment. Arrivés, l'un d'eux faisait signe de «1, 2...» avec ses doigts avant de relever soudainement, avec force, le lit prenant le risque de le casser, révélant... Otus. Qui était seul. Il était recroquevillé au sol, apeuré, car un soldat lui pointait une arme sur lui, pensant découvrir Solus.
- MAIS OÙ IL EST, BON SANG ? s'écria le meneur.
Sentant un courant d'air frais, il vit que la fenêtre était entrouverte, il comprit alors en lâchant un juron : Solus leur avait filé entre les doigts ! Cepandant, il n'avait pas complètement disparu de leur champ de vision, les soldats pouvaient le rattraper tant qu'il était encore temps !
Cette escadron était pour l'élimination de l'harfang des neiges car c'était une menace pour eux et pour la population. Les autres soldats, pour la protection de la jeune chouette, restaient à la base à ruminer en train de réparer la partie de bâtiment encore partiellement détruite, avec les ouvriers, en guise de corvée.
