Salut, salut ! Bonne lecture !
« Bon retour ! » dit Dumbledore en adressant un sourire aux occupants de la Grande Salle.
« Vous aussi, Monsieur ! » s'écria Fred, tandis qu'une vague d'applaudissements retentissait dans la pièce.
« Merci, M. Weasley. » répondit Dumbledore en lui adressant un signe de tête.
Ron donna un coup de coude à Harry.
« Où est passé Lockhart ? » demanda Ron, les sourcils froncés et les yeux fixés sur la table des professeurs.
Il y avait une chaise vide entre Rogue et Sinistra et le manque de couleurs dans les robes sautait aussi aux yeux, parce que les deux professeurs portaient du noir. Cela ne gênait pas vraiment Harry. Ce qui l'ennuyait davantage, c'était la chaise vide de Hagrid. Il avait sûrement été libéré, non ?
« Il est sûrement occupé à défroisser sa robe. » dit Harry en haussant les épaules.
Ron renifla. Harry sourit largement, mais les commentaires narquois de Drago sur Lockhart lui manquaient, tout comme le pincement de lèvres de Hermione. Les bancs d'en face lui parurent soudain bien vides.
« Avant toute chose, dit Dumbledore. C'est avec le plus grand plaisir que je peux vous informer du fait que la Chambre des Secrets a été fermé et que le monstre de Serpentard n'est plus un problème. Vous pouvez de nouveau vous sentir en sécurité au sein de l'école, vous n'avez plus besoin de vous inquiéter ni pour vous, ni pour vos amis, ni pour votre famille. Vous n'avez plus qu'à vous soucier de vos études et d'ici quelques semaines, vos examens de fin d'année. »
Quelques rires nerveux parcoururent les rangs des élèves, mais le bavardage semblait plutôt soulagé.
« Ceux qui ont été attaqué par le monstre de Serpentard avant la pause imprévue de la semaine dernière se trouvent toujours entre les mains compétentes de Mme Pomfresh. Les visites sont de nouveau autorisées, avant le couvre-feu du moins. Le Professeur Chourave espère que le philtre de Mandragores sera prêt entre les vacances de Pâques et la fin de l'année. »
Harry regarda Ron en grimaçant. Il restait encore un mois avant les vacances de Pâques.
« Ensuite, poursuivit Dumbledore. C'est avec regret que je vous annonce la démission du Professeur Lockhart. »
Harry s'était attendu à voir les professeurs – ou du moins Rogue et McGonagall – se réjouir de son départ, mais ils avaient tous l'air moroses, assez pour le perturber.
« Le Ministère est actuellement en quête d'un remplaçant, qui devrait arriver d'ici à la fin de la semaine. D'ici là, les élèves de la première à la quatrième année bénéficieront de temps libre à la place des cours de Défense et je m'occuperais personnellement des leçons pour les élèves qui préparent leurs B.U.S.E. et leurs A.S.P.I.C. »
Des murmures enthousiastes parcoururent la Grande Salle et Harry regretta que Dumbledore ait annulé les cours de Défense des deuxièmes années. Il aurait beaucoup aimé apprendre du Directeur … Mais ne pas avoir cours était toujours mieux que d'avoir cours avec Lockhart.
« Et, poursuivit Dumbledore. En parlant de l'équipe, je suis heureux de vous annoncer le retour de Hagrid à son poste de gardien des clés. Il est attendu dès demain. »
Harry sourit largement à Ron.
« Et sur cette bonne nouvelle, je pense qu'il est temps de vous souhaiter un bon appétit ! »
« Un endroit affreux, dit Hagrid en servant à Ron une énorme tasse de thé. Content d'être sorti, j'peux vous l'dire. »
« On est heureux que vous soyez de retour. » dit Harry.
Ron acquiesça.
« Désolé d'avoir mis autant de temps pour venir vous rendre visite, ajouta Ron. On pensait que ça leur aurait pris plus de temps pour trouver un remplaçant pour les cours de Défense. »
Le Ministère leur avait envoyé une sorcière, qui avait reconnu le nom de Ron sur la liste de la classe et qui avait expliqué qu'elle avait un an de moins que Charlie et qu'elle était à Poufsouffle. Elle avait apparemment voyagé pendant deux ans, avant d'essayer d'entrer dans le programme de formation des Aurors, mais avait échoué à la sélection et avait accepté tout un tas de postes proposés par le Département de Justice Magique.
D'abord, elle leur avait semblé aussi nulle que Lockhart. Daphné Greengrass l'avait fait pleuré lors du premier cours et elle n'avait réussi à retenir que les noms de Harry et de Ron : Ron à cause de ses cheveux et de Charlie et Harry parce que- et bien, qui ne connaissait pas Harry ? Malheureusement, elle les avait donc beaucoup interrogé, mais au moins, elle ne les avait pas fait joué des scènes des livres de Lockhart, comme celui-ci le faisait. Et lors de leur deuxième cours, elle leur avait demandé de réviser le sortilège de Désarmement qu'ils avaient appris lors du club de duel de Lockhart, avant de leur apprendre le sortilège du Repoustout que Ron aimait beaucoup.
« Un poste maudit, c'lui-là. » observa Hagrid.
Harry, qui était occupé à caresser Crockdur, leva les yeux en entendant ça.
« Hagrid, dit-il avec curiosité. Qu'est-ce qui est vraiment arrivé à Lockhart ? Tout ce que les professeurs nous ont dit, c'est qu'il a été blessé pendant l'évacuation et qu'il n'était pas en état pour revenir- »
« On n'est pas censé l'dire aux élèves. » dit Hagrid, mal à l'aise.
« Oh allez, Hagrid. » dit Ron, tout aussi curieux.
Lui et Harry en avaient beaucoup parlé durant la semaine et ils avaient réfléchi à tout un tas de théories improbables.
« On ne dira rien à personne, c'est promis. »
« Bouche cousue, d'accord ? » les avertit Hagrid, et Ron acquiesça.
De l'autre côté de la table, Harry fit pareil.
« Dumbledore a dit qu'il était tombé sur Croupton. Il a été torturé – peut-être pour obtenir des informations sur toi, Harry, ou peut-être sur la Chambre. »
Hagrid haussa ses épaules massives. Harry, qui jusque-là semblait curieux, avait maintenant l'air malade. Son visage était un peu gris, mais Hagrid ne semblait pas l'avoir remarqué.
« Il n'est pas- mort ? demanda Ron avec hésitation. Pas vrai ? »
« Non, non ! s'exclama Hagrid en agitant la main. Il a essayé de se défendre apparemment, mais sa baguette s'est retournée contre lui. Le Professeur Rogue l'a trouvé le lendemain, tout tremblant et tout cabossé, sans aucune idée de qui il était ! Il est à Sainte Mangouste maintenant. Ils essayent de l'aider à retrouver la mémoire, mais les sortilèges d'Amnésie sont compliqués ... »
Il prit une longue gorgée de thé, avant de tourner les yeux vers Ron.
« Et comment va ta sœur ? »
« Elle … ça va, je pense. » dit Ron.
Son ventre se serra douloureusement, comme à chaque fois que Ginny était mentionnée.
« Enfin, elle dit toujours qu'elle va bien quand je demande et elle n'a rien dit d'autre jusque là, donc ... »
Ron haussa les épaules et but un peu de thé, mais cela n'aida pas. Il était toujours furieux. Furieux de la façon dont Jedusor avait traité Ginny, pour ce qu'il lui avait fait, furieux contre lui-même pour ne rien avoir vu – c'était sa petite sœur, comment avait-il pu manquer le fait qu'elle était possédée par la version jeune de Voldemort ? – en colère contre Fred, George et Percy qui n'avaient rien vu non plus, et furieux contre Ginny qui n'avait rien dit à personne.
Puis il s'en voulait encore plus d'être furieux contre elle, parce qu'il en avait assez vu sur Jedusor dans la Chambre pour savoir que l'année de Ginny avait du être horrible et qu'elle n'avait sans doute pas pu se confier à quelqu'un. Et il s'en voulait aussi parce qu'il n'avait pas remarqué qu'elle était possédée, alors comment pourrait-il vraiment savoir si elle allait bien ou non aujourd'hui ?
Depuis la reprise, voilà deux semaines, Ginny avait découvert ce que ça devait être d'être Luna. Le spectacle qu'avait donné Harry dans le train avait eu l'effet escompté, ou du moins avait dissipé les rumeurs les plus sombres sur Ginny. Au lieu de se montrer ouvertement hostiles envers elle, les gens semblaient maintenant partagés entre la compassion – pour le peu qu'ils savaient – et la méfiance – peut-être y avait-il du vrai dans les rumeurs. Allait-elle se mettre à les pétrifier ou à faire apparaître des serpents ? Ils avaient aussi entendu parler de ses cauchemars par le biais de Demelza ou Georgina – ses camarades de dortoir – et ils pensaient peut-être juste qu'elle était étrange.
Les gens ne l'évitaient pas, ne dissimulaient plus leurs amis comme certains l'avaient fait dans le train, mais Luna et les deux Andrew étaient désormais les seuls qui s'asseyaient près d'elle en classe ou qui acceptaient de bavarder avec elle entre les cours, et c'était toujours sa famille et Harry qui s'asseyaient près d'elle durant les repas. Quand les gens la croisaient dans les couloirs, ils la dévisageaient et s'écartaient légèrement, un peu plus que ce qu'ils auraient fait si c'était quelqu'un d'autre.
Ginny n'avait jamais été une parfaite inconnue – les gens la reconnaissait parce qu'elle était une fille Weasley ou à cause de son énorme famille – et cela ne l'avait jamais dérangé jusqu'à maintenant, maintenant qu'elle était connue en tant que victime. Elle avait conscience que c'était le cas à un certain niveau – mais victime ou non, volontairement ou pas, elle avait été impliqué dans des événements horribles et n'était pas- ne pouvait pas être complètement irréprochable – mais le fait que tout le monde le sache semblait rendre les choses encore plus réelles. Aujourd'hui, Ginny aurait voulu passer inaperçue, n'être qu'une première année parmi tant d'autres, une fille que personne ne remarquait.
Souvent, pour ajouter à sa honte, elle se surprenait à regretter Tom – le Tom qu'elle avait rencontré, celui qui discutait de tout et de rien, le Tom qui avait toujours du temps pour elle, celui qui ne la laissait jamais penser qu'elle était seule. Ce n'était pas quelque chose qu'elle s'autorisait à raconter, ni à ses parents dans ses lettres, ni à ses frères, ni à Luna ou à McGonagall – qui l'avait plusieurs fois invité dans son bureau pour discuter et partager un triton au gingembre.
Comment pourraient-ils comprendre ? Qui pourrait comprendre ? Si elle en parlait, ils penseraient tous qu'elle était vraiment dangereuse ou que Tom l'avait détraqué et elle serait envoyé à Sainte Mangouste voir des Guérisseurs.
Te détraquer, c'est un mot bien faible pour décrire ce que j'ai fait, Ginny, dit la voix cruelle de Tom. Et Sainte Mangouste ? Vraiment ? Dis-leur que je te manque – j'en suis flatté d'ailleurs – et c'est à Azkaban qu'ils t'enverront.
La main de Ginny trembla et l'encre se renversa sur son parchemin. Cela faillit la faire pleurer. Elle avait honte, honte de pouvoir encore entendre Tom, honte de ne pas pouvoir écrire, de s'être retrouvé dans cette situation en premier lieu parce qu'elle lui avait fait confiance et qu'il l'avait utilisé tout du long sans se soucier d'elle le moins du monde. Elle jeta sa plume, furieuse.
« Ça va ? » demanda une voix, et Ginny leva la tête, tout en refermant son livre.
Les yeux de Harry suivirent le mouvement et elle regretta que ce ne soit pas quelqu'un d'autre. Si ça avait été le cas, elle aurait crié de la laisser tranquille et – encore mieux – si ça avait été Ron ou les jumeaux, elle aurait pu passer sa colère sur eux. Pas parce qu'ils avaient fait quelque chose de mal, mais parce que Ginny avait besoin de hurler, de faire sortir sa colère ou de lancer des maléfices. Elle était restée silencieuse pendant si longtemps. Peut-être que si elle criait assez fort, alors elle n'entendrait plus Tom.
Tu aimerais bien, murmura-t-il.
Oui, dit-elle, s'adoucissant – ce qu'elle faisait rarement – pour lui répondre. Après tout, elle savait que ce n'était pas Tom, que c'était juste son imagination et qu'elle se parlait donc à elle-même. J'aimerais beaucoup.
« Je vais bien. » dit-elle sèchement.
Elle sentit son visage s'empourprer et cela l'énerva encore un peu plus. Harry leva les mains – dans l'une d'elle se trouvait un gros livre – et il recula d'un pas, décontenancé.
« Désolé, je- »
« Pourquoi tu t'excuses ? » demanda-t-elle en levant les yeux au ciel.
Harry ouvrit la bouche et la referma, visiblement confus.
« Tu avais l'air- euh- je ne voulais pas te déranger- »
« Tu ne me déranges pas, dit Ginny. Tu voulais quelque chose ? »
« Je suis juste … venu chercher un livre. » dit-il en lui montrant le livre qu'il avait dans la main.
Sa phrase ressemblait à une question et il ne s'était pas rapproché de la table.
« Et je t'ai entendu, alors je me suis dit que ce serait sympa de passer dire bonjour ... »
Il avait désormais l'air hésitant, comme s'il ne savait pas si c'était une très bonne idée.
« Bonjour. » lança Ginny, et Harry se mit à sourire largement.
Ginny répondit avec un sourire très léger.
« Pourquoi faire le livre ? »
« Un devoir de Potions. »
« Ça a l'air passionnant. » ironisa-t-elle.
Il fit la grimace et ses yeux se posèrent sur son livre à elle.
« Tu fais quoi ? » demanda-t-il en s'approchant un peu.
Ginny sentit son sourire disparaître et déplaça son bras pour le placer par-dessus son parchemin, autant pour dissimuler sa tentative ridicule d'écriture à la main gauche que les mots eux-mêmes. Elle n'aimait plus son écriture, pas après l'avoir vu pour la dernière fois sur les pages du journal de Tom. Elle fut soulagée que le titre du livre – Sortilèges avancés – ne la trahisse pas. Mais elle sentit l'encre imbiber sa manche et elle fronça les sourcils, jetant un regard acerbe à l'encre et à Harry qui avait choisi ce moment précis pour s'intéresser à ce qu'elle faisait, au lieu des nombreux autres moments durant les deux dernières semaines, où elle écrivait juste des lettres ou faisait ses devoirs.
« C'est pas tes affaires. »
« Je demandais juste. » dit-il en levant de nouveau les mains, mais elle pouvait dire qu'il était curieux.
« Tu te demandais juste si j'étais pas en train d'essayer de ressusciter Tom ou quelque chose comme ça ? »
Elle le dévisagea alors, le mettant au défi de frémir, de reculer ou de partir. Il ne fit rien de tout ça.
« Toujours … euh … vivante donc. » dit-il plutôt, visiblement hésitant.
Cela semblait être une chose bizarre à dire – voir même impolie – jusqu'à ce qu'elle se souvienne de la conversation qu'ils avaient eu dans le train.
« Visiblement. » répondit-elle avec un peu moins de hargne que précédemment.
« Je vais te laisser. » dit Harry après quelques secondes de silence.
Il se tourna pour partir.
« Attends. » dit Ginny sans réfléchir.
Harry se tourna pour la regarder, surpris. Ginny ne savait pas vraiment à quoi ressemblait son expression, mais Harry patienta.
« Je ne voulais pas- Tu n'as pas à- »
« Je ne t'en veux pas, dit Harry. Tu as le droit de vouloir être seule- »
« Mais je n'ai pas envie d'être seule. » dit Ginny avec une petite voix.
Je veux Tom. Mon ami Tom, pas l'horrible Tom qu'il a fini par devenir. Ou qu'il a toujours été. En même temps, elle ne voulait vraiment, vraiment pas revoir Tom.
« Reviens dans la salle commune avec moi, alors. » proposa Harry, hésitant.
« Je ne peux pas, dit Ginny en montrant Sortilèges avancés. Si je l'emprunte, Mme Pince pourrait en parler à quelqu'un ou Fred, George ou Ron pourrait le voir et ils en parleront à Maman et Papa ou- »
Elle en avait un peu trop dit, alors elle détourna le regard.
« Merci pour la proposition, dit-elle avec sincérité. Mais je ne peux pas. On se voit plus tard. »
Harry resta là, debout, pendant encore quelques secondes, avant d'acquiescer.
« J'espère que tu trouveras ce que tu cherches. » dit-il en désignant le livre de la tête.
Elle ne s'excusa pas, ne le remercia pas, elle se contenta de hocher la tête. Harry s'en alla et Ginny, même si elle ne voulait pas être seule, se sentit soulagée. Il aurait aussi pu rester avec elle, mais alors, elle n'aurait pas pu lire son livre et sa visite à la bibliothèque n'aurait plus aucun sens. Elle pensait qu'il avait compris ça et elle fixa un moment la silhouette de Harry qui s'en allait, le regard dur.
Puis elle rouvrit Sortilèges avancés et le feuilleta jusqu'au chapitre dédié aux sortilèges d'Insonorisation. Elle ne pouvait pas améliorer par magie l'opinion des gens à son égard, mais elle se disait qu'au moins, elle pourrait améliorer l'opinion de Demelza et de Georgina en arrêtant de les réveiller toutes les nuits en sifflant, en parlant ou en riant. Si et seulement si elle réussissait à maîtriser le sort, pensa Ginny en regardant la page avec consternation.
