Bonjour à toutes !

Nous en sommes officiellement à plus de la moitié de cette fiction avec ce chapitre huit =) Merci à toutes pour vos ajouts en favoris/follow, et à celles qui prennent le temps de laisser un petit commentaire, c'est super gentil à vous. Vous ne pouvez pas savoir comment c'est motivant de lire vos retours lors des publications. L'écriture prend un temps considérable (même un peu trop, aux yeux de Monsieur xD ), et c'est super d'avoir de tels soutiens en retour ! Même si c'est une passion avant tout, cela me motive d'autant plus à continuer ! Merci à vous ! =)

Petit tournant au programme dans le quotidien de Charbon - Severus pour aujourd'hui ! Je n'en dis pas plus et vous laisse découvrir la suite ! ;) A bientôt !

Rar :

Guest (1) : "Pauvre petit Sevy", il n'a pas l'air si malheureux que cela, quand même ! Je suis même certaine que ce sont les meilleures vacances de toute sa vie, à y bien regarder ;)

Guest (2) : Oh c'est super gentil, contente que tu adores la dynamique qui se met en place entre eux =) J'ai adoré l'écrire, cette re-découverte un peu timide et faussée par l'apparence du chat, c'était super drôle à mettre sur papier x) Bonne lecture pour la suite !


Au lendemain de la découverte de la réelle identité de Charbon _ qu'il allait vraiment falloir qu'elle cesse d'appeler Charbon, d'ailleurs _ Hermione avait souhaité, à son réveil, avoir simplement fait un mauvais rêve, et trouver son adorable chat au pied de son lit comme à son habitude, loin de ce scénario tiré par les cheveux.

Malheureusement, Charbon n'était pas dans son panier, et au regard qu'il lui avait lancé lorsqu'elle était entrée dans le salon, il avait été indéniable que toute cette histoire d'accident de potion et de professeur métamorphosé en chat n'était pas tout droit sorti de son imagination.

La Gryffondor avait retenu de justesse un soupir désespéré, sentant que la journée, et toutes celles d'après, allaient être longues.

De fait, l'ambiance à l'appartement avait changé du tout au tout. Bien qu'elle ait pris soin de déménager le panier de Charbon _ De Rogue ! Oh Merlin, elle ne s'y ferait jamais ! _ dans le salon, l'impression de ne plus être tout à fait chez elle et préservée dans son intimité avait persisté durant des heures, et mêmes des jours, après la révélation de son identité. Sans compter que son esprit avait encore un peu de mal à assimiler l'idée que le chat n'en était pas vraiment un. Combien de fois avait-elle eu le réflexe de vouloir l'appeler en remontant à l'appartement le soir après le travail, ou l'envie de plonger ses doigts dans sa fourrure sombre ? Heureusement qu'elle s'était reprise à chaque fois, car cela n'aurait fait qu'ajouter à son embarras déjà bien fourni !

De fait, elle qui en général se faisait une joie de rentrer le soir après le travail pour aller faire la fête à son chat, traînait désormais des pieds dans la boutique, tant et si bien que George avait fini par la mettre dehors de force, peu désireux d'arriver en retard à son entraînement de Quiddich.

- Je ne vois pas pourquoi tu te fais une montagne de ce qu'il se passe ! S'était exclamé le rouquin en levant les yeux au ciel. D'accord, l'idée d'avoir vécu avec Rogue pendant tout ce temps est quelque peu malaisante, surtout pour toi qui passais carrément tout ton temps libre avec lui, mais la réciproque est vraie aussi. C'est sans doute aussi gênant pour lui que pour toi, si ce n'est plus ! Tu imagines, tu l'as vu courir après les souris dans le jardin et faire ses besoins dans une litière !

Hermione avait ri à ce rappel piquant et criant de vérité, et George avait soupiré de soulagement à l'idée qu'il allait peut-être réussir à partir à l'heure.

- Et puis si jamais il menace de dire quelque chose, tu pourras toujours ressortir les photos trop mignonnes de lui dormant dans le panier de linge sale ou s'efforçant de rentrer dans un pot de fleur dix fois trop petit ! Crois-moi, tu n'as pas à t'inquiéter ! Tu as de quoi faire chanter Rogue jusqu'à la fin de sa vie avec ça ! Avait-il assuré à sa colocataire, avec un sourire machiavélique qui avait laissé pensé qu'à sa place, il se serait délecté d'avoir un tel pouvoir entre les mains.

Confortée par cet échange, Hermione avait abordé les choses avec plus de détachement, même si elle ne comptait évidemment pas profiter de la situation pour jouer les maîtres chanteurs avec le directeur de Serpentard. L'idée n'était pas déplaisante, mais ce n'était pas son genre. Et puis peut-être gardait-elle dans un coin de sa tête la possibilité d'une invitation à prendre le thé pour la remercier, lorsque toute cette histoire serait finie. Mais ça, elle n'était pas prête de se l'avouer.

La consultation de la bibliothèque de Poudlard n'avait mené nulle part, à son grand désarroi, même si elle avait suffisamment d'expérience dans les situations alambiquées pour savoir que les solutions ne se trouvaient pas en deux petites heures de recherche. Elle était motivée à y retourner tant qu'il le faudrait, mais Rogue avait semblé avoir autre chose en tête. Malgré son appréhension, sinon sa peur, de devoir effectuer elle-même la potion qui permettrait peut-être de trouver un antidote, elle avait fini par craquer, incapable de résister à son petit minois si triste et à ses grands yeux sombres posés sur elle. Elle avait maudit Merlin de l'avoir fait chat, et pas serpent ou araignée. Comment était-elle censée pouvoir dire «non» à un regard pareil ?

Bref, elle avait dit oui, tout en ayant l'impression de mettre le doigt dans un nouvel engrenages de problèmes même si, quelques instants plus tard, lorsque le terrible directeur de Serpentard s'était endormi dans ses bras, roulé en boule de fourrure soyeuse, elle n'avait pu s'empêcher de sourire d'un air attendri. Finalement, il était bien plus supportable sous cette forme que dans son corps originel. Peut-être était-ce les petites oreilles toutes mignonnes, ou l'absence de remarques désobligeantes de sa part, aussi. Sans doute les deux, en réalité.

Bref, toujours était-il que finalement, ce n'était pas si dramatique que Charbon ne soit pas véritablement Charbon. Rogue faisait un chat tout à fait acceptable, il avait même le caractère difficile et versatile qui allait avec, et cette fâcheuse tendance à prendre de haut tout ce qui ne lui plaisait pas. Cette situation n'en restait pas moins embarrassante, bien-sûr, mais en même temps… elle lui permettait d'apprendre à mieux connaître le terrible professeur de potions, celui-là même qu'elle admirait depuis des années, regrettant toutefois de n'avoir jamais su être plus qu'une horripilante élève parmi tant d'autres à ses yeux.

Après tout, peut-être allait-elle finir par l'avoir, cette invitation à boire le thé !

OoOoO

Passé ce moment de grâce et de sérénité sur le chemin du retour, Hermione avait néanmoins vite déchanté. Accepter de refaire une potion qui était une création originale de Severus Rogue, alchimiste parmi les alchimistes, sans indications écrites et sans aucun moyen d'être guidée à ce propos, était encore plus difficile que ce qu'elle s'était imaginé !

Passée la soirée film du mercredi soir en compagnie de George, elle avait occupé une bonne partie de son temps libre en dehors de la boutique à tenter de donner formes aux indications plus que floues que lui avaient communiquées Charbon-Rogue. Ils avaient passé des heures à éplucher, page après page, de vieux grimoires d'alchimie que lui avait prêtés l'apothicaire du bout de la rue. Lorsqu'elle arrivait sur une photo d'un ingrédient nécessaire à la potion, Rogue miaulait, ou bloquait sa progression avec une patte. Malheureusement, ce procédé prenait un temps fou et après deux soirées à éplucher le glossaire, Hermione avait déclaré qu'ils finiraient plus tard, pour se concentrer en premier lieu sur les ingrédients qu'elle avait déjà en sa possession.

Elle avait donc exposé sur la table tous les flacons et bocaux récupérés dans le laboratoire de l'alchimiste, ainsi que ceux qu'il avait désignés dans son propre stock. Puis, pour chaque ingrédient, elle avait tenté de déterminer les quantités adéquates, sortant tantôt un à un les éléments, comme les feuilles de l'Arbre Mojo, ou pesant minutieusement les quantités, jusqu'à ce que Rogue lui signale qu'elle était arrivée au bon dosage. Elle notait alors scrupuleusement les résultats sur un carnet, histoire de ne rien oublier le jour où elle devrait refaire la potion de A à Z.

Néanmoins, pour certains ingrédients, cette technique avait ses limites. Sans parler de tous les ingrédients qu'elle n'avait pas encore identifiés. Et qu'il leur faudrait encore déterminé où la potion avait loupé, puisqu'à l'évidence il n'était clairement pas prévu que son créateur se transforme en chat pour une durée aussi longue.

Tout ceci allait encore prendre des jours, et à vingt-trois heures trente le vendredi soir, lorsque Hermione avait étouffé un bâillement après toute une soirée passée à répertorier ainsi la liste des ingrédients nécessaires, l'ampleur de la tâche à venir lui avait paru presque insurmontable. Elle s'était levée en s'étirant, déliant ses muscles endoloris d'être restés si longtemps immobiles.

- Je vais me coucher, je n'en peux plus ! Avait-elle annoncé au Serpentard qui lui non plus n'avait pu retenir un bâillement. A demain, bonne soirée !

Ce disant, elle avait débarrassé la table d'un coup de baguette. Alors que ses crayons et son nécessaire à écrire regagnaient sagement leur plumier, Rogue s'était soudainement mis à jouer avec l'une de ses plumes, posant sa patte dessus pour l'empêcher de rejoindre ses semblables. Si Hermione, interloquée, s'était autorisée à sourire à ce réflexe de jeu étonnant, son sourire s'était toutefois figé lorsque le Serpentard s'était mis à jouer avec vigueur avec l'extrémité de la plume, mordillant la hampe avec ferveur.

- Doucement, vous allez me l'abîmer ! Avait-elle protesté en tendant une main pour reprendre son bien.

Elle avait réussi à récupérer la plume, et avait esquivé de peu les griffes acérées du chat qui avait tenté de récupérer son jouet.

- Hey, faîtes attention ! S'était-elle exclamée, interdite.

Et puis son regard avait croisé celui du Serpentard, dont les iris sombres avaient presque disparu, repoussées à l'extrême périphérie par les pupilles rondes et dilatées. La jeune femme avait tiqué, saisie par la lueur joueuse et un peu folle qui y brillait.

- Professeur ? Avait-elle demandé, incertaine. Vous allez bien ?

Rogue n'avait pas répondu, du moins pas comme il le faisait depuis qu'elle avait découvert sa véritable nature. Au lieu du miaulement bref et pince-sans-rire qu'il émettait habituellement lorsqu'elle s'adressait à lui, il avait laissé échapper un petit cri enjoué, un petit froufroutement enthousiasme que, bien que très mignon, elle ne se rappelait pas lui avoir déjà entendu. Puis, sans prévenir, il s'était précipité vers elle, frottant sa tête contre sa main puis venant chercher des caresses plus près encore, enfouissant son museau sombre dans les plis du T-shirt qui lui servait de pyjama.

Hermione en était restée coite.

- Euh… Ok, avait-elle murmuré, saisie, en posant maladroitement une main sur la tête du félin.

Ce dernier avait redoublé de mimiques quémandeuses et de ronronnements, avant de succomber à une nouvelle envie de jeu, et de se mettre à mordiller l'extrémité des doigts de la jeune femme. Cette dernière l'avait regardé faire avec ébahissement, sidérée.

- Est-ce que vous êtes sûr que ça va ? Avait-elle demandé dans un souffle de voix, ahurie.

Un bruit soudain dans la rue en contrebas les avait fait sursauter tous les deux, sorcière et félin, attirant leur attention vers la fenêtre qui donnait sur la rue. Hermione avait senti le chat se figer brusquement près d'elle, et lorsqu'elle avait ramené son regard sur lui, cela avait été pour constater que ses pupilles avaient retrouvé leur taille habituelle… et que les yeux sombres fixés sur elle étaient de nouveau ceux de Severus Rogue, qui pour l'heure emprisonnait toujours l'extrémité de son pouce dans sa gueule.

Les deux sorciers avaient échangé un regard silencieux. Les yeux sombres avaient oscillé entre les doigts qu'il mordillait et la jeune femme qui l'observait avec incrédulité, et il avait aussitôt relâché ses phalanges avant de se reculer sur la table, remettant une distance plus coutumière entre eux. Hermione l'avait regardé faire avec saisissement, tandis qu'une appréhension grandissante montait soudain en elle.

- Professeur Rogue ? Avait-elle demandé, hésitante.

Le félin lui avait jeté un bref coup d'œil avant de détourner les yeux, et cette seule réaction aurait suffi à la laisser stupéfaite si elle n'avait pas été témoin de ce qu'il venait de se passer. Tête basse, il s'était détourné et était descendu de la table un peu plus loin, manifestement peu désireux d'approfondir le sujet. La jeune femme l'avait regardé disparaître derrière le canapé, le cœur étonnement serré en réalisant ce qu'il en était.

Severus Rogue était entrain de se transformer en chat. Véritablement, cette fois.

OoOoO

Granger avait eu le bon sens de ne pas revenir sur ce qu'il s'était passé le vendredi soir, ayant la délicatesse de ne pas lui faire remarquer qu'il s'était comporté comme un véritable félin, jouant avec sa plume et mordillant ses doigts comme un chaton farceur.

Néanmoins, si elle n'avait fait aucune remarque à ce sujet, le regard navré dont elle l'avait couvert le lendemain avait été plus qu'éloquent, et Severus s'était agacé de la pitié qu'il avait lue dans ses yeux ambrés. Blessé dans son amour propre, il ne l'avait pas accompagnée à la boutique ce jour-là, et était resté à l'appartement, tentant tant bien que mal de progresser dans l'identification des ingrédients nécessaires à élaboration de la potion qui l'avait métamorphosé.

Le soir venu, lorsque Weasley était revenu de la boutique du Chemin de Traverse où il se rendait chaque samedi, Granger lui avait fait part du peu d'avancée concernant la recette à suivre, et du temps considérable que les recherches prenaient.

- Si seulement nous avions un moyen de communiquer avec lui ! Avait-elle soupiré avec impuissance, au moment où Severus s'était réveillé de sa quatrième sieste de la journée.

Il avait ouvert un œil paresseux, qu'il avait refermé, surveillant simplement la conversation d'une oreille tout en somnolant dans son panier.

- Rogue est légilimens non ? Avait arqué Weasley. Peut-être qu'il pourrait se servir de sa magie pour communiquer.

- J'imagine que s'il ne l'a pas encore fait jusqu'à présent, c'est que cela ne fonctionne pas, avait répondu la jeune femme, tracassée. Si l'un de nous maîtrisait la magie de l'esprit, nous aurions pu tenter dans l'autre sens, et établir une connexion avec ses pensées, mais je n'y connais rien du tout.

- Moi non plus, avait reconnu le jeune homme.

Severus s'était retenu de lever les yeux au ciel. Avec des idées aussi stériles, sa situation ne risquait pas d'avancer bien vite ! Il espérait vraiment que Granger serait aussi douée pour préparation sa potion, et l'antidote qui allait avec, que pour brasser du vent !

Le silence s'était installé dans la pièce à vivre des deux sorciers pendant quelques instants, chacun étant plongé dans ses pensées, jusqu'à ce que le rouquin ne reprenne la parole, avec dans la voix un enthousiasme caractéristique d'une révélation soudaine. Severus avait craint le pire!

- Pourquoi tu ne demanderais pas à Minerva ? Son animagus est un chat, peut-être que sous sa forme animale, elle pourrait communiquer avec Rogue !

Severus avait vivement rouvert les yeux à ces mots, horrifié. Oh, Merlin, il savait bien que ce brainstorming n'était pas une bonne idée !

- Je ne sais pas trop, je crois qu'il ne souhaite pas que j'en parle au professeur McGona… Oh, vous êtes réveillé, s'était interrompue la jeune femme lorsque le Serpentard s'était approché des deux Gryffondor, histoire que sa présence limite le nombre d'idées idiotes déblatérées en un temps record.

Demander de l'aide à Minerva, et puis quoi encore ! C'était déjà assez humiliant de se retrouver coincer dans ce corps chez Granger et Weasley, il ne manquait plus que cette vieille harpie soit au courant ! La connaissant, elle se servirait du dossier contre lui des années durant, s'en servant de monnaie d'échange pour lui faire accepter toutes les heures supp' possibles et imaginables et lui refiler les heures de ronde les plus contraignantes ! Sans parler du plaisir jouissif qu'elle ne manquerait pas de prendre en lui faisant remarquer qu'il avait eu un accident avec une potion de métamorphose ! Non, vraiment, il préférait encore passer deux mois de plus avec Granger que prendre le risque de mettre cette vieille chouette au courant !

- George proposait de demander à Minerva de communiquer avec vous sous sa forme d'animagus, lui avait dit Granger, ignorant qu'il avait déjà entendu la conversation.

- Miaou ! Avait-il protesté fermement en sautant sur la chaise en face de la jeune femme, droit comme un I.

Après tout, il avait sa place dans la discussion, qui le concernait directement, forme humaine ou pas.

- Cela pourrait permettre de trouver plus vite une solution, avait argué la Gryffondor, qui semblait à court d'idées plus pertinentes.

- Miaou ! Avait réitéré Severus en secouant la tête, inflexible.

- C'est dommage qu'Harry ne parle que le Fourchelang et pas le Félilang, avait commenté Weasley, pragmatique.

Cette remarque avait tiré un pauvre sourire à Granger, et lui avait valu un regard assassin de la part du Serpentard, que l'idée de demander de l'aide à Potter n'aurait pas réjoui davantage que celle de requérir le secours de Minerva. Par Merlin, n'y avait-il donc personne ici pour penser à préserver le peu de fierté qu'il lui restait ?

Contre toute attente, la solution était finalement venue de Weasley. Le lundi suivant, alors que Severus lézardait au soleil derrière la fenêtre de la cuisine, la porte de l'appartement s'était ouverte si brusquement qu'il avait manqué tomber du rebord de la fenêtre, surpris par ce tintamarre.

- Hermione, tu es là ? Mione ?! Oh, vous êtes là prof' ! S'était exclamé le jeune homme en déboulant dans pièce.

Severus lui avait jeté un regard sombre, excédé par ce surnom que le rouquin s'obstinait à lui donnait. Pas que le «professeur» courtois et informel de Granger l'emballait davantage, mais dans la bouche de Weasley, ce diminutif avait un goût de familiarité à la limite de l'irrespect très désagréable.

- Hermione n'est pas là ? Avait demandé le jeune homme, curieux.

Granger était partie en courses plus tôt dans la journée, et n'était pas encore rentrée, mais comme Severus n'avait aucun moyen de le lui dire, et que c'était de toute façon sans intérêt aucun, il n'avait pas daigné ouvrir la bouche. Au lieu de cela, il avait considéré d'un regard critique le rouquin vêtu de pied en cape de sa tenue de Quidditch couverte de terre et de poussière, ses cheveux roux plus ébouriffés que jamais, une lueur que Severus ne connaissait que trop bien dans le regard.

La lueur d'excitation qui avait précédé chacun des plus grands coups des jumeaux Weasley à l'époque où ils étaient scolarisés à Poudlard.

- J'ai trouvé la solution ! S'était victorieusement exclamé le Gryffondor en brandissant triomphalement un bocal en verre.

Bocal en verre qui contenait… de l'herbe séchée, manifestement.

De l'herbe à chat, avait réalisé Severus en avisant le dessin digne d'un enfant de trois ans qui représentait une tête de chat sur l'étiquette.

Juste Ciel, cela ne lui disait rien qui vaille !

- J'avais complètement oublié cette création ! Avait expliqué Weasley en posant hâtivement ses affaires de Quiddich sur le dossier d'un chaise. Nous l'avions inventée avec… Avec Fred avant de lancer la boutique, avait-il dit, s'y reprenant à deux fois pour réussir à prononcer le nom de son jumeau.

Severus avait sauté sur la table près du sorcier qui s'était installé à son tour, et avait regardé avec circonspection le contenu peu engageant du bocal. Il ignorait encore de quoi il était question mais pour l'heure, cela ressemblait furieusement à des tontes de gazon qu'on aurait mises à sécher pour faire un pot pourri.

- L'idée était de créer un produit permettant aux animaux d'exprimer à voix haute leurs pensées. Il y a tellement de propriétaires gagas de leur chien ou de leur chat que cela aurait été un véritable carton, à n'en point douter… si cela avait fonctionné, toutefois, avait précisé le jeune homme avec une grimace.

Severus lui avait jeté un coup d'œil de biais, ahuri par cette idée saugrenue. Peut-être, comme le suggérait le rouquin, fallait-il être un ami invétéré des animaux pour trouver une utilité à une telle invention. Ce qu'il n'était clairement pas, à l'évidence. Il trouvait déjà douloureux de devoir supporter les bavardages creux et imbéciles d'une grande partie de ses semblables, alors ajouter sciemment les pensées primitives et décousues de chats et de chiens, très peu pour lui.

- On avait prévu de l'appeler le Chanabis, s'était rappelé le Gryffondor avec un sourire nostalgique. Malheureusement, il n'a rien donné sur les cobayes de l'époque. On avait testé sur Herod et sur le chat du voisin, avait-il expliqué à un Severus de plus en plus atterré. Mais à la réflexion, peut-être n'étaient ils pas les animaux les plus intelligents qui soient, à l'époque…

Severus, qui voyait à présent parfaitement où voulait en venir le rouquin avec son herbe à chat défraîchie, avait de nouveau considéré le contenu du bocal avec une méfiance de circonstance, teintée toutefois d'une lueur d'espoir qu'il avait été incapable de réfréner. Cette pelouse desséchée ne lui rendrait pas sa forme humaine, mais si elle pouvait au moins permettre qu'il retrouve l'usage de la parole, cela serait déjà un grand pas en avant, et lui permettrait de faire avancer plus vite l'élaboration de l'antidote.

- Bon, je ne garantis pas le résultat, avait prévenu Weasley, pragmatique. Mais qui ne tente rien n'a rien, n'est-ce pas ?

C'était à ce moment précis, alors qu'il débouchait le flacon duquel une très forte odeur d'herbe était montée, que la porte de l'appartement s'était ouverte sur Granger, qui revenait de courses. La jeune femme s'était figée en les voyant tous les deux installés autour d'un bocal au contenu douteux, et s'était avancée à leur rencontre avant même de redonner une taille réelle à ses achats.

- Qu'est-ce que vous trafiquez, tous les deux ? Avait-elle demandé, soupçonneuse, en jetant le même regard circonspect au bocal que Severus quelques instants plus tôt.

La Gryffondor avait perdu le peu de couleurs glanées au fil de l'été au fur et à mesure que George lui exposait la situation.

- De quand date ton herbe à chat magique, au juste ? Avait-elle interrogé en fronçant les sourcils.

S'il avait pu, Severus l'aurait remerciée d'avoir posé la question, car la réponse l'intéressait tout autant, si ce n'était plus, considérant que c'était lui qui allait devoir respirer, ou avaler, cette mixture, selon le mode d'administration préconisé par son créateur.

- Je ne sais pas, quelques années ! Avait répondu George, désinvolte. En même temps, c'est de l'herbe à chat, cela ne périme pas, pas vrai ?

Granger avait blanchi davantage, manifestement peu rassurée par cette réponse. Severus avait béni sa fourrure sombre, qui lui épargnait ce genre de désagrément. Il était bien plus facile de rester impassible quand votre peau ne trahissait pas vos émotions, tout bien considéré. Insensible à l'hésitation évidente de sa colocataire, Weasley avait fait apparaître une soucoupe dans laquelle il avait versé un peu de l'herbe ancestrale ou presque. L'odeur s'était faite plus prenante encore, et Severus avait senti ses sens s'aiguiser comme sous l'effet d'un sortilège d'amplification.

- Je ne suis pas certaine que cela soit une bonne idée, avait repris Granger en fronçant les sourcils. Nous avons déjà un accident de potion en cours pour lequel nous n'avons pas de solution, cela ne serait pas le moment d'en ajouter un deuxième à cause d'un produit périmé.

Le regard du rouquin avait oscillé entre sa colocataire plus que réticente, son prototype et le cobaye désigné volontaire, entre les mains duquel il avait finalement remis la lourde décision.

- Prof ? Qu'est-ce que vous en dites ? C'est de votre peau qu'il s'agit, après tout, avait-il plaisanté, amusé.

- George ! Avait grondé Granger, pas le moins du monde amusée, pour sa part.

Hermétique à leurs échanges, lui qui n'avait plus d'yeux que pour ce produit qui semblait l'appeler à grands cris silencieux, Severus s'était approché des tontes de gazon périmées, qui pour l'heure avaient tout du met le plus délicieux dont il aurait pu rêver, tant l'odeur lui montait à la tête.

- Ah tu vois, même le prof a plus confiance en moi que toi ! Franchement, quelle indigne colocataire tu fais, Mione ! S'était exclamé le rouquin, faussement boudeur.

Severus s'était approché de la coupelle appétissante, salivant d'avance du festin qu'il s'apprêtait à faire, sous le regard fébrile et impatient de George et celui plein d'appréhension de Granger.

Il s'apprêtait à lécher les premiers brins d'herbe quand quelque chose l'avait brusquement soulevé de terre, l'éloignant de son repas prometteur.

- Je suis désolée mais non ! S'était exclamée la voix butée de Granger à ses oreilles, le tirant de la transe dans laquelle l'odeur de l'herbe à chat l'avait plongé.

Il avait alors réalisé avec stupéfaction que la jeune femme l'avait kidnappé à moitié, le serrant dans ses bras avec force tout en reculant à plusieurs pas de la table et de la coupelle tentatrice posée dessus. Par Salazar, mais qu'est-ce qu'il lui prenait, à cette petite lionne versatile ?! N'était-ce pas elle qui avait ardemment souhaité trouver un moyen de communiquer pour faciliter les choses ?

- Oh Hermione allez ! Avait plaidé Weasley en lui faisant les yeux doux.

- Hors de question, je ne veux pas prendre le risque que cela empire les choses !

- Mais le prof' est d'accord !

- Eh bien pas moi ! Avait sèchement rétorqué la jeune femme en resserrant sa prise autour de lui, le serrant presque à l'en étouffer. J'ai quand même mon mot à dire sur la question, non ? C'est moi qui m'occupe de lui depuis début juillet. Je feuilletterai les carnets de Fred ce soir, la recette doit toujours s'y trouver. J'irai chercher le nécessaire mardi midi et je la ferai le soir, avait-elle décrété, d'un ton qui n'admettait aucune protestation.

Évidemment, c'était mal connaître le jumeau Weasley.

- Mardi, mardi… avait-il répondu, songeur, en se frottant le menton. Ce n'est pas justement ce mardi où tu as demandé à finir plus tôt pour aller à la dédicace de cet auteur moldu que tu adores ?

Severus avait senti la Gryffondor tiquer, se rappelant sans doute de ce détail qu'elle avait oublié. Il avait considéré presque avec regret la coupelle d'herbe à chat dont elle venait de le priver, songeant que cet imprévu reporterait d'autant la possibilité pour lui de retrouver la parole, et donc de solutionner son problème de fourrure plus rapidement.

La jeune femme avait gardé le silence, en proie à un débat intérieur dont il n'avait pas été dupe quant à l'issue, qui ne serait clairement pas en sa faveur. Entre la rencontre avec l'un de ses auteurs préférés, et le sort du professeur de potions qui l'avait toujours houspillée en cours, le choix serait vite…

- Je ne vais pas y aller, finalement. Il y aurait eu trop de monde, de toute façon, avait lâché la jeune femme, avec un détachement un peu trop appuyé pour être naturel.

Severus avait vu Weasley arquer un sourcil interloqué à ces mots, manifestement surpris, et lui-même n'avait pas résisté à lever son visage vers celui de la jeune femme, qui le tenait toujours étroitement serré contre elle. Notant l'intérêt soudain que lui portaient les deux hommes, la Gryffondor s'était empourprée, et avait seulement alors semblé réaliser qu'elle étreignait le Serpentard avec force, comme si elle craignait qu'on le lui subtilise.

Ses joues avaient pris plusieurs nuances de rouge supplémentaires, et elle avait prestement reposé Severus sur la table _ à bonne distance du bocal d'herbe à chat, toutefois. L'expression plus embarrassée que jamais, elle avait maladroitement lissé son poil ébouriffé par l'étreinte et avait tourné les talons, emportant ses achats dans la cuisine. Du moins c'était sans doute ce qu'elle s'apprêtait à faire, quand elle s'était ravisée, revenant sur ses pas en prenant bien soin de ne croiser ni le regard moqueur du rouquin, ni celui abasourdi de Severus. Ignorant les deux hommes qui la fixaient, elle s'était emparée du pot d'herbe à chat, et Severus avait eu l'intime conviction qu'on ne reverrait pas ce dernier de sitôt.

- Juste pour être sûre, avait-elle précisé comme George s'esclaffait, amusé du peu de confiance qu'elle leur accordait.

Puis elle était sortie de la salle à manger, définitivement cette fois. Severus l'avait suivie du regard, continuant de fixer l'entrée de la cuisine où elle avait disparu même bien après qu'elle soit sortie de son champ de vision. Un étrange sentiment lui vrillait l'estomac, et il était à peu près certain que cela n'avait rien à voir avec l'odeur de l'herbe à chat qui s'accrochait encore à ses capteurs olfactifs. En revanche, le fait que pour la première fois de sa vie, quelqu'un semblait se soucier réellement de lui, au point d'en annuler des projets qui lui tenaient réellement à cœur pour lui donner la priorité, pouvait sans doute susciter ce genre de palpitations du côté de sa cage thoracique.

L'attention du Serpentard était revenue sur Weasley lorsque celui-ci s'était éclairci la gorge, son regard malicieux braqué sur lui.

- Eh bien… Je vais finir par croire qu'elle vous a réellement adopté ! S'était-il exclamé, amusé. Cela fait des semaines qu'elle me parle de cette dédicace, et voilà qu'elle l'annule rien que pour vous ! Si vous voulez mon avis, cela méritera plus qu'une invitation à boire le thé, quand toute cette histoire sera finie !

OoOoO

Hermione s'était trouvée tout à fait idiote en comprenant que Rogue se transformait parfois en véritable chat, la nature de son nouveau corps prenant le dessus sur l'esprit brillant et acéré du sorcier. Elle avait cogité toute la nuit à ce sujet, se repassant le film des semaines où elle avait pensé côtoyer Charbon, et simplement Charbon, et s'était fait la réflexion qu'elle aurait quand même pu se rendre compte que quelque chose clochait chez ce chat plus tôt.

Ce n'était pas la première fois que Rogue basculait du côté félin _ qu'il devait sans doute considérer comme le côté obscur, d'ailleurs, lui qui appréciait avoir rien de moins qu'un contrôle absolu sur tout ce qu'il entreprenait, et surtout sur lui-même.

Les souvenirs s'étaient accumulés au fil des heures qu'elle avait passées à se tourner et à se retourner dans son lit, comme ce jour où Charbon s'était enfui après l'avoir douloureusement griffée au visage, alors qu'il était pourtant doux comme un agneau quelques secondes plus tôt. Sans doute Rogue avait-il repris conscience juste à ce moment-là, et agi dans un réflexe d'auto-défense qui de sa part n'aurait rien eu d'étonnant. Elle ne connaissait pas personnellement le directeur de Serpentard, mais quelque chose lui disait qu'il ne devait pas être de nature très tactile.

De la même façon, elle avait repensé à tous ces moments de jeux avec Charbon, qui l'avait amenée à penser que le chat s'habituait enfin à son nouvel environnement. Quand il avait fait le fou dans la housse de couette qu'elle s'échinait à remettre en place, ou les fois où il lui avait subtilisé l'élastique avec lequel elle s'attachait les cheveux pour jouer avec. Cela expliquait aussi cette passion étonnante pour les cartons, ou cette manie de dormir dans des endroits improbables, dans un pot de fleur ou au fond de la panière de linge sale.

Elle avait plusieurs fois songé que Charbon était schizophrène ou à défaut, qu'il n'avait pas la lumière à tous les étages, mais en réalité, il souffrait simplement d'un petit dédoublement de personnalité. Et dire qu'elle avait pensé qu'il devenait enfin sociable, lors de ces moments de détente et de jeu ! Quelle idiote, vraiment !

Si jusque là elle avait trouvé la situation assez cocasse _ passé le fait qu'elle avait vécu un mois avec Rogue sans le savoir _ cette prise de conscience lui avait fait reconsidérer les choses, en plus de la conforter dans l'idée qu'il était urgent de trouver une solution. Même si elle s'était prise d'affection pour Charbon, et avait été déçue d'apprendre qu'il n'était pas véritablement un chat, elle n'avait pas envie que Rogue se transforme définitivement en félin, aussi adorable était-il lorsqu'il se laissait ainsi aller.

Pour autant, c'était elle qui l'avait empêché d'expérimenter l'herbe à chat magique de George, jugeant la prise de risque trop importante par rapport au bénéfice à en tirer.

Peut-être, aussi, était-elle nerveuse à l'idée que Rogue retrouve la parole. Nerveuse, voire carrément effrayée, avait-elle songé en déglutissant avec difficulté lorsque, le mardi soir venu, elle avait posé avec précaution l'herbe à chat fraîchement préparée qu'elle venait de terminer devant le corps fin et élancé du Serpentard. Ce dernier avait regardé l'assiette contenant la préparation en silence, avant de poser ses yeux d'obsidienne sur Hermione, qui avait changé d'appui, mal à l'aise face à ce regard perçant.

- Bon appétit ! S'était exclamé George, qui se tenait avec eux dans l'arrière-boutique, avec un entrain et un enthousiasme qu'était loin de ressentir sa colocataire.

La jeune femme devait avouer, à sa plus grande honte, qu'elle s'était faite à la présence discrète et silencieuse de Rogue. Elle avait eu beau savoir qu'il n'en restait pas moins cet ancien professeur de potions qui ne l'avait jamais appréciée, tyran des cachots dix mois de l'année sur douze et persécuteur des Gryffondor, elle avait appris à apprécier sa compagnie. Après tout, c'était plutôt agréable, d'avoir un chat qui comprenait réellement ce qu'elle disait !

C'était comme si soudainement, Rogue était devenu cette compagnie indéfectible que l'on se plaît à imaginer parfois, un ami qui saurait écouter sans juger, et qui serait toujours présent peu importe ce qu'il arriverait. Privé de sa langue acérée, l'ancien espion en cochait toutes les cases, même si Hermione culpabilisait quelque peu de le considérer ainsi. Après tout, il ne restait avec elle que parce qu'il n'avait pas le choix, et espérait d'elle qu'elle trouverait la solution à son problème.

Bref. Toujours était-il qu'elle craignait à présent que le Serpentard ne redevienne l'être condescendant et acerbe qu'il avait toujours été avec elle, et cette idée la chagrinait plus qu'elle ne l'aurait pensé. Si tel était le cas, elle pourrait toujours le refourguer à Minerva, bien-sûr, mais cela ne l'empêcherait pas d'être blessée et déçue, elle le savait bien. Hermione s'était toujours attachée trop et trop vite, surtout aux cas désespérés, comme Buck ou Pattenrond, alors forcément, le cas du Serpentard n'avait pu qu'avoir raison de son petit cœur trop sensible.

Rogue avait ignoré tout à fait George et sa plaisanterie, le regard fixé sur elle, et la jeune femme avait senti son malaise s'accentuer, en même temps que la chaleur caractéristique sur ses joues qui lui avait indiqué qu'elle avait de nouveau pris une jolie teinte pivoine. Par Merlin, il allait vraiment falloir qu'elle apprenne à contrôler ses émotions et ses réactions, d'autant plus si le Serpentard restait encore chez eux pour quelques temps, doté de parole qui plus est !

Cela avait été plus fort qu'elle, et elle s'était détournée, faisant mine de ranger son nécessaire à potion, non sans toutefois jeter un coup d'œil par dessus son épaule pour surveiller le déroulé des événements. Lorsque Rogue s'était penché vers l'assiette pour laper les premiers brins d'herbe, elle n'avait pu s'empêcher de fermer les yeux, à défaut de pouvoir fermer ses oreilles, craignant soudain le pire.

OoOoO

Granger avait tenu parole _ même si elle n'avait rien promis, en réalité _ et avait annulé sa dédicace pour se consacrer à la préparation de la potion de Fred Weasley, censée lui permettre de retrouver la parole. Pour le coup, il n'avait pas été mécontent de ne pas pouvoir parler, car cet altruisme à son égard l'avait laissé sans voix, et qu'il aurait été bien incapable de trouver les mots justes pour la remercier.

Le mardi venu, Severus l'avait regardée faire du coin de l'œil, et s'était quelque peu amusé de la voir si nerveuse, alors qu'elle s'affairait ainsi sous son regard, à croire qu'elle était de nouveau entrain de passer un examen. Elle lui avait lancé plusieurs coups d'œil fébriles, dans cette attitude d'appréhension grandissante teintée d'un émoi certain qu'il connaissait bien, et qu'il avait toujours pris un malin plaisir à porter à son paroxysme lors de chaque passage d'examen à Poudlard au fil des dernières années.

Le souvenir de la conversation surprise à propos du fantasme de la Gryffondor à son sujet lui était revenu en mémoire à cet instant précis, et l'idée que, peut-être, la jeune femme était d'autant plus nerveuse du fait de cette attirance pour lui l'avait brièvement effleuré, avant qu'il ne la repousse tout au fond de son esprit. Ce n'était pas le moment de se laisser déconcentrer par ce genre de pensées futiles.

Deux heures plus tard, la jeune femme avait déposé une coupelle pleine d'une herbe fraîchement imbibée de Chanabis devant lui. Severus avait lu l'anxiété et l'appréhension dans son regard ambré, juste avant qu'elle ne se détourne, manifestement incapable de soutenir son regard. Il avait froncé les sourcils, ne comprenant pas cette angoisse persistante dans ses yeux alors même qu'elle venait d'achever la potion sans heurt, jusqu'à ce qu'il ne réalise que c'était le retour de sa voix qu'elle redoutait.

Cette prise de conscience l'avait troublé plus que de raison, alors qu'il l'observait s'affairer à ranger son plan de travail, de cette façon minutieuse et perfectionniste qu'elle avait déjà lorsqu'elle était en salle de classe. A la réflexion, il voyait mal comment il aurait pu en être autrement. De toute temps, il s'était toujours montré odieux avec la jeune femme, et même les premiers jours sans sa voix n'avaient pas été très heureux, quelques semaines plus tôt. Le souvenir du visage balafré par la trace de ses griffes s'était imposé à lui, ravivant la culpabilité qui l'avait alors étreint.

Il avait considéré la préparation disposée dans la soucoupe devant lui, bien plus appétante que celle que lui avait proposée Weasley le week-end précédent, appréciant une fois de plus l'attention qu'avait eue la Gryffondor à son égard en refusant qu'il ingère un produit vieux d'au moins cinq ans d'âge.

L'importance de veiller aux premiers mots qu'il prononcerait si cette potion fonctionnait lui était alors apparue clairement _ et il avait beau exécrer les jumeaux Weasley, il y avait fort à parier pour que leur invention fonctionne, puisqu'ils n'avaient jamais autant excellé que dans le domaine des produits fallacieux. De fait, s'il ne voulait pas dégrader ses liens avec Granger dans les prochaines secondes, il allait devoir surveiller sa langue acérée, ce qui n'était pour lui pas chose aisée.

Sur cette belle résolution, il avait avalé quelques brins d'herbe ensorcelés.

Le goût frais et légèrement citronné avait explosé dans sa bouche, saturant toutes ses papilles à la fois. S'il avait été possible de les contrôler à cet instant, nul doute que ses taux de sérotonine et de dopamine auraient pulvérisé tous les records, tant il avait eu l'impression d'être submergé par une vague de bonheur et d'énergie.

A côté de lui, Weasley ne contenait plus son impatience.

- Alors, alors ? Comment vous vous sentez ? Faites que cela marche, s'il vous plaît ! Imaginez, on pourrait le commercialiser pour les animagi ou pour les créatures magiques douées d'intelligence comme…

- Pour l'amour du Ciel, Weasley ! Ne la mettez-vous donc jamais en veilleuse ?! Vous devriez plutôt songer à inventer une potion de mutisme pour les bavards invétérés dans votre genre ! S'était vertement exclamé Severus, excédé.

Un silence stupéfait et ébahi avait suivi ces mots, qui malgré leur acidité évidente, avaient eu le mérite de réduire au silence le rouquin. Severus avait tiqué en réalisant qu'il venait de faire l'exact opposé de ce qu'il avait prévu, et avait tourné son regard vers Granger qui s'était raidie près de son plan de travail déjà impeccable.

Chassez le naturel, et il revient au galop !

- Ahah, je savais bien que cette invention fonctionnerait un jour ou l'autre ! S'était vivement réjoui le jeune Weasley, qui n'avait pas semblé affecté le moins du monde par la remarque acerbe à son égard. Je prends toutefois bonne note de votre suggestion qui serait un excellent complément à notre potion de Chasse-tracas ! Prof ?

Severus n'avait pas répondu. En réalité, il n'avait même pas écouté. Son attention était pour l'heure entièrement tournée vers Granger, qui avait fini par se retourner pour lui adresser un piètre sourire, peu convaincant et très vacillant, qui n'était pas monté jusqu'à ses yeux encore pleins d'appréhension et déjà chargés de déception.

Par Salazar, pourquoi ne parvenait-il jamais à se taire quand il le fallait ?

- C'est une excellente nouvelle que cela fonctionne, avait-elle dit avec un enthousiasme forcé, son sourire se faisant plus crispé encore que précédemment. Je vais euh… remettre les feuilles de l'arbre de Beth au frais et chercher les notes pour la potion d'animalité, et je reviens, avait-elle dit précipitamment, prenant le premier prétexte venu pour s'éclipser.

Sans leur laisser le temps de répondre, elle s'était emparée du panier contenant les dites feuilles et était sortie de l'arrière-boutique dans le même temps sous le regard impuissant du Serpentard. Par Merlin, elle avait eu l'air moins déçu lorsqu'elle avait appris qu'il n'était pas un véritable chat ! Avait-il songé, amer.

Les pas de la jeune femme avaient résonné dans l'escalier, et le Serpentard avait senti un étrange sentiment lui vriller l'estomac à l'idée que la Gryffondor allait de nouveau prendre ses distances avec lui, de peur sans doute de se faire lapider de remarques cinglantes.

Il ne voulait pas que Granger le déteste.

Cette pensée s'était imposée à lui avec une force et une certitude étonnantes dont il était peu familier. Lui qui de tout temps avait toujours pris soin de boucler son cœur et ses émotions à double-tour, n'était pas coutumier de ce genre d'élan d'empathie ou de sociabilisation. De la même façon qu'il avait été incapable de s'empêcher d'aller la voir le soir où elle était rentrée en larmes de son rendez-vous galant pas-si-galant, il avait filé vers le premier étage avant même de l'avoir pleinement décidé.

- Hey, ne partez pas ! Il faut absolument que vous me racontiez comment s'est passée votre métamorphose ! avait appelé Weasley derrière lui.

Inutile de dire que Severus ne s'était pas attardé pour lui répondre, alors même qu'il avait longtemps attendu le moment de pouvoir enfin récupérer sa voix.

Il avait monté quatre à quatre les marches menant à l'appartement et s'était faufilé à la suite de Granger qui venait d'y pénétrer, passant in-extremis par l'entrebâillement de la porte qu'elle avait manqué refermer sur lui.

- Faîtes un peu attention ! avait-il vivement protesté en bondissant de côté, tous ses poils se hérissant aussitôt.

Granger avait poussé un hoquet de surprise en sursautant violemment, lâchant dans le même temps le panier de feuilles d'arbre de Beth qui s'était répandu en une véritable pluie de végétation.

- Oh pardon ! s'était-elle exclamée, mortifiée, en réalisant qu'elle avait manqué le couper en deux dans la porte. Je ne vous ai pas entendu remonter.

L'une des feuilles de l'arbre de Beth avait fini sa course sur le museau de Severus, le faisant loucher puis éternuer brusquement, avec une telle force qu'il avait reculé d'un pas. Lorsqu'il avait relevé son regard larmoyant vers Granger, cette dernière le regardait avec une appréhension évidente, toutefois teintée d'une lueur attendrie qui avait piqué l'ego du Serpentard. Par Merlin, quelle plaie d'être coincé dans un corps aussi ridicule et mignon !

- Je, euh… C'est une bonne chose vous ayez retrouvé votre voix, avait-elle dit comme le silence menaçait de s'étirer entre eux. Cela sera plus facile pour avancer dans le protocole de votre potion, avait-elle ajouté en détournant le regard, pragmatique.

Cela faisait à peine trois minutes qu'il pouvait de nouveau parler, et déjà elle n'interagissait plus avec lui de la même façon que précédemment, avait-il noté avec amertume.

En réalité, il ne tenait qu'à lui de faire en sorte que les choses ne se dégradent pas entre eux. Malheureusement, pour lui qui n'avait jamais été très expressif, ni très doué dans tout ce qui impliquait d'être ouvert et de faire preuve de tact, cela était plus facile à dire qu'à faire.

- Vous avez réalisé un travail très correct aujourd'hui, Miss Granger. J'ai bien fait d'insister pour que cela soit vous qui prépariez l'antidote.

Etait-il utile de préciser qu'il n'avait jamais été doué pour les remerciements non plus ? A l'évidence, non. Auquel cas, il aurait pu simplement la remercier, comme toute personne normalement constituée l'aurait fait. Lui témoigner de sa gratitude pour toutes ces semaines où elle avait pris soin de lui, pour ne pas l'avoir mis à la porte malgré la découverte de sa véritable identité, et pour la dédicace qu'elle avait annulée dans le seul but de lui offrir une version fraîche de la potion de Weasley.

Mais seuls ces mots étaient sortis, qui ne ressemblaient en rien à des remerciements, il en était conscient. Néanmoins, le jeune femme n'avait pas semblé s'en offusquer. Son visage sans fard s'était fendu d'un sourire timide mais sincère, qui avait cette fois gagné ses yeux, et desserré l'étrange étau autour du cœur de Severus.


Alors, je ne vous avais pas menti en parlant d'un tournant de taille dans le quotidien de notre Severus adoré, n'est-ce pas ? =)

A côté de ça, avouez, vous les propriétaires de chat indignes (dont je fais partie bien-sûr xD ) : qui ne s'est jamais dit qu'il manquait une case à son chat, quand on les voit se contorsionner pour dormir dans des espaces étriqués, ou jouer avec des objets incongrus plutôt qu'avec tous les jouets qu'on s'évertue à leur acheter ? T.T

Bonne journée à vous, à dimanche ! ;)