Chapitre 33: Perspectives (1)

«Franchement, je me vois mal les punir après ce qu'ils viennent de traverser.»

C'était la troisième fois que nous venions nous enquérir Lupin et moi de la décision de McGonagall concernant la sanction qui serait infligée à la petite bande pour tous leurs manquements au règlement de l'école dans l'affaire de l'Immuable du Temps. Mais, McGonagall qui semblait sombrer dans un attendrissement bêlant avec l'âge, renâclait à leur imposer quoi que ce soit.

«Mais enfin Minerva, ils nous ont caché des mois durant un problème qui pouvait représenter un danger pour l'ensemble du monde sorcier, ils ont rouvert la Chambre des Secrets, ils ont pratiqué la magie en dehors de l'école, et j'en passe.» argumenta Lupin. «Vous ne pouvez quand même pas vous contentez de passer l'éponge.»

McGonagall se tourna vers moi pour essayer de voir si par hasard j'avais une opinion différente. Malheureusement pour elle, je hochai la tête pour abonder dans le même sens. Elle avait cependant un autre argument dans sa manche qu'elle s'empressa de nous opposer:

«De toutes façons, Madame la Ministre a été claire, il n'est pas question de révéler quoi que ce soit sur cette histoire d'Immuable, ni sur l'origine de la folie qui touche l'ancien chef du Département des Mystères. Il n'est donc pas question de leur enlever des points, alors que je ne pourrais pas expliquer pour quelle raison.»

«Ce qui n'empêche pas de leur infliger un autre type de sanction.» avançai-je.

Elle haussa les épaules:

«Vous voulez vraiment que je monte à l'infirmerie pour imposer une sanction à Miss Black, c'est ça?»

En dépit des soins diligents de Madame Pomefresh, Delphini Black avait été tellement secouée par la potion d'adoption de sang qu'elle était encore couchée à l'infirmerie une semaine après son réveil. Ses amis occupaient donc la fin de leurs vacances en lui rédigeant puis en lui lisant des fiches dans toutes les matières pour lui permettre de réviser ses Buses malgré son état.

«Evidemment, il n'est pas question de Delphini Black qui traverse en effet des moments bien assez difficiles pour être exemptée de toute sanction.» soupira Lupin. «Mais, ce n'est pas le cas des cinq autres!»

«Eh bien, soit!Disons qu'à la prochaine rentrée, ni Victoire Wealey, ni votre fils Teddy ne seront nommés préfets en chef, et que Rose Granger-Weasley, Scorpius Malefoy et Albus Potter ne seront pas nommés préfets.» concéda McGonagall.

«Rose Granger-Weasley préfète! vous n'y songiez pas sérieusement, Minerva.» s'exclama Lupin. «Ou alors vous vouliez semer le chaos dans notre Maison.»

«En effet, j'avoue que la nomination de Miss Granger-Weasley ne faisait pas partie de mes plans. Mais Scorpius Malefoy aurait fait un bon préfet. Dans d'autres circonstances, bien sûr.» admit notre Directrice. «J'espère que vous êtes satisfaits comme ça.»

«Pas vraiment, Minerva.» avançai-je après avoir échangé un coup d'œil avec Lupin. «Car, à ce compte-là, ils ne sont pas réellement sanctionnés. En tout cas, c'est comme ça qu'ils risquent de l'interpréter. Et je suis d'accord avec Remus pour penser que ce n'est pas souhaitable.»

McGonagall se renfrogna.

«Eh bien, dans ce cas, je vais leur demander de mettre à jour l'inventaire de tous les blasons accrochés aux murs de Poudlard, avec leur description et en précisant l'endroit où ils sont accrochés dans l'école. Sachant que le dernier inventaire date du XIVème siècle, ça devrait leur prendre toute la fin de l'année et une bonne partie de l'année prochaine.» dit-elle avant d'ajouter. «Ne m'en demandez pas plus, car même si je ne disconviens pas qu'ils aient eu tort, je n'oublie pas non plus qu'ils ont dissimulé la vérité pour essayer de nous protéger.»

Même si je commençais à craindre qu'une telle mansuétude ne soit révélatrice du fait que McGonagall sombrait dans la sénilité, je préférai porter la discussion sur un autre terrain:

«Si vous me permettez Minerva, je voudrais faire une autre suggestion concernant la sanction d'Albus.»

Elle se retourna vers moi d'un air interrogatif. Lupin fit de même.

«Vous n'avez pas manquer de remarquer Minerva que Remus a une mine affreuse aujourd'hui, c'est pire encore que d'habitude, et, c'est tout dire, car …» commençai-je avant d'être interrompu par Lupin.

«Je te remercie.» m'interrompit-il vexé. «Au cas où tu ne t'en serais pas aperçu, c'était la pleine lune hier soir. D'où un réveil un peu difficile ce matin.»

«C'est intéressant que tu le soulignes parce que c'est exactement à ça que je voulais en venir.» repris-je. «Malgré la potion Tue-loup, tu aurais besoin de t'arrêter plus longtemps autour de la pleine lune. Au moins un jour avant et deux jours après, il …»

«Mais tu sais bien que c'est impossible avec les cours de Défense contre les Forces du Mal que je dois assurer.» m'interrompit-il à nouveau.

«C'est exactement à ça que je voulais en venir.» soulignai-je. «Tu as besoin d'un assistant.»

«Mais de quoi parles-tu ?» s'étonna-t-il.

«Je parle d'Albus évidemment. Tu n'as qu'à le prendre comme assistant pour qu'il fasse faire des travaux pratiques quand tu es ... empêché.» expliquai-je

«Des travaux pratiques de Défense contre les Forces du Mal ?» Intervint McGonagall.«Mais à qui?»

«Eh bien je dirais aux élèves de la première à la quatrième année, les autres risqueraient de se vexer que ce soit un élève du même âge que ou plus jeune qu'eux qui donne les travaux pratiques en question.» précisai-je.

«Mais que faites-vous, Severus, des cours qu'Albus aura de son côté dans le même temps ?» demanda McGonagall.

Je balayai l'objection d'un revers de main :

«Il n'aura qu'à les rattraper à partir des notes de Scorpius Malefoy ou de sa cousine, ce n'est pas un problème»

«En effet, ce n'est sûrement pas là le problème.» articula lentement le loup-garou. «Le problème, c'est que je ne suis pas sûr d'être prêt à confier la Défense contre les Forces du Mal à …»

«A qui ?» l'interrompis-je en m'énervant immédiatement. «Au serpentard? Au Fourchelang? A celui qui vole sans balai? Pourquoi? Parce que ses pouvoirs te rappellent des mauvais souvenirs?»

«Mais je n'ai absolument pas dit ça!» se défendit-il.

Mais j'étais beaucoup trop énervé pour tenir compte de son interruption, ce qui fait que je poursuivis en haussant le ton:

«Tu as peur de quoi? Qu'il y ait du Voldemort chez Albus?Alors laisse-moi te dire qu'en dépit de la similitude de leurs magies, il n'y a aucune crainte à avoir sur ce plan-là, car il manque à Albus l'essentiel pour devenir Voldemort. En avoir envie! Je parle de l'envie de dominer les autres et de les soumettre qui est totalement absente chez lui.»

«Ce que dit Severus correspond à ce que j'ai observé du petit Albus, Remus.» intervint McGonagall sur un ton apaisant, en reprenant le terme par lequel le portrait de Dumbeldore désignait mon petit-fils. «Bien sûr, sa magie est déroutante et parfois même impressionnante quand on songe à l'âge qu'il a. Mais, je n'ai jamais rien vu d'inquiétant dans son comportement vis-à-vis des autres élèves.»

«Mais vous arrêtez de faire les questions et les réponses tous les deux!» réclama Lupin d'un ton exaspéré. «Ce que je voulais dire, c'est que je n'étais pas sûr d'être prêt à confier la Défense contre les Forces du Mal A QUI QUE CE SOIT. Pour le moment, disons que j'ai besoin d'un peu de temps pour réfléchir à la suggestion.»

Il n'était pas impossible que je me sois emballé un peu vite sur ce coup-là, même si jamais je ne l'aurais admis à voix haute. Quoi qu'il en soit à voir la mine défaite de Lupin au sortir de sa transformation de la veille, je ne doutais pas vraiment qu'il finisse par accepter un peu d'aide. Quant à Albus, j'étais persuadé que de devoir former les autres constituerait enfin pour lui le défi que sa propre magie ne lui posait pas, ce qui, avec un peu de chance, l'occuperait suffisamment pour éviter la prochaine bêtise que ses complices et lui ne manqueraient pas d'inventer, si on leur en laissait le loisir.