Mes petits chats,
Suite de "L'Aimé de Mère-Monde" et grand moment que je vous laisse découvrir :)
Avant de vous laissez à votre lecture, quelques mots concernant mes inspirations s'il vous prend l'envie de faire une ou deux recherches iconographique.
La salle du trône du château de Dean est inspiré pêle-mêle par les grandes salles de Hampton Court et de Lincoln Hill ainsi que par l'église de Christ Church à Oxford.
Le trône lui-même se réfère au trône dit "de Dagobert", conservé par la Bibliothèque nationale de France. Entièrement en bronze, il a été mentionné dans les textes pour la première fois au XIIe siècle mais l'objet lui-même est plus ancien (bien qu'ayant connu quelques modifications au XIXe siècle).
La couronne portée par Dean est inspirée par de divers autres exemplaires datés du XIIe au XIVe siècle, notamment la couronne-reliquaire dite de Liège conservée au musée du Louvre (que j'ai toutefois imaginé un peu moins somptuaire...).
Bonne lecture et à bientôt,
ChatonLakmé
PS : un mot concernant la publication de la prochaine partie. Je prends quelques congés pendant les quinze jours à venir. Le chapitre 5 est plus long que celui-ci, beaucoup plus dense aussi, et je ne suis pas certaine de parvenir à le publier la semaine prévue. Je vais essayer de tout faire pour y arriver mais si d'aventure j'échouais, je vous présente mes excuses.
PPS : Je songe à donner des titres à mes parties pour structurer un peu mieux le récit et les publications. Je l'appliquerai a posteriori prochainement sur les chapitres déjà publiés. N'hésitez pas à me faire part de votre avis à ce sujet :)
L'Aimé de la Mère-Monde
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Partie 4
Arrivé devant son banc aux premiers rangs, Castiel se glissa habilement jusqu'à sa place.
La tête légèrement levée, il contemplait la charpente richement sculptée, peinte et dorée qui formait des arcades et des dentelures de bois au-dessus de lui. De lourdes bannières brodées aux armes de Belemer et aux symboles de la Dame alternaient successivement. Couverts à mi-hauteur de lambris ornés de tapisseries racontant l'histoire du royaume, les murs s'ouvraient par de grandes fenêtres qui baignaient les lieux de lumière.
Derrière lui, Gabriel marcha maladroitement sur le pied chaussé de soie d'une dame qui poussa un cri d'orfraie.
Le brun ne sourit pas.
Malgré la foule, il sentait le regard de l'ambassadeur Bayan de Tür lui brûler la nuque, assis deux rangs derrière lui. L'homme n'avait rien caché de son intérêt quand Castiel était entré dans la salle du trône, richement pavoisée aux couleurs de Belemer. Bayan de Tür était plongé dans une vive discussion avec le représentant d'un royaume de l'est mais le brun avait senti son intérêt sur lui tandis qu'il remontait l'allée centrale, guidé par un domestique.
Le brun pinça les lèvres. En attendant de pouvoir l'ignorer avec superbe pendant le bal comme il le prévoyait, son regard était plus pesant que jamais sur sa nuque.
Castiel tira discrètement sur le col trop brodé de sa veste pour respirer plus à son aise. Il étouffait dans son vêtement de cour galonné et le manteau court était lourd sur son épaule. La ceinture de soie pourpre qui lui ceignait les reins le corsetait désagréablement en l'obligeant à rester très droit.
Quand il l'avait essayé pour la première fois dans ses appartements au palais d'Andione, Alexiel lui avait assuré avec admiration – et une pointe d'envie – qu'il était très séduisant. Le brun se faisait l'impression d'être un général d'opérette à l'habit prétentieux. Il imaginait déjà Bayan de Tür le considérer avec un amusement dédaigneux quand Castiel le regarderait à son tour, c'était ce qu'il faisait quand le brun lui parlait timidement d'amour sous les ombres des jardins royaux.
Castiel se mordit les joues. Il ne saluerait pas l'ambassadeur de Derlhin.
Après un dernier mot galant à la dame outragée, Gabriel se glissa habilement à ses côtés. Le brun le regarda rejeter avec élégance le pan de son mantelet bordé de fourrure et s'asseoir sans se prendre les pieds dans la pointe de l'épée qui battait son flanc. Lui-même lissa sa veste du plat de la main avant de serrer les dents d'agacement quand ses doigts se coincèrent dans les brandebourgs dorés. Un tel désagrément n'arrivait jamais à Gabriel. Le blond roula des yeux.
—«Cesse donc de déranger ta mise, tu es en train de gâcher mon travail.»
—«J'étouffe. J'ai toute confiance en le tailleur choisi par Lucifel mais ces habits sont tellement… rebrodés», grogna Castiel.
—«Luke a raison, tu te comportes parfois comme un enfant. Tu es prince de Ronan et tu représentes son roi, tu te dois de faire la meilleure impression possible.»
—«Je porte des décorations militaires alors que je n'ai jamais mis les pieds sur un champ de bataille…»
—«Tu devrais être satisfait que Ronan soit en paix depuis plusieurs décennies. Ces décorations te sont attribuées à titre honorifique en tant que prince, les refuser aurait été une insulte faite à Michael.»
Le brun lui jeta un regard torve. Il n'avait tout de même rien fait pour les mériter à part être fils de roi. Quand ses frères aimaient à contempler avec un plaisir coupable leur reflet chamarré, Castiel sentait son sens de l'honnêteté le tirailler désagréablement. Il avait exécuté son service militaire par devoir mais sans envie, prompt à préférer la discussion aux démonstrations de force dont son père était coutumier en présence d'invités de marque. Le brun avait accepté le portefeuille de Magistère des Relations extérieures pour s'assurer que le règne de Lucifel soit aussi paisible que ceux des rois l'ayant précédé depuis près d'un siècle. Gabriel ricana.
—«Ne fais pas ainsi ta mauvaise tête. Nos manufactures sont réputées pour la qualité de leur passementerie et nous en serons la vitrine pendant les jours à venir. Je ne suis pas fâché de pouvoir porter une telle splendeur et tu devrais en faire autant», le gronda gentiment son aîné.
—«Je suis certain que Lucifel a enrichi le modèle à dessein. Il n'était pas aussi chamarré dans mes souvenirs…»
—«Contrairement à toi, je considère qu'il me met particulièrement en valeur alors je souffre en silence…»
Castiel jeta un regard au grand habit de cour de son frère. Gabriel se tenait bien droit, les jambes élégamment croisées devant lui et les mains nouées sur son ventre. Il avait belle allure. La veste carmine galonnée d'or faisait ressortir la teinte de miel de ses cheveux. Le pantalon bleu nuit et les bottes allongeait ses jambes tandis que le lourd mantelet épaississait sa carrure d'une manière flatteuse. Le brun se sentait mal à l'aise et emprunté. La veste ne flattait nullement ses cheveux et son teint, pas plus que le pantalon ou le manteau ne le mettaient en valeur.
Il joua nerveusement avec le gros nœud en soie rouge et or de la ceinture.
—«Je te prierai de ne plus toucher à rien. J'ai mis une heure à m'assurer que tu sois parfait Castiel, j'apprécierais que tu respectes mon travail…»
—«Je ne suis pas comme toi, je me sens ridicule», souffla le brun à regret.
—«Tu es parfaitement élégant et parfaitement beau Castiel, tu as fait forte impression à ton entrée. J'ai presque de la compassion pour le prince Dean, il va devoir lutter contre toi pour attirer à nouveau l'attention de ses invités.»
—«Le prince est peut-être un homme extrêmement séduisant», protesta Castiel.
—«Peut-être…»
Gabriel lui fit un clin d'œil malicieux et le brun esquissa un sourire gêné.
Il se mit à observer attentivement la foule autour de lui pour oublier le regard brûlant de l'ambassadeur de Derlhin sur son dos. Le brun se leva pour aider cordialement son voisin, le vieux marquis de Beamud du royaume de Sotos, à s'installer à son tour. Ses yeux gris étaient légèrement vitreux, ses mains tremblaient sur sa canne en ivoire rehaussé d'or. L'homme rattrapé par la sénilité cligna lentement des yeux avant de tapoter son genou pour le remercier comme un petit garçon. Castiel sourit tristement et accepta sans protester le chocolat emballé qu'il lui tendit, sorti d'une des poches de son pantalon. Il le donna à Gabriel qui le goba rapidement avant de froisser le papier doré.
Le brun reprit sa contemplation silencieuse, un pli soucieux à la commissure de ses lèvres fines. L'émissaire du royaume d'Arezze, un bel homme à la peau de bronze brun, avait une allure folle dans son habit à la dernière mode, sans aucune décoration prétentieuse sur la poitrine.
Il tritura à nouveau les brandebourgs d'or de sa veste. Son frère roula des yeux et se pencha vers lui.
—«Comment peux-tu ignorer à ce point l'image que tu renvoies à cet instant? J'ignore ce que tu es en train de penser en regardant le baron Giovi d'Arezze mais je puis t'assurer que tu es un des hommes les plus attirants de cette noble assemblée. Bayan de Tür te dévisage avec une intensité qui frôle tant l'inconvenance qu'il me prend l'envie de lui en faire la remarque.»
—«… Abstiens-toi de lui faire le moindre commentaire s'il te plaît, il le prendrait comme une invitation à venir me parler. J'espère l'ignorer pendant les jours à venir.»
—«Te met-il encore à ce point mal à l'aise? Tout cela est arrivé il y a de bien longues années…», s'étonna Gabriel.
—«Le prince de Belemer va être couronné aujourd'hui, je ne veux songer qu'à lui», répondit Castiel en détournant le regard.
—«J'espère que notre hôte te retournera tes agréables pensées», ricana son frère en tournant légèrement la tête. «Il me semble que la cérémonie ne va pas tarder à commencer, il est l'heure de commencer à te présenter sous ton meilleur jour, Cassie.»
—«Nous sommes plusieurs centaines d'invités rassemblés ici…»
—«Sans doute mais le prince ne verra que toi, tu es bien trop séduisant pour être ignoré…»
Castiel entendit un léger brouhaha et des bruissements d'étoffe monter sous le plafond de la salle du trône tandis que les derniers invités prenaient place.
Il pencha légèrement la tête sur le côté pour regarder devant son voisin dont le large chapeau le gênait.
Une estrade, légèrement surélevée par quelques marches, occupait le fond de la pièce. Un trône très ancien reposait dessus, posé sur un gigantesque tapis bleu nuit rebrodé d'argent. Le brun frotta doucement ses paumes sur son pantalon. Nul besoin de s'approcher pour observer les détails de l'étrange siège en bronze, il le reconnut immédiatement. Le lourd fauteuil reposait sur un piétement en croix figuré par quatre animaux stylisés représentant les Enfants de la Dame. Le dossier était bas, de forme triangulaire et orné de délicats entrelacs végétaux. Ces derniers couvraient la totalité du trône d'une manière particulièrement foisonnante, jusqu'au bout des accoudoirs où les rinceaux se transformaient en créatures fantastiques. Le premier roi de Belemer avait été couronné sur une simple cathèdre en bois sculptée mais depuis les débuts du Deuxième Âge il y avait plusieurs siècle, ce trône avait accueilli tous ses successeurs.
Castiel avala lentement sa salive. Il songea brièvement au fauteuil commandé par Lucifel pour son propre couronnement, une pièce superbe en bois sculpté et doré. Selon une tradition séculaire, le dossier orné indiquait d'une manière allégorique la manière dont le nouveau souverain entendait régner. Son frère aîné avait choisi de représenter l'Industrie et l'Abondance avec une exubérance décorative que le brun trouvait toujours d'une grande laideur dix ans plus tard. Quand il le voyait dans le Trésor royal du Museum, Castiel en venait à espérer que le successeur de Lucifel le fasse transformer pour son propre couronnement comme cela se pratiquait parfois. Ou qu'il le détruise pour en récupérer les matières précieuses. Celui du royaume de Belemer exerçait donc sur Castiel une fascination méritée.
Le brun était en train d'admirer la somptueuse tapisserie suspendue derrière l'estrade quand Gabriel lui enfonça son coude dans les côtes en se tournant. Castiel grogna.
Un groupe d'hommes en habits sombres et collier d'or sur la poitrine entrèrent dans la salle du trône. Debout de part et d'autre de la grande porte en bronze, ils portèrent d'un même geste leurs trompes en bois rehaussé d'ivoire à la bouche avant de souffler à l'intérieur. Le brun eut l'impression de sentir leur timbre très grave jusque dans ses os.
Le bruit de ses pas sur les dalles de pierre résonna également dans le corps de Castiel.
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Terriblement mal à l'aise, Dean ne cessait de triturer l'anneau d'Asèle passé à son doigt.
Il avait commencé par tenter d'arranger ses habits mais le regard peiné du Seigneur-Conseiller Egon, désigné maître de cérémonie, l'avait obligé à trouver un autre expédient pour apaiser sa nervosité.
Deux domestiques achevaient de disposer le lourd manteau du couronnement dans son dos et les grosses fibules en argent qui le retenaient sur ses épaules. Le châtain eut un mouvement de recul quand l'un d'entre eux s'intéressa à ses gants. L'homme cligna des yeux avant de lui adresser un sourire d'excuse et de s'accroupir à nouveau pour disposer le lourd manteau bordé de fourrure. Dean enfonça légèrement sa tête entre ses épaules avec le sentiment d'être ridicule.
Assis sur un siège confortable, le Seigneur Egon esquissa un sourire compatissant.
—«Ce jour est un jour béni de la Dame, vous êtes particulièrement à votre avantage», dit-il gentiment.
—«Cela m'étonnerait fort, j'ai à peine fermé l'œil de la nuit…»
Le vieil homme s'esclaffa. Le domestique s'approcha à nouveau de Dean, un coffret rectangulaire dans les mains.
—«Votre Majesté, Maîtresse Aghna a également fait livrer ceci avec votre habit. Elle a brodé pour vous une paire de gants du cuir le plus fin, souhaitez-vous changer les vôtres?», demanda-t-il timidement en lui présentant la boîte.
Le châtain observa les gants et déglutit désagréablement. Changer ses gants? Dean avait déjà pris plus d'une heure pour choisir la paire la plus appropriée à l'événement. Le cuir était très fin, il aurait l'impression d'avoir les mains nues… Le jeune homme n'oserait pas toucher sa cavalière pendant le bal et les gens s'interrogeraient. Il refusa d'un signe de tête et se promit d'acheter la paire à Maîtresse Aghna dès qu'il aurait la certitude qu'Eio se soit apaisé en lui. Ce n'était pas le moment.
Le second domestique vérifia une dernière fois le large collier d'or qui s'étalait sur sa poitrine avant de tirer doucement sur la manche de l'autre valet pour attirer son attention. Les deux hommes s'éclipsèrent discrètement après Hälsning mais Dean les remarqua à peine. Raide et l'air emprunté, il contemplait son reflet dans le miroir en pied posé face à lui.
Le Seigneur-Conseiller Egon serra doucement ses longs doigts sur le pommeau d'argent de sa canne.
—«Êtes-vous satisfait?»
—«La Dame désapprouve les marques d'orgueil…»
—«Je suis persuadé qu'Elle sait faire preuve de bienveillance quand les circonstances l'exigent. Vous ne serez couronné qu'une fois, vous devez vous sentir à votre aise. Cela commence par cesser de retenir inconsciemment votre respiration à cause de l'appréhension. Vous n'êtes pas un solide roc des monts de Baròn, la Dame vous a doté de poumons pour que vous les utilisiez.»
Le châtain esquissa un rictus. Le bout de ses doigts picotait sous le souffle d'Eio, il n'était pas du tout à son aise.
La porte de la pièce s'ouvrit derrière lui. Dean croisa le regard de Sam dans le miroir. Son rictus devint une grimace vaguement souriante. Son frère haussa un sourcil appréciateur et le châtain sentit soudain la tension s'évanouir de ses épaules aussi rapidement que s'il galopait sur le dos d'Hevon. Sam fit Hälsning. Dean lui jeta un regard noir mais il rougit un peu.
—«La première Maîtresse Aghna avait cousu les habits de couronnement de Père, la fille n'a pas à rougir de son travail. Tu es vraiment… très bien», dit le blond avec malice.
—«Tu as dit la même chose quand j'ai porté ma première tenue d'équitation il y a vingt-cinq ans. J'espérais autre chose…»
Sam ricana. Les mains dans le dos, il l'observa attentivement en tournant autour de lui. Le châtain contint bravement son envie de lui jeter quelque chose à la tête. Ses doigts picotèrent sous le cuir de ses gants, l'étoffe devint légèrement humide de givre. Il déglutit désagréablement.
Le sourire très doux de son cadet ne lui arracha cette fois qu'une grimace gênée.
—«La Dame désapprouve l'orgueil mais tu es vraiment très séduisant.»
—«Le Seigneur Egon a dit que j'étais à mon avantage.»
—«Je pense que c'est un peu trop faible pour décrire l'impression que tu dégages. Tu es beau», le corrigea doucement le blond en sortant les gants brodés de leur écrin. «Tu devrais les porter. Ceux que tu as choisis sont beaux mais ils ne sont pas très accordés au reste de ton habit.»
—«Ils sont familiers…»
—«Tu ne seras couronné qu'une seule fois Dean, tu n'auras pas d'autre occasion de faire une aussi forte impression que lorsque tu entreras dans la salle du trône.»
—«J'ai entendu des domestiques dirent que certaines dames portent des parures qui étincellent comme des étoiles. Je doute qu'on fasse réellement attention à mes mains», maugréa le châtain.
Le Seigneur-Conseiller Egon toussa discrètement derrière lui en signe de désapprobation.
Sam fit un geste pour retirer son gant droit. L'air tiède frappa sa paume moite de transpiration et Dean secoua la tête.
—«Ils sont trop fins, Sam. Tu sais que je dois ouvrir le bal, je vais blesser quelqu'un.»
—«Cela n'arrivera pas. Le seul drame que tu es susceptible de causer est de marcher sur les pieds de ta cavalière. Tu pratiques merveilleusement bien elldans mais tu es beaucoup moins à l'aise quand il s'agit de danser un quadrille…»
Le châtain lui pinça durement les côtes. Sam grogna de douleur mais il retira habilement son gant avant de s'attaquer au second. Dean sentit ses doigts effleurer gentiment l'intérieur de son poignet puis sa paume pour le rassurer. Le contact contre sa peau nue serra seulement sa poitrine d'appréhension.
—«Je ne les porterai pas», protesta-t-il d'une voix rauque.
—«Tu vas le faire et tout se passera bien. Maîtresse Aghna a travaillé très dur pour toi, ils sont exactement ce dont tu as besoin. Il est venu pour acclamer son roi, il sera le premier à remarquer que tu ne les portes pas et cela le blessera. Ils sont faits pour toi…»
Sam passa doucement son pouce sur les magnifiques broderies d'or ornant le revers aux petits boutons. Dean avait aussi remarqué les délicats entrelacs parmi lesquels bondissaient des renards dessinés avec une merveilleuse imagination. Il ne protesta pas quand son frère les lui enfila mais il leur jeta un regard mauvais.
—«Je n'ai pas besoin de quelque chose qui pourrait mettre les gens autour de moi en danger…»
—«Tu as besoin de quelque chose qui t'oblige à avoir confiance en toi. Tu t'en es merveilleusement bien sorti quand nous avons répété la cérémonie du couronnement il y a quelques jours, il n'y a aucune raison pour que les choses soient différentes aujourd'hui.»
Le châtain pinça les lèvres. Si Sam n'avait pas remarqué la glace qui perlait sur les accoudoirs du trône, il avait été plus habile à dissimuler sa nervosité qu'il ne le pensait.
Le Seigneur Egon se leva lentement.
—«Vous être prêt Votre Majesté.»
—«Je suis terrifié», croassa Dean d'une voix rauque.
—«La cérémonie durera peu de temps et je serais seulement à quelques pas de toi, assis au premier rang sur ta gauche. Je ne te quitterai pas des yeux et tu peux faire de même si cela te rassure», dit Sam.
—«Ne pense pas que cela arrivera souvent…»
Le blond s'esclaffa. Il glissa une main sur sa nuque pour faire Försvärs avec lui, ses longs doigts pressant gentiment sa peau brûlante.
—«J'ai tellement hâte de te voir porter la couronne et de te voir régner. Tu vas faire de grandes choses pour notre royaume mon frère, j'en suis persuadé. Je serai à tes côtés, n'oublie pas que tu n'es pas seul», souffla-t-il discrètement.
—«… Tu me trouves réellement beau?»
—«Un peu trop pour la tranquillité d'esprit des dames qui seront présentes à ton bal. Le Seigneur Odon nous a vanté la belle mine du prince Castiel de Ronan mais je doute qu'il puisse rivaliser aujourd'hui avec toi…», sourit Sam d'un air féroce
La clameur des hérauts retentit depuis la salle du trône. Sam pressa une nouvelle fois sa nuque puis proposa son bras au Seigneur Egon pour l'aider à marcher. Sur le seuil, les deux frères échangèrent un dernier regard avant que la porte ne se referme.
Non loin, les trompes recommençaient leur mélopée.
Dean marcha jusqu'à la grande baie qui éclairait la pièce et se perdit dans la contemplation de Snovedstad, entièrement pavoisée aux couleurs de Belemer. Une clameur montait depuis la cour d'honneur dans laquelle les habitants de la cité – sans place dans la galerie de la salle du trône – se rassemblaient depuis plusieurs heures pour être au plus près de leur roi. Les cloches de la Tour de Ceux-qui-voient-en-premier avaient longuement sonné Krön pour les appeler au couronnement et depuis, un grondement sourd, mélange de joie et d'exaltation, montait alentour mêlé aux hennissements excités des chevaux qui piaffaient dans les écuries. Cette clameur résonnait en lui.
Le châtain appuya son front contre le verre, froid contre sa peau brûlante. Les trompes des hérauts retentirent plus fort. Dean visualisa les lourdes portes en bronze ciselé s'ouvrant devant Sam que le cérémonial obligeait à le précéder. Il enfonça sa tête entre ses épaules.
—«… Eio?», appela-t-il doucement.
Le jeune homme baissa les yeux quand un souffle frais et légèrement humide effleura son poignet. Le renard argenté posa sa tête contre sa cuisse, sa queue élégamment enroulée autour de leurs pieds.
«Je marcherai à tes côtés, petit roi.»
Dean esquissa un sourire reconnaissant. Il n'aurait pas osé le demander.
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Castiel observait avec la plus grande attention le jeune homme aux cheveux clairs qui remontait l'allée en direction de l'estrade.
De haute taille, le visage avenant et les épaules larges, il portait avec grande élégance un habit de velours bleu roi et un long manteau bordé d'une fine fourrure noire. Les plis savamment arrangés sur son torse et sur son épaule gauche étaient retenus par une fibule en or merveilleusement ciselée. L'homme était séduisant. Gabriel se pencha vers Castiel pour lui murmurer quelques mots et le brun acquiesça. Il avait déjà reconnu le prince Second Né de Belemer, attirant au point qu'il entendit de discrets chuchotements féminins dans son dos. Les habitants de Snovedstad, rassemblés dans la galerie qui courait sur les murs, acclama son arrivée avec un bruyant enthousiasme. Ils jetèrent devant lui de petits bouquets de fleurs bleues qui couvrirent l'allée d'un épais tapis parfumé.
Quand le prince Sam passa à côté de son banc, Castiel contempla avec admiration les splendides broderies d'argent du manteau, décoré de d'arbres et de végétaux stylisés. Il aperçut alors à son bras un vieil homme légèrement voûté à la barbe blanche portant le lourd collier d'or des membres du Conseil du Roi. Au pied de l'estrade, le prince et le Seigneur-Conseiller s'inclinèrent respectueusement devant le trône vide en un dernier hommage au roi John.
Les portes de la salle du trône s'ouvrirent une nouvelle fois tandis que les hérauts entamaient un autre chant.
Castiel tendit le cou avec curiosité.
Il ne s'agissait pas du prince Dean.
Deux hommes et une femme, un coffret dans leurs mains, entrèrent à leur tour en une lente procession, précédés par un homme vêtu d'une longue tunique aux larges manches. Une chape richement brodée reposait sur ses épaules et descendait dans son dos jusqu'à une petite traîne. Tous s'inclinèrent à leur tour devant le trône vide avant de rejoindre le Seigneur-Conseiller sur l'estrade. Le brun aperçut la haute silhouette du prince se glisser vers un banc au premier rang.
Le Seigneur tapa sur le sol à l'aide de sa canne. Les trompes se turent tandis qu'un silence solennel envahissait la salle du trône.
—«Le royaume de Belemer est le fruit d'un pacte sacré, passé lors de temps immémoriaux entre les hommes et les esprits qui habitent et gouvernent en toute chose et en tout être. Aujourd'hui, notre prince Premier Né lie son être à la Dame du Ciel. Plus que jamais, nous célébrons l'enfant devenu homme, l'Aimé de notre Mère-Monde Reiyel. Dean l'Aimé, fils de John le Prudent et petit-fils de Henry l'Intègre, rejoignez-nous», proclama-t-il d'une voix puissante
Le Seigneur frappa lentement le sol de quatre coups. Les hérauts entamèrent un chant plus grave et solennel.
Castiel essuya distraitement ses mains moites sur ses cuisses.
Leur clameur faisait tressaillir son estomac
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La mélopée des trompes d'ivoire des hérauts retentissaient pour Dean.
Le châtain se redressa, inspira profondément.
Il jeta un regard au lourd anneau de bronze à son doigt et traversa la pièce, Eio à ses côtés.
Les portes s'ouvrirent devant lui comme elles l'avaient fait devant Sam et le jeune homme remonta à son tour le large couloir menant à la salle du trône. Il passa par une haie d'honneur formée des domestiques du château, chacun ayant orné son habit ou sa coiffe d'un petit bouquet de petites fleurs bleues, la fleur des rois. À ses pas, ils s'inclinèrent respectueusement après l'avoir salué en Hälsning. Dans leurs regards, Dean lut de l'émotion, de la joie et de la fierté. Dans les prunelles de certaines jeunes femmes, il distingua une admiration et une tendresse qui firent picoter ses doigts.
Le châtain marcha lentement jusqu'aux portes fermées de la salle du trône.
Il songea à Sam qui l'attendait au premier rang.
De l'autre côté des portes, la clameur du chant du roi résonnait d'une manière fabuleuse. Eio lui jeta un regard par-dessus son épaule.
«Ils t'appellent. Marche vers eux petit frère, ta couronne t'attend.»
Les lourds vantaux s'ouvrirent lentement devant lui.
Dans l'interstice, Dean vit ses invités se lever et leurs visages se tourner dans sa direction tandis que les hérauts entonnaient à nouveau son chant. Le châtain déglutit. Le renard lui mordilla doucement le bout des doigts avant de bondir en avant. Il remonta l'allée centrale en quelques sauts malicieux, semant son chemin le firmament argenté de ses pas.
À quelques mètres mètres, il le regarda et lui sourit.
Dean fit un pas pour suivre le chemin tracé par Eio.
La clameur de ses sujets quand il passa le seuil de la salle du trône l'étourdit brièvement.
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Portée par les acclamations de la foule, la mélopée enflait puissamment et Castiel frissonna légèrement d'excitation. Devant lui, l'antique trône semblait appeler son nouveau roi.
Le brun croisa brièvement le regard du prince Sam quand celui-ci se retourna pour observer l'entrée de la salle du trône. La joie et la fierté sur son visage le rendaient encore plus séduisant.
Les portes s'ouvrirent tandis que le chant du roi – il s'en souvenait à présent – montait encore sous la haute voûte lambrissée.
La clameur devint tempête.
Castiel se tourna à son tour, plus curieux que jamais, mais les invités alentour lui bouchaient la vie et il pinça les lèvres de dépit. Il distinguait à peine un mouvement dans l'allée quand soudain, la foule eut un imperceptible frémissement et s'ouvrit devant lui.
Le brun se haussa très légèrement sur ses pieds.
Il Le Vit.
Castiel inspire brusquement, si brusquement que Gabriel lui jeta un regard surpris. Le brun l'ignora, il ne voyait que Lui.
Le prince Dean marchait lentement, droit et digne, le regard rivé sur le trône dressé pour lui.
Il était incroyablement beau.
Il s'approcha du banc du brun et celui-ci fut suffisamment prêt – sa vue suffisamment bonne – pour remarquer le modelé sensuel de sa bouche, son nez parfaitement droit, l'arête solide de sa mâchoire et les teintes de miel de ses cheveux.
Castiel déglutit.
Le prince tourna la légèrement la tête vers lui.
Leurs regards se croisèrent.
Ceux du Premier Né étaient très verts.
Le brun essuya sans façon ses paumes moites sur son pantalon tandis que son cœur manquait un battement dans sa poitrine. Dean l'Aimé, fils de John le Prudent et petit-fils d'Henry l'Intègre, était le plus bel homme que Castiel avait jamais rencontré et il se mit à prier avec ferveur pour que le prince de Belemer ne le trouve pas ridicule dans son habit de cours trop ostentatoire. Dean le regarda à son tour et, mortifié, le brun sentit ses joues chauffer.
Le prince reprit sa marche vers l'estrade.
Le brun se laissa tomber à côté de Gabriel sur le banc. Le sang battait sourdement à ses tempes, sa gorge était sèche.
—«Est-ce que tout va bien?», s'inquiéta son frère en se penchant vers lui.
Castiel hocha lentement la tête. Oui. Non. … Oui? Il se sentait le corps brûlant, les tempes un peu bourdonnantes.
Dean s'arrêta devant le trône et le brun sourit.
Il lui vint l'envie furieuse de pouvoir clamer à Lucifel que le prince héritier de Belemer était beau et noble, qu'il avait vraiment de l'allure et que le mépriser faisait de lui un parfait crétin.
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La foule devant lui formait une masse compacte mais floue.
Dean tentait courageusement de ne pas trop serrer les poings et la mâchoire, de ne pas froncer les sourcils ce qui lui donnait cet air un peu rude que Sam lui reprochait parfois. Il ne voyait que le trône devant lui, installé sous les bannières de Belemer. Et son frère. Sam se tenait à sa droite à l'extrémité du banc et il le regardait. Il lui souriait avec affection, une lueur de fierté dans ses yeux bruns. Le châtain sentit sa gorge et ses poings se desserrer légèrement. Il n'avait besoin que de Sam et de Eio – qui le précédait dans l'allée – pour avancer.
Il fit un pas et oublia ces visages, tous ces regards inconnus dont il sentait pourtant la brûlure sur le sien.
Il marcha, sans se préoccuper de ce que ces invités pouvaient penser de ses gants ou de l'arrangement des plis de son manteau.
Dean ne regardait que son petit frère qui n'avait pas peur de lui et qui lui offrait toute sa confiance et son affection.
Eio trottinait devant lui, sa queue ondulant doucement en jetant un firmament argenté sur le tapis de fleurs du roi. Il plongea son museau dans un bouquet et éternua, jetant une fine poudreuse sur les délicats pétales. Le châtain se mordit les joues pour ne pas rire. Plus confiant, il marcha droit devant lui.
Alors qu'il passait devant les premiers rangs, Dean sentit quelque chose sur son visage, une caresse fraîche comme une brise d'hiver, comme une main effleurant sa joue.
Il tourna discrètement la tête pour regarder autour de lui.
Il Le Vit.
Sur sa gauche, les invités inclinèrent légèrement la tête devant lui en pensant avoir attiré son attention. Le châtain ne remarqua pas la somptueuse parure de diamants de Belemer de la jeune femme blonde qui rosit sous sa voilette. Il ne remarqua pas non plus l'étrange tatouage qui couvrait le cou et le bas de la mâchoire de l'émissaire de Mazur, le farouche royaume des déserts du sud.
Dean Le Vit.
Il plongea dans les prunelles daggyr que lui avaient décrites le Seigneur-Conseiller Odon.
Le châtain ne pensait pas être très compétent en matière de beauté mais cet homme l'était. Le prince Castiel de Ronan était un homme très séduisant.
Dean vit son vis-à-vis cligner légèrement des yeux tandis qu'il le dévisageait, que leurs regards plongeaient l'un dans l'autre. Puis il rougit doucement. Le châtain sentit aussi sa nuque chauffer légèrement, absurdement heureux d'être beau dans son habit de couronnement.
Il avait une conscience toujours aussi aiguë de la présence de son frère non loin de lui et de celle d'Eio dont il discernait le scintillement argenté mais il ne Voyait que Lui.
La sensation de fraîcheur revint, plus agréable sur son visage un peu chaud, comme une invitation à s'approcher. Le prince de Ronan était à quelques mètres de lui, derrière un homme blond à l'air malicieux qu'il supposa être le prince Gabriel. Celui-ci n'était pas dénué de charme mais il ne pouvait souffrir la comparaison avec son frère cadet. Castiel était beau dans son grand habit de cour au mantelet couvert de médailles. Le châtain se demanda quels hauts faits d'armes le prince avait pu réaliser à Ronan pour avoir le privilège de les porter. Elles étaient nombreuses sur son torse quand le sien était nu. Dean se sentit alors un peu petit, un peu fade et sévère.
Il entendit Eio glapir, comme une remontrance et reprit sa marche.
Il lui semblait sentir le regard daggyr du prince Castiel sur sa nuque et le châtain se demanda encore ce que celui-ci penserait de ses mains gantées, coutume inhabituelle au sein des cours des royaumes de Fenia. Maîtresse Aghna affirmait qu'il aurait la sensation d'avoir les mains nues, Dean se demanda encore ce que cela ferait de sentir celles du prince sur les siennes, peut-être pendant le bal. Le bout de ses doigts picota doucement mais il n'avait pas peur de faire souffler Eio. Pour la première fois, il ressentait de la chaleur dans ses paumes.
Le châtain eut envie de tourner discrètement la tête, de tomber à nouveau dans son regard et de lui sourire, même maladroitement, pour le distinguer dans la foule mais un grognement sourd retentit le rappela à l'ordre. Assis sur le tapis de fleurs, Eio le dévisageait, l'air sévère.
«Ta place est ici, petit frère. Approche.»
Dean pinça les lèvres. Ici, à ses côtés et à la frontière entre le monde des hommes et celui des esprits. Pas vers Lui.
Il atteignit enfin l'extrémité de l'allée tandis que la foule se rasseyait. Son regard daggyr le brûlait toujours et il enfonça légèrement sa tête entre ses épaules pour ne pas se retourner.
Sur un geste du Seigneur-Conseiller Egon, le châtain mit humblement genoux à terre devant les représentants des guildes de Belemer et le Premier Prêtre Jarls. Le sang battant à ses tempes, il entendait les paroles du maître de cérémonie d'une manière étouffée et lointaine.
Eio s'assied sur le trône vide, sa queue touffue élégamment enroulée autour de ses pattes. Ses yeux clairs luisaient de défi et quand il releva la tête vers l'assemblée, ils se voilèrent d'un peu de dédain.
Dean sentit son cœur se serrer. Son frère du Ciel, celui qui lui avait donné une partie de son cœur pour lui sauver la vie, pouvait lire dans les moindres recoins de son âme et ce qu'il y apprenait semblait lui déplaire. Le châtain chercha son regard pour espérer l'adoucir. Leurs cœurs battaient à l'unisson depuis plus de trente ans pourtant Eio observait l'objet de son attention avec mépris. Cela le blessait. Il pinça les lèvres de regret. Sam avait toujours eu des amis autour de lui, souvent guidé par les élans généreux de sa nature, Dean ne pouvait-il faire confiance aux siens? Ne pouvait-il pas croire à cet élan qu'il avait ressenti en apercevant le prince cadet de Ronan pour la première fois, un homme charmant aux rares yeux daggyr ? Son frère aîné semblait amical mais Dean n'éprouvait pas l'envie viscérale – et un peu timide – de lui parler pour échanger autre chose qu'un salut poli et les félicitations de circonstance. Il voulait l'interroger sur Andione, sur les médailles qui ornaient son manteau, sur tout le reste. Il était curieux.
Eio cligna lentement des yeux avant de sauter en bas du trône et Dean le suivit du regard. Il espéra que le renard voit également un heureux présage dans la couleur des yeux du prince de Ronan. En vain. Eio s'approcha de lui, ignorant superbement la foule. Il effleura sa joue de son museau et la chaleur quitta Dean. Il frissonna.
«Regarde devant toi petit frère. Ce qui se trouve derrière toi est passé, ta nouvelle vie est sous tes yeux.»
Le renard s'assit à côté de lui, tournant ostensiblement le dos à l'assemblée en un refus net et glacial. Dean sentit le nœud dans sa poitrine se serrer désagréablement.
Le Seigneur-Conseiller Egon posa une main chaude et rassurante sur sa tête tandis qu'il prononçait les traditionnelles paroles du salut à la Dame en Ancienne Langue. Le châtain eut un peu moins froid.
—«Le peuple de Belemer confie à son prince son avenir et son bonheur. En vertu de nos coutumes, héritées des débuts du Deuxième Âge, ses représentants vont prononcer les serments sacrés. Si l'un d'entre eux s'oppose au couronnement, qu'il parle dès à présent ou garde le silence. Ce qui est scellé aujourd'hui ne pourra être défait car il se déroule sous Son regard et que la Dame seule a le pouvoir de changer notre destinée», dit-il lentement.
Dean ferma les yeux, très fort, appréhendant un soudain éclat de voix qui l'humilierait devant ses invités et proclamerait son incompétence. Il ferma les yeux si forts que des paillettes blanches dansèrent derrière ses paupières mais il n'entendit rien. Un profond silence régnait dans la salle du trône. Le châtain rouvrit les yeux et jeta un regard un peu incrédule au Seigneur-Conseiller Egon. Celui-ci lui sourit gentiment. Les deux mains posées sur sa canne, il s'inclina respectueusement en remerciant la Dame. La cérémonie du couronnement pouvait réellement commencer.
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—«Les deux hommes et la femme sur l'estrade sont les représentants?», souffla discrètement Gabriel
—«Il me semblait que tu avais étudié l'ouvrage du chroniqueur Fedèl le Coloriste avant notre départ…», répondit Castiel en lui jetant un regard en coin.
—«Je l'ai fait mais sans vouloir me faire excuser, ma mémoire de Magistère de la Grande Bibliothèque et des Archives est remplie des us et coutumes de l'ensemble des royaumes de Fenia. Contrairement à toi, je n'ai pas le loisir de faire de faire de Fedèl le Coloriste mon auteur de chevet…»
Le brun esquissa un sourire. Un peu flatté, il rafraîchit rapidement la mémoire de Gabriel concernant le système politique de Belemer.
Si la monarchie de Ronan était absolue et que son roi concentrait pouvoirs et décisions, le souverain du royaume le plus au nord des Terres de Fenia gouvernait avec l'accord du peuple, lequel nommait les représentants des guildes et participait activement à la constitution du Conseil du Roi, distingué par mérite plus que par la naissance. Lucifel s'était à moitié étranglé avec son thé quand le Seigneur-Conseiller Odon lui avait dit être issu d'une famille de pécheurs de Snovedstad. La chose était impensable à Andione où prévalait l'ancienneté des familles et leurs liens avec la famille royale, dans des jeux d'alliances plus politiques que méritoires. Au fil des siècles, le gouvernement de Ronan n'avait pu continuer à ignorer les dérives népotiques et la corruption que ce système avait entraîné. Un lointain parent de Castiel y avait mis un terme un siècle auparavant en concentrant l'ensemble du pouvoir entre ses mains. Cela rendait le brun légèrement circonspect mais le fait que les familles les mieux nées de Ronan aient été dans l'impossibilité d'agrandir leurs réseaux de clientèle, redevable et utilisable, avaient apaisé l'exercice du pouvoir. Castiel continuait à penser que le système politique de Belemer était plus juste et moins dangereux. Un roi accepté par des sujets à qui ont demandait leur avis ne pouvait être qu'un souverain apprécié et respecté.
Gabriel se pencha à nouveau vers lui.
—«… Rappelle-moi combien de guildes comptent Belemer?»
—«Il y a en a une dizaine mais seules les trois plus importantes, celles sur lesquelles repose l'essentiel de l'économie du royaume, vont s'exprimer lors du couronnement. Au préalable, leurs représentants s'assurent des sentiments des autres afin que leur serment ne puisse être contesté.»
—«Ce sont donc les sujets de Belemer qui acceptent leur roi? Voilà une chose qui rendrait Luke parfaitement fou…»
Le brun jeta un regard alentour. Plusieurs invités souriaient avec ironie ou d'un air vaguement méprisant au cérémoniel, tous représentants de monarchies absolues. Imbéciles orgueilleux.
Le Seigneur-Conseiller Egon frappa trois fois le sol de sa canne devant le premier membre de guilde, un homme âgé d'une cinquantaine d'années aux traits burinés. Celui-ci fit un pas en avant. Une médaille d'or attachée à une chaîne à gros maillons brillait sur son torse, symbole de sa dignité.
—«Maître Garalt le Précis de la guilde des mineurs et des joailliers, tel est mon nom», se présenta-t-il en inclinant la tête. «Par ce coffret remis par mes pairs qui contient nos outils, un maillet et une pince à sertir, je confie notre devenir au Premier Né. Que la Grande Dame le bénisse ainsi que son règne et qu'Elle continue à nous combler de ses bienfaits. Montagne et Feu s'inclinent, nous agréons à l'héritier légitime.»
Des exclamations de joie, faites par de graves voix d'hommes, éclatèrent sous la voûte de la salle du trône, accompagnées par le tintement assourdissant d'outils en métal frappés les uns contre les autres. La guilde entière acceptait et si Gabriel grimaça au brouhaha, Castiel sourit. Il trouvait cela merveilleux.
Le Seigneur-Conseiller frappe à nouveau sa canne devant le second représentant, un jeune homme roux aux joues parsemées de taches de rousseur. Le brun esquissa un sourire indulgent quand il bégaya maladroitement aux premiers mots de son serment. Lui-même n'avait pas été particulièrement brillant lors de son premier discours officiel prononcé en public quand il achevait ses études à l'Académie. Il se souvenait de ses mains moites, de ses oreilles un peu trop rouges devant les centaines d'étudiants qui le regardaient. Uriel s'était empressé de lui donner des cours d'éloquence qui l'avait fait rougir de confusion en réalisant la médiocrité de sa prestation. Il ne pensait pas avoir été aussi mauvais.
—«Maître Kelan le Fendeur de la guide des forestiers et des menuisiers, tel est mon nom. Par ce coffret remis par mes pairs qui contient nos outils, une hache et un ciseau à bois, je confie notre devenir au Premier Né. Que la Grande Dame le protège et veille sur sa lignée. Bois et air s'inclinent devant lui, nous agréons au couronnement de l'héritier», prononça-t-il.
Sa voix ne porta sans doute pas jusqu'à la galerie mais les clameurs reprisent de plus belles. Le brun fut étonné d'entendre des voix féminines se mêler aux acclamations des artisans qui cognaient entre eux de lourds marteaux. Les guildes étaient donc mixtes et les femmes de Belemer maniaient les lourds outils autant qu'elles montaient à cheval.
Intrigué, Castiel se redressa un peu pour apercevoir le dernier représentant, une petite femme à l'air grave, aux cheveux blancs. Elle salua le Seigneur-Conseiller Egon d'un élégant signe de tête quand celui-ci frappa une dernière fois le dallage à ses pieds. Sa voix claire et limpide s'éleva dans la salle du trône.
—«Maîtresse Mèllan aux Belles Mains de la guide des tisserandes et des brodeuses, tel est mon nom», dit-elle lentement. «Par ce coffret remis par mes pairesses qui contient nos outils, une navette et une fleur de couleur, je confie notre devenir au Premier Né. Que Reiyel, notre Mère, rende sa vie glorieuse et qu'Elle l'honore de Sa bienveillance. Fleurs et Eau s'inclinent devant lui, nous agréons au règne nouveau qui s'ouvre.»
Un chœur de voix féminines monta sous la haute voûte de la salle en une mélopée douce et légère. Castiel sentit quelque chose vibrer en lui, quelque chose d'un peu indistinct mais de fort, quelque chose de presque sacré.
Alors qu'il observait avec intérêt les représentants, son regard croisa celui de l'homme habillé de la tunique sombre au surplis brodé. Ses prunelles étaient d'un bleu très clair et il eut l'impression qu'elles plongeaient au fond de son âme pour lire en lui toutes ses hésitations et ses timidités. Castiel ne baissa pas les yeux – un prince de Ronan ne le faisait jamais – mais cet effort lui coûta. Cet homme lui donnait l'impression d'être encore très petit et très ignorant.
Le Seigneur-Conseiller Egon se détourna des représentants des guildes et le salua respectueusement en Hälsning. Celui-ci lui rendit son salut avant de faire un léger signe de main. Un jeune homme debout à sa droite le rejoignit, portant un long coffret en argent qu'il lui présenta avec déférence. L'homme l'ouvrit et un murmure parcourut la foule rassemblée dans la galerie. Un rameau à l'écorce blanche comme de l'ivoire et aux feuilles à l'éclat chatoyant comme de l'argent reposait un velours bleu. Les sujets de Belemer saluèrent tous respectueusement le précieux objet tandis qu'un bourdonnement d'admiration agitait les invités.
—«… Penses-tu qu'il s'agisse d'un fragment du Premier Arbre? La Dame-Conseillère Maltë nous a dit qu'il serait utilisé pour le couronnement mais il ressemble à une pièce d'orfèvrerie», chuchota Gabriel.
Castiel ouvrit la bouche pour répondre mais le regard pâle de l'inconnu bloqua ses mots dans sa gorge. Il déglutit lentement. Seigneur, ce regard… comme s'ils étaient seuls au monde. Il déglutit et opina lentement.
—«Le Premier Arbre est celui dans lequel Reiyel trouve le repos quand Elle quitte le Ciel. Il n'a rien d'un arbre ordinaire, c'est un arbre sacré. Cet homme à droite doit être le Premier Prêtre, le supérieur du cortège des Prêtres du Premier Temple. Assister à ce moment est un immense honneur», répondit-il lentement.
—«Le Premier Temple n'est-ce pas l'endroit où Belemer conserve ses ouvrages les plus précieux? J'ambitionnais de pouvoir visiter cette bibliothèque mais le Seigneur Odon m'a dit que je ne pourrais y accéder. Je ne suis pas membre du clergé de Belemer ni un de ces érudits ayant décidé de dédier leur vie à l'étude…»
—«Le Seigneur Odon t'a dit aussi qu'il était possible d'obtenir une autorisation spéciale. Tu es Magistère de la Grande Bibliothèque et des Archives de Ronan, tu devrais être plus confiant», lui rappela gentiment le brun.
—«Je préfère m'en assurer en te demandant d'être réellement charmant lors du bal ce soir. Je sais me montrer très mondain mais je ne suis pas orgueilleux au point d'ignorer que je ne possède pas une once de ton attrait à cet instant. Le prince ne m'a pas regardé comme il l'a fait avec toi.»
—«Quelque chose a simplement dû attirer son attention et lui faire tourner la tête. Cela n'avait rien à voir avec moi», protesta Castiel.
—«Tu devrais aussi te montrer plus confiant mon frère…»
L'œil noir, le brun lui donna un coup de coude dans les côtes.
Les hérauts entamèrent un nouveau chant puis le Seigneur-Conseiller Egon frappa lentement le sol de l'estrade trois fois à trois reprises. Le Premier Prêtre s'inclina légèrement vers lui puis vers Dean, toujours agenouillé devant l'estrade. Même si le prince de Belemer lui tournait le dos, Castiel admira sa prestance et sa dignité. Peut-être ne se montrait-il pas entièrement objectif.
—«Le Premier Temple accepte le nouveau roi. Pour marquer notre consentement, nous avons béni la couronne de Midir, deuxième roi de Belemer, qui a ceint le front de nos souverains depuis des siècles. Avec l'anneau du roi Asèle, ils unissent la dynastie de nos rois avec la Dame du Ciel. Le Premier Temple les dépose aujourd'hui avec respect entre les mains du Premier Né, l'Aimé de Reiyel. Que son règne soit long et prospère», proclama-t-il lentement.
Les habitants de Snovedstad s'inclinèrent une nouvelle fois tandis que les trompes des hérauts soufflaient d'une puissante haleine.
Le prince Sam monta à son tour les quelques marches de l'estrade, un coffret dans les mains. Le Premier Prêtre l'ouvrit et l'admiration de la foule se transforma en une rumeur assourdissante. Le brun cligna des yeux de stupeur. Chef-d'œuvre d'orfèvrerie, la précieuse couronne du roi Midir reposait sur un lit de velours pourpre. La pièce créée pour le couronnement de Lucifel par le meilleur atelier d'Andione lui parut soudain d'une terrible banalité, voire d'une vulgarité de parvenu. Trop d'or, trop de joyaux, trop de couleurs. Celle du roi Midir était constitué de plaques d'argent discrètement filigranées d'or, couronnées de délicats fleurons. L'ensemble était beau – bien que d'un goût un peu austère – mais la pierre précieuse somptueuse sertie à l'avant provoqua l'admiration enthousiaste de la foule, d'une extraordinaire couleur. Gabriel ricana discrètement.
—«Luke tuerait pour posséder une pierre pareille. Ou il attaquerait Belemer s'il savait seulement combien ces terres regorgent de merveilles. C'est un diamant mordoré, le plus rare de tous les royaumes de Fenia. Le comte Erdmann du Magistère de l'Industrie et des Sciences tente d'en acheter une depuis plus de vingt ans pour la collection minéralogique. On dit qu'il porte chance au souverain dont il orne la couronne, Luke ferait n'importe quoi pour en avoir une.»
—«Notre frère pourra sans doute vivre encore de longues années sans cette information», répondit le brun en lui jetant un regard.
Gabriel esquissa un sourire entendu sans rien ajouter. Le Premier Prêtre effleura la couronne du bout des doigts et récita une prière en Ancienne Langue. Les mots, un peu gutturaux, résonnèrent la salle du trône salle plongée dans un silence religieux. Sam sourit.
—«Prince Samuel, Second Né de la dynastie de John le Prudent, tel est mon nom. Devant le trône de mon père, je renonce à mes droits sur la couronne de Belemer. Mon frère aîné et Aimé de la Dame du Ciel – qu'Elle soit bénie – le protège et le guide. Je reconnais Dean l'Aimé et Premier Né comme souverain et resterai à ses côtés comme Maav auprès de Loag. Il est mon roi», prononça le blond d'une voix puissante.
—«Qui sont Maav et Loag?», demanda Gabriel à l'oreille de Castiel.
Le brun ne répondit pas.
L'un après l'autre, les représentants des guildes et le Premier Prêtre répétèrent leur consentement avant de saluer le prince Dean en Hälsning. Les lèvres à peines entrouvertes, Castiel répéta la même chose, incapable de s'en empêcher.
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Les genoux de Dean commençaient à être douloureux.
Les muscles de ses cuisses tiraient désagréablement tandis que ses reins le lançaient, légèrement cambrés pour contrebalancer le poids du lourd manteau jeté sur ses épaules. Il assistait à la cérémonie de son couronnement comme plongé dans le brouillard. Ce dernier n'était pas épais, froid et poisseux comme Eio le soufflait parfois sur Snovedstad, mais léger, tiède et doux.
La gorge serrée par l'appréhension, il avait entendu les serments des représentants des guildes et les acclamations de ses sujets.
Dean avait chaud et il songeait à Lui. Il songeait à son corps athlétique et bien découplé mis en valeur par son habit. Montait-il à cheval comme le châtain se plaisait tant à le faire? Accepterait-il de l'accompagner sur les hauteurs de la cité? Porterait-il encore son riche habit de cour ou aurait-il un de ces vêtements de ville sombre que le Seigneur-Conseiller Odon lui avait détaillé? Dean ne pouvait pas tourner la tête pour le Voir mais ses traits étaient gravés dans sa mémoire comme la couleur de ses yeux daggyr. Le hasard les ferait peut-être partager un quadrille pendant le bal et Dean frotta distraitement sa paume moite sur sa cuisse. Il avait chaud.
—«Prince Dean, Premier Né de John le Prudent, petit-fils de Henry l'Intègre.»
Le châtain leva brusquement la tête aux mots du Premier Prêtre Jarls. L'homme se tenait devant lui et il haussa un sourcil interrogateur et Dean se sentit légèrement rougir de confusion. Assis à côté de Sam, Eio renifla doucement de désapprobation mais le châtain l'ignora. Il regarda son frère qui lui souriait comme si Dean était le Premier Arbre fait homme. C'était gênant. C'était… intimidant.
—«Prince Dean, acceptez-vous l'héritage de vos pères?», demanda lentement le Premier Prêtre.
—«… Je l'accepte.»
Eio glapit de joie.
À Belemer, les mots avaient un pouvoir.
Dean le comprit réellement quand les siens franchirent sa bouche.
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Le ventre serré, Castiel emmêla ses doigts entre eux. Oh, Sa voix. Juste quelques mots mais il l'entendait pour la première fois. Elle était un peu grave, un peu rauque, elle faisait rouler agréablement les syllabes. Le Seigneur-Conseiller Egon hocha la tête avant de regarder les représentants des guildes.
—«Au nom des vôtres et de tout ceux que vous représentez, acceptez-vous votre nouveau souverain?»
—«Nous l'acceptons. Nous remettons notre avenir entre vos mains et ces outils pour que vous construisiez notre avenir à tous. Que la Dame du Ciel garde vos yeux ouverts et donne sagesse à vos paroles», répondirent-ils d'une même voix.
Les représentants présentèrent les coffres ouverts à Dean. Les contenants étaient précieux mais les outils plus luxueux encore, forgés en métaux précieux. La fleur de couleur était constellée de rubis d'une teinte si parfaite que Castiel entendit une femme devant lui soupirer de plaisir. Gabriel l'interrogea à nouveau mais le brun le repoussa d'un léger geste d'humeur. Il aurait tout le temps d'expliquer à son aîné que les guildes fabriquaient et offraient au nouveau roi les insignes de leurs travaux avant que ceux-ci ne rejoignent le Trésor royal. Leur caractère particulièrement somptueux indiquait assez l'estime que le peuple de Belemer éprouvait pour son prince et Castiel en fut absurdement heureux.
—«Le Premier Temple et ses frères par-delà les frontières de Snovedstad acceptent-ils leur nouveau souverain?», reprit le maître de cérémonie.
—«Nous l'acceptons. L'Aimé de notre Mère est notre futur et le futur de Belemer. … Nous n'en avons jamais douté.»
Le Premier Prêtre prit le rameau et le passa lentement au-dessus de la tête de Dean. Quelques feuilles couleur d'argent tombèrent sur ses épaules.
—«Vous avez notre bénédiction», dit doucement le Premier Prêtre.
Il reposa la branche dans le coffret et prit la couronne de Midir à deux mains. Le brun retint son souffle jusqu'à ce qu'il l'ajuste avec soin sur le front du roi.
—«La couronne du deuxième roi Midir ceint à présent votre front, puissiez-vous avoir les épaules fortes pour supporter le poids de votre charge. Elle est sous votre garde et vous est confié pour la durée de votre règne. Qu'il soit glorieux et que la Dame du Ciel vous honore de ses bienfaits», proclama-t-il d'une voix puissante.
Dean se releva. Castiel observa avec intérêt la manière dont son corps se déplia lentement, dont le manteau se tendit sur ses larges épaules.
Tous saluèrent le roi en Hälsning avant de s'écarter pour lui permettre de gagner le trône. Le jeune homme se retourna pour faire face à la foule. Les mains sur les accoudoirs, il s'assit sans un mot et le brun sentit son ventre se tordre. Le roi de Belemer lui parut plus séduisant que jamais.
—«Belemer a un nouveau roi! Que la Dame du ciel protège Votre Majesté et le bénisse de ses bienfaits. Vive l'Aimé de Reiyel, vive le roi!», s'exclama le maître de cérémonie.
Les habitants de Snovedstad se levèrent d'un seul mouvement pour acclamer son souverain. Castiel sentit le sol vibrer, son banc trembler et les fenêtre grincer tandis que l'haleine de centaines de personnes soulevait les bannières brodées. Le sang battant à ses tempes, le brun se joignit bruyamment à leurs effusions sous le regard circonspect de Gabriel, étonné par tant d'enthousiasme. Peu importait, Castiel était heureux de partager ce moment avec le peuple de Snovedstad. Il était heureux de le rencontrer Lui. Depuis longtemps, le brun avait espéré découvrir Belemer. À présent, il voulait plus que tout connaître son roi.
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La couronne pesait lourd sur son front, le dossier du trône était raide contre son dos et Dean sentit ses paumes devenir à la fois moites et glacées sous ses gants. Il cligna des yeux. La cérémonie était achevée, il était le nouveau roi de Belemer jusqu'à ce que la Dame le rappelle à lui.
Le châtain baissa les yeux sur les coffrets posés à ses pieds. La somptuosité des outils l'intimidait et l'angoisse de se montrer digne de l'estime qu'on avait pour lui se mit à le tarauder. Il jeta un timide regard dans Sa direction, juste une fraction de seconde. Le même trouble l'assaillit quand il croisa à nouveau les yeux daggyr. Il desserra ses doigts, crispés sur les accoudoirs en bronze.
Eio sauta sur ses genoux et enfouit son museau dans son cou d'un air câlin. Son corps scintillant lui cacha la vue du prince Castiel.
«Tu es roi.»
—«Je suis roi», acquiesça-t-il en chuchotant.
«Mère est heureuse. Mes frères et mes sœurs sont heureux, je le sens. Ils espèrent tous après toi.»
Le renard roula sa tête sous son menton de plaisir, ses pattes arrières pétrissant ses cuisses. Après quelques secondes, Eio sortit la tête de son giron. Il le dévisagea longuement avant de pencher la tête sur le côté.
—«Tu as peur. Tu n'as pas de raison d'avoir peur, tu n'es pas seul petit frère. … Mère t'a bénie, tu es son Aimé.»
Le renard tendit la tête vers lui. Son souffle froid fit picoter brièvement ses lèvres avant qu'Eio n'effleure sa bouche de son museau, puis ses joues jusqu'à ses tempes et son front. Le châtain sentit les battements erratiques de son cœur s'apaiser et une quiétude nouvelle l'envahir. Il ferma brièvement les yeux, juste une seconde, avant de Le regarder à nouveau avec hardiesse. Debout, le prince Castiel l'acclamait avec chaleur, un large sourire illuminant ses traits. Dean le lui rendit un peu timidement.
Eio fouetta l'air de sa queue avec agacement. Il sauta en bas du trône, salua Dean d'un signe de tête avant de disparaître dans un scintillement argenté. Les bannières brodées ondulèrent sous la voûte tandis que la clameur montait encore pour honorer le nouveau roi. Plus forte, plus vibrante.
Porté par l'élan qu'il sentait autour de lui et le front picotant encore de la marque de la Dame sur sa peau, Dean sourit. Il commençait à se sentir roi.
