Ecrit sur le thème "Danser" pour Satanders.


"Je peux m'entraîner à lancer un sort de bénédiction ?" demande Falin. Ce faisant, elle pointe son bâton de mage vers Marcille avec un non-respect des règles de sécurité qui fait déjà sentir à Marcille l'odeur des cheveux brûlés... elle baisse la tête, pense déjà à plonger.

Mais non. Falin n'est pas comme elle. Falin se spécialise dans les sorts de protection. Alors, même si elle pense qu'elle a eu le bon reflexe, elle se force à se redresser et à regarder dans la direction de Falin.

"Pourquoi pas ?"

Les sorts de bénédiction servent habituellement à améliorer ses chances lors d'un combat. Marcille se demande si, pour le tester, elle devra faire semblant de se battre contre le mur, et essayer de ne pas casser ses orteils en lui donnant des coups de pieds.

Elle ne se demande pas si le sort pourrait échouer de façon dangereuse. Ou plutôt, elle se le demande, mais il n'y a que pour Falin qu'elle ne fait pas de remarque à ce sujet.

Cela semble un succès. Elle se sent plus légère, plus à l'aise, plus confiante. Et pourtant, il y a un effet secondaire.

"Il y a un effet secondaire !" s'exclame-t-elle, de façon toute constructive, bien sûr. Elle agite les bras autour de ses oreilles pour expliquer le problème.

Une musique résonne dans ses oreilles, de façon pas assourdissante, mais bien audible quand même. Elle est douce, puis plus rythmée, alternant les harmoniques d'un rituel et celles d'un combat.

"Tu l'entends aussi !" s'exclame Falin avec un sourire. "Je me demandais. J'aurais pu faire plus d'efforts pour m'en débarrasser, mais je me dis que si elle nous dit combien de temps le sort dure, ce n'est pas plus mal."

Marcille pourrait lever un doigt vengeur et expliquer pourquoi on explique cela avant de lancer un sort pour quelqu'un.

La seule raison pour laquelle elle ne le fait pas est que Falin est spéciale.

"Tu sais danser ?" demande Falin, tendant la main.

"Oui !" s'exclame Marcille

Elle a passé des dizaines d'années, cent ans peut-être, à lire des livres sans même être capable de marcher, alors elle a lu comment on danse. Théoriquement. Mais ce n'est pas un spectacle ici, alors elle ne voit pas comment elle pourrait se tromper.

"Je crois ?" concède-t-elle, un peu plus honnêtement.

Et elle prend la main tendue de Falin.

Le rythme qui les entraîne toutes les deux est seulement pour elles, et pendant un instant, Marcille suit le rythme, suit le mouvement du corps de Falin, de ses jambes, un-deux-trois, un-deux-trois, elle le savait, qu'elle en serait capable !

Et maintenant, la partie la plus difficile : à quel point doit-elle être proche ? Oui, elle a lu et retenu des dizaines d'histoires où les gens dansent, à des degrés de proximité divers (comme on retient bien les choses inutiles, enfant !). Elle ne sait juste pas laquelle s'applique ici.

Une main qui tient la sienne, déjà ; doit-elle poser l'autre sur sa taille ? Sur son épaule ? Doit-elle se serrer contre sa poitrine ? Et déjà, elle sent que la danse s'interrompt. Une petite révérence, un sourire, de chaque côté.

"Nous devrions refaire ça une autre fois," dit-elle.

"Quand tu veux," répond Falin. "Si tu viens me demander une danse, je serai toujours là, même quand j'aurai quatre-vingt-dix ans."

Le sourire de Marcille se brise, de minuscules fissures se formant, alors qu'elle le force à rester en place en défi de tout.

Falin pourrait lui offrir ainsi tant d'années de sa vie, et ce ne serait rien pour Marcille - non, ce ne serait pas rien, cela signifie tellement - mais ce serait infiniment trop court.

Elle maudit le sort qui a fait naître Falin humaine, et la fragilité des humains en général, et elle maudirait la capacité des humains lui à être sympathiques, mais c'est Falin seulement, et elle ne veut pas lui envoyer ses malédictions, pas comme cela.

"J'ai besoin de travailler plus," dit-elle, et elle ne dit pas pourquoi, elle ne dit pas les espoirs qu'elle voit dans les grimoires qui renferment les secrets de la vie et de la mort.