Hello, tout le monde !
Je remercie Nemerof91 pour sa review et sa fidélité.
Joyeuse Saint-Valentin et bon week-end !
Disclaimer : Le Seigneur des Anneaux appartient à J.R.R. Tolkien. Et Final Fantasy 7 à Square Enix.
Chapitre 22 :
La Vallée du Tournesaule
Lowen en avait marre. Cette forêt lui filait la chair de poule.
Par moments, l'air devenait chaud, étouffant, et l'atmosphère si sombre et menaçante que les cinq compagnons avaient l'impression que quelque chose allait fondre sur eux.
Soudain, Lowen dérapa dans une flaque de boue. Jurant, elle se retrouva à genoux dans la terre humide.
Et dire que je devrais être sur la plage avec mes frères et mes copines, à bronzer en sirotant un cocktail !
Tout en se relevant, elle maudit sa curiosité. Qu'est-ce qui l'avait poussée à chercher d'où venaient ces voix ? Pourquoi n'avait-elle pas ignoré l'histoire d'Iruka ?
Sentant que l'humeur du groupe s'assombrissait, Frodon se mit à chanter doucement une chanson sur les forêts qui ont une fin, le soleil qui éclaircissait le monde… Ce chant arracha un faible sourire à Lowen. Elle se rappelait les chansons que Faelwen lui chantait parfois le soir, quand elle était toute petite.
Soudain, une énorme branche tomba derrière le groupe avec fracas, interrompant net le chant du Hobbit. Apparemment, les arbres n'avaient pas aimé sa chanson.
Les quatre Hobbits détournèrent le regard de la branche et s'aperçurent que Lowen avait disparu.
« Où est-elle ? » demanda Frodon.
Paniqués, les quatre Hobbits se mirent à l'appeler, puis crier son nom, quand sa voix leur parvint.
« Ici ! Je suis là ! »
Ils regardèrent autour d'eux sans comprendre. Sa voix paraissait affaiblie, comme si elle parlait à travers un mur.
« Mais où êtes-vous ? »
« Regardez par terre ! » cria la jeune fille.
Ils virent un trou près des racines d'un arbre. La malheureuse avait dû tomber dedans.
« Vous êtes blessée ? » s'inquiéta Merry.
« Non, mais je n'arrive pas remonter, la terre est trop meuble. Vous avez une corde ? »
Sam voulut fouiller dans son sac à dos, quand les arbres alentour se mirent à émettre des bruits menaçants.
Pétrifiés, les quatre Hobbits virent leurs racines bouger sur le sol. Tels des serpents, elles s'animèrent et parurent labourer la terre.
Le trou par lequel était tombée Lowen s'élargit brusquement, les faisant dévaler tous les quatre une pente boueuse jusque devant l'entrée d'un tunnel. La jeune fille se tenait sur le seuil, le visage sale et son pantalon déchiré.
« Ça va aller ? » demanda la jeune fille en les aidant à se relever.
« Cette forêt ne nous aime vraiment pas », soupira Pippin.
Coincés sous terre, ils n'eurent d'autre choix que d'emprunter le tunnel. Comme il faisait sombre, Lowen sortit son téléphone et activa la fonction lampe. En voyant son étrange appareil émettre un faisceau lumineux, les Hobbits furent fortement intrigués.
« C'est une lampe magique ? » demanda Pippin.
« Si on veut… Mais ça ne durera pas longtemps, alors trouvons vite une sortie », dit la jeune fille.
Ils traversèrent un couloir sombre. Ici, des bruits de bestioles se faisaient entendre, leurs petites pattes creusant dans le sol en quête de nourriture ou de cachette. Des racines saillaient du plafond, obligeant Lowen et les Hobbits à tendre les bras pour les écarter.
Bientôt, ils aperçurent une lumière au loin. Reprenant espoir, ils marchèrent pus rapidement vers elle et arrivèrent dans une galerie aux murs couverts de champignons lumineux.
Lowen éteignit son téléphone et en arracha un du sol. Il brillait toujours, comme une ampoule à batterie autonome.
Enthousiastes, les Hobbits en prirent un à leur tour.
Tout en poursuivant son chemin, Lowen dit : « Ils sont peut-être vénéneux, ne vous léchez pas les doigts. »
Soudain, un bruit de mastication l'arrêta.
« (Crunch !) Moi… (Crunch ! )F'trouve qui v'ont l'air bon, moi ! (Slurp !) » dit Pippin, la bouche pleine.
Lowen se tourna vers les Hobbits et prit l'air sévère. Leurs champignons avaient disparu et leur corps brillait d'un puissant éclat. Cela évoqua à la jeune fille le phénomène de bioluminescence de certaines méduses et autres créatures aquatiques peuplant les abysses. Sauf que sur les Hobbits, ça leur donnait plus l'air de fantômes.
« Vous avez mangé des champignons », leur reprocha la jeune fille.
« Oh non ! » nièrent les quatre Hobbits en chœur.
« Si ! Vous avez tous mangé des champignons. »
Les Hobbits nièrent de plus belle, arrachant un soupir fatigué à la jeune fille.
« Désolé, mam'selle Lowen, mais on aime trop les champignons ! » dit Sam avec un sourire penaud.
« Eh bien, si vous tombez malades, ne comptez pas sur moi pour vous porter. »
Ils reprirent leur route dans un silence gêné. Lowen n'osait l'admettre à haute voix, mais la lumière dégagée par les quatre petits hommes la rassurait. Au moins, ils voyaient vraiment clair dans ce tunnel.
Elle fut tentée de jeter son champignon, quand elle eut l'impression que la lumière des Hobbits déclinait dans son dos.
« Hic ! »
Soudain, il fit noir derrière elle. Lowen voulut se retourner, quand…
« Hic ! »
La lumière revint.
« Hic ! »
Puis il fit à nouveau noir. Lowen se retourna et vit que les quatre Hobbits ne brillaient plus. Apparemment, ils avaient vite digéré leurs champignons. Sauf Pippin, qui clignotait comme une ampoule défectueuse.
« C'est agaçant ! » dit la jeune fille.
« Hic ! C'est pas ma faute, j'ai le… Hic ! hoquet ! Hic ! »
« Normal, tu manges trop vite », lui reprocha Merry.
« Et n'importe quoi ! » renchérit Lowen. « Bon, venez ! »
Ils poursuivirent leur route à travers le tunnel, avec pour seul son celui de leurs pas et le hoquet du Hobbit.
Bientôt, le chemin parut plus escarpé, les obligeant à grimper jusqu'à atteindre une ouverture.
Sitôt dehors, Lowen écarquilla les yeux. L'air était plus frais, même si le concert de grincements de branches et de bestioles de la Vieille Forêt se faisait toujours entendre.
Toute contente, la jeune fille aida les Hobbits à sortir de terre. Ceux-ci apprécièrent également le retour à l'air libre.
D'un commun accord, ils s'éloignèrent du trou et poursuivirent leur route jusqu'à atteindre une clairière.
Il faisait presque nuit lorsqu'ils s'y arrêtèrent pour installer leur campement.
Pippin voulut machinalement se mettre en quête de petit bois pour le feu, mais à peine eut-il formulé cette idée que les arbres émirent des grondements menaçants.
« Ok, ok, ok, on ne ramasse rien ! Promis, on ne touche à rien ! » dit Lowen en levant les mains vers le haut.
Lorsque les arbres se furent calmés, elle s'assit à même le sol et fit signe aux Hobbits de l'imiter, ce qu'ils firent en jetant des regards prudents autour d'eux.
Avec des gestes mesurés, les Semi-Hommes sortirent du pain, du fromage et du saucisson de leurs sacs, qu'ils voulurent partager avec la jeune fille pour le dîner, mais celle-ci leur expliqua qu'elle avait des problèmes avec ce genre d'aliments. Heureusement, les Hobbits avaient aussi des pommes et des poires dans leurs sacs.
« Je comprends maintenant pourquoi les Cavaliers Noirs ne nous ont pas suivis ici », soupira Frodon.
« Où sommes-nous, à part dans la Vieille Forêt ? » demanda Sam.
« Tout près de la vallée du Tournesaule. Mais il vaut mieux ne pas nous en approcher », dit Merry.
« Et pourquoi pas ? » demanda Lowen.
« Les vieilles histoires racontent que la vallée du Tournesaule est la partie la plus étrange de toute la forêt. Le centre de toute l'étrangeté de cet endroit ! »
« Peux-tu nous faire contourner la vallée, Merry ? » demanda Frodon.
Mal à l'aise, Merry se passa la main derrière la nuque.
« Je pensais pouvoir le faire, mais à la façon dont ces arbres changent de place, je n'en suis plus si sûr. C'est… C'est comme s'ils nous poussaient par ici. »
« Merry pensait connaître son chemin dans la forêt. Mais comment qui que ce soit peut-il retrouver son chemin quand la forêt refuse de rester en place ? » soupira Sam.
Lowen était bien d'accord avec lui. Cette forêt leur était clairement hostile, elle était prête à tout pour les blesser.
« Je suis désolé de nous avoir amenés dans un endroit si dangereux. Mais au moins, nous nous sommes débarrassés des Cavaliers Noirs », dit Merry.
L'adolescente ignorait à quels cavaliers il faisait référence. Et elle n'en voulait pas à Merry, ce n'était nullement sa faute si elle était ici.
C'est à cause de ma maudite curiosité.
Elle caressa avec tristesse ses bracelets de matérias. Une fois de plus, elle s'était retrouvée embarquée dans une histoire qui la dépassait complètement.
Finalement, les Hobbits installèrent des couvertures et des oreillers par terre.
Tout le monde se coucha à même le sol. Enveloppée dans sa petite cape, Lowen regarda le ciel étoilé. Leur clairière était un des rares endroits que le feuillage des arbres ne recouvrait pas entièrement.
Les constellations dans le ciel ne lui étaient guère familières. Elle se rappela son cinquième anniversaire, à Mirkwood.
Cette nuit-là, Faelwen lui avait fait une surprise incroyable. Au lieu de passer la soirée dans les cavernes du palais, elle l'avait emmenée dans les jardins, puis fait traverser une cascade dissimulant un tunnel rocheux. L'endroit était empli de cristaux lumineux.
La main dans celle de la guérisseuse, Lowen l'avait suivie en haut d'un escalier qui montait en colimaçon jusqu'à une plate-forme d'observation.
L'enfant avait réalisé que leur perchoir était en fait un arbre fossilisé, que les Elfes avaient façonné en un poste d'observation surplombant la forêt.
Là, confortablement assise sur les genoux de l'Elfe, enveloppée dans une couverture, l'enfant avait admiré le ciel étoilé au-dessus d'elle.
Elle avait tout de suite remarqué l'étoile la plus brillante : Eärendil. Faelwen lui avait raconté une longue et belle histoire au sujet de cet astre.
Lowen ne se rappelait plus le nom des autres constellations de ce monde, d'autant qu'elles se mêlaient avec celles apprises sur Terre et Gaïa.
Elle pensa aux histoires que Sephiroth lui avait racontées sur Cosmo Canyon. D'après lui, c'était l'endroit où tous les étudiants de planétologie se rendaient pour y étudier l'astronomie, mais aussi la mythologie de la planète. C'était aussi l'endroit de prédilection de son ancien tuteur, le professeur Gast.
Lowen avait projeté de se rendre là-bas pour ses dix-huit ans. Et elle avait demandé aux garçons qu'ils s'y rendent ensemble, pour son anniversaire. Sephiroth avait paru amusé qu'elle lui impose cette condition, mais il lui avait promis qu'il ferait de son mieux pour se libérer dans le futur.
Soudain, une étoile filante traversa le ciel. Lowen se dépêcha de prier.
Faites que tous ceux que j'aime, dans tous les mondes que je connais, soient à l'abri du danger. C'est tout ce que je souhaite.
Soudain, un clignotement suspect attira son attention sur la gauche. Elle vit que Pippin ronflait en dormant. Et qu'à chaque inspiration, il s'allumait brièvement.
J'y crois pas ! Il a remangé des champignons.
Les trois autres Hobbits lui lancèrent un regard agacé. Eux aussi étaient gênés par cette luminosité intempestive.
Tous durent se résigner à tourner le dos au Hobbit pour essayer de dormir.
Finalement, ils parvinrent à s'endormir, mais leur sommeil fut agité.
Le lendemain matin, l'ambiance était toujours aussi lugubre dans la forêt.
Néanmoins, Lowen fut surprise de voir que le sentier était visible. Aucun arbre ne vint encombrer leur chemin. Cela ne fit que renforcer sa suspicion. Merry avait raison, c'était comme si les arbres voulaient pousser les cinq voyageurs vers une destination précise.
La jeune fille caressa le manche de son sabre. Peu importe ce que la forêt mijotait, elle n'allait pas laisser ses nouveaux amis souffrir.
Ils arrivèrent dans une vallée traversée par une rivière. Ici, l'air était étonnamment plus frais. Cette différence de température était fort agréable.
Ils atteignirent une rivière et s'y arrêtèrent, le temps de remplir leurs gourdes, puis ils reprirent la route en suivant le cours d'eau.
Tandis qu'ils avançaient, Lowen se crispa. La voix agressive des arbres diminuait, mais une autre, plus forte et sournoise, gagnait en force à mesure qu'ils avançaient.
Bientôt, ils arrivèrent devant un immense saule pleureur. La jeune fille n'en avait encore jamais vu de cette taille. Il aurait pu rivaliser avec les arbres de Mirkwood !
Mais le plus inquiétant, c'était la voix qui émanait de son tronc. Elle émettait une douce mélodie, langoureuse et hypnotique.
« Je ne peux pas continuer », dit Merry en bâillant. « Je dois me reposer. »
« Maintenant ? Mais ce n'est que le début de l'après-midi ! » s'étonna Lowen.
Ignorant ses paroles, le Hobbit s'allongea au pied d'une racine du saule.
Pippin imita son cousin et s'allongea près de lui.
« Il fait frais sous ce saule… Moins de mouches ! » dit-il avec un sourire rêveur.
Lowen n'y comprenait rien. Qu'arrivait-il aux Hobbits ?
Sam se tourna vers Frodon et la jeune fille. Il peinait à garder les yeux ouverts.
« Cet arbre n'est pas normal », dit le Hobbit. « Vous l'entendez chanter le sommeil ? Ce n'est pas normal… pas normââââââl du tout ». »
Frodon dodelinait de la tête lui aussi. Lowen en eut assez. Elle tira les deux Hobbits par le col de leur cape en arrière, quand elle sentit quelque chose s'enrouler autour de sa cheville.
Surprise, elle vit que c'était une racine du saule. Tel un serpent, il serra plus fort sa cheville, ce qui la fit basculer sur le ventre.
Avec un cri de panique, Lowen fut tirée en arrière. Son cri réveilla les deux Hobbits, qui la saisirent chacun par la main et tirèrent en arrière.
« Tenez bon, Lowen ! » dit Frodon.
« On va vous aider ! » renchérit Sam.
Hélas, les deux Hobbits n'étaient pas de taille face à cet arbre. Lowen sentit ses mains glisser de celles de ses amis.
Impuissante, elle fut entraînée dans un trou à la base du tronc.
L'endroit était rempli de terre, si bien qu'elle se retrouva coincée, incapable de bouger.
Catastrophée, Lowen voulut crier, mais de la terre s'engouffra dans sa bouche, puis des feuilles pourries lui couvrirent la vue.
Non ! Pas ça…
Elle allait mourir enterrée vivante, seule dans le noir. Et ses amis ne pourraient jamais sortir de la forêt.
Elle s'attendit à ce que le manque d'air se fasse sentir, mais plus les secondes passaient, moins elle avait mal. Au contraire, elle trouvait plutôt cette situation… étrangement agréable.
Le contact avec la terre noire et humide lui faisait du bien, comme si sa peau aspirait l'humidité pour s'en nourrir.
Qu'est-ce qui m'arrive ? Pourquoi j'aime ça ?
Elle se rappela alors un détail : elle était à moitié végétale. Elle n'avait pas de cœur battant dans sa poitrine. Et cinq mois après son séjour à Banora, Sephiroth l'avait emmenée dans une piscine de Midgar pour lui faire travailler son niveau d'apnée.
Debout au bord du bassin, il l'avait chronométrée tandis qu'elle retenait sa respiration sous l'eau. Et il avait été fort surpris, comme elle, de découvrir qu'elle pouvait rester dix minutes sous l'eau sans respirer. Lowen sentait qu'elle aurait pu tenir plus longtemps, s'il l'avait laissé faire. Mais il y avait un maître nageur, aussi avaient-ils dû écourter la séance pour ne pas attirer l'attention.
Si elle était à moitié fleur, alors peut-être que, comme elles, la jeune fille n'avait pas besoin de respirer avec ses poumons ? Sa peau aspirait-elle le dioxyde de carbone pour produire de l'oxygène ?
Tâchant de se détendre, Lowen ferma les yeux. Elle sentit soudain quelque chose effleurer sa joue. Elle eut peur que ce soit un ver de terre ou un serpent, mais le contact était rugueux, comme l'écorce d'un arbre.
Elle sentit une conscience effleurer la sienne, puis se lier à son esprit. Ce fut un choc que de réaliser qu'il s'agissait de l'âme du saule. Il l'arracha à la barrière de son corps, la plongeant dans le sien.
Lowen fut stupéfaite de réaliser combien il était vieux et en colère. Son cœur était pourri, mais sa force verte. C'était un arbre rusé, pouvant commander aux vents, et c'était lui le dominateur sur presque tous les arbres de la forêt.
La jeune fille aurait aimé lui dire de se calmer, mais il n'y avait pas de mot dans leur échange, aucune pensée formulée avec le vocabulaire humain. Il n'y avait que des images et des sensations.
Pire, le Grand Saule avait un esprit si fort que Lowen ne pouvait l'influencer. Il pouvait transmettre ses émotions au reste de la forêt, alimentant la colère des arbres. C'était à la fois magnifique et effrayant. Face à un esprit aussi ancien, Lowen se sentit petite et ridicule.
Elle vit bientôt des images récentes dans l'esprit du Saule : Frodon. Il était debout, près de ses trois amis endormis. Le pauvre semblait désemparé, tandis qu'il tentait de frapper une racine du vieux Saule.
« Rends-moi mes amis ! Laisse-nous partir ! » gémit le Hobbit.
Face à cette vision déchirante, Lowen s'agita. Elle ne pouvait pas rester inactive ! Elle avait déjà abandonné ses frères et ses amies sur Gaïa. Elle n'allait pas abandonner quatre autres amis à leur sort dans cette forêt.
Elle essaya de remuer les bras et les jambes, mais la terre était partout autour d'elle.
Ça suffit ! Je veux sortir.
Elle sentit l'esprit du Saule lui transmettre des images apaisantes : une plante qui se reposait sous terre, un arbre couvert de givre comme d'un manteau chaud et qui passait l'hiver à dormir, dormir, dormir…
C'était très tentant. Mais Lowen refusait d'oublier ses amis. Elle s'agita de plus belle. Cette fois, l'esprit de l'arbre se mit en colère et l'attaqua avec des images d'insectes rongeant ses racines.
Cela fit presque son effet, mais Lowen savait que cet arbre retors essayait de la décourager. Elle se débattit de plus belle et sentit avec soulagement la terre se faire moins dure autour d'elle.
Bientôt, elle parvint à sortir une main du sol. Reprenant espoir, elle tendit l'autre bras et agrippa une racine à la surface.
Elle essaya de se tirer vers l'avant, mais le reste de son corps était enterré sous une épaisse couche de terre.
Une voix lui parvint, étouffée, mais autoritaire.
« Holà ! Veux-tu bien les laisser sortir, vieil Homme-Saule ! Tu ne devrais pas être éveillé. Mange de la terre ! Creuse profond ! Bois de l'eau ! Dors ! Bombadil parle ! »
Soudain, une main agrippa la sienne et l'aida à émerger du sous-sol.
Toussant, crachant, Lowen sortit de sous l'arbre avec l'aide de Frodon.
« Oh, Lowen ! Vous m'avez fait une de ces peurs », soupira le Hobbit.
« Je… Désolée », dit la jeune fille d'une voix blanche.
Elle recula vivement de l'arbre, jusqu'à rejoindre les Hobbits. Ils étaient réveillés, mais paraissaient perdus, comme si on les avait tirés d'un rêve fort prenant.
Et près d'eux se tenait un drôle de bonhomme. Vêtu d'un grand manteau bleu et coiffé d'un chapeau orné d'une plume, il avait une barbe brune et faisait juste une tête de plus que les Hobbits.
« Merci », soupira Sam.
« Oui, merci », dit Merry.
« Beaucoup ! » renchérit Pippin.
Lowen aussi voulut le remercier, mais elle était encore sous le choc de ce qui lui était arrivé.
Elle ne put qu'observer en silence ce curieux monsieur.
« Eh bien, mes jeunes amis ! Où donc alliez-vous, hein, haletant comme un soufflet ? Que se passe-t-il donc ? »
« Nous sommes des voyageurs perdus dans cette forêt », dit Frodon. « Et sans vous, cet arbre nous aurait fait beaucoup de mal. »
Tom regarda Lowen et parut surpris. Il se pencha vers elle et eut un sourire intrigué.
« Eh bien, je ne pensais pas qu'un jour, j'en rencontrerais une aussi jeune ! La belle dame Baie d'Or sera ravie de vous rencontrer, jeune demoiselle. Venez ! Venez tous chez Tom Bombadil ! »
« Où… ? » demanda Sam.
« Il sera bien temps de poser des questions pendant le souper ! Suivez-moi. »
Lowen se remit tant bien que mal sur ses jambes. Comme les Hobbits, elle suivit le mystérieux Tom Bombadil.
Tandis qu'ils suivaient le cours d'eau, elle lança un regard en arrière. Le saule était immobile et n'émettait plus qu'un vague bourdonnement boudeur. Visiblement, Tom avait réussi par un mystérieux procédé à le calmer.
En repensant à la façon dont son esprit avait agressé le sien, la jeune fille eut un frisson.
« Tout va bien, mam'selle Lowen ? » demanda Sam.
« Oui… je crois. »
« Vous êtes restée longtemps sous terre ! J'ai cru que vous alliez mourir étouffée », dit Frodon.
Lowen essaya de lui sourire, mais cela devait sûrement ressembler à une grimace.
Enfin, ils atteignirent la demeure de leur sauveur.
On aurait dit une chaumière à première vue, mais elle était grande et ses murs clairs. Chaque fenêtre arborait de jolis vitraux colorés.
Tom leur ouvrit la porte et leur fit traverser un vaste couloir. Ils arrivèrent dans une salle remplie de bassines d'eau où reposaient des nénuphares.
Et là, assise devant une grande cheminée, se tenait une belle femme. Ses yeux étaient d'un beau bleu clair et ses longs cheveux dorés ondulaient sur ses épaules. Elle était vêtue d'une longue robe verte comme les roseaux, mais ne portait nulle chaussure.
« Tom, tu ne m'avais pas dit que nous aurions des invités ! Soyez les bienvenus, mes amis ! Je suis Baie d'Or, fille de la rivière », dit la femme en se levant de son siège.
« Vous êtes les maîtres de cette forêt, tous les deux ? » demanda Frodon.
À ces mots, Baie d'Or perdit le sourire.
« Oh non, ce serait là un fardeau. Mais Tom est le maître. »
« Un aîné, voilà ce que je suis », renchérit le concerné.
« Tom était ici avant la rivière et les arbres », dit Baie d'Or. « Il se souvient de la première pluie, du premier des Grandes Gens et du premier des Petites Gens. Il était là avant les Rois et les Êtres des Galgals, avant que les Elfes partent à l'ouest, et avant que les mers ne soient tordues. Avant que le Seigneur Ténébreux ne vienne de l'Extérieur. »
La jolie dame s'aperçut de la présence de Lowen. Cette dernière eut honte de son apparence. Baie d'Or avait tout d'une princesse de la forêt, alors qu'elle était couverte de boue et de brindilles, et ses cheveux crasseux et emmêlés.
« Une Grande Gens qui chemine avec des Petites Gens ? Comme c'est charmant. »
Baie d'Or s'approcha de l'adolescente. Sitôt que leurs regards se croisèrent, toutes deux se figèrent.
Cette femme avait quelque chose en commun avec elle, Lowen le sentait. Ce n'était qu'une sensation, mais elle était si forte qu'on ne pouvait la nier.
« Quelles sont tes racines, jeune fille de la fleur ? Tu ne viens pas de la même forêt que moi », dit Baie d'Or d'une voix douce.
« Je… Je viens de Mirkwood », répondit Lowen.
Cette réponse avait franchi ses lèvres malgré elle. Pourtant, elle n'avait jamais eu l'intention de l'avouer à qui que ce soit, tant le souvenir de la Forêt Noire était douloureux. Mais Baie d'Or lui inspirait plus confiance que toutes les autres personnes présentes en ces lieux.
« Oh, une fleur de l'Est ? Je suis heureuse de te rencontrer, jeune sœur ! »
Les Hobbits observèrent l'échange des deux jeunes filles sans comprendre. Jeune sœur ? Fille de la fleur ?
« Suis-moi, tu as grand besoin de te rafraîchir, après toutes ces épreuves », dit la dame aux cheveux d'or.
Lowen la suivit à travers une enfilade de couloirs, jusqu'à arriver dans une pièce envahie par un immense bassin d'eau pure.
« Je te laisse à tes ablutions et reviendrai avec des vêtements propres », dit la dame.
Elle s'en alla avant que Lowen n'ait eu le temps de la remercier.
Abandonnant avec soulagement ses vêtements crasseux, la jeune fille plongea dans le bassin. L'eau était juste à la bonne température et dégageait un agréable parfum de rose.
L'adolescente resta allongée quelques instants sur le dos, puis elle entreprit de frotter ses cheveux et sa peau.
Lorsqu'elle se sentit suffisamment propre, elle nagea vers le rebord du bassin. Baie d'Or semblait être passée en silence, car au lieu de ses vêtements, il y en avait de nouveaux.
La jeune fille fut rassurée de voir que la dame lui avait laissé son collier, son sabre, son téléphone et ses bracelets, mais elle avait aussi ajouté un peigne et une ceinture tressée avec des roseaux, ainsi qu'une petite bourse en toile.
Lowen enfila une longue robe vert sapin et utilisa le peigne pour brosser sa chevelure.
Après cela, elle remit ses bracelets, glissa le téléphone dans la bourse à sa ceinture, remit son sabre en bandoulière et traversa le couloir.
Baie d'Or l'attendait un peu plus loin. Elle la conduisit dans une salle où se trouvait une longue table.
Elle était chargée de pots de crème, de rayons de miel, de pain blanc et de beurre. Les Hobbits étaient déjà assis autour de la table et mangeaient avec appétit, tandis que Tom chantait et riait.
Baie d'Or laissa Lowen s'asseoir et posa devant elle un bol rempli de fruits, puis elle rejoignit son époux.
Réalisant soudain combien elle avait faim, la jeune fille prit une pomme, une poire, une grappe de raisin, puis un rayon de miel. Ce dernier était délicieux et coulait doucement sur la langue.
Tandis qu'elle en reprenait, Tom tendit brusquement la main vers Frodon.
« Montrez-moi l'Anneau Unique. »
Lowen regarda Frodon sans comprendre. Ce dernier parut surpris, puis gêné. Lentement, avec réticence, il sortit un anneau d'une poche de sa veste.
En le voyant, Lowen sentit quelque chose remuer en elle. C'était encore plus fort qu'avec le Saule ou Baie d'Or. Cet anneau… ce n'était pas un vulgaire bijou. Il renfermait un pouvoir. Non, plus que ça. Il renfermait un morceau d'un être qui lui était familier.
Lorsque les flammes firent briller un bref instant le bijou, Lowen eut une vision fugace d'un œil encerclé de flammes. Elle ferma les yeux pour chasser cette vision.
Le rire de Tom la fit rouvrir les yeux. Il tenait l'anneau dans sa main. Soudain, il le mit à son doigt. Ce geste parut surprendre les Hobbits.
Lowen se crispa, comme si le geste de Tom l'avait mise sur la défensive.
Il ne t'appartient pas ! Il n'a rien à faire à ton doigt, pensa la jeune fille.
Ces pensées la surprirent. Qui était-elle pour penser ça ? C'était la première fois qu'elle voyait ce bijou et il lui faisait un effet des plus étrange.
Toujours riant, Tom fit sauter l'anneau de son doigt et le rendit à Frodon. Ce dernier le regarda avec méfiance, comme s'il craignait qu'on lui en ait donné un autre.
Lowen devina son geste et voulut l'arrêter, mais il était trop tard. Frodon le passa à son doigt.
Aussitôt, il disparut. Lowen se leva de son siège avec l'intention de crier, quand Tom prit la parole.
« Helà, Frodon ! Ne partez pas si loin, revenez ici ! Allez, le vieux Tom n'est pas encore aveugle. Ôtez l'Anneau, votre main est plus belle sans lui. »
Le Hobbit ne tarda pas à réapparaître avec l'anneau dans sa main.
« Je croyais que… » tenta faiblement le Hobbit.
Lowen détourna le regard avec une grimace. Elle ne comprenait rien à ce qui s'était passé, mais plus encore, elle ne comprenait pas pourquoi la vision de cet anneau la mettait dans cet état.
« À présent, il est l'heure d'aller dormir, mes chers petits amis. Nous allons vous conduire à vos chambres », dit Tom en se levant.
Tandis que les Hobbits suivaient Tom vers un couloir, Baie d'Or guida Lowen à travers un autre.
La chambre qui lui était réservée n'avait rien d'une chambre, en soi. Le sol était recouvert d'une mousse verte et fraîche qui évoquait du velours. De jolies fleurs la parsemaient de leurs pétales colorés, diffusant un agréable parfum dans la pièce.
Et au milieu se dressait un lit dont le sommier était composé d'un entrelacs de branches.
Il n'y avait pas de matelas, mais un tas de plumes d'oiseau et une couette chaude.
« Repose-toi bien maintenant, avec le chant de la rivière et le murmure des étoiles pour seule compagnie », dit Baie d'Or.
Lowen la remercia.
Une fois seule, elle s'installa doucement sur le lit. Le tas de plumes était incroyablement doux et confortable. C'était mieux que tous les matelas qu'elle avait essayés dans ses deux vies.
Allongée dans le noir, la jeune fille réfléchit à tout ce qui lui était arrivé. Elle voulut penser à ses frères, mais au lieu de ça, ses pensées se focalisèrent sur l'anneau de Frodon.
Quelque chose lui soufflait que le voyage des quatre Semi-Hommes était lié à cet objet. Mais quoi ? Elle se demanda s'il ne valait pas mieux qu'elle les quitte, une fois hors de la forêt.
Cette idée lui faisait de la peine, elle s'était attachée aux Semi-Hommes. Mais l'anneau de Frodon la mettait extrêmement mal à l'aise.
Qu'était cette sensation, d'ailleurs ? Pas de l'envie ou de la convoitise, ça, elle en était sûre. Non, c'était juste… désagréable. Un peu comme si Sauron se trouvait dans cet anneau, en fait.
Mais comment quelqu'un comme Frodon pouvait-il voyager avec un objet pareil ?
Ses doigts tripotèrent distraitement son collier, quand un souvenir lui revint brusquement à l'esprit.
Elle se rappela sa discussion avec la dame Galadriel en rêve, lorsqu'elle n'était qu'une enfant qui fuyait Mirkwood avec l'aide de Talion. Sa voix résonna en écho dans sa tête, tandis qu'elle se remémorait ses explications.
« Sur les terres du Mordor, dans les flammes de la Montagne du Destin, Sauron forgea en secret un maître anneau. Dans cet anneau, il déversa sa cruauté, sa malveillance et sa volonté de dominer toute vie. Un Anneau pour les gouverner tous… »
La jeune fille se redressa d'un coup. Était-ce possible ? Cet anneau que transportait le Hobbit pouvait-il être l'objet qui avait bouleversé l'avenir de la Terre du Milieu ? Ce bijou était-il celui que le fantôme de Sauron convoitait plus que tout ?
Nerveuse, elle voulut se lever et aller voir le Hobbit tout de suite pour lui poser la question, mais elle s'arrêta.
Non, ce serait stupide, voire grossier pour Tom et Baie d'Or, de confronter le Hobbit maintenant sur le sujet.
Demain serait un autre jour. Elle poserait des questions à Frodon lorsqu'ils seraient seuls.
En espérant qu'il aurait l'honnêteté de lui répondre.
