Bonjour !
J'espère que vous allez bien :) Je vous laisse avec ce nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture !
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Chapitre 10
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Le manoir brillait de mille feux, perçant l'obscurité ambiante. Chaque fenêtre, du rez-de-chaussée au troisième étage, était illuminée et leurs multiples reflets s'étalaient brillamment sur la pelouse du parc. Draco s'approcha d'un pas mesuré du haut portail en fer forgé qui marquait l'entrée de la propriété. Il était habillé d'un simple pantalon et t-shirt, et de loin, dans l'obscurité, il aurait pu passer pour un humain. Mais quelque chose d'indéfini dans sa démarche souple, dans son regard glacé, dans ses traits froids et intemporels, trahissait le prédateur qu'il était.
Les humains qui se tenaient devant le portail repérèrent immédiatement son approche. Et ils ne s'y trompèrent pas. Draco les entendit distinctement chuchoter entre eux. Des pièces de monnaie tintèrent, des inspirations inquiètes se firent entendre, des cœurs se mirent à battre plus vite. Ils s'écartèrent prestement pour le laisser passer, cherchant à se fondre dans l'obscurité. Mais Draco discernait encore parfaitement leurs visages terrifiés. Il leur accorda à peine un regard avant de pénétrer dans l'immense propriété.
Il connaissait déjà le chemin par cœur. Les bois sombres lui offrirent un abri bienvenu tandis qu'il se faufilait à travers le parc, contournant le manoir. Il se fondait parfaitement dans l'obscurité, aussi silencieux qu'une ombre, invisible aux yeux de tous. La musique était déjà perceptible à son ouïe affinée, le bruit des conversations, les rires, le tintement des verres. Il sentait l'excitation monter en lui. De vieux réflexes refaisaient surface. L'envie de se divertir. De chasser. De jouer avec les humains. De les ensorceler pour mieux les emprisonner. Il y a quelques années, il aurait pris un plaisir immense à s'imprégner de leur odeur, à passer la soirée à déterminer lequel appelait le plus sa soif, à essayer de deviner le goût de leur sang. Sa soirée n'aurait été que jeux, chasse et assouvissement de son besoin le plus primaire: sa soif.
Aujourd'hui, seul Harry comptait. La délectation qu'il prenait à boire son sang ne pouvait égaler rien d'autre en ce monde, certainement pas la tension de la chasse, qui avait un jour été son plus grand plaisir.
Néanmoins, s'il ne buvait plus que le sang de son calice, qui le comblait amplement, cela ne pouvait pas dire qu'il ne pouvait plus jouer avec les humains qui croisaient sa route.
Un effleurement, imperceptible à une oreille humaine, lui fit faire volte-face. Plus bas sur la pelouse, contre un imposant chêne, se tenaient un vampire et une humaine. Il lui parlait doucement à l'oreille et Draco discerna parfaitement ses yeux écarquillés, le souffle bloqué dans sa gorge, son visage déformé par la peur tandis que le visage du prédateur glissait dans son cou.
Draco se détourna et reprit son chemin.
Une trentaine d'humains était éparpillée sur la pelouse parfaitement entretenue du manoir, en bas de la terrasse. Regroupés en petits groupes près du buffet ou sous les pergolas, ils discutaient, sans effusion, un verre ou un amuse-bouche à la main. L'endroit était éclairé par des chandelles et des torches enflammées, rendant l'atmosphère un peu mystérieuse. La musique jouait, mais pas trop fort. La soirée ne faisait que commencer et tout était encore calme.
Il y avait des vampires aussi. Loin d'être aussi nombreux que les humains, ils étaient pourtant facilement identifiables parmi eux, avec leur pâleur mortuaire et leur étrange immobilité. Certains semblaient déjà avoir jeté leur dévolu sur leur proie de la soirée.
Draco traversa les jardins, prêtant à peine attention aux regards fascinés qui se tournaient dans sa direction. Laissant tout ce beau monde derrière lui, il gravit les marches de la terrasse, territoire interdit aux humains.
-Draco ! salua poliment Blaise sans lever les yeux de son jeu de cartes. Ravi de te voir.
Il semblait tel un Dieu dominant son royaume. Assis en bout de table, installé directement face au parc du manoir, il voyait tout ce qu'il s'y passait et était vu de tous. La terrasse surplombait la fête qui se jouait en contrebas et les humains envieux levaient leurs visages dans sa direction, les yeux emplis d'espoir, de crainte et de fascination. Il était évident que Blaise, comme tous les vampires présents, se délectait des émotions qu'ils faisaient naître parmi les quelques humains suffisamment chanceux pour être ici ce soir.
Draco les rejoint sous la pergola et prit place autour de la table. La partie de poker était en cour et elle durerait probablement toute la nuit, peut-être plus. Ou peut-être tournerait-elle court si des besoins plus terre à terre nécessitaient d'être assouvis. Des sommes importantes étaient en jeu mais cela avait peu d'importance. L'argent ne comptait pas. Ce qui comptait réellement était de passer le temps. D'une façon ou d'une autre. Survivre à la prochaine heure, puis à la suivante et ainsi de suite pour l'éternité. Et tous ici savaient que l'éternité pouvait être longue. Très longue.
Blaise menait le jeu avec son faste habituel, tout en surveillant la soirée qui se déroulait sous ses yeux avides. Il repérait les humains les plus entreprenants, ceux qui osaient croiser son regard, les disputes, la drogue qui circulait, l'alcool qui coulait à flot, car il en fallait pour avoir le courage de se trouver ici, ce soir. Il voyait les humains qui menaient le jeu, ceux qui préféraient se faire discrets, ceux qui semblaient regretter d'être ici, maintenant qu'ils voyaient de leurs yeux les vampires présents, ceux au contraire qui pourraient représenter un défi, se révéler plus divertissants que les autres.
-Je vois que tu es venu seul, dit Blaise d'un air entendu.
-De toute évidence, répondit Draco, peu enclin à s'étendre sur le sujet.
Près de Blaise, Devin semblait à peine suivre la partie en cours. Lui aussi fixait les humains présents. Ses yeux noirs allaient et venaient de l'un à l'autre, cherchant à déterminer lequel serait digne de son attention. Sur lequel il jetterait son dévolu ce soir. Ses lèvres pâles étaient presque translucides et il était aisé de deviner la soif qui assombrissait son regard.
Au contraire, les lèvres d'Émil étaient d'un rouge sanguin, ses yeux clairs et ses pupilles dilatées. Il se passait un doigt sur les lèvres, comme s'il pouvait encore goûter le sang divin tout juste ingéré. Il tournait le dos à la fête, complètement indifférent à ce qui pouvait s'y dérouler et il fixait le jeu de Raven comme s'il pouvait voir à travers.
Draco était surpris de la trouver là. Voilà des années que sa route n'avait plus croisé celle de Raven.
-La rumeur est donc vraie, dit-elle en jetant un coup d'œil à Draco. Tu as vraiment rencontré ton calice.
-En effet, admit-il sans sourciller.
Un silence pesant s'installa dans le groupe. Lionel, à côté de Draco, fumait son éternelle pipe. La fumée âcre s'élevait autour de lui et stagnait sous la pergola. Draco savait ce qu'ils pensaient. Les calices, les vrais, étaient souvent considérés comme une malédiction parmi les vampires, un enchainement, une prison. Tous se considéraient comme libres et indépendants, traversant l'éternité sans attache. Aucun d'entre eux ne voulait se voir enchaîner à un humain, contre son gré. Un calice, c'était des besoins, des émotions, des sentiments, des contraintes. Tous préféraient se contenter des ersatz de calices. Des humains qu'ils gardaient à leurs côtés tant qu'ils en avaient envie et dont ils se débarrassaient dès le premier signe de lassitude.
Draco aussi pensait ainsi, avant de rencontrer Harry. À présent, il ne pouvait plus se représenter son éternité sans Harry à ses côtés. Le garçon, son corps, son odeur, son sang, sa voix, la couleur de ses yeux, son rire. Tout de lui hantait Draco jusqu'au plus profond de son être.
-Ne le plaignez pas trop, intervint Blaise après plusieurs minutes de silence pendant lesquelles il rafla la mise. Draco possède le calice le plus exquis qu'il m'ait été donné de rencontrer.
-Bien sûr, rétorqua Lionel d'une voix trainante, tu as rencontré beaucoup de calices dans ton existence.
Blaise balaya la question d'un revers de main nonchalant. Il battait les cartes avec vitesse.
-Il n'est pas permis d'avoir une chance aussi insolente. J'ai la chance de pouvoir choisir mes calices et pourtant, ils font pâle figure face au garçon de Draco.
Pour toute réponse, Draco pinça les lèvres.
-Au moins, tu peux en changer si tu ne le supportes plus, fit remarquer Devin.
Il attrapa les deux cartes que Blaise venait de faire glisser dans sa direction et y jeta un coup d'œil rapide avant de les reposer devant lui.
-Ça, répondit Blaise, c'est bien l'avantage.
Il resta songeur un instant. Draco avait rarement connu Blaise sans calice. Il arrivait même qu'il en ait deux en même temps. Cette manie qu'avait Blaise à toujours s'entourer d'humains l'avait toujours laissé un peu perplexe. Un elfe de maison apparut soudain. Tenant un plateau à bout de bras, il s'approcha de Draco. Celui-ci s'empara du verre de whisky-pur-feu posé dessus.
-Néanmoins, je suis bien curieux de savoir ce qu'Harry a de mieux à faire qu'assister à mes soirées.
Draco laissa échapper un bref ricanement.
-Je peux t'assurer qu'il va trouver beaucoup de choses à faire si cela peut lui permettre d'échapper à tes invitations.
-Voilà qui est très vexant.
Blaise se tut.
-Je ne sais pas comment tu peux supporter de te ne pas l'avoir près de toi, Draco, dit soudain Raven.
Draco serra la mâchoire.
-Il est indépendant. Par ailleurs, le forcer à rester auprès de moi le rend hautement insupportable.
Son affirmation entraina quelques manifestations de dédain. Draco n'en attendait pas moins. Aux yeux des vampires, un calice n'était pas fait pour être indépendant. Sa place était auprès de son vampire. Draco aussi pensait ainsi, il y a quelques années. Et il avait bien essayé, de le soumettre. D'en faire un calice sage, soumis, obéissant. Mais Harry lui avait à maintes fois prouvé à quel point il était têtu, quand il en allait de garder son indépendance.
De plus, Draco avait appris, au fil des années, qu'avoir un calice soumis pouvait être hautement ennuyeux. Harry, en lui tenant tête en permanence, lui offrait un défi qu'il aimait relever. Cela le divertissait. Et Draco voulait bien laisser à Harry son indépendance, si tant est que le garçon continuait de le divertir. Car l'ennui était pire que tout.
Était-il seulement possible de s'ennuyer quand on avait Harry Potter comme calice ?
-Ne l'as-tu donc pas soumis ? demanda Émil, intrigué.
-Soumis, répéta Draco, songeur. Où est le fun à avoir un calice soumis ? Je me suis ennuyé toute mon existence. Harry est imprévisible, il a du caractère et il sait me tenir tête. Il faudrait être fou pour vouloir changer ça.
Il but une gorgée de whisky-pur-feu et ajouta :
-On ne parle pas d'un ersatz de calice. On parle d'un garçon avec qui je vais passer l'éternité. Ne voudriez-vous pas qu'il représente un certain challenge plutôt qu'un ennui mortel ?
Seul le silence lui répondit. Draco tentait de masquer son sourire amusé. Quelques années en arrière, face à un tel discours, il aurait probablement été tout aussi sceptique. Harry l'avait-il changé, finalement ?
-Je n'avais pas envisagé qu'une relation avec un calice pouvait être ainsi, dit Émil, songeur.
Lionel rafla la mise. Sans sourciller, il s'empara des jetons posés sur la table et Blaise rassembla les cartes. En bas, sur la pelouse, les humains continuaient la soirée comme si de rien n'était. Ils discutaient entre eux et riaient de plus en plus fort, à mesure que l'alcool et la drogue faisaient leur œuvre. Draco saisissait des brides de conversation quand il y prêtait attention. Il y avait dans l'atmosphère un mélange de peur, d'appréhension et d'excitation.
Il y avait peu de chance -ou de malchance- pour que l'un d'eux rencontre un jour son calice. Les vrais calices étaient extrêmement rares. Draco lui-même, qui était un des plus vieux vampires présents ici ce soir, avait rencontré peu de vrais calices durant son existence. Et même lorsqu'il avait rencontré, quelque part dans le monde, un vampire qui en possédait un, le calice restait en général discret et il était rare de l'apercevoir.
-Ce n'est pas qu'une question d'ennui, rétorqua Lionel au bout de quelques minutes de silence.
Pendant que Blaise battait les cartes, il fixait les allées et venues des humains sur la pelouse, se demandant probablement lequel lui servirait de repas ce soir.
-S'il arrive quelque chose à ton calice, tu ne t'en relèveras pas.
C'était l'inconvénient, avec Harry, évidemment. Le lien qui les unissait était indestructible. Si Harry mourrait, le privant de son sang, Draco finirait irrémédiablement par mourir de soif. Seul le sang d'Harry pouvait le nourrir. C'était une des différences majeures qui différenciaient les vrais calices des autres. Blaise pourrait survivre à la mort de son calice. Il avait toujours la possibilité d'aller se nourrir ailleurs, voire de se trouver un autre calice. Harry était unique.
-Et Merlin sait combien il pourrait en arriver des choses, à Harry Potter, par ici.
Draco le savait, évidemment. C'était la raison majeure pour laquelle il avait tant hésité à ramener Harry au Royaume-Uni. Plus que partout ailleurs, il y était en danger. Contrairement aux vampires, Harry n'était pas immortel. Seules ses cellules avaient cessé de vieillir grâce au venin. Un accident, une attaque pouvaient encore le tuer. Mais Draco avait également les moyens de le protéger.
Par ailleurs, penser pouvoir garder Harry loin de ses amis quand celui-ci ne voulait plus qu'être auprès d'eux était dérisoire. Harry pouvait se montrer têtu et insupportable, quand il voulait quelque chose.
-En effet, concéda Blaise. Il y a encore du monde qui rêverait d'avoir sa peau, même après toutes ces années.
Il distribua les cartes, puis ajouta :
-Quand commence-t-il sa révolution, d'ailleurs ? J'ai hâte que cela commence. Londres a été d'un ennui mortel ces dernières années.
Draco lui jeta un regard noir et Blaise leva les deux mains en l'air en signe d'apaisement.
-C'est ce qui arrive quand on laisse trop d'indépendance.
Draco but une gorgée de son whisky. Cette réflexion l'agaçait.
-Quelle révolution ? demanda Émil.
Après avoir jeté un coup d'œil à ses cartes, il les déposa sur la table et tapa deux fois dessus pour signifier qu'il suivait. Émil n'avait pas mis les pieds au Royaume-Uni depuis longtemps et il ne semblait pas au fait des événements qui y avaient pris place. Il était même fort probable qu'il ne connaisse rien à la légende qu'était ici Harry Potter. Blaise agita la main pour dissiper la fumée épaisse de la pipe de Lionel qui tournoyait autour de lui.
-Harry Potter, Émil, Harry Potter. Semer le chaos est ce qu'il sait faire de mieux. Il a cela dans le sang, si j'ose dire.
Draco serra les dents tandis que les vampires esquissaient des sourires moqueurs. Il aurait aimé les contredire, leur dire qu'ils se berçaient de douces illusions. Qu'Harry ne ferait rien de tout cela. Mais force était de constater que la situation au Royaume-Uni était bien moins idéale que ce qu'il avait pensé en y remettant les pieds. Et il était évident qu'Harry, de son côté, avait fait le même constat.
Allait-il rester face à ce constat sans rien faire ? Cela aurait été mal connaître Harry que de penser que oui, même si le garçon clamait le contraire. Et cette idée agaçait considérablement Draco. Ils n'étaient pas revenus à Londres pour faire justice, encore moins pour semer le chaos.
-Potter n'est pas du genre à se rendre compte de ce qu'il se passe dans ce pays sans intervenir, ajouta Blaise.
Cette perspective semblait le réjouir. Imperméable au regard sombre de Draco, il joua avec ses jetons.
-Ne fait pas cette tête, Draco, dit-il en souriant de plus belle et laissant apparaître ses deux canines proéminentes qui brillèrent sous la lueur des chandelles. C'est ce que tu voulais, non ? Moins d'ennui, plus d'action.
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Le jour se levait lorsque Draco se faufila à travers les étroites ruelles de l'Allée des Embrumes. Le ciel était clair, mais en bas, entre les murs crasseux et défraichis des bâtiments, l'obscurité persistait. L'animation de la nuit s'était déjà calmée et tout était immobile et silencieux. Mais loin d'être apaisante, l'immobilité des lieux était au contraire lourde, menaçante.
Draco se faufila silencieusement dans l'immeuble qui abritait l'appartement d'Harry et monta jusqu'au dernier étage. Il entra sans un bruit et trouva son calice attablé dans la cuisine, sirotant un thé tout en feuilletant la Gazette du jour. Dans la cuisine, un elfe de maison s'activait à préparer le petit-déjeuner, emplissant la pièce d'une odeur de saucisse grillée qui venait masquer l'odeur délicieuse du garçon. En moins d'une seconde, l'œil vif du vampire capta tous les détails : le lit défait, les draps froissés, la fenêtre ouverte sur le ciel bleu, la douche qui gouttait dans la salle de bain, les œufs qui crépitaient dans la poêle, le titre de l'article qu'Harry lisait : « Éducation, Poudlard : Nouveautés et réformes pour la rentrée scolaire » et les grandes lignes du texte.
Lorsqu'Harry releva la tête de sa lecture, Draco était déjà sur lui. Il attrapa la tasse de thé des mains de son calice et la reposa délicatement sur la table. Puis il tira la chaise du garçon pour l'éloigner de la table et se posta face à lui. Harry leva ses yeux émeraude vers lui. Draco s'installa immédiatement à califourchon sur ses jambes, colla leurs torses et enfouit son visage dans le cou de son calice. Là, il prit une profonde inspiration. Sa peau était chaude, douce, encore humide de la douche qu'il venait de prendre. Elle sentait divinement bon. D'une main fraiche qui fit frissonner Harry, il dégagea les mèches de cheveux de son cou.
Il resta là, immobile, à simplement s'enivrer de son odeur, aussi longtemps qu'Harry le lui permit. Lorsque le garçon commença à s'agiter contre lui, impatient, il consentit à se redresser, non sans regret. Les humains étaient incapables de rester immobiles plus de quelques minutes et Harry ne faisait pas exception à la règle. Draco se redressa juste assez pour pouvoir croiser son regard. Il s'empara fermement de la mâchoire du garçon et lui releva légèrement la tête.
-As-tu été sage ? souffla-t-il, l'air mortellement sérieux.
Harry ne tenta pas de se dégager de la prise implacable du prédateur. Hypnotisé par le regard gris de son vampire, il répondit :
-Évidemment.
Draco l'observa longuement, immobile. Puis il se releva. Harry prit une brusque inspiration. Le temps qu'il se remette de ses émotions, Draco était déjà installé face à lui, les jambes croisées, son regard anthracite parcourant les traits de son calice de façon obsessionnelle. Le regard du vampire était sombre, menaçant mais Harry discernait néanmoins une lueur au fond de ses yeux. Un mélange de fascination, d'obsession et d'amusement. C'était à la fois grisant et effrayant de lire de telles émotions, à son encontre, chez un tel prédateur.
-Vos œufs, maître Harry, couina l'elfe de maison en déposant devant le jeune homme une assiette bien garnie. Et votre porridge.
Harry se rassit correctement face à la table.
-Merci, Koory, répondit-il avec sa politesse habituelle à l'égard des elfes de maison.
Il s'empara de ses couverts et attaqua son assiette.
-Et toi ? demanda-t-il. Tu as fait quoi cette nuit ?
Draco se laissa aller contre le dossier de sa chaise en un geste nonchalant. Il observa le visage d'Harry, ses cheveux encore humides, ses lèvres encore pâles de la dernière morsure, ses joues rosies par leur rapprochement. Il avait envie de le toucher, mais il se forçait à se rappeler qu'Harry était humain. Il avait besoin de bouger, de manger, de s'occuper. Il ne pouvait décemment pas le garder prisonnier de son étreinte toute la journée.
-Dois-je être vexé de savoir que tu préfères trainer avec Blaise plutôt que de passer la nuit avec moi ? demanda-t-il face à son silence prolongé.
Il tentait de faire abstraction du regard perçant du vampire qui suivait chacun de ses mouvements. C'était troublant et il était plus facile de se concentrer sur son plat.
-Certainement pas, répondit Draco. Je passe le temps.
Il fit une pause, puis ajouta :
-Je pensais que tu passerais plus de temps avec tes proches, pendant ce temps. Ce n'est pas pour cela que nous sommes là ?
Harry se retint de lever les yeux au ciel.
-Les humains dorment la nuit, Draco, dit-il en mâchant ses œufs.
Merlin, était-ce possible d'être aussi déconnecté de la réalité ? Draco pinça les lèvres, suite à sa réflexion ou parce qu'il parlait la bouche pleine, Harry n'aurait su dire. Il avala et lui décrocha un sourire railleur.
-Et en journée, que font-ils ? répliqua le vampire, totalement insensible au manège de son calice.
Le sourire d'Harry se fana. Il planta sa fourchette dans sa saucisse, soudain songeur.
-Ils sont occupés, dit-il. J'avais oublié que la vie demandait tant d'organisation, de planification, d'agitation, de travail.
Quand il passait chez Ron et Hermione, cela semblait toujours être le mauvais moment. Hermione devait emmener Hugo à son entrainement de Quidditch. Ron était au travail. Rose était en vadrouille avec ses amies. Le soir, ils étaient fatigués de leur journée chargée et n'avaient pas le temps pour se détendre.
Harry se sentait en décalage. Ses journées étaient remplies de vide. Et, pour peu que la morsure l'ait décalé, il passait des heures entières à dormir alors que le soleil brillait à l'extérieur et errait ensuite toute la nuit, totalement oisif et seul. Peut-être aurait-il dû suivre le conseil de Draco et le rejoindre chez Blaise ? Même s'il y avait de grandes chances pour qu'il serve de divertissement à des vampires en mal d'animation, ce serait toujours mieux que de regarder les heures défiler dans cet appartement vide et silencieux. Et qui sait ? Peut-être Draco avait-il raison. Peut-être trouverait-il là-bas un peu d'animation ?
Un hibou entra soudain par la fenêtre laissée ouverte. Il vint se poser sur la table, manquant de renverser le jus de citrouille et tendit la patte en direction d'Harry. Le jeune homme s'empara de la lettre qu'il apportait et le hibou s'envola immédiatement. Il reconnut immédiatement l'écriture d'Hermione et un sourire éclaira ses lèvres. Il déplia la lettre et en parcourut le contenu. Mais à mesure qu'il lisait, son sourire se fana. Il finit par soupirer et mit la lettre de côté pour revenir à son petit-déjeuner.
-Un déjeuner de famille, dimanche. Au Terrier, dit-il au vampire qui n'avait rien demandé et dont le regard ne l'avait pas quitté une seule seconde.
Cette perspective le terrifia. Pendant un instant, la panique le submergea. Il s'imagina au milieu de la famille Weasley, agrandie de nombreux petits-enfants, dont certains étaient déjà plus âgés que lui. Il imagina les sourires de Monsieur et Madame Weasley, heureux de le revoir mais tristes de voir ce qu'il était devenu. Ou plutôt ce qu'il n'était pas devenu. Il imagina Ginny, qu'il avait lâchement abandonnée sans aucune explication. George, qu'il avait quitté sans un mot au moment où il avait perdu sa moitié. Il imagina tous les enfants, leurs regards avides posés sur lui, surexcités par sa présence, tout ce qu'il représentait, intrigués par sa jeunesse, sa beauté, sa disparition.
Il n'irait pas. Il était incapable de leur faire face, d'affronter leurs visages tristes, déçus, intrigués, horrifiés.
-Merlin Potter, gère tes émotions.
Harry jeta un regard noir au vampire assis face à lui. Mais sa réflexion agacée l'aida à rassembler le tourbillon de ses émotions et de ses pensées. Évidemment qu'il irait. Il était revenu à Londres pour ça, non ? Le bonheur qu'il ressentirait à retrouver les Weasley n'avait pas de prix. Et si, pour cela, il devait supporter leurs regards sur sa jeunesse éternelle, alors il les supporterait.
-Quel jour sommes-nous ? demanda-t-il en relisant la lettre d'Hermione.
Il était évident que Draco n'avait aucune idée du jour qu'il était. C'était tellement typique du vampire. Pas de calendrier, pas de montre, pas d'agenda. Juste le soleil qui se levait et qui se couchait, inlassablement, immuablement, les arbres qui changeaient de couleurs au fil des saisons. Sa soif, qu'il assouvissait inlassablement et qui revenait immuablement. Harry avait appris à vivre ainsi. Ne plus compter les jours, ne plus suivre les aiguilles d'une montre. Dormir quand il était fatigué. Manger quand il avait faim. Il y avait trouvé une certaine liberté. C'était tellement simple de se laisser aller quand on vivait avec un vampire. Plus rien n'avait d'importance, certainement pas le temps qui passe.
Il fit un rapide calcul dans sa tête, tentant de se remettre les idées en place.
-Mercredi, dit-il finalement, sûr de lui.
Cela lui laissait le temps de se préparer mentalement à ses retrouvailles avec les Weasley. Il était hors de question qu'il apparaisse comme un enfant perdu, honteux, fébrile. Malgré son apparence, il voulait que tous comprennent qu'il avait mûri.
Il reposa la lettre et reprit sa fourchette. Ses œufs étaient froids et il les termina d'un coup de fourchette. Puis il eut la mauvaise idée de lever la tête. Son regard croisa immédiatement celui de Draco. Celui-ci, la tête légèrement baissée, le fixait sans ciller.
-Quoi ? demanda-t-il immédiatement, sur la défensive, en constatant le regard sombre du vampire.
Draco se pencha soudain en avant.
-Tu n'as pas l'intention de me causer des ennuis, n'est-ce pas, Harry ?
Harry haussa les sourcils face à cette question directe.
-Quel genre d'ennuis ? demanda-t-il en essayant de ne pas sourire.
Draco, lui, ne souriait pas.
-Le genre à me voir contraint de t'enfermer pour te protéger, dit-il très sérieusement.
Harry pinça les lèvres. Il se rappelait des premiers mois de leur relation. Alors que Voldemort et ses Mangemorts étaient à sa recherche. Pendant des semaines, Draco l'avait gardé enfermé pour le protéger. Cela l'avait rendu fou. Depuis, sa relation avec Draco avait évolué. Mais il ne s'était pas retrouvé en danger depuis longtemps. Et Harry avait conscience qu'ici, plus qu'ailleurs, le danger rodait, quoiqu'en disent tous ceux qui clamaient haut et fort que les temps avaient changé.
Harry fit glisser le porridge jusqu'à lui et tenta de paraître nonchalant. Il repensa à la promesse qu'il avait faite à Ron et à Hermione, celle de ne pas semer la zizanie dans leur vie parfaitement rangée. Son regard s'assombrit et il dit :
-En général, ce sont plutôt les ennuis qui me trouvent.
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Est-ce que ce chapitre vous a plu ? Que pensez-vous qu'il va se passer pour la suite ? Le prochain chapitre, tout commence :) Harry est fort pour rassurer Draco, mais il se pourrait qu'il ne tienne pas sa promesse longtemps face à ce qui arrive.
Je vais probablement faire une pause dans les publications. Les bugs du site me fatiguent et me frustrent, je vais laisser passer quelques jours pour prendre le temps à de régler tout ça. Autant de travail et de temps consacré à cette fic pour ne pas recevoir la majorité des commentaires et que mes chapitres ne soient pas accessibles, c'est frustrant.
À bientôt !
Natom, 15/03/25
