Le lendemain matin, une fois le campement démonté et les sacs à dos remplis, le groupe commence son exploration pédestre des voies aériennes de Noctilum, laissant leurs skells cachés à l'intérieur de l'arbre creux. Les ponts nopons sont d'excellente facture et supportent sans ciller le poids des quatre aventuriers et de leur matériel.
Après plus d'une heure de marche à bonne allure sur ces ponts offrant une vue à couper le souffle sur l'impressionnant lac en contrebas, les quatre amis arrivent sur une corniche relativement large qui surplombe le lac au nord-est.
« Quelle vue ! s'exclame Baldr. On voit quasiment tout Noctilum d'ici !
- On peut faire une pause ? se plaint Mimir. J'en ai plein les pattes…
- Ton paquetage est trop lourd ? demande Baldr.
- Pas plus que le votre… Mais comment ça se fait que vous ne soyez pas épuisés ?!
- A l'armée, on te fait porter deux fois plus lourd, répond Skoll.
- J'ai connu pire, se contente de dire H. Lin.
- Je me suis entrainé pour être capable de porter une personne sur mon dos, répond Baldr.
- Et moi je suis juste une biologiste ! se plaint Mimir. Quelqu'un de normal, pas de surhumain !
- Nous avons bien avancé ce début de matinée, nous pouvons nous permettre une pause, approuve H. Lin.
- Youpi ! s'écrie Mimir en s'effondrant au sol.
- Je ne suis pas contre, approuve Baldr.
- Pas plus d'une demi-heure, répond Skoll.
- Alors c'est acté. » affirme H. Lin en déposant son sac au sol.
Même si cette pause n'est pas vraiment au goût de Skoll, il doit bien admettre que si Mimir – ou n'importe qui d'autre – venait à s'effondrer de fatigue, l'expédition se verrait grandement ralentie. Une petite pause, c'est un moindre mal, surtout que d'ici la vue est imprenable sur la section qu'ils devront bientôt traverser en skells.
« T'as vu ces plaines toutes bleues ? demande Baldr en s'approchant de lui. C'est bizarre…
- On va devoir passer par là pour aller au plus profond de Noctilum, répond Skoll. Mais la couleur du sol ne m'inspire pas confiance…
- Tu penses que c'est dangereux ?
- J'en sais rien… Mais dans le doute, considère que tout est dangereux.
- Oui. Bien sûr…
- Plus sérieusement, je pense qu'il y a des bestioles particulières par là-bas. Et peut-être qu'elles sont dangereuses.
- Tu arrives à les voir d'ici ?
- J'ai des bons yeux, mais pas à ce point ! On devrait essayer de se rapprocher, au moins jusque là-bas, propose Skoll en désignant l'extrémité de la corniche visible bien plus au nord.
- Tout là-bas ?! Mais on va mettre la journée pour y aller !
- Mais c'est l'endroit où nous aurons la meilleure vue sur tout ce qui nous attend pour les jours à venir. Et puis tu vois la paroi rocheuse au nord des plaines bleues ?
- … On dirait qu'il y a une ouverture… Non ?
- Un canyon, très probablement, oui. Nous devons savoir s'il est praticable en skells avant de nous y aventurer.
- Ça fait beaucoup de choses à vérifier…
- C'est un mal nécessaire si on veut réussir notre expédition. On est en territoire inconnu, je te rappelle. Si on avance mal préparé, on risque nos vies.
- C'est pas pour me déplaire. On est jamais trop prudents.
- Je savais que tu comprendrais. »
Plus proche de la paroi rocheuse, H. Lin hésite à approcher de Mimir, qui semble avoir trouvé une plante digne de son intérêt – c'est-à-dire au moins un peu rare.
La discussion de la veille au soir l'a beaucoup surprise. En fait, elle a l'impression qu'elle a réussi à établir un lien bien plus profond avec Mimir qu'avant… l'incident, mais en même temps elles restent distantes. Probablement parce que Mimir ne lui a pas pardonné d'avoir pointé son fusil sur elle, ce qu'elle peut concevoir…
Le vrai problème dans toute cette histoire, c'est qu'elle n'arrive pas à savoir comment elle doit se comporter avec elle. Doit-elle garder ses distances ? Ou doit-elle au contraire lui parler comme avant ?
« Ne le prend pas mal, mais tu tires une sale tête, lui lance Mimir qui s'est retournée vers elle depuis un moment.
- … Tu m'observais ?
- Nan. C'est toi qui m'observais. En fait, je m'attendais à me faire engueuler encore une fois.
- Pour quelle raison exactement ?
- Parce que je batifole à la recherche de la moindre fleur ? Que je cours partout ? Que je nous mets tous en danger ? Je sais pas en fait…
- Pourtant tu n'as rien fait de tout ça, si ?
- J'imagine que non. »
C'est vraiment l'image qu'elle lui renvoie ? Cela dit, ce n'est pas si étonnant que ça en fin de compte… Mais cela voudrait dire que Mimir n'a vraiment pas conscience de se mettre en danger quand elle agit de manière impulsive ?
« Je me demandais… reprend Mimir. T'es du genre à aimer les fleurs ?
- … Tu veux m'en offrir un bouquet ? ironise malgré elle H. Lin.
- Nan. Offrir des fleurs, c'est vraiment une idée de merde. Mais si tu veux, je peux t'en montrer une sympa.
- « Sympa » comment ? demande H. Lin, intriguée.
- Ben viens voir ! » répond Mimir en faisant signe à H. Lin d'approcher de quelques pas, chose qu'elle fait avec curiosité.
Que peut bien avoir cette fleur de si particulier? Elle doit être absolument minuscule, parce que tout ce qu'elle voit devant elle c'est un sol herbeux qui s'étant jusqu'au pied de la falaise.
« Là, normalement, tu devrais voir au moins quatorze fleurs, indique Mimir.
- … De quelle taille exactement ?
- De la taille du poing.
- Tu te moques de moi… »
Une fleur de cette taille, ça se remarque, surtout à cette distance. Ou alors…
« Elles sont camouflées, regarde! explique Mimir en passant son doigt derrière un pétale couleur roche pour le titiller.
- Impressionnant, commente H. Lin. Comment les as-tu repérées ?
- J'ai l'œil affuté pour ce genre de choses. C'est très fréquent dans la nature, les espèces qui se camouflent. Mais celles-là sont vraiment très difficiles à trouver !
- En effet. Félicitations.
- Merci, cheffe ! »
H. Lin reste hébétée un instant. Ça fait combien de temps qu'elle ne l'a pas appelée « cheffe » ? Et surtout, pourquoi cette fois ça lui fait plaisir ?
Amaryllis endormie : Grâce à leurs pétales qui adoptent la couleur de leur environnement, ces fleurs peuvent être excessivement difficiles à repérer.
Exploration de Mira : 10,30 %
