À deux doigts de réussir

Année 6 - Mois 0

Le 2 mai était un jour de fête dans toute la Grande Bretagne sorcière et le bal du ministère, qui fêtait la mort de Voldemort, en était l'apothéose.

Enfin, il voulait le faire croire.

Puisque la quasi-totalité des renforts n'était arrivée que bien après la bataille – pour l'Ordre du Phénix – voire pas du tout – pour les aurors – les héros de guerre étaient les professeurs, ceux qui avaient immédiatement répondu présent à leur appel à l'aide et les élèves majeurs à l'époque. Si quelques-uns de ces derniers avaient fait acte de présence lors du premier bal, plus aucun ne s'était présenté pour les suivants, à l'image de leurs professeurs. Ceux qui n'appartenaient pas à la population de Poudlard avaient été accaparés pour être portés aux nues en grande pompe. Mais quand ils avaient voulu reprendre leur vie et que le ministère le leur avait interdit, ils s'étaient rebellés à leur tour et avaient brillé par leur absence aux événements officiels.

Quant à Harry Potter …

-Bonsoir Tom, fit le brun en déposant une branche d'olivier en fleur.

Quand le ministère s'était mis en tête d'exposer le corps de Voldemort comme un vulgaire trophée, Harry s'était empressé d'échanger le cadavre avec une réplique parfaite. Avec l'aide de Nicholas Flamel, l'aïeul de Grace, et de cette dernière, ils avaient confié la dépouille aux pompes funèbres magiques et lui avaient offert des funérailles décentes. Ils avaient décidé de l'enterrer auprès des Gaunt, ainsi que sa mère, dans la nécropole magique, et à chaque anniversaire de sa mort, Harry y déposait un rameau d'olivier car il avait été tout autant que lui une victime des manipulations de Dumbledore.

Flash-Back

Après avoir été reconnu coupable de tous les chefs d'accusation de son procès médiatique, Albus Dumbledore fut présenté à un dernier procès plus confidentiel. Si Amelia Bones était toujours présente, les juges étaient plus nombreux car tous les chefs de clan de la Grande Bretagne magique étaient présents.

Le procès confidentiel demandé par Harry Potter était devenu le tribunal du Conseil des Clans.

Albus Dumbledore n'en avait entendu parler que par les bruits de couloirs et n'avait jamais réussi à en savoir plus. Instance suprême qui pouvait supplanter le Magenmagot, ses décisions pouvaient annuler purement et simplement des lois qui avaient pu être votées dans le sang et la douleur.

Libéré de ses chaînes, l'ancien directeur déchu observa l'assemblée de manière neutre mais intérieurement, il était effaré. Plusieurs sièges étaient occupés par des familles qui étaient considérées comme éteintes faute de descendants et il pouvait même reconnaître des héritiers qu'il avait lui-même faits disparaître parce qu'ils étaient gênants pour ses plans.

Après une courte présentation, le vieux sorcier prenait enfin connaissance des accusations portées contre lui: l'annihilation du clan Potter. Harry, le dernier membre de ce clan emblématique, s'était approché puis il avait parlé.

Il s'était penché sur les rapports conflictuels entre lord Charlus Potter et Albus Dumbledore, au point d'en venir de nombreuses fois aux baguettes, et la cour ambigüe que ce dernier menait auprès de Euphémia Potter, l'épouse de Fleamont Potter, petit frère de Charlus, drastiquement tempérée par lady Doréa Potter, la propre femme de Charlus. Il revint brièvement sur les attaques régulières qu'avaient subi les deux couples, classées sans suite sans aucune explication puis sur leur mort à quelques heures d'intervalle alors que le seul héritier n'avait que quinze ans. Ou plutôt, les morts et la tentative de meurtre puisque Charlus, seul rescapé, s'était caché dans sa demeure ancestrale et avait caché sa survie quand il avait découvert que son adversaire de toujours tournait un peu trop autour de son héritier, James, qu'avaient eu Euphémia et Fleamont sur le tard. Un héritier qui avait été toujours été privilégié, encore plus face à des Serpentard, qui avait appris à devenir animagus avec ses amis sans aucune surveillance, n'était pas puni quand il s'en prenait à ses camarades en les harcelant ou en les mettant parfois en danger de mort par des «blagues» à peine maitrisées. Héritier qu'il avait pu manipuler jusqu'à lui faire tourner le dos à certaines pratiques ancestrales, à l'image des élèves qui étaient sous sa responsabilité.

Jusqu'à ce qu'Albus Dumbledore convainque James Potter et sa famille de se cacher dans une maison quelconque avec un simple fidelitas au lieu de renforcer les protections d'un manoir ancestral.

Grâce à plusieurs langues de plomb, Harry avait fourni à l'assemblée la liste exacte des protections qui avaient été posées sur la maison qui avait vu la première défaite de Voldemort et tous avaient été consternés de découvrir qu'elle était totalement inadéquate pour le danger que courait la famille. Une maison qui avait été achetée sur le conseil «avisé» d'un certain chef de l'Ordre du Phénix …

Mais l'horreur ne s'arrêtait pas là. Grâce à un examen approfondi des esprits de Minerva McGonagall et de Rubeus Hagrid, Harry présenta le souvenir pendant lequel Albus Dumbledore confiait la garde du jeune Harry, fraîchement orphelin, à sa famille de sang. Le jeune homme ne manqua pas de montrer la surveillance de la professeure de métamorphoses, montrant à quel point la famille Dursley se montrait inapte à élever un enfant magique, mais également la manière dont le gardien des sceaux et des clés de Poudlard avait retiré le droit à son parrain de s'occuper du bébé, même après qu'il ait juré sur sa magie ne pas avoir livré les Potter à Voldemort. Les deux souvenirs n'avaient qu'un seul but: prouver que les actes de Dumbledore, en plus d'être totalement illégitimes, avaient été effectués en dehors de tout cadre légal.

Plusieurs scènes de la vie d'Harry furent alors présentées après que le brun ait dévoilé la liste des sorts lancés sur le domicile des Dursley … jusqu'à ses sept ans où Gaëlle Soho et Perry Duncan avaient pu enfin prendre contact avec le petit garçon.

Albus Dumbledore réagit violemment à cette information.

-IMPOSSIBLE! tonna Albus. Le testament de James ne pouvait être lu qu'en présence de son héritier donc celui dont vous parlez est un faux!

-Consigne que vous avez imposé à James Potter, sourit Harry. Dans le testament magique laissé dans cette étude moldue, mes parents avaient expliqué avoir eu des soupçons contre vous qui sont devenus certitudes quand plusieurs de vos «conseils» allaient à l'encontre du bon sens, même moldu. Ils ont donc fait en sorte de me protéger sans que vous ne soyez au courant. Et ils ont parfaitement réussi!

Le jeune homme se tourna vers l'assemblée.

-Mais l'une des questions que je me pose, c'est la raison pour laquelle il a fait tout cela, fit Harry. J'ai donc effectué quelques recherches, d'abord pour comprendre pourquoi mon grand-oncle s'opposait autant à lui. J'ai donc été à moitié surpris qu'il ait jeté son dévolu sur Euphémia future Potter pour entrer dans les cercles sang pur mais ce plan était tombé à l'eau. S'est-il intéressé au clan Potter pour trouver un moyen de se venger pour lui avoir ravi son billet pour les hautes sphères politiques? Ce serait plausible. Mais j'ai une autre hypothèse bien moins triviale. Un secret que seule Bathilda Tourdesac pouvait toucher du bout des doigts. L'une des raisons pour laquelle le clan Potter a sa demeure ancestrale à Godric's Hollow …

Le jeune homme sentit l'assentiment dans les murmures de l'assemblée. C'était donc un secret de polichinelle ou plutôt, une information dont les détails étaient gardés par la famille en question.

-Tu es le descendant d'Arthur Pendragon donc tu es l'héritier légitime du trône sorcier de Grande Bretagne! asséna Albus qui ne pouvait plus se retenir

L'assemblée se figea avant d'exploser de rire, sous le regard perdu du vieux sorcier. Même Harry en pleurait de rire.

-Bon sang, ça fait du bien, sourit Harry en essuyant une larme d'hilarité au coin de l'œil. Je savais que vous étiez à côté de la plaque mais je ne pensais pas que c'était à ce point.

-Qu'est-ce que tu veux dire? grogna Albus, vexé par l'humiliation

-Arthur Pendragon est un sorcier, disciple de Merlin, sourit Harry. Il a été roi, en récupérant le royaume de son père, mais jamais il n'a été question d'un royaume sorcier dans toute l'histoire de la Grande Bretagne. Si Binns avait élargi ses horizons, vous auriez été au courant. Ce que tous ici présents savent, c'est que le clan Potter a en sa possession l'un des rares artefacts d'Arthur Pendragon, qui le tenait lui-même de Merlin. Le clan Serpentard en possédait un autre qui lui venait de Morgane qui attirait irrémédiablement cet artefact, ce qui a été à l'origine de nombreux quiproquo entre les Gryffondor devenus Potter et les Serpentard, qui ont également changé de nom. Jamais il n'a été question d'un trône sorcier de Grande Bretagne et encore moins de haine ancestrale entre les descendants de Gryffondor et ceux de Serpentard. Car c'est pour cette raison que vous avez envoyé Voldemort sur mes parents et réduit à néant ma famille, n'est-ce pas? S'ils ne vous obéissaient pas, c'était qu'ils étaient contre vous et donc, ils étaient inutiles à votre cause. Rien de mieux que d'avoir un orphelin malléable pour faire ses basses besognes, non?

-Tu es l'Élu! assura Albus. La prophétie le dit!

-Oh, je vois que vous vous êtes perdu dans votre mensonge, ricana Harry. À moins que vous ne parliez de la véritable prophétie, faite à lady Dorea, qui parlait du renouveau du clan Peverell?

-Cette prophétie ne te concerne pas! cracha Albus

-C'est vrai, confirma Harry. Elle vous concernait vous.

Albus eut un mouvement de recul. Comment?

-Cette prophétie vous concernait, répéta Harry. Mais vous n'avez rien voulu écouter. Pire, vous n'en avez entendu qu'une partie et vous avez décidé de monter tous vos plans dessus. Et dans votre grande arrogance, vous n'avez jamais reconnu être le seigneur des ténèbres dont cette prophétie parlait.

-JAMAIS! rugit Albus

-Ah bon? s'étonna faussement Harry. Vous avez installé une dictature à votre ode, vous avez détruit des dizaines de familles parce qu'elles n'adhéraient pas à votre vision du monde, vous n'avez pas hésité un seul instant à mettre en danger de mort un enfant non pas une mais plusieurs fois, allant jusqu'à le sacrifier pour asseoir votre idéologie mais c'était pour le plus grand Bien, n'est-ce pas? Alors même que les garants de la Magie, qu'ils soient en Grande Bretagne ou non, déplorent la faiblesse toujours plus grande de la Magie dans votre fief?

-Impossible! assura Albus. Bientôt, les sorciers seront les plus puissants!

-Il est simplement dommage que vos chers protégés soient raillés dès qu'ils sortent du pays, commenta Harry. Maintenant, répondez à ma question: objectivement parlant, est-ce que le plus grand Bien dont vous parlez tant n'est pas le meilleur moyen de détruire la société sorcière britannique?

-Si, confirma Albus. Mais parfois, il faut tout détruire pour mieux reconstruire. Si seulement on avait voulu suivre mes indications …

Les murmures s'élevèrent dans l'assemblée. Les principes étaient là mais quelque chose la dérangeait.

-Qui reconstruira? demanda Harry. Vous?

-Bien entendu, renifla Albus.

-Mais vous n'êtes pas éternel, pointa Harry. Et assez âgé même pour un sorcier.

-Tu aurais dû être celui qui répandrait ma parole, grinça Albus. J'ai tout fait pour ça! Tu es mon héritier! Mon descendant!

Le regard d'Harry s'étrécit, faisant le lien avec un événement dont il avait eu l'occasion de lire le compte-rendu.

-Est-ce que vous seriez à l'origine de l'agression d'Euphémia Potter quelques mois avant la naissance de son fils James? demanda Harry

-Oui, répondit Albus, obligé de dire la vérité par la magie.

-Pourquoi? demanda Harry

Dumbledore refusait visiblement de répondre mais la magie des lieux l'y força.

-Je savais qu'elle désespérait d'avoir un enfant, déclara Albus en serrant les dents. Je savais également que Fleamont n'était pas digne d'elle, encore plus qu'il était incapable de lui donner ce qu'elle voulait. J'ai fait ce qui devait être fait. De toutes les façons, avec moi comme père, James n'aurait jamais été un cracmol!

-Peu avant la naissance de James Potter, Euphémia, sa mère, a été violemment agressée, expliqua Harry. Elle devait se rendre chez la couturière dans le quartier des Embrumes et elle y a été retrouvée évanouie dans une ruelle. Comme tous les accidents «fortuits» que subissait la famille Potter, cette affaire-là a également été classée sans suite, même après que le médicomage de la famille ait découvert qu'elle avait été violée. Toutefois, elle n'en avait pas gardé souvenir et un maître dans les arts de l'esprit a été dépêché pour en savoir plus. Ils n'ont jamais pu découvrir l'auteur du crime mais ce qui est sûr, c'est que James Potter n'est jamais né de ce viol.

-Impossible! cracha Albus. J'ai tout fait pour que mon héritier soit conçu!

-Par précaution, Euphémia a bu une potion contraceptive, renseigna Harry. Et pas celle du commerce, si vous voulez tout savoir.

L'assemblée approuva de manière sourde. La potion faisait donc partie de celles qui avaient été interdites sous le règne de Dumbledore, car dite de magie noire, malgré son efficacité prouvée et ses effets secondaires quasi nuls.

-Donc si vous avez autant protégé James Potter, c'était parce que vous croyiez qu'il était votre fils? précisa Harry

-Il est mon fils! tonna Albus

-Vous savez que s'il l'était réellement, alors la magie familiale ne l'aurait pas accepté en tant qu'héritier Potter? pointa Harry

Albus se figea, interdit.

-La reconnaissance de paternité se fait à la naissance, assura Albus en fronçant des sourcils.

-Reconnaissance qui est validée et entérinée par la présentation à la magie familiale trois jours après la naissance, compléta Harry. Ce n'est pas pour rien qu'on annonce la naissance d'un enfant sang pur que sept jours plus tard.

Le jeune homme était contre la pratique de faire disparaître durant ce laps de temps les fruits d'adultère mais concédait que ses pairs plus anciens ne tuaient pas automatiquement des nouveaux nés parce qu'ils avaient fauté. Dans le cas d'Euphémia et de Fleamont, la conception de James avait eu lieu après l'agression, à une semaine près. Euphémia avait très mal géré le harcèlement d'Albus Dumbledore et elle était attentivement surveillée par Dorea, Charlus et Fleamont. La découverte du viol et du fait qu'il avait été effacé de sa mémoire les avaient anéantis donc quand elle avait annoncé être enceinte, ils s'étaient assurés à la naissance que l'enfant était bien de Fleamont. Et non, ils n'avaient pas utilisé de potion d'adoption par le sang.

-Tu ne sais pas de quoi tu parles, renifla Albus.

-Vous non plus, renvoya Harry. Je doute que vous ayez pu faire un test de paternité avec mon père parce que les sangs purs sont tous protégés dans ce genre de cas et mon grand-père avait fait le nécessaire pour moi. En revanche, vous êtes particulièrement laxiste concernant votre propre intégrité et j'ai eu le temps de vérifier quelques petites choses, dont un éventuel lien de parenté qui est, heureusement, totalement inexistant entre nous.

Le jeune brandit un parchemin qu'il fit circuler dans l'assemblée, preuve de l'absence de lien de parenté direct entre Albus Dumbledore et Harry Potter. L'assemblée grondait car c'était une spoliation de lignée, certes inhabituelle, ou ils ne s'y connaissaient pas.

-Si effectivement j'étais votre petit-fils, pourquoi ne pas avoir revendiqué votre lien de parenté pour récupérer ma tutelle? demanda Harry. À moins que vous ne vouliez pas qu'il y ait de doute sur mon héritage Potter …

-Tu devais avoir la magie des Potter qui te serait accordée grâce à la reconnaissance de paternité de Fleamont, puisqu'il était l'époux d'Euphémia, grommela Albus. Tu devais avoir trois grands-parents: Euphémia et moi par le sang, Fleamont par la magie.

-D'accord, fit Harry. Si vous teniez tellement à avoir la main haute sur moi, pourquoi est-ce que vous m'avez confié à une famille entièrement moldue dont la mère avait déjà prouvé qu'elle haïssait la magie et sans vérifier mon état de santé jusqu'au moment où j'ai mis les pieds à Poudlard?

Toute l'assemblée se tourna d'un bloc vers le vieux sorcier qui eut un mouvement de recul.

-C'était la famille de ta mère, se défendit Albus.

-Et les lois ne sont pas faites pour les chiens, cracha Augusta Longbottom qui ne pouvait plus se retenir. Un enfant né de parents tous les deux sorciers doit être élevé dans le monde sorcier, c'est la loi, Dumbledore, peu importe le sang. Cela exclut immédiatement cette famille et vous le saviez. Avec le jeu des alliances, Sirius Black aurait dû s'occuper de lui mais nous avons eu la preuve que vous lui avez refusé ce droit alors qu'il était prêt à prendre ses responsabilités. Quel est donc votre justification sur ce point?

-Il était immature! siffla Albus

-Parce que vous pensez vraiment que tous les parents sont aptes à élever des enfants dès l'instant où ils en ont? renifla Augusta. C'est comme tout, cela s'apprend et Sirius Black aurait appris à s'occuper d'un enfant au contact d'Harry Potter. Donc, pourquoi lui avez-vous refusé ce droit quand il a voulu récupérer son filleul à la mort de ses parents? Même, quand il a été accusé de leurs meurtres, pourquoi vous ne lui avez permis de s'expliquer devant un tribunal? Avant que vous ne disiez que je me trompe, je vous signale que je sais encore lire et à aucun moment, je n'ai été notifiée de son procès.

L'assemblée acquiesça.

-C'est un Black … commença Albus.

-Et? s'hérissa Narcissa Malfoy. Ce n'est pas parce qu'une famille est adepte de certaines pratiques que vous réprouvez qu'elles n'ont pas le droit à la justice au même titre que les autres! De plus, il me semble que vous êtes très mal placé pour juger de l'éducation à donner à un enfant puisqu'aussi loin qu'on puisse remonter, vous n'avez jamais eu d'enfant et vous n'avez jamais pu approcher de ceux de votre frère. À moins d'être sûr que Sirius ne vous aurait pas permis de mettre le nez dans l'éducation qu'il comptait donner à Harry …

-Les Black sont mauvais … cracha Albus.

-Nous avons nos problèmes, concéda Narcissa. Mais nous avions tous appris de nos parents pour ne pas reproduire leurs erreurs. De toutes les façons, ce n'était pas à vous d'intervenir! Même si vous avez fait semblant d'être proche de Sirius, cela ne vous donne pas le droit de vous immiscer dans les affaires du clan Black!

-Il n'aurait pas préparé cet enfant pour son destin! siffla Albus. Il ne l'aurait pas entraîné pour vaincre Voldemort!

-Parce que ce n'est pas le rôle d'un enfant d'affronter un adversaire qui a plus de cinquante ans d'expérience et de pratique, déclara Sirius. Peu importe ce qu'une prophétie pourrait dire, c'est aux adultes d'affronter des adultes et aussitôt immature que j'aurais pu être, jamais je n'aurais jeté un enfant, encore plus le fils de mon meilleur ami, dans une guerre que vous n'avez fait qu'alimenter pendant des années.

Toute l'assemblée s'indigne à cette idée et Harry eut un sourire désabusé. Oui, l'idée était complètement révoltante, mais ce n'était pas pour autant que bon nombre de membres du conseil des clans n'y avaient pas adhéré. Sans être farouchement opposés au clan Potter, certains clans considéraient comme allant de soi qu'il aille affronter Voldemort alors qu'il était encore mineur, sans même s'enquérir s'il avait été formé et entraîné dans ce but ou non. Il ne se faisait pas d'illusion, certains de ses pairs étaient hypocrites mais il n'était pas aveugle non plus.

-Pourquoi vous ne vouliez pas que Sirius obtienne ma garde? demanda Harry pour recentrer le débat

-Parce qu'il ne m'aurait pas permis d'avoir accès à toi, grommela Albus. Les sangs purs ne font pas intervenir des personnes qui ne sont pas officiellement qualifiées dans l'éducation de leurs enfants et même si je suis directeur de Poudlard, ce n'est pas suffisant à leurs yeux. Je m'en suis aperçu quand j'ai voulu prodiguer des conseils à Rosalinda McKinnon au sixième anniversaire de sa fille.

-Êtes-vous impliqué dans la mort des deux dernières générations Potter? demanda Harry à brûle-point

Il fut très vite clair qu'Albus Dumbledore résistait de toutes ses forces pour ne pas répondre mais la magie était la plus forte.

-Oui, avoua Albus.

-Comment? Pourquoi? demanda simplement Harry

-Euphémia devait être à moi mais elle a préféré cet imbécile de Fleamont! cracha Albus. Je voulais qu'il le regrette mais Dorea et Charlus ont voulu se mettre en travers, en plus de me décrédibiliser quand j'agissais pour le plus grand Bien. Leur disparition me servait sur le plan politique et éventuellement, si Fleamont n'était plus, Euphémia aurait pu revenir vers moi et j'aurais eu accès aux coffres du clan Potter ainsi qu'à leur poids dans la société en l'épousant en secondes noces. Charlus Potter était le seul à ne pas m'accorder la reconnaissance qui m'était due parce que j'avais vaincu Grindelwald et à s'opposer de front à moi quand j'ai voulu commencer à réformer le monde sorcier pour le plus grand Bien. La chute du clan Potter ou son alliance avec moi n'avait qu'un but: montrer au peuple sorcier que j'étais la personne à suivre.

Le conseil était silencieux devant un tel délire, il n'y avait pas d'autres mots. Il était conscient que l'annihilation du clan Potter ne partait que d'une jalousie et d'une vengeance d'un sorcier frustré qui, par ses manipulations, avait failli faire basculer le monde sorcier dans l'horreur absolue.

-Comment est-ce que Voldemort en était venu à attaquer mes parents? demanda Harry, battant le fer pendant qu'il était encore chaud. D'ailleurs, en croyant que James Potter était votre fils, pourquoi n'avez-vous rien fait pour empêcher qu'il ne se fasse tuer?

-Ce n'était pas lui qui aurait dû être tué, grogna Albus.

Les sous-entendus possibles étaient tels que toute la salle retint sa respiration.

-Poursuivez, ordonna Harry.

La magie ambiante lui obéit et Albus dut s'exécuter.

-En 1938, j'ai été envoyé par Armando Dippet dans un orphelinat moldu où le Grimoire de Poudlard avait repéré un enfant sorcier, raconta Albus. J'ai découvert Tom Riddle, orphelin d'une puissance magique impressionnante pour son âge et avec un parchemin de généalogie, descendant de Serpentard.

Beaucoup voulurent s'indigner mais Harry leur fit garder le silence.

-À l'époque, Gellert Grindelwald ne faisait pas encore parler de lui mais j'avais déjà le moyen de le vaincre, assura Albus. Mais comme je n'aimais pas les Serpentards, j'ai considéré que cet enfant serait le parfait moyen de faire disparaître définitivement cette maison de Poudlard. Quand je l'ai accompagné sur le Chemin de Traverse pour qu'il achète ses fournitures d'école, je l'ai entraîné dans l'une des salles d'invocation illégales du quartier des Embrumes et je l'ai réduit en esclavage sans qu'il ne le sache. Je l'ai guidé sur le chemin de sa famille maternelle et j'ai patiemment manipulé ses connaissances sur Salazar Serpentard pour qu'il croie dur comme fer que son ancêtre ne voulait que détruire les moldus et les nés de moldus. Je l'ai poussé à s'intéresser aux pratiques de magie noire les plus sombres et j'ai alimenté sa peur de la mort. Quand j'ai senti sa volonté de créer des horcruxes, je ne l'ai pas arrêté, bien au contraire. En revanche, pour qu'il n'ait réellement plus personne sur qui compter, je lui ai fait tuer Miranda Warren, sa meilleure amie, et utiliser sa mort pour la création de son premier horcruxe. Il était totalement anéanti quand il a découvert ce qu'il a fait.

Tout le conseil avait les yeux écarquillés d'horreur.

-J'ai fait la même chose quand je l'ai guidé vers sa famille paternelle qu'il a exécutée, continua Albus. Mais quand Tom a fini Poudlard, il ne m'a plus intéressé et je l'ai laissé continuer son obsession de vaincre la mort en créant toujours plus d'horcruxes. Quand l'euphorie à la suite de ma victoire contre Grindelwald est retombée, je l'ai amené devant le regard des sorciers qui m'ont de nouveau vu comme leur sauveur. Et puis les premières protestations se sont élevées concernant la durée toujours plus longue de la guerre, les morts toujours plus nombreuses mais également l'immobilisme du camp de la Lumière contre les atrocités perpétrées par Voldemort et ses mangemorts. On me disait trop vieux pour terminer définitivement la guerre, pas assez compatissant … C'est à ce moment-là que j'ai imaginé un événement qui fédérerait toute personne qui n'était pas mangemort ou sympathisant de Voldemort derrière moi … l'attaque sanglante d'une famille importante de la communauté. J'avais d'abord pensé aux Weasley puis aux Longbottom mais mon choix s'est porté sur les Potter quand j'ai appris que Lily détachait James de mon influence et le poussait à réfléchir à mes actes au lieu de me croire sur parole. Voldemort devait simplement tuer Lily et assommer James mais il l'aimait trop pour la laisser se faire tuer sous ses yeux. L'avada qui l'a tué était en fait destiné à sa femme et il l'a pris à sa place, lui permettant de s'enfuir à l'étage, où elle est morte quelques minutes plus tard. L'attaque d'Harry n'était pas prévue, tout juste un doloris, mais pour une raison que je n'explique pas encore aujourd'hui, Voldemort a disparu. L'histoire du Survivant a été très facile à broder ensuite.

Harry respira profondément, essayant de ne pas laisser libre court à sa fureur et sa magie. Mais il avait une dernière question à poser.

-Est-ce que vous étiez présent à la mort de mes parents? demanda Harry d'une voix qu'il peinait à maintenir ferme

-Oui, confirma Albus. Je devais être sûr que Lily meure pour le plus grand Bien.

Fin Flash-Back

Cette réponse avait scellé le destin d'Albus Dumbledore. Il fut rapidement déclaré coupable mais la sanction ne fut décidée qu'après le procès pour l'annihilation de la lignée Serpentard. En effet, en apprenant la manipulation du jeune Tom Riddle, le conseil avait voulu aller au fond des choses et avait pu établir le statut d'esclave du sorcier ainsi que l'influence de son maître sur lui. Les actes de Voldemort prenaient alors un tout autre sens et Dumbledore fut traîné par la suite pour un troisième procès pour crime contre la Magie, l'accusation la plus grave qui pouvait exister à travers le monde. Avec tous les éléments qui avaient pu être rassemblés contre lui, il fut condamné au Jugement de Magia, qui le rendit cracmol et l'exclut du monde non magique. Personne ne lui tendit la main pour qu'il puisse se relever et aux dernières nouvelles, il vivait isolé dans les bas-fonds du Londres sorcier, méprisé de tous.

Harry avait fini par faire la paix avec tous ses souvenirs de Voldemort et avait préféré voir la victime plutôt que le bourreau. Ainsi, chaque anniversaire de la bataille finale, il lui rendait hommage en tant que victime de guerre, ce qui ne voulait pas dire qu'il cautionnait toutes les atrocités dont il était l'auteur. Il se prenait à espérer que si Dumbledore n'avait pas fourré son nez dans une histoire ne le concernait clairement pas, alors la Grande Bretagne sorcière n'aurait pas sombré dans des guerres civiles sans lendemain. Mais ce n'était pas pour autant qu'il pensait que le monde aurait été parfait sans sa présence. Il était conscient que Dumbledore comme Voldemort n'avaient fait que mettre en lumière les points de la société qu'il fallait absolument changer pour ne pas disparaître. La transmission de la culture sorcière, peu importe les origines, les conséquences de la consanguinité induite par la pureté du sang, les hommages à la Magie, la prise en charge des enfants sorciers qui n'étaient pas nés dans le monde sorcier … autant d'éléments qu'il fallait corriger sans pour autant mettre le pays à feu et à sang. Heureusement, ses camarades et lui œuvraient en ce sens et parvenaient sans problème à convaincre toujours plus de monde, ce qui avait un impact positif sur l'économie ou encore, la politique internationale.

Harry était conscient que leur monde était passé à deux doigts du chaos.

Fin