Hello !
A priori Severus Jaloux à fait l'unanimité dans le précédent chapitre =) Voyez que vous aimez le voir galérer ce pauvre petit xD
Je vous laisse découvrir la fameuse soirée "entre filles" d'Hermione ;) Bonne lecture à vous !
Rar :
Guest (1) : Ahah c'est la stratégie du bâton et de la carotte, tout est question de dosage ! :p J'adore les instants de frustration, même quand je suis lectrice ! :p Je sais que je vais passer des heures ou des jours à cogiter sur la suite, ça rallonge le plaisir ! J'espère que ce chapitre te plaira tout autant, la fin est dans le thème mignonnerie aussi :p Bonne lecture à toi, merci pour ta fidélité !
Guest (2) : Et oui ça avance doucement mais sûrement, d'autant plus dans ce chapitre. L'épineuse question de la prise de conscience arrive :p
Cela faisait des jours qu'elle attendait cette soirée et pourtant, à présent qu'elle y était, Hermione n'avait plus qu'une envie: rentrer chez elle.
Elle s'était pourtant enthousiasmée quand elles avaient planifié cette sortie avec Ginny et Luna, quelques jours auparavant, et s'était réjouie quand Tonks avait réussi à négocier avec son cher et tendre pour lui faire garder Teddy et ainsi se libérer. Lorsque l'auror avait annoncé qu'elle viendrait avec l'un de ses collègue nouvellement arrivé dans la région _ «Super sympa, canon, et célibataire », avait précisé la métamorphomage , elle s'était même prise à espérer que peut-être, cette rencontre serait la bonne. Hermione ne croyait pas au prince charmant, bien sûr, mais cela ne l'empêchait pas de croire un peu en sa bonne étoile.
L'épouse de Rémus n'avait pas menti sur le jeune homme qui l'accompagnait. Edwin, tel était son nom, s'était trouvé être un sorcier fort sympathique. Originaire de Cardiff, il avait raconté plusieurs anecdotes sur son pays natal durant le dîner au restaurant, où il avait semblé être décidé d'avance qu'Hermione serait assise aux côtés du bel Irlandais. Courtois et bien élevé, ce dernier s'était intéressé à la vie et aux activités de chacune des sorcières qui l'accompagnaient, sans chercher à fanfaronner ni à impressionner la galerie.
Comme Tonks l'avait dit, il n'était pas non plus désagréable à regarder, étant doté d'un physique de rugbyman, sport qu'il avait longtemps pratiqué dans un club moldu et qu'il espérait poursuivre sur le sol anglais. Hermione n'était pas une grande férue de sport, mais à choisir, elle préférait un mordu du ballon oval que de la petite baballe dorée qui avait longuement empli les conversations avec Ron du temps où elle vivait avec le rouquin. Le Rugby, c'était bien mieux que le Quidditch !
Et pourtant, la jeune femme était ailleurs. Malgré la conversation et le sourire charmant du dénommé Edwin, elle ne parvenait pas à écouter avec un véritable intérêt ce qu'il racontait, et ne cessait de rêvasser. Son attention se perdait sur les tables avoisinantes plutôt que sur les muscles bien dessinés de son voisin de table, qui attiraient pourtant les regards gourmands des filles de la table proche de la leur, qui ne cessaient de lui jeter des coups d'œil peu discrets et de pouffer de façon marquée.
Un brusque coup de pied dans sa cheville l'avait faite sursauter au moment où son regard se portait sur un homme brun aux cheveux mi-longs assis un peu plus loin dans le restaurant, qui avait attiré son attention et fait battre plus vite son cœur de façon inexplicable. La Gryffondor avait ramené son attention sur la table, pour croiser les regards insistants de Ginny et de Tonks assises en face d'elle. Les deux sorcières lui avaient fait de gros yeux, avant de désigner d'un hochement de menton pas très discret Edwin, qui était entrain de remplir galamment le verre d'eau de Luna.
- Alors, qu'est-ce que tu fous ? Avait-elle lu sur les lèvres d'une Ginny particulièrement fébrile.
Heureusement, le serveur lui avait permis de botter en touche en apportant les desserts, lui donnant ainsi une bonne excuse pour se concentrer sur son assiette, non sans toutefois avoir lancé un nouveau coup d'œil vers l'homme brun qui se trouvait quelques tables plus loin. Ce dernier avait relevé la tête pour répondre à la personne face à lui, dévoilant plus précisément son visage à la jeune lionne, qui s'était sentie étrangement déçue en réalisant ce qu'elle savait pourtant déjà.
Il ne s'agissait pas de Severus Rogue.
Par Gryffondor, mais que lui arrivait-il ? Depuis presque deux heures qu'elle avait quitté l'appartement, laissant derrière elle la petite silhouette sombre de Charbon, son esprit ne cessait de revenir vers le Serpentard. Vers le Serpentard, et vers les derniers mots qu'il lui avait adressés avant qu'elle ne parte.
«Au cas où personne n'aurait le bon sens de vous le faire remarquer ce soir...Vous êtes splendide. Il faudrait être complètement idiot pour ne pas le remarquer. .»
Avait-elle bien entendu, ou complètement rêvé cette phrase ? Deux heures après avoir quitté l'appartement, elle commençait sérieusement à se demander si elle n'avait pas simplement tout imaginé, laissant son fantasme d'étudiante revenir en force à la faveur de la bonne entente qui s'était installée avec le directeur de Serpentard.
- Hey, tu nous écoutes là ou pas ? Non mais je rêve, elle ne nous écoute même pas ! Tu le crois ça ?
- C'était bien la peine que j'invite Edwin à se joindre à nous !
Les voix exaspérées de Ginny et de Tonks avaient tiré Hermione de ses réflexions alors qu'elles cheminaient vers le cinéma dans le quartier populaire d'Islinghton, qui jouxtait celui de la gare de King Cross. Luna et Edwin ouvraient la marche, le jeune homme prêtant une oreille attentive et polie aux récits de la Serdaigle concernant son article en cours pour le journal de son père, à propos de Dieu sait quelle créature farfelue connue d'elle seule.
- Je vous écoute, avait protesté, un peu mollement, la Gryffondor.
Ses deux amies l'avaient gratifiée de regards accusateurs, sachant pertinemment que c'était faux.
- Tu parles, cela fait cinq minutes qu'on te demande ce que tu as à reprocher à ce pauvre homme et tu es complètement dans la lune ! Tu t'es embrouillée avec George ? Avait demandé Ginny, qui s'assurait régulièrement que son grand frère traitait sa meilleure amie comme il le fallait.
Cette hypothèse avait laissé Hermione tellement ahurie qu'elle n'avait pas répondu immédiatement, prenant le temps de réfléchir à ce qui avait bien pu mener son amie à une telle supposition. Sa colocation avec George se passait tellement bien qu'elle n'avait pas songé un seul instant à ce que la jeune Weasley puisse mettre sa rêverie manifeste sur le compte d'un quelconque souci avec son frère.
- Non, non, tout va bien avec George.
Puis, comme les deux sorcières l'observaient toujours avec curiosité, dans l'attente d'une explication à sa distraction évidente, elle s'était sentie obligée d'ajouter, un peu à court de prétexte plus recevable.
- C'est juste que j'ai laissé mon chat tout seul et qu'il n'est pas habitué, j'espère que tout va bien à la maison, avait-elle menti, à moitié du moins.
Après tout, Charbon était bel et bien tout seul à l'appartement. Au détail près qu'il ne s'appelait plus Charbon, mais Severus, et qu'il se fichait complètement d'être seul ou non. Et qu'elle ne s'inquiétait pas réellement pour lui non plus, bien sûr. Disons simplement qu'elle ne parvenait pas à s'ôter son regard de la tête, et que les derniers mots qu'il avait prononcés la hantait depuis le début de la soirée. Évidemment, il n'était pas question d'expliquer tout ceci aux filles.
Ginny avait levé les yeux au ciel, exaspérée, tandis que Tonks laissait échapper une exclamation atterrée, à croire que son amie était véritablement un cas désespéré.
- Enfin Hermione c'est un chat ! Tu ne t'embêtais pas autant avec Pattenrond ! Avait dit Ginny en secouant la tête, sidérée.
- Je sais mais… Charbon est particulier, il n'est pas… aussi débrouillard que Pattenrond, avait-elle expliqué, cherchant un argument susceptible de la sortir du pétrin sans en dire trop.
- Oui eh bien, à cette heure, il doit être endormi sur le canapé dans votre appartement, que veux-tu qu'il lui arrive, hein ?
- Tu ne vas pas louper ta chance avec le potentiel homme de ta vie pour un chat ! Avait ajouté Tonks. Regarde, Edwin a tout pour plaire en plus ! Il est beau, il est intelligent et il écoute même Luna raconter ses histoires à dormir debout ! Si ce n'est pas une preuve qu'il est patient et bienveillant !
Hermione avait considéré sans grande conviction le jeune homme qui ouvrait la marche devant elles. Elle ne pouvait nier qu'il n'était pas dénué de qualités, de prime abord du moins, car il était bien trop tôt pour affirmer quoique ce fut, considérant qu'elle ne l'avait rencontré qu'en début de soirée. Néamoins…
- Je ne sais pas, je n'ai pas de feeling particulier avec lui, avait-elle dit en haussant les épaules, clairement pas enthousiaste à l'idée de faire plus ample connaissance avec le sorcier.
- Tu es sérieuse là ? S'était exclamée Tonks, un brin indignée, à croire qu'elle le prenait personnellement puisque c'était elle qui avait convié le jeune homme à la soirée. Il est parfait pour toi !
- Je n'ai jamais dit que je voulais absolument me remettre en couple ! S'était défendue la jeune femme en levant les yeux au ciel, un brin agacée par cette insistance.
- On avait dit que cela te ferait du bien de rencontrer d'autres personnes ! Avait protesté Ginny. Tu ne vas pas vivre dans le souvenir de Ron toute ta vie, cela fait déjà huit mois que vous n'êtes plus ensemble ! Sans même parler de tout ce temps où cela n'allait déjà plus entre vous !
Hermione s'était assombrie et avait lancé un regard de biais à son amie, indisposée par cette dernière précision qu'il n'était clairement pas nécessaire de rappeler.
- Je ne vis pas «dans le souvenir de Ron», avait-elle répliqué en retour, un peu plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu. D'ailleurs, je commence même parfois à me demander comment nous avons pu tenir si longtemps…
- Hallelujah ! Enfin une parole censée !
- … mais je peux très bien vivre pour moi sans vouloir me caser absolument ! Avait fini Hermione, gratifiant la rouquine d'une nouvelle œillade noire, exaspérée de son intervention.
- Certes, avait concédé celle-ci, bon gré mal gré.
- Vous êtes entrain de me dire que j'ai fait venir Edwin pour rien ? S'était lamentée Tonks, à qui l'idée de jouer aux entremetteuses semblait tenir à cœur.
- Peut-être pas. Luna a l'air de le trouver à son goût, avait répondu Hermione en haussant les épaules, désignant la Serdaigle qui les précédait avec un sourire amusé.
La métamorphomage avait regardé la sorcière blonde d'un air dubitatif.
- Tu crois ? A mon avis, elle est surtout contente d'avoir quelqu'un qui écoute ses histoires alambiquées sans la contredire, peu importe de qui il s'agit.
- C'est fort probable, avait pouffé Ginny, amusée par ce pragmatisme. Entre Luna qui se contente d'un simple auditeur et Hermione qui va finir seule avec son chat et mon idiot de frère comme coloc', ce n'est pas demain la veille qu'on aura des histoires croustillantes à se raconter ! Avait déploré la jeune femme en soupirant.
OoOoO
Hermione aurait été bien en peine de raconter le film qu'elle était allée voir avec ses amies, _ et avec le bel Edwin, qui semblait définitivement avoir des atomes crochus avec Luna, si bien que la Serdaigle allait peut-être finir en couple avant elle, finalement _ car elle n'avait pas suivi grand-chose de la projection, en réalité.
Sans doute le scénario aurait-il pu trouver grâce à ses yeux, si son esprit n'avait été autant accaparé par la pensée d'un certain Serpentard resté seul chez elle. Les dialogues creux ne valaient pas les échanges piquants qu'elle pouvait avoir avec lui, à la faveur d'un débat sur la magie, d'une divergence de point de vue sur un protocole à suivre, ou tout autre sujet qui les menait à ces petites joutes verbales qui ponctuaient ses journées depuis le milieu de l'été.
L'acteur qui tenait le rôle principal de cette comédie romantique, sans doute choisi pour encenser la foule _ et notamment le public féminin _ n'avait pas l'élégance ni la prestance d'un certain sorcier de sa connaissance, dont le seul souvenir du regard sombre posé sur elle avait suffi à faire frémir la jeune femme dans la pénombre de la salle obscure. Même la voix du personnage lui avait semblé incommodante à l'oreille, c'était dire ! Elle préférait, et de loin, les harmoniques sombres et basses de la voix de Severus et…
Oh, Doux Merlin, mais à quoi diable était-elle entrain de penser ?!
Cela faisait pourtant des années qu'elle avait cessé de fantasmer sur son professeur de potions. Évidemment, le fait d'avoir quitté Poudlard et de ne plus l'avoir sous le nez quotidiennement y avait grande aidé, bien sûr, mais elle pensait quand même être passée outre, depuis le temps ! Et puis, même si Severus Rogue vivait présentement chez elle, il ne fallait pas oublier qu'il était actuellement coincé dans le corps d'un chat ! Un magnifique chat, certes, mais un chat quand même ! Elle ne pouvait décemment pas fantasmer sur un chat, si ? Pour sa défense, sa fourrure d'un noir profond était d'une douceur sans égal, et donnait envie d'y plonger les doigts rien qu'à la regarder. Si les cheveux du Serpentard étaient aussi doux au toucher lorsqu'il avait sa forme humaine que l'était sa fourrure sous sa forme de Charbon, alors elle était prête à…
Hermione avait retenu un gémissement mortifié en réalisant brusquement la direction qu'avaient prises ses pensées, s'attirant sur elle les regards étonnés de ses amis et quelques grommellements contrariés de la part des autres spectateurs requérant le silence pendant la séance.
- Tout va bien ? Avait gentiment demandé Edwin sur sa gauche.
- Oui, oui, merci, avait-elle répondu d'une voix blanche en s'enfonçant davantage dans son fauteuil, songeant qu'elle allait vraiment passer pour une folle à lier.
Néanmoins, à présent que le doute s'était immiscé dans son esprit, il ne l'avait plus quittée, l'empêchant de suivre la fin du film qui, à l'évidence, ne dénotait pas du scénario classique en happy end de ce genre de comédie romantique. Si jamais on lui posait la question, il lui suffirait de dire que le personnage féminin avait fini avec le beau gosse du casting, comme l'on pouvait s'en douter après les cinq premières minutes du film.
Dans l'immédiat, Hermione avait une question d'autant plus épineuse à résoudre.
Comment pouvait-elle avoir développer un tel béguin pour Severus Rogue ?
La réponse était simple, en réalité. Elle fantasmait déjà sur son professeur en huitième année, alors même qu'il était partial et acerbe avec elle. Alors à présent qu'il partageait son quotidien, et se montrait, sinon aimable, du moins courtois, il était évident qu'elle ne pouvait que retomber sous son charme, puisqu'il était indéniable, de son point de vue du moins, que le Directeur de Serpentard était doté d'un charme fou.
Déjà à l'époque, il lui était arrivé de se demander comment pouvait être Severus Rogue en dehors d'une salle de classe, et elle avait à présent la réponse. Les débats animés concernant des intérêts communs avaient remplacés les longs silences austères et malaisants, et son regard sombre déjà si envoûtant à l'époque l'était d'autant plus à présent qu'il était dépourvu de condescendance. Quant aux remarques assassines et désobligeantes qui avaient longtemps constitué les seules marques d'intérêt qu'il lui avait portées en cours, eh bien… le compliment reçu plus tôt en début de soirée tournait en boucle dans son esprit, définitivement plus appréciable.
Hermione avait beau s'être fait la réflexion, quelques jours plus tôt, que la confiance qu'il lui accordait en lui confiant la préparation de l'antidote valait tous les compliments, à présent qu'elle avait entendu ces mots de sa bouche, elle réalisait seulement à quel point elle s'était voilée la face. Elle ne cessait depuis de se repasser la scène, s'imaginant, l'obscurité de la salle de projection masquant le rouge qui colorait ses joues, lui entendre dire ces mêmes mots lorsqu'il aurait retrouvé son apparence originelle. Il était assurément plus grand qu'elle, ce qui l'obligerait à baisser la tête vers son visage pour lui souffler ces quelques paroles de cette voix basse et soyeuse qu'elle aimait tant. Elle se laisserait envelopper par son aura sombre et impérieuse, qui irradiait la puissance et le contrôle de soi, et se perdrait dans ses yeux d'obsidienne si…
- Hermione, allez, debout ! Le film est fini ! Avait cru bon de lui rappeler Ginny, impatiente, comme sa meilleure amie ne se décidait pas à se lever pour sortir.
La Gryffondor avait sursauté, reprenant brusquement pied avec la réalité. Les lumières de signalisation s'étaient rallumées dans la salle, et le plus gros des spectateurs était déjà sorti. Luna et Edwin remontaient déjà l'allée vers les double portes, tandis que Ginny et Tonks attendaient impatiemment que leur amie daigne se lever pour dégager le passage, talonnées par plusieurs autres personnes qui semblaient à deux doigts de sortir par l'autre côté de la rangée de sièges capitonnés.
- C'est déjà fini ? S'était-elle étonnée, confuse.
- Oui, allez, on s'en va ! L'avait pressée Ginny. George a versé quelque chose dans ton jus d'orange ce matin ou quoi ? Tu es vraiment à la ramasse ce soir !
Hermione n'avait pas répondu, bénissant la pénombre ambiante de cacher si habilement la rougeur persistance sur ses joues. Les trois sorcières avaient rejoint leurs amis à l'extérieur, et l'air frais avait fait un bien fou à la jeune femme. Lorsque Edwin avait proposé de prolonger la soirée en allant boire un verre, et que ses amis avaient accepté avec enthousiasme, la demoiselle avait freiné des quatre fers, signalant qu'elle avait déjà atteint son niveau de sociabilisation maximum pour la journée.
- Comment ça tu rentres ? S'était indignée Tonks, qui commençait à prendre le désintérêt manifeste de la brunette personnellement.
- Je suis fatiguée, avait argué Hermione en étouffant un bâillement à peine exagéré.
- Tu dormiras demain, vous n'ouvrez pas à dix heures le matin ?
- Si, mais je préfère rentrer quand même, j'ai… oublié de nourrir Charbon, avait-elle menti à nouveau en battant en retraite, amorçant déjà son départ anticipé.
Tonks et Ginny avaient échangé un regard, tâchant de déterminer la crédibilité de cette excuse. Puis la rouquine avait haussé les épaules, signifiant ce qu'elle pensait de la chose, et Hermione avait retenu un soupir soulagé en comprenant qu'elle pourrait rentrer chez elle sans avoir à argumenter davantage. De fait, elle avait chaleureusement embrassé ses trois amies, et même Edwin qui semblait désormais faire partie de leur petite bande à part entière, et avait rejoint une ruelle adjacente pour transplaner.
Restées derrière elle, Ginny et Tonks l'avaient regardée s'éloigner avec une circonspection évidente.
- Tu crois qu'elle aurait rencontré quelqu'un et qu'elle ne nous l'aurait pas dit ? Avait demandé Tonks, perplexe.
- Je n'en sais rien, avait répondu la rouquine en secouant la tête, aussi interdite que son amie. George me l'aurait dit, non ? Il faut bien que cela serve à quelqu'un chose, que mon frère vive en coloc avec ma meilleure amie !
- Ou alors elle sort avec George et elle n'a pas osé te le dire ! Avait ricané la métamorphomage, railleuse.
Ginny avait grimacé à cette idée, manifestement peu emballée à la perspective que sa meilleure amie se remette en couple avec un autre de ses frères, et pas le plus modèle d'entre eux.
- Une chose est sûre, elle ne sait pas mentir, avait-elle commenté, pragmatique.
OoOoO
Lorsque Severus s'était réveillé, au petit matin, il avait mis quelques instants à se rappeler où il se trouvait.
La veille au soir, après le départ de Granger, il avait tourné en rond un moment, incapable de s'endormir, lui qui pourtant enchaînait les siestes et les nuits à rallonge depuis sept semaines. La Gryffondor lui ayant expliqué le fonctionnement de la télévision, et de la télécommande qui allait avec, il avait fini par allumer l'engin moldu, alors même qu'il avait assuré à la jeune femme qu'il n'en ferait jamais usage.
L'espace d'un instant, il s'était demandé comment se passait la soirée «supposée entre amies» de la sorcière, avant de se rappeler qu'il n'en avait rien à faire. Il avait mangé quelques morceaux du poulet à la crème que Granger lui avait laissé dans la cuisine, gardé à température par un sortilège de conservation, tout en se demandant ce qu'elle pouvait bien être entrain de dîner de son côté, dans le restaurant où elle devait retrouver ses «prétendues amies». Puis il s'était souvenu que cela lui importait peu.
De fait, il s'était roulé en boule dans le canapé du salon, s'intimant à repousser le sentiment de solitude qui, contre toute attente, menaçait de l'assaillir. Severus n'avait pas souvenir de la dernière fois où il s'était senti seul. La solitude subie lors de son adolescence avait fait de lui un adulte solitaire, si bien qu'il avait fini par apprécier l'isolement, et la tranquillité, que sa vie à Poudlard avait amené avec elle.
Seulement… cela faisait à présent plus d'un mois et demi qu'il vivait chez Weasley et Granger. Un mois chez eux, et trois semaines avec eux, pour être précis. Depuis que les deux jeunes gens avaient découvert sa véritable identité, ils l'avaient intégré à leur quotidien comme s'il faisait partie à part entière de leur colocation. Il participait souvent aux conversations _ même s'il s'agissait en général d'apporter un point de vue plus sarcastiques aux discussions _ et passait une bonne partie de ses journées avec eux à la boutique, quand il ne dormait pas. Weasley le laissait toujours regarder la télévision avec lui en faisant semblant de ne pas remarquer qu'il suivait les films et autres séries qu'il dénigrait pourtant sans vergogne, et Granger prenait le temps de lui tourner les pages de son livre lorsqu'il souhaitait lire quelque chose.
En réalité… il avait pris goût à cette vie, sinon en famille, du moins en colocation. Sept semaines de cohabitation avec deux de ses anciens élèves avaient réussi à balayer en un rien de temps vingt ans de solitude, et il ne s'en rendait compte qu'à présent que les deux jeunes gens étaient sortis. Cette prise de conscience l'avait ébranlé plus que de raison, et avait repoussé un peu plus le sommeil qui tardait à le trouver.
Heureusement, Weasley était rentré de son entraînement peu après, ce qui lui avait évité de trop cogiter à ce sujet.
- Vous êtes tout seul ? Avait demandé le jeune homme après s'être débarrassé de sa tenue couverte de terre et de poussière. Ah oui c'est ce soir qu'Hermione sortait avec Gin' et les filles, c'est vrai ! Et avec le bel «Edwin» dont on ne cesse de me rabâche les oreilles ! S'était-il exclamé en levant les yeux au ciel.
Severus s'était raidi sans trop savoir pourquoi. Apprendre que cette soirée entre filles n'en était pas réellement une n'aurait pas dû le préoccuper, et pourtant il avait senti la même jalousie que celle qui l'avait déjà étreint en début de soirée refaire surface.
Inconscient de son trouble, le rouquin avait poursuivi, croquant avec appétit dans le sandwich en triangle qu'il venait de sortir du frigidaire, et avalé en trois bouchées. Par Salazar, tous les joueurs de Quidditch étaient-ils des ogres comme le fils Weasley ?
- Je pense vraiment que ce n'est pas une bonne idée de lui présenter un énième auror ! Franchement, il a beau ne pas être dans le même service que Ron, cela n'empêche qu'il doit être fait du même moule. Ces mecs là ne savent pas s'amuser, et ils ont la même créativité qu'une notice de montage de meuble ! Avait raillé le jeune homme, moqueur. Hermione mérite autre chose que cela, vous n'êtes pas d'accord ?
A ce stade, Severus avait été trop saisi pour répondre, et de toute façon, le Chabanis du début de soirée ne faisait plus effet. Il avait regardé le rouquin, un brin interdit par cette conversation sur le prétendant idéal qu'il fallait à Granger, pas certain d'en avoir quelque chose à faire, et incapable toutefois de se départir de cette contrariété sous-jacente qui l'avait envahi en apprenant qu'il y avait bien un «il» dans la soirée entre filles de la jeune femme.
- Bon, je vais prendre ma douche. Je vois que vous avez allumé la télé finalement. On y prend goût, à ces inventions moldues, n'est-ce pas ? Promis, je ne dirais pas à Hermione que vous avez passé votre soirée à flemmarder devant un film ! Avait-il plaisanté en lui adressant un clin d'œil complice.
Le rouquin avait filé sous la douche, où il était resté un long, très long moment. Un si long moment que Severus en avait perdu la notion du temps. Lorsqu'il avait repris ses esprits, il était entrain de jouer avec les lacets des chaussures pleines de terre que le jeune homme avait laissées sécher dans l'entrée. Cela l'avait tellement horrifié qu'il avait frémi de dégoût, avant d'aller boire de longues gorgées d'eau fraîche pour rincer sa bouche. Puis, comme son poil était quelque peu poussiéreux du fait de ce regrettable instant de distraction, il avait entrepris une toilette complète qui l'avait occupé un long moment… jusqu'à qu'une détonation ne retentisse soudain au loin, l'interrompant dans son toilettage minutieux.
Severus s'était figé, tendant l'oreille, tâchant de déterminer la nature de ce bruit assourdissant qui l'avait fait se crisper tout entier. Il était pourtant à peu près certain que la présentatrice météo n'avait pas annoncé d'orage pour la soirée…
Une nouvelle détonation avait retenti quelques secondes plus tard, suivi d'une deuxième, puis d'une troisième, avant qu'une série complète d'explosions ne résonne dans le ciel écossais.
Un feu d'artifices.
Severus s'était vaguement souvenu s'être fait cette réflexion avant que les instincts de survie de Charbon ne prennent le dessus. Aiguillonné par le bruit assourdissant et terrifiant, le félin au fond de lui avait repris les rênes, et s'était précipité vers son abri de prédilection, la chambre de Granger. Malheureusement, la porte en était fermée, si bien que Severus s'était une fois de plus retrouvé sous le buffet du salon, près du vieux stylo oublié et des moutons de poussière, dont il allait vraiment falloir qu'il touche deux mots aux propriétaires des lieux.
Une éternité plus tard _ ou peut-être un peu moins, il n'aurait su le dire _ la porte d'entrée s'était ouverte sur Hermione Granger, qui revenait de sa soirée pas-tout-à-fait-entre-filles. Il se souvenait vaguement avait entendu la jeune femme l'appeler plusieurs fois, mais son corps avait refusé de bouger, tremblant sous le buffet poussiéreux. Et puis un sentiment de sécurité saisissant l'avait envahi, et un instant plus tard, il s'endormait… il s'endormait… entre les bras chauds et rassurants d'Hermione Granger.
Par Salazar !
Le Serpentard avait écarquillé de grands yeux tandis que ce souvenir encore embrumé remontait doucement dans son esprit qui s'éveillait. Il avait seulement alors pris conscience de la chaleur étonnante qui l'enveloppait, et du souffle léger qui balayait le sommet de sa tête à intervalle régulier. Fébrile, il avait doucement relevé la tête afin de regarder plus au dessus de lui, et son cœur avait trébuché lorsqu'il avait avisé le visage endormi de la Gryffondor à quelques centimètres à peine du sien.
Le Serpentard s'était figé, étonnement troublé. Il ne se rappelait pas tout à fait des événements de la veille, mais il se souvenait des appels répétés de la Gryffondor tâchant de déterminer où il se trouvait. La jeune femme avait cherché après lui de longues minutes, avant sans doute de le trouver sous le buffet. Pour la deuxième fois en quelques jours, elle lui avait offert le refuge de ses bras, de sa chambre, et même de son lit.
Personne ne s'était jamais autant soucié de lui.
Une étrange chaleur avait envahi Severus, l'enveloppant d'un élan de reconnaissance irrépressible envers la jeune femme endormie près de lui. Son regard d'encre s'était perdu sur les traits doux et sans fard de la Gryffondor, légèrement obscurcis par quelques mèches brunes qui retombaient en pagaille sur son front et sa joue. Le maquillage de la veille avait disparu, mais cela n'enlevait rien à son charme, du moins pour Severus, qui préférait mille fois la beauté naturelle d'une femme que celle artificielle obtenue après des heures d'apprêt, comme il était monnaie courante de croiser.
Alors qu'il se perdait dans la contemplation de ce visage endormi, se laissant emporter par la quiétude des lieux et du moment, bercé par la respiration régulière de la Gryffondor, celle-ci avait commencé à montrer les premiers signes de réveil. Réalisant soudainement ce qu'il en était, il avait tenté de s'extirper avant qu'elle ne se réveille complètement, mais le bras de la jeune femme s'était serré davantage autour de lui dans un réflexe de préhension alors que le corps de la demoiselle se tonifiait au sortir de sa nuit. Avant qu'il n'ait pu amorcer le moindre pas pour s'éloigner, la sorcière avait ouvert les yeux, plongeant directement dans les deux puits d'obscurité qu'étaient les siens. Severus avait senti le souffle lui manquer.
Contre toute attente, Granger n'avait pas réagi. Du moins, pas comme il l'avait pensé. Elle n'avait pas bondi hors de son lit, étouffé un hoquet scandalisé, ni même écarquillé un regard horrifié. Passé l'étonnement de le trouver juste sous son nez à son réveil, elle avait étiré un sourire encore un peu endormi.
- Bonjour, avait-elle murmuré, la voix pleine de sommeil.
Severus avait été tellement saisi par le surréalisme de cette situation qu'il n'avait rien répondu, se contentant de la fixer de ses grands yeux sombres. La jeune femme avait déplacé son bras, le libérant de son étreinte pour étouffer un bâillement, avant de doucement ramener sa main vers lui. Constatant qu'il ne disait rien, elle avait doucement caressé sa fourrure sombre à cet endroit qu'il aimait tant _ que Charbon aimait tant, bon sang ! _ juste en dessous de l'oreille.
- J'espère que la peur des explosions vous passera quand vous redeviendrez vous-même, auquel cas vous allez devoir changer de métier, je le crains, avait-elle dit, son sourire s'étirant davantage. Je ne pourrai pas vous héberger à chaque nouvelle explosion de chaudron.
Severus, qui en était toujours à se demander comment la vision d'une Hermione Granger pas tout à fait réveillée, les cheveux défaits et les yeux encore pleins de sommeil, pouvait lui sembler si ravissante de si bon matin, n'avait pas prêté attention à sa remarque tout de suite. Lorsqu'enfin les mots s'étaient frayés un chemin dans son esprit toujours hébété, portant à sa connaissance la taquinerie à peine voilée, il avait rapidement abandonné son expression sidérée pour un regard courroucé. Les yeux ambrés de la jeune femme avaient étincelé de malice, et elle avait laissé échapper un éclat de rire, achevant de semer la confusion dans le petit cœur déjà bien malmené du Serpentard _ ou plutôt celui de Charbon, car il était évident que cette étrange sensation qui s'immisçait dans sa poitrine ne pouvait pas venir de lui.
Le rire de la jeune femme s'était tari une poignée de secondes plus tard, et son regard sur lui s'était fait plus doux, tandis qu'elle le considérait avec une intensité renouvelée qui avait d'autant plus troubler le Serpentard, déjà bien aux prises avec les palpitations chaotiques de son propre cœur. Dans son cou, les caresses s'étaient faites plus douces encore, presque tendres, et il avait senti son souffle s'accélérer soudain.
Par Salazar, mais qu'est-ce qu'il lui prenait, à cette satanée sorcière ? Pire encore, que lui prenait-il, à lui ? Jamais, de toute sa vie, il ne s'était senti si fébrile en présence d'une Gryffondor.
Ou peut-être une fois, en réalité. Il y avait bien longtemps, des années en arrière, dans ce qui lui semblait être une autre vie.
- Vous savez…, avait-elle murmuré à voix basse, alors qu'il n'y avait pourtant plus personne qu'elle risquait de réveiller dans la pièce. Je sais que cet accident de potion vous contrarie, et que vous avez hâte de retrouver votre forme humaine _ ce qui est tout à fait compréhensible, bien sûr, s'était-elle empressée d'ajouter, se méprenant sur son expression interdite. Néanmoins… Vous allez me manquer, quand vous retournerez à Poudlard, avait-elle avoué en détournant le regard, à l'évidence incapable de soutenir le sien.
Et pour cause ! Juste ciel ! Avait-on idée de faire pareille déclaration si tôt le matin ?
Consterné par ce qu'il venait d'entendre, le Serpentard avait considéré la demoiselle bouche bée, trop interdit pour réagir, alors que son cœur loupait un battement supplémentaire. La jeune femme avait pris soin de ne pas croiser son regard, rougissante suite à ses propres mots, et s'était plutôt motivée à se lever.
- Enfin, vous ne partez pas tout de suite, n'est-ce pas ? Avait-elle repris avec un entrain exagéré en rabattant le drap avec énergie, l'ensevelissant sous les couvertures au passage. Je vais déjà passer voir Mme Khimiya, pour prendre des nouvelles de cette fameuse commande ! Allez, debout !
Le temps que Severus parvienne à s'extirper du monticule de draps sous lequel il se trouvait, la jeune femme avait disparu dans la salle de bain voisine à sa chambre. A moitié empêtré dans le linge de lit encore emprunt du parfum de la Gryffondor, il avait fixé la porte par laquelle venait de sortir la demoiselle, atterré.
Pour une raison inexplicable, il n'avait plus été si pressé que cela de recevoir sa commande.
