Chapitre 10 : La famille c'est un peu de bruit mais beaucoup d'amour.
À mon réveil, la pluie ne s'était toujours pas arrêtée. L'habitude m'avait fait me lever à l'aurore et les deux filles dormaient encore. Discrètement je remis mes vêtements, maintenant sec.
Rincés de la boue, le rouge ressortait. Étrangement, la couleur ne me dérangeait plus autant maintenant. J'avais plein de souvenir du dernier mois écoulé dans cette tenue. Je m'étais enfin sentie utile. Nos différents échanges avec Zuko me reviennent aussi en mémoire et me fit sourire.
Mon implication à l'infirmerie était une de mes plus grandes réussites. Mon besoin d'accomplissement avait été, pour la première fois, comblé. La seule blessure que je n'avais pas su guérir était celle de Zuko, c'était très étrange. Je voulais demander son avis à Katara mais ça n'allait pas être facile. J'ai bien compris qu'elle est loin de lui pardonner son comportement passé. Il faudrait que je choisisse bien mon moment.
Je me sentais en sécurité. Je profitais du calme pour méditer.
Bien qu'il pleuvait encore à torrent, le bruit de la pluie, de l'eau en générale, ne m'avait jamais dérangé.
- Ça n'a pas l'air de vouloir s'arrêter ! se plaignit Toph
Nous étions maintenant tous réveillés mais nous ne pouvions pas aller très loin. C'était toujours le déluge. Toph n'était pas à l'aise avec l'eau qui stagnait au sol. Elle ne voulait pas l'avouer clairement mais elle marchait d'un pas très hésitant.
Patauger, les pieds à moitié dans l'eau, ne devait pas aider sa maitrise de la terre. Heureusement nous avions prévu de ne pas quitter la grotte et attendre une éclaircie.
Nous avions suffisamment de provisions pour ne pas nous en inquiéter pour l'instant. Nous allions enfin prendre le petit déjeuner. Mon réveil plus que matinal m'avait bien ouvert l'appétit et mon impatience me rendait irritable et impulsive.
Zuko, toujours en retrait, avait encore les mains entravées par la pierre… toujours…
Exacerber, je m'exclamai tout haut:
- Il faut lui enlever ses menottes ! Ça n'a pas de sens, comment peut-il manger dans ses conditions?
Je sentais le regard réprobateur de Katara mais c'était Toph que je regardais. Zuko, résigné, ne protestait même pas, comme indifférent à sa situation voire légèrement dans les vapes. D'un mouvement de tête, Aang approuva la demande. Le prince déchu nous remercia, se frottant les poignets rouges d'irritation.
Une fois enfin tous installé pour manger, mon estomac n'en pouvait plus. Momo passa en courant à travers les plats, pourchassant une luciole.
( Fort heureusement, il ne renverse rien.) Au moment où cette pensée me traversa l'esprit, le petit animal opéra un virage serré et fit vaciller la carafe de jus de fruit. Aang la rattrapa in extremis. Et Momo, propulsé par son élan, fit une glissade sur le ventre. Amusés par la scène, nous riions de bon cœur. L'ambiance, après ça, était plus légère.
- Sokka, tu peux me passer une brioche ?
Il se tourna vers moi, les mains et la bouche débordant de nourriture.
Ça va être compliqué, remarquai-je. Je vais devoir me servir toute seule.
Zuko, sur sa droite, attrapa l'assiette que je désirais puis me la tendit. Il me regardait intensément, les reflets brillants de ses yeux me captivaient.
Nos doigts se touchaient, provoquant une décharge électrique à son contact. J'attrapais précipitamment la nourriture, bredouillant un « Merci ». Il avait retiré sa main, tout aussi précipitamment.
Ma réaction n'avait pas échappé à mon grand frère. Sokka avait marqué une pause et me fixait, un court instant, mais ne fis aucun commentaire. De toute façon, Il était dans l'incapacité de parler actuellement.
Après le repas, j'accompagnais Katara pour laver les différentes assiettes et récipients.
- Tu sembles avoir changé, lança Katara à mon intention.
Nous étions à l'écart du groupe, elle profitait de ce moment plus confidentiel.
- Tu es sûr qu'il ne t'a pas mal traité ? Ils viennent de la nation du feu et toi tu étais prisonnière sur ce bateau… Les maitres du feu sont très cruels. Ils ont tué maman…
Sa voix, bien que douce, avait un ton teinté d'inquiétude.
Je la connaissais bien, je connaissais les raisons de ses peurs.
- Je suis prête à t'écouter, quoiqu'il te soit arrivé. Nous somme une famille, je serais toujours là pour te soutenir.
D'abord surprise, son affection m'allait droit au cœur.
Le lien qui nous unissait depuis l'enfance n'avait pas toujours été facile. Je n'avais pas de souvenir de notre mère et Katara avait très vite pris ce rôle. Me surprotégeant souvent, à l'excès. Il m'arrivait de me sentir étouffée. Nos disputes n'en étaient que plus fréquentes. Mais malgré tous nos désaccords, nous nous chérissions et nous soutenions.
J'essayais de la rassurer. Le monde n'est pas tout blanc ou tout noir. À force d'insister, elle finira par accepter. Et donc, ce n'est pas parce qu'ils viennent de la nation du feu qu'ils étaient des démons et voulaient tuer tout le monde.
J'étais contente d'avoir réussi à soigner autant de monde durant mon séjour sur le bateau. Les plantes et leurs propriétés m'avaient toujours fasciné. Il était très compliqué de s'en procurer sur la banquise et mes connaissances n'avaient longtemps été que théorique. Avoir enfin pu me rendre compte de leur utilité et de ma propre utilité était tellement satisfaisant!
Katara, de son côté, avait perfectionné sa maitrise de l'eau et également indirectement de soin. Je tentais la demande qui me trottait en tête depuis quelques temps:
- Tu pourrais m'accorder une faveur ? (je marquais une pause, voulant être sûre d'avoir toute son attention.) Je voudrais que tu regardes la blessure de Zuko. Ça dure depuis longtemps. Je n'arrive pas à la faire cicatriser.
La voyant hésiter, je sortie mon visage le plus craquant.
- Tu ferais ça pour moi ? S'il te plait, grand sœur. Tu serais un amour!
Elle rouspéta pour la forme. Mais devant mon insistance, elle accepta.
- Promis ?
- Oui, mais tu m'en devras une. Ça tu n'y échapperas pas !
Je souris de toute mes dents, ce n'était pas ma sœur pour rien. Une complicité nous liait, malgré tous nos différents.
Grace à sa maitrise de l'eau, laver les nombreux plats fut très rapide. Il m'était arrivé de la lui envier. L'eau m'avait toujours fasciné mais je n'ai aucune affinité avec elle. J'ai eu le temps de me résigner et de me dévouer corps et âme à autre chose. Les soins et les nombreuses utilités des plantes, auprès de Mabouba, avait résumé de très nombreuses heures de lecture et de temps à tout mémoriser. Elles peuvent aussi bien soigner que devenir un poisson mortel suivant leurs dosages et combinaisons.
Notre frère, lui, a toujours été passionné par la chasse. Bien que casse-cou, il ne manque pas de courage. C'était toujours lui qui nous embarquait pour des aventures foireuses. De la luge vers les falaises de glace, explorer des grottes sombres ou escalader des glaciers. C'est lui qui avait le plus d'énergie et ne tenait que rarement en place. D'ailleurs il était en train d'essayer d'apprendre à jongler avec Aang.
Katara déposa une partie des assiettes et fonça en direction de Zuko:
- Toi, fait voir ton torse.
Je déposais le reste des couverts et les rejoignais, voulant détendre un peu l'attitude froide de ma sœur. Apporter un peu de diplomatie à la situation me semblait nécessaire.
Zuko la regardait hébété par le ton sec de Katara ou peut être par la demande sortie de nulle part.
