Tags: Alternate Universe - Supernatural Elements ; Wolfstar ; no magic ; But still magic ; Demons ; Werewolf Remus Lupin ; Hunter Sirius Black ; Hunter Remus Lupin ; Pining ; hardcore pining ; Remus is pining so hard ; Sirius too but for once he's not a dramaqueen about it ; Classic Cars ; Jaguar XJ6 ; firearms ; Wraith ; Fucking Witches ; Snow ; Everybody's bloody freezing ; Blood and Injury ; Graphic Description of Sirius's Smell ; Demonic Possession ; Frottage ; Bloodlust ; Additional Tags to be Added
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Chapitre 2 : Pulsar
[Un pulsar est une étoile à neutrons tournant très rapidement sur elle-même et émettant un fort rayonnement électromagnétique dans la direction de son axe magnétique.]
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La forme éthérée du démon disparut dans la bouche de Remus, qui se ferma en même temps que ses yeux ambrés.
Sirius tituba en arrière, sang et souffle figés par l'horreur. Pourquoi est-ce que ça n'avait pas fonctionné? Pourquoi n'avait-il pas pu l'exorciser? Comment avait-il pu le repousser, plus tôt, comme une agaçante petite mouche?
Remus — le démon — rouvrit les paupières alors qu'un sourire étranger fleurissait sur ses lèvres. Ses iris couleur miel s'illuminèrent de rouge. Tout ce que Sirius réussit à faire fut de s'accrocher à son fusil à pompe en reculant un peu plus.
Pas Remus. Pas Remus.
Il devait faire sortir cette créature de là.
—Je n'avais jamais possédé un loup-garou… médita-t-elle d'une voix profonde qui ne lui appartenait pas. Très intéressant…
L'esprit ralenti par la panique, Sirius la regarda traîner le corps de sa précédente enveloppe et la rasseoir dans le fauteuil.
—Brave Tom, dit-elle avec une tape paternaliste sur sa joue. Mon plus durable réceptacle. Presque quarante ans de coopération!
Sirius fixa l'humain à la chemise tachée de vin. Il n'avait pas l'air d'avoir plus de trente ans. Il avait plutôt l'air mort, d'ailleurs, mais il s'en désintéressa et braqua son regard sur Remus. Celui-ci s'était redressé, les doigts levés, et observait ses griffes s'allonger et se rétracter avec fascination. Sirius tira.
L'expression énervée qu'il obtint était tellement Remus qu'un sanglot l'étrangla.
Le démon agita la main. L'arme de Sirius lui échappa et s'écrasa contre un mur.
— Humiliare s-sub potenti manu dei, contre-… contremisce et effuge.
—Sirius, Sirius, Sirius… susurra la créature en secouant la tête.
—Invocato a nobis sancto et terribili nomine, persista-t-il, quem inferi tremunt.
—Tu n'as toujours pas compris que tu n'étais pas à la hauteur? soupira théâtralement Remus en avançant de quelques pas.
Sirius recula encore. Il l'avait bien compris: ce démon n'avait rien à voir avec le menu fretin habituel. Mais que pouvait-il faire d'autre que tenter de l'exorciser? Quelle option lui restait-il? Il ne pouvait pas tuer Remus. Il refusait de tuer Remus.
Ses yeux balayaient frénétiquement la pièce à la recherche de quelque chose, n'importe quoi qui puisse l'aider. L'assommer avec la crosse de son arme? Remus était trop résistant. De l'argent? Ça ne blesserait pas le démon, juste l'enveloppe qu'il habitait. La flasque d'eau bénite? Percée, trop loin, une simple diversion. Les morceaux de verre? Inutiles.
Il devait sortir la créature du corps de Remus. Qu'elle s'échappe, qu'elle retourne à l'intérieur de Tom, peu importait. Il aviserait ensuite.
Sa priorité était claire.
— Ab insidiis diaboli, libera nos, Domin-
—Shhhhhhh…
Une pression infernale l'écrasa contre un mur. Le choc à la tête obscurcit sa vision et un tambour martela son crâne. La compression de sa cage thoracique l'empêcha de remplir ses poumons. Il ouvrit la bouche sans réussir à émettre un son malgré les hurlements de ses membres.
—Tellement de rage et de désir dans ce corps maudit… murmura le démon avec ravissement.
Sirius battit des paupières pour chasser le voile devant ses yeux. Il avait déjà senti la magie démoniaque l'effleurer, mais jamais elle ne l'avait impactée à ce point. Sonné et incapable de bouger plus que le cou, il peina à relever la tête.
Un sourire bien trop large étirait les lèvres de Remus. Le voir approcher avec les canines allongées fit enfler sa terreur. Le pic d'adrénaline affûta sa vision qui se fixa sur ces crocs trop longs.
En remarquant que le démon n'avait qu'à incliner le visage pour renifler sa gorge, il réalisa que ses pieds ne touchaient plus le sol. Il eut le réflexe stupide de s'aplatir contre le mur auquel il était déjà épinglé comme un insecte.
—Peur, excitation…
Les narines de Remus frémirent alors qu'il reculait pour le caresser d'un regard rougeoyant.
—Il sait tellement de choses sur toi, Sirius. Il sait pour ces bouffées de désir à chaque fois qu'il t'approche, à chaque fois qu'il te touche…
—Sors de là, connard, siffla-t-il entre ses dents.
—As-tu seulement idée de la lutte constante que tu représentes, pour lui? l'ignora la créature avant d'adopter un ton dramatique. Oh, non, si je cède, je risque de le dévorer! Pire! De le contaminer! Oh! Malheur! Sirius s'est blessé! Je salive! J'ai envie de le retourner, de le prendre contre une table, puis d'en faire mon dîner!
Les yeux de Sirius s'écarquillèrent de stupeur.
—Oh, tu l'ignorais? sourit largement le démon, ravi. Tu ne savais pas que sa plus grande peur était de se réveiller un matin dans votre petite chambre d'hôtel, avec ton cœur dans son estomac et ta chair coincée entre les dents? Il ne se fait pas confiance. Faim, envie, désir, tout se mélange. Et s'il te mordait en t'embrassant la gorge? Et s'il te lacérait en t'attrapant les hanches? Et si l'appétit le rattrapait au moment de l'extase et qu'il jouissait dans un cadavre?! PATHÉTIQUE!
Son cri soudain fut suivi d'un rire qui lui glaça le sang.
Les démons mentent. Les démons mentent.
Il se répétait ce mantra en cherchant une issue. Deux griffes frôlèrent sa mâchoire et son corps se contracta dans un affreux mélange de dégoût et d'excitation. Un râle anxieux quitta sa gorge nouée.
—Quelle existence minable… poursuivit Remus, les yeux dans le vague. Une telle puissance, réfrénée par le collier qu'il vous a laissé lui mettre autour du cou. Il pourrait être une arme incroyable… Mais à quoi est-ce qu'il vous sert? À creuser des tombes et à flairer des proies? Un bon toutou à sa maman.
Une joie enfantine, que Sirius aimait tant voir d'habitude, adoucit ses traits malgré l'élargissement cruel de son sourire. Il sembla soudain s'adresser à Remus plutôt qu'à lui.
—Tiens, et si nous rendions visite à Maman? demanda-t-il, extatique. Elle sera si heureuse de revoir son monstre de fils. Celui qu'elle a poussé dans le giron des Potter au risque qu'ils l'étripent. Advienne que pourra! Comme elle a dû être soulagée de se débarrasser de ce gamin qui la griffait et la mordait à la moindre-
Le visage de Remus se contorsionna dans une grimace. Il recula d'un pas et la prise magique qu'il avait sur Sirius s'affaiblit. Remus réussissait-il à lutter contre son emprise démoniaque?
L'espoir étreignit le cœur de Sirius. Il fut aussitôt écrasé lorsqu'il repéra la réelle source de cette accalmie. Elle se trouvait dans l'encadrement de la porte. La main tendue devant elle. Les traits haineux. Le regard électrique.
Regulus.
Plutôt que du soulagement, ce fut une vague d'horreur qui submergea Sirius.
—NON! hurla-t-il. NON, REG! ARRÊTE! PAS REMUS! PAS REMUS!
—Combien de Black vont défiler avant que je ne voie celle que j'attends? peina la créature.
—Votre message à Bellatrix s'est égaré en route, Voldemort, répondit Regulus avec suffisance. Navré.
Le démon leva les yeux au ciel. Il ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt avec un gémissement, le poing serré devant sa gorge. Regulus l'empêchait de sortir du corps de Remus pour s'échapper.
—REG! supplia Sirius, les yeux embués de terreur. LAISSE-LE PARTIR!
—Je vois que tu as repris un peu de grâce depuis la dernière fois… grinça Voldemort alors que Regulus avançait dans la pièce, paume tendue vers lui.
Shacklebolt entra à son tour, un fusil à la main. Son regard sombre balaya les lieux avant de se poser sur Sirius. Que faisait-il là? Comment Regulus s'était-il réveillé aussi vite? Kingsley était-il de mèche avec lui? Pour éliminer Remus? Il refusait d'y croire, voulait s'accrocher à l'espoir qu'il lui vienne en aide, mais le chasseur était spécialisé dans la traque des loups-garous. Pouvait-il compter sur lui pour arrêter Regulus?
— Kings-
—Je ne suis pas du genre à me déplacer sans être préparé, l'interrompit Regulus avec un coup d'œil agacé dans sa direction.
—Au risque d'attirer l'attention de l'étage du dessus? grimaça le démon qui reculait vers les fenêtres brisées. Ça ne me paraît pas raisonnable. Que vont-ils faire aux Black quand ils réaliseront ce que vous leur avez volé?
—Je pense que s'ils y accordaient une quelconque importance, vous vous seriez déjà empressé d'aller nous dénoncer.
—Et perdre mes plus précieux alliés potentiels? sourit difficilement Remus. Voyons Regulus, des lames si affûtées sont bien plus utiles entre mes mains qu'au rebut.
—Ça ne fonctionnera pas avec moi.
Un cri de souffrance s'étrangla dans la gorge de Voldemort, qui tituba sous l'aura de puissance qui émanait de Regulus.
Le cœur de Sirius se figea. La force qui le maintenait au mur s'évanouit et il tomba à genoux. Malgré la douleur, il se releva aussitôt pour se placer entre son frère et Remus. Démon. Loup-garou. Danger. Il étouffa les alarmes déclenchées par l'immense menace dans son dos.
—Laisse-le partir!
—Non, trancha Regulus, glacial.
—LAISSE-LE PARTIR! hurla-t-il entre panique et fureur, les poings crispés et les épaules tremblantes.
—Tu n'as aucune idée de qui il s'agit, pas vrai?
—JE M'EN FOUS! SI TU TOUCHES À REMUS, JE TE TUE!
L'expression excédée de Regulus se fit dédaigneuse.
—Et comment est-ce que tu penses faire ça, Sirius?! Avec la misérable dose de grâce que tu as eu le temps de recevoir avant de fuir comme un lâche?! Tu ne fais pas le poids!
—MAIS C'EST QUOI CETTE PUTAIN DE GRÂCE?! fulmina-t-il, les larmes aux yeux.
Dans quoi était-il tombé? Pourquoi n'avait-il pas écouté Remus? Il avait eu raison. Sa bêtise allait lui coûter la vie. Regulus n'en avait rien à foutre de lui! Des années qu'il tentait de reprendre contact, de trouver un moyen de l'arracher des griffes de leurs parents, de lui prouver qu'une autre façon de chasser existait… mais c'était trop tard.
Derrière lui, Remus gloussa.
Sirius fit volte-face. Le démon s'était appuyé au mur entre les fenêtres, hilare malgré la souffrance évidente sur le visage de Remus.
—La grâce angélique, Sirius, rit-il. Celle que tes ancêtres ont volée à un ange en faction sur terre! Celle que la famille Black distille au compte-gouttes à ses membres!
—Et qui fait de nous le bouclier idéal pour aller déloger Lucifer du trône que vous convoitez, siffla Regulus. Et c'est hors de question.
—Je suis sûr qu'on peut s'arranger, susurra Voldemort.
Remus grimaça soudain et se tordit en avant, tous les muscles crispés.
—ARRÊTE! cria Sirius en se retournant vers son frère.
Kingsley posa la main sur l'épaule de Regulus, dont la posture se raidit un peu plus. Sa voix se superposa aux gémissements de Remus et Sirius peina à trouver du sens à ses mots.
—Vous êtes assez puissants pour séparer leurs âmes.
—Et prendre le risque qu'il s'échappe? grogna Regulus, le bras tremblant.
—Tracez un piège à démon, contra-t-il sèchement, son regard sombre rivé sur lui. Sirius!
Sirius le dévisagea, hébété, avant de comprendre. Kingsley voulait piéger le démon dans un pentagramme pour ensuite tenter de l'extraire de Remus.
Il se mit en branle. Sa sacoche lui avait échappé lorsque Voldemort l'avait écarté comme un moucheron agaçant et il se jeta dessus, les genoux raclant la poussière. Il tenta d'ignorer les râles qui provenaient de Remus et plongea les mains dans le fouillis de boîtes de munitions, de conteneurs de sel, d'armes à feu, de pieux, de flasques et de couteaux dans leurs fourreaux. Il en tira une bombe de peinture rouge qu'il jeta à Kingsley, puis une seconde qu'il agita avec frénésie en se retournant.
—Je n'ai jamais fait une telle chose! s'alarma Regulus.
—Essaye! J't'en prie Reg, essaye! supplia-t-il alors que Shacklebolt commençait à tracer un cercle sur le parquet.
La mâchoire de son frère se contracta. Bien qu'il ne quitta pas Remus des yeux, ses traits s'affaissèrent légèrement. Une bouffée d'espoir envahit Sirius. Il ne savait pas ce qui motivait son changement de position, mais il s'en fichait. Il s'inquiéterait plus tard d'un supposé coup d'État sur les enfers qui impliquerait les Black. Il s'inquiéterait plus tard d'un potentiel intérêt plus qu'amical de Remus pour sa personne. Il s'inquiéterait plus tard de l'existence des anges et d'un morceau de leur pouvoir qu'il porterait en lui.
Tout ce qui importait était cette étoile à cinq branches, celle qu'il traçait presque tous les jours depuis ses seize ans. Tout ce qui importait était ces cinq sigils, dessinés sans qu'il n'ait besoin d'y réfléchir. Les effluves de l'aérosol lui brûlaient la gorge et les yeux. L'adrénaline transformait son cœur en tambour de guerre. L'espoir et la panique lui tournaient la tête. Mais sa main était stable, ses gestes précis, son pentagramme parfait.
Il se releva, alerte, tendu, le souffle saccadé. Il ne restait plus qu'à traîner Remus dans le piège.
—Votre chaîne? demanda Kingsley à Regulus, dont le front commençait à briller de transpiration.
—Non! protesta Sirius.
—Tu le veux avec des cicatrices ou mort? grinça son frère en plongeant sa main libre à l'intérieur de son caban.
Sirius déglutit et se tourna vers Remus, plié en deux. Le faisceau du fusil illuminait son visage contorsionné. Ses canines trop longues avaient percé ses lèvres. Des lueurs fauves et écarlates luttaient dans ses yeux. Un grondement sourd s'échappait de sa gorge déjà maillée par l'argent et ses griffes étaient plantées dans ses propres cuisses. Sirius le vit faire un pas en avant avec stupeur. Il prenait le dessus. Remus se débattait!
Leurs regards s'accrochèrent. Sirius ouvrit ses perceptions au maximum et son cœur fut saisi par l'éclat doré de ses iris. Bien que vacillant, parfois englouti par un feu grenat, il se rallumait. Remus était là et il avançait. Avec une lenteur insoutenable, avec des gestes douloureux qui paraissaient lui coûter toute sa volonté. Mais il avançait, les yeux rivés sur les siens, le visage tendu par une détermination que l'influence de Voldemort ne semblait pas pouvoir effacer.
Ils observèrent, le souffle coupé, ses pas chancelants l'amener au bord du piège.
Une traction du pouvoir de Regulus le précipita en avant. Il s'écroula au milieu du pentagramme et s'y recroquevilla avec un halètement. Sirius dut se retenir de plonger sur Remus malgré les alarmes qui lui hurlaient de s'éloigner. Il tomba à genoux près du cercle, dont il vérifia l'intégrité d'un coup d'œil frénétique.
Remus se crispa. Ses griffes s'enfoncèrent un peu plus dans sa chair, ses crocs s'allongèrent encore alors qu'il ouvrait grand la bouche. Un filet de fumée noire s'en échappa. L'espoir chanta dans les veines de Sirius et tout son corps se mit à trembler.
—Il lutte! gémit Regulus derrière lui.
—Touche-le! réagit Sirius. C'est plus facile si tu le touches!
C'était ainsi qu'il éjectait les démons des humains qu'ils possédaient, lorsque l'exorcisme n'était pas suffisant. S'il savait le faire, Regulus pouvait le faire, lui aussi.
—Hors de question que je foute ma main là-dedans!
Avec un grognement de rage, Sirius passa le bras dans le piège et enfouit ses doigts dans les boucles de Remus. Celui-ci eut un sursaut et un déferlement de haine putride remonta jusqu'au coude de Sirius. Il poussa, referma les phalanges autour de ses mèches cuivrées. Il poussa, fouilla, chercha Remus au milieu d'un maelström hurlant. Il poussa, attrapa les lambeaux dorés de son âme, les sentit s'agripper à lui avec l'énergie du désespoir et brûler ses sens en s'enroulant autour de son esprit. Il poussa, écarta les miasmes obscurs qui tentaient de s'infiltrer entre eux, chassa leur influence pestilentielle aussi loin qu'il le pouvait en tenant Remus contre lui. Il était entré dans le pentagramme sans le réaliser.
Quelque chose céda. Il sentit plus qu'il ne vit la masse infâme être tirée hors du corps pressé contre le sien, extirpée par une main immaculée et glaciale. Effondré contre Remus au centre du piège, les doigts crispés dans ses cheveux et dans son dos, Sirius leva le menton.
Au-dessus d'eux planait un nuage noir et opaque, parcouru d'éclairs dont les crépitements sonnaient comme des cris. La fumée se contracta, se tendit vers lui, mais s'écarta brutalement avec un son strident. Elle se cogna contre le périmètre du pentagramme, s'agita et le laissa percevoir Regulus dont le regard féroce brillait dans la pénombre. Son frère referma le poing et elle s'embrasa. Un feu bleuté se répandit à toute allure de long de l'émanation démoniaque.
Sirius se coucha sur Remus alors qu'un sifflement terrifiant s'élevait autour d'eux. Un souffle ardent passa sur lui et son odeur de soufre le fit suffoquer. Il pressa son nez contre le crâne de Remus, à la fois pour inspirer le cèdre de son shampoing et pour le protéger des effluves étouffants. Son gémissement se perdit dans la fournaise hurlante, dont le vent fouetta ses vêtements et sembla lacérer jusqu'à son âme. Des doigts moribonds tentèrent de s'y accrocher, mais il repoussa la géhenne avec un cri. Des arcs électriques s'imprimèrent derrière ses paupières closes. Fer et cendres couvrirent sa langue. Puis tout s'éteignit.
Le silence se fit. Soudain. Assourdissant.
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Des pas grinçaient sur le parquet. Des cœurs humains battaient à toute allure. De l'eau coulait le long de la charpente pour s'écraser bruyamment sur le sol du grenier. Le vent s'infiltrait dans tous les interstices de la maison en mugissant.
Un air putride stagnait pourtant dans la pièce. Un goût atroce de soufre et de mort tapissait sa bouche.
Un corps chaud enveloppait Remus qui colla son visage contre une veine palpitante. Il inspira, d'abord avec douleur, puis avec avidité. Les doigts crispés dans la texture lisse d'une veste, il s'abreuva de son parfum de tempête, de cuir et de tabac. Des bras se resserrèrent autour de lui et un soupir tiède agita ses cheveux.
—Merci, Reg…
—N'en faisons pas une habitude. Si tu savais quel genre d'humain Voldemort possédait, tu serais moins prompt à vouloir les sauver. Qu'est-ce que je vais faire de ce psychopathe?
—Il me reste une fléchette tranquillisante, intervint la voix amusée de Kingsley.
Un bref silence lui répondit, pendant lequel Remus n'eut aucune difficulté à imaginer Regulus lui envoyer un regard noir. Il l'entendit souffler.
—Je suppose qu'il doit avoir des choses à raconter…
—Voldemort a dit qu'il l'avait habité pendant quarante ans, résonna le timbre de Sirius près de son oreille.
—Pas de façon continue mais… Je ne suis pas surpris. Donnez-moi cette fléchette.
—Avec plaisir, répondit le ton mielleux de Kingsley.
Un rire secoua Sirius, un son qui agit comme un baume sur ses entrailles au supplice. Il avait la sensation d'avoir été calciné de l'intérieur. Le démon niché dans son esprit avait irradié ses nerfs pour enflammer la moindre de ses cellules et il se doutait que, si son corps n'avait pas été capable de se régénérer, il n'aurait pas pu contenir une présence aussi malfaisante plus de quelques secondes. Tom était-il humain, pour avoir supporté d'être possédé aussi longtemps?
Un tressaillement, puis l'effluve capiteux de l'excitation de Sirius lui firent réaliser qu'il avait posé sa langue sur sa peau moite. Un goût salé et électrique envahit sa bouche alors qu'il s'écartait, mais le soufre reprit vite sa place.
Ils se dévisagèrent un instant. Les pupilles de Sirius lui semblèrent immenses, un gouffre d'envie dans lequel seule la peur de le blesser l'empêchait de plonger. Son souffle était encore court, ses pommettes rosées. Sa pomme d'Adam s'agita. Il relâcha la poigne qu'il avait toujours sur ses cheveux. Remus serra les dents pour ne pas forcer sa main à y retourner. Il s'éclaircit la gorge.
—Désolé. Et merci.
Sirius esquissa un sourire crispé. Il sembla s'apprêter à dire quelque chose, mais s'appuya au sol pour se relever.
—Cassons-nous d'ici, murmura-t-il en tendant le bras vers lui.
Remus enroula ses doigts autour de son poignet tiède pour accepter son aide et partagea son frisson. Il se redressa avec un grognement peiné. Il relâcha son bras et, sonné, les nerfs à vif, se tint en silence à côté de lui. Ils observèrent Kingsley et Regulus ligoter Tom pour le transport et, lentement, son rythme cardiaque se mit au diapason de celui de Sirius.
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L'atmosphère glacée et sèche de la nuit était une bénédiction. Chaque pas en avant faisait reculer la puanteur de la maison et chaque bouffée d'air refroidissait un peu plus ses poumons en feu. Les crissements de la neige sous leurs bottes donnaient à Remus la sensation d'évoluer dans un cocon purificateur, qui vint laver une partie des relents malfaisants de Voldemort dans son esprit. Il inspira avec soulagement malgré les frissons qui parcouraient son échine et la faim qui tenaillait son estomac.
Ils transportèrent Rosier et Tom jusqu'à la voiture de Regulus, une Rolls-Royce Silver Shadow qui accomplissait l'exploit d'être encore plus prétentieuse que la Jaguar de Sirius. Ce dernier eut un sifflement appréciateur et cela malgré la boue qui maculait son parechoc et ses jantes.
—Quelqu'un a reçu les félicitations du jury, ironisa-t-il en passant ses doigts sur la carrosserie d'un noir luisant.
Occupé à jeter Tom dans le coffre avec l'aide de Dearborn, Regulus l'ignora. Kingsley installa Rosier, toujours inconscient, en travers de la banquette arrière, puis se redressa de toute sa hauteur.
—Remus? l'interpella-t-il en refermant la portière.
Remus soutint son regard avec malaise, mais accepta de le suivre lorsqu'il lui indiqua l'autre côté de la route du menton. Si Shacklebolt avait participé à son sauvetage, il n'en comprenait pas la raison et il avait peur d'un retour de bâton. L'homme était dans le camp des Potter. Il avait tout intérêt à respecter leurs demandes s'il souhaitait conserver les bénéfices de leur logistique et de leur protection, mais Remus ne pouvait s'empêcher de le craindre. Il avait tué tellement de ses semblables. Le moindre signe d'agressivité de sa part pouvait lui être fatal.
Ils rejoignirent ensemble l'orée d'un bois aux pins épars, qui laissaient entrevoir les collines enneigées de la campagne écossaise. Leurs pas étaient amortis par un tapis d'épines gelées et rythmés par le chant lointain d'un hibou. Kingsley s'arrêta, lui fit face et posa sur lui un regard grave. Ce n'était pas la première fois que Remus se faisait la réflexion qu'il ne sentait absolument rien. Pas étonnant qu'il soit aussi mortel pour des créatures qui comptaient autant sur leur odorat.
—Avez-vous déjà mordu Sirius?
—Quoi? souffla Remus, sidéré. Bien sûr que non! Je n'ai jamais mordu personne!
Il jeta un coup d'œil anxieux de l'autre côté de la route où, à la lueur d'une lampe de poche, Sirius étudiait avec Regulus une carte étendue sur le capot. Comme s'il avait senti son regard, il leva le nez et fronça les sourcils. Remus retourna son attention vers Shacklebolt qui fouillait la poche intérieure de son long manteau noir. Il recula d'un pas avec angoisse, mais plutôt que la lame en argent qu'il avait attendue, Kingsley sortit un épais carnet et lui offrit un sourire indulgent.
Un journal. La plupart des chasseurs en tenait un. Sirius, malgré sa fainéantise dans tout ce qui n'impliquait pas de dégainer une arme pour se battre, écrivait scrupuleusement le résultat de toutes leurs missions et recherches. Ce qui leur avait semblé insignifiant sur le moment pourrait s'avérer vital lors d'une autre traque.
—Je ne sais pas si vous vous souvenez de ce que Voldemort a dit lorsqu'il vous possédait… commença Kingsley en tournant les pages de l'ouvrage. Ni même s'il y avait une once de vérité dedans…
Le cœur malmené de Remus se mit à battre à tout rompre. Humiliation et panique fusèrent dans ses veines pour agiter son corps épuisé. Ses gencives se mirent à piquer, ses ongles à l'élancer. Il carra la mâchoire et se retint de serrer les poings aussi.
—Mais dans le doute… poursuivit Shacklebolt. Ah!
Il suivit ses propres inscriptions du doigt pendant un instant, puis arracha la page.
—Très peu d'écrits disponibles sur le sujet, déclara-t-il en la lui tendant. Et je crois savoir que vous n'avez pas rencontré beaucoup de vos semblables. Peut-être que ça peut vous aider.
—Qu'est-ce que… murmura Remus en baissant les yeux sur l'écriture en pattes de mouche.
Il avait beau avoir une excellente vision nocturne, il ne sut décrypter que quelques mots dans la pénombre. «Nouvelle Lune» était souligné trois fois.
—Morsure rituelle, explicita Kingsley. Pour lier un humain à un lycaon et… éviter qu'il soit perçu comme un repas potentiel.
Remus releva une expression médusée vers lui alors que sa cage thoracique comprimait ses organes au point de l'empêcher de respirer. Shacklebolt l'observa avec patience, puis haussa un sourcil.
—Déjà fait?
—Non…
Remus prit une inspiration tremblante. La page fut agitée par la brise lorsqu'il regarda à nouveau vers Sirius. Celui-ci discutait avec Dearborn et Remus n'avait pas besoin de son nez pour déceler l'intérêt que ce dernier portait à son coéquipier. Un pic familier de jalousie perça la chair entre ses côtes. Des mois qu'il lui tournait autour. Remus avait beau savoir que Sirius n'y était pas réceptif, la vision était insupportable.
—Vous ne savez pas grand-chose sur votre espèce, n'est-ce pas?
Remus reporta son attention sur Shacklebolt, pensées, émotions et sensations enchevêtrées dans un chaos douloureux. Il ne sut pas répondre. Y avait-il plus à savoir que le fait qu'il soit dangereux, contagieux, friand de cœurs humains et influencé par la course de la Lune dans le ciel?
—Un petit cours magistral avec un spécialiste ne vous ferait peut-être pas de mal.
—Un spécialiste? Vous tuez mes semblables, rappela durement Remus. C'est en ça que vous êtes expert.
—Je tue les loups-garous dangereux, corrigea Kingsley avec fermeté. Je tue ceux qui mangent les humains, ceux qui sont trop atteints par la malédiction, ceux qui ont un jour cédé et ne pourront plus jamais se contrôler. Vous avez, dans votre malheur, la chance d'avoir été mordu par un Alpha et d'être en capacité de réfréner vos instincts. Ça vous rend plus puissant, mais paradoxalement moins dangereux.
Remus baissa les yeux vers la page du carnet, froissée dans sa poigne. La colère et la honte firent monter un goût de bile au fond de sa bouche et il accueillit la disparition du soufre presque avec soulagement.
Il n'était chanceux que du point de vue d'un humain. Il enviait parfois l'absence de lutte chez ses congénères qui avaient embrassé leur nature, par choix ou non. La Lune était une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, trop loin pour qu'il l'attrape et la réduise à néant, trop proche pour ignorer son influence et vivre sans avoir à museler ses impulsions. Il était épuisé.
—Les propos de Voldemort me laissent penser que vous n'êtes pas loin de la rupture, en tout cas en ce qui concerne Sirius.
Remus redressa le visage pour affronter le regard inquisiteur de Shacklebolt. Celui-ci referma le carnet d'un geste sec et le rangea dans la poche intérieure de son manteau.
—Prochaine nouvelle lune la nuit du trente et un décembre. Le rituel ne fonctionne que si les deux partis sont volontaires.
Il adressa un signe de la main à Dearborn qui le hélait depuis l'autre côté de la route. Il s'engagea sur la chaussée pour le rejoindre, un sourire étroit aux lèvres.
—Bon courage.
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Malgré l'étroitesse de l'habitacle, Remus s'enfonça avec soulagement dans le siège passager de la XJ6. À l'abri du vent glacial, enveloppé par son atmosphère familière et rassurante, il ferma les yeux avec un soupir.
Puis Sirius s'installa à son tour.
Remus se redressa en cognant ses genoux contre la boîte à gants, fixa le pare-brise et serra les dents. Il sentait la poudre, le démon, mais comme toujours, ce fut le petrichor qui l'agita. Tendu comme un arc, il crispa les doigts dans son jean lacéré par ses griffes.
Sirius ferma sa portière avec un grognement fatigué. Il mit le contact, alluma le chauffage, attacha sa ceinture, puis agrippa le volant dans un crissement de cuir. Les lumières intérieures s'éteignirent. Ne restèrent plus que la lueur des phares sur l'asphalte brillant, la ventilation qui soufflait un air tiède et le vrombissement du moteur qui se répercutait jusque dans sa nuque raide.
Il entendit Sirius déglutir. Son cœur tambourinait au même rythme effréné que celui d'un lapin.
—De quoi tu as besoin?
—Quoi? s'étrangla-t-il en tournant une expression sidérée vers lui.
Sirius garda les yeux rivés devant lui. Il baissa le frein à main et attrapa le levier de vitesse.
—Manger? Te laver? Rentrer? Lily? James? énuméra-t-il alors que la voiture démarrait.
Remus le dévisagea sans répondre. Il s'attarda sur le coin de ses lèvres pincées, puis suivit la courbe de sa mâchoire anxieuse jusqu'aux mèches emmêlées qui cachaient son oreille. Le reflet des phares luisait dans son œil assombri par la pénombre.
La perspective de passer des heures assis à côté de lui fit redoubler son angoisse. Même s'il tenait le coup jusqu'à Birmingham, se réfugier auprès de Lily avec une telle faim n'était pas une bonne idée. Il devait s'atteler à assouvir ses besoins les plus pressants avant de se laisser emporter.
—Hôtel, lâcha-t-il en repositionnant son crâne contre l'appui-tête. Douche. Manger.
— Ok.
Remus ferma les yeux alors que Sirius accélérait. Il les rouvrit aussitôt et se focalisa sur la route. Après quelques secondes à tenter d'ignorer toutes les informations transmises par son odorat et son ouïe, il se contorsionna pour attraper les biscuits de Lily sur la banquette arrière. Il ouvrit la boîte en métal et enfourna un cookie avec soulagement. Son corps épuisé avait besoin de viande, mais le chocolat avait au moins le mérite de remplacer le soufre sur sa langue.
—Je suis désolé.
Remus cessa de mâcher. À côté de lui, Sirius était complètement tendu et serrait le volant comme s'il craignait qu'il lui échappe. Son visage peiné était diaphane dans l'obscurité. Il émanait de lui une culpabilité qui lui pinçait le cœur. Il avala, puis soupira.
—On aurait pu entrer à quatre dans la maison si ton frère n'était pas un connard, fit-il remarquer.
—Il y aurait eu quatre cadavres s'il n'avait pas été là.
L'affirmation glaça Remus et freina son envie de rouler des yeux. Il se frotta le visage d'une main lasse qui puait le démon, puis effleura les brûlures encore douloureuses autour de sa gorge. Haine et reconnaissance envers Regulus se disputaient dans son esprit. Il avait accepté de l'épargner. Pourtant, sans la supplication de Sirius, il se serait servi de son corps comme d'un bûcher. Il ne l'avait pas sauvé par grandeur d'âme, mais s'il n'avait pas été là…
—Qu'est-ce que… qu'est-ce qu'il t'a dit?
Sirius lui jeta un coup d'œil et se mordilla la lèvre avant de répondre.
—C'était… un haut gradé parmi les démons. Voldemort. Regulus l'avait déjà croisé sans réussir à l'arrêter. Il soupçonne que les Black soient de mèche avec lui, pour une sorte de… une sorte de coup d'État sur les enfers. Il a surpris une conversation entre Bellatrix et son taré de mari. Il a intercepté un message de Voldemort et est venu à sa place. Rosier n'avait apparemment aucune idée de ce qu'ils foutaient là… Il va emmener ce Tom dans une planque qu'il a près de Coventry pour… l'interroger.
Remus ne doutait pas qu'il s'agissait d'un euphémisme pour la torture. Il passa la langue sur ses dents et effleura une canine acérée. Le lieu où Regulus comptait garder Tom était sans doute ce qu'il avait montré à son frère sur la carte, avant son départ. Souhaitait-il impliquer Sirius? L'idée le révoltait.
—Pourquoi est-ce que tes parents s'allieraient avec un démon? Ils les détestent.
—Aucune idée… Voldemort avait sûrement quelque chose qui les intéressait. Du pouvoir. Des informations…
—La grâce de Lucifer, supposa Remus, sûr de lui.
Bien qu'il n'ait pas grandi auprès de sa mère, elle avait mis un point d'honneur à l'éduquer religieusement. Les anges n'avaient été qu'une légende pour lui avant ce soir, pas plus réels que les licornes. Mais s'ils existaient bel et bien, s'il y avait une once de vérité dans la Bible, alors Lucifer était un ange. Déchu, mais un ange tout de même. Il pouvait tout à fait imaginer les Black saliver face à la possibilité de faire main basse sur ses pouvoirs et accepter de devenir la lance et le bouclier de Voldemort. Quitte à ensuite se retourner contre lui, faire imploser les enfers et éradiquer tous les démons à la source.
Le rythme cardiaque de Sirius accéléra dans le silence qui envahit l'intérieur de la voiture. Autour d'eux, la campagne laissa place aux vieilles bâtisses d'un village enneigé.
—De quoi est-ce que tu te souviens?
Remus referma la boîte et la serra sur ses genoux. Prétendre ne pas avoir été conscient de ses actes et de ses mots n'avait pas été son intention, mais à présent que la possibilité s'effaçait, il la regrettait.
—De tout, admit-il à voix basse.
—Et…
Sirius s'interrompit avec un rire crispé. Il tourna un peu brutalement à une intersection, puis s'éclaircit la gorge.
—Et… Ce qu'il a dit? Est-ce qu'il mentait?
Rémus déglutit avec difficulté. La honte et la peur l'étranglaient.
—Non… avoua-t-il cependant.
Voldemort n'avait pas menti une seule fois à son sujet. Il ne pouvait même pas l'accuser d'avoir forcé le trait. Il s'était abreuvé de ses cauchemars, s'était enivré de sa terreur et les avait recrachés sur Sirius. Sirius qui avait malgré tout supplié qu'on le sauve, qui avait plongé une main enflammée en lui pour agripper son âme et écarter les miasmes démoniaques. Sirius qui était rentré dans la Jaguar en lui demandant ce dont il avait besoin plutôt que de s'enfuir en hurlant.
Remus ne méritait pas quelqu'un comme lui. Mais Sirius méritait la vérité et d'en faire ce qu'il souhaitait.
La voiture s'arrêta à un croisement. Les phares s'éteignirent lorsque Sirius coupa le contact et le chemin de campagne brillant de givre fut englouti par l'obscurité. Le bruit du moteur laissa la place à un silence assourdissant dans l'habitacle.
Le cœur de Remus s'enfonça. Ses yeux, accrochés aux reflets de la lune sur la route humide, se mirent à brûler. Il n'osa pas respirer, de peur de découvrir la saveur du dégoût de Sirius.
—Depuis quand? demanda celui-ci d'une voix blanche.
Remus eut un soupir amer. Ses épaules se recroquevillèrent et il serra la boîte de Lily contre son ventre comme si elle pouvait le protéger.
—Hmm… Dix ans? murmura-t-il d'un ton ironique.
Il sentit le regard de Sirius tomber sur lui, électrique. Il entendit son souffle se couper, son rythme cardiaque s'emballer, l'articulation de ses doigts grincer. Puis son rire éclata, avec une telle violence que Remus tourna la tête pour le dévisager avec stupéfaction. Sirius posa le front sur le volant, le dos secoué par une hilarité qu'il n'arrivait pas à interpréter.
—Tu te fous de moi? demanda-t-il entre deux éclats.
—Non…
Son rire s'éteignit lentement. Remus ne sut dire s'il était triste, amusé ou révulsé. Il avala sa salive, les doigts tremblants, et le regarda prendre une longue inspiration.
—Putain Moony… gémit Sirius. Tu es un tel connard…
Il se redressa soudain. Sans un regard, il se détacha et ouvrit sa portière. Les lumières intérieures éblouirent Remus.
—Sors de la voiture.
Un sanglot secoua son torse sans qu'il ne puisse émettre un son. Dehors, Sirius faisait déjà le tour de la XJ6, un visage fantomatique dans l'obscurité. La porte du côté passager s'ouvrit avant que Remus n'ait eu le temps de se défaire de sa ceinture et l'air glacé qui traversa la Jaguar fut comme une nouvelle claque. Il réussit à s'extraire de son siège dans des gestes fébriles et, lorsqu'il sortit, le contenant en métal des biscuits de Lily s'écrasa bruyamment sur la chaussée.
Il ne fit pas mine de le ramasser. L'horizon s'éclaircissait derrière Sirius, un halo pâle qui perçait la nuit et touchait la lande tapissée de neige. Il était enveloppé de noir de la tête aux pieds, mais son visage grave et illuminé par l'éclairage de la voiture se découpait dans le jour naissant, telle l'étoile du matin. Un morceau d'aurore, aussi inévitable que la Lune. La salvation et l'anathème.
Le cœur lourd de Remus sembla s'étirer vers lui, comme pour tenter d'en effleurer la lueur. Son corps terrifié, lui, voulait se recroqueviller pour échapper à ce qui allait suivre.
Sirius l'attrapa par le col et le tira vers la gauche. De l'autre main, il ferma brutalement la portière et son claquement agita l'aube. Il lui prit la nuque, le poussa contre la carrosserie et écrasa sa bouche sur la sienne.
Remus resta figé de stupeur. Il s'était attendu à être abandonné au bord de la route. Ce fut le tiraillement de son cuir chevelu, malmené par les ongles de Sirius, qui l'arracha à son hébétude. Cuir, orage, peur, transpiration, désir, tabac, poudre, soufre, neige. L'ouragan de sa présence s'engouffra dans son corps, qui réagit par réflexe. Ses bras se refermèrent autour de ses épaules et ses mains s'agrippèrent à ses mèches froides. D'un coup de bassin, il pivota et coinça Sirius contre la Jaguar, où il avala son exclamation de douleur en plongeant sa langue entre ses lèvres.
Il n'avait jamais été aussi excité aussi vite. Le désir avait surgi de ses entrailles et calciné son désespoir. Il se sentait comme un atome pris dans une tempête céleste, ballotté, tiré, englouti. Il n'avait que ses dents et ses doigts pour s'accrocher à un astre que tous ses sens voulaient dévorer. Il pressa sa queue déjà complètement raide contre les abdominaux de Sirius. Le mouvement de hanches et la bouffée sirupeuse qu'il reçut en réponse lui tirèrent un grognement inhumain. Il serra plus fort. Força sa jambe entre celles de Sirius. Érafla ses lèvres et inhala ses gémissements. Le monde tanguait autour de lui. Son cœur pulsait derrière sa braguette. Ses ongles s'enfoncèrent dans la chair ferme de ses fesses. Un nuage capiteux tapissa ses narines, envahit ses poumons et lui fit tourner un peu plus la tête.
Il souleva Sirius avec un grondement. Le dos et le crâne de Sirius claquèrent sur le capot. Ses cuisses l'encagèrent et il poussa entre elles, aveuglé par les éclairs qui remontaient de son bas-ventre pour crépiter sous ses paupières. Sirius lui griffait la nuque et mordait ses lèvres. Ses hanches roulaient sans rythme à la rencontre des siennes, frénétiques. Le contact était parfait. Insuffisant. Il voulait sa peau. Il voulait la texture de son gland contre son palais. Il voulait la chaleur étroite de son cul autour de sa queue. Il voulait sentir son cœur battre dans sa gueule.
—Rem- Ah! Put- Ah!
Un étau se referma autour de ses biceps. Une veine frétillait sous sa langue, le sang qui y rugissait était presque à sa portée. Des halètements agitaient ses cheveux, une symphonie pour ses oreilles. Il aspira sa peau, en goûta le fer, le sel et l'électricité. Les frottements contre son érection lui faisaient mal, le rendaient fou, il voulait plus, il voulait plus, il voulait-
— Moon- !
Les talons de Sirius s'enfoncèrent dans l'arrière de ses cuisses. Son corps se contracta sous le sien. Son sexe pulsa contre le sien. La fragrance de son sperme le foudroya.
Ses oreilles se bouchèrent. Sa vision se teinta de rouge. D'un mouvement brutal, il retourna Sirius. Un bruit de tôle couvrit son cri. Des doigts pâles couinèrent sur le métal chaud. Ses griffes accrochèrent la ceinture d'un jean et tirèrent. Son nez plongea dans des cheveux glacés et s'aplatit contre une nuque brûlante. Une odeur de sang lui fit ouvrir une bouche pleine de salive. Ses crocs dégoulinants effleurèrent un épiderme humide.
—REMUS!
Le hurlement perça ses tympans. Sa vision s'élargit et recouvra une netteté acérée. Sous ses yeux, son souffle paniqué agitait des mèches sombres sur un cou luisant.
—Remus, pantela Sirius. Tu-… la po-… la poche arrière gauche. De ton pantalon.
Remus s'arracha de lui et tituba en arrière. Ses canines déchirèrent ses lèvres alors qu'un gémissement aigu s'en échappait.
En appui sur le capot, Sirius se redressait péniblement, les reins striés de lignes sanguinolentes.
Remus leva ses doigts tremblants. Ses griffes étaient assombries d'hémoglobine.
— Ow…
Sirius se tourna vers lui, une grimace sur le visage et une main dans le dos. Il remonta son pantalon avec un rire piteux et s'accouda à la carrosserie alors que leurs regards se croisaient. Un haut-le-cœur secoua le torse de Remus. La faim, l'horreur et l'excitation lui retournaient l'estomac. Il recula d'un pas, les membres frissonnants, les poils hérissés et le sexe dur.
—James… commença Sirius, essoufflé, avant de se racler la gorge. James m'a dit, avant de partir… Si Remus te griffe… Demande-lui… ce qu'il a dans sa poche arrière gauche.
Remus cilla, les yeux humides et la poitrine comprimée autour d'une plainte pathétique. James. Les Potter. Comment allait-il pouvoir leur faire face?
—Remus?
Le goût amer de son propre sang l'écœura un peu plus. Le parfum de celui qui émanait de Sirius se déposait sur ses papilles et le faisait saliver. Son ventre était pris de spasmes. Ses muscles, partagés entre l'envie de lui sauter dessus et celle de fuir, étaient douloureusement contractés.
—Qu'est-ce qu'il y a dans ta poche? murmura Sirius dans un souffle blanc.
Remus tâta son jean d'une main rendue malhabile par des ongles devenus trop longs, trop épais, trop tranchants. Focaliser son attention sur ses gestes l'aida à se détacher de la présence appétissante et terrifiante devant lui. Il réussit à attraper le papier entre deux griffes.
Sirius se décolla de la Jaguar et approcha avec lenteur.
Cruor. Foutre. Petrichor.
Mort, vie, purgatoire.
Remus fit un pas en arrière en déglutissant. Avec un sourire incertain, Sirius lui arracha la page pliée des doigts et recula jusqu'à se cogner contre une portière.
—Va chasser, lâcha-t-il avec une expression compatissante qui lui tordit les entrailles. Moi je t'attends en lisant ça. Y'a des fringues propres dans le coffre. Va bouffer quelques lapins et reviens.
Remus voulut se mordre le bout de la langue, les larmes aux yeux. Tout ce qu'il réussit à faire fut de se percer à nouveau les lèvres avec ses crocs. Il tenta de parler, mais son larynx était déjà trop déformé. Il frissonna. Enfonça ses griffes dans ses paumes. Absorba la lumière du jour qui caressait le visage de Sirius. Puis se détourna de lui, se transforma à même ses vêtements et cavala à travers la campagne enneigée.
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A venir: Chapitre 3 (final): Quasar
