Chapitre 3 : L'instinct médical
Cameron referma la porte de son bureau avec une violence inhabituelle, son souffle court. Ses pensées s'entrechoquaient, et les mots de House résonnaient encore en boucle dans son esprit. Ce mélange exaspérant de perspicacité et d'arrogance. Elle passa une main tremblante dans ses cheveux, cherchant à reprendre contenance.
Mais une émotion qu'elle ne pouvait plus contenir explosa en elle.
— Et puis merde !
La voix avait claqué dans le silence. Sans réfléchir davantage, elle ouvrit brusquement la porte et se précipita dans le couloir.
House marchait déjà, son pas inégal mais étrangement fluide, sa canne ponctuant chaque foulée. Il ne se retourna pas lorsqu'elle l'appela.
— House !
Sa silhouette ralentit, presque imperceptiblement, avant qu'il ne s'arrête enfin. Il tourna à moitié la tête, un sourire provocant aux lèvres, sans se retourner complètement.
— Déjà nostalgique ? lança-t-il avec cette ironie désarmante qui lui était propre.
Cameron ignora la pique et s'approcha, le regard dur, les bras croisés comme pour se protéger de lui.
— Pourquoi ? lâcha-t-elle sèchement, la voix vibrante de tension.
Il haussa un sourcil, feignant l'innocence.
« Pourquoi quoi ? Pourquoi les oiseaux volent ? Pourquoi les gens pleurent aux mariages ? Il va falloir être plus précise. »
Elle inspira profondément, s'efforçant de ne pas laisser sa colère l'emporter.
— Pourquoi avoir fait tout ce chemin, traversé la moitié du pays, juste pour venir me dire… ça ?
Cette fois, il la regarda franchement, ses yeux bleus brillant d'une intensité qui contrastait avec son ton désinvolte.
— Peut-être que je voulais voir si votre sourire cache autant de failles que je l'imagine.
La réponse, énigmatique et provocante, la déstabilisa une seconde. Mais avant qu'elle ne puisse rétorquer, un bruit sourd les interrompit.
Un homme venait de s'effondrer à quelques mètres d'eux.
Cameron, déjà sur le qui-vive, se précipita vers lui sans hésiter. Elle s'agenouilla près de l'inconnu, cherchant son pouls avec des gestes précis.
— Pouls faible… hypotension probable, marmonna-t-elle en basculant le patient sur le côté.
Elle leva les yeux pour chercher House. Il n'avait pas bougé. Pire, il s'était éloigné, se dirigeant tranquillement vers un distributeur automatique à quelques pas de là.
« House ! » hurla-t-elle, furieuse. « ça vous tuerez de m'aider ?! »
Il haussa les épaules, inséra une pièce dans le distributeur et observa tranquillement les smarties tomber dans le réceptacle. Il ouvrit le paquet avec la même nonchalance, sortit une poignée de bonbons colorés et en fourra quelques un dans sa bouche.
« Vous gérez très bien toute seule, Cheffe Cameron, » lança-t-il d'une voix claire en mâchonnant.
Cameron sentit une vague de frustration monter en elle, mais elle reporta toute son attention sur l'homme. Elle se détourna, ignorant sa remarque. Mais alors que les infirmiers arrivaient avec le chariot médical, House se rapprocha et observa l'homme d'un regard perçant.
« Intéressant... » murmura-t-il.
Cameron, toujours agenouillée près du patient, le fusilla du regard.
« Vous avez quelque chose à ajouter ? Ou est-ce juste pour satisfaire votre besoin constant de me contredire ? »
House s'accroupit lentement, son genou endolori craquant légèrement sous l'effort. Il observa l'homme avec une intensité qui rendait Cameron nerveuse.
« Regardez ses doigts, » dit-il en pointant un détail.
Cameron suivit son regard. Les bouts des doigts du patient étaient légèrement cyanotiques. Elle fronça les sourcils.
« Hypoxie périphérique ? Il a pourtant un bon pouls. »
House hocha la tête, comme un professeur satisfait d'un élève qui trouve une réponse correcte mais incomplète.
« Et les lèvres ? » ajouta-t-il.
Cameron se pencha davantage. Les lèvres de l'homme présentaient une teinte bleutée, subtile mais indéniable.
Elle se redressa légèrement, le cœur battant. Cela n'était pas typique d'un simple malaise vagal.
« Qu'est-ce que vous voyez ? » demanda-t-elle à contre-cœur, sachant que House aimait jouer à ce jeu.
Il fit claquer sa langue contre son palais, savourant le moment.
« Cyanose périphérique, sueurs, fatigue extrême... Une embolie pulmonaire n'est pas impossible, mais c'est un peu trop évident. Je parie sur une intoxication. »
Cameron fronça les sourcils, hésitant.
« Une intoxication ? Vraiment ? A quoi ? »
House sourit en coin. « Voilà la vraie question. Vous allez devoir chercher. Une exposition au monoxyde de carbone, peut-être ? Mais vu son teint général, je miserais sur quelque chose de plus exotique. »
Cameron croisa les bras, défiant.
« Si vous avez une hypothèse, pourquoi ne pas la dire maintenant ? »
Il se leva, non sans peine, et glissa une main dans sa poche pour en sortir une poignée de smarties.
« Parce que vous êtes bien plus amusante à regarder quand vous essayez de prouver que j'ai tort. »
Sous la pression de l'urgence, Cameron finit par céder. Elle demanda qu'on transfère l'homme en salle d'imagerie, tout en ordonnant une prise de sang complète. House la suivit, traînant derrière elle comme un enfant turbulent.
« Vous pourriez être utile, pour une fois, » lança-t-elle en se dirigeant vers l'ascenseur avec le patient.
« Je le suis déjà, » répondit-il en haussant les épaules. « Je vous fais réfléchir. »
Cameron inspira profondément, s'efforçant de contenir sa frustration. « Pourquoi êtes-vous encore là, House ? Vraiment. Vous avez dit ce que vous aviez à dire. Pourquoi ne pas retourner à Princeton ? »
Il la fixa, soudain sérieux. « Et manquer l'occasion de vous voir briller ? Non merci. »
Elle le regarda, cherchant à comprendre si cette phrase contenait un semblant de sincérité ou s'il jouait encore à son jeu préféré : la manipulation. Mais elle n'avait pas le temps de décoder ses intentions.
House s'arrêta et se tourna légèrement, appuyant sa canne contre son épaule avec un geste délibérément nonchalant.
« Vous allez où ? » demanda-t-elle en le voyant se diriger tranquillement vers la sortie.
— En face. Il y a un bar. Je vais voir si leur scotch est aussi médiocre que leur café.
Elle le fixa, incrédule.
— Vous êtes sérieux ? Vous débarquez ici, semez le chaos, et maintenant vous allez boire verre ?
Il eut un petit rire bref et ironique.
— Toujours. Vous devriez essayer, Docteur Cameron. Ça détend. Vous en avez bien besoin.
Elle secoua la tête, exaspérée.
— Vous êtes impossible.
— J'ai une préférence pour le mot "incontrôlable". Vous savez où me trouver si vos analyses révèlent quelque chose d'intéressant.
Et sur ces mots, il s'éloigna, la laissant sur place avec un mélange de frustration et de questions non résolues.
Quelques minutes plus tard, installé au bar en face de l'hôpital, House faisait tourner lentement un verre de scotch entre ses doigts. Il ne regardait ni son téléphone, ni les écrans du bar. Son esprit était ailleurs, ses pensées tournant autour de Cameron, de ce patient, et de lui-même.
De l'autre côté de la rue, Cameron elle, observait le bar depuis son bureau. Elle serra les mâchoires, déterminée. House ou non, elle prouverait qu'elle n'avait besoin de personne pour résoudre ce cas.
Mais au fond d'elle, une question persistait : pourquoi était-il vraiment là ?
Cameron passait frénétiquement de son tableau blanc à son ordinateur, entourée des dossiers médicaux et des données d'analyse qui s'empilaient sur son bureau. Son équipe, fatiguées mais toujours investies, la regardaient avec une admiration mêlée d'appréhension. Elle ne lâchait rien, pas même un instant pour respirer. L'urgence d'agir était palpable.
— Vérifiez à nouveau les analyses d'urine. Peut-être qu'on a raté quelque chose, ordonna-t-elle, d'un ton brusque.
David Morelli, l'interne encore novice mais débordant de bonne volonté, leva timidement la main.
— Docteure Cameron… On a déjà refait le test deux fois. Si c'était une intoxication classique, ça aurait dû ressortir. Peut-être qu'on devrait envisager...
— Alors proposez moi autre chose, coupa-t-elle en levant les yeux vers lui. Je ne vais pas laisser cet homme mourir simplement parce qu'on ne cherche pas au bon endroit.
David se renfrogna mais n'insista pas. L'atmosphère dans la pièce était tendue, presque suffocante. Chacun savait que leur cheffe ne supporterait pas l'idée d'échouer — surtout pas avec House quelque part dans les parages.
Mais pour David, la solution était évidente, même si elle n'allait pas plaire à Cameron.
Il jeta un coup d'œil par la fenêtre. De l'autre côté de la rue, la lumière du bar était encore allumée. Il hésita, son regard allant de Cameron à la silhouette floue à l'intérieur qu'il déduit comme étant House.
Il se racla la gorge, attirant l'attention d'un collègue.
— Je vais… vérifier quelque chose dans les derniers résultats.
Avant que quiconque ne puisse poser de questions, il attrapa son manteau et quitta la salle en trombe. Une fois dans la rue, le froid nocturne le saisit, mais il n'y prêta pas attention. Il traversa rapidement jusqu'au bar, sa décision prise.
Le bar était faiblement éclairé, et une odeur de bois verni se mêlait à celle des verres d'alcool qui s'entrechoquaient. House était installé dans un coin, son verre de scotch à moitié vide et sa canne appuyée contre le comptoir. Il observait les gens autour de lui, son esprit vagabondant quelque part entre l'irritation et l'ennui.
La porte s'ouvrit brusquement, laissant entrer un David visiblement hésitant mais déterminé. Il scruta la salle, repéra House, puis s'approcha.
— Docteur House ?
House leva à peine les yeux.
— Si c'est pour un autographe, revenez plus tard. Je ne signe rien avant mon dixième verre.
David resta debout, malgré l'envie de reculer sous l'ironie mordante.
— Je suis là pour le patient.
House arqua un sourcil, sa curiosité à peine masquée.
— Vraiment ? Je croyais que votre cheffe adorait prouver qu'elle pouvait tout faire toute seule. Ce serait dommage de lui voler ça.
— Elle fait tout ce qu'elle peut, mais ça ne suffit pas, plaida David, tentant de garder son aplomb. On a besoin de votre aide. Elle ne vous le dira pas, mais… elle a besoin de vous.
Un silence tendu suivit. House fit tourner son verre, semblant peser les mots.
— Vous savez que Cameron va vous détester pour ça, n'est-ce pas ? Elle adore être maîtresse de son royaume.
— Peut-être. Mais ce patient va mourir si on n'agit pas, et je préfère me faire engueuler que de le regarder mourir sans rien tenter.
House le fixa, son regard perçant analysant chaque nuance d'émotion chez l'interne. Finalement, il tapota le tabouret à côté de lui.
— Asseyez vous.
David hésita, mais obéit. À peine assis, House fit un signe au barman.
— Un whisky pour le jeune padawan. Il va en avoir besoin.
— Je… je ne bois qu'occasionnellement, tenta de protester David.
— C'est l'occasion idéale pour s'y mettre, répliqua House, un sourire en coin.
— Alors, dites moi, Cameron est toujours aussi insupportable, ou elle a trouvé un moyen de rendre la tyrannie agréable ?
David, déjà un peu étourdi par les premières gorgées, lâcha sans réfléchir :
— Elle est brillante, exigeante, et… elle est... incroyablement séduisante.
Les yeux dans le vide David réalisa trop tard ce qu'il venait de dire.
House hocha lentement la tête, un sourire en coin.
—L'alcool vous réussi...Je comprends maintenant pourquoi vous appréciez tant travailler pour elle. Dit il en avalant une nouvelle gorgée.
David tenta de se rattraper.
— Je voulais dire qu'elle est inspirante.
House secoua la tête, amusé.
— Et vous, vous êtes prêt à risquer votre carrière pour elle c'est touchant.
David pinça les lèvres.
— Alors… vous allez nous aider?
House vida son verre, se leva lentement, et attrapa sa canne.
— Retournez là-bas. Je vous rejoins.
David, vacilla légèrement en se levant.
— Je suis sûr que Cameron appréciera votre démarche de pilier de comptoir. Maintenant, dehors.
Lorsque House entra dans la salle de diagnostic, le bourdonnement des discussions cessa instantanément. Cameron, au milieu d'un échange animé avec son équipe, tourna la tête vers lui. Son regard se durcit en une fraction de seconde, mais elle ne perdit pas son sang-froid.
— Qu'est-ce que vous faites encore ici ? lança-t-elle d'un ton glacial, son autorité intacte.
House ne répondit pas. D'un mouvement assuré, il se dirigea vers le tableau blanc, scrutant les informations inscrites comme si la salle lui appartenait.
— Vous devriez vraiment apprendre à déléguer, Cameron, lança-t-il d'un ton nonchalant en esquissant un sourire en coin. Ça éviterait que vos internes finissent ivres dans des bars en venant mendier de l'aide.
David, adossé à une table, tenta maladroitement de se redresser. Le rouge lui monta aux joues sous le regard accusateur de Cameron.
— Sortez, dit-elle sèchement, d'un geste brusque vers son équipe.
L'ordre était sans appel. L'équipe quitta la pièce en silence, David le dernier. Avant de franchir la porte, il risqua un coup d'œil à Cameron, ses yeux suppliants. Elle détourna le regard. Une fois seule avec House, elle se tourna vers lui, une colère contenue brûlant dans ses yeux.
— Vous êtes vraiment incroyable, lâcha-t-elle en croisant les bras. Vous débarquez ici sans prévenir et vous me donner une leçon devant mon équipe. Vous n'avez absolument pas changé.
House posa ses deux mains sur sa canne, s'appuyant dessus avec un sourire narquois.
— Moi ? Donner des leçons ? Jamais. Mais si vous voulez qu'on parle de vos méthodes de management, je peux toujours vous faire un résumé… avec des images, si besoin.
Cameron prit une inspiration profonde, ses poings serrés.
— Je n'ai pas besoin de vous. Pas cette fois.
Le sourire de House s'effaça, et pour la première fois depuis son arrivée, il sembla sérieux.
— Si vous continuez seule, ce patient va mourir. Ce n'est pas un concours de qui est le plus têtu. Je suis ici parce que je sais que vous avez besoin d'aide, même si vous refusez de l'admettre.
Cameron resta silencieuse un instant, troublée malgré elle.
— Pourquoi ? demanda-t-elle enfin.
— Parce que je suis doué pour ça, répondit il simplement. Et parce que vous êtes trop intelligente pour laisser votre fierté tuer ce patient.
Elle détourna le regard, cherchant à cacher son hésitation.
Cameron ne connaissait que trop bien House elle savait que ce n'était pas sans intérêt
— Et en échange ? Qu'est-ce que vous voulez ?
Un sourire en coin apparut sur les lèvres de House.
— Revenez à Princeton. Avec moi.
Elle le fixa, abasourdie.
— Vous n'êtes pas sérieux ?
— Si, répondit il.
— Donnez moi une seule bonne raison d'accepter.
Vous aimez les diagnostics. Vous aimez être au cœur de l'action. Et vous aimez me détester.
Elle croisa les bras, hésitante.
House s'approcha légèrement, ses yeux bleus perçants plantés dans les siens.
il resta immobile, en la fixant avec une intensité rare, son ton se faisant plus grave.
— Parce que vous êtes meilleure que moi pour certaines choses, Cameron.
Elle resta interdite, déstabilisée par cette admission inattendue.
— Ne vous méprenez pas, je suis toujours le meilleur pour poser un diagnostic impossible ou faire taire n'importe quel idiot. Mais vous… Vous avez cette foutue humanité. Vous vous connectez avec les patients, avec vos équipes, d'une manière que je ne pourrai jamais et surtout vous voyez ce que je ne veux pas voir.
Il marqua une pause, son regard pesant sur elle.
— C'est ça qui fait de vous quelqu'un d'irremplaçable. Et Princeton a besoin de ça. J'ai besoin de ça.
Cameron, troublée, détourna le regard.
— Et si je refuse ?
House haussa les épaules, reprenant son ton désinvolte.
— Alors ce patient mourra, vous continuerez à bosser dans votre petite forteresse ici, et moi… je retournerais à Princeton à rendre Wilson dingue ainsi que mon équipe sans parler de Cuddy. Mais avouez le : vous aimez ça, Cameron. Le défi, l'adrénaline, et… travailler avec moi.
Un long silence s'installa, brisé finalement par un soupir résigné de Cameron.
Elle hésita, mais finit par serrer la main qu'il lui tendait, le regard défiant.
— Vous avez intérêt à le sauver.
Leur poignée de main resta suspendue une seconde de plus, comme une promesse scellée par l'urgence et la détermination.
